{"id":13878,"date":"2020-05-12T20:00:20","date_gmt":"2020-05-13T00:00:20","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=13878"},"modified":"2020-05-12T21:04:55","modified_gmt":"2020-05-13T01:04:55","slug":"la-crise-du-covid-19-avenement-dune-societe-sans-visage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/la-crise-du-covid-19-avenement-dune-societe-sans-visage\/","title":{"rendered":"La crise du Covid-19, av\u00e8nement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sans visage"},"content":{"rendered":"<h3><span style=\"font-weight: 400\">La crise du Covid-19, av\u00e8nement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sans visage<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Viennot \u2014 11 mai 2020 \u00e0 7h00 \u2014(Novethic)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Avec la fin du confinement, nous allons d\u00e9couvrir un espace public anonyme o\u00f9 il ne restera que la parole ou le choix d&rsquo;ignorer totalement son prochain.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tout le monde a bien compris \u00e0 ce stade que nos vies ne seraient plus jamais comme avant et que nous \u00e9tions en plein c\u0153ur d&rsquo;un de ces \u00e9v\u00e9nements mondiaux qui occuperont un chapitre dans les livres d&rsquo;histoire sur lesquels se pencheront nos petits-enfants.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Impossible de r\u00e9duire cette \u00e9pid\u00e9mie \u00e0 un, deux, trois \u00e9l\u00e9ments: elle a d\u00e9clench\u00e9 des facteurs en cha\u00eene, certains lin\u00e9aires et d&rsquo;autres arborescents, dont les cons\u00e9quences ne seront vraiment nettes que dans plusieurs ann\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Les cons\u00e9quences imm\u00e9diates, tout le monde les conna\u00eet: elles sont avant tout sanitaires (malades, morts solitaires, services m\u00e9dicaux tendus \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame), sociales (isolement exacerb\u00e9, refus du confinement ou col\u00e8re face \u00e0 celles et ceux qu&rsquo;on n&rsquo;estime pas assez confin\u00e9s, aggravation de la pauvret\u00e9 et de l&rsquo;isolement social des personnes les plus d\u00e9munies sans acc\u00e8s \u00e0 la parole publique, mise en danger des acteurs et des actrices essentielles de la vie en soci\u00e9t\u00e9), \u00e9conomiques (le pire est \u00e0 venir).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">\u00c0 LIRE AUSSI Sur le plan \u00e9conomique, la catastrophe annonc\u00e9e aura bien lieu<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Il en faudra, des g\u00e9n\u00e9rations de sociologues, pour analyser les changements que l&rsquo;ann\u00e9e du Covid-19 aura apport\u00e9s \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. D\u00e8s aujourd&rsquo;hui pourtant, il semble \u00e9vident que certaines choses changeront et qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;instar de leurs anc\u00eatres ayant travers\u00e9 les grandes crises des derniers si\u00e8cles, les Fran\u00e7ais\u00b7es vont adopter des codes de socialisation adapt\u00e9s \u00e0 la nouvelle \u00e8re qui s&rsquo;ouvre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Partout en France, tout individu qui sort enfin, apr\u00e8s deux mois de confinement et d&rsquo;attestations, faire quelques emplettes, se rendre au travail ou mener ses enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole va obligatoirement croiser des compatriotes masqu\u00e9\u00b7es. Peut-\u00eatre le sera-t-il lui-m\u00eame. Dans son allocution du 28 avril, le Premier ministre a d\u00e9clar\u00e9 que le port du masque deviendrait obligatoire dans les transports en commun \u00e0 partir de ce lundi 11 mai, ainsi que dans les coll\u00e8ges pour les professeur\u00b7es comme pour les \u00e9l\u00e8ves (pas dans les \u00e9coles \u00e9l\u00e9mentaires, et il sera m\u00eame \u00abprohib\u00e9\u00bb pour les enfants des maternelles). On peut raisonnablement penser que le port du masque deviendra obligatoire \u00e0 peu pr\u00e8s partout d\u00e8s qu&rsquo;on aura les moyens de masquer tout le monde.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">La France est en train de se poser doucement un masque sur la bouche et le nez, et de se faire \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que ce geste pourrait s&rsquo;inscrire dans la dur\u00e9e. Les raisons sanitaires \u00e9videntes de cette d\u00e9cision sont indiscutables (en revanche, le niveau de p\u00e9dagogie et le fait que la plupart des personnes portant un masque ne savent pas s&rsquo;en servir pourraient \u00eatre sujets \u00e0 d\u00e9bat). \u00c9videmment, on peut imaginer un avenir, \u00e0 moyen ou \u00e0 long terme, o\u00f9 ces masques ne seront plus n\u00e9cessaires et o\u00f9 ces comportements civico-sanitaires ne seront plus qu&rsquo;un mauvais souvenir. Mais cet avenir semble bien lointain, et au passage, ce bout de tissu aura chang\u00e9 pas mal de choses.