{"id":14244,"date":"2020-05-21T20:00:02","date_gmt":"2020-05-22T00:00:02","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=14244"},"modified":"2020-05-21T20:23:58","modified_gmt":"2020-05-22T00:23:58","slug":"en-souvenir-de-la-vie-prodigieuse-de-michel-piccoli-artiste-moderne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/en-souvenir-de-la-vie-prodigieuse-de-michel-piccoli-artiste-moderne\/","title":{"rendered":"En souvenir de la vie prodigieuse de Michel Piccoli, artiste moderne"},"content":{"rendered":"<div class=\"article-header grid-container\">\n<div class=\"row\">\n<div class=\"article-header__inner col-sm-10 col-sm-offset-1 col-md-8 col-md-offset-2\">\n<h1 class=\"article-header__title\"><\/h1>\n<p class=\"article-header__infos article-infos\">\n<h6 class=\"article-header__chapo\">L&rsquo;acteur et cin\u00e9aste est mort le 12 mai \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 94 ans. Son parcours d&rsquo;une \u00e9poustouflante richesse condense et magnifie tout un pan de l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma.<\/h6>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"article-content-wrapper grid-container\">\n<div class=\"article-thumb-wrapper\">\n<div class=\"article-thumb\">\n<figure class=\"preload article-image\">\n<div class=\"image-container\">La photo:\u00a0Michel Piccoli en d\u00e9cembre 2005. | JMF<\/div>\n<\/figure>\n<\/div>\n<div class=\"sharing-tools-wrapper\">\n<div class=\"sharing-tools\">\n<div class=\"icon icon--fb\">Auteur: <a class=\"author\" href=\"https:\/\/www.slate.fr\/source\/15525\/jean-michel-frodon\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Jean-Michel Frodon<\/a><\/div>\n<div><\/div>\n<div class=\"icon icon--linkedin\">C&rsquo;est ennuyeux. Quand les gens meurent, il faut toujours en dire du bien. Les \u00e9loges \u00e0 l&rsquo;artiste et \u00e0 l&rsquo;homme Piccoli sembleront donc convenus, injustice flagrante \u00e0 propos de quelqu&rsquo;un d&rsquo;aussi peu conventionnel. Mais pour avoir eu la joie de passer en plusieurs occasions un peu de temps avec lui, il faut tout de m\u00eame bien dire la merveille d&rsquo;homme, d&rsquo;humain qu&rsquo;il fut.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"article-content row\">\n<div class=\"content-left col-md-8 col-auto\">\n<div class=\"field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item even\">\n<p>Dire l&rsquo;incroyable disponibilit\u00e9 aux autres, la curiosit\u00e9 toujours en \u00e9veil, le souci du monde et de celles et ceux qui le peuplent qui s&rsquo;\u00e9prouvaient imm\u00e9diatement, et sans faille, en le fr\u00e9quentant.<\/p>\n<div id=\"optidigital-adslot-Content_1\" class=\"Content_1 optidigital-ad-center\" data-adslot-id=\"optidigital-adslot-1-Content_1\" data-google-query-id=\"CJie_Y_cwekCFcMaDAodpPsO3Q\">\n<div id=\"google_ads_iframe_\/21685585667\/slate.fr\/article_3__container__\">Quand les Cahiers du cin\u00e9ma lui d\u00e9di\u00e8rent, en 2005, un num\u00e9ro sp\u00e9cial, les deux personnes avec lesquelles il souhaita s&rsquo;entretenir n&rsquo;\u00e9taient ni gens de pouvoir ni figures de sa corporation, mais une grande artiste photographe, <a href=\"http:\/\/www.sophie-ristelhueber.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Sophie Ristelhueber<\/a>, et un historien, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paul_Veyne\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Paul Veyne<\/a>. Et cela n&rsquo;a rien d&rsquo;anecdotique.