{"id":12851,"date":"2020-06-21T19:14:21","date_gmt":"2020-06-21T23:14:21","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=12851"},"modified":"2020-06-21T19:14:21","modified_gmt":"2020-06-21T23:14:21","slug":"les-faiblesses-du-dispositif-anti-crise-de-la-commission-europeenne-face-au-covid-19-par-claude-blumann","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/les-faiblesses-du-dispositif-anti-crise-de-la-commission-europeenne-face-au-covid-19-par-claude-blumann\/","title":{"rendered":"Les faiblesses du dispositif anti-crise de la Commission europ\u00e9enne face au Covid- 19 par Claude Blumann"},"content":{"rendered":"<p>Les faiblesses du dispositif anti-crise de la Commission europ\u00e9enne face au Covid- 19 par Claude Blumann<\/p>\n<p>Par Claude Blumann, professeur \u00e9m\u00e9rite de l\u2019Universit\u00e9 Panth\u00e9on-Assas (Paris II)<br \/>\nChaire Jean Monnet de droit europ\u00e9en<\/p>\n<p>La crise du coronavirus a surpris l\u2019ensemble des pays europ\u00e9ens, peu adapt\u00e9s \u00e0 une pand\u00e9mie de cette importance, mais aussi la Commission europ\u00e9enne. Celle-ci, install\u00e9e depuis le 1er d\u00e9cembre 2019, n\u2019avait gu\u00e8re eu le temps se pr\u00e9parer \u00e0 un \u00e9pisode de cette ampleur. Lors de son discours d\u2019investiture du 16 juillet 2019, la Pr\u00e9sidente Ursula Von Der Leyen avait d\u00e9gag\u00e9 six grandes ambitions qui devaient constituer les priorit\u00e9s de sa mandature (2019-2024). Sur ces six priorit\u00e9s, trois d\u2019entre elles touchaient \u00e0 des questions dont la gravit\u00e9 \u00e9tait reconnue par la plupart des responsables et qui s\u2019\u00e9taient aussi impos\u00e9es dans le d\u00e9bat public lors des \u00e9lections europ\u00e9ennes de mai 2019 : l\u2019urgence climatique, illustr\u00e9e ensuite par le Pacte vert europ\u00e9en ou green deal, une Europe adapt\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique, pour contrer la domination am\u00e9ricaine ou chinoise dans le domaine des technologies de pointe et de l\u2019intelligence artificielle, et la protection (devenu promotion) du mode de vie europ\u00e9en, pour rappeler les valeurs sur lesquelles repose l\u2019Union et r\u00e9pondre de mani\u00e8re ordonn\u00e9e au d\u00e9fi migratoire.<\/p>\n<p>Mais aucune de ces priorit\u00e9s pas plus que les trois autres n\u2019\u00e9voquait les probl\u00e8mes de sant\u00e9 publique, a fortiori de lutte contre les \u00e9pid\u00e9mies de dimension internationale. L\u2019Union pouvait-elle r\u00e9agir (I), comment (II) et peut-on aujourd\u2019hui esquisser un bilan partiel (III) ?<\/p>\n<p>I \u2013 Comp\u00e9tences de l\u2019Union dans le domaine de la sant\u00e9<\/p>\n<p>Il est connu et inlassablement r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que l\u2019Union ne dispose en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique que de faibles comp\u00e9tences. Il s\u2019agit de ce que le trait\u00e9 de Lisbonne a appel\u00e9 les domaines d\u2019appui, de compl\u00e9ment et de coordination (art. 6 TFUE) dans lesquels l\u2019Union se borne \u00e0 venir au soutien des Etats membres et ne peut en aucune mani\u00e8re harmoniser les l\u00e9gislations nationales, autrement dit l\u00e9gif\u00e9rer. Encore que, et cela depuis la crise de la vache folle, l\u2019ex-trait\u00e9 CE pr\u00e9voit que les \u00ab enjeux communs de s\u00e9curit\u00e9 en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique \u00bb (art. 4 \u00a7 2 point k TFUE) rel\u00e8vent de la comp\u00e9tence partag\u00e9e entre l\u2019Union et les Etats membres, de m\u00eame