{"id":12926,"date":"2020-04-27T05:51:37","date_gmt":"2020-04-27T09:51:37","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=12926"},"modified":"2020-04-27T05:51:37","modified_gmt":"2020-04-27T09:51:37","slug":"quest-ce-quune-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/quest-ce-quune-crise\/","title":{"rendered":"What is a \u00abcrisis\u00bb?"},"content":{"rendered":"<p>What is a \u00abcrisis\u00bb?<br \/>\n14 avril 2020,<br \/>\nAuteur:Ousama Bouiss<br \/>\nDoctorant en strat\u00e9gie et th\u00e9orie des organisations, Universit\u00e9 Paris Dauphine \u2013 PSL<\/p>\n<p>\u00ab N\u2019employez pas de mots que vous n\u2019employez pas \u00e0 penser \u00bb, nous conseillait Paul Val\u00e9ry. \u00c0 ne pas penser les mots que nous employons, nous finissons par tomber dans de nombreux pi\u00e8ges qui finissent par obscurcir notre vision, nous emp\u00eachent de comprendre et, parfois, nous asservissent. Ainsi, en ces temps d\u2019\u00e9pid\u00e9mie, o\u00f9 la peur vient parfois r\u00e9duire notre lucidit\u00e9, il semble essentiel de pr\u00e9ciser notre langage afin de mieux pr\u00e9ciser notre pens\u00e9e. \u00c0 cet \u00e9gard, nous vous proposons dans cet article une approche complexe de la notion de \u00ab crise \u00bb fond\u00e9e sur les travaux d\u2019Edgar Morin.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 est un \u00ab syst\u00e8me capable d\u2019avoir des crises \u00bb<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019une \u00ab soci\u00e9t\u00e9 \u00bb capable d\u2019avoir des crises ? \u00c0 cette question, Edgar Morin r\u00e9pond que la soci\u00e9t\u00e9 est un syst\u00e8me complexe qui se r\u00e9gule par lui-m\u00eame tout en \u00e9tant r\u00e9gul\u00e9 par son environnement.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, la soci\u00e9t\u00e9 est un syst\u00e8me complexe c\u2019est-\u00e0-dire que son organisation \u00e9merge des relations complexes entre ses constituants (les individus, les groupes sociaux ou encore les classes sociales).<\/p>\n<p>Aussi, ce syst\u00e8me parvient \u00e0 maintenir son \u00e9quilibre par l\u2019autor\u00e9gulation qui repose sur un jeu de boucles de r\u00e9troaction (ou feedbacks). On distingue deux types de boucles de r\u00e9troaction : positives lorsqu\u2019elles remettent en cause la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me et cr\u00e9e du d\u00e9sordre ; n\u00e9gatives lorsqu\u2019elles renforcent la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me et l\u2019ordre. Par un jeu de r\u00e9gulation entre ces boucles de r\u00e9troaction positives et n\u00e9gatives, on parvient \u00e0 maintenir un certain \u00e9quilibre (qu\u2019on appelle hom\u00e9ostasie). Les boucles n\u00e9gatives venant \u00ab contrecarrer \u00bb et refouler les effets potentiellement d\u00e9stabilisants des boucles positives.<\/p>\n<p>Enfin, pour survivre dans son milieu dont les \u00e9volutions sont incertaines et al\u00e9atoires, le syst\u00e8me doit sans cesse se r\u00e9organiser et se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. Selon la c\u00e9l\u00e8bre formule morinienne : \u00ab Tout ce qui ne se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re pas, d\u00e9g\u00e9n\u00e8re \u00bb. Et pour op\u00e9rer une telle r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, pour se r\u00e9organiser, le syst\u00e8me puisera dans les forces antagonistes ! Et c\u2019est l\u00e0 un point essentiel : c\u2019est en puisant dans les forces antagonistes qu\u2019un syst\u00e8me se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re et assure sa survie.<\/p>\n<p>Voyons \u00e0 pr\u00e9sent les composantes d\u2019une crise pour mieux la (re)conna\u00eetre.<\/p>\n<p>Les quatre composantes de la crise<\/p>\n<p>Pour penser le concept de crise, Morin articule sa r\u00e9flexion autour de dix composantes que nous pourrions synth\u00e9tiser en quatre : la perturbation, l\u2019accroissement des d\u00e9sordres et de l\u2019incertitude, les ph\u00e9nom\u00e8nes de blocage\/d\u00e9blocage et le d\u00e9clenchement d\u2019activit\u00e9s de recherche.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019id\u00e9e de perturbation \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de perturbation permet \u00e0 la fois de signifier l\u2019origine de la crise ainsi que son r\u00e9sultat. Toutefois, que l\u2019origine de la crise soit une perturbation int\u00e9rieure ou ext\u00e9rieure, le r\u00e9sultat est le m\u00eame : le syst\u00e8me se trouve en surcharge. En effet, lorsque la crise survient, le dispositif de r\u00e9gulation r\u00e9v\u00e8le ses failles et se trouve incapable de refouler les d\u00e9sordres donc l\u2019instabilit\u00e9 (par des boucles n\u00e9gatives) ; ce qui g\u00e9n\u00e8re une surcharge.