<\/div>\n<\/div>\n<p>Michel Piccoli \u00e9tait acteur. Sur le grand \u00e9cran, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 remarquable en 1949, \u00e0 24 ans, dans <a href=\"https:\/\/www.unifrance.org\/film\/4596\/le-point-du-jour\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Le Point du jour<\/em><\/a> de Louis Daquin. Et cela faisait alors trois ans qu&rsquo;il avait d\u00e9but\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre. Soixante ans durant, il n&rsquo;aura pas cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre acteur, merveilleusement.<\/p>\n<p>Mais il aura aussi \u00e9t\u00e9 un cin\u00e9aste tr\u00e8s original, injustement peu et mal consid\u00e9r\u00e9, avec cinq titres de films courts ou longs, dont deux merveilles qui disent beaucoup de lui, <em><a href=\"https:\/\/www.cinematheque.fr\/film\/28955.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Alors voil\u00e0<\/a><\/em> (1997) et <em><a href=\"https:\/\/www.unifrance.org\/film\/26217\/c-est-pas-tout-a-fait-la-vie-dont-j-avais-reve\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C&rsquo;est pas tout \u00e0 fait la vie dont j&rsquo;avais r\u00eav\u00e9<\/a><\/em> (2005), \u00e9crit avec la sc\u00e9nariste Ludivine Clerc, son \u00e9pouse depuis 1978.<\/p>\n<p>Il est mort le 12 mai d&rsquo;un AVC \u00e0 94 ans.<\/p>\n<p>Lui qui fut le plus grand acteur de sa g\u00e9n\u00e9ration (au moins), mais ni star ni monstre sacr\u00e9, n&rsquo;aura jamais fait comme les autres.<\/p>\n<p>\u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 ce n&rsquo;est pas courant, il devient une vedette populaire gr\u00e2ce \u00e0 un m\u00e9morable <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dom_Juan_ou_le_Festin_de_Pierre_(t%C3%A9l%C3%A9film,_1965)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Don Juan<\/em><\/a> r\u00e9alis\u00e9 par Marcel Bluwal pour une t\u00e9l\u00e9vision qui, en ces temps (1965), faisait son travail. Il ne ressemblait pas du tout \u00e0 Delon, \u00e0 Belmondo ni \u00e0 Maurice Ronet, encore moins \u00e0 G\u00e9rard Philippe. Il ne ressemble \u00e0 personne, d&rsquo;ailleurs.<\/p>\n<p>La s\u00e9duction, la finesse, quelque chose d&rsquo;animal m\u00eal\u00e9 \u00e0 quelque chose d&rsquo;infiniment civilis\u00e9, dangereux peut-\u00eatre, attirant s\u00fbrement. Tout est l\u00e0.<\/p>\n<h3>Bu\u00f1uel plus encore que Godard<\/h3>\n<p>\u00c0 ce moment, en 1965, il a tenu trente r\u00f4les d\u00e9j\u00e0, dont deux inoubliables: Paul Javal dans <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_M%C3%A9pris_(film)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le M\u00e9pris<\/a> <\/em>de Jean-Luc Godard, bien s\u00fbr, face \u00e0 Brigitte Bardot, mais aussi le patron de Jeanne Moreau dans <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Journal_d%27une_femme_de_chambre_(film,_1964)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le Journal d&rsquo;une femme de chambre<\/a><\/em> de Luis Bu\u00f1uel, tous les deux en 1963.<\/p>\n<p><em>Le M\u00e9pris<\/em> est un film si important, et Piccoli y \u00e9tait si parfait d&rsquo;ambivalence maladroite, \u00e0 la fois l\u00e2che, amoureuse et malheureuse, qu&rsquo;on n&rsquo;en dira pas davantage ici, c&rsquo;est \u00e0 bon droit l&rsquo;un des films qui a suscit\u00e9 le plus de glose, et de reprises \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran plus ou moins avou\u00e9es, qu&rsquo;on n&rsquo;en finirait plus. Et puis le plus significatif, c&rsquo;est sans doute l&rsquo;autre.