{"id":15011,"date":"2020-06-09T20:00:42","date_gmt":"2020-06-10T00:00:42","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=15011"},"modified":"2020-06-09T19:36:52","modified_gmt":"2020-06-09T23:36:52","slug":"nous-sommes-entres-dans-un-regime-dinstabilite-chronique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/nous-sommes-entres-dans-un-regime-dinstabilite-chronique\/","title":{"rendered":"We have entered a period of chronic instability"},"content":{"rendered":"<p>1er juin 2020 | Par Thierry Pech, directeur g\u00e9n\u00e9ral de Terra Nova<br \/>\n<strong>Nous sommes entr\u00e9s dans un r\u00e9gime d\u2019instabilit\u00e9 chronique o\u00f9 l\u2019extraordinaire sera sans doute de moins en moins extraordinaire. C\u2019est ce que sugg\u00e8re un rapide examen des statistiques d\u00e9crivant la fr\u00e9quence et l\u2019intensit\u00e9 des catastrophes naturelles ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, et notamment celles qui sont li\u00e9es ou probablement li\u00e9es aux d\u00e9r\u00e8glements des \u00e9quilibres \u00e9cologiques.<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s les donn\u00e9es recueillies par le CRED (Center for research on the epidemiology of disasters, Universit\u00e9 catholique de Louvain) et l\u2019OFDA (USAID)[1], on assiste \u00e0 une augmentation continue des catastrophes naturelles depuis le d\u00e9but du XXe s., qui s\u2019acc\u00e9l\u00e8re nettement \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960.<br \/>\n[1] La base de donn\u00e9es du CRED (Universit\u00e9 catholique de Louvain) est consid\u00e9r\u00e9e comme la r\u00e9f\u00e9rence en la mati\u00e8re. Elle a une couverture mondiale et recense les \u00e9v\u00e9nements depuis 1900. Elle traite des catastrophes naturelles et technologiques mais aussi d&rsquo;autres fl\u00e9aux tels que les famines, les \u00e9pid\u00e9mies&#8230; Les champs renseign\u00e9s sont nombreux : nombre de victimes, sinistr\u00e9s, pays, continents, r\u00e9gion, dommages&#8230;<\/p>\n<p>Ces statistiques peuvent \u00eatre partiellement fauss\u00e9es par des d\u00e9faillances de recensement, notamment sur la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe s. (l\u2019augmentation peut alors traduire les progr\u00e8s du recensement lui-m\u00eame et non seulement la recrudescence des \u00e9v\u00e9nements). Mais, m\u00eame corrig\u00e9e de marges d\u2019erreur cons\u00e9quentes, la tendance, notamment sur les quatre derni\u00e8res d\u00e9cennies du XXe s., reste tr\u00e8s nette.<br \/>\nD\u2019autant que la base de donn\u00e9es du CRED tend \u00e0 minorer le nombre d\u2019occurrences par rapport \u00e0 d\u2019autres bases, notamment celle de catnat.net, comme le montre le graphique 2 sur la p\u00e9riode r\u00e9cente (2001-2018).<\/p>\n<p>Selon les donn\u00e9es du CRED, les 18 derni\u00e8res ann\u00e9es sont marqu\u00e9es par un tassement, voire une baisse relative du nombre d\u2019\u00e9v\u00e9nements. Tandis que, selon les donn\u00e9es du site catnat.net, l\u2019\u00e9volution est toujours nettement orient\u00e9e \u00e0 la hausse sur cette p\u00e9riode (les donn\u00e9es des r\u00e9assureurs Swiss Re ou Munich Re dessineraient des courbes de niveau interm\u00e9diaire). Cet \u00e9cart entre les deux courbes du graphique 2 tient en grande partie au fait que la base du CRED ne compte que les \u00e9v\u00e9nements dont les cons\u00e9quences humaines franchissent certains seuils (au moins 10 d\u00e9c\u00e8s ou plus de 100 personnes \u00ab affect\u00e9es \u00bb, c\u2019est-\u00e0- dire bless\u00e9es, d\u00e9plac\u00e9es ou sans abri). Cette diff\u00e9rence entre les deux sources sugg\u00e8re que les \u00e9v\u00e9nements ont continu\u00e9 \u00e0 \u00eatre plus fr\u00e9quents sur la p\u00e9riode r\u00e9cente mais qu\u2019une majorit\u00e9 d\u2019entre eux ont eu des cons\u00e9quences humaines mod\u00e9r\u00e9es, soit qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 moins intenses, soit encore que les populations en aient \u00e9t\u00e9 mieux prot\u00e9g\u00e9es.<br \/>\nLe graphique 1 agr\u00e8ge, en longue p\u00e9riode, les \u00e9v\u00e9nements sismiques, volcaniques, hydrom\u00e9t\u00e9orologiques, biologiques&#8230; Quand on d\u00e9compose les donn\u00e9es par type de catastrophes, il appara\u00eet que les plus fortes croissances concernent les \u00e9v\u00e9nements hydrom\u00e9t\u00e9orologiques (inondations, temp\u00eates, s\u00e9cheresses, temp\u00e9ratures extr\u00eames, etc.). Mais les catastrophes biologiques (\u00e9pid\u00e9mies, invasions d\u2019insectes&#8230;) sont \u00e9galement en nette croissance, quoique moins nombreuses.