{"id":12651,"date":"2020-04-23T20:06:10","date_gmt":"2020-04-24T00:06:10","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=12651"},"modified":"2020-04-23T20:08:03","modified_gmt":"2020-04-24T00:08:03","slug":"confiance-et-consentement-sont-au-coeur-de-la-maitrise-du-coronavirus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/confiance-et-consentement-sont-au-coeur-de-la-maitrise-du-coronavirus\/","title":{"rendered":"Trust and consent are at the heart of the fight against the coronavirus"},"content":{"rendered":"<p>Confiance et consentement sont au coeur de la ma\u00eetrise du Coronavirus.<\/p>\n<p>22 avril 2020 | Par Sebastian Roch\u00e9, Directeur de recherche au CNRS<br \/>\nL\u2019action contre le coronavirus cherche une voie, un \u00e9quilibre entre saturation de l\u2019appareil de sant\u00e9 et nombre de morts, d\u2019une part, et co\u00fbt \u00e9conomique du confinement pour la collectivit\u00e9 et pour l\u2019\u00c9tat, d\u2019autre part. Chaque pays a modul\u00e9 sa r\u00e9ponse en fonction de ces deux contraintes, et la France, apr\u00e8s avoir tergivers\u00e9, s\u2019est engag\u00e9e dans un confinement ferme. Je d\u00e9fends que l\u2019acceptabilit\u00e9 de la contrainte \u2013 \u00e0 commencer par le consentement au confinement mais aussi aux r\u00e8gles de d\u00e9confinement \u2013 est la condition d\u2019une sortie de la crise. Il me semble que l\u2019efficacit\u00e9 de cette strat\u00e9gie de confinement, tout comme de son corollaire, le d\u00e9confinement, et les reconfinements partiels possibles pour faire face \u00e0 des phases ult\u00e9rieures de contamination, repose sur la confiance dans les institutions. Or, comme nous allons le voir, celle-ci est gravement entam\u00e9e. Je vois le risque qu\u2019un cercle vicieux s\u2019enclenche : le gouvernement r\u00e9duit d\u2019autant plus les libert\u00e9s et sanctionne d\u2019autant plus les manquements aux r\u00e8gles qu\u2019il ne fait pas confiance aux citoyens, et, dans le m\u00eame temps, plus la d\u00e9fiance dans le gouvernement cro\u00eet dans la population, plus le pouvoir est tent\u00e9 par une approche disciplinaire[1]. Comment en sortir ?<br \/>\n[1] Je remercie beaucoup Thierry Pech, Marc-Olivier Padis et Jacques de Maillard pour leur lecture attentive, critique et constructive. Ce texte leur doit beaucoup, mais toutes les erreurs et omissions sont miennes.<br \/>\n \u00ab RESTEZ CHEZ VOUS \u00bb<br \/>\nLe confinement est, pour le moment et en l\u2019absence de tests et de masques en nombre suffisant, la seule arme dont dispose le gouvernement.<br \/>\nElle a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e suite au constat de l\u2019insuffisance de la distanciation sociale, des d\u00e9sormais fameux \u00ab gestes barri\u00e8res \u00bb et de certains gestes d\u2019hygi\u00e8ne (lavage de mains).<br \/>\nEn effet, on note une absence d\u2019anticipation suffisante de l\u2019\u00c9tat dans sa fonction de strat\u00e8ge et de planificateur \u2013 li\u00e9e en partie au choix du transfert aux entreprises de la charge de la pr\u00e9vention mais sans v\u00e9ritable contr\u00f4le de son effectivit\u00e9 \u2013, ainsi qu\u2019une pr\u00e9occupation tardive pour le risque \u00e9pid\u00e9mique[2], le tout expliquant que ni les masques ni les tests n\u2019\u00e9taient disponibles. Il faut se garder des illusions r\u00e9trospectives, certes, et de faire comme si l\u2019\u00c9tat avec un E majuscule pouvait tout savoir et tout comprendre au bon moment. Cependant, m\u00eame si le gouvernement n\u2019\u00e9tait pas le seul \u00e0 ne pas avoir vu \u00ab la crise qui vient \u00bb, \u00ab gouverner, c\u2019est pr\u00e9voir[3] \u00bb, et la mani\u00e8re de conduire la gestion de crise soul\u00e8ve des interrogations. On pourra longtemps se demander pourquoi avoir tent\u00e9 de discr\u00e9diter l\u2019usage des masques dans la population et affirm\u00e9 leur inutilit\u00e9, et ce contre toute \u00e9vidence, sinon peut-\u00eatre simplement parce qu\u2019ils faisaient d\u00e9faut. Le prix pay\u00e9 pour cet arrangement avec la r\u00e9alit\u00e9, en termes de confiance, sera n\u00e9anmoins \u00e9lev\u00e9. Mais retenons pour le moment que, d\u00e9sormais, la pierre de touche de la strat\u00e9gie retenue est le confinement. Quelles sont ses caract\u00e9ristiques essentielles ? D\u2019une part, il repr\u00e9sente une s\u00e9rieuse limitation des libert\u00e9s, assortie de contr\u00f4les de police et de sanctions. Le manque de civisme, suppos\u00e9 bien plus qu\u2019av\u00e9r\u00e9, devrait \u00eatre corrig\u00e9 par la force. La phrase du pr\u00e9fet Lallement en a malheureusement t\u00e9moign\u00e9 : \u00ab Ceux qui sont aujourd\u2019hui hospitalis\u00e9s, qu\u2019on trouve dans les r\u00e9animations, sont ceux qui au d\u00e9but du confinement ne l\u2019ont pas respect\u00e9. Il y a une corr\u00e9lation tr\u00e8s simple. \u00bb Elle fait, au pire, des citoyens des sujets inconscients, au mieux des objets d\u2019une politique qui leur est impos\u00e9e, mais certainement pas des acteurs participant \u00e0 une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale. D\u2019autre part, ce sont les segments les plus fragiles, les plus d\u00e9favoris\u00e9s, qui en souffrent le plus au quotidien. Parce que les conditions de confinement pour eux sont les plus m\u00e9diocres, et aussi parce que la tactique choisie qui consiste, plut\u00f4t que de tester les personnes et de confiner celles qui sont contamin\u00e9es dans des h\u00f4tels ou des lieux d\u00e9di\u00e9s, \u00e0 les renvoyer chez elles si elles ne sont pas gravement malades, les affecte plus fortement, comme l\u2019a rappel\u00e9 l\u2019ex-directeur g\u00e9n\u00e9ral de la Sant\u00e9 William Dab[4].<br \/>\n[2] Philippe Sansonetti (2020), \u00ab Sortie de confinement, ou la somme de tous les dangers Covid-19 : chronique d\u2019une \u00e9mergence annonc\u00e9e \u00bb, La Vie des Id\u00e9es, https:\/\/laviedesidees.fr\/Covid-19-chronique-d-une-emergence- annoncee.html<br \/>\n[3] Cette maxime est attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019homme politique Adolphe Thiers (1797-1877) ou \u00e0 \u00c9mile de Girardin (1802- 1881).<br \/>\n[4] Le Monde du 11 avril, https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2020\/04\/11\/en-matiere-de-prevention-nous-ne- sommes-pas-a-la-hauteur-de-l-epidemie_6036316_3244.html<\/p>\n<p>Dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 le malade pr\u00e9sente des sympt\u00f4mes l\u00e9gers, comment l\u2019isoler lorsqu\u2019un logement est surpeupl\u00e9 ? Enfin, la forme fran\u00e7aise du confinement est une mani\u00e8re de gouverner particuli\u00e8re, plus s\u00e9v\u00e8re que dans des pays comme la Su\u00e8de ou l\u2019Allemagne mais, bien s\u00fbr, moins qu\u2019en Chine, et qui se pr\u00e9sente sous une forme paternaliste-autoritaire. On observe un m\u00e9lange d\u2019obligations de rester chez soi ou de travailler, selon les publics, le tout m\u00e2tin\u00e9 de contr\u00f4les de police, avec des sanctions par centaines de milliers, particuli\u00e8rement concentr\u00e9s sur certaines zones et publics habituels.