{"id":12347,"date":"2020-04-17T02:57:22","date_gmt":"2020-04-17T06:57:22","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=12347"},"modified":"2020-04-17T02:57:22","modified_gmt":"2020-04-17T06:57:22","slug":"le-confinement-lheure-de-repenser-notre-rapport-au-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/le-confinement-lheure-de-repenser-notre-rapport-au-temps\/","title":{"rendered":"Lockdown: A Time to \u00abRethink Our Relationship with Time\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Lockdown: A Time to \u00abRethink Our Relationship with Time\u00bb<br \/>\nPour beaucoup, le temps est long pendant cette \u00e9pid\u00e9mie de coronavirus et souvent synonyme d&rsquo;ennui. Il peut cependant nous permettre d&rsquo;apprendre sur nous-m\u00eames.<br \/>\nPar Marine Le Breton<\/p>\n<p>Selon cette philosophe, le confinement est aussi le moment de repenser notre rapport au temps<br \/>\nLe temps passe et les journ\u00e9es se ressemblent. Il devient parfois difficile de distinguer un mardi d\u2019un samedi voire de savoir quel est exactement le jour de la semaine. Pour les Fran\u00e7ais qui ne travaillent pas ou t\u00e9l\u00e9travaillent, le temps a pu devenir \u00e9trange depuis le d\u00e9but du confinement contre la pand\u00e9mie de coronavirus.<br \/>\nPour certains, il peut s\u2019\u00e9tirer, pour d\u2019autres, passer plus vite. Il semble quoi qu\u2019il en soit s\u2019\u00eatre distordu. \u201cLe r\u00e9gime temporel a chang\u00e9 du tout au tout, il s\u2019est transform\u00e9, m\u00eame pour les personnes en t\u00e9l\u00e9travail ou qui doivent tout mener de front. Quand le rapport \u00e0 l\u2019espace change, le rapport au temps change\u201d, avance la philosophe et psychanalyste H\u00e9l\u00e8ne L\u2019Heuillet, autrice de \u201d\u00c9loge du retard: O\u00f9 le temps est-il pass\u00e9?\u201d<br \/>\nM\u00e9tro, boulot, dodo. Quelle que soit la routine, l\u2019\u00e9poque n\u2019est pas \u00e0 la lenteur, nous la vivons au contraire \u00e0 cent \u00e0 l\u2019heure. Entre le travail, les t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res, le sport, les sorties sociales, les enfants, nous avons des rythmes de vie effr\u00e9n\u00e9s. Sauf qu\u2019avec le confinement, subitement, tout s\u2019est arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n<p>\u201cLe confinement vient remettre les pendules \u00e0 l\u2019heure, quand tout allait trop vite. Il a, d\u2019une certaine mani\u00e8re, permis une pause \u00e0 beaucoup de gens affol\u00e9s, sous pression, avec une activit\u00e9 effr\u00e9n\u00e9e\u201d, souligne la philosophe.<br \/>\nCet rupture radicale avec le quotidien auquel nous \u00e9tions tous habitu\u00e9s a pu \u00eatre brutale. Si l\u2019annonce du confinement nous a plong\u00e9s dans la stupeur, elle en a confront\u00e9 beaucoup \u00e0 la peur de s\u2019ennuyer, de trouver le temps long.<br \/>\nPeur de l\u2019ennui<br \/>\nLe philosophe fran\u00e7ais Henri Bergson, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1941, n\u2019aurait certainement pas eu peur de cet ennui. Dans ses essais, en particulier \u201cEssai sur les donn\u00e9es imm\u00e9diates de la conscience\u201d, paru en 1889, il \u00e9tablit une distinction entre la dur\u00e9e et le temps. