{"id":14921,"date":"2020-06-11T20:00:26","date_gmt":"2020-06-12T00:00:26","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=14921"},"modified":"2020-06-10T16:07:29","modified_gmt":"2020-06-10T20:07:29","slug":"la-traite-negriere-un-probleme-scientifique-et-politique-par-oruno-d-lara-cercam","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/la-traite-negriere-un-probleme-scientifique-et-politique-par-oruno-d-lara-cercam\/","title":{"rendered":"The Slave Trade: A Scientific and Political Issue By ORUNO D. LARA. CERCAM"},"content":{"rendered":"<div><b data-removefontsize=\"true\" data-originalcomputedfontsize=\"29\">Un Probl\u00e8me Scientifique et Politique<\/b><\/div>\n<div><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">Examinons un probl\u00e8me fondamental, celui de la traite n\u00e9gri\u00e8re et ses rapports avec les Africains. Ce probl\u00e8me comporte deux solutions\u00a0: une solution scientifique et une solution politique.<\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\"><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">Sur le plan scientifique, la solution est simple\u00a0: nos investigations ont montr\u00e9 la participation active des chefs coutumiers (souverains, chefs de village, etc\u2026) dans le processus de traite n\u00e9gri\u00e8re, leur contact avec les n\u00e9gociants europ\u00e9ens. Deux coll\u00e8gues africains peuvent confirmer cette activit\u00e9\u00a0: Djibril Tamsir NIANE et A. F\u00e9lix IROKO, deux amis historiens. Le premier \u00e9tant le p\u00e8re de Katoutchka, la c\u00e9l\u00e8bre mannequin disparue \u00e0 Paris. Je suis tr\u00e8s inquiet pour IROKO, car le gouvernement du B\u00e9nin refuse de le laisser sortir pour r\u00e9pondre aux invitations ext\u00e9rieures. Il faudrait se pencher sur son cas. Au B\u00e9nin, l\u2019ancien Dahomey, tous les visiteurs peuvent passer sous la Porte du Non-Retour, une formule qu\u2019on se garde bien de leur expliquer, et pour cause\u00a0! Quand les courtiers africains embarquaient les captifs sur les vaisseaux n\u00e9griers du littoral, il \u00e9tait bien sp\u00e9cifi\u00e9 qu\u2019ils ne devaient aucunement revenir dans ce pays, chez eux, m\u00eame morts. Dans la tradition de l\u2019ancien Congo, il y avait des Xingula, des officiants, qui devaient chaque jour balayer les \u00e2mes des morts qui voudraient se m\u00ealer encore aux vivants. Cette Porte, au vrai, parle beaucoup trop, \u00e0 vrai dire\u00a0!<\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">Enfin un dernier mot sur cette question. Des coll\u00e8gues de Ouagadougou m\u2019ont invit\u00e9 \u00e0 participer\u00a0 \u00e0 un d\u00e9bat autour de ce probl\u00e8me pour tenter de trouver des explications \u00e0 ces ventes de captifs par des Africains. Il y avait un\u00a0 coll\u00e8gue s\u00e9n\u00e9galais qui travaille aux USA. C\u2019est dire donc que sur le plan scientifique, la question est r\u00e9solue.<\/div>\n<div><b data-removefontsize=\"true\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">Les Africains ont fait un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 dans les ann\u00e9es 1440-1460, de n\u00e9gocier avec les Europ\u00e9ens, de payer les marchandises europ\u00e9ennes avec des hommes, des femmes et des enfants, apr\u00e8s une br\u00e8ve phase de paiement en poudre d\u2019or.\u00a0<\/b><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">A cette \u00e9poque, deux autres circuits de traite fonctionnaient, en particulier le circuit transsaharien des Arabo-musulmans.<\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">N\u2019ayant pas assez de poudre d\u2019or \u00e0 offrir aux Europ\u00e9ens, les Africains leur ont impos\u00e9 un paiement en chair humaine. A prendre ou \u00e0 laisser. Quelques \u00e9conomistes africains se d\u00e9solent aujourd\u2019hui de ce\u00a0 choix. Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0! Comment r\u00e9sister \u00e0 toutes ces marchandises venues d\u2019Europe sur les caravelles\u00a0: en particulier les tissus brillants venant de Flandres, les instruments m\u00e9talliques et les fusils\u00a0? Que de r\u00e9cits accompagnent ce gigantesque march\u00e9. Ainsi ce jeune mari\u00e9 Africain qui, pour une barrique de tafia, aurait vendu son \u00e9pouse, pourtant \u00ab\u00a0blind\u00e9e par son p\u00e8re\u00a0\u00bb \u00e0 des n\u00e9gociants danois\u00a0!<\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">Sur le plan politique, la question ne se pose plus de cette mani\u00e8re. Les gouvernements africains refusent de prendre en compte leur propre histoire. Curieusement il y a une d\u00e9cennie, quand on a comm\u00e9mor\u00e9 l\u2019abolition de la traite n\u00e9gri\u00e8re par les Anglais, un de ces chefs coutumiers du Nig\u00e9ria s\u2019est manifest\u00e9 haut et fort dans la presse internationale. Que disait-il\u00a0? Je r\u00e9sume\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai besoin absolument d\u2019argent, disait-il. Pour remplir mes caisses je ne vois qu\u2019une solution, r\u00e9activer les anciens circuits\u2026 mes courtiers, les descendants des familles anciennes qui ont pratiqu\u00e9 la traite, sont dispos\u00e9s \u00e0 suivre mes directives. Si on me donne l\u2019autorisation, je me remets \u00e0 pratiquer cette vente qui a tant rapport\u00e9 \u00e0 mes anc\u00eatres.