{"id":12083,"date":"2020-04-10T08:00:09","date_gmt":"2020-04-10T12:00:09","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=12083"},"modified":"2020-04-12T20:44:38","modified_gmt":"2020-04-13T00:44:38","slug":"tpe-et-pme-un-plan-de-sortie-de-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/tpe-et-pme-un-plan-de-sortie-de-crise\/","title":{"rendered":"Small Businesses and SMEs: A Plan to Emerge from the Crisis."},"content":{"rendered":"<p>Small Businesses and SMEs: A Plan to Emerge from the Crisis.<br \/>\n8 avril 2020 | Par Michel Guilbaud, Ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral du Medef, associ\u00e9 fondateur du cabinet Batout Guilbaud<br \/>\nLes premi\u00e8res victimes d\u2019une crise \u00e9conomique sont g\u00e9n\u00e9ralement les TPE- PME. La crise de 2009 avait ainsi conduit au nombre \u00e9lev\u00e9 de plus de 60 000 d\u00e9faillances d\u2019entreprises. Mais le tissu des TPE-PME est h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, et la crise r\u00e9v\u00e8le plus encore aujourd\u2019hui l\u2019immense diversit\u00e9 des entrepreneurs et entreprises, selon leur secteur d\u2019activit\u00e9, leur taille, leurs donneurs d\u2019ordre, leur cha\u00eene de valeur. Apr\u00e8s les mesures d\u2019urgence devra \u00eatre engag\u00e9e une politique de relance, qui prenne en compte cette diversit\u00e9 et qui s\u2019appuie sur la grande capacit\u00e9 de r\u00e9silience et de r\u00e9activit\u00e9 des PME, afin de pr\u00e9server tout le potentiel de notre appareil productif.<br \/>\nL\u2019impact sur les diff\u00e9rents secteurs de l\u2019\u00e9conomie est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rable. L\u2019industrie tourne \u00e0 50 % de son niveau normal, chaque secteur industriel \u00e9tant touch\u00e9 diversement. Certaines activit\u00e9s ont totalement ferm\u00e9 pour cause d\u2019effondrement des commandes, de probl\u00e8mes logistiques, de manque de mati\u00e8res premi\u00e8res&#8230; Alors que d\u2019autres secteurs, prioritaires pour la gestion de la crise, sont toujours en activit\u00e9, de la sant\u00e9 \u00e0 l\u2019alimentation, en passant par les d\u00e9chets ou la chimie.<br \/>\nAu sein d\u2019un m\u00eame secteur, certaines productions peuvent s\u2019effondrer comme la sous-traitance automobile, alors que certaines activit\u00e9s comme l\u2019emballage alimentaire, les masques ou les respirateurs peuvent accro\u00eetre leur production.<br \/>\nLe BTP conna\u00eet une baisse de 85 % de ses chantiers. L\u2019int\u00e9rim chute de 75 %. Dans les services, certaines activit\u00e9s sont totalement arr\u00eat\u00e9es, par une interdiction li\u00e9e au confinement : h\u00f4tellerie-restauration, loisirs, spectacles, voyages. Le commerce alimentaire est tr\u00e8s sollicit\u00e9, alors que le commerce non alimentaire est \u00e0 l\u2019arr\u00eat. Le transport est en chute alors que les services financiers sont tr\u00e8s sollicit\u00e9s.<br \/>\nL\u2019Insee a estim\u00e9, dans sa note de conjoncture du 26 mars, que l\u2019activit\u00e9 tournait \u00e0 65 % de son niveau normal, tr\u00e8s fortement impact\u00e9e par les services, compte tenu de leur poids global dans la production nationale. La consommation des m\u00e9nages diminuerait elle-m\u00eame de 35 %. Les diff\u00e9rents instituts de conjoncture estiment que la perte de croissance se situerait entre 2,5 et 3 points de PIB en 2020 pour un mois de confinement. La dur\u00e9e de la crise sanitaire sera \u00e0 l\u2019\u00e9vidence un d\u00e9terminant essentiel de l\u2019ampleur de la crise \u00e9conomique et de la capacit\u00e9 de red\u00e9marrage. \u00c0 titre de comparaison, la crise de 2009 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une r\u00e9cession de &#8211; 2,9 %, et une chute des investissements de &#8211; 9 %. C\u2019est dire l\u2019ampleur de la crise que nous connaissons aujourd\u2019hui, alors m\u00eame qu\u2019elle para\u00eet plus limit\u00e9e dans le temps.