<\/p>\n<div id=\"optidigital-adslot-Content_2\" class=\"Content_2 optidigital-ad-center\" data-adslot-id=\"optidigital-adslot-1-Content_2\" data-google-query-id=\"CM7L-Z3cwekCFZdVDQodaxQJtw\">\n<div id=\"google_ads_iframe_\/21685585667\/slate.fr\/article_4__container__\"><\/div>\n<\/div>\n<p><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Luis_Bu%C3%B1uel\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Bu\u00f1uel<\/a>, qui avait d\u00e9j\u00e0 fait appel \u00e0 lui pour <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/La_Mort_en_ce_jardin\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">La Mort en ce jardin<\/a> <\/em>en 1956, a r\u00e9alis\u00e9 six films avec Piccoli, dont deux o\u00f9 celui-ci occupe une place d\u00e9cisive, <em>Le Journal<\/em> and <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Belle_de_jour_(film)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Belle de jour<\/em><\/a>. La connivence de l&rsquo;intelligence et de la sensualit\u00e9 qui se d\u00e9ploie comme un champ magn\u00e9tique entre le r\u00e9alisateur et l&rsquo;interpr\u00e8te sont d&rsquo;une \u00e9vidence dont on trouve peu d&rsquo;autres exemples.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s, il y a plus de 200 films, dont une longue tra\u00een\u00e9e de merveilles. Pas forc\u00e9ment besoin du premier r\u00f4le d&rsquo;ailleurs, on l&rsquo;a vu chez Bu\u00f1uel. Le Monsieur Dame des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Les_Demoiselles_de_Rochefort\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Demoiselles de Rochefort<\/em><\/a> (1966) de Jacques Demy est inoubliable, tout comme l&rsquo;est le mari de Dominique Sanda dans <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Une_chambre_en_ville\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Une chambre en ville<\/a> <\/em>du m\u00eame auteur, seize ans plus tard.<\/p>\n<p class=\"legend-container\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.slate.fr\/sites\/default\/files\/capture_decran_2020-05-18_a_19.02.59.png\" \/>Avec Fran\u00e7oise Dorl\u00e9ac dans <em>Les Demoiselles de Rochefort, <\/em>1967. | Capture d&rsquo;\u00e9cran de la bande-annonce<\/p>\n<p>Piccoli, qui a jou\u00e9 pour des dizaines de r\u00e9alisateurs, est aussi un homme de fid\u00e9lit\u00e9. La plus \u00e9vidente concerne Claude Sautet. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Les_Choses_de_la_vie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Les Choses de la vie<\/em><\/a> reste le plus rep\u00e9r\u00e9 mais, loin des emplois de grand bourgeois qu&rsquo;un certain cin\u00e9ma fran\u00e7ais assez convenu lui attribuera \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, son plus beau r\u00f4le pour ce r\u00e9alisateur est sans doute dans <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Max_et_les_Ferrailleurs\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Max et les Ferrailleurs<\/em><\/a>. On ne saurait non plus oublier sa relation au long cours avec le d\u00e9licat <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Michel_Deville\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Michel Deville<\/a>.<\/p>\n<p>Toutefois, le cin\u00e9aste avec lequel il a le plus souvent travaill\u00e9 est bien diff\u00e9rent. Marco Ferreri peut \u00eatre regard\u00e9 \u00e0 bien des \u00e9gards comme le successeur de Bu\u00f1uel. Le r\u00f4le hallucinant de <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dillinger_est_mort\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Dillinger est mort<\/a> <\/em>(1968) ouvre un compagnonnage o\u00f9 les frasques de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/La_Grande_Bouffe\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>La Grande Bouffe<\/em><\/a> (1973), la vaillance iconoclaste de <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Touche_pas_%C3%A0_la_femme_blanche\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Touche pas \u00e0 la femme blanche<\/a> <\/em>puis quatre autres films tous d&rsquo;une grande audace composent l&rsquo;une des \u00eeles principales de l&rsquo;immense archipel de ses pr\u00e9sences \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.slate.fr\/sites\/default\/files\/000_arp2321748_1.jpg\" \/><\/p>\n<p class=\"legend-container\">L&rsquo;\u00e9quipe de<em> La Grande Bouffe<\/em> de Marco Ferreri, le cin\u00e9aste avec lequel Michel Piccoli a le plus souvent tourn\u00e9. | Stringer \/ AFP<\/p>\n<div class=\"article_insert showcase\">\n<div class=\"clearfix element\">\n<p><strong>\u00c0 LIRE AUSSI<\/strong> <a href=\"http:\/\/www.slate.fr\/culture\/72667\/cannes-2013-grande-bouffe-michel-piccoli-scandale\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Revoir \u00abLa Grande Bouffe\u00bb<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<h3>Le monde moins Hollywood<\/h3>\n<p>Sans lien familial avec l&rsquo;Italie (son patronyme vient d&rsquo;un anc\u00eatre tessinois), il aura souvent travaill\u00e9 dans la p\u00e9ninsule apr\u00e8s <em>Le M\u00e9pris, <\/em>aux c\u00f4t\u00e9s de Marco Bellocchio surtout, mais aussi de Vittorio De Seta, de Liliana Cavani, de Sergio Corbucci, d&rsquo;Elio Petri, de Luciano Tovoli \u2013pour le tr\u00e8s beau <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_G%C3%A9n%C3%A9ral_de_l%27arm%C3%A9e_morte_(film)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">G\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;arm\u00e9e morte<\/a>, <\/em>dont il fut aussi cosc\u00e9nariste et producteur\u2013, d&rsquo;Ettore Scola, de Sergio Castellitto.<\/p>\n<div id=\"optidigital-adslot-Content_3\" class=\"Content_3 optidigital-ad-center\" data-adslot-id=\"optidigital-adslot-1-Content_3\" data-google-query-id=\"COeW5qfcwekCFZlDcgodTQYMUg\">\n<div id=\"google_ads_iframe_\/21685585667\/slate.fr\/article_6__container__\">Et c&rsquo;est chez Nanni Moretti qu&rsquo;il aura offert son ultime grand r\u00f4le, la foudroyante interpr\u00e9tation du pontife qui ne voulait pas l&rsquo;\u00eatre de <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Habemus_papam_(film)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Habemus Papam<\/a> <\/em>(2011), o\u00f9 se dessine une derni\u00e8re fois toute une morale du jeu d&rsquo;acteur aux antipodes de la performance et de l&rsquo;effet.<\/div>\n<\/div>\n<p>Lui qui \u00e9tait pr\u00eat, lorsqu&rsquo;elles avaient un sens, \u00e0 toutes les transgressions ne fut jamais un histrion, comme le cin\u00e9ma fran\u00e7ais en compte tant, y compris parmi les noms les plus r\u00e9v\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais il n&rsquo;y a pas que l&rsquo;Italie: Michel Piccoli a \u00e9t\u00e9 un acteur passionn\u00e9ment europ\u00e9en. Absolument g\u00e9nial dans <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Je_rentre_%C3%A0_la_maison\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Je rentre \u00e0 la maison<\/a> <\/em>du Portugais Manoel de Oliveira (dont il est aussi l&rsquo;interpr\u00e8te pour <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Party_(film,_1996)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Party<\/em><\/a> and <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Belle_toujours\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Belle toujours<\/a>, <\/em>avec Bulle Ogier), on le retrouve chez l&rsquo;Espagnol Luis Berlanga, l&rsquo;Anglais Alan Bridges, le tch\u00e8que Ji\u0159\u00ed Weiss, le Polonais Jerzy Skolimowski, les Allemands Peter Fleischmann et Vadim Glowna, le Grec Th\u00e9o Angelopoulos, comme avec ces exil\u00e9s flamboyants, le Chilien Raoul Ruiz, le Grec Nicos Papatakis et le G\u00e9orgien Otar Iosseliani, pour lequel il campe un incroyable personnage de vieille femme dans <em><a href=\"https:\/\/www.imdb.com\/title\/tt0494239\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Jardins en automne<\/a><\/em>(2006).