{"id":16751,"date":"2020-07-12T20:00:09","date_gmt":"2020-07-13T00:00:09","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=16751"},"modified":"2020-07-12T17:53:01","modified_gmt":"2020-07-12T21:53:01","slug":"demanteler-les-infrastructures-de-surveillance-et-de-discrimination-massives","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/demanteler-les-infrastructures-de-surveillance-et-de-discrimination-massives\/","title":{"rendered":"D\u00e9manteler les infrastructures de surveillance et de discrimination massives ?"},"content":{"rendered":"<header class=\"entry-header\">\n<div class=\"container\">\n<div class=\"row\">\n<div class=\"col-sm-8\">\n<h1><span style=\"font-size: 16px\">Par Hubert Guillaud<\/span><\/h1>\n<\/div>\n<div class=\"col-sm-4 entry-meta\">\n<ul class=\"list-unstyled\">\n<li>29\/06\/2020<i class=\"fa fa-calendar ml05em\"><\/i><\/li>\n<li class=\"byline author vcard\"><a class=\"fn\" title=\"Hubert Guillaud\" href=\"http:\/\/www.internetactu.net\/author\/hubert\/\" rel=\"author noopener\" target=\"_blank\">Hubert Guillaud<\/a><i class=\"fa fa-user ml05em\"><\/i>\n<div class=\"col-xs-11 no-gutter\"><\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/header>\n<div class=\"container main\">\n<div class=\"row content\">\n<div class=\"col-left\">\n<article>\n<div class=\"entry-content\">\n<p>Si les annonces de moratoires dans le domaine de la reconnaissance faciale semblent soulager un certain nombre de ses opposants, il ne fait aucun doute que ces r\u00e9ponses des grandes entreprises de la technologie demeurent manifestement des d\u00e9cisions commerciales calcul\u00e9es et limit\u00e9es qui r\u00e9pondent avec plus ou moins de sinc\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la pression publique du moment et <a href=\"https:\/\/usbeketrica.com\/article\/mort-de-george-floyd-mobilisation-changement-durable\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">aux tr\u00e8s fortes mobilisations contre le racisme et les violences polici\u00e8res<\/a> qui secouent les \u00c9tats-Unis depuis la mort de George Floyd le 25 mai 2020. <a href=\"https:\/\/www.laquadrature.net\/2020\/06\/22\/racisme-policier-les-geants-du-net-font-mine-darreter-la-reconnaissance-faciale\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Comme s\u2019en \u00e9meut la Quadrature du Net<\/a> (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/laquadrature\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@laquadrature<\/a>), ces d\u00e9cisions ne cherchent qu\u2019\u00e0 temporiser un moment difficile pour les entreprises, face \u00e0 une pression publique devenue explosive, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les Am\u00e9ricains se soul\u00e8vent massivement contre le racisme. <em>\u00ab\u00a0Les grandes entreprises de la s\u00e9curit\u00e9 ne sont pas des d\u00e9fenseuses des libert\u00e9s ou encore des contre-pouvoirs antiracistes. Elles ont peur d\u2019\u00eatre aujourd\u2019hui associ\u00e9es dans la d\u00e9nonciation des abus de la police et de son racisme structurel.\u00a0\u00bb<\/em> Les grandes entreprises du num\u00e9rique ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9pingl\u00e9s pour les biais racistes et sexistes de nombre de leurs outils, notamment pour les plus \u00e9vidents d\u2019entre, ceux qui rel\u00e8vent de la reconnaissance faciale. En annon\u00e7ant mettre en pause l\u2019utilisation de certains de leurs outils, ces entreprises tentent de redorer leur image alors qu\u2019elles n\u2019ont cess\u00e9, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, de convaincre les autorit\u00e9s de se servir de leurs outils pour faire r\u00e9gner l\u2019ordre. En acceptant de faire de la reconnaissance faciale un \u00e9pouvantail, les Gafams n\u2019en continuent pas moins de proposer des outils de surveillance et d\u2019aide \u00e0 la prise de d\u00e9cision toujours plus invasifs\u2026 et profond\u00e9ment discriminatoires.