{"id":12908,"date":"2020-07-07T20:00:05","date_gmt":"2020-07-08T00:00:05","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=12908"},"modified":"2020-07-07T17:26:18","modified_gmt":"2020-07-07T21:26:18","slug":"apres-le-coronavirus-le-monde-ne-sera-plus-jamais-le-meme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/apres-le-coronavirus-le-monde-ne-sera-plus-jamais-le-meme\/","title":{"rendered":"Apr\u00e8s le coronavirus, le monde ne sera plus jamais le m\u00eame"},"content":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s le coronavirus, le monde ne sera plus jamais le m\u00eame<br \/>\n2 avril 2020, 20:41 CEST<br \/>\nAuthors:<br \/>\nIan Goldin<br \/>\nProfessor of Globalisation and Development; Director of the Oxford Martin Programme on Technological and Economic Change, University of Oxford<br \/>\nRobert Muggah<br \/>\nAssociate Lecturer, Pontifical Catholic University of Rio de Janeiro (PUC-Rio)<\/p>\n<p>176 pays de la plan\u00e8te sont d\u00e9sormais touch\u00e9s par le Covid-19. Il appara\u00eet clairement que la pand\u00e9mie repr\u00e9sente la plus grande menace que l\u2019humanit\u00e9 ait eu \u00e0 affronter depuis la Seconde Guerre mondiale. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la confiance dans la coop\u00e9ration internationale et les institutions multilat\u00e9rales avait atteint un point historiquement bas ; c\u2019est \u00e0 nouveau le cas aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Si l\u2019\u00e9clatement de la Seconde Guerre mondiale avait pris de nombreuses personnes par surprise, ce ne fut pas le cas pour l\u2019apparition du coronavirus en d\u00e9cembre 2019 : la crise sanitaire \u00e9tait annonc\u00e9e. Depuis des d\u00e9cennies, les sp\u00e9cialistes des maladies infectieuses alertent l\u2019opinion publique et les dirigeants sur l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du rythme des \u00e9pid\u00e9mies. La dengue, Ebola, le SRAS, H1N1 et Zika ne sont que la partie \u00e9merg\u00e9e de l\u2019iceberg. Depuis 1980, plus de 12 000 foyers ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9s. Des dizaines de millions de personnes dans le monde \u2013 tout particuli\u00e8rement parmi les populations les plus d\u00e9munies \u2013 ont \u00e9t\u00e9 infect\u00e9es et bon nombre d\u2019entre elles sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9es. En 2018, l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) a d\u00e9tect\u00e9 pour la toute premi\u00e8re fois des foyers de six de ses huit \u00ab maladies prioritaires \u00bb.<\/p>\n<p>Nous ne pourrons pas dire que nous n\u2019avions pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venus.<\/p>\n<p>M\u00eame si notre attention est aujourd\u2019hui prioritairement consacr\u00e9e aux innombrables situations d\u2019urgence g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par le Covid-19, nous devons r\u00e9fl\u00e9chir s\u00e9rieusement aux raisons pour lesquelles la communaut\u00e9 internationale n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 une \u00e9pid\u00e9mie si in\u00e9vitable. Ce n\u2019est pourtant pas la premi\u00e8re fois, loin de l\u00e0, que nous sommes confront\u00e9s \u00e0 une catastrophe mondiale.<\/p>\n<p>La Seconde Guerre mondiale s\u2019explique en bonne partie par l\u2019incapacit\u00e9 dramatique des dirigeants \u00e0 tirer les le\u00e7ons de la guerre de 1914-1918. La cr\u00e9ation des Nations unies et des institutions de Bretton Woods \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950 a donn\u00e9 quelques raisons d\u2019\u00eatre optimiste, mais celles-ci ont \u00e9t\u00e9 \u00e9clips\u00e9es par la guerre froide. En outre, les r\u00e9volutions Reagan et Thatcher des ann\u00e9es 1980 ont r\u00e9duit la capacit\u00e9 des gouvernements \u00e0 lutter contre les in\u00e9galit\u00e9s par la fiscalit\u00e9 et la redistribution, ainsi que leur capacit\u00e9 \u00e0 fournir aux populations des services de sant\u00e9 et des services essentiels.