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00ab la vraie perturbation de crise est le d\u00e9r\u00e8glement \u00bb. Les r\u00e8gles habituelles qui assuraient la stabilit\u00e9 d\u2019alors ne fonctionnent plus et n\u2019offrent aucune solution aux probl\u00e8mes de la crise.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019accroissement des d\u00e9sordres et des incertitudes \u00bb<\/p>\n<p>Lorsque les dispositifs de r\u00e9gulation fonctionnent, ils cr\u00e9ent des d\u00e9terminismes qui permettent de pr\u00e9dire ais\u00e9ment les cons\u00e9quences des actions ou des \u00e9v\u00e8nements. Toutefois, lorsque ce syst\u00e8me de r\u00e9gulation ne fonctionne plus totalement (mais partiellement voire plus du tout), il devient difficile de pr\u00e9dire. Et c\u2019est par cette porte que l\u2019incertitude fait son entr\u00e9e. La crise entra\u00eene donc une \u00ab progression des incertitudes \u00bb et \u00ab une r\u00e9gression des d\u00e9terminismes \u00bb.<\/p>\n<p>Cependant, si l\u2019incertitude devient progressivement la r\u00e8gle, tout n\u2019est pas impr\u00e9visible. Ainsi, l\u2019analyse \u00ab des rapports de force, de strat\u00e9gie dans ladite soci\u00e9t\u00e9 et son environnement \u00bb permettent de pr\u00e9dire des tendances de long-terme. Les d\u00e9cisions prises par des acteurs influents de l\u2019organisation peuvent permettre de comprendre ce qui sera transform\u00e9 de ce qui sera conserv\u00e9. Toutefois, l\u2019incertitude est telle, que ces m\u00eames d\u00e9cisions sont incertaines, peuvent changer rapidement, l\u2019incertain devant alors de plus en plus certain.<\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab blocage\/d\u00e9blocage \u00bb<\/p>\n<p>Nous l\u2019avons vu, le dispositif de r\u00e9gulation est bloqu\u00e9, devenant incapable d\u2019offrir des solutions et participant \u00e0 la rigidification du syst\u00e8me. D\u00e8s lors, on assiste \u00e0 un d\u00e9blocage de ressources jusqu\u2019alors inexploit\u00e9es, des r\u00e9alit\u00e9s jusqu\u2019alors inhib\u00e9es sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es et de nouveaux potentiels se d\u00e9voilent pleinement.<\/p>\n<p>Les boucles de r\u00e9troaction positives, celles qui remettaient en cause la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me et qu\u2019il refoulait, tendent \u00e0 s\u2019amplifier et \u00e0 se d\u00e9velopper de plus en plus rapidement. Le syst\u00e8me entre alors dans un processus de morphog\u00e9n\u00e8se : il int\u00e8gre les d\u00e9viances et les antagonismes d\u2019antan pour d\u00e9velopper de nouvelles formes d\u2019organisation.<\/p>\n<p>Aussi, dans l\u2019incertitude et l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 propres \u00e0 la crise, on voit se d\u00e9ployer des alliances et des coalitions temporaires. Parfois, on observe \u00e9galement que \u00ab partout le caract\u00e8re conflictuel tend \u00e0 s\u2019accro\u00eetre, voire \u00e0 devenir dominant \u00bb. Les conflits sont alors amen\u00e9s \u00e0 se renforcer et \u00e0 se manifester avec davantage de clart\u00e9 sans pouvoir \u00eatre r\u00e9sorb\u00e9s ou refoul\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, la crise peut conduire \u00e0 la multiplication des doubles contraints. On peut, notamment, observer ce ph\u00e9nom\u00e8ne au niveau des instances de pouvoir et de contr\u00f4le qui se trouvent prises dans la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 des exigences contradictoires. Aussi, on peut observer ce m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne au niveau des \u00ab revendicateurs \u00bb dont la crise offre un espace d\u2019expression des revendications tout en r\u00e9v\u00e9lant certaines contraintes contradictoires qui rendent difficiles la tenue de revendications simples. La crise est un \u00e9veil brutal, une prise de conscience soudaine de la complexit\u00e9.<\/p>\n<p>Le d\u00e9clenchement d\u2019activit\u00e9s de recherche<\/p>\n<p>Par ailleurs, cet \u00e9veil s\u2019allie \u00e0 un double mouvement de destructivit\u00e9\/cr\u00e9ativit\u00e9 : alors que des r\u00e8gles et des id\u00e9es sont d\u00e9truites, les membres de la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019engagent dans un mouvement de cr\u00e9ativit\u00e9 en action, recherchant des solutions de \u00ab sortie de crise \u00bb.