{"id":13865,"date":"2020-05-12T20:00:59","date_gmt":"2020-05-13T00:00:59","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=13865"},"modified":"2020-05-12T17:53:23","modified_gmt":"2020-05-12T21:53:23","slug":"vivre-avec-la-crise-quels-enseignements-pour-les-politiques-territoriales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/vivre-avec-la-crise-quels-enseignements-pour-les-politiques-territoriales\/","title":{"rendered":"Vivre avec la crise :quels enseignements pour les politiques territoriales."},"content":{"rendered":"<h3>Vivre avec la crise :quels enseignements pour les politiques territoriales.<\/h3>\n<h5>11 mai 2020 | Par Daniel BEHAR, Sacha CZERTOK, Xavier DESJARDINS, Philippe ESTEBE, Mathilde MARCHAND, Jules PETER JAN, Martin VANIER, Coop\u00e9rative Acadie, collectif de consultants chercheurs dans le domaine des politiques territoriales<\/h5>\n<p>La triple crise que nous traversons (sanitaire, sociale, \u00e9conomique) est la plus spectaculaire (pour l\u2019instant) d\u2019une s\u00e9rie qui, sans aucun doute, n\u2019est pas pr\u00e8s de s\u2019arr\u00eater. Il para\u00eet en effet difficilement imaginable que nous ne soyons pas entr\u00e9s dans un cycle de longue dur\u00e9e qui, aux crises cycliques du capitalisme ajoutent des \u00e9pid\u00e9mies de diverses natures et des crises environnementales, cons\u00e9quences de la rencontre entre des \u00e9pisodes parfois extr\u00eames et nos nouvelles vuln\u00e9rabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Si l\u2019on accepte cette perspective, c\u2019est bien la fin des lendemains qui chantent ou d\u2019une certaine conception du progr\u00e8s. C\u2019est l\u00e0 que la situation d\u2019urgence sanitaire et \u00e9conomique rejoint la question climatique et environnementale : la question de l\u2019adaptation de nos soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 un \u00e9tat d\u2019instabilit\u00e9 ponctu\u00e9 d\u2019\u00e9pisodes extr\u00eames devient centrale pour toutes les activit\u00e9s humaines, alors que nous \u00e9tions habitu\u00e9s \u00e0 consid\u00e9rer les temps de crise comme \u00ab un mauvais moment \u00e0 passer. \u00bb<\/p>\n<p>LES POLITIQUES PUBLIQUES TERRITORIALES AU R\u00c9V\u00c9LATEUR DE LA CRISE<br \/>\nAvant de se projeter dans \u00ab le monde d\u2019apr\u00e8s \u00bb, qui n\u2019est bien souvent que la reprise des propositions et des utopies issues du \u00ab monde d\u2019avant \u00bb, il importe de s\u2019int\u00e9resser au \u00ab monde de maintenant \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ce qui se passe aujourd\u2019hui, \u00e0 la fa\u00e7on dont nos soci\u00e9t\u00e9s et nos institutions font face.Les politiques publiques territoriales font partie de ces secteurs de l\u2019activit\u00e9 humaine qui se sont trouv\u00e9s fortement boulevers\u00e9s par l\u2019urgence sanitaire, \u00e9conomique et sociale. Celle-ci montre \u00e0 la fois les fortes diff\u00e9rences entre territoires et l\u2019enjeu de la continuit\u00e9 des politiques publiques, du national au local. Les politiques territoriales constituent un laboratoire des \u00ab effets de r\u00e9v\u00e9lation \u00bb d\u2019une situation d\u2019urgence in\u00e9dite dont nous pensons qu\u2019elle est appel\u00e9e \u00e0 se renouveler, sous des formes encore impr\u00e9visibles. En ce sens, la situation actuelle permet de penser ce que pourrait \u00eatre \u00ab le monde d\u2019apr\u00e8s \u00bb.<\/p>\n<p>Comprendre ce qui se passe aujourd\u2019hui est peut-\u00eatre la meilleure fa\u00e7on de penser \u00ab l\u2019apr\u00e8s \u00bb. Il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00e9valuer l\u2019action des pouvoirs publics pendant la crise \u00e9pid\u00e9mique mais de mettre celle-ci \u00e0 profit, car elle \u00e9prouve nos institutions et organisations, pour en tirer des enseignements plus g\u00e9n\u00e9raux, de nature \u00e0 tracer des lignes d\u2019\u00e9volution possible, en termes de r\u00e9partition des responsabilit\u00e9s, de logiques de solidarit\u00e9 et de capacit\u00e9 d\u2019agir. La situation d\u2019urgence nous permet d\u2019affiner trois registres de lectures qui fondent les politiques publiques territoriales : le fonctionnement du syst\u00e8me \u00c9tat- collectivit\u00e9s locales ; le rapport des politiques publiques territoriales \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 ses initiatives et aux in\u00e9galit\u00e9s et vuln\u00e9rabilit\u00e9s de celle-ci ; l\u2019importance des interd\u00e9pendances et solidarit\u00e9s entre territoires.