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Un clou dans le cercueil de la bise<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">En France, la culture du contact est en train de prendre un grand coup dans l&rsquo;aile. La bise (chez nous c&rsquo;est trois\/quatre\/une), grosse tradition gauloise et baveuse, est sans doute en train de vivre ses derni\u00e8res heures de rite incontournable. La poign\u00e9e de main n&rsquo;en m\u00e8ne pas large, m\u00eame si elle a de grandes chances de s&rsquo;en tirer, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;effet purificateur du gel hydroalcoolique. Ne parlons m\u00eame pas des \u00e9treintes, qui n&rsquo;ont plus lieu d&rsquo;\u00eatre (en public tout au moins).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la culture du contact physique dans l&rsquo;espace public avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 par \u00eatre \u00e9branl\u00e9e par des mouvements comme #BalanceTonPorc ou #MeToo qui avaient pour but premier de d\u00e9noncer et (d&rsquo;esp\u00e9rer) mettre un terme aux agressions sexuelles, mais qui ont \u00e9galement permis, entre autres cons\u00e9quences collat\u00e9rales, \u00e0 certaines personnes parfois soumises \u00e0 ces rituels contre leur volont\u00e9 d&rsquo;avoir plus facilement la possibilit\u00e9 de ne plus s&rsquo;y plier. Refuser de subir la bise obligatoire d&rsquo;un coll\u00e8gue crado ou d&rsquo;un patron libidineux est sans doute moins compliqu\u00e9 aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il y a cinq ans.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Il y a fort \u00e0 parier qu&rsquo;apr\u00e8s le Covid-19, les rituels sociaux seront beaucoup moins physiques qu&rsquo;avant. Tant mieux, tant pis, c&rsquo;est une \u00e9volution que chacun\u00b7e mesurera \u00e0 l&rsquo;aune de sa propre tol\u00e9rance aux contacts physiques. En revanche, en attendant de sortir de cette \u00e9trange p\u00e9riode o\u00f9 nous nous promenons avec une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s au-dessus de la t\u00eate, ne sachant pas si nous allons tomber malade ou si nous risquons de transmettre le virus, hormis un confinement infini qui n&rsquo;est pas r\u00e9alisable, la seule arme \u00e0 peu pr\u00e8s accessible consiste \u00e0 se voiler la face.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">\u00c0 LIRE AUSSI La crise du Covid-19 peut-elle offrir un nouveau d\u00e9part \u00e0 la mode?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Une cl\u00e9 de communication en moins<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Autrefois (et quand je dis autrefois, je veux dire avant mars 2020, car le fil du temps est devenu \u00e9lastique et tr\u00e8s relatif), les seuls acteurs de la vie sociale qui masquaient leurs visages \u00e9taient, d\u00e9j\u00e0, les personnels soignants, et puis certaines musulmanes (qui le payaient assez cher), les agents du GIGN et, naturellement, les braqueurs. Aujourd&rsquo;hui, dans un retournement ironique dont la vie est friande, dissimuler ses traits est devenu un acte normal, citoyen m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Les interactions sociales vont ainsi \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 la portion congrue: les yeux et la parole. Pour les malentendant\u00b7es qui lisent sur les l\u00e8vres, c&rsquo;est un isolement suppl\u00e9mentaire (moi qui n&rsquo;ai qu&rsquo;une oreille en \u00e9tat de marche, je crains d\u00e9j\u00e0 la double peine de ne plus pouvoir suivre les conversations sur les l\u00e8vres en plus de devoir d\u00e9coder une parole filtr\u00e9e par le masque). Pour celles et ceux qui sont atteints de prosopagnosie (vous savez, ces gens qui ne vous reconnaissent jamais dans la rue, alors que \u00e7a fait cinq ans que vous les fr\u00e9quentez), qui ont enfin un bon pr\u00e9texte pour ne pas savoir qui vous \u00eates, c&rsquo;est une b\u00e9n\u00e9diction. Pour nos relations sociales en g\u00e9n\u00e9ral, c&rsquo;est une nouveaut\u00e9 qui risque de changer pas mal de choses.