<br \/>\nJe n\u2019interroge pas ici le bien-fond\u00e9 du confinement (le \u00ab restez chez vous \u00bb combin\u00e9 \u00e0 des obligations de travailler pour certains actifs) par rapport \u00e0 d\u2019autres r\u00e9ponses possibles. Je note seulement que le gouvernement a pris des dispositions tout \u00e0 fait extraordinaires qui lui ont permis, du jour au lendemain, de changer la vie quotidienne de tout un chacun, dessinant \u00ab la bonne vie \u00bb et la \u00ab mauvaise vie \u00bb, le tout sur la base d\u2019informations scientifiques imparfaites et r\u00e9- interpr\u00e9t\u00e9es par le pouvoir politique[5]. En soi, cela r\u00e9v\u00e8le la nature profonde du pouvoir, qui exerce une \u00ab domination \u00bb politique (pour utiliser le concept de Max Weber), et l\u2019on peut observer un basculement : d\u2019une situation o\u00f9 les libert\u00e9s sont jug\u00e9es indispensables \u00e0 une autre o\u00f9 elles ne le sont plus autant (je ne dis pas \u00ab plus du tout \u00bb \u00e0 dessein). Je me contente ici de questionner la viabilit\u00e9 du recours aux contraintes comme outil central de gouvernement, au regard de leurs effets sur la confiance. Et ce d\u2019autant qu\u2019on a appris que le confinement est d\u00e9sormais \u00e9tendu jusqu\u2019au 11 mai (au moins), apr\u00e8s le discours du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Le d\u00e9confinement sera partiel, soumis \u00e0 diverses conditions, r\u00e9versible, et d\u2019une complexit\u00e9 dans ses modalit\u00e9s d\u2019application qui le rendra moins contr\u00f4lable par la sanction que le \u00ab restez chez vous \u00bb. En l\u2019absence d\u2019un vaccin, on s\u2019engage sur le chemin d\u2019un recours durable \u00e0 des contraintes durables. Et, la tactique gouvernementale du confinement et du d\u00e9confinement ordonn\u00e9e, si elle doit \u00eatre victorieuse sans aller plus loin dans la restriction des libert\u00e9s fondamentales, repose sur l\u2019acceptabilit\u00e9 sociale des diff\u00e9rentes contraintes, sur la \u00ab servitude volontaire \u00bb pour employer l\u2019expression de La Bo\u00e9tie, sur l\u2019ob\u00e9issance librement consentie[6] pour utiliser les mots des th\u00e9ories sociologiques dites \u00ab de la justice proc\u00e9durale[7] \u00bb. Si l\u2019adh\u00e9sion des citoyens craque, tout craque. Plus les contraintes vont s\u2019\u00e9tendre dans le temps, et se durcir, plus les frustrations et col\u00e8res vont augmenter, et plus les obligations risquent d\u2019\u00eatre rejet\u00e9es ou moins bien appliqu\u00e9es, m\u00eame si elles restent utiles.<br \/>\n[5] La distance de s\u00e9curit\u00e9 elle-m\u00eame affiche une variation qui d\u00e9montre l\u2019interpr\u00e9tation politique : elle s\u2019\u00e9tend d\u2019un m\u00e8tre en France, \u00e0 un m\u00e8tre cinquante en Allemagne, et deux au Canada.<br \/>\n[6] Etienne de La Bo\u00e9tie est un \u00e9crivain fran\u00e7ais du XVIe si\u00e8cle auteur du Discours de la servitude volontaire. [7] L\u2019auteur le plus connu est Tom Tyler, voir par exemple son ouvrage Why men obey the law.<\/p>\n<p>Or, les contraintes ne sont pas amen\u00e9es \u00e0 dispara\u00eetre si l\u2019on suit le discours du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique : tout le monde ne sera pas autoris\u00e9 \u00e0 retravailler \u00e0 partir du 11 mai ; les rassemblements vont \u00eatre interdits comme l\u2019indique la non- r\u00e9ouverture des restaurants et cin\u00e9mas \u00e0 cette date ; les d\u00e9placements seront limit\u00e9s et risquent de le rester entre communes et a fortiori entre r\u00e9gions. Les contraintes polici\u00e8res injustes et mal calibr\u00e9es risquent d\u2019aggraver la situation, les tensions et la d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis du gouvernement. Dans cette configuration, la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir \u00e0 contraindre est au c\u0153ur de sa capacit\u00e9 \u00e0 gouverner : pour \u00eatre efficace, il lui faut gagner ou regagner la confiance.<br \/>\nUN D\u00c9FICIT DE CONFIANCE PR\u00c9OCCUPANT<br \/>\nC\u2019est l\u00e0 que le b\u00e2t blesse. La confiance s\u2019\u00e9rode progressivement et atteint des niveaux critiques. Les sondages sont l\u2019outil le meilleur dont on dispose pour mesurer la confiance dans les institutions (\u00e0 l\u2019exception de la r\u00e9bellion ouverte, qui traduirait le refus du r\u00e9gime ou de certaines politiques). Bien s\u00fbr, ceux qui s\u2019identifient au parti du Pr\u00e9sident sont nettement moins inquiets que les autres (30 % contre 18 % en moyenne se d\u00e9claraient \u00ab pas inquiets \u00bb les 3 et 4 avril selon l\u2019IFOP). Mais le Pr\u00e9sident contient de moins en moins cette inqui\u00e9tude, y compris chez ses propres sympathisants puisqu\u2019on y comptait 67 % de rassur\u00e9s fin janvier (voir figure n\u00b0 1). Bien s\u00fbr, c\u2019est dans les banlieues des grandes villes que le confinement est le moins souvent jug\u00e9 \u00ab facile \u00bb \u00e0 vivre (45 % contre 64 % en zone rurale, d\u2019apr\u00e8s une enqu\u00eate Harris Interactive du 7 avril). Selon diverses enqu\u00eates, par exemple celle de l\u2019IFOP publi\u00e9e par le JDD le dimanche 12 avril, la confiance dans l\u2019efficacit\u00e9 du gouvernement s\u2019est nettement \u00e9rod\u00e9e : entre le sondage du 19-20 mars et celui du 8-9 avril, la confiance dans la capacit\u00e9 \u00e0 aider les entreprises et \u00e0 faire face efficacement au virus ont perdu respectivement 12 points (\u00e0 45 %) et 17 points (\u00e0 38 %). Inversement, l\u2019id\u00e9e que le gouvernement a cach\u00e9 des informations entre le 29-30 janvier et le 1er-2 avril a augment\u00e9 de 28 points (\u00e0 73 %), toujours selon l\u2019IFOP.<br \/>\nCes pourcentages sont tout \u00e0 fait spectaculaires, dans la mesure o\u00f9 les Fran\u00e7ais sont tr\u00e8s majoritairement d\u2019accord avec l\u2019id\u00e9e du confinement, ainsi que le projet Coconel l\u2019a mesur\u00e9 (Le Monde du 7 avril, sondage IFOP). Il faut insister sur ce point : les Fran\u00e7ais adh\u00e8rent tr\u00e8s largement avec la n\u00e9cessit\u00e9 des mesures de surveillance. C\u2019est le cas pour le confinement[8]. Mais c\u2019est aussi le cas pour l\u2019interdiction des rassemblements de plus de deux personnes hors de chez soi (76%), les d\u00e9placements hors de sa r\u00e9gion (71%) \u2013 le suivi par GPS des personnes recevant le moins de suffrages favorables, avec tout de m\u00eame une nette majorit\u00e9 (61 %) selon un sondage Harris Interactive du 3-7 avril.<br \/>\n[8] Par exemple, le 21 et 22 mars, 74 % des r\u00e9pondants sont favorables \u00e0 des mesures de confinement plus strictes selon l\u2019IFOP, https:\/\/www.ifop.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Rapport_Ifop_M6_1945_2020.03.22.pdf<\/p>\n<p>La rupture de confiance n\u2019est pas due \u00e0 un d\u00e9saccord sur les finalit\u00e9s recherch\u00e9es. Voil\u00e0 pourquoi les mauvais chiffres sur la confiance sont si pr\u00e9occupants : c\u2019est le leadership politique qui ne convainc pas.