{"id":12911,"date":"2020-07-05T20:00:05","date_gmt":"2020-07-06T00:00:05","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=12911"},"modified":"2020-06-25T13:37:37","modified_gmt":"2020-06-25T17:37:37","slug":"quelles-lecons-philosophiques-tirer-de-la-crise-sanitaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/quelles-lecons-philosophiques-tirer-de-la-crise-sanitaire\/","title":{"rendered":"Quelles le\u00e7ons philosophiques tirer de la crise sanitaire ?"},"content":{"rendered":"<p>Quelles le\u00e7ons philosophiques tirer de la crise sanitaire ?<br \/>\n16 avril 2020, 19:16 CEST<br \/>\nAuteur: Xavier Pavie<br \/>\nPhilosophe, Professeur \u00e0 l&rsquo;ESSEC, Directeur acad\u00e9mique programme Grande Ecole \u00e0 Singapour et Directeur du centre iMagination, ESSEC<\/p>\n<p>Quand le monde fait face \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 qui le d\u00e9passe, quand la vie des \u00eatres humains est en jeu, les questions d\u2019ordre philosophique refont surface. C\u2019est \u00ab l\u2019\u00e9tonnement qui poussa comme aujourd\u2019hui, les premiers penseurs aux sp\u00e9culations philosophiques \u00bb, disait Aristote.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode de peur, de panique et d\u2019angoisse que nous traversons oblige \u00e0 remettre la pens\u00e9e au centre de notre quotidien. Et le questionnement qui en r\u00e9sulte est l\u2019essence de la philosophie qui, depuis au moins 2500 ans, interroge le monde.<\/p>\n<p>Nous sommes confront\u00e9s \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience in\u00e9dite de devoir bouleverser totalement, pour un temps ind\u00e9termin\u00e9, des pratiques journali\u00e8res jusque-l\u00e0 guid\u00e9es par la perspective du productivisme et de l\u2019efficacit\u00e9. Du jour au lendemain, nous sommes contraints de r\u00e9inventer un quotidien o\u00f9 il n\u2019y a plus de moyen de produire, de participer au processus actif de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>R\u00e8gles de vie<\/p>\n<p>En confinement, nous pourrions relire des penseurs comme Thoreau, parti au XIXe si\u00e8cle s\u2019isoler dans les bois, sans aucun lien avec le monde des \u00ab actifs \u00bb ; ou encore P\u00e9trarque qui rejoint au XIVe si\u00e8cle l\u2019ermitage du Vaucluse et d\u00e9crit dans La vie solitaire, son exp\u00e9rience de s\u2019isoler du monde pour m\u00e9diter, philosopher, \u00e9crire de la po\u00e9sie. P\u00e9trarque oppose ainsi \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 productiviste une vie solaire et contemplative.<\/p>\n<p>La diff\u00e9rence avec la situation pr\u00e9sente est que notre confinement, nous ne l\u2019avons pas choisi, et que donc cela nous effraie. Cette crainte r\u00e9sonne d\u2019autant plus fortement qu\u2019elle pose des questions existentielles. Nous entendons en effet que certaines choses sont dites essentielles et d\u2019autres non essentielles.<\/p>\n<p>Une majorit\u00e9 d\u2019individus s\u2019entendent dire que ce qui nourrit leur quotidien, ce pourquoi ils se l\u00e8vent le matin, l\u2019endroit qu\u2019ils fr\u00e9quentent une grande partie de leur vie n\u2019est finalement pas essentiel. Ce qui devient important est de se demander si l\u2019on va avoir suffisamment \u00e0 manger et demeurer en bonne sant\u00e9.<\/p>\n<p>Se rendre compte de la futilit\u00e9 de notre existence n\u2019est pas sans amertume et c\u2019est pourquoi nous avons pu observer des r\u00e9sistants aux premi\u00e8res heures du confinement, r\u00e9sistance qui a fait place \u00e0 la panique, au chacun pour soi : stocker des aliments, des produits m\u00e9nagers, partir se r\u00e9fugier loin des villes\u2026<\/p>\n<p>Il est vrai que l\u2019autonomie de nos comportements, dans le sens de la responsabilit\u00e9 envers les autres n\u2019est pas facile \u00e0 trouver parce qu\u2019encore une fois, ce n\u2019est pas dans nos habitudes. Dans notre vie quotidienne, nous suivons les r\u00e9flexes d\u2019un comportement acquis. Il faut donc changer les r\u00e8gles de notre vie de tous les jours, restaurer un rythme de vie. Il faut accepter qu\u2019en confinement, notre vie ne peut \u00eatre aussi plaisante qu\u2019en temps ordinaire, qu\u2019on ne peut pas faire ce que l\u2019on veut mais ce que l\u2019on peut.