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Si ce sont les comp\u00e9tences verbales qui doivent \u00e9tablir une nouvelle hi\u00e9rarchie des liens, les in\u00e9galit\u00e9s ne sont pas pr\u00e8s de dispara\u00eetre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">La reconnaissance du visage de l&rsquo;autre est un des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s du d\u00e9veloppement des relations entre le nourrisson et son entourage proche, et avant tout avec sa m\u00e8re. Elle fait partie de ce que le Dr Daniel Stern, auteur de Le monde interpersonnel du nourrisson, appelle \u00abl&rsquo;accordage affectif\u00bb. Des exp\u00e9riences sur des b\u00e9b\u00e9s de 3 mois ont montr\u00e9 que les enfants \u00e9taient sensibles \u00e0 la disparition du sourire de leur m\u00e8re, qui entra\u00eenait \u00abrapidement un \u00e9tat de d\u00e9sarroi et de malaise\u00bb. C&rsquo;est par l&rsquo;expression de tout le visage qu&rsquo;est transmis l&rsquo;\u00e9tat affectif de nos interlocuteurs et interlocutrices, c&rsquo;est une forme de communication h\u00e9rit\u00e9e de nos anc\u00eatres tr\u00e8s lointain\u00b7es dont nous ne nous sommes pas (encore) dispens\u00e9\u00b7es.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Or, nous allons d\u00e9sormais devoir communiquer dans le domaine public, professionnel, scolaire, sans ces expressions faciales. Nous allons entrer dans un monde o\u00f9 la communication sera avant tout verbale, donc profond\u00e9ment humaine puisque la parole est le propre de l&rsquo;\u00eatre humain, et totalement d\u00e9shumanis\u00e9e puisque nous allons \u00eatre priv\u00e9\u00b7es d&rsquo;un des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s du d\u00e9chiffrage des intentions et des sentiments de l&rsquo;autre: l&rsquo;expression de son visage et les messages muets, conscients et inconscients, qu&rsquo;il envoie.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Quel genre de soci\u00e9t\u00e9 va bien pouvoir na\u00eetre de la disparition de cette dimension? Doit-on imaginer un monde o\u00f9 non seulement personne ne se touche mais o\u00f9 les \u00e9motions et les d\u00e9sirs doivent passer uniquement par la parole? Au sourire annon\u00e7ant la joie de voir une personne amie, il faudra substituer des mots, ou laisser le silence et le vide \u00e9riger une barri\u00e8re invisible. Il peut y avoir une tentation de se dire que nous allons tou\u00b7tes nous ressembler, avec un masque sur la figure, et que c&rsquo;est peut-\u00eatre un facteur d&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Il me semble pourtant qu&rsquo;au contraire, si ce sont les comp\u00e9tences verbales devant lesquelles tout le monde n&rsquo;est pas log\u00e9 \u00e0 la m\u00eame enseigne qui doivent \u00e9tablir une nouvelle hi\u00e9rarchie des liens dans l&rsquo;espace public, les in\u00e9galit\u00e9s ne sont pas pr\u00e8s de dispara\u00eetre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Un univers d&rsquo;indiff\u00e9rence<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">C&rsquo;est tout un pan de la communication dans ce qu&rsquo;elle a de plus affectif qui est escamot\u00e9 par le masque. Certes les yeux parlent encore, mais les sourires timides, les sourires esquiss\u00e9s ou francs, les rictus sarcastiques, les mimiques de baisers, les grimaces si expressives qui en disent souvent plus qu&rsquo;une phrase enti\u00e8re, tout cela passe \u00e0 la trappe. \u00c9voluer dans un lieu public o\u00f9 nos cong\u00e9n\u00e8res n&rsquo;ont plus de visage rel\u00e8ve du cauchemar et \u00e9voque des images terrifiantes, comme celles du film The Wall des Pink Floyd, o\u00f9 les \u00eatres humains n&rsquo;ont plus d&rsquo;identit\u00e9 individuelle et n&rsquo;existent plus que sous forme anonyme et collective.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Dans L&rsquo;expression des \u00e9motions chez l&rsquo;homme et les animaux (1872), Charles Darwin avait \u00e9tabli que certaines expressions faciales \u00e9taient universelles, ce que confirm\u00e8rent (et affin\u00e8rent) une centaine d&rsquo;ann\u00e9es plus tard les chercheurs Silvan Tomkins, Paul Ekman et Carroll Izard. En France, dix ans avant Darwin, Guillaume-Benjamin Duchenne s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pench\u00e9 sur les expressions faciales et avait d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;un vrai sourire suscitait la contraction des muscles de la bouche mais \u00e9galement des yeux \u2013et qu&rsquo;il \u00e9tait donc possible d&rsquo;en mesurer la sinc\u00e9rit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Paul Ekman, psychologue am\u00e9ricain contemporain, a quant \u00e0 lui identifi\u00e9 ce qu&rsquo;on appelle les \u00abmicro-expressions\u00bb, qui sont des manifestations faciales inconscientes et fugaces des \u00e9motions, et confirm\u00e9 entre 1969 et 1972 l&rsquo;universalit\u00e9 des expressions faciales (en faisant notamment des exp\u00e9riences de reconnaissance d&rsquo;\u00e9motions aupr\u00e8s de membres de tribus totalement isol\u00e9es). Comme le dit le h\u00e9ros de la s\u00e9rie Lie to Me, qui s&rsquo;en inspire: \u00abLa v\u00e9rit\u00e9 est \u00e9crite sur nos visages\u00bb (certes, encore faut-il savoir la lire).