<\/p>\n<p>La capacit\u00e9 des institutions internationales \u00e0 r\u00e9guler la mondialisation a \u00e9t\u00e9 sap\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 elle aurait \u00e9t\u00e9 le plus utile. Les ann\u00e9es 1980, 1990 et 2000 ont vu une augmentation rapide des mouvements transfrontaliers des biens commerciaux, des moyens financiers et des individus. L\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des flux de biens, de services et de comp\u00e9tences est l\u2019une des principales raisons de la r\u00e9duction de la pauvret\u00e9 mondiale la plus rapide de toute l\u2019histoire. Depuis la fin des ann\u00e9es 1990, plus de 2 milliards de personnes sont sorties de la grande pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019am\u00e9lioration de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi, \u00e0 l\u2019alimentation, \u00e0 l\u2019assainissement et \u00e0 la sant\u00e9 publique (notamment gr\u00e2ce \u00e0 la disponibilit\u00e9 des vaccins) a ajout\u00e9 plus d\u2019une d\u00e9cennie d\u2019esp\u00e9rance de vie moyenne \u00e0 la population mondiale.<\/p>\n<p>Mais les institutions internationales n\u2019ont pas su g\u00e9rer les risques g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par la mondialisation. Les pr\u00e9rogatives des Nations unies n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9largies, loin de l\u00e0. Le monde est gouvern\u00e9 par des nations divis\u00e9es qui pr\u00e9f\u00e8rent faire cavalier seul, privant les institutions cens\u00e9es garantir notre avenir des ressources et de l\u2019autorit\u00e9 n\u00e9cessaires pour mener leurs missions \u00e0 bien. Ce sont les bailleurs de l\u2019OMS, et non son personnel, qui ont lamentablement \u00e9chou\u00e9 \u00e0 faire en sorte qu\u2019elle puisse exercer son mandat vital de protection de la sant\u00e9 mondiale.<\/p>\n<p>L\u2019effet papillon n\u00e9faste de la globalisation<\/p>\n<p>Plus le monde est connect\u00e9, plus il devient interd\u00e9pendant. C\u2019est le revers de la m\u00e9daille, \u00ab le Butterfly defect \u00bb de la mondialisation qui, s\u2019il n\u2019est pas corrig\u00e9, signifie in\u00e9vitablement que nous allons \u00eatre confront\u00e9s \u00e0 des risques syst\u00e9miques croissants et de plus en plus dangereux.<\/p>\n<p>La crise financi\u00e8re de 2008 a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des illustrations les plus frappantes de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. L\u2019effondrement \u00e9conomique a r\u00e9sult\u00e9 de la n\u00e9gligence dont les autorit\u00e9s publiques et les experts ont fait preuve dans la gestion de la complexit\u00e9 croissante du syst\u00e8me financier mondial. Il n\u2019est pas surprenant que l\u2019insouciance de l\u2019\u00e9lite politique et \u00e9conomique mondiale ait co\u00fbt\u00e9 cher \u00e0 ses repr\u00e9sentants dans les urnes. Faisant campagne explicitement sur l\u2019hostilit\u00e9 envers la mondialisation et les experts, les populistes ont pris d\u2019assaut le pouvoir dans de nombreux pays.<\/p>\n<p>Enhardis par l\u2019indignation du grand public, ils ont remis au go\u00fbt du jour une tradition ancienne consistant \u00e0 bl\u00e2mer les \u00e9trangers et \u00e0 tourner le dos au monde ext\u00e9rieur. Le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis, en particulier, a rejet\u00e9 la pens\u00e9e scientifique et diffus\u00e9 des fausses nouvelles, et s\u2019est d\u00e9tourn\u00e9 des alli\u00e9s traditionnels de Washington et des institutions internationales.