<\/p>\n<h2>La surveillance contribue-t-elle au bien-\u00eatre humain\u00a0?<\/h2>\n<p>L\u2019\u00e9ditorialiste et chercheur au <a href=\"https:\/\/www.monash.edu\/emerging-tech-research-lab\/home\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">laboratoire de recherche des technologies \u00e9mergentes<\/a> de l\u2019universit\u00e9 Monash, <a href=\"http:\/\/www.jathansadowski.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Jathan Sadowski<\/a> (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/jathansadowski\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@jathansadowski<\/a>), dresse le m\u00eame constat dans <a href=\"https:\/\/onezero.medium.com\/now-is-the-time-to-dismantle-our-cities-invasive-surveillance-infrastructure-2c34c309b4fe\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">une tribune pour <em>OneZero<\/em><\/a>. Pour l\u2019auteur de <a href=\"https:\/\/mitpress.mit.edu\/books\/too-smart\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Too Smart<\/em><\/a>, un livre r\u00e9cent particuli\u00e8rement critique des technologies, ces timides renoncements sont loin de <em>\u00ab\u00a0d\u00e9manteler la machine de guerre urbaine\u00a0\u00bb<\/em> que ces entreprises mettent en place. Cam\u00e9ras omnipr\u00e9sentes, algorithmes pr\u00e9dictifs, syst\u00e8mes intelligents\u2026 les technologies de la ville \u00ab\u00a0intelligente\u00a0\u00bb n\u2019ont pas leur place dans une soci\u00e9t\u00e9 qui rejette l\u2019oppression, estime-t-il. Cette intelligence qu\u2019il faut entendre surtout en son sens anglais de \u00ab\u00a0renseignement\u00a0\u00bb, tient plus d\u2019un travail de police donc que d\u2019une quelconque facult\u00e9 \u00e0 comprendre, comme le faisait remarquer le philosophe et historien des sciences Michel Blay dans <em><a href=\"https:\/\/www.cnrseditions.fr\/catalogue\/philosophie-et-histoire-des-idees\/penser-ou-cliquer\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Penser ou cliquer<\/a><\/em>.<\/p>\n<p>Pour Sadowski, nous pouvons profiter de cet hapax, de ce moment de contestation d\u2019une surveillance toujours plus arm\u00e9e par la technologie, pour chercher \u00e0 d\u00e9manteler les m\u00e9canismes de maintien de l\u2019ordre qui s\u2019inscrivent d\u00e9sormais dans l\u2019infrastructure technologique. <em>\u00ab\u00a0Pensez-y selon les modalit\u00e9s que propose Marie Kondo (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Marie_Kond%C5%8D\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">la papesse du rangement<\/a>), mais pour les technologies\u00a0: est-ce que ce service contribue au bien-\u00eatre humain ou au bien-\u00eatre social\u00a0? Si ce n\u2019est pas le cas, jetez-le\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Les activistes et universitaires qui s\u2019inqui\u00e8tent de la surveillance invasive peuvent certes se f\u00e9liciter de ces timides avanc\u00e9es\u2026 mais ne peuvent pas pour autant se reposer, tant les chantiers \u00e0 d\u00e9miner sont nombreux. Pour Sadowski, il est n\u00e9cessaire \u00e0 pr\u00e9sent de d\u00e9manteler l\u2019infrastructure de surveillance. Il ne nous faut pas trouver de meilleures pratiques pour l\u2019utilisation \u00e9thique de technologies sp\u00e9cifiques, ni faire une pause le temps que la col\u00e8re se calme, ni vendre la reconnaissance faciale \u00e0 tout le monde autre que la police\u2026 Ces solutions laissent en place un syst\u00e8me de contr\u00f4le devenu <em>\u00ab\u00a0trop dangereux, trop expansif et trop puissant\u00a0\u00bb<\/em>. Une grande partie des technologies qui alimentent la surveillance et le maintien de l\u2019ordre n\u2019auraient jamais d\u00fb \u00eatre cr\u00e9\u00e9es souligne-t-il, rappelant que l\u2019interdiction d\u2019une technologie est plus facile \u00e0 atteindre que leur r\u00e9gulation polic\u00e9e et complexe. On peut certes <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Defund_the_police\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">d\u00e9financer la police<\/a>, comme le r\u00e9clament les militants antiracistes am\u00e9ricains, mais si ses valeurs et sa vision ne se modifient pas, son pouvoir demeure. Pour l\u2019instant, plusieurs villes et \u00c9tats am\u00e9ricains ont annonc\u00e9 des mesures pour limiter le financement de la police et am\u00e9liorer ses pratiques, <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/international\/article\/2020\/06\/10\/multiplication-d-initiatives-aux-etats-unis-pour-reformer-la-police_6042374_3210.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">rapporte <em>Le Monde<\/em><\/a>. Reste, qu\u2019<em>\u00ab\u00a0il ne suffit pas de rendre la reconnaissance faciale ill\u00e9gale pour que son h\u00e9ritage infrastructurel disparaisse\u00a0\u00bb<\/em>, disait le chercheur Os Keyes (cf. <a href=\"http:\/\/www.internetactu.net\/2019\/11\/05\/interdire-la-reconnaissance-faciale-13-la-reconnaissance-faciale-nest-pas-une-technologie-cest-une-ideologie\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00ab\u00a0Interdire la reconnaissance faciale\u00a0\u00bb<\/a>). Comme le souligne <a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/monde\/usa\/mort-de-george-floyd\/quarante-ans-de-reformes-n-ont-rien-change-defund-the-police-le-mouvement-qui-appelle-a-la-refonte-du-systeme-policier-americain_4004681.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">une remarquable synth\u00e8se de France Info sur le sujet<\/a>, le co\u00fbt du maintien de l\u2019ordre aux \u00c9tats-Unis a tripl\u00e9 en quarante ans, \u00e0 la fois du fait de sa militarisation et de son sur\u00e9quipement, mais aussi parce que ses missions n\u2019ont cess\u00e9 de s\u2019\u00e9largir, au d\u00e9triment notamment des programmes sociaux.<\/p>\n<p>Alors que le d\u00e9financement de la police semblait inenvisageable il y a encore quelques semaines, l\u2019option devient soudainement possible, malgr\u00e9 les r\u00e9criminations des opposants conservateurs qui agitent le danger d\u2019une hausse de la criminalit\u00e9.<\/p>\n<h2>Exiger des r\u00e9ponses non polici\u00e8res aux probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9<\/h2>\n<p>Alors que dans son tr\u00e8s r\u00e9cent livre, Sadowski soutenait qu\u2019il serait difficile de d\u00e9molir l\u2019infrastructure de surveillance de la plan\u00e8te, cette proposition semble bien moins radicale aujourd\u2019hui qu\u2019hier. Alors que les revendications pour un monde meilleur ouvrent de nouvelles possibilit\u00e9s, il est peut-\u00eatre temps d\u2019y r\u00e9pondre, soutient-il. Nous devons d\u00e9faire non pas pour d\u00e9faire, mais parce que c\u2019est seulement ainsi que nous pourrons commencer \u00e0 construire un monde nouveau sur les ruines de l\u2019ancien, souligne Sadowski. La d\u00e9cision de dissoudre le service de police de Minneapolis montre que la marche du monde n\u2019est pas immuable. Si les institutions peuvent \u00eatre abolies, alors les infrastructures peuvent aussi \u00eatre d\u00e9mantel\u00e9es. <em>\u00ab\u00a0Les entreprises qui ont profit\u00e9 de ces technologies et les gouvernements qui les ont utilis\u00e9es contre le public n\u2019ont aucune autorit\u00e9 morale pour nous dire ce qu\u2019il faut garder et ce qu\u2019il faut jeter.