<br \/>\nSur l\u2019ensemble des \u00e9v\u00e9nements recens\u00e9s par le CRED sur une p\u00e9riode r\u00e9cente (1990-2007), les ph\u00e9nom\u00e8nes hydrom\u00e9t\u00e9orologiques repr\u00e9sentent plus des deux tiers des occurrences et sont nettement dominants. Les \u00e9pid\u00e9mies repr\u00e9sentent, de leur c\u00f4t\u00e9, pr\u00e8s d\u2019un \u00e9v\u00e9nement sur six (14%).<\/p>\n<p>Sans que le lien de causalit\u00e9 direct soit encore clairement \u00e9tabli, le r\u00e9chauffement climatique fournit une explication de plus en plus probable \u00e0 la recrudescence des ph\u00e9nom\u00e8nes hydrom\u00e9t\u00e9orologiques et climatiques (notamment s\u00e9cheresses, temp\u00eates et canicules).<br \/>\nDepuis le d\u00e9but du XXe s., la croissance des \u00e9v\u00e9nements \u00e9pid\u00e9miques est, elle aussi, frappante, moyennant les m\u00eames r\u00e9serves m\u00e9thodologiques que pr\u00e9c\u00e9demment. Malgr\u00e9 de fortes variations annuelles et d\u00e9cennales, la tendance est l\u00e0 encore tr\u00e8s nette.<\/p>\n<p>Quel que soient l\u2019agent pathog\u00e8ne concern\u00e9 (bact\u00e9rie, virus, parasite&#8230;) et le mode de transmission, ces derni\u00e8res d\u00e9cennies sont marqu\u00e9es par une forte recrudescence de maladies infectieuses \u00e9mergentes. Leur croissance est principalement tir\u00e9e par les zoonoses, en particulier les zoonoses issues du monde sauvage[2].<br \/>\nSur les trente derni\u00e8res ann\u00e9es (1980-2013), on rel\u00e8ve une augmentation de plus de 400% des \u00e9ruptions de foyers \u00e9pid\u00e9miques de type zoonotique[3].<br \/>\n[2] Kate E. Jones, Nikkita G. Patel, Marc A. Levy, Adam Storeygard, Deborah Balk, John L. Gittleman, Peter Daszak, \u00ab Global trends in emerging infectious diseases \u00bb, Nature, vol. 451, pp. 990-993 (2008).<br \/>\n[3] Katherine F. Smith, Michael Goldberg, Samantha Rosenthal, Lynn Carlson, Jane Chen, Cici Chen, Sohini Ramachandran, \u00ab Global rise in human infectious disease outbreaks \u00bb, Journal of the Royal Society Interface, vol. 11, issue 101, d\u00e9cembre 2014. https:\/\/royalsocietypublishing.org\/doi\/full\/10.1098\/rsif.2014.0950<\/p>\n<p>Rien ne permet de penser que la multiplication des foyers \u00e9pid\u00e9miques aurait un lien direct avec le d\u00e9r\u00e8glement climatique. Le lien avec le recul de la biodiversit\u00e9 et l\u2019extension des activit\u00e9s agricoles et d\u2019\u00e9levage aux d\u00e9pens (et donc au contact) du monde sauvage (d\u00e9forestation, etc.) est en revanche avanc\u00e9 par plusieurs chercheurs, notamment pour ce qui concerne les zoonoses[4].<br \/>\nLa mortalit\u00e9 associ\u00e9e aux catastrophes ne suit pas du tout la m\u00eame dynamique que le nombre des \u00e9v\u00e9nements. Si l\u2019on en croit le CRED, dans les ann\u00e9es 1920, on comptait pr\u00e8s de 550 000 morts par an du fait des catastrophes naturelles et industrielles, contre \u00ab seulement \u00bb 60 000 au d\u00e9but du XXIe s. Dix fois moins alors que la population mondiale a quasiment quadrupl\u00e9 entre temps (de 1,8 \u00e0 7 Mds d\u2019individus en 2010) et que le nombre d\u2019\u00e9v\u00e9nements s\u2019est consid\u00e9rablement accru. Autrement dit, les catastrophes sont \u00e0 la fois beaucoup plus nombreuses et beaucoup moins meurtri\u00e8res qu\u2019autrefois.<br \/>\n[4] Voir https:\/\/theconversation.com\/comment-les-changements-environnementaux-font-emerger-de-nouvelles- maladies-130967; voir \u00e9galement Hugues Lagrange, \u00ab Renversement provisoire du (d\u00e9s)ordre du monde \u00bb, Terra Nova, mai 2020, http:\/\/tnova.fr\/notes\/renversement-provisoire-du-des-ordre-du-monde-les-pays-pauvres-a-ce-jour- sont-moins-touches<\/p>\n<p>Cet effondrement de la mortalit\u00e9 est li\u00e9 \u00e0 une meilleure pr\u00e9vention des risques, l\u2019am\u00e9lioration des performances des syst\u00e8mes sanitaires, une meilleure protection des populations et un meilleur acc\u00e8s aux r\u00e9seaux (notamment aux r\u00e9seaux d\u2019eau douce et d\u2019eau potable). Mais ces progr\u00e8s se sont accompagn\u00e9s, dans le m\u00eame temps, d\u2019une forte appr\u00e9ciation du \u00ab prix de la vie \u00bb, notamment dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s. De sorte que les 60 000 morts par an de la fin du XXe s. suscitent une plus forte r\u00e9action collective que les 550 000 du d\u00e9but du XXe s.