<\/p>\n<p>Le nombre de personnes infect\u00e9es augmentant rapidement, la plupart des responsables politiques reconnaissent d\u00e9sormais le terrible co\u00fbt humain et \u00e9conomique du Covid-19. Le pire sc\u00e9nario envisag\u00e9 par les Centres pour le contr\u00f4le et la pr\u00e9vention des maladies (Centers for Disease Control) est qu\u2019environ 160 \u00e0 210 millions d\u2019Am\u00e9ricains seront infect\u00e9s d\u2019ici \u00e0 d\u00e9cembre 2020. Jusqu\u2019\u00e0 21 millions de personnes devront \u00eatre hospitalis\u00e9es et entre 200 000 et 1,7 million de personnes pourraient mourir d\u2019ici un an. Les chercheurs de l\u2019Universit\u00e9 de Harvard estiment que 20 \u00e0 60 % de la population mondiale pourrait \u00eatre infect\u00e9e, et qu\u2019entre 14 et 42 millions de personnes pourraient perdre la vie.<\/p>\n<p>Le niveau de la mortalit\u00e9 d\u00e9pendra de la rapidit\u00e9 avec laquelle les soci\u00e9t\u00e9s sauront r\u00e9duire les nouvelles infections, isoler les malades et mobiliser les services de sant\u00e9, et de la dur\u00e9e pendant laquelle les rechutes pourront \u00eatre \u00e9vit\u00e9es et contenues. Sans vaccin, le Covid-19 restera une force perturbatrice majeure pendant des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Quelles cat\u00e9gories de la population mondiale seront le plus affect\u00e9es ?<\/p>\n<p>La pand\u00e9mie sera particuli\u00e8rement pr\u00e9judiciable aux communaut\u00e9s les plus pauvres et les plus vuln\u00e9rables dans de nombreux pays, ce qui met en \u00e9vidence les risques associ\u00e9s \u00e0 l\u2019accroissement des in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, plus de 60 % de la population adulte souffre d\u2019au moins une maladie chronique. Environ un Am\u00e9ricain sur huit vit en dessous du seuil de pauvret\u00e9 \u2013 plus des trois quarts d\u2019entre eux ont du mal \u00e0 boucler leurs fins de mois et plus de 44 millions de personnes aux \u00c9tats-Unis n\u2019ont aucune couverture sant\u00e9.<\/p>\n<p>La situation est encore plus dramatique en Am\u00e9rique latine, en Afrique et en Asie du Sud, o\u00f9 les syst\u00e8mes de sant\u00e9 sont consid\u00e9rablement plus faibles et les gouvernements moins aptes \u00e0 r\u00e9pondre aux d\u00e9fis pos\u00e9s par l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Ces risques latents sont aggrav\u00e9s par l\u2019incapacit\u00e9 de dirigeants tels que Jair Bolsonaro au Br\u00e9sil ou Narendra Modi en Inde \u00e0 prendre la question suffisamment au s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>Les retomb\u00e9es \u00e9conomiques du Covid-19 seront consid\u00e9rables partout. La gravit\u00e9 de l\u2019impact d\u00e9pendra de la dur\u00e9e de la pand\u00e9mie et de la r\u00e9ponse nationale et internationale qu\u2019apporteront les gouvernements. Mais m\u00eame dans le meilleur des cas, cette crise \u00e9conomique d\u00e9passera de loin celle de 2008 par son ampleur et son impact, entra\u00eenant des pertes qui pourraient d\u00e9passer 9 000 milliards de dollars, soit bien plus de 10 % du PIB mondial.<\/p>\n<p>Dans les communaut\u00e9s pauvres o\u00f9 de nombreux individus vivent \u00e0 plusieurs dans une pi\u00e8ce pr\u00e9vue pour une seule personne et doivent travailler pour mettre de la nourriture sur la table, l\u2019appel \u00e0 la distanciation sociale sera tr\u00e8s difficile, voire impossible \u00e0 respecter. Dans le monde entier, alors que de plus en plus de personnes verront leurs revenus baisser, on assistera \u00e0 une augmentation rapide du nombre de sans-abri et de personnes souffrant de la faim.