<br \/>\nAugmentation insinc\u00e9rit\u00e9 de janvier \u00e0 avril<br \/>\nCrise d\u2019honn\u00eatet\u00e9 et crise d\u2019efficacit\u00e9 : les deux dimensions essentielles qui fondent la confiance dans l\u2019\u00c9tat se fissurent, pour ne pas dire plus. Face \u00e0 un choc qui l\u2019\u00e9branle profond\u00e9ment, ce qui se produit avec la pand\u00e9mie de coronavirus, la soci\u00e9t\u00e9 a besoin d\u2019une r\u00e9ponse coordonn\u00e9e. Il est vrai que, dans le mod\u00e8le fran\u00e7ais, celle-ci \u00e9choit traditionnellement au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Et si la soci\u00e9t\u00e9 avait chang\u00e9 la mani\u00e8re dont elle juge qu\u2019un leader est \u00ab bon \u00bb ? Le r\u00f4le grandiloquent de timonier qu\u2019a endoss\u00e9 Emmanuel Macron au son des canons et de la Marseillaise lors de sa premi\u00e8re allocution, le 16 mars 2020, se pla\u00e7ant en surplomb d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui voit de moins en moins en lui un sauveur, ne nous emm\u00e8ne-t-il pas vers une crise plus profonde encore ? Il en a certes corrig\u00e9 certains aspects dans sa seconde allocution, le 13 avril, mais sans r\u00e9inventer la forme g\u00e9n\u00e9rale de la communication. Cette approche fait sourire nos voisins suisses, ainsi que le note avec humour Antonio Hodgers, le pr\u00e9sident du conseil d&rsquo;\u00c9tat du canton de Gen\u00e8ve qui \u00e9crit : \u00ab En France, il est normal et attendu qu&rsquo;en temps de crise le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique s\u2019adresse \u00e0 la Nation \u00e0 travers une allocution o\u00f9, sur fond de Marseillaise, le chef d\u2019\u00c9tat prononce son message en regardant ses compatriotes dans les yeux. [&#8230;] A cach\u00e9 certaines informations (1 et 2 avril)<\/p>\n<p>[&#8230;] Le gouvernement suisse, quant \u00e0 lui, met en avant le consensus et organise des conf\u00e9rences de presse en pr\u00e9sence de tous les ministres concern\u00e9s par la th\u00e9matique, o\u00f9 les journalistes peuvent poser d&rsquo;innombrables questions. En toute simplicit\u00e9, sans d\u00e9corum particulier[9]. \u00bb De son c\u00f4t\u00e9, le pr\u00e9sident allemand Frank- Walter Steinmeier, dans une rare prise de parole, prend aussi le contre-pied d\u2019Emmanuel Macron : \u00ab Non, cette pand\u00e9mie n\u2019est pas une guerre. Les nations ne s\u2019opposent pas \u00e0 d\u2019autres nations, les soldats \u00e0 d\u2019autres soldats. C\u2019est un test de notre humanit\u00e9[10]. \u00bb<br \/>\nLe plus d\u00e9licat est, peut-\u00eatre, devant nous. Je vois un premier risque : que le gouvernement ne puisse pas coordonner efficacement la r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie du fait de son insuffisante l\u00e9gitimit\u00e9. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle du pays, il a besoin du consentement de la population pour r\u00e9ussir sa mission de coordination de la r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Et, pour cela, il lui faut rassurer. C\u2019est ce que nous ont appris les \u00e9tudes sur les facteurs de pr\u00e9occupation face \u00e0 la criminalit\u00e9 : son \u00e9l\u00e9vation d\u00e9coule de la baisse de confiance dans un garant (la police, en l\u2019esp\u00e8ce) et non de l\u2019augmentation de l\u2019exposition au risque[11].<br \/>\nMais je vois aussi un second risque : le d\u00e9ficit de confiance pourrait engendrer une d\u00e9sob\u00e9issance, plus ou moins civile, ce qui risquerait d\u2019entra\u00eener ce gouvernement vers des choix plus autoritaires. Puisque les sujets ne comprennent pas leur int\u00e9r\u00eat, on va, pour leur bien, devoir le leur dicter. Il y a l\u00e0 un danger d\u2019enclenchement d\u2019un cercle vicieux : le gouvernement r\u00e9duit les libert\u00e9s et assortit cela de sanctions parce qu\u2019il ne fait pas confiance aux citoyens, et, plus la confiance dans le gouvernement recule chez les citoyens, plus le pouvoir est entra\u00een\u00e9 dans une spirale autoritaire. Moins un gouvernement dispose de confiance comme substrat \u00e0 sa l\u00e9gitimit\u00e9, plus il est prompt \u00e0 envoyer la police s\u2019il croit percevoir d\u2019apparents signes de r\u00e9bellion, voire d\u2019insurrection. C\u2019est le syndrome que nous avons d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 durant les mobilisations des Gilets Jaunes : en r\u00e9ponse \u00e0 la col\u00e8re que provoque la paup\u00e9risation des couches moyennes inf\u00e9rieures, le gouvernement a sorti les blind\u00e9s \u00e0 roues de la gendarmerie, tir\u00e9 plus de cartouches de LBD et de grenades et mobilis\u00e9 plus de policiers et de gendarmes que jamais contre d\u2019autres contestations. La proph\u00e9tie est autor\u00e9alisatrice : en envoyant autant de forces dans les rues de Paris, on donne l\u2019image d\u2019une ville et d\u2019une partie du pays en proie \u00e0 un soul\u00e8vement, et la violence polici\u00e8re attise les ressentiments[12].<br \/>\n[9] Le 16 avril, publi\u00e9 en ligne https:\/\/www.heidi.news\/articles\/idees<br \/>\n[10] https:\/\/www.i24news.tv\/fr\/actu\/international\/europe\/1586618943-la-pandemie-n-est-pas-une-guerre-mais-un-<br \/>\ntest-d-humanite-president-allemand<br \/>\n[11] Skogan, W. G. (2009), \u00ab Concern About Crime and Confidence in the Police: Reassurance or<br \/>\nAccountability? \u00bb, Police Quarterly, 12(3), 301\u2013318.<br \/>\n[12] Yara Mahfud et Ja\u00efs Adam-Troian, \u00ab \u201cMacron d\u00e9mission ! \u201d: Loss of significance generates violent extremism<br \/>\nfor the Yellow Vests through feelings of anomia \u00bb, Group Processes &amp; Intergroup Relations, 22 novembre 2019<\/p>\n<p>CONFINEMENT ET MAINTIEN DE L\u2019ORDRE<br \/>\nLe recours ample \u00e0 la police dans le cadre de la politique de r\u00e9duction de la pand\u00e9mie a de quoi surprendre et constitue un probl\u00e8me de taille, \u00e0 plusieurs titres. On peut s\u2019interroger sur son int\u00e9r\u00eat \u00e9tant donn\u00e9 la discipline manifeste dont les citoyens des pays occidentaux ont fait preuve. Il faut se souvenir que les \u00e9lections municipales sont organis\u00e9es le dimanche 15 mars, que le confinement est annonc\u00e9 le 16 au soir et qu\u2019il prend effet le 17 \u00e0 midi. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, en visite \u00e0 l\u2019institut Pasteur le 19 mars, d\u00e9plore que les r\u00e8gles ne soient pas \u00ab parfaitement respect\u00e9es \u00bb, et, dans sa roue, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Christophe Castaner, traite certains de ses concitoyens d\u2019imb\u00e9ciles : \u00ab Il y a des gens qui pensent qu\u2019ils sont des h\u00e9ros modernes \u00e0 enfreindre la r\u00e8gle alors m\u00eame qu\u2019ils sont des imb\u00e9ciles[13]. \u00bb Le gouvernement a mis plus d\u2019un mois \u00e0 prendre conscience du risque et il demande aux citoyens de changer tous leurs comportements, litt\u00e9ralement du jour au lendemain, en les sermonnant. Pourtant, les Fran\u00e7ais, d\u2019apr\u00e8s le rapport de Google sur la mobilit\u00e9 dans 131 pays, l\u2019ont fait de mani\u00e8re appliqu\u00e9e[14]. Par rapport au 18 f\u00e9vrier, le 19 mars, les activit\u00e9s de r\u00e9cr\u00e9ation et d\u2019achat ont diminu\u00e9 de 88 % et l\u2019usage des parcs de 82 %. C\u2019est mieux que les Britanniques, par exemple, suppos\u00e9s \u00eatre dot\u00e9s d\u2019un grand sens civique, sans doute parce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 incit\u00e9s \u00e0 le faire plus tardivement. La tentation disciplinaire est pourtant pr\u00e9sente au gouvernement, et l\u2019on peut compter sur certains pour l\u2019y pousser : un syndicat de police a d\u00e9j\u00e0 appel\u00e9 de ses v\u0153ux le recours \u00e0 l\u2019arm\u00e9e dans les banlieues.