<\/p>\n<p>La mortalit\u00e9 n\u2019est cependant pas le seul indicateur pertinent pour \u00e9valuer l\u2019ampleur des catastrophes. Les catastrophes naturelles se doublent de plus en plus souvent de crises sanitaires cons\u00e9cutives, notamment les cyclones, temp\u00eates, submersions&#8230; qui ravagent les habitations et blessent ou d\u00e9placent des millions d\u2019individus chaque ann\u00e9e. En 2018, la totalit\u00e9 des d\u00e9c\u00e8s directement imputables aux catastrophes naturelles recens\u00e9es par le CRED s\u2019\u00e9levait \u00e0 11 800 morts, mais le nombre de personnes \u00ab affect\u00e9es \u00bb (bless\u00e9es, d\u00e9plac\u00e9es ou priv\u00e9es d\u2019abri) atteignait plus de 68 millions de victimes. Les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, ce nombre avait r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9pass\u00e9 la barre des 100 millions. Cette augmentation est pour partie li\u00e9e \u00e0 la fr\u00e9quence et \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements, mais aussi \u00e0 l\u2019accroissement rapide de la population, notamment dans des zones g\u00e9ographiques particuli\u00e8rement touch\u00e9es[5].<br \/>\n[5] La littoralisation de la population est un facteur d\u2019exposition au risque. Selon les Nations Unies, en 2001, 44% de la population mondiale vivait \u00e0 moins de 150 km de la mer et 50% \u00e0 moins de 200 km. En outre, 6% de la population mondiale vit sur la frange littorale, soit sur des terres qui se situent \u00e0 moins de 10m d\u2019altitude, notamment dans les grands deltas. L\u2019\u00e9l\u00e9vation du niveau des mers sous l\u2019effet du r\u00e9chauffement climatique menace ainsi les habitations de millions de foyers. Ces populations sont \u00e9galement plus expos\u00e9es aux ph\u00e9nom\u00e8nes hydrom\u00e9t\u00e9orologiques comme les \u00e9pisodes m\u00e9diterran\u00e9ens, les ouragans dans le pourtour du Golfe du Mexique, etc.<\/p>\n<p>Autrement dit, contrairement \u00e0 celle de la mortalit\u00e9, la courbe du nombre de personnes affect\u00e9es suit celle des \u00e9v\u00e9nements, comme le montre le graphique 8.<br \/>\nA supposer que nos syst\u00e8mes de secours et de soins soient capables de r\u00e9sister \u00e0 des chocs plus puissants et plus fr\u00e9quents (hypoth\u00e8se coh\u00e9rente avec les perspectives trac\u00e9es par les sc\u00e9narios RCP 4.5, RCP 6.0 et RCP 8.5 du GIEC[6]), et qu\u2019\u00e0 d\u00e9faut de continuer \u00e0 progresser encore, leurs performances demeurent identiques, il est tr\u00e8s probable que le nombre de personnes affect\u00e9es restera install\u00e9 \u00e0 un niveau tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 dans les ann\u00e9es et d\u00e9cennies qui viennent. Mais cette hypoth\u00e8se de r\u00e9sistance \u00e0 des chocs plus fr\u00e9quents et plus violents n\u2019a rien d\u2019\u00e9vident. La pand\u00e9mie actuelle a montr\u00e9 que m\u00eame des r\u00e9gions aussi d\u00e9velopp\u00e9es que la Lombardie pouvait conna\u00eetre une v\u00e9ritable submersion de leur syst\u00e8me sanitaire. En 2005, l\u2019Ouragan Katrina avait fait la m\u00eame d\u00e9monstration en Louisiane (pour m\u00e9moire : 1 836 morts, 135 disparus, 141 500 sinistr\u00e9s, environ 1 million de d\u00e9plac\u00e9s).<br \/>\n[6] Le GIEC a distingu\u00e9 dans son 5e rapport quatre sc\u00e9narios d\u2019\u00e9volution du climat, baptis\u00e9s RCP (Representative Concentration Pathways).Ces quatre profils d&rsquo;\u00e9volution des concentrations des gaz \u00e0 effet de serre (RCP) ont \u00e9t\u00e9 traduits en termes de for\u00e7age radiatif, c&rsquo;est-\u00e0-dire de modification du bilan radiatif de la plan\u00e8te (rayonnement solaire re\u00e7u \/ rayonnement infrarouge r\u00e9\u00e9mis). Le RCP 8.5 est le plus sombre (\u00ab business as usual \u00bb). Le RCP 4.5 est un sc\u00e9nario de stabilisation \u00e0 un niveau faible d\u2019ici 2100 ; le RCP 6.0, un sc\u00e9nario de stabilisation \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9 au m\u00eame horizon. M\u00eame avec le RCP 4.5, qui est l\u2019un des sc\u00e9narios les plus volontaristes, le for\u00e7age radiatif se poursuit jusqu\u2019\u00e0 la moiti\u00e9 du si\u00e8cle avec un accroissement des risques.<\/p>\n<p>Ces catastrophes entrainent aussi des co\u00fbts \u00e9conomiques consid\u00e9rables. De ce point de vue, l\u2019\u00e9volution des dommages financiers depuis 100 ans a suivi une dynamique exactement inverse \u00e0 celle du nombre de morts, et plus proche de celle du nombre des \u00e9v\u00e9nements et des personnes affect\u00e9es, voire plus ascendante encore.