<\/p>\n<p>L&rsquo;ouverture au monde, un monde o\u00f9 Hollywood n&rsquo;a gu\u00e8re de place hormis la prestigieuse mais anecdotique participation \u00e0 <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%27%C3%89tau\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">L&rsquo;\u00c9tau<\/a><\/em> d&rsquo;Alfred Hitchcock, ne se limite pas \u00e0 l&rsquo;Europe.<\/p>\n<p>On le trouve ainsi aux c\u00f4t\u00e9 du Libanais Maroun Bagdadi comme du Palestinien Elia Suleiman, mais c&rsquo;est pour l&rsquo;\u00c9gyptien Youssef Chahine qu&rsquo;il offre sa plus m\u00e9morable interpr\u00e9tation, dans <em><a href=\"https:\/\/www.unifrance.org\/film\/3042\/adieu-bonaparte\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Adieu Bonaparte<\/a> <\/em>en 1985, avant de le retrouver dans <a href=\"https:\/\/www.unifrance.org\/film\/12870\/l-emigre\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>L&rsquo;\u00c9migr\u00e9<\/em><\/a> dix ans plus tard.<\/p>\n<h3>Monsieur le cin\u00e9ma moderne<\/h3>\n<p>Tout cela, qui est immense bien qu&rsquo;incomplet, n&rsquo;a toujours pas dit l&rsquo;essentiel. C&rsquo;est que l&rsquo;essentiel est myst\u00e9rieux: sans artifice, sans signe particulier, Michel Piccoli est devenu un demi-si\u00e8cle durant (des ann\u00e9es 1960 aux ann\u00e9es 2010) l&rsquo;incarnation de la modernit\u00e9 du cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Son cosmopolitisme loin de Hollywood, sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 des signatures transgressives y contribuent, mais il y a plus. Cela m\u00eame qui fera que, \u00e0 quelque mois d&rsquo;\u00e9cart quand il sera question de c\u00e9l\u00e9brer les cent ans de l&rsquo;invention des fr\u00e8res Lumi\u00e8re, Agn\u00e8s Varda et Jean-Luc Godard le choisiront pour un \u00e9trange r\u00f4le.Il lui \u00e9choit de figurer deux fois ce qui semble \u00eatre le cin\u00e9ma lui-m\u00eame mais est \u00e0 vrai dire l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;elle et lui, Varda et Godard, se font du cin\u00e9ma. De mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente, <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Les_Cent_et_Une_Nuits_de_Simon_Cin%C3%A9ma\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Les Cent et Une Nuits de Simon Cin\u00e9ma<\/a> <\/em>and <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Deux_fois_cinquante_ans_de_cin%C3%A9ma_fran%C3%A7ais\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Deux fois cinquante ans de cin\u00e9ma fran\u00e7ais<\/a><\/em> (cosign\u00e9 par Godard et Anne-Marie Mi\u00e9ville) en portent t\u00e9moignage.<\/p>\n<p>Cette id\u00e9e-l\u00e0 du cin\u00e9ma est ind\u00e9fectiblement associ\u00e9 \u00e0 la formule Nouvelle Vague, aussi charg\u00e9e de malentendus soit-elle.<\/p>\n<p>M\u00eame si sa carri\u00e8re ne s&rsquo;y r\u00e9sume pas, Michel Piccoli est, d&rsquo;une mani\u00e8re \u00e0 la fois plus secr\u00e8te et plus polyphonique que Jean-Pierre L\u00e9aud, l&rsquo;acteur par excellence de la Nouvelle Vague \u2013le juste pendant masculin de ces deux immenses actrices qui furent ses partenaires, Jeanne Moreau et Catherine Deneuve.<\/p>\n<p>L&rsquo;acteur du <em>M\u00e9pris <\/em>avait retrouv\u00e9 Godard, face \u00e0 la cadette de cette famille l\u00e0, Isabelle Huppert, dans <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Passion_(film,_1982)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Passion<\/em><\/a>, longtemps apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 le partenaire de Deneuve dans <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Les_Cr%C3%A9atures_(film)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Les Cr\u00e9atures<\/em><\/a> de Varda.