<br \/>\nSelon Yves Lefebvre, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du syndicat Unit\u00e9 SGP Police FO, \u00ab dans les banlieues et les quartiers difficiles, et pas que dans la banlieue parisienne, [&#8230;] on aura besoin de l&rsquo;arm\u00e9e[15] \u00bb. Dans une veine moins radicale, le 22 mars dernier, le maire de Nice a instaur\u00e9 un couvre-feu assorti d\u2019amendes. Il a \u00e9t\u00e9 suivi par dix autres maires de son d\u00e9partement. Il a d\u00e9sormais durci le couvre-feu pour neufs quartiers de sa commune, les plus d\u00e9favoris\u00e9s[16]. Cette approche des relations avec les citoyens est connue, elle n\u2019en reste pas moins dommageable. Au plan de la sant\u00e9 publique, la multiplication des contr\u00f4les en face \u00e0 face sans possibilit\u00e9 pour les citoyens de se prot\u00e9ger d\u2019une contamination par les policiers (qui est av\u00e9r\u00e9e) devrait en toute logique avoir contribu\u00e9 \u00e0 la diffusion du virus (\u00e0 moins de supposer que le contr\u00f4le fait au nom de la loi perde sa contagiosit\u00e9&#8230;). R\u00e9ciproquement, du c\u00f4t\u00e9 policier, les organisations syndicales se sont \u00e9mues des risques, tout aussi probables, que les agents prenaient sur le terrain lors de ces contr\u00f4les.<br \/>\n[13] https:\/\/www.francetvinfo.fr\/sante\/maladie\/coronavirus\/coronavirus-christophe-castaner-qualifie-d-imbeciles- les-personnes-qui-ne-respectent-pas-les-regles-du-confinement_3874517.html<br \/>\n[14] https:\/\/www.google.com\/covid19\/mobility\/<br \/>\n[15] Le 27 mars sur la radio RMC, https:\/\/rmc.bfmtv.com\/emission\/il-nous-faudra-l-armee-en-support-sur-rmc-l-<br \/>\nappel-du-syndicat-unite-sgp-police-fo-en-plein-confinement-1883245.html<br \/>\n[16] https:\/\/www.liberation.fr\/france\/2020\/04\/19\/nice-la-ldh-denonce-le-couvre-feu-des-quartiers-populaires-decrete- par-estrosi_1785720<\/p>\n<p>En effet, les masques manquaient de part et d\u2019autre, et l\u2019on sait que de nombreux policiers ont \u00e9t\u00e9 confin\u00e9s, tandis que, au 31 mars, le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur annon\u00e7ait avoir command\u00e9 un million de masques suppl\u00e9mentaires pour les forces de l\u2019ordre, tout en pr\u00e9cisant qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas encore disponibles[17]. Des agents ont donc bien travaill\u00e9 au contact du public en \u00e9tant infect\u00e9s, et donc potentiellement sources de contamination, sans qu\u2019aucune estimation de ce ph\u00e9nom\u00e8ne ait, \u00e0 notre connaissance, \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e dans les mod\u00e8les \u00e9pid\u00e9miologiques. Or, les contr\u00f4les sont tr\u00e8s nombreux, selon les chiffres du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur publi\u00e9s par Le Figaro : plus de 11 millions au 16 avril, chiffre qui ne repose d\u2019ailleurs sur aucun syst\u00e8me d\u2019enregistrement automatis\u00e9 et pour lequel il serait utile d\u2019avoir des pr\u00e9cisions concernant le mode de comptage. Le nombre de sanctions, recens\u00e9 par l\u2019outil PVE (proc\u00e8s-verbal \u00e9lectronique), a progress\u00e9 vivement (voir figure n\u00b0 2) et rapport\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9tat plus de 95 millions d\u2019euros, mais se r\u00e9v\u00e8le tr\u00e8s in\u00e9galement appliqu\u00e9 suivant les publics.<br \/>\nAu plan de la d\u00e9mocratie, ceci pose un autre probl\u00e8me. On peut s\u2019accorder sur le fait que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits est la condition implicite de toutes les conceptions modernes de la justice[18], et, j\u2019ajouterais, de l\u2019acceptabilit\u00e9 des limites impos\u00e9es aux libert\u00e9s. La concentration des contr\u00f4les sur les segments d\u00e9favoris\u00e9s de la population, alors que les difficult\u00e9s \u00e0 rester confin\u00e9s p\u00e8sent sur tous, ont \u00e9t\u00e9 illustr\u00e9es par l\u2019in\u00e9galit\u00e9 devant la r\u00e9partition des contr\u00f4les. \u00c0 partir des informations obtenues par Le Parisien, on peut estimer la fa\u00e7on dont ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es les banlieues : sachant que la Seine-Saint-Denis a une population de 1,65 million d\u2019habitants en 2019 et que la France en compte 67 millions, on peut en d\u00e9duire que le poids de ce d\u00e9partement repr\u00e9sente 2,46 % de la population fran\u00e7aise. Or, les sanctions repr\u00e9sentent ici 10 % du total distribu\u00e9, soit 4 fois plus[19]. C\u2019est une disproportion \u00e9norme. Et, rapport\u00e9e au pouvoir d\u2019achat des personnes verbalis\u00e9es, elle serait probablement encore plus marqu\u00e9e compte tenu de la pauvret\u00e9 du d\u00e9partement en question. La discr\u00e9tion dont jouissent les policiers pour sanctionner est large et permet les discriminations en l\u2019absence de recensements des actions des agents et de contr\u00f4les externes satisfaisants.<br \/>\n[17] En effet, 10 000 policiers seraient confin\u00e9s selon Christophe Cornevin, Jean Chichizola et Jean-Marc Leclerc, Le Figaro du 24 mars 2020, un chiffre qui n\u2019est pas confirm\u00e9 officiellement. On retrouve ce chiffre chez Nicolas Chapuis dans Le Monde du 31 mars, qui ajoute que 300 agents seraient contamin\u00e9s.<br \/>\n[18] C\u2019est la position de philosophes politiques comme R. Dworkin ou W. Kymlicka, voir un r\u00e9sum\u00e9 https:\/\/www.scienceshumaines.com\/les-theories-de-la-justice_fr_11138.html<br \/>\n[19] Selon Nathalie Revenu, Le Parisien du 19 mars \u00ab 10 % des amendes dress\u00e9es dans le pays mercredi l\u2019ont \u00e9t\u00e9 en Seine-Saint-Denis \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pisode du refus de laisser les policiers proc\u00e9der au contr\u00f4le de catholiques rassembl\u00e9s pour une messe par le pr\u00e9fet de Police de Paris est un autre exemple patent du caract\u00e8re discr\u00e9tionnaire de l\u2019action polici\u00e8re[20]. On ne dispose pas de bilan d\u2019ensemble, mais la presse a d\u00e9j\u00e0 recueilli des plaintes pour des brutalit\u00e9s[21] exerc\u00e9es contre des citoyens. On y ajoutera les atteintes \u00e0 la dignit\u00e9, l\u2019une des plus manifestes \u00e9tant le fait d\u2019un gendarme qui emp\u00eache un fils de rejoindre son p\u00e8re, mourant, dans un h\u00f4pital. Le fait que les policiers jugent