<br \/>\nA la fin du XXe s., ces co\u00fbts \u00e9conomiques s\u2019\u00e9levaient \u00e0 environ 30 Mds USD par an. Ils ont suivi une pente plus rapide encore depuis en atteignant 113 Mds USD par an en moyenne sur 2000-2016. En 2018, les dommages s\u2019\u00e9levaient \u00e0 132 Mds USD selon le CRED. Sur la p\u00e9riode 2008-2017, l\u2019ensemble des inondations, temp\u00eates, s\u00e9cheresses et temp\u00e9ratures extr\u00eames aurait caus\u00e9 pr\u00e8s de 1 600 Mds USD de dommages.<br \/>\nMoins touch\u00e9e que d\u2019autres continents (notamment que l\u2019Asie et l\u2019Am\u00e9rique, voir infra 7.), l\u2019Europe n\u2019\u00e9chappe pourtant pas \u00e0 l\u2019accroissement des co\u00fbts \u00e9conomiques. En t\u00e9moigne l\u2019\u00e9volution des co\u00fbts associ\u00e9s aux sinistres climatiques en France de 1984 \u00e0 2017.<\/p>\n<p>Cette inflation des co\u00fbts \u00e9conomiques est \u00e9troitement li\u00e9e, non seulement \u00e0 la fr\u00e9quence et \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 des catastrophes, mais aussi \u00e0 la quantit\u00e9 et \u00e0 la valeur du capital install\u00e9, assur\u00e9 et d\u00e9truit dans les zones touch\u00e9es, singuli\u00e8rement dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s ou \u00e9mergents.<br \/>\nLes \u00e9valuations du CRED restent cependant inf\u00e9rieures \u00e0 celles des r\u00e9assureurs qui font leurs comptes \u00e0 partir d\u2019une nomenclature des sinistres diff\u00e9rente[7]. Swiss Re a ainsi estim\u00e9 le co\u00fbt des d\u00e9g\u00e2ts en 2018 \u00e0 176 Mds USD (contre 132 Mds USD selon le CRED) dont 93 milliards pris en charge par les assureurs.<br \/>\nLes assureurs ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de revoir r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la hausse les primes demand\u00e9es \u00e0 leurs assur\u00e9s. En France, ces primes ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9es par 4 en 35 ans, entre 1983 et 2018 (graphique 11). Cette augmentation a \u00e9t\u00e9 en partie tir\u00e9e par une croissance des biens assur\u00e9s, mais \u00e9galement par l\u2019augmentation de la sinistralit\u00e9 (graphique 10), du taux de surprime non-auto (de 5,5 \u00e0 12%) et des pr\u00e9l\u00e8vements alimentant le Fonds de pr\u00e9vention des risques naturels majeurs, le FPRNM (de 2 \u00e0 12%).<br \/>\n[7] Les bases de donn\u00e9es des r\u00e9assureurs (Swiss Re, Munich Re) ne sont pas accessibles au grand public. Certaines (comme celle de Swiss Re) ne recensent que les \u00e9v\u00e9nements ayant fait au moins 50 millions USD de dommages. Cr\u00e9\u00e9es par et pour les besoins des r\u00e9assureurs, elles peuvent avoir tendance \u00e0 surrepr\u00e9senter les \u00e9v\u00e9nements survenant dans les pays ayant un march\u00e9 de l\u2019assurance (pays d\u00e9velopp\u00e9s ou \u00e9mergents).<\/p>\n<p>Source : CCR<br \/>\nPour prot\u00e9ger leur solvabilit\u00e9, les assureurs commencent en cons\u00e9quence \u00e0 solliciter des sources de financement alternatives (comme les \u00e9missions de Cat\u2019Bonds sur les march\u00e9s financiers, qui totalisaient 38 Mds USD d\u2019en cours en 2018).<br \/>\nLe stress auquel est soumis le secteur de l\u2019assurance est un bon t\u00e9moin de la difficult\u00e9 de nos \u00e9conomies \u00e0 affronter des chocs exog\u00e8nes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s d\u2019aussi grande ampleur. A fortiori en cas de risque global et sym\u00e9trique comme c\u2019est quasiment le cas avec la pand\u00e9mie de Covid-19. L\u2019assurance s\u2019appuyant sur une mutualisation du risque dont la tarification repose sur des statistiques d\u2019exp\u00e9rience et la loi des grands nombres, la probabilit\u00e9 de survenance du risque doit \u00eatre mesurable et limit\u00e9e. L\u2019assurance ne peut pas couvrir un risque qui se r\u00e9aliserait en m\u00eame temps pour l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 ou la quasi-int\u00e9gralit\u00e9 des assur\u00e9s.<br \/>\nEn outre, la majorit\u00e9 des mod\u00e8les assurantiels sont construits sur l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une ind\u00e9pendance des risques entre eux et n\u2019envisagent que rarement la corr\u00e9lation possible entre les p\u00e9rils dans les valeurs extr\u00eames ; par exemple, l\u2019occurrence d\u2019une temp\u00eate et d\u2019une s\u00e9cheresse majeures la m\u00eame ann\u00e9e dans un m\u00eame pays. Or les premi\u00e8res mod\u00e9lisations de l\u2019impact du r\u00e9chauffement climatique sur les risques assur\u00e9s obligent \u00e0 envisager ce type d\u2019hypoth\u00e8se.