<\/p>\n<p>ETAT ET COLLECTIVIT\u00c9S LOCALES : DE LA CHA\u00ceNE DE COMMANDEMENT \u00c0 LA CHA\u00ceNE DE CONTRIBUTION \u00c0 L\u2019ACTION PUBLIQUE<br \/>\nLa situation d\u2019urgence et de crise montre \u00e0 quel point nos institutions nationales et locales sont imbriqu\u00e9es. Le d\u00e9bat revient sans cesse autour des notions de centralisation et de d\u00e9centralisation. Or, il semble que les \u00e9chelons sont v\u00e9ritablement interd\u00e9pendants, en d\u00e9pit des blocs de comp\u00e9tences r\u00e9partis entre les \u00e9chelons.Ceci met fortement en cause le mod\u00e8le qui est cens\u00e9 pr\u00e9valoir depuis l\u2019origine du processus de d\u00e9centralisation initi\u00e9e dans les ann\u00e9es 1980, \u00e0 savoir la sp\u00e9cialisation des \u00e9chelons (les missions \u00ab r\u00e9galiennes \u00bb, les comp\u00e9tences r\u00e9gionales, d\u00e9partementales et locales). Tout autant que la cha\u00eene de commandement, ce qui appara\u00eet, c\u2019est l\u2019importance de la solidit\u00e9 et de l\u2019efficacit\u00e9 des cha\u00eenes de production des biens collectifs.<br \/>\nLe maintien et le fonctionnement des services en r\u00e9seau appara\u00eet comme essentiel pour le fonctionnement, m\u00eame ralenti, de la vie sociale et \u00e9conomique : eau, assainissement, collecte et traitement des d\u00e9chets, transports publics. M\u00eame si cela s\u2019est fait parfois dans la douleur, ces services en r\u00e9seau ont tenu, ce qui est d\u2019autant plus remarquable que les agents de ces services comptent parmi les plus expos\u00e9s dans la p\u00e9riode.<br \/>\nOr la production de ces services met toujours en jeu une cha\u00eene complexe, et parfois longue d\u2019acteurs, o\u00f9, dans la plupart des cas, on trouve des services et des agences de l\u2019Etat, des entreprises publiques et priv\u00e9es, et la plupart des \u00e9chelons de collectivit\u00e9s territoriales. <em>D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de penser la question des services dans le registre de la finalit\u00e9 plut\u00f4t que celui du statut et de son affectation \u00e0 tel ou tel \u00e9chelon,<\/em> et de r\u00e9fl\u00e9chir non plus en termes de sp\u00e9cialisation et de monopole de comp\u00e9tence mais en termes de capacit\u00e9 contributive de chaque acteur institutionnel ou priv\u00e9 \u00e0 la production des biens et services collectifs. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une le\u00e7on \u00e0 port\u00e9e plus g\u00e9n\u00e9rale : o\u00f9 trouver les capacit\u00e9s pour une gestion politique de l\u2019ensemble des acteurs, li\u00e9s entre eux par une m\u00eame finalit\u00e9, celle de la production d\u2019un bien ou service de qualit\u00e9, maintenu en temps d\u2019urgence ? Ce savoir-faire ne peut, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, \u00eatre r\u00e9parti juridiquement entre les \u00e9chelons. Il ne peut non plus se r\u00e9sumer \u00e0 une gestion monopolistique et technique des r\u00e9seaux. C\u2019est une capacit\u00e9 que devraient d\u00e9sormais int\u00e9grer l\u2019ensemble des institutions, d\u00e9centralis\u00e9es ou d\u00e9concentr\u00e9es, plut\u00f4t que d\u2019attendre le d\u00e9cret ou la circulaire qui va d\u00e9crire par le menu la \u00ab marche \u00e0 suivre \u00bb dans chaque domaine.