<\/p>\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, un nombre record de 3,3 millions de personnes ont d\u00e9j\u00e0 demand\u00e9 des allocations ch\u00f4mage ; en Europe, le ch\u00f4mage atteint \u00e9galement des niveaux record. Mais alors que dans les pays riches, un certain filet de s\u00e9curit\u00e9 existe encore, m\u00eame s\u2019il est trop souvent en lambeaux, les pays pauvres, eux, n\u2019ont tout simplement pas la capacit\u00e9 de garantir que personne ne meure de faim.<\/p>\n<p>Les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement sont rompues du fait de la fermeture des usines et du confinement des travailleurs ; et les consommateurs sont emp\u00each\u00e9s de voyager, de faire des achats autres qu\u2019alimentaires ou de s\u2019engager dans des activit\u00e9s sociales. Il n\u2019y a donc pas de possibilit\u00e9 de relance budg\u00e9taire. Et la marge de man\u0153uvre en mati\u00e8re de politique mon\u00e9taire est quasiment inexistante car les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat sont d\u00e9j\u00e0 proches de z\u00e9ro. Les gouvernements devraient donc s\u2019efforcer de fournir un revenu de base \u00e0 tous ceux qui en ont besoin, afin que personne ne meure de faim \u00e0 cause de la crise. Alors que ce concept de revenu de base semblait utopique il y a seulement un mois, sa mise en place doit maintenant se retrouver en t\u00eate des priorit\u00e9s de chaque gouvernement.<\/p>\n<p>Un Plan Marshall mondial<\/p>\n<p>L\u2019ampleur et la f\u00e9rocit\u00e9 de la pand\u00e9mie exigent des propositions audacieuses. Certains gouvernements europ\u00e9ens ont annonc\u00e9 des trains de mesures visant \u00e0 \u00e9viter que leurs \u00e9conomies ne soient paralys\u00e9es. Au Royaume-Uni, le gouvernement a accept\u00e9 de couvrir 80 % des salaires et des revenus des travailleurs ind\u00e9pendants, jusqu\u2019\u00e0 2 500 livres (2 915 dollars) par mois, et de fournir une bou\u00e9e de sauvetage aux entreprises. Aux \u00c9tats-Unis, une aide colossale de 2 000 milliards de dollars a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e, et ce n\u2019est probablement qu\u2019un d\u00e9but. Une r\u00e9union des dirigeants du G20 a \u00e9galement d\u00e9bouch\u00e9 sur la promesse d\u2019un d\u00e9blocage de 5 000 milliards de dollars, mais les modalit\u00e9s restent encore \u00e0 pr\u00e9ciser.<\/p>\n<p>La pand\u00e9mie marque un tournant dans les affaires nationales et mondiales. Elle met en \u00e9vidence notre interd\u00e9pendance et montre que lorsque des risques se pr\u00e9sentent, nous nous tournons vers les \u00c9tats, et non vers le secteur priv\u00e9, pour nous sauver.<\/p>\n<p>La r\u00e9action \u00e9conomique et m\u00e9dicale sans pr\u00e9c\u00e9dent mise en \u0153uvre dans les pays riches n\u2019est tout simplement pas \u00e0 la port\u00e9e de nombreux pays en d\u00e9veloppement. Il en r\u00e9sulte que les cons\u00e9quences seront beaucoup plus graves et durables dans les pays pauvres. Les progr\u00e8s en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement et de d\u00e9mocratie dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s africaines, latino-am\u00e9ricaines et asiatiques seront remis en cause. Cette pand\u00e9mie mondiale aggravera consid\u00e9rablement non seulement les risques climatiques et autres, mais aussi les in\u00e9galit\u00e9s au sein des pays et entre eux.<\/p>\n<p>Un plan Marshall global, avec des injections massives de fonds, est n\u00e9cessaire de toute urgence pour soutenir les gouvernements et les soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce qu\u2019ont avanc\u00e9 certains commentateurs, la pand\u00e9mie de Covid-19 ne sonne pas le glas de la mondialisation. Si les voyages et le commerce sont gel\u00e9s pendant la pand\u00e9mie, il y aura une contraction ou une d\u00e9mondialisation. Mais \u00e0 plus long terme, la croissance continue des revenus en Asie, qui abrite les deux tiers de la population mondiale, signifiera probablement que les voyages, le commerce et les flux financiers reprendront leur trajectoire ascendante.