\u00a0\u00bb<\/div>\n<div><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\"><b>Evidemment c\u2019\u00e9tait mettre les pieds dans le plat. Beaucoup de gens en ont ri. Moi, j\u2019avoue qu\u2019en pensant \u00e0 mes anc\u00eatres esclaves, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 parcouru par des frissons.<\/b><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">A l\u2019UNESCO, le probl\u00e8me de la traite a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 uniquement sur le plan politique par des hommes comme M\u2019BOW, GL\u00c9L\u00c9, et Doudou DIENE, ce qui a frein\u00e9 consid\u00e9rablement la vulgarisation internationale\u00a0 des investigations des experts. Laissant le champ libre au verbiage des ignorants. Depuis quelques ann\u00e9es, l\u2019UNESCO est paralys\u00e9 par ce probl\u00e8me, ne voulant pas d\u00e9plaire aux gouvernements africains impliqu\u00e9s. Pourtant un chef d\u2019Etat, le s\u00e9n\u00e9galais Abdou DIOUF, revenant des USA, faisant escale \u00e0 Pointe-\u00e0-Pitre, a dit aux journalistes qui l\u2019interrogeaient sur les r\u00e9parations, \u00e0 peu pr\u00e8s ceci\u00a0: <b data-removefontsize=\"true\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">\u00ab\u00a0vous comprendrez que je ne peux rien vous dire, car nous les Africains, nous serons oblig\u00e9s de participer au paiement de ces r\u00e9parations.<\/b><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\"><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\"><b>Pour une fois, les dimensions scientifique et politique se rejoignaient.<\/b><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">L\u2019Histoire, la traite n\u00e9gri\u00e8re, le syst\u00e8me esclavagiste et les abolitions de l\u2019esclavage sont devenus maintenant des enjeux de pouvoirs politiques. Les politiciens pensent se construire des nids de gloire dans les arbres de la culture. Passe un Hurricane qui balaie tout sur son passage\u00a0! Seules subsistent les pierres granitiques de l\u2019Histoire, la grande Histoire, celle qui r\u00e9siste aux assauts du temps et des d\u00e9pressions spatiales et politiques.<\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">ORUNO D. LARA<\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">***<\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\"><b>ADDENDA<\/b><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">Restons sur le plan scientifique.<\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">La formulation \u00ab\u00a0N\u00e8gvannN\u00e8g\u00a0\u00bb n\u2019est valable qu\u2019au XIXe si\u00e8cle, \u00e0 partir de 1805.<\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">Du XVIe\u00a0 au XVIIIe si\u00e8cle, pr\u00e9cisons que ce sont des Africains qui ont vendu aux Europ\u00e9ens sur les comptoirs du littoral des captifs\u00a0 africains, captur\u00e9s par des Africains sur des march\u00e9s africains et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du continent africain.<\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">Avec la d\u00e9finition suivante\u00a0: Captifs Africains = N\u00c8GRES<\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">Soulignons pour \u00eatre clair que du XVIe au milieu du XIXe si\u00e8cle, les Europ\u00e9ens ne pouvaient pas acc\u00e9der aux march\u00e9s de l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Afrique. Les royaumes, chefferies et autres unit\u00e9s politiques du continent poss\u00e9daient alors des arm\u00e9es assez fortes pour interdire toute p\u00e9n\u00e9tration des Europ\u00e9ens. Ce n\u2019est que dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle que les Europ\u00e9ens, accompagn\u00e9s de troupes et de mat\u00e9riels militaires modernes (mitrailleuses et canon), sont parvenus apr\u00e8s bien des obstacles, voire des d\u00e9faites (CHAKA a vaincu l\u2019arm\u00e9e anglaise) \u00e0 briser cette interdiction, ouvrant la route des conqu\u00eates. La conqu\u00eate de l\u2019Afrique s\u2019est effectu\u00e9e entre 1880 et 1920.<\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\">Ce sont les soci\u00e9t\u00e9s africaines qui, je le r\u00e9p\u00e8te, ont impos\u00e9 aux marchands europ\u00e9ens qui, \u00e0 l\u2019origine voulaient de l\u2019or en poudre, d\u2019\u00eatre pay\u00e9s avec des \u00ab\u00a0pi\u00e8ces d\u2019Inde\u00a0\u00bb comprenant des hommes, des femmes et des enfants. \u00ab\u00a0Pi\u00e8ces d\u2019Inde\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9tant qu\u2019une mesure de cette marchandise\u00a0 \u00e0 l\u2019instar du m\u00e8tre, du litre ou du kilo.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\"><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\"><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\"><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\"><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\"><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\"><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\"><\/div>\n<div data-originalfontsize=\"20px\" data-originalcomputedfontsize=\"20\"><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un Probl\u00e8me Scientifique et Politique Examinons un probl\u00e8me fondamental, celui de la traite n\u00e9gri\u00e8re et ses rapports avec les Africains. 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