qu\u2019en mati\u00e8re d\u2019environnement, qui constitue aussi une comp\u00e9tence partag\u00e9e, la \u00ab protection de la sant\u00e9 des personnes \u00bb fasse partie des objectifs de cette politique (art. 191 \u00a7 1er TFUE). Or, s\u2019il est vrai qu\u2019en pr\u00e9sence d\u2019une comp\u00e9tence partag\u00e9e, le principe de subsidiarit\u00e9 s\u2019applique pleinement, lequel ne donne comp\u00e9tence \u00e0 l\u2019Union pour agir que lorsque que les Etats membres pris isol\u00e9ment ne peuvent atteindre les objectifs poursuivis et que l\u2019Union peut mieux faire (art. 5 \u00a7 3 TUE), il est peu niable qu\u2019une telle crise, par son ampleur internationale d\u00e8s l\u2019origine et son d\u00e9veloppement fulgurant, habilitait d\u2019embl\u00e9e l\u2019Union \u00e0 prendre les mesures requises.<\/p>\n<p>Si besoin pouvait \u00e9galement \u00eatre convoqu\u00e9 l\u2019article 196 TFUE qui \u00e9rige la protection civile au rang \u00e9galement de comp\u00e9tence d\u2019appui, de compl\u00e9ment et de coordination. Cette disposition vise en effet \u00ab \u00e0 renforcer l\u2019efficacit\u00e9 des syst\u00e8mes de pr\u00e9vention des catastrophes naturelles ou d\u2019origine humaine et de protection contre celles-ci \u00bb. L\u00e0 encore l\u2019Union ne peut l\u00e9gif\u00e9rer mais elle peut prendre des mesures visant \u00e0 compl\u00e9ter l\u2019action des Etats membres aux niveaux national, r\u00e9gional et local. Au m\u00eame titre, mais localis\u00e9 dans les dispositions du trait\u00e9 relatives \u00e0 l\u2019action ext\u00e9rieure de l\u2019Union, l\u2019article 222 TFUE instaure une \u00ab clause de solidarit\u00e9 \u00bb invitant l\u2019Union et les Etats membres \u00e0 agir conjointement, dans un esprit de solidarit\u00e9, si un Etat membre est l\u2019objet d\u2019une attaque terroriste ou la victime d\u2019une catastrophe naturelle ou d\u2019origine humaine. Si un cas de figure de cette nature vient \u00e0 se produire, un Etat membre peut faire appel \u00e0 l\u2019assistance de ses partenaires et ces derniers doivent lui apporter leur soutien dans le cadre d\u2019une action coordonn\u00e9e au sein du Conseil. Peu invoqu\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, dans la mesure o\u00f9 son objectif militaire occulte largement les aspects civils, cette clause de solidarit\u00e9 est n\u00e9anmoins vis\u00e9e dans certaines l\u00e9gislations, telle la d\u00e9cision du 17 d\u00e9cembre 2013 qui instaure un m\u00e9canisme de protection civile de l\u2019Union (v. infra).<\/p>\n<p>Ainsi la Commission, qu\u2019elle agisse comme organe de d\u00e9cision ou au titre de ses pouvoirs de proposition ou d\u2019ex\u00e9cution, dispose-t-elle de bases juridiques solides pour faire face \u00e0 des situations de crise. Mais lorsque l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Covid- 19 commence \u00e0 se propager en Europe et notamment en Italie, c\u2019est le contraire qui se produit. Ce sont les Etats membres, eux-m\u00eames avec retard, qui prennent les choses en main et adoptent des mesures de lutte contre la pand\u00e9mie, mais le plus souvent en ordre dispers\u00e9 et parfois au d\u00e9triment des principes et r\u00e8gles de base du droit de l\u2019Union (restrictions aux libert\u00e9s de circulation des marchandises et des personnes, mise entre parenth\u00e8ses de l\u2019espace Schengen).