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e conjointement par la CCR et M\u00e9t\u00e9o France a montr\u00e9 qu\u2019en se basant sur le sc\u00e9nario le plus sombre du GIEC (RCP 8.5, soit le sc\u00e9nario de l\u2019inaction ou \u00ab business as usual \u00bb), \u00e0 enjeux assur\u00e9s constants, la sinistralit\u00e9 dans notre pays pourrait augmenter de 50% d\u2019ici 2050[8]. Les pertes annuelles moyennes seraient en augmentation de 23% pour les s\u00e9cheresses, de 38% pour les inondations et de 82% pour les submersions (l\u2019\u00e9tude ne chiffre pas les autres risques), soit une augmentation moyenne de 35% (contre +20% dans l\u2019hypoth\u00e8se du RCP 4.5) \u00e0 laquelle il faut ajouter 15% d\u2019augmentation dus \u00e0 la concentration dans des zones \u00e0 risques.<br \/>\nNaturellement, la r\u00e9partition g\u00e9ographique des catastrophes et de leurs cons\u00e9quences est tr\u00e8s in\u00e9gale. C\u2019est en Asie que le nombre de personnes affect\u00e9es est le plus \u00e9lev\u00e9 (pr\u00e8s de 6 milliards d\u2019individus de 1950 \u00e0 2012, comme le montre le graphique 10). C\u2019est encore en Asie que les co\u00fbts sont les plus \u00e9lev\u00e9s, suivie de pr\u00e8s de ce point de vue par le continent am\u00e9ricain. L\u2019Europe \u00e9marge au 4e rang pour le nombre de personnes affect\u00e9es et au 3e rang pour les dommages \u00e9conomiques.<br \/>\nSource : CRED<br \/>\n[8] CCR et M\u00e9t\u00e9o France, \u00ab Cons\u00e9quences du changement climatique sur les co\u00fbts des catastrophes naturelles en France \u00e0 l\u2019horizon 2050 \u00bb, septembre<br \/>\n2018, https:\/\/www.ccr.fr\/documents\/35794\/35836\/Etude+Climatique+2018+version+complete.pdf\/6a7b6120-7050- ff2e-4aa9-89e80c1e30f2?t=1536662736000<\/p>\n<p>Pour se faire une id\u00e9e plus pr\u00e9cise des in\u00e9galit\u00e9s g\u00e9ographiques, il est utile de comparer les diff\u00e9rents continents \u00e0 la lumi\u00e8re de trois ratios pour une ann\u00e9e donn\u00e9e (ici, l\u2019ann\u00e9e 2018). Le premier ratio concerne le nombre moyen de morts par \u00e9v\u00e9nement : l\u2019Asie arrive loin en t\u00eate du classement, suivie par l\u2019Afrique, l\u2019Europe fermant la marche avec une mortalit\u00e9 moyenne plus de 10 fois inf\u00e9rieure \u00e0 l\u2019Asie et plus de 5 fois inf\u00e9rieure \u00e0 l\u2019Afrique. La hi\u00e9rarchie n\u2019est pas tr\u00e8s diff\u00e9rente concernant le second ratio : le nombre de personnes affect\u00e9es par \u00e9v\u00e9nement en 2018. L\u00e0 encore, l\u2019Asie et l\u2019Afrique sont loin en t\u00eate, et l\u2019Europe ferme la marche. Le continent am\u00e9ricain est en revanche dans une position moyenne sur ces deux premiers indicateurs. Le troisi\u00e8me ratio concerne le niveau des dommages \u00e9conomiques par \u00e9v\u00e9nement. Cette fois-ci, le continent am\u00e9ricain arrive clairement en t\u00eate et c\u2019est l\u2019Afrique qui ferme la marche&#8230; La conclusion que l\u2019on peut tirer de ces trois indicateurs est que les catastrophes tuent davantage dans les pays pauvres, et co\u00fbtent plus cher dans les pays riches. L\u2019Europe r\u00e9ussit toutefois, non seulement \u00e0 limiter fortement les pertes et cons\u00e9quences humaines, mais aussi \u00e0 endiguer fortement les co\u00fbts \u00e9conomiques.<br \/>\nLa critique du \u00ab catastrophisme \u00bb a souvent \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9e \u00e0 ceux qui s\u2019inqui\u00e8tent de ces d\u00e9r\u00e8glements. Tout indique pourtant que nous sommes entr\u00e9s dans un r\u00e9gime d\u2019instabilit\u00e9 chronique et durable.<br \/>\nQuelles sont les politiques de pr\u00e9paration les plus pertinentes pour faire face \u00e0 la recrudescence de ces \u00e9v\u00e9nements ? Il s\u2019agit tout d\u2019abord de prot\u00e9ger les populations, bien s\u00fbr, mais aussi de s\u2019organiser de mani\u00e8re \u00e0 limiter les pertes \u00e9conomiques et \u00e0 assurer la continuit\u00e9 de l\u2019activit\u00e9 et des services essentiels. L\u2019objectif est, en somme, d\u2019augmenter notre r\u00e9silience, appr\u00e9hend\u00e9e dans les termes de la r\u00e9silience \u00e9cologique : \u00ab La capacit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me vivant \u00e0 absorber un choc et \u00e0 retrouver les structures et les fonctions de son \u00e9tat de r\u00e9f\u00e9rence apr\u00e8s une perturbation \u00bb[9].