<\/p>\n<p>M\u00e9tro La Chapelle \u00e0 Paris, 27 mars 2020. Jo\u00ebl Saget\/AFP<br \/>\nIl y a une forme d\u2019obligation \u00e0 vivre en autonomie. Pour Kant, l\u2019autonomie signifie d\u00e9finir seul ses propres r\u00e8gles de vie et de morale. Cela r\u00e9clame de mettre \u00e0 distance ses passions, ses peurs, ses sentiments, faire un calcul rationnel des int\u00e9r\u00eats collectifs en se disciplinant. Un travail sur soi qui est in\u00e9dit et plut\u00f4t angoissant, puisque l\u2019individu et ses int\u00e9r\u00eats priment souvent sur le reste.<\/p>\n<p>Penser collectif, agir individuellement<\/p>\n<p>Il est \u00e0 noter que cette situation s\u2019\u00e9tablit \u00e0 la fois sur le plan individuel et collectif et l\u2019on note en quoi il y a un fort partage social des \u00e9motions dans les communaut\u00e9s. Les r\u00e9seaux sociaux deviennent ainsi le d\u00e9versoir de nos peurs tout autant que de nos amusements. Dans la panique ambiante on partage et on rediffuse sans cesse, un flux d\u2019informations continu, qui nous \u00e9crase et nous emp\u00eache de penser, de prendre du recul. Il n\u2019y a plus de distance entre ce qui est en train de se passer et le moi en tant qu\u2019individu.<\/p>\n<p>Pour les philosophes il ne s\u2019agit pas de paniquer, il s\u2019agit de comprendre et r\u00e9ussir \u00e0 se comporter en tant qu\u2019individu dans la soci\u00e9t\u00e9. Et dans le cas actuel, il y a ce paradoxe entre le repli sur soi et la solidarit\u00e9. D\u2019un point de vue quotidien et conceptuel c\u2019est tr\u00e8s int\u00e9ressant.<\/p>\n<p>On nous dit d\u2019\u00eatre solidaires mais cela ne fonctionne que si nous avons des comportements individuels, par exemple se laver les mains, se prot\u00e9ger, \u00eatre confin\u00e9. Nous devons faire bloc ensemble comme le r\u00e9p\u00e8tent les gouvernants, mais cela ne peut passer que par des comportements individuels. La philosophie de Kant peut encore une fois nous donner des pistes sur ce travail paradoxal, que cette crise nous force \u00e0 effectuer sur nous-m\u00eames : nous devons nous isoler, nous replier sur nous-m\u00eames pour, justement, prot\u00e9ger l\u2019autre.<\/p>\n<p>Angoisse, isolement, ennui : en Chine, les effets secondaires du coronavirus (France 24).<br \/>\nEn quelques jours, nous apprenons que chacun de nous est peut-\u00eatre une bombe \u00e0 retardement, puisque nous pouvons \u00eatre porteurs de la maladie et la transmettre. Il y a un aspect sacrificiel, un don inconditionnel et gratuit de soi, au fait de rester \u00e0 la maison sans aucun contact, sinon virtuel, avec autrui.<\/p>\n<p>\u00c0 lire aussi : Pourquoi a-t-on peur face \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie ?<\/p>\n<p>Un \u00ab comment vivre \u00bb antique<\/p>\n<p>Le but de la philosophie dans l\u2019antiquit\u00e9 est de r\u00e9pondre au comment vivre. Nous sommes tortur\u00e9s par des passions telles que la qu\u00eate du pouvoir, la recherche de l\u2019argent, la peur, l\u2019angoisse, la vieillesse, la maladie, la trahison, la mort. Comment vivre malgr\u00e9 tout cela ?<\/p>\n<p>Trois \u00e9coles philosophiques y r\u00e9pondent : les sto\u00efciens, les \u00e9picuriens et les cyniques. Ces \u00e9coles d\u00e9veloppent des \u00ab exercices spirituels \u00bb pour combattre ces maux, une pratique destin\u00e9e \u00e0 transformer, en soi-m\u00eame ou chez les autres, la mani\u00e8re de vivre, de voir les choses.<\/p>\n<p>Si les sto\u00efciens sont les plus pertinents pour la crise actuelle, c\u2019est parce qu\u2019ils ont d\u00e9velopp\u00e9 une philosophie de l\u2019acceptation. La plus grande phrase d\u2019\u00c9pict\u00e8te : \u00ab il y a des choses qui d\u00e9pendent de nous et il y a des choses qui n\u2019en d\u00e9pendent pas \u00bb est tr\u00e8s \u00e9clairante. Ce qui ne d\u00e9pend pas de moi est le contexte, ce virus devenu pand\u00e9mique. Ce qui d\u00e9pend de moi est la distanciation sociale, les r\u00e8gles d\u2019hygi\u00e8ne, le respect de soi (prendre soin de soi) si l\u2019on veut prendre soin des autres.