<\/p>\n<p>II \u2013 Moyens d\u2019action de la Commission<\/p>\n<p>Pourtant l\u2019Union \u2013 et plus particuli\u00e8rement la Commission \u2013 n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9pourvue de moyens d\u2019action. Certes l\u2019ex\u00e9cutif comme l\u2019on dit souvent, ne dispose pas d\u2019une v\u00e9ritable administration de terrain, mais les services de Bruxelles ne sont pas compl\u00e8tement d\u00e9munis. Ainsi ne serait-ce qu\u2019au niveau des commissaires, plusieurs d\u2019entre eux disposent de comp\u00e9tences pour intervenir dans le domaine de la sant\u00e9 et des probl\u00e8mes graves qui peuvent survenir. C\u2019est le cas dans l\u2019\u00e9quipe Ursula Von Der Leyen, de la commissaire Stella Kyriakides (Chypriote) qui g\u00e8re le portefeuille de la sant\u00e9 et de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Il en va de m\u00eame du commissaire Janez Lenarcic (Slov\u00e8ne), \u00e0 qui \u00e9choit le portefeuille de la gestion des crises. Or, et il y a l\u00e0 un motif d\u2019\u00e9tonnement, ces deux commissaires ne rel\u00e8vent pas de la m\u00eame \u00e9quipe autrement d\u2019un m\u00eame groupe, au sens des six priorit\u00e9s fix\u00e9es par la Pr\u00e9sidente \u00e9lue. La sant\u00e9 se trouve int\u00e9gr\u00e9e dans le groupe \u00ab promouvoir notre mode de vie europ\u00e9en \u00bb, alors que la gestion des crises fait partie du groupe \u00ab Une Europe plus forte sur la sc\u00e8ne internationale \u00bb dirig\u00e9, faut-il le rappeler, par le haut repr\u00e9sentant de l\u2019Union pour les affaires \u00e9trang\u00e8res et la PESC (l\u2019Espagnol Joseph Borrell).<\/p>\n<p>De plus, si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la lettre de mission de la commissaire \u00e0 la sant\u00e9 qui date de septembre 2019, il est certain que les probl\u00e8mes de lutte contre les pand\u00e9mies ne sont pas ignor\u00e9s, puisque sa t\u00e2che consiste entre autres \u00e0 lutter \u00ab contre les maladies et les \u00e9pid\u00e9mies \u00bb. Il lui faut aussi se concentrer sur un plan d\u2019action sanitaire contre la r\u00e9sistance aux antimicrobiens et travailler en liaison avec les partenaires internationaux. Mais le centre de gravit\u00e9 de toute action rel\u00e8ve du commissaire Lenarcic. Sa lettre de mission le conduit \u00e0 s\u2019occuper principalement des questions de protection civile dans l\u2019Union et moins de gestion de crises internationales, comme son rattachement au groupe dirig\u00e9 par le haut repr\u00e9sentant pourrait le laisser penser. En effet sa mission principale est \u00ab d\u2019aider \u00e0 pr\u00e9venir et \u00e0 r\u00e9agir rapidement aux crises au sein de l\u2019Union, afin de prot\u00e9ger les citoyens et notre environnement\u2026 \u00bb. Sans entrer dans les d\u00e9tails, le document pr\u00e9figure d\u2019une mani\u00e8re saisissante ce que peut \u00eatre une pand\u00e9mie du type du coronavirus. Se fondant sur l\u2019article 196 TFUE (protection civile), la lettre de mission le d\u00e9signe comme coordinateur, c\u2019est-\u00e0-dire comme \u00ab plaque tournante op\u00e9rationnelle unique pour g\u00e9rer la r\u00e9ponse rapide et efficace de l\u2019UE face \u00e0 un large \u00e9ventail de crises \u00e0 la maison et dans le monde \u00bb.