<br \/>\n[9] C. S. Holling, \u00ab Resilience and Stability of Ecological Systems \u00bb, Annual Review of Ecology and Systematics, 8 janvier 2013, https:\/\/www.zoology.ubc.ca\/bdg\/pdfs_bdg\/2013\/Holling%201973.pdf<\/p>\n<p>Pour cela, plusieurs enjeux peuvent \u00eatre mis en exergue :<br \/>\nLes signaux d\u2019alerte doivent \u00eatre aussi clairs et pr\u00e9coces que possible. Les pol\u00e9miques qui avaient vis\u00e9 la communication approximative de M\u00e9t\u00e9o France lors des temp\u00eates Martin et Lothar en 1999 (92 victimes) ont conduit \u00e0 la mise en place du syst\u00e8me de vigilance m\u00e9t\u00e9orologique que nous connaissons aujourd\u2019hui (\u00ab alerte orange aux vents violents \u00bb, etc.). Dans le cas de la pand\u00e9mie de Covid-19, l\u2019opacit\u00e9 et le retard des informations en provenance de Chine conjugu\u00e9es avec les d\u00e9faillances de l\u2019OMS ont brouill\u00e9 la lecture des \u00e9v\u00e9nements dans de nombreux pays europ\u00e9ens[10]. De m\u00eame, la r\u00e9p\u00e9tition de messages de pr\u00e9vention \u00e0 destination des populations expos\u00e9es au risque de catastrophes fait partie des instruments \u00e0 mobiliser de fa\u00e7on pro-active (c\u2019est-\u00e0-dire sans attendre que les citoyens consultent des documents ou sites d\u2019information, mais en allant \u00e0 leur rencontre sur les r\u00e9seaux sociaux, par sms&#8230;).<br \/>\n2) L\u2019adaptation au changement climatique :<br \/>\nLe changement climatique appelle des efforts de mitigation qu\u2019il faut bien s\u00fbr poursuivre et accentuer : plus nous r\u00e9duirons nos \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre, plus nous contiendrons le r\u00e9chauffement global et plus nous limiterons les perturbations et catastrophes qui en r\u00e9sultent. Mais il exige d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 des efforts d\u2019adaptation. Longtemps, les militants de la cause climatique ont craint que les perspectives d\u2019adaptation au changement climatique dissuadent de lutter contre le ph\u00e9nom\u00e8ne et qu\u2019il valait mieux en cons\u00e9quence ne pas trop \u00ab pousser \u00bb ce sujet. Mais nous n\u2019avons d\u00e9sormais plus le temps de tergiverser : mitigation et adaptation doivent progresser de conserve. Dans certains domaines, les efforts d\u2019adaptation sont engag\u00e9s. Ils ont notamment permis en France que la trag\u00e9die de la canicule de 2003 (entre 15 et 20 000 morts en quelques semaines) ne se reproduise pas en d\u00e9pit d\u2019\u00e9pisodes caniculaires r\u00e9p\u00e9t\u00e9s depuis. Ils ont \u00e9galement permis qu\u2019en d\u00e9pit de s\u00e9cheresses et de temp\u00e9ratures croissantes, les incendies de for\u00eat reculent dans la zone m\u00e9diterran\u00e9enne : en 2017, ils ont d\u00e9vast\u00e9 718 000 hectares et caus\u00e9 pr\u00e8s de 100 morts dans la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique, contre \u00ab seulement \u00bb 26 000 hectares et aucun mort en France.L\u2019action publique semble \u00e9galement sur de bons rails en mati\u00e8re d\u2019inondations : identification des zones \u00e0 risques, plans communaux de sauvegarde, syst\u00e8me de vigilance m\u00e9t\u00e9orologique efficace depuis les temp\u00eates Martin et Lothar de 1999.<br \/>\n[10] Voir \u00e0 ce sujet les propositions de Lucien Chabasson (IDDRI), \u00ab Quelle gouvernance mondiale pour mieux lutter contre les pand\u00e9mies zoonotiques ? \u00bb, Terra Nova\/IDDRI, avril<\/p>\n<p>Selon la CCR, les communes qui ont un Plan de pr\u00e9vention du risque inondation (PPRI) approuv\u00e9 entre 2000 et 2010, ont vu baisser la fr\u00e9quence des sinistres (-45%) ainsi que leur co\u00fbt moyen (-16%). Plus g\u00e9n\u00e9ralement, le syst\u00e8me fran\u00e7ais se caract\u00e9rise par un lien vertueux entre indemnisation et solidarit\u00e9 depuis la mise en place du \u00ab Fonds Barnier \u00bb en 1995.<br \/>\nMais le rythme d\u2019ensemble est encore trop lent : dans les villes, la lutte contre les \u00eelots de chaleur, la v\u00e9g\u00e9talisation, l\u2019adaptation des b\u00e2timents et constructions&#8230; n\u2019en sont encore qu\u2019\u00e0 leurs d\u00e9buts. De m\u00eame, la recrudescence des \u00e9pisodes c\u00e9venols (ou \u00ab \u00e9pisodes m\u00e9diterran\u00e9ens \u00bb) dans le sud-est du pays a mis en exergue les cons\u00e9quences dramatiques d\u2019un mauvais usage des sols (artificialisation, imperm\u00e9abilisation&#8230;). En outre, certaines initiatives qui cochent \u00e0 la fois la case mitigation et la case adaptation (c\u2019est notamment le cas de la r\u00e9novation thermique des b\u00e2timents) devraient \u00eatre puissamment soutenues dans les meilleurs d\u00e9lais.