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.slate.fr\/sites\/default\/files\/000_arp1522128_1.jpg\" \/><\/p>\n<p class=\"legend-container\">Michel Piccoli et Jean-Luc Godard pour la pr\u00e9sentation du film <em>Passion<\/em> lors du Festival de Cannes, le 24 mai 1982. | Ralph Gatti \/ AFP<\/p>\n<p>Il a jou\u00e9 plusieurs fois pour Claude Chabrol, l&rsquo;apparition la plus m\u00e9morable \u00e9tant dans <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Les_Noces_rouges\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Les Noces rouges<\/a> <\/em>en 1973, et parmi les p\u00e8res fondateurs du grand mouvement de modernit\u00e9 du cin\u00e9ma fran\u00e7ais apparu \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950, outre Jacques Demy et une apparition tardive chez Alain Resnais, il faut surtout c\u00e9l\u00e9brer le sommet insurpass\u00e9 qu&rsquo;est son r\u00f4le du peintre Frenhofer dans <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/La_Belle_Noiseuse\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">La Belle Noiseuse<\/a> <\/em>de Jacques Rivette (1991), aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;Emmanuelle B\u00e9art et de Jane Birkin.<\/p>\n<p>Mais avoir ainsi port\u00e9 l&rsquo;esprit d&rsquo;invention de la Nouvelle Vague \u00e0 travers les d\u00e9cennies signifie surtout s&rsquo;\u00eatre mobilis\u00e9, souvent en apportant gr\u00e2ce \u00e0 sa renomm\u00e9e un s\u00e9rieux coup de main pour rendre le film possible, pour des projets de jeunes cin\u00e9astes.<\/p>\n<p>Ceux-l\u00e0 m\u00eame qui, d\u00e9cennie apr\u00e8s d\u00e9cennie, ont maintenu vivant cet esprit de cr\u00e9ation libre et qui, depuis <em>\u00c0 bout de souffle, <\/em>n&rsquo;a cess\u00e9 de se r\u00e9inventer.<\/p>\n<p><em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Themroc\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Themroc<\/a><\/em> de Claude Faraldo o\u00f9 il jouait, \u00e0 demi-nu, un homme des cavernes dans les rues de Paris, <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/La_Fille_prodigue\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">La Fille prodigue<\/a> <\/em>(1981) avec Jane Birkin, <em><a href=\"https:\/\/www.unifrance.org\/film\/6289\/la-puritaine\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">La Puritaine<\/a> <\/em>(1986) de Jacques Doillon avec Sandrine Bonnaire, <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mauvais_Sang_(film)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Mauvais Sang<\/a> <\/em>de Leos Carax avec Juliette Binoche (1986), <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Matelot_512_(film,_1984)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le Matelot 512<\/a> <\/em>de Ren\u00e9 Allio (1984), <a href=\"https:\/\/www.unifrance.org\/film\/9745\/rupture-s\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Rupture(s)<\/em><\/a> de Christine Citti (1993), <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%27Ange_noir_(film,_1994)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">L&rsquo;Ange noir<\/a> <\/em>(1994) de Jean-Claude Brisseau, <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rien_sur_Robert\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Rien sur Robert<\/a><\/em> de Pascal Bonitzer (1999) et <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/De_la_guerre_(film)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">De la guerre<\/a><\/em> de Bertrand Bonello (2008) en fournissent les principaux rep\u00e8res.