<\/p>\n<p>A ce titre, le commissaire Lenarcic dispose \u2013 outre une direction g\u00e9n\u00e9rale (ECHO) assez bien dot\u00e9e en effectifs (environ 850 agents) \u2013 d\u2019un outil nouveau mis en place en 2016 : le Centre de coordination des interventions d\u2019urgence. Cet organisme, institu\u00e9 sur la base d\u2019une d\u00e9cision de 2013, relative \u00e0 un m\u00e9canisme de protection civile dans l\u2019Union, regroupe une trentaine d\u2019agents. Un r\u00e8glement de 2016 pr\u00e9cise les conditions de fourniture d\u2019une aide d\u2019urgence dans l\u2019Union et une d\u00e9cision de mars 2019 instaure une r\u00e9serve europ\u00e9enne de protection civile, dite RescEU \u00ab institu\u00e9e pour fournir une aide dans des situations d\u2019une ampleur particuli\u00e8re lorsque les capacit\u00e9s globales existantes au niveau national et les capacit\u00e9s affect\u00e9es au pr\u00e9alable par les \u00c9tats membres \u00e0 la r\u00e9serve europ\u00e9enne de protection civile\u2026 \u00bb ne suffisent pas. Elle est dot\u00e9e d\u2019environ 500 millions d\u2019euros, g\u00e9r\u00e9s par la Commission.<\/p>\n<p>Or il appara\u00eet clairement que la r\u00e9action de la Commission s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e insuffisante et tardive. La premi\u00e8re r\u00e9action du commissaire \u00e0 la gestion des crises en relation avec celle de la sant\u00e9 a eu lieu le 28 janvier 2020. Elle concernait l\u2019aide au rapatriement de citoyens europ\u00e9ens se trouvant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, notamment en Chine dans la province de Wuhan. Le m\u00eame jour, la commissaire \u00e0 la sant\u00e9 annon\u00e7ait une \u00ab r\u00e9ponse forte et coordonn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la situation du coronavirus, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Union \u00bb au moyen notamment du Centre europ\u00e9en de pr\u00e9vention et de contr\u00f4le des maladies (v. infra). Le 10 f\u00e9vrier, le commissaire Lenarcic pointait le retour de plusieurs centaines de citoyens europ\u00e9ens. Le 24 f\u00e9vrier un cr\u00e9dit de 242 millions d\u2019euros est d\u00e9bloqu\u00e9 via le m\u00e9canisme de protection civile de l\u2019UE, dont 114 en direction de l\u2019OMS, 100 millions pour la recherche en partenariat public-priv\u00e9, 3 millions pour le rapatriement de citoyens europ\u00e9ens de Chine, sans oublier l\u2019envoi de mat\u00e9riel (masques, gants) au profit de la Chine. Le m\u00eame jour, les deux commissaires arr\u00eatent le principe d\u2019une mission d\u2019aide \u00e0 l\u2019Italie, mais elle ne commence effectivement que le 7 avril, soit sept semaines plus tard, ce dont on imagine les cons\u00e9quences catastrophiques compte tenu de la gravit\u00e9 de la situation dans ce pays. Le 2 mars, la Pr\u00e9sidente annonce la mise en place d\u2019une \u00ab \u00e9quipe de r\u00e9ponse \u00e0 la crise \u00bb compos\u00e9e de cinq commissaires (sant\u00e9, gestion des crises, mais aussi affaires int\u00e9rieures (Ylva Johansson, Su\u00e9doise), transports (Adina Valean, Roumaine) et affaires \u00e9conomiques (Paolo Gentiloni, Italien). Le 19 mars la Pr\u00e9sidente d\u00e9cr\u00e8te la mise en place dans le cadre de la r\u00e9serve \u00ab rescEU \u00bb (relevant aussi de la protection civile) d\u2019un stock strat\u00e9gique d\u2019\u00e9quipements m\u00e9dicaux tels que des ventilateurs et des masques de protection pour aider les pays de l\u2019UE, d\u2019un montant de 50 millions d\u2019euros.<\/p>\n<p>III \u2013 Bilan mitig\u00e9<\/p>\n<p>Alors, on peut se demander ce qui a manqu\u00e9 au dispositif anti-crise pour qu\u2019il accomplisse correctement sa t\u00e2che. Le Centre de coordination des interventions d\u2019urgence ne semble pas plus mal dot\u00e9 en ressources humaines que ses homologues d\u2019autres secteurs. Les syst\u00e8mes RAPEX (produits non alimentaires) et RASSF (produits agricoles et alimentaires) sont g\u00e9r\u00e9s directement \u00ab en r\u00e9gie \u00bb par la Commission, au sein des directions g\u00e9n\u00e9rales Justice et consommateurs pour le premier