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019articulation des \u00e9chelons d\u00e9centralis\u00e9s (r\u00e9gion, d\u00e9partement, bloc local), entre eux et avec l\u2019\u00c9tat rel\u00e8ve moins de la r\u00e9partition des comp\u00e9tences sectorielles que de la capacit\u00e9 \u00e0 agir de chacun et du type de valeur qu\u2019il apporte dans la cha\u00eene de production. Dans ces cha\u00eenes de production et de valeurs s\u2019imbriquent au moins deux registres fonctionnels : celui de la capacit\u00e9 technique \u00e0 maintenir les prestations collectives ; celui de la capacit\u00e9 \u00e0 tenir une parole politique et \u00e0 assurer les m\u00e9diations n\u00e9cessaires avec les autres \u00e9chelons et avec les acteurs sociaux et \u00e9conomiques. Ces capacit\u00e9s sont in\u00e9galement r\u00e9parties, ou plus exactement, elles ne suivent pas les cat\u00e9gories bien ordonn\u00e9es de la \u00ab division du travail \u00bb entre collectivit\u00e9s. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, quel que soit le niveau d\u2019implication des institutions et le degr\u00e9 de mobilisation, voire de d\u00e9vouement des acteurs, la crise r\u00e9v\u00e8le le d\u00e9faut d\u2019articulation entre les institutions porteuses de ces capacit\u00e9s. Ici, c\u2019est \u00e0 un mode d\u2019emploi de la d\u00e9centralisation qu\u2019il conviendrait de r\u00e9fl\u00e9chir collectivement, pour en finir avec un mode de fonctionnement en accord\u00e9on o\u00f9 l\u2019\u00c9tat prend la main et efface les acteurs territoriaux pour ensuite venir les solliciter dans des grand-messes m\u00e9diatis\u00e9es c\u00e9l\u00e9brant les \u00e9lus \u00ab en premi\u00e8re ligne \u00bb.<\/p>\n<p>AGIR AVEC LA SOCI\u00c9T\u00c9 : DES POLITIQUES PUBLIQUES \u00c0 LA PRODUCTION DES SERVICES ET BIENS COMMUNS<br \/>\nLa p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 propice aux constats des limites des politiques publiques dans la r\u00e9ponse sociale \u00e0 la crise. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 on d\u00e9nonce les fortes in\u00e9galit\u00e9s qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le, de l\u2019autre, on c\u00e9l\u00e8bre les initiatives citoyennes, \u00e0 hauteur des manques r\u00e9els ou suppos\u00e9s de la puissance publique.<br \/>\n<em>Sans toutes les creuser, la crise r\u00e9v\u00e8le avec vigueur les in\u00e9galit\u00e9s et les vuln\u00e9rabilit\u00e9s<\/em>.<\/p>\n<p>En situation \u00ab ordinaire \u00bb, les in\u00e9galit\u00e9s de revenu sont plus ou moins bien att\u00e9nu\u00e9es par un dispositif de redistribution qui permet \u00e0 la grande majorit\u00e9 des personnes de travailler, de se nourrir et se v\u00eatir, de se loger, d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 des moyens de mobilit\u00e9. En temps ordinaires encore, les services (\u00e9ducation, culture, sports) viennent (incompl\u00e8tement) compenser les capacit\u00e9s diff\u00e9rentielles des m\u00e9nages. En temps de crise et de confinement, d\u00e8s lors que ces prestations ne sont plus assur\u00e9es ou le sont moins, les compensations ne se font pas. Avoir ou non des pi\u00e8ces qui permettent \u00e0 chaque membre d\u2019un m\u00e9nage de s\u2019isoler, b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un balcon ou d\u2019un jardin, acc\u00e9der et savoir utiliser des moyens de communication physique ou num\u00e9rique deviennent d\u00e9cisifs. En situation de crise, les politiques publiques ne peuvent pas r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019ensemble de ces besoins. La r\u00e9ponse passe g\u00e9n\u00e9ralement par des secours d\u2019urgence (bons alimentaires, distribution de repas, \u00e9quipements informatiques). Cette r\u00e9ponse reste limit\u00e9e et ne fait souvent que renvoyer les individus \u00e0 leur condition.<br \/>\n<em>Plus cro\u00eetront les risques de tous ordres, plus les vuln\u00e9rabilit\u00e9s diff\u00e9renci\u00e9es se r\u00e9v\u00e8leront fortes<\/em>. <em>Il nous faut donc envisager un moyen de sortir par le haut du face-\u00e0-face entre vuln\u00e9rabilit\u00e9s et secours.<\/em><br \/>\nLa bonne r\u00e9ponse, on l\u2019a vu en plusieurs endroits, r\u00e9side dans des propositions qui ins\u00e8rent ou maintiennent les personnes et les m\u00e9nages les plus vuln\u00e9rables dans des r\u00e9seaux de production collective. Ceci peut conduire \u00e0 des actions diff\u00e9renci\u00e9es par territoire (par exemple, cibl\u00e9es sur des quartiers populaires, sur des territoires particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables du fait de leur situation g\u00e9ographique, ou sur des cat\u00e9gories particuli\u00e8res).