<\/p>\n<div id=\"optidigital-adslot-Content_5\" class=\"Content_5 optidigital-ad-center\" data-adslot-id=\"optidigital-adslot-1-Content_5\" data-google-query-id=\"CISt9q_cwekCFY2gnwodX14Iwg\">\n<div id=\"google_ads_iframe_\/21685585667\/slate.fr\/article_8__container__\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"article_insert showcase\">\n<div class=\"clearfix element\">\n<p>La sc\u00e8ne et la ville<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Tout cela est encore loin du compte, puisqu&rsquo;on n&rsquo;a rien dit du th\u00e9\u00e2tre. Jean-Marie Serreau, Claude R\u00e9gy, Jean-Louis Barrault, Jean Vilar, Jean Mercure, Peter Brook, Patrice Ch\u00e9reau, Luc Bondy, Bob Wilson, Klaus Michael Gr\u00fcber, Andr\u00e9 Engel\u2026 ce n&rsquo;est plus une carri\u00e8re, c&rsquo;est proche du best-of des arts de la sc\u00e8ne depuis soixante-dix ans.<\/p>\n<p>Piccoli en sc\u00e8ne \u00e9tait une pr\u00e9sence extr\u00eamement diff\u00e9rente de ce qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran, au-del\u00e0 de l&rsquo;infinie diversit\u00e9 des r\u00f4les qu&rsquo;il y a jou\u00e9. Il apportait, non sans un humour parfois tr\u00e8s secret, une stylisation un peu raide, un d\u00e9calage f\u00e9cond aur\u00e9ol\u00e9 d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9.<\/p>\n<p>Qui aura eu le privil\u00e8ge de le voir dans ses deux derniers grands r\u00f4les \u00e0 la sc\u00e8ne, dans <a href=\"https:\/\/www.theatreonline.com\/Spectacle\/Le-Roi-Lear\/12547\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Le Roi Lear<\/em><\/a> and <a href=\"https:\/\/www.colline.fr\/spectacles\/minetti\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Minetti<\/em><\/a>, aura approch\u00e9 d&rsquo;un gouffre bouleversant et qui, pour \u00eatre \u00e0 chaque fois fid\u00e8le \u00e0 la pi\u00e8ce, ne tenait plus qu&rsquo;\u00e0 lui, comme \u00e0 un fil d&rsquo;une infinie fragilit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"legend-container\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.slate.fr\/sites\/default\/files\/1_piccoli_lit_semprun_2.jpg\" \/><br \/>\nLecture d&rsquo;un texte de Jorge Sempr\u00fan lors d&rsquo;une soir\u00e9e de soutien au Centre Andr\u00e9-Malraux et \u00e0 son action durant le si\u00e8ge de Sarajevo. | JMF<\/p>\n<p>Ah, mais on n&rsquo;a pas dit qu&rsquo;il fut aussi engag\u00e9, antiraciste dans l&rsquo;\u00e2me, oppos\u00e9 \u00e0 tous les totalitarismes, aux c\u00f4t\u00e9s de multiples combats pour la justice. Qu&rsquo;il a offert les ressources de sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 chaque fois qu&rsquo;il l&rsquo;a cru utile, mais aussi souvent agi sans faire \u00e9talage de ses actes. Ben non, on ne l&rsquo;a pas dit. \u00c7a, \u00e7a allait de soi, n&rsquo;\u00eatre pas ainsi aurait \u00e9t\u00e9 inconcevable pour lui.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;acteur et cin\u00e9aste est mort le 12 mai \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 94 ans. Son parcours d&rsquo;une \u00e9poustouflante richesse condense et magnifie tout un pan de l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma. La photo:\u00a0Michel Piccoli en d\u00e9cembre 2005. | JMF Auteur: Jean-Michel Frodon C&rsquo;est ennuyeux. Quand les gens meurent, il faut toujours en dire du bien. Les \u00e9loges \u00e0<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":14245,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-14244","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-actualite"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14244","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14244"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14244\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14245"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14244"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14244"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14244"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}