<\/p>\n<p>Il reste que, en termes de flux physiques, 2019 restera probablement dans l\u2019histoire comme une p\u00e9riode de fragmentation maximale de la cha\u00eene d\u2019approvisionnement. La pand\u00e9mie acc\u00e9l\u00e9rera le red\u00e9ploiement de la production, renfor\u00e7ant une tendance \u00e0 rapprocher la production des march\u00e9s qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en cours. Le d\u00e9veloppement de la robotique, de l\u2019intelligence artificielle et de l\u2019impression en 3D, ainsi que les attentes des clients qui souhaitent une livraison rapide de produits de plus en plus personnalis\u00e9s, des politiciens d\u00e9sireux de ramener la production chez eux et des entreprises cherchant \u00e0 minimiser le prix des machines, suppriment les avantages comparatifs des pays \u00e0 faible revenu.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas seulement la fabrication qui est automatis\u00e9e, mais aussi les services tels que les centres d\u2019appel et les processus administratifs qui peuvent maintenant \u00eatre r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 moindre co\u00fbt par des ordinateurs dans le sous-sol d\u2019un si\u00e8ge social plut\u00f4t que par des personnes situ\u00e9es dans des endroits \u00e9loign\u00e9s. Cela pose de profondes questions sur l\u2019avenir du travail partout dans le monde. Il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9fi particulier pour les pays \u00e0 faible revenu qui comptent une population jeune \u00e0 la recherche d\u2019emplois. Rien qu\u2019en Afrique 100 millions de nouveaux travailleurs devraient entrer sur le march\u00e9 du travail au cours des dix prochaines ann\u00e9es. Leurs perspectives n\u2019\u00e9taient pas claires avant m\u00eame que la pand\u00e9mie ne frappe. Aujourd\u2019hui, elles sont encore plus pr\u00e9caires.<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences pour la stabilit\u00e9 politique<\/p>\n<p>\u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 la foi en la d\u00e9mocratie se trouve \u00e0 son plus bas niveau depuis des d\u00e9cennies, la d\u00e9t\u00e9rioration des conditions \u00e9conomiques aura des implications profondes sur la stabilit\u00e9 politique et sociale. Il existe d\u00e9j\u00e0 un \u00e9norme foss\u00e9 de confiance entre les dirigeants et les citoyens. Certains dirigeants politiques envoient des signaux contradictoires aux citoyens ; ce qui r\u00e9duit encore la confiance de ceux-ci envers les autorit\u00e9s et \u00ab les experts \u00bb.<\/p>\n<p>Ce manque de confiance peut rendre la r\u00e9ponse \u00e0 la crise beaucoup plus difficile au niveau national, et a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 affecter n\u00e9gativement la r\u00e9ponse mondiale \u00e0 la pand\u00e9mie.<\/p>\n<p>M\u00eame si elles ont lanc\u00e9 des appels urgents \u00e0 la coop\u00e9ration multilat\u00e9rale, les Nations unies demeurent hors jeu, ayant \u00e9t\u00e9 mises \u00e0 l\u2019\u00e9cart par les grandes puissances au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es. La Banque mondiale et le Fonds mon\u00e9taire international, qui ont promis d\u2019injecter des milliards, voire des billions de dollars, dans l\u2019effort international, devront intensifier leurs activit\u00e9s pour avoir un impact significatif.