<\/p>\n<p>A titre d\u2019illustration, on peut envisager le maintien de la scolarisation pour le quart des \u00e9l\u00e8ves les plus d\u00e9favoris\u00e9s, des propositions de vacances d\u00e9di\u00e9es aux enfants des quartiers populaires, l\u2019acc\u00e8s contr\u00f4l\u00e9 aux m\u00e9diath\u00e8ques pour ceux qui n\u2019ont pas d\u2019\u00e9quipement num\u00e9rique \u00e0 la maison, des moyens de d\u00e9placement mis \u00e0 disposition de ceux qui doivent aller travailler&#8230;<\/p>\n<p>Plus fondamentalement, l\u2019adaptation aux crises suppose de penser diff\u00e9remment le r\u00f4le du social. Alors qu\u2019il faut toujours partager les \u00ab fruits de la croissance \u00bb, l\u2019anticipation ou l\u2019adaptation aux crises actuelles appellent \u00e0 construire le consentement \u00e0 des raret\u00e9s. Il faut consentir \u00e0 la raret\u00e9 des \u00e9nergies fossiles pour limiter le changement climatique, \u00e0 la raret\u00e9 des sols artificialis\u00e9s pour pr\u00e9server la biodiversit\u00e9, \u00e0 la raret\u00e9 des d\u00e9placements lors de l\u2019actuelle crise sanitaire. La distribution sociale des effets de ses raret\u00e9s choisies est souvent loin d\u2019\u00eatre juste. Constater que les m\u00e9canismes de solidarit\u00e9 \u00ab classique \u00bb fonctionnent toujours ne suffit pas pour convaincre que les efforts que ces raret\u00e9s n\u00e9cessitent ne sont pas \u00e9quitablement r\u00e9partis. Les gilets jaunes l\u2019ont suffisamment d\u00e9nonc\u00e9 quand c\u2019est par le prix que le gouvernement a voulu rar\u00e9fier l\u2019usage du carburant (et non, par exemple, par un quota \u00ab carbone \u00bb \u00e9galement distribu\u00e9 par t\u00eate). Demain, certains d\u00e9nonceront certainement la chert\u00e9 immobili\u00e8re provoqu\u00e9e par le \u00ab z\u00e9ro artificialisation \u00bb. Rar\u00e9fier temporairement les d\u00e9placements comme avec le confinement n\u2019a pas les m\u00eames cons\u00e9quences sur la scolarit\u00e9 ou les trajectoires professionnelles selon les milieux et les lieux.<br \/>\nElle ne pourra que tr\u00e8s difficilement se construire sans une articulation \u00e9troite du national et du local. En effet, elle ne peut se b\u00e2tir uniquement sur des cat\u00e9gories administratives : elle n\u00e9cessite une attention \u00e0 toutes les vuln\u00e9rabilit\u00e9s, qui sont toujours singuli\u00e8res et circonstanci\u00e9es.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me angle est celui de la capacit\u00e9 des politiques d\u2019accueillir les initiatives et mobilisations de toutes sortes qui \u00e9closent dans les p\u00e9riodes de crise \u2014 et au- del\u00e0. Ces initiatives ne se jouent pas seulement dans la sph\u00e8re de soci\u00e9t\u00e9 civile, elles peuvent aussi surgir au sein de la fonction publique nationale et territoriale, des partenaires des politiques publiques, etc. Accueillir ne signifie pas seulement subventionner ou accorder quelque licence, mais int\u00e9grer \u00e0 titre provisoire ou durable ces initiatives ou innovations de crise dans les cha\u00eenes de production des politiques publiques. Le secteur priv\u00e9 est depuis longtemps un acteur majeur des politiques publiques : \u00e9ducation, sant\u00e9, action sociale, justice, culture et m\u00eame agriculture ; la plupart des services collectifs sont exerc\u00e9es par des entreprises priv\u00e9es dans le cadre de concessions ; les entreprises de b\u00e2timent et de travaux publics sont des partenaires de l\u2019investissement publics. Le public et le priv\u00e9 sont aussi imbriqu\u00e9s que les diff\u00e9rents \u00e9chelons politico-administratifs.<br \/>\nL\u2019\u00e9conomie peut \u00eatre grossi\u00e8rement divis\u00e9e en trois sph\u00e8res selon leur mode de relation avec les acteurs locaux : l\u2019\u00e9conomie \u00ab locale \u00bb, celle du care et des circuits courts \u00e0 recr\u00e9er ; l\u2019\u00e9conomie des services en r\u00e9seau n\u00e9cessaires au fonctionnement territorial (transport, d\u00e9chet, eau, etc.) enfin, l\u2019 \u00ab \u00e9conomie- monde \u00bb (pour reprendre la formule de Braudel).