<br \/>\n\u00c0 court terme, le gouvernement s\u2019est inspir\u00e9 de la gestion de la crise de 2009 pour d\u00e9ployer, \u00e0 une vitesse in\u00e9dite, un arsenal de mesures visant \u00e0 sauvegarder la tr\u00e9sorerie des entreprises. Activit\u00e9 partielle, d\u00e9calage de charges fiscales et sociales, garanties de pr\u00eat, aides directes pour les TPE&#8230; On le sait, l\u2019effet le plus imm\u00e9diat d\u2019un tel choc \u00e9conomique \u2013 et la premi\u00e8re cause de d\u00e9faillance \u2013, c\u2019est un probl\u00e8me de tr\u00e9sorerie.<br \/>\nOn l\u2019oublie souvent, notre tissu d\u2019entreprises est compos\u00e9 d\u2019une immense majorit\u00e9 de TPE-PME. Sur les 3,6 millions d\u2019entreprises que compte la France, environ 1 million ont au moins un salari\u00e9, 140 000 PME ont entre 10 et 250 salari\u00e9s, alors qu\u2019on ne compte que 6 000 ETI ou grandes entreprises.<br \/>\n La r\u00e9silience de notre \u00e9conomie, c\u2019est donc bien la capacit\u00e9 de chaque entrepreneur et de chaque entreprise de s\u2019adapter au plus serr\u00e9, en pr\u00e9servant au maximum sa tr\u00e9sorerie, mais aussi ses emplois. Car emplois riment avec comp\u00e9tences n\u00e9cessaires pour garder tout le potentiel productif de l\u2019entreprise.<br \/>\nLes chiffres de l\u2019activit\u00e9 partielle sont saisissants : au 3 avril, 473 000 entreprises avaient demand\u00e9 de recourir au ch\u00f4mage partiel pour 5 millions de salari\u00e9s. Plusieurs milliers de demandes par minute ! Les demandes d\u2019aide directe ou de pr\u00eats garantis aupr\u00e8s de BPI France sont consid\u00e9rables. C\u2019est la responsabilit\u00e9 premi\u00e8re du chef d\u2019entreprise de \u00ab r\u00e9duire la voilure pour affronter la temp\u00eate \u00bb, tout en tentant de pr\u00e9server les fondamentaux de l\u2019activit\u00e9.<br \/>\nLes boucles d\u2019\u00e9changes WhatsApp entre entrepreneurs ont rarement \u00e9t\u00e9 aussi actives que dans ce temps de crise, comme le r\u00f4le des organisations professionnelles. \u00c9change de conseils pour sa relation avec la Direccte, pour comprendre les d\u00e9cisions publiques, pour g\u00e9rer le passage au t\u00e9l\u00e9travail, pour organiser des conditions de travail adapt\u00e9es, pour manager les salari\u00e9s \u00e0 distance, pour trouver des masques&#8230;<br \/>\nLa crise du coronavirus r\u00e9v\u00e8le une nouvelle fois les diversit\u00e9s, voire les in\u00e9galit\u00e9s entre les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de travailleurs. Cette \u00e9pid\u00e9mie dessinerait de nouvelles lignes de partage au sein du monde du travail entre t\u00e9l\u00e9travailleurs, actifs continuant d\u2019occuper leur poste de travail sur site et personnes en ch\u00f4mage technique. Et l\u2019on red\u00e9couvre aussi les nouveaux \u00ab h\u00e9ros ordinaires \u00bb de la p\u00e9riode : celles et ceux qui, dans des activit\u00e9s apparues tout \u00e0 coup essentielles alors qu\u2019elles sont habituellement peu consid\u00e9r\u00e9es, continuent \u00e0 travailler mais dans des conditions pas toujours s\u00e9curisantes.