d\u00e9sormais de la pertinence des courses que l\u2019on peut faire dans un \u00e9tablissement que le gouvernement a autoris\u00e9 \u00e0 ouvrir participe de ce mouvement[22]. \u00c0 Calais, des associations se plaignent d\u2019\u00eatre emp\u00each\u00e9es d\u2019aider les populations vuln\u00e9rables, selon RFI[23]. Des contr\u00f4les de police \u00ab d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent en violences polici\u00e8res[24] \u00bb. La d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de la police et les suspicions d\u2019un mauvais usage de la force ont augment\u00e9 pendant le mouvement des Gilets Jaunes, et, plusieurs mois apr\u00e8s la fin de cet \u00e9pisode, ses cons\u00e9quences restent pr\u00e9sentes. En effet, suivant les \u00e9tudes publi\u00e9es par BVA, Elabe et Odoxa[25], l\u2019id\u00e9e que la police fait un usage excessif de la force a doubl\u00e9 de fr\u00e9quence (passant de 21 % \u00e0 45 % de juin 2016 \u00e0 janvier 2020). Par rapport \u00e0 un point de r\u00e9f\u00e9rence situ\u00e9 avant la crise sanitaire, la confiance dans la police a perdu 15 points suivant l\u2019institut IPSOS (entre 2017 et 2019, \u00e0 70 %), et 12 points d\u2019apr\u00e8s le CEVIPOF (entre 2017 et f\u00e9vrier 2020, \u00e0 68 %). Le dernier sondage r\u00e9alis\u00e9 du 2 au 7 avril, au sommet de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie du coronavirus, ne montre pas de remont\u00e9e significative statistiquement (68 %)[26]. De surcro\u00eet, le fait que des interventions de contr\u00f4le des gestes de la vie quotidienne (achats, petits d\u00e9placements, visiter un malade) soient confi\u00e9es \u00e0 la police durant une pand\u00e9mie est, en lui-m\u00eame, pr\u00e9occupant. Il peut renforcer de mauvaises habitudes polici\u00e8res vis-\u00e0-vis \u00ab des publics de banlieue \u00bb, pour le dire vite, et risque de contribuer \u00e0 la col\u00e8re et donc, si l\u2019on se fie aux travaux ant\u00e9rieurs[27], de se d\u00e9fier des messages gouvernementaux.<br \/>\n[20] Aziz Zemouri, \u00ab Messe clandestine \u00e0 Paris : les policiers pri\u00e9s de repartir \u00bb, Le Point, le 15\/04\/2020.<br \/>\n[21] Par exemple, \u00e9couter France Inter https:\/\/www.franceinter.fr\/confinement-plusieurs-personnes-affirment-<br \/>\navoir-ete-brutalisees-et-insultees-lors-de-controles-de-police<br \/>\n[22] Ana\u00efs Condomines, Lib\u00e9ration, \u00ab Achats de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 : les forces de l&rsquo;ordre ont-elles le droit de contr\u00f4ler nos courses ? \u00bb. (https:\/\/www.liberation.fr\/auteur\/20052-anais-condomines) 25 mars 2020<br \/>\n[23] http:\/\/www.rfi.fr\/fr\/france\/20200410-coronavirus-\u00e0-calais-les-associations-emp\u00each\u00e9es-daider-le-public- vuln\u00e9rable<br \/>\n[24] France info https:\/\/www.francetvinfo.fr\/sante\/maladie\/coronavirus\/plus-le-confinement-va-durer-plus-les- tensions-vont-augmenter-quand-des-controles-d-attestations-degenerent-en-violences-policieres_3896479.html<br \/>\n[25] Roch\u00e9 S. (2020) \u00ab Les violences polici\u00e8res en France \u00bb, Esprit, article en ligne, janvier, https:\/\/esprit.presse.fr\/actualites\/sebastian-roche\/les-violences-policieres-en-france-42562<br \/>\n[26] Sondages pour le CEVIPOF, vague 11bis du Barom\u00e8tre de la confiance politique, avril 2020.<br \/>\n[27] Roch\u00e9 S. (2016), De la police en d\u00e9mocratie, Paris, Grasset ; de Maillard J. (2019), \u00ab Les contr\u00f4les d\u2019identit\u00e9\u0301, entre politiques polici\u00e8res, pratiques professionnelles et effets sociaux. Un \u00e9tat critique des<br \/>\nconnaissances \u00bb, Champ P\u00e9nal, 16 : 1-27.<\/p>\n<p>Plus largement, le gouvernement n\u2019a pas brill\u00e9 par l\u2019importance accord\u00e9e \u00e0 la protection de la libert\u00e9 depuis qu\u2019Emmanuel Macron a gagn\u00e9 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle : il a fait entrer certaines dispositions des lois sur l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence dans la loi ordinaire, us\u00e9 d\u2019une violence polici\u00e8re rarement vue contre les Gilets Jaunes et, le 22 mars, obtenu le blanc-seing de l\u2019Assembl\u00e9e nationale afin de pouvoir se passer d\u2019elle pour suspendre le processus qui permet d\u2019interroger la constitutionalit\u00e9 des lois (QPC). Dans le m\u00eame temps, la ministre de la Justice a d\u00e9cid\u00e9, le 3 avril, la prolongation de plein droit et sans d\u00e9bat des d\u00e9tentions provisoires. Louis Bor\u00e9, pr\u00e9sident de l\u2019ordre des avocats au Conseil d\u2019\u00c9tat et \u00e0 la Cour de cassation s\u2019en est \u00e9mu dans ces termes : \u00ab C\u2019est la premi\u00e8re fois depuis la loi des suspects de 1793 que l\u2019on ordonne que des gens restent en prison sans l\u2019intervention d\u2019un juge[29]. \u00bb<br \/>\n[29] https:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2020\/04\/04\/coronavirus-le-conseil-d-etat-valide-la-prolongation-de-la- detention-provisoire-sans-juge_6035548_3224.html<\/p>\n<p>CONSENTIR \u00c0 LA CONTRAINTE<br \/>\nDans le cadre de la gestion de la pand\u00e9mie pour les mois qui viennent, il faut le redire, le probl\u00e8me majeur que rencontre la solution qui fixe des contraintes lourdes, un m\u00e9lange d\u2019interdictions et d\u2019obligations, est celui de son acceptabilit\u00e9 sociale dans la dur\u00e9e et donc de la confiance qu\u2019elle suppose. Il y a lieu de s\u2019interroger sur la gestion des contraintes. Sans confondre la Chine et la France, elles sont nombreuses chez nous : verrouillage des fronti\u00e8res, confinement des individus, surveillance accrue par la police et peut-\u00eatre, demain, par des applications. Sans faire de proc\u00e8s d\u2019intention au gouvernement sur ce point, notons que les enregistrements des gestes et des d\u00e9placements des citoyens en vue de contr\u00f4les, m\u00eame diff\u00e9r\u00e9s, seront consultables, et que la protection des donn\u00e9es collect\u00e9es pose de r\u00e9els probl\u00e8mes. On a vu que les citoyens acceptaient bien les contraintes prises une \u00e0 une, mais, de mani\u00e8re int\u00e9ressante, lorsqu\u2019on regarde quelle proportion des Fran\u00e7ais les acceptent toutes, le pourcentage s\u2019effondre[30]. Or c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit : d\u2019un bouquet de prescriptions et de proscriptions. La principale limitation porte sur la libert\u00e9 fondamentale, celle d\u2019aller et venir, qui est probablement \u00e9valu\u00e9e avant tout comme une entrave pratique. Les obligations de travailler sans protection sont une autre contrainte : pour les policiers, elles avaient donn\u00e9 l\u2019occasion \u00e0 certains syndicats de demander l\u2019arr\u00eat du travail ; pour la reprise de la scolarit\u00e9 en primaire et au coll\u00e8ge par les enseignants \u00e0 compter du 11 mai, son annonce a d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 provoqu\u00e9 des d\u00e9clarations de refus de la part de certaines organisations professionnelles. Pour Francette Popineau, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire, \u00ab cette annonce n&rsquo;est pas du tout s\u00e9rieuse \u00bb. Et il en va de m\u00eame pour Beno\u00eet Teste, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la FSU, premi\u00e8re f\u00e9d\u00e9ration syndicale de l\u2019\u00e9ducation[31].