<br \/>\nL\u00e0 encore, nous ne partons pas de z\u00e9ro. Certains secteurs sont relativement bien organis\u00e9s pour faire face \u00e0 des chocs d\u2019envergure relativement exceptionnels. C\u2019est en particulier le cas du secteur de l\u2019\u00e9nergie : stocks de p\u00e9trole pour faire face \u00e0 90 jours de consommation, r\u00e9seau de gaz dimensionn\u00e9 pour des hivers rigoureux comme il ne s\u2019en produit que tous les 50 ans, capacit\u00e9s de production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 surnum\u00e9raires pour surmonter les pics de consommation sans rupture de services, etc. Mais d\u2019autres secteurs sont loin du compte. C\u2019est ce qu\u2019a mis en exergue la pand\u00e9mie de Covid-19 notamment dans le secteur de la sant\u00e9 : stocks strat\u00e9giques insuffisants, risque de tension sur les lits de soins intensifs et les respirateurs, d\u00e9faillances de la coop\u00e9ration entre les diff\u00e9rents \u00e9chelons administratifs et les laboratoires publics et priv\u00e9s pour produire des tests ou des donn\u00e9es de suivi \u00e9pid\u00e9miologiques, d\u00e9sorganisation des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement, insuffisante efficacit\u00e9 du tracing, manque de flexibilit\u00e9 et de r\u00e9activit\u00e9 des outils industriels pour produire localement des mat\u00e9riels de protection que le march\u00e9 ne fournissait pas&#8230; Les catastrophes de ce type nous invitent \u00e0 mieux identifier les secteurs strat\u00e9giques qui conditionnent la r\u00e9silience de nos soci\u00e9t\u00e9s et \u00e0 r\u00e9pondre pour chacun d\u2019eux \u00e0 plusieurs questions : quel niveau de s\u00e9curit\u00e9 souhaitons-nous ? Quel prix sommes-nous pr\u00eats \u00e0 payer pour cela ? Quelles formes devons-nous donner \u00e0 notre pr\u00e9paration (niveau et gestion de stocks strat\u00e9giques, relocalisation de certaines productions jug\u00e9es vitales, identification des outils industriels capables de pallier rapidement des d\u00e9faillances d\u2019approvisionnement&#8230;) ? Enfin, qu\u2019est-ce qui doit \u00eatre fait au niveau national et qu\u2019est-ce qui doit \u00eatre fait au niveau europ\u00e9en ?[11]<br \/>\n[11] Sur l\u2019ensemble de ces sujets, voir Antoine Guillou et Simon Matet, \u00ab Face aux \u00e9v\u00e9nements extr\u00eames : le prix de la r\u00e9silience \u00bb, mai 2020, http:\/\/tnova.fr\/notes\/faire-face-aux-evenements-extremes-le-prix-de-la-resilience<\/p>\n<p>La participation des populations est un gage d\u2019efficacit\u00e9 dans la pr\u00e9paration aux situations de crise aussi bien que dans la phase de r\u00e9ponse et de reconstruction. En d\u00e9pit des efforts r\u00e9alis\u00e9s dans ce domaine, notamment avec la cr\u00e9ation des r\u00e9serves communales de s\u00e9curit\u00e9 civile compos\u00e9es de citoyens b\u00e9n\u00e9voles, notre pays semble peu performant dans ce domaine. Alors que notre soci\u00e9t\u00e9 regorge de capacit\u00e9s sous-exploit\u00e9es, la communication avec les pouvoirs publics et les chemins d\u2019engagement sont insuffisamment structur\u00e9s. Faute d\u2019une confiance r\u00e9ciproque suffisante, les pouvoirs publics eux-m\u00eames sont r\u00e9guli\u00e8rement saisis par deux peurs rivales qui leur inspirent des attitudes inconstantes et peu appropri\u00e9es : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la peur de la panique collective (ru\u00e9e sur les denr\u00e9es de base, comp\u00e9tition anarchique pour l\u2019acc\u00e8s aux mat\u00e9riels de protection, migrations int\u00e9rieures vers des r\u00e9sidences refuge, retraits du travail, etc.) et, de l\u2019autre, la peur de l\u2019inconscience collective (risque d\u2019une insuffisante vigilance de la part de populations qui se d\u00e9chargent de leurs responsabilit\u00e9s sur les institutions). Guid\u00e9s successivement par l\u2019une et par l\u2019autre de ces peurs, les autorit\u00e9s oscillent entre une communication parfois excessivement rassurante et une communication d\u2019alerte accompagn\u00e9e de dispositifs de surveillance et de contr\u00f4le infantilisants, produisant au final un brouillage des messages et des intentions.