<br \/>\nCette situation va jusqu\u2019\u00e0 faire craindre \u00e0 certains un r\u00e9veil du mouvement des Gilets jaunes. Et de pointer le clivage entre les employ\u00e9s et ouvriers, les cols bleus, qui font tourner le pays, et les cols blancs en t\u00e9l\u00e9travail confin\u00e9s \u00e0 leur domicile, voire dans leur r\u00e9sidence secondaire.<br \/>\nCe clivage existe entre les entreprises appel\u00e9es \u00e0 faire tourner le pays, celles qui peuvent organiser le t\u00e9l\u00e9travail et celles qui ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9es de s\u2019arr\u00eater.<br \/>\nTerra Nova<br \/>\n Cette r\u00e9alit\u00e9 du monde du travail est intimement v\u00e9cue par les entrepreneurs, qui ont eux-m\u00eames \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 certaines injonctions contradictoires. Le secteur du b\u00e2timent a symbolis\u00e9 cette contradiction, entre l\u2019exigence de stopper tout travail exposant les salari\u00e9s \u00e0 un risque sanitaire, et celle lui demandant de faire tourner l\u2019\u00e9conomie. \u00c0 tel point qu\u2019il a fallu rappeler l\u2019exigence de protection des salari\u00e9s qui incombe aux chefs d\u2019entreprise.<br \/>\nLe comportement responsable et citoyen, souvent marque de fabrique des PME dans leur territoire, devient pour beaucoup une \u00e9vidence dans cette crise sanitaire : reconversion de lignes de production pour produire du gel hydroalcoolique ou du savon, mobilisation d\u2019entreprises du textile pour la fabrication de masques, don de RTT aux personnels soignants&#8230; Sans compter les initiatives locales envers leurs salari\u00e9s, leurs partenaires, les \u00e9tablissements de sant\u00e9 de leur territoire, qui ne sont en g\u00e9n\u00e9ral pas sous le feu des projecteurs.<br \/>\nIl sera bon d\u2019en faire une lecture apr\u00e8s la crise, alors que la responsabilit\u00e9 d\u2019entreprise et la r\u00e9ponse aux attentes environnementales et soci\u00e9tales seront tr\u00e8s certainement des enjeux majeurs de l\u2019apr\u00e8s-crise. Les PME sont souvent elles-m\u00eames parties prenantes de cha\u00eenes de valeur avec des grands groupes donneurs d\u2019ordre, des fournisseurs ou des clients internationaux, un march\u00e9 a minimaeurop\u00e9en. Si la crise du coronavirus am\u00e8ne \u00e0 s\u2019interroger sur la viabilit\u00e9 \u00e0 long terme de ces cha\u00eenes de valeur et leur compatibilit\u00e9 avec notre environnement et avec nos valeurs sociales, voire notre souverainet\u00e9 dans certains domaines cl\u00e9s, on pourra s\u2019en f\u00e9liciter.<br \/>\nParadoxalement, la phase de red\u00e9marrage peut \u00eatre autant, voire plus dangereuse, pour certaines entreprises. Dans l\u2019imm\u00e9diat, serrer les boulons pour \u00e9viter le d\u00e9p\u00f4t de bilan, en ajustant strictement (dans la mesure du possible) sa structure \u00e0 son niveau d\u2019activit\u00e9 ou de revenu, est un r\u00e9flexe indispensable et malheureusement relativement simple. Mais la cons\u00e9quence est une tension de tr\u00e9sorerie et un affaiblissement de la structure financi\u00e8re, voire humaine, de l\u2019entreprise.<br \/>\nRed\u00e9marrer en \u00e9tant ainsi affaibli peut \u00eatre p\u00e9rilleux. \u00c0 l\u2019issue de la crise de 2008, le pic de d\u00e9faillances d\u2019entreprise a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 atteint alors que l\u2019\u00e9conomie red\u00e9marrait.