<br \/>\nAlors, comment regagner la confiance ? D\u2019abord, une contrainte est d\u2019autant mieux accept\u00e9e qu\u2019elle est pr\u00e9cise et bien encadr\u00e9e par des protections. Il me para\u00eetrait avis\u00e9, dans cet esprit, de garantir le fonctionnement des institutions plut\u00f4t que de le contourner. Emmanuel Macron a voulu un r\u00e9gime d&rsquo;exception sanitaire qui pr\u00e9voit des mesures limitant la libert\u00e9 d&rsquo;aller et venir, de se r\u00e9unir et d&rsquo;entreprendre, dans un texte sur le mod\u00e8le de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, vot\u00e9 par le Parlement le dimanche 22 mars.<br \/>\n[30] Les citoyens acceptent jusqu\u2019\u00e0 un certain point les contraintes selon l\u2019\u00e9tude Harris Interactive du 3-7 avril 2002 : si les contraintes sont toutes accept\u00e9es \u00e0 plus de 60 %, seuls 19 % des Fran\u00e7ais se d\u00e9clarent favorables \u00e0 l\u2019ensemble des mesures.<br \/>\n[31] https:\/\/www.huffingtonpost.fr\/entry\/rouvrir-les-ecoles-a-partir-du-11-mai-cest-tout-sauf- serieux_fr_5e94c635c5b6a50d4ae6fb4e<\/p>\n<p>Le point essentiel est que le mode de gouvernement ne suscite pas l\u2019adh\u00e9sion : ni la m\u00e9taphore de la guerre ni sa d\u00e9termination \u00e0 imposer des mesures radicales n\u2019ont convaincu, en d\u00e9pit du soutien de la population \u00e0 la plupart de ces mesures prises s\u00e9par\u00e9ment, comme on l\u2019a vu. Il ne fait pas de doute que le gouvernement en France est dans une position moins favorable que ceux de l\u2019Allemagne et du Royaume-Uni : selon une enqu\u00eate internationale datant du mois d\u2019avril, les Fran\u00e7ais sont plus de deux fois plus insatisfaits non seulement que les Allemands, mais aussi que les Britanniques (voir figure 3, \u00e0 droite). Les raisons de ces \u00e9carts ne sont pas encore \u00e9lucid\u00e9es et ne semblent pas explicables uniquement par la gestion sanitaire.<br \/>\nGraphique n\u00b03 &#8211;<br \/>\nJe n\u2019ai pas d\u2019interpr\u00e9tation compl\u00e8te \u00e0 proposer \u00e0 ce stade. Je note cependant que les deux pays n\u2019ont pas mis en sc\u00e8ne la dramaturgie de la crise de la m\u00eame mani\u00e8re : le r\u00f4le du chef, de la solidarit\u00e9 et de la sanction. En Allemagne, Angela Merkel n\u2019a pas d\u00e9cid\u00e9 de recourir \u00e0 une forme d\u2019\u00e9tat d\u2019urgence alors que la loi fondamentale allemande l\u2019y autorisait. Elle a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement attentive \u00e0 ne pas bousculer les pouvoirs des L\u00e4nder.<\/p>\n<p>Au Royaume-Uni, le gouvernement a \u00e9t\u00e9 tout aussi, sinon plus, ind\u00e9cis sur la marche \u00e0 suivre que la France. Il a fini par restreindre les mouvements le 23 mars, sous la forme de recommandations qui se durciront, et le Parlement votera une loi permettant \u00e0 la police d\u2019infliger une amende de 37 livres aux contrevenants. Mais, dans le m\u00eame temps, apr\u00e8s qu\u2019un agent a menac\u00e9 un citoyen qui d\u00e9posait de la nourriture chez sa m\u00e8re, la police a ouvert, dans la foul\u00e9e, une enqu\u00eate et s\u2019est excus\u00e9e publiquement[32]. Le 9 avril, dans une interview \u00e0 la radio, la Home Secretary Priti Patel a vertement critiqu\u00e9 les policiers \u00ab trop z\u00e9l\u00e9s \u00bb qui avaient v\u00e9rifi\u00e9 si les biens achet\u00e9s \u00e9taient de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 ou qui avaient mis en place des contr\u00f4les sur la route pour v\u00e9rifier les d\u00e9placements en voiture sur de longues distances[33]. Quand, pour la derni\u00e8re fois, cela est-il arriv\u00e9 en France ? Et si ces gouvernements voisins \u00e9taient plus aptes \u00e0 donner aux citoyens des garanties, le sentiment qu\u2019ils respectent les institutions, et que tout n\u2019est pas permis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cutif et \u00e0 ses administrations ?<br \/>\nIl ne faudrait pas mettre entre parenth\u00e8ses l\u2019esprit d\u00e9mocratique des lois, f\u00fbt-ce en raison de la crise. On ne conna\u00eet pas encore les outils de surveillance qui seront d\u00e9ploy\u00e9s. Le D\u00e9fenseur des droits rappelait, le 30 mars dernier, s\u2019agissant de la mise au point d\u2019une application qui g\u00e9olocaliserait chacun d\u2019entre nous, la n\u00e9cessit\u00e9 que les particuliers consentent \u00e0 l\u2019usage de leurs donn\u00e9es personnelles : la garantie de la vie priv\u00e9e et celle du secret m\u00e9dical sont engag\u00e9es[34]. Les avocats William Bourdon et Vincent Brengarth ont, avec justesse, rappel\u00e9 que c\u2019est en situation d\u2019exception qu\u2019on doit pouvoir compter sur les institutions et remarqu\u00e9 que le Conseil d\u2019\u00c9tat, qui est l\u2019organe que l\u2019on saisit en urgence si l\u2019on estime qu\u2019une d\u00e9cision de l\u2019administration met en p\u00e9ril une libert\u00e9 fondamentale, \u00ab se d\u00e9vitalise alors qu\u2019il devrait \u00eatre l\u2019ultime bastion des libert\u00e9s \u00bb. En mettant en avant son incomp\u00e9tence en mati\u00e8re d\u2019examen de la proportionnalit\u00e9 des d\u00e9cisions prises avec les fins poursuivies dans le champ de la sant\u00e9 publique, il ent\u00e9rine des dispositions voulues par le gouvernement sans m\u00eame organiser de d\u00e9bat lorsqu\u2019elles sont contest\u00e9es[35]. Toutes ces inqui\u00e9tudes et mises en garde t\u00e9moignent d\u2019une certaine nervosit\u00e9 quant au respect de l\u2019\u00c9tat de droit, d\u2019une part, et \u00e0 la protection des libert\u00e9s, d\u2019autre part. Il faudrait veiller \u00e0 garantir les recours contre l\u2019administration, la proportionnalit\u00e9 des mesures au danger et \u00e9galement leur caract\u00e8re born\u00e9 dans le temps. Sans oublier un engagement sur le retour complet \u00e0 la situation l\u00e9gale qui pr\u00e9c\u00e8de la d\u00e9claration d\u2019une exception.