et Agriculture pour le second. Le RASSF, cr\u00e9\u00e9 apr\u00e8s l\u2019affaire de la vache folle, a permis de contr\u00f4ler la plupart des crises alimentaires survenues depuis cette date (grippe aviaire, soja espagnol, viande de cheval). D\u2019autres dispositifs et structures ont vu le jour, suite toujours \u00e0 la crise de l\u2019ESB : un syst\u00e8me d\u2019alerte pr\u00e9coce et de r\u00e9action (SAPR ou EWRS)) qui fait office de r\u00e9seau de communication permanente entre la Commission et les autorit\u00e9s sanitaires comp\u00e9tentes des \u00c9tats membres en vue de la pr\u00e9vention et du contr\u00f4le de certaines cat\u00e9gories de maladies transmissibles. Ce syst\u00e8me est g\u00e9r\u00e9 techniquement par un Centre europ\u00e9en de pr\u00e9vention et de contr\u00f4le des maladies (ECDC), cr\u00e9\u00e9 en 2004, qui a son si\u00e8ge \u00e0 Stockholm, et qui constitue une agence d\u00e9centralis\u00e9e de l\u2019UE. Fort d\u2019environ 300 agents, cette agence se voit charg\u00e9e entre autres \u00ab d\u2019assurer une d\u00e9tection pr\u00e9coce et une analyse des menaces \u00e9mergentes pour l\u2019UE et d\u2019aider les pays de l\u2019UE \u00e0 se pr\u00e9parer aux \u00e9pid\u00e9mies \u00bb. Mais en r\u00e9alit\u00e9 cet organisme se cantonne essentiellement \u00e0 un r\u00f4le d\u2019\u00e9tude et d\u2019information au profit des Etats membres et des institutions de l\u2019Union. A cet ar\u00e9opage s\u2019ajoute encore un centre de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire (CSS), cr\u00e9\u00e9 en 2001, qui s\u2019apparente \u00e0 un comit\u00e9 de comitologie, form\u00e9 donc de repr\u00e9sentants des Etats membres, qui assiste la Commission pour les mesures \u00e0 prendre.<\/p>\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne est donc bien dot\u00e9e en structures pour ce qui est de la lutte contre les \u00e9pid\u00e9mies, les pand\u00e9mies, etc. La relative l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des structures n\u2019est pas un handicap, puisque l\u2019Union europ\u00e9enne n\u2019a pas en soi vocation \u00e0 intervenir sur le terrain. Il y a l\u00e0 une illustration du principe dit d\u2019administration indirecte selon lequel c\u2019est aux Etats membres qu\u2019incombe la charge de mise en \u0153uvre du droit et des politiques de l\u2019Union. Mais un tel principe comporte une faiblesse intrins\u00e8que : de par leur nature, de tels dispositifs ne permettent de r\u00e9agir qu\u2019en plusieurs temps. L\u2019Union appara\u00eet ainsi comme une sorte de plateforme qui re\u00e7oit des informations, qui les g\u00e8re et ensuite retransmet aux Etats membres ou \u00e0 ceux d\u2019entre eux qui sont charg\u00e9s plus particuli\u00e8rement d\u2019intervenir. On est certes tout \u00e0 fait dans le r\u00f4le d\u2019appui, de compl\u00e9ment et de coordination qui ressort de l\u2019article 6 TFUE, mais ceci peut g\u00e9n\u00e9rer des lenteurs ou un manque d\u2019efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>A la complexit\u00e9 du syst\u00e8me, il faut ajouter l\u00e0 comme ailleurs la r\u00e9activit\u00e9 des personnes. Les relations entre les DG sant\u00e9 et s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et gestion des crises n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 au meilleur et la mise en place d\u2019une structure centrale elle-m\u00eame ne s\u2019est pas op\u00e9r\u00e9e au mieux puisqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9quipe d\u2019intervention, pr\u00e9sid\u00e9e par la pr\u00e9sidente et compos\u00e9e de cinq