<\/p>\n<p>Les villes, les entreprises et les organisations philanthropiques viennent combler le vide laiss\u00e9 par le manque de leadership international des \u00c9tats-Unis. La r\u00e9action de la Chine \u00e0 la pand\u00e9mie lui a permis de passer, aux yeux de l\u2019opinion publique mondiale, du r\u00f4le de responsable de la catastrophe \u00e0 celui de h\u00e9ros, notamment parce qu\u2019elle a su d\u00e9velopper son soft power en envoyant des m\u00e9decins et des \u00e9quipements aux pays touch\u00e9s. Des chercheurs singapouriens, sud-cor\u00e9ens, chinois, ta\u00efwanais, italiens, fran\u00e7ais et espagnols publient et partagent activement leur exp\u00e9rience, notamment en acc\u00e9l\u00e9rant les recherches sur ce qui fonctionne.<\/p>\n<p>Certaines des actions les plus enthousiasmantes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 l\u00e9 fait des \u00c9tats. Par exemple, des r\u00e9seaux de villes tels que la Conf\u00e9rence am\u00e9ricaine des maires et la Ligue nationale des villes \u00e9changent rapidement des bonnes pratiques sur la mani\u00e8re d\u2019emp\u00eacher la propagation des maladies infectieuses, ce qui devrait am\u00e9liorer les r\u00e9ponses locales. La Fondation Bill et Melinda Gates a contribu\u00e9 \u00e0 hauteur de 100 millions de dollars au d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s sanitaires locales en Afrique et en Asie du Sud. Des groupes comme le Wellcome Trust, Skoll, les Open Society Foundations, la Fondation des Nations unies et Google.org se sont \u00e9galement engag\u00e9es dans le combat global contre la pand\u00e9mie.<\/p>\n<p>Il va sans dire que les probl\u00e8mes complexes li\u00e9s \u00e0 la mondialisation ne seront pas r\u00e9solus par des appels au nationalisme et \u00e0 la fermeture des fronti\u00e8res. La propagation du Covid-19 doit s\u2019accompagner d\u2019un effort international coordonn\u00e9 pour trouver des vaccins, fabriquer et distribuer des fournitures m\u00e9dicales et, une fois la crise pass\u00e9e, faire en sorte que nous ne soyons plus jamais confront\u00e9s \u00e0 ce qui pourrait \u00eatre une maladie encore plus mortelle.<\/p>\n<p>Le temps n\u2019est pas aux r\u00e9criminations, mais \u00e0 de l\u2019action. Les gouvernements nationaux et les administrations municipales, les entreprises et les citoyens ordinaires du monde entier doivent faire tout leur possible pour aplatir imm\u00e9diatement la courbe de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, en suivant l\u2019exemple de Singapour, de la Cor\u00e9e du Sud, de Hongkong, de Hangzhou et de Ta\u00efwan.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse mondiale doit \u00eatre organis\u00e9e par une coalition de volontaires<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui plus que jamais, une r\u00e9ponse globale s\u2019impose. Le G7 et les principales \u00e9conomies du G20 semblent \u00e0 la d\u00e9rive sous leur direction actuelle. Bien qu\u2019ils aient promis d\u2019accorder une attention particuli\u00e8re aux pays les plus pauvres et aux r\u00e9fugi\u00e9s, leur r\u00e9cente r\u00e9union virtuelle a \u00e9t\u00e9 trop tardive et n\u2019a pas d\u00e9bouch\u00e9 sur des r\u00e9sultats notables. Mais cela ne doit pas emp\u00eacher les autres acteurs de tout faire pour att\u00e9nuer l\u2019impact de Covid-19. En partenariat avec les pays du G20, une coalition cr\u00e9ative de pays volontaires devrait prendre des mesures urgentes pour r\u00e9tablir la confiance non seulement dans les march\u00e9s mais aussi dans les institutions mondiales.