<\/p>\n<p>Cette recherche de solution peut prendre deux orientations. La premi\u00e8re est une activit\u00e9 intellectuelle critique et scientifique qui permet de poser un diagnostic, de corriger des connaissances fausses ou insuffisantes ou encore de proposer des innovations techniques, juridiques ou philosophiques. Simultan\u00e9ment \u00e0 ce genre de recherche, on voit aussi se d\u00e9velopper des \u00ab solutions mythiques ou imaginaires \u00bb. Aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019une recherche complexe (premi\u00e8re orientation), se d\u00e9ploie des simplifications et des simplismes qui cherchent des boucs \u00e9missaires. D\u00e8s lors, \u00ab la recherche de solution se d\u00e9verse et d\u00e9vie dans le sacrifice rituel \u00bb.<\/p>\n<p>Toutefois, ce n\u2019est pas l\u00e0 le seul visage des solutions mythiques et imaginaires. Elles t\u00e9moignent aussi de grandes esp\u00e9rances, font parler les utopies, permettent aux id\u00e9aux de s\u2019exprimer. La pr\u00e9sence simultan\u00e9e d\u2019une recherche \u00ab saine \u00bb et \u00ab pathologique \u00bb de solutions conduit ainsi \u00e0 renforcer l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 dans la crise car ces deux formes s\u2019entrecroisent, \u00ab s\u2019entre-influencent et s\u2019entre-d\u00e9truisent dans le d\u00e9sordre \u00bb.<\/p>\n<p>La recherche de solutions inventives et constructives s\u2019allie donc \u00e0 la recherche de solution de liquidation et de destruction. Des solidarit\u00e9s nouvelles se d\u00e9veloppent et des antagonismes se cristallisent et se renforcent. Tout cela peut-il conduire \u00e0 une transformation du syst\u00e8me ?<\/p>\n<p>La crise d\u00e9bouche-t-elle toujours sur une transformation du syst\u00e8me ?<\/p>\n<p>Il est essentiel de rappeler le caract\u00e8re incertain et ambigu d\u2019une crise. Si les diagnostics et les pr\u00e9visions peuvent se multiplier, la possibilit\u00e9 de voir surgir des impr\u00e9vus demeure un principe fondamental.<\/p>\n<p>Cependant, la crise offre des conditions nouvelles pour l\u2019action. En situation de stabilit\u00e9, les modalit\u00e9s d\u2019actions sont soumises \u00e0 des dispositifs de r\u00e9gulation. Or, ces derniers n\u2019\u00e9tant plus fonctionnels, le d\u00e9r\u00e8glement s\u2019impose comme perturbation majeure. Ainsi, comme l\u2019explique Edgar Morin : \u00ab la crise est tributaire de l\u2019al\u00e9a : \u00e0 certains de ses moments carrefours, il est possible \u00e0 une minorit\u00e9, \u00e0 une action individuelle, de faire basculer le d\u00e9veloppement dans un sens parfois hautement improbable \u00bb.<\/p>\n<p>Ces conditions de l\u2019action qui permettent, notamment, \u00e0 des acteurs isol\u00e9s de \u00ab faire basculer \u00bb le cours des \u00e9v\u00e8nements ne r\u00e9sout pas la question de savoir si, a posteriori, la crise aura \u00e9t\u00e9 synonyme de r\u00e9gression ou de progression. La crise est un risque et une chance : \u00ab ici s\u2019\u00e9claire le double visage de la crise : risque et chance, risque de r\u00e9gression, chance de progression \u00bb. Toutefois, cela \u00e9claire aussi un point : en temps de crise, on n\u2019attend pas le changement mais on saisit l\u2019opportunit\u00e9 des nouvelles conditions de l\u2019action pour le cr\u00e9er.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019une \u00ab crise \u00bb ? 14 avril 2020, Auteur:Ousama Bouiss Doctorant en strat\u00e9gie et th\u00e9orie des organisations, Universit\u00e9 Paris Dauphine \u2013 PSL \u00ab N\u2019employez pas de mots que vous n\u2019employez pas \u00e0 penser \u00bb, nous conseillait Paul Val\u00e9ry. \u00c0 ne pas penser les mots que nous employons, nous finissons par tomber dans de nombreux<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":12927,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-12926","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12926","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12926"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12926\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12927"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12926"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12926"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12926"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}