membres (v. supra) se sont joints ensuite, pour porter les aspects politiques de la crise, les commissaires Thierry Breton (march\u00e9 int\u00e9rieur), Margrethe Vestager (concurrence) et le vice-pr\u00e9sident ex\u00e9cutif Valdis Dombrovskis (affaires \u00e9conomiques). Mais curieusement ni le commissaire Frans Timmermans (responsable du pacte vert pour l\u2019Europe), pourtant premier vice-pr\u00e9sident ex\u00e9cutif de la Commission et \u00ab poids lourd \u00bb de la Commission, ni le Haut repr\u00e9sentant de l\u2019Union \u2013 Joseph Borrell \u2013 pourtant responsable de toute l\u2019action ext\u00e9rieure de l\u2019Union n\u2019y ont \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s.<\/p>\n<p>Ainsi apr\u00e8s un d\u00e9marrage assez lent, la Commission fait-elle fl\u00e8che de tout bois pour marquer sa pr\u00e9sence et jouer un r\u00f4le central dans la gestion de la crise du coronavirus. Une feuille de route commune aux Pr\u00e9sidents Ursula Von Der Leyen et Charles Michel a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e le 15 avril en vue d\u2019organiser le d\u00e9confinement progressif de l\u2019Europe. Les sites web de l\u2019Union font appara\u00eetre \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 la longue liste des mesures adopt\u00e9s par les institutions, d\u2019o\u00f9 ressortent en particulier les centaines de milliards d\u2019euros mobilis\u00e9s par l\u2019ensemble de organismes financiers de l\u2019Union (BCE, BEI, budget et cadre financier pluriannuel, non encore adopt\u00e9 au demeurant, sans oublier les interventions possibles du m\u00e9canisme europ\u00e9en de stabilit\u00e9\u2026). Malgr\u00e9 tout, le discours a du mal \u00e0 se faire entendre, et les interventions de la pr\u00e9sidente de la BCE comme celle de la Commission n\u2019ont pas toujours atteint le but recherch\u00e9. L\u00e0 encore se posent des probl\u00e8mes de communication. Les informations orient\u00e9es, d\u00e9form\u00e9es, voire les infox en provenance de la Chine ou d\u2019autres Etats autoritaires rendent parfois inaudibles le discours de la Commission. L\u2019aide envoy\u00e9e \u00e0 la Chine au d\u00e9but de la crise a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement pass\u00e9e sous silence. Et cela pose les questions sempiternelles : qui parle pour l\u2019Europe, \u00e0 qui parle l\u2019Europe et notamment la Commission et comment parle l\u2019Europe (en anglais seulement, et par tweeter et le centre de presse, cela suffit-il ?).<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les faiblesses du dispositif anti-crise de la Commission europ\u00e9enne face au Covid- 19 par Claude Blumann Par Claude Blumann, professeur \u00e9m\u00e9rite de l\u2019Universit\u00e9 Panth\u00e9on-Assas (Paris II) Chaire Jean Monnet de droit europ\u00e9en La crise du coronavirus a surpris l\u2019ensemble des pays europ\u00e9ens, peu adapt\u00e9s \u00e0 une pand\u00e9mie de cette importance, mais aussi la Commission europ\u00e9enne.<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":12852,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-12851","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12851","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12851"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12851\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12852"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12851"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12851"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12851"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}