<\/p>\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne, la Chine et d\u2019autres nations devront monter en puissance et diriger un effort mondial, en entra\u00eenant les \u00c9tats-Unis dans une r\u00e9ponse mondiale qui comprendra l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des essais de vaccins et la garantie d\u2019une distribution gratuite une fois qu\u2019un vaccin et des antiviraux auront \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9s. Les gouvernements du monde entier devront \u00e9galement prendre des mesures draconiennes pour investir massivement dans la sant\u00e9, l\u2019assainissement et la mise en place d\u2019un revenu de base.<\/p>\n<p>H\u00f4pital de campagne temporaire destin\u00e9 \u00e0 l\u2019isolement des patients atteints du Covid-19 \u00e0 Shoreline, \u00c9tat de Washington, \u00c9tats-Unis. EFE-EPA<br \/>\nNous finirons par surmonter cette crise. Mais trop de gens seront morts, l\u2019\u00e9conomie aura \u00e9t\u00e9 gravement touch\u00e9e et la menace de pand\u00e9mie subsistera. La priorit\u00e9 doit donc \u00eatre non seulement la reprise, mais aussi la mise en place d\u2019un m\u00e9canisme multilat\u00e9ral solide visant \u00e0 garantir qu\u2019une pand\u00e9mie similaire, voire pire, ne se reproduise jamais.<\/p>\n<p>Aucun mur, aussi haut qu\u2019il soit, ne suffira \u00e0 emp\u00eacher la prochaine pand\u00e9mie, ni d\u2019ailleurs aucune des autres grandes menaces qui p\u00e8sent sur notre avenir. Mais ce que ces hauts murs emp\u00eacheront, c\u2019est la circulation des technologies, des personnes, des finances et surtout des id\u00e9es et de la volont\u00e9 de coop\u00e9ration collective dont nous avons besoin pour faire face aux pand\u00e9mies, au changement climatique, \u00e0 la r\u00e9sistance aux antibiotiques, au terrorisme et aux autres menaces mondiales.<\/p>\n<p>Le monde avant et apr\u00e8s le coronavirus ne peut pas \u00eatre le m\u00eame. Nous devons \u00e9viter les erreurs commises au cours du XXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle en entreprenant des r\u00e9formes fondamentales pour faire en sorte que nous ne soyons plus jamais confront\u00e9s \u00e0 la menace de pand\u00e9mies.<\/p>\n<p>Si nous pouvons travailler ensemble au sein de nos pays respectifs, pour donner la priorit\u00e9 aux besoins de tous nos citoyens, et au niveau international pour surmonter les clivages qui ont contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019intensification des menaces de pand\u00e9mie, alors un nouvel ordre mondial pourrait \u00eatre forg\u00e9 \u00e0 partir du terrible feu de cette pand\u00e9mie. En apprenant \u00e0 coop\u00e9rer, nous aurions non seulement appris \u00e0 arr\u00eater la prochaine pand\u00e9mie, mais aussi \u00e0 faire face au changement climatique et \u00e0 d\u2019autres menaces fondamentales.<\/p>\n<p>Le moment est venu de commencer \u00e0 construire les ponts n\u00e9cessaires, dans nos pays et partout dans le monde.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s le coronavirus, le monde ne sera plus jamais le m\u00eame 2 avril 2020, 20:41 CEST Auteurs: Ian Goldin Professor of Globalisation and Development; Director of the Oxford Martin Programme on Technological and Economic Change, University of Oxford Robert Muggah Associate Lecturer, Pontifical Catholic University of Rio de Janeiro (PUC-Rio) 176 pays de la plan\u00e8te<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":12909,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-12908","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12908","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12908"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12908\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12909"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12908"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12908"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12908"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}