<\/p>\n<p>Les sto\u00efciens ont quatre vertus cardinales que l\u2019on peut mettre en perspective avec le contexte.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est la sagesse, c\u2019est savoir accueillir ce qui se passe avec calme et s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Ne pas chercher un coupable et ne pas c\u00e9der \u00e0 la panique.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me dimension est la justice, c\u2019est savoir interagir avec les autres, \u00e9duquer, montrer l\u2019exemple, respecter les consignes.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me axe est la mod\u00e9ration. Il s\u2019agit de ne pas c\u00e9der \u00e0 la panique de l\u2019achat, contr\u00f4ler ses impulsions, mod\u00e9rer ses plaisirs, ne pas chercher \u00e0 partir, \u00e0 acheter ce qui n\u2019est pas n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>La quatri\u00e8me dimension est le courage de prendre des d\u00e9cisions qui ne sont pas plaisantes, d\u00e9cider ce qui est bon pour le bien commun.<\/p>\n<p>Travail sur soi<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons pas vraiment appris des derni\u00e8res \u00e9pid\u00e9mies (SARS, H1N1\u2026) ni m\u00eame adapt\u00e9 nos modes de vie en termes d\u2019hygi\u00e8ne, \u00e9quipement en masques, etc. Cette fois-ci peut \u00eatre aurons-nous la destruction en vue de la cr\u00e9ation d\u2019un monde plus responsable et solidaire.<\/p>\n<p>D\u00e8s les premiers temps du confinement, il y a eu des r\u00e9flexes de solidarit\u00e9 spontan\u00e9s, des personnes font les courses pour leurs voisins \u00e2g\u00e9s, affaiblis ou en situation de pr\u00e9carit\u00e9. Que restera-t-il de tout cela \u00e0 la sortie du confinement ? Tirerons-nous les le\u00e7ons de ce mode de vie un peu forc\u00e9 mais qui nous pousse \u00e0 nous responsabiliser vis-\u00e0-vis des autres ?<\/p>\n<p>Ind\u00e9niablement, ce que nous devons retenir au-del\u00e0 de la crise est le travail sur soi. Il s\u2019agit d\u2019un autre apprentissage qui nous vient de Pascal qui disait que \u00ab le malheur des hommes est de ne pas savoir rester ou demeurer seul en repos dans sa chambre \u00bb. Pourquoi ? Parce qu\u2019on a envie d\u2019\u00eatre en voyage, en d\u00e9placement professionnel, de fr\u00e9quenter des amis, de se r\u00e9unir pour d\u00eener, de partir en vacances \u00e0 droite \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>Tout cela n\u2019est-il pas finalement que superficialit\u00e9 ? N\u2019est-il pas l\u2019occasion d\u2019apprendre \u00e0 travailler sur soi et \u00eatre capable de vivre en compagnie de soi-m\u00eame ? N\u2019est-ce pas l\u2019occasion de r\u00e9instaurer un espace de pens\u00e9es individuel et collectif qui semble nous manquer depuis quelques semaines<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelles le\u00e7ons philosophiques tirer de la crise sanitaire ? 16 avril 2020, 19:16 CEST Auteur: Xavier Pavie Philosophe, Professeur \u00e0 l&rsquo;ESSEC, Directeur acad\u00e9mique programme Grande Ecole \u00e0 Singapour et Directeur du centre iMagination, ESSEC Quand le monde fait face \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 qui le d\u00e9passe, quand la vie des \u00eatres humains est en jeu, les<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":12912,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-12911","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12911","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12911"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12911\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12912"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12911"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12911"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12911"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}