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, entre la dur\u00e9e de la conscience et le temps scientifique. La dur\u00e9e est le temps tel que nous le percevons, le ressentons, il a presque une \u00e9paisseur et une couleur. Le temps scientifique, au contraire, est un temps mesurable, une succession d\u2019instants. Pour comprendre cette distinction, voici un exemple donn\u00e9 par Bergson dans \u201cL\u2019\u00e9volution cr\u00e9atrice\u201d:<br \/>\n\u201cSi je veux me pr\u00e9parer un verre d\u2019eau sucr\u00e9e, j\u2019ai beau faire, je dois attendre que le sucre fonde. Ce petit fait est gros d\u2019enseignements. Car le temps que j\u2019ai \u00e0 attendre n\u2019est plus ce temps math\u00e9matique qui s\u2019appliquerait aussi bien le long de l\u2019histoire enti\u00e8re du monde mat\u00e9riel, lors m\u00eame qu\u2019elle serait \u00e9tal\u00e9e tout d\u2019un coup dans l\u2019espace. Il co\u00efncide avec mon impatience, c\u2019est-\u00e0-dire avec une certaine portion de ma dur\u00e9e \u00e0 moi, qui n\u2019est pas allongeable ni r\u00e9tr\u00e9cissable \u00e0 volont\u00e9. Ce n\u2019est plus du pens\u00e9, c\u2019est du v\u00e9cu.\u201d<br \/>\nChez Bergson, le temps, compris comme la dur\u00e9e, n\u2019est jamais autant exp\u00e9riment\u00e9 qu\u2019\u00e0 travers l\u2019attente ou l\u2019ennui. S\u2019ennuyer permet d\u2019appr\u00e9hender r\u00e9ellement le temps qui passe.<br \/>\nUn autre rapport au temps<br \/>\nH\u00e9l\u00e8ne L\u2019Heuillet, qui voit en cette th\u00e9orie un \u00e9loge de l\u2019ennui, ne va pas jusque-l\u00e0. Au contraire, pour elle, l\u2019ennui doit pouvoir \u00eatre support\u00e9 mais pas recherch\u00e9 en tant que tel. \u201cL\u2019ennui peut \u00eatre source de grande terreur. L\u2019ennui, c\u2019est sentir le temps \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur, dans ce qu\u2019il y a de plus atroce. Ce temps ne nous emporte m\u00eame plus tellement il est lent\u201d, explique H\u00e9l\u00e8ne L\u2019Heuillet. C\u2019est pourquoi elle estime qu\u2019il faut tenter de le traverser, jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9couvrir un autre rapport au temps.<br \/>\nAu-del\u00e0 de l\u2019ennui, la philosophe voit m\u00eame dans le confinement une opportunit\u00e9 de \u201cse r\u00e9installer dans le temps\u201d. Bien que l\u2019\u00e9pid\u00e9mie actuelle et la peur qu\u2019elle engendre ne puissent se faire oublier, tout d\u2019un coup, la course folle s\u2019est arr\u00eat\u00e9e, le temps se ralentit. Un temps qui ne doit plus \u00eatre rempli mais simplement structur\u00e9 et organis\u00e9, avec quelques rendez-vous dans la journ\u00e9e mais, surtout, des intervalles vides.<br \/>\n\u201cCes intervalles sont vitaux, ce sont de vraies respirations temporelles, de potentielles sources de cr\u00e9ativit\u00e9. Pour une fois, on peut passer une demi-heure \u00e0 boire son caf\u00e9, et simplement jouir du temps qui passe\u201d, souligne-t-elle.<br \/>\nEn ces temps morts, ces intervalles, H\u00e9l\u00e8ne L\u2019Heuillet entrevoit la possibilit\u00e9 de se parler \u00e0 soi-m\u00eame de son rapport au temps, de le repenser, de le subjectiver. Comment vit-on ce temps distordu? Quelles journ\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 plus agr\u00e9ables que les autres et pourquoi? Autant de le\u00e7ons \u00e0 apprendre des ces journ\u00e9es de confinement. Et \u00e0 la fin, conclut-elle, \u201con aura gagn\u00e9 en termes de connaissance de soi-m\u00eame<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le confinement, l&rsquo;heure de \u00ab\u00a0repenser notre rapport au temps\u00a0\u00bb Pour beaucoup, le temps est long pendant cette \u00e9pid\u00e9mie de coronavirus et souvent synonyme d&rsquo;ennui. Il peut cependant nous permettre d&rsquo;apprendre sur nous-m\u00eames. 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