<br \/>\nPour \u00e9chapper \u00e0 ce dilemme, la maturit\u00e9 d\u00e9mocratique appelle une culture du risque et de la pr\u00e9paration. \u00ab Vaccin\u00e9es \u00bb collectivement par l\u2019exp\u00e9rience du SRAS, Singapour ou la Cor\u00e9e du Sud ont sans doute pu compter sur une meilleure collaboration des populations contre la pand\u00e9mie. Nous avons d\u00e9velopp\u00e9 cette culture du risque dans des domaines aussi diff\u00e9rents que la s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re ou la s\u00e9curit\u00e9 nucl\u00e9aire (on distribue des pastilles d\u2019iode aux populations r\u00e9sidant dans l\u2019environnement des centrales sans redouter de mouvements de panique&#8230;). Mais face au risque \u00e9pid\u00e9mique, nous sommes en situation d\u2019impr\u00e9paration des populations.<br \/>\nPour corriger cette situation, on pourrait examiner plusieurs pistes : organiser un point de contact r\u00e9gulier entre pouvoirs publics et grandes associations intervenant aupr\u00e8s des publics les plus vuln\u00e9rables, mieux utiliser les supports d\u2019engagement existants (r\u00e9serves communales de s\u00e9curit\u00e9 civile, services civiques, SNU&#8230;), inciter les maires \u00e0 organiser des conventions citoyennes locales sur la gestion des risques avec des citoyens tir\u00e9s au sort sur les listes \u00e9lectorales&#8230; Les sciences citoyennes pourraient \u00e9galement \u00eatre un bon levier. Le d\u00e9veloppement, singuli\u00e8rement depuis la fin des ann\u00e9es 2000 et dans le monde anglo-saxon, des disaster citizen sciences, t\u00e9moigne en effet d\u2019une toute autre approche de la gestion des risques.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019organiser la participation b\u00e9n\u00e9vole de citoyens non professionnels \u00e0 la collecte, l\u2019analyse ou la diffusion de donn\u00e9es scientifiques afin de produire et d\u2019actualiser une connaissance en temps r\u00e9el et multidirectionnelle[12]. La r\u00e9silience face aux \u00e9v\u00e9nements extr\u00eames d\u00e9pend, selon les acad\u00e9miques et les professionnels de la gestion de crise impliqu\u00e9s dans ce type de programme, de la capacit\u00e9 \u00e0 faire travailler ensemble habitants, communaut\u00e9s, organisations civiles, autorit\u00e9s publiques&#8230; Il s\u2019agit de d\u00e9tecter des ph\u00e9nom\u00e8nes, de collecter des donn\u00e9es, d\u2019analyser des informations qui contribuent \u00e0 la connaissance en temps r\u00e9el des situations, des risques, des dommages, et qui permettent d\u2019orienter \u00e0 la fois les populations et les secours : \u00e9valuation des risques et vuln\u00e9rabilit\u00e9s des populations locales, surveillance et alerte, \u00e9valuation des besoins des populations, diffusion de l\u2019information aupr\u00e8s des groupes les plus isol\u00e9s, diffusion d\u2019une culture de la vigilance, d\u00e9veloppement de r\u00e9seaux d\u2019entraide collaborative. Ces initiatives, coh\u00e9rentes avec le community policing qui pr\u00e9vaut outre-Atlantique ou outre-Manche, sont souvent soup\u00e7onn\u00e9es en France de d\u00e9douaner l\u2019Etat social de ses responsabilit\u00e9s. Elles pourraient et devraient au contraire s\u2019ajouter aux efforts de l\u2019Etat social. Car l\u2019enjeu n\u2019est pas de trancher une guerre des mod\u00e8les, mais d\u2019augmenter notre r\u00e9silience collective face \u00e0 des chocs plus fr\u00e9quents et plus intenses.<br \/>\n[12] Voir Chari, 2019 (https:\/\/bmcpublichealth.biomedcentral.com\/articles\/10.1186\/s12889-019-7689-x) ; Hicks, 2020 (https:\/\/www.frontiersin.org\/articles\/10.3389\/feart.2019.00226\/full) ; UNDRR, 2020 (https:\/\/www.preventionweb.net\/publications\/view\/70084). Sur l\u2019usage des data dans le champ de l\u2019action humanitaire, voir https:\/\/centre.humdata.org\/data-policy\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1er juin 2020 | Par Thierry Pech, directeur g\u00e9n\u00e9ral de Terra Nova Nous sommes entr\u00e9s dans un r\u00e9gime d\u2019instabilit\u00e9 chronique o\u00f9 l\u2019extraordinaire sera sans doute de moins en moins extraordinaire. C\u2019est ce que sugg\u00e8re un rapide examen des statistiques d\u00e9crivant la fr\u00e9quence et l\u2019intensit\u00e9 des catastrophes naturelles ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, et notamment celles qui sont<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":15392,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-15011","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15011","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15011"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15011\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15392"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15011"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15011"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15011"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}