<\/p>\n<p>A chacune correspond un mode de relation : le soutien pour la premi\u00e8re, la r\u00e9gie ou l\u2019encadrement par des concessions ou des contrats pour la seconde, enfin la pr\u00e9sentation de ses plus beaux atours pour attirer la troisi\u00e8me (qualit\u00e9 des infrastructures et de l\u2019\u00e9ducation, locaux d\u2019activit\u00e9s, etc.) sans interventions autres que normatives sur les chaines de valeur. Les p\u00e9nuries de m\u00e9dicaments, de masques ou encore de respirateurs, et surtout l\u2019incapacit\u00e9 locale \u00e0 produire ces biens remettent fortement en question cette approche en trois sph\u00e8res du monde productif. Comment, au-del\u00e0 des cahiers des charges de concessions et des appels d\u2019offre, aller vers une v\u00e9ritable coproduction et s\u2019appuyer sur les capacit\u00e9s d\u2019adaptation et d\u2019innovation qui peuvent surgir en p\u00e9riode de crise ? Comment donner des prises locales face \u00e0 l\u2019\u00e9conomie-monde ? Une piste r\u00e9side peut-\u00eatre dans l\u2019introduction de la notion de biens communs (ou de communs) dans les politiques publiques territoriales, comme cela est le cas dans certaines cultures de gestion publique.<\/p>\n<p>ENTRE GLOBALISATION ET PROXIMIT\u00c9 : INTERD\u00c9PENDANCES, TENSIONS ET ALLIANCES TERRITORIALES<br \/>\nEnfin, la crise donne \u00e0 voir les diff\u00e9rences de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et de rebond des territoires, mais aussi leurs fortes interrelations : la crise a surtout r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019hyper- connexion du monde. Informations, marchandises et capitaux ont continu\u00e9 \u00e0 circuler presque aussi intens\u00e9ment que d\u2019habitude. Ce qui est vrai \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale entre pays, l\u2019est tout autant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale entre territoires d\u2019un m\u00eame pays : d\u00e9pendances dans la diffusion diff\u00e9renci\u00e9e du virus et de la maladie, d\u00e9pendances objectives en termes d\u2019approvisionnement, de ressources, de localisation des capacit\u00e9s de soigner, de mobilit\u00e9, de niveau d\u2019\u00e9quipement, etc.<br \/>\nEn temps de crise, ces d\u00e9pendances r\u00e9v\u00e8lent des besoins de construction de cha\u00eenes de solidarit\u00e9s solides entre territoires pour le partage des ressources et des capacit\u00e9s d\u2019agir : les TGV et vols sanitaires en France et avec les pays voisins en sont une illustration spectaculaire. Elles entra\u00eenent, \u00ab en m\u00eame temps \u00bb les fortes concurrences qui existent entre gouvernements territoriaux, lorsque par exemple les collectivit\u00e9s et l\u2019\u00c9tat se font concurrence pour obtenir des masques et contribuent \u00e0 alimenter la sp\u00e9culation.<br \/>\nCes trois dimensions (d\u00e9pendances\/solidarit\u00e9s\/concurrences) sont pr\u00e9sentes dans toute relation entre territoires. Elles montrent l\u2019importance de l\u2019interterritorialit\u00e9, comme dimension d\u00e9terminante, et quotidienne, de toute politique publique territoriale.<\/p>\n<p>Paradoxalement, alors que pour une bonne part, ces d\u00e9pendances territoriales reposent sur la mobilit\u00e9 des biens, des services et des personnes, sa n\u00e9cessaire int\u00e9gration dans les politiques publiques en temps \u00ab ordinaires \u00bb appara\u00eet dans toute sa n\u00e9cessit\u00e9. Les relations interterritoriales, on l\u2019a dit, sont complexes et agr\u00e8gent aussi bien des d\u00e9pendances objectives que des relations de solidarit\u00e9 (visible ou invisible) ou de concurrences. Les p\u00e9riodes de crise ne se r\u00e9solvent pas uniquement dans la proximit\u00e9, m\u00eame par temps de confinement. La qualit\u00e9 des biens communs devra reposer sur des alliances territoriales.