<\/p>\n<p>Red\u00e9marrer suppose de reprendre la production, de refaire des stocks, de r\u00e9activer de nouveaux clients, d\u2019initier de nouveaux projets, de reprendre les commandes aupr\u00e8s de fournisseurs, tout cela \u00e9tant consommateur de cash. La d\u00e9gradation du bilan rendra difficile l\u2019octroi de nouveaux cr\u00e9dits, et les reports de charges fiscales et sociales obtenus en pleine crise devront \u00eatre r\u00e9gl\u00e9s.<br \/>\nIl faut aussi envisager que l\u2019arr\u00eat de la crise sanitaire ne soit pas instantan\u00e9, mais progressif, avec des risques localis\u00e9s de confinement, et des sorties de crise asynchrones selon les pays. Les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement ne pourront pas se r\u00e9organiser de mani\u00e8re instantan\u00e9e et synchronis\u00e9e dans toutes les zones du monde, et les pays qui en sortiront le plus tard risquent d\u2019\u00eatre d\u00e9savantag\u00e9s par rapport \u00e0 leurs concurrents pour retrouver leurs parts de march\u00e9. Il est difficile d\u2019anticiper o\u00f9 se situera la France \u00e0 cet \u00e9gard.<br \/>\nLa premi\u00e8re question cl\u00e9 sera celle de l\u2019arr\u00eat des mesures d\u2019urgence. S\u2019il faut, \u00e0 nouveau, saluer l\u2019ampleur et la rapidit\u00e9 des mesures du gouvernement, les estimations budg\u00e9taires n\u2019ont pris en compte \u00e0 ce stade qu\u2019un mois de confinement. Or, il faudra conserver un \u00e9ventail de soutiens de court terme et une souplesse, par exemple dans les \u00e9ch\u00e9anciers de r\u00e8glement des charges fiscales et sociales. Voire envisager des annulations pures et simples de charges pour certaines entreprises particuli\u00e8rement impact\u00e9es.<br \/>\nAu-del\u00e0, il faudra concevoir des dispositifs de relance permettant d\u2019accompagner cette reprise d\u2019activit\u00e9 dans les entreprises et de reconstituer leurs bilans. Certes, la situation budg\u00e9taire des \u00c9tats sera d\u00e9grad\u00e9e. Rappelons \u00e0 quel point les \u00ab coups de bambou \u00bb budg\u00e9taires de 2011 et 2012 ont emp\u00each\u00e9 la reprise en France. Il faudra trouver d\u2019autres voies que les hausses d\u2019imp\u00f4ts pour une sortie de crise dynamique.<br \/>\nLe gouvernement avait pos\u00e9 l\u2019ambition de construire un pacte productif visant le plein emploi et la d\u00e9carbonation de notre industrie. La premi\u00e8re tentation pourrait \u00eatre de donner un coup d\u2019arr\u00eat \u00e0 ce projet, faute de moyens budg\u00e9taires. A contrario, si l\u2019on veut provoquer une reprise dynamique et durable, et r\u00e9pondre aux exigences soci\u00e9tales exprim\u00e9es pendant la crise, il faut au contraire renforcer encore l\u2019ambition de ce pacte et dessiner avec les entreprises des domaines d\u2019investissement d\u2019avenir.<br \/>\nLes r\u00e9gions ont d\u00e9j\u00e0 affich\u00e9 leur volont\u00e9 de construire un nouveau mod\u00e8le industriel dans les territoires. Les TPE-PME en seront les forces vives si l\u2019on sait se tourner vers leurs capacit\u00e9s d\u2019innovation et de d\u00e9veloppement. Si l\u2019on sait s\u2019appuyer sur leur agilit\u00e9, en somme si l\u2019on fait confiance \u00e0 leur r\u00e9silience.<br \/>\nTerra Nova<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>TPE et PME: un plan de sortie de crise. 8 avril 2020 | Par Michel Guilbaud, Ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral du Medef, associ\u00e9 fondateur du cabinet Batout Guilbaud Les premi\u00e8res victimes d\u2019une crise \u00e9conomique sont g\u00e9n\u00e9ralement les TPE- PME. 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