<br \/>\n[32] https:\/\/www.thetimes.co.uk\/article\/uk-lockdown-manchester-police-apologise-after-man-is-threatened-with- pepper-spray-2jk3xr25w<br \/>\n[33] https:\/\/www.dailymail.co.uk\/news\/article-8203631\/Police-call-powers-fine-people-driving-second-homes.html<br \/>\n[34] https:\/\/www.lemonde.fr\/pixels\/article\/2020\/03\/30\/surveillance-numerique-contre-le-coronavirus-jacques- toubon-s-inquiete-de-possibles-derives_6034950_4408996.html<br \/>\n[35] https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2020\/04\/12\/le-conseil-d-etat-se-devitalise-alors-qu-il-devrait-etre-l-ultime- bastion-des-libertes_6036386_3232.html<\/p>\n<p>Si la suspension des libert\u00e9s est n\u00e9cessaire, il lui faut un encadrement. On a besoin de plus de Parlement, pas de moins : si le gouvernement peut se passer de lui pour l\u00e9gif\u00e9rer dans une situation bien particuli\u00e8re, au moins serait-il bon qu\u2019il remplisse sa fonction de contr\u00f4le des politiques mises en \u0153uvre, et m\u00eame qu\u2019il la d\u00e9veloppe en raison de ces circonstances exceptionnelles. L\u2019action du gouvernement est-elle efficace et l\u00e9gale ? Quelles sont les v\u00e9rifications qui sont faites sur l\u2019usage des contr\u00f4les par la police ? Sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 de l\u2019acc\u00e8s aux soins, en particulier pour les publics fragiles ? On a besoin de plus de contr\u00f4le par la soci\u00e9t\u00e9 civile, pas de moins. Les associations s\u2019av\u00e8rent capables de soutenir les plus d\u00e9munis dans les zones p\u00e9ri-urbaines, par exemple, o\u00f9 les besoins sont immenses. Or je suis frapp\u00e9 par la faible mise en avant par le gouvernement de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019engager un dialogue avec les associations concernant \u00e0 la fois les libert\u00e9s et l\u2019action publique locale.<br \/>\nEnsuite, une contrainte est d\u2019autant mieux accept\u00e9e que les responsables politiques sont cr\u00e9dibles. Par exemple, en \u00e9tudiant les opinons par rapport au tra\u00e7age des t\u00e9l\u00e9phones portables, des politologues ont montr\u00e9 que l\u2019adh\u00e9sion aux mesures qui pourraient porter atteinte aux libert\u00e9s se r\u00e9duit d\u2019autant plus que les citoyens n\u2019ont pas confiance dans le gouvernement, qu\u2019ils le soup\u00e7onnent de ne pas \u00eatre transparent et de leur cacher des informations[36]. Or, le d\u00e9ficit de confiance est patent. En termes comparatifs, les m\u00e9contentements vont cro\u00eetre en France alors que c\u2019est le contraire chez nos deux grands voisins : leurs gouvernements vont m\u00eame se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer devant leur opinion publique au fur et \u00e0 mesure que la crise s\u2019aggrave (cf. graphique n\u00b0 4). Entre le 19-21 mars et le 9-13 avril, ils progressent nettement (plus 9 points ou 15 % en Allemagne, plus 13 points et 23 % au Royaume-Uni), et en France il r\u00e9gresse \u00e9norm\u00e9ment (moins 18 points ou 29 %). Peut-\u00eatre la d\u00e9fiance s\u2019est-elle accrue en raison du manque de coh\u00e9rence des d\u00e9clarations officielles[37] sur l\u2019absence de p\u00e9nurie, puis l\u2019absence d\u2019utilit\u00e9 des masques, l\u2019exemple le plus manifeste qui a permis \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une dissimulation volontaire des informations de gagner du terrain. L\u2019expression publique, dans un moment de transparence inattendu, de ses regrets par Agn\u00e8s Buzyn quant \u00e0 la gestion de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie et le choix de maintenir le premier tour des \u00e9lections municipales (\u00ab On aurait d\u00fb tout arr\u00eater, c\u2019\u00e9tait une mascarade \u00bb), a \u00e9t\u00e9 un moment fort[38].<br \/>\n[36] Brouard S., Foucault M., et Kerrouche E., \u00ab Pand\u00e9mie : attitudes sur les mesures limitant les libert\u00e9s publiques \u00bb, Note Attitudes on COVID-19 &#8211; A comparative study, Sciences Po CEVIPOF, note 6, avril 2020, 6 p.<br \/>\n[37] Pour une premi\u00e8re chronologie des r\u00e9ponses publiques, voir Pascal Marichalar (25 mars 2020), \u00ab Savoir et pr\u00e9voir. Premi\u00e8re chronologie de l\u2019\u00e9mergence du Covid-19 \u00bb, Dossier : Les visages de la pand\u00e9mie, La vie des Id\u00e9es.<br \/>\n[38] Ariane Chemin, Le Monde, 17 mars, https:\/\/www.lemonde.fr\/politique\/article\/2020\/03\/17\/entre-campagne- municipale-et-crise-du-coronavirus-le-chemin-de-croix-d-agnes-buzyn_6033395_823448.html<\/p>\n<p>Dans un contexte o\u00f9 les directives gouvernementales manquent de clart\u00e9 sur la bonne fa\u00e7on de sortir de la crise et o\u00f9 l\u2019application des contr\u00f4les policiers est source de tensions, les responsables politiques nationaux n\u2019auraient-ils pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 adopter un profil bas[39] ?<br \/>\nGraphique n\u00b0 4 &#8211;<br \/>\nPourquoi ne pas se reposer davantage sur ceux qui sont d\u00e9tenteurs de cette confiance ? Philippe Sansonetti, professeur au Coll\u00e8ge de France, a d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 le besoin d\u2019\u00e9largir la base de la mobilisation pour r\u00e9ussir le d\u00e9confinement[41]. Concernant la confiance, ceux auxquels les Fran\u00e7ais en accordent le plus sont les maires, plus accessibles, personnellement connus et partageant le sort des citoyens, comme le mesurent r\u00e9guli\u00e8rement les enqu\u00eates du CEVIPOF (voir graphique n\u00b0 3). Ils pourraient prendre une place plus marqu\u00e9e, voire pr\u00e9pond\u00e9rante, dans la communication politique, certains aspects des politiques de pr\u00e9vention en mati\u00e8re sanitaire, et dans la coordination de la soci\u00e9t\u00e9 civile, au sein de leur municipalit\u00e9. Il faut cr\u00e9er du lien et de l\u2019action \u00e0 partir des initiatives locales : la confiance se construit dans les interactions de proximit\u00e9, les r\u00e9seaux, les formes de r\u00e9ciprocit\u00e9, comme l\u2019a sugg\u00e9r\u00e9 la th\u00e9orie du \u00ab capital social[42] \u00bb.<br \/>\n[39] En quelque sorte \u00e0 \u00ab ne pas trop la ramener \u00bb suivant la formule directe de Xavier Bertrand sur BFM TV le 12 avril.<br \/>\n[40] \u00ab Covid-19 : perceptions et comportements dans les pays du G7, vague 1 et vague 2 \u00bb, enqu\u00eate Kantar pour Le Figaro.<br \/>\n[41] Philippe Sansonetti (2020), \u00ab Sortie de confinement, ou la somme de tous les dangers Covid-19 : chronique d\u2019une \u00e9mergence annonc\u00e9e \u00bb, La Vie des Id\u00e9es, https:\/\/laviedesidees.fr\/Covid-19-chronique-d-une-emergence- annoncee.html<br \/>\n[42] Pour une introduction : Lallement, Michel. \u00ab 4. Capital social et th\u00e9ories sociologiques \u00bb, Le capital social. Performance, \u00e9quit\u00e9 et r\u00e9ciprocit\u00e9, La D\u00e9couverte, 2006, pp. 71-88.<\/p>\n<p>Les polices municipales, si les agents \u00e9taient form\u00e9s \u00e0 la fois \u00e0 comprendre les enjeux de sant\u00e9 et \u00e0 les expliquer et si les maires ne voulaient pas en faire des \u00ab mini forces de l\u2019ordre \u00bb mais bien des services de proximit\u00e9, pourraient aussi contribuer \u00e0 la p\u00e9dagogie et \u00e0 chercher non pas \u00e0 verbaliser plus mais \u00e0 expliquer mieux. Je pense, par exemple, mais pas seulement, aux polices municipales de Grenoble ou de Paris. La consultation plus intense des \u00e9lus locaux par le gouvernement central s\u2019impose pour rechercher une confiance politique en vue de l\u2019apr\u00e8s-11 mai, dans un format qui ne serait pas celui d\u2019une conf\u00e9rence du chef de l\u2019\u00c9tat mais bien d\u2019un dialogue. Ensuite, on pourrait mobiliser ceux qui b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un r\u00e9el cr\u00e9dit d\u2019opinion. Les m\u00e9decins hospitaliers sont d\u00e9j\u00e0 largement sur les \u00e9crans, bien s\u00fbr, surtout les patrons de services et les \u00ab stars \u00bb, et il ne faut \u00e9videmment pas na\u00efvement opposer le monde de la politique qui divise, et celui des \u00ab bons \u00bb m\u00e9decins qui rassembleraient : la sant\u00e9 est un champ de pouvoir et de luttes intenses, elle aussi. La rivalit\u00e9 entre personnalit\u00e9s m\u00e9dicales n\u2019est d\u2019ailleurs pas une nouveaut\u00e9, l\u2019une des plus connues est celle qui opposa le Fran\u00e7ais Pasteur \u00e0 l\u2019Allemand Koch[43]. Aujourd\u2019hui, le Pr \u00c9ric Raoult est engag\u00e9 dans une bataille m\u00e9diatique autour d\u2019une mol\u00e9cule dont il affirme qu\u2019elle pourrait traiter les patients du Covid-19, tandis que le Pr Montagnier, prix Nobel de m\u00e9decine et cod\u00e9couvreur du virus du sida, se fait l\u2019avocat de la th\u00e8se d\u2019une fabrication dudit virus en laboratoire.