<br \/>\nLa crise doit nous conduire \u00e0 imaginer les r\u00e8gles et les m\u00e9thodes qui permettent de construire ces relations interterritoriales comme une ressource de toute politique publique, qui ne se joue pas uniquement dans le registre de subsidiarit\u00e9 mais qui concerne chaque \u00e9chelle politiques. On peut, \u00e0 titre d\u2019illustration, imaginer des conventions de coh\u00e9rence et de solidarit\u00e9s entre territoires dans des espaces \u00e0 dimension variable (bassin de vie, espace m\u00e9tropolitain&#8230;) mettant en valeur les diff\u00e9rentes interactions entre les politiques publiques de chaque partie, posant des principes de coordination et d\u2019harmonisation, notamment des plans de sauvegarde des services pour les temps de crise.<\/p>\n<p>TROIS D\u00c9FIS POUR DES POLITIQUES PUBLIQUES TERRITORIALES R\u00c9SILIENTES<br \/>\nL\u2018urgence dicte des r\u00e9ponses qui doivent rester passag\u00e8res : restriction des libert\u00e9s publiques, mesures financi\u00e8res exceptionnelles, etc. Elle agit aussi comme un r\u00e9v\u00e9lateur de long terme sur notre mod\u00e8le de politique publique et elle ouvre des pistes pour des transformations de moyen\/long terme. Ces pistes peuvent constituer une feuille de route des politiques territoriales r\u00e9silientes.<br \/>\nAu-del\u00e0 du moment que nous traversons et qui, sous des formes diverses est appel\u00e9 \u00e0 se prolonger ou se r\u00e9p\u00e9ter, l\u2019enseignement principal, pour nous, est que la r\u00e9silience des territoires s\u2019appuie sur une claire conscience de leurs d\u00e9pendances : d\u00e9pendances internes au syst\u00e8me politico-administratif, d\u00e9pendance entre le syst\u00e8me lui-m\u00eame et les soci\u00e9t\u00e9s locales, d\u00e9pendances horizontales entre territoires, proches ou lointain.<br \/>\nLa prise en compte de ces d\u00e9pendances ne viendra pas uniquement d\u2019une nouvelle r\u00e9partition ou d\u00e9volution de comp\u00e9tences entre les \u00e9chelons, mais beaucoup plus d\u2019un mode d\u2019emploi de l\u2019exercice du pouvoir local portant de nouvelles capacit\u00e9s :<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la sp\u00e9cialisation, la capacit\u00e9 d\u2019articuler non seulement les \u00e9chelons mais aussi les fonctions politiques et techniques de chacun, de fa\u00e7on \u00e0 renforcer les cha\u00eenes de production ;<br \/>\nAu-del\u00e0 des comp\u00e9tences publiques, la capacit\u00e9 \u00e0 articuler r\u00e9ponse publique et capacit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 pour maintenir des r\u00e9seaux collectifs face \u00e0 l\u2019accroissement des vuln\u00e9rabilit\u00e9s en temps de crise ;<br \/>\nAu-del\u00e0 des territoires, la capacit\u00e9 \u00e0 construire les r\u00e9seaux d\u2019alliance et de coop\u00e9ration entre eux.<br \/>\nIl nous semble qu\u2019il y a l\u00e0 mati\u00e8re \u00e0 penser pour une soci\u00e9t\u00e9 qui entreprendrait la \u00ab fabrique des transitions \u00bb, en pleine conscience que c\u2019est bien dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui que se construit le monde de demain.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vivre avec la crise :quels enseignements pour les politiques territoriales. 11 mai 2020 | Par Daniel BEHAR, Sacha CZERTOK, Xavier DESJARDINS, Philippe ESTEBE, Mathilde MARCHAND, Jules PETER JAN, Martin VANIER, Coop\u00e9rative Acadie, collectif de consultants chercheurs dans le domaine des politiques territoriales La triple crise que nous traversons (sanitaire, sociale, \u00e9conomique) est la plus spectaculaire<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":13867,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-13865","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-actualite"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13865","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13865"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13865\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13867"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13865"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13865"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13865"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}