<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Les mimiques faciales et l&rsquo;identification de l&rsquo;autre gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 de son apparence jouent un r\u00f4le dans l&#8217;empathie qui fait de nous des protagonistes plus humain\u00b7es de la vie sociale. L&rsquo;univers dans lequel nous nous pr\u00e9parons, contraint\u00b7es et forc\u00e9\u00b7es, \u00e0 entrer, brandit l&rsquo;image terrifiante d&rsquo;un monde de marionnettes ou de robots qui se croisent dans une visible indiff\u00e9rence, condamn\u00e9s \u00e0 restreindre la communication \u00e0 sa facette la plus artificielle: le langage \u2013ou bien \u00e0 ne pas communiquer du tout. Il n&rsquo;aura jamais \u00e9t\u00e9 plus facile d&rsquo;ignorer son prochain.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Un isolement en ext\u00e9rieur<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Cet \u00e9loignement du corps, tant tactile que visuel, accentu\u00e9 par la suspicion permanente que l&rsquo;autre repr\u00e9sente un danger (sentiment que les applications de tra\u00e7age ne feront qu&rsquo;intensifier), nous pr\u00e9cipite encore un peu plus vite vers un monde dont la virtualit\u00e9 nouvelle du XXIe si\u00e8cle avait fait le lit: un univers toujours plus connect\u00e9, gr\u00e2ce aux machines, mais o\u00f9 ce qu&rsquo;il y a de plus universel, de plus commun et de plus primaire en nous dispara\u00eet peu \u00e0 peu; o\u00f9 il n&rsquo;aura jamais \u00e9t\u00e9 aussi simple de communiquer et aussi difficile de se reconna\u00eetre, de se comprendre et de nouer des liens.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Ce bout de tissu, con\u00e7u pour nous prot\u00e9ger, nous d\u00e9figure au sens litt\u00e9ral, et nous isole encore un peu plus. Telles les gueules cass\u00e9es de la Grande Guerre, les victimes vitriol\u00e9es des criminels fous de haine sexiste, nous allons devoir faire exister le moi que nous pr\u00e9sentons \u00e0 autrui avec autre chose que notre visage, ou y renoncer: \u00abLa destruction du visage signe la d\u00e9sertion de l&rsquo;individu, atteint au c\u0153ur de son identit\u00e9 et de sa relation aux autres\u00bb, \u00e9crit la chercheuse Julie Mazaleigue dans La fabrique du visage.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">En nous obligeant \u00e0 dissimuler nos visages, le Covid-19, qui nous aura condamn\u00e9\u00b7es \u00e0 nous isoler physiquement et \u00e0 laisser nos proches mourir loin des yeux du monde, donne d\u00e9sormais une forme concr\u00e8te et tangible \u00e0 la m\u00e9fiance et \u00e0 l&rsquo;anonymat et finit de d\u00e9pouiller les relations humaines dans l&rsquo;espace public de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;il leur restait. Apr\u00e8s avoir ainsi perdu la face, notre relation aux autres, ce vivre-ensemble utopique et si cher \u00e0 la novlangue politique de ce si\u00e8cle, va avoir du mal \u00e0 s&rsquo;en relever<\/span><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La crise du Covid-19, av\u00e8nement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sans visage Viennot \u2014 11 mai 2020 \u00e0 7h00 \u2014(Novethic) Avec la fin du confinement, nous allons d\u00e9couvrir un espace public anonyme o\u00f9 il ne restera que la parole ou le choix d&rsquo;ignorer totalement son prochain. &nbsp; Tout le monde a bien compris \u00e0 ce stade que nos<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":13879,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[200],"tags":[],"class_list":["post-13878","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-ecologie"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13878","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13878"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13878\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13879"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13878"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13878"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13878"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}