<br \/>\nMais il reste que les Fran\u00e7ais ont confiance dans les m\u00e9decins (cf. figure n\u00b0 3), probablement du fait des soins qu\u2019eux-m\u00eames ou leurs proches ont re\u00e7us par le pass\u00e9 et plus encore aujourd\u2019hui. Il s\u2019agit principalement des praticiens anonymes et non des t\u00e9nors des plateaux, et d\u2019un effet syst\u00e9mique de production de la confiance. C\u2019est \u00e0 eux que je pense ici : aux m\u00e9decins de ville, aux pharmaciens, aux soignants du quotidien. Ils pourraient \u00eatre mobilis\u00e9s pour s\u2019assurer que les messages de sant\u00e9 publique complexes soient relay\u00e9s, mais surtout compris par tous, et qu\u2019ils puissent, du fait d\u2019un lien affectif et v\u00e9cu, ne pas \u00eatre rejet\u00e9s au motif qu\u2019ils sont \u00e9mis par des autorit\u00e9s politiques jug\u00e9es lointaines. Il se trouve que ces praticiens sont, paradoxalement au moment o\u00f9 le syst\u00e8me de sant\u00e9 est sous pression, sous-utilis\u00e9s. Nicolas Revel, directeur g\u00e9n\u00e9ral de la CNAM, auditionn\u00e9 par la commission des affaires sociales du S\u00e9nat, indiquait que, sur les trois derni\u00e8res semaines, leur activit\u00e9 est en retrait de 40 % pour les m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes et de 50 % pour les autres m\u00e9decins sp\u00e9cialistes[44]. Leur proximit\u00e9 et la longueur des relations entretenues avec le public en font les agents d\u2019une confiance retrouv\u00e9e. C\u2019est d\u2019adh\u00e9sion et non de peur que nous avons besoin.<br \/>\n[43] Annick Perrot (2014), Un duel de g\u00e9ants dans le monde des microbes, Paris, Odile Jacob.<br \/>\n[44] https:\/\/www.ladepeche.fr\/2020\/04\/16\/covid-19-les-consultations-en-baisse-de-44-chez-les-medecins-<br \/>\ngeneralistes,8849578.php<\/p>\n<p>Enfin, une contrainte est d\u2019autant mieux accept\u00e9e qu\u2019elle est per\u00e7ue comme justement r\u00e9partie. La justice est une condition de l\u2019efficacit\u00e9. Or la justice ne peut pas s\u2019\u00e9valuer ind\u00e9pendamment des cons\u00e9quences sur la vie des personnes. Quelle est donc cette \u00e9thique de gouvernement qui s\u2019interroge si peu sur les cons\u00e9quences de ces d\u00e9cisions et contraintes sur les diff\u00e9rents types de citoyens ? Ne sont gu\u00e8re pris en compte les groupes marginalis\u00e9s, les in\u00e9galit\u00e9s socio- \u00e9conomiques. L\u2019effort et la souffrance li\u00e9s au confinement ne sont pas les m\u00eames suivant les ressources ou encore le type de logement. Il se pose \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, eu \u00e9gard aux effets \u00e9conomiques du confinement et des obligations d\u2019exposition au virus, un probl\u00e8me d\u2019organisation de la solidarit\u00e9 par le gouvernement, entre ceux qui sont le plus expos\u00e9s et ceux qui le sont moins, ceux qui peuvent continuer \u00e0 travailler et ceux qui ne le peuvent pas, entre les territoires des zones les plus affect\u00e9es, les grandes m\u00e9tropoles. De m\u00eame, une application des sanctions qui tient compte de la capacit\u00e9 r\u00e9elle des \u00ab amortisseurs \u00bb dont disposent les populations est n\u00e9cessaire : \u00ab Rappelons que 135 euros d\u2019amende repr\u00e9sentent 25% d\u2019un RSA \u00bb, font observer les repr\u00e9sentants de La Commission nationale consultative des droits de l\u2019homme[45].<br \/>\nLes soci\u00e9t\u00e9s ne fonctionnent harmonieusement qu\u2019avec la confiance et par la confiance. Un \u00c9tat op\u00e9rant la pr\u00e9suppose aussi. Une r\u00e9ponse efficace \u00e0 la pand\u00e9mie l\u2019exige. Un chef de guerre peut-il d\u00e9clarer la mobilisation sur un mode martial et demander aux Fran\u00e7ais de rester chez eux ? Il ne faudrait pas que tout cela ressemble \u00e0 une d\u00e9mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, f\u00fbt-elle bien polic\u00e9e. L\u2019ob\u00e9issance obtenue par la contrainte d\u2019\u00c9tat ne vaut pas consentement, et ce dernier va devenir de plus en plus n\u00e9cessaire pour r\u00e9aliser le d\u00e9confinement : il reposera avant tout sur l\u2019autocontrainte, l\u2019ob\u00e9issance volontaire \u00e0 des r\u00e8gles jug\u00e9es bonnes et \u00e0 des gouvernements jug\u00e9s fiables. Mais qui pourrait confier l\u2019organisation de sa vie \u00e0 un gouvernement qu\u2019il ne juge pas suffisamment honn\u00eate ? Si les citoyens ne croient pas en ceux qui \u00e9dictent les contraintes en leur nom, ils seront r\u00e9ticents \u00e0 les accepter. Il est urgent de placer la confiance l\u00e0 o\u00f9 elle doit se trouver : au c\u0153ur des relations qui unissent une collectivit\u00e9 politique. Un \u00c9tat plus modeste, plus solidaire et plus local mais aussi qui respecte et mobilise les citoyens est seul susceptible d\u2019impulser plus de confiance et de nous aider \u00e0 r\u00e9duire le choc que nous vivons et \u00e0 en sortir durablement.<br \/>\n[45] https:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2020\/04\/17\/l-etat-d-urgence-sanitaire-ne-justifie-pas-une-telle- disproportion-dans-l-atteinte-a-certains-droits_6036962_3224.html#xtor=AL-32280270<br \/>\n   Terra Nova<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Confiance et consentement sont au coeur de la ma\u00eetrise du Coronavirus. 22 avril 2020 | Par Sebastian Roch\u00e9, Directeur de recherche au CNRS L\u2019action contre le coronavirus cherche une voie, un \u00e9quilibre entre saturation de l\u2019appareil de sant\u00e9 et nombre de morts, d\u2019une part, et co\u00fbt \u00e9conomique du confinement pour la collectivit\u00e9 et pour l\u2019\u00c9tat,<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":12652,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-12651","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12651","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12651"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12651\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12652"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12651"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12651"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12651"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}