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-35278\" title=\"Couverture du livre The End of Policing de Alex Vitale\" src=\"http:\/\/www.internetactu.net\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/theendofpolicing-188x300.jpg\" alt=\"Couverture du livre The End of Policing de Alex Vitale\" \/>Le d\u00e9mant\u00e8lement passe par la suppression des budgets qui maintiennent cette vaste infrastructure de police et par l\u2019annulation de contrats lucratifs avec des soci\u00e9t\u00e9s de surveillance (comme Palantir, Ring, Clearview AI\u2026 pour ne citer que les plus connues). Les personnes vis\u00e9es par ces infrastructures de surveillance devraient d\u2019ailleurs se voir offrir des emplois pour les d\u00e9manteler. <em>\u00ab\u00a0Plut\u00f4t que d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 pour les \u00e9coles et les services sociaux, nous avons besoin d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 pour la surveillance et le contr\u00f4le social\u00a0\u00bb<\/em>. Pour le professeur de sociologie <a href=\"http:\/\/www.alex-vitale.info\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Alex Vitale<\/a> (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/avitale\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@avitale<\/a>), auteur de <em><a href=\"https:\/\/www.versobooks.com\/books\/2426-the-end-of-policing\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">La fin de la police<\/a><\/em> (2017, Verso Books, non traduit), l\u2019enjeu n\u2019est pas tant de demander des r\u00e9formes de la police que d\u2019exiger des r\u00e9ponses non polici\u00e8res aux probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9, <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/commentisfree\/2020\/may\/31\/the-answer-to-police-violence-is-not-reform-its-defunding-heres-why\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">explique-t-il au <em>Guardian<\/em><\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2020\/06\/19\/technology\/facebook-youtube-twitter-black-lives-matter.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pour le <em>New York Times<\/em><\/a>, Kevin Roose, revient sur les annonces et les dons qu\u2019ont propos\u00e9s les grands entrepreneurs de la Tech aux organisations antiracistes am\u00e9ricaines, suite \u00e0 la r\u00e9surgence du mouvement <a href=\"https:\/\/blacklivesmatter.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Black Lives Matter<\/a> (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/blklivesmatter\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@blklivesmatter<\/a>). <em>\u00ab\u00a0Le probl\u00e8me est que si ces manifestations de soutiens \u00e9taient bien intentionn\u00e9es, elles ne tenaient pas compte de la fa\u00e7on dont les propres produits de ces entreprises \u2013 Facebook, Twitter et YouTube notamment \u2013 ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s avec succ\u00e8s par des racistes et des provocateurs partisans, et sont utilis\u00e9s pour saper Black Lives Matter et d\u2019autres mouvements de justice sociale. C\u2019est comme si les dirigeants de McDonald\u2019s, Burger King et Taco Bell s\u2019\u00e9taient unis pour lutter contre l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 en faisant des dons \u00e0 une coop\u00e9rative alimentaire v\u00e9g\u00e9talienne, plut\u00f4t qu\u2019en diminuant le nombre de calories de leurs produits\u00a0\u00bb<\/em>, ironise Roose. Or, 7 des 10 messages Facebook les plus partag\u00e9s contenant l\u2019expression \u00ab\u00a0Black Lives Matter\u00a0\u00bb au cours du mois dernier ont critiqu\u00e9 le mouvement, selon les donn\u00e9es de CrowdTangle, une plateforme d\u2019analyse des donn\u00e9es \u00e9chang\u00e9es sur Facebook appartenant \u00e0 Facebook. Si les m\u00e9dias sociaux ont aid\u00e9 Black Lives Matter simplement en permettant aux victimes de violences polici\u00e8res de se faire entendre, ces plateformes sont loin d\u2019\u00eatre de simples <em>\u00ab\u00a0m\u00e9gaphones\u00a0\u00bb<\/em>. Si les plateformes de la Silicon Valley veulent vraiment aider ces mouvements, souligne Roose, elles doivent inspecter et corriger plus profond\u00e9ment leurs caract\u00e9ristiques, notamment quand elles sapent ces mouvements de justice sociale qu\u2019ils pr\u00e9tendent soutenir. Or, ce n\u2019est pas vraiment ce que l\u2019on constate, tant elles peinent \u00e0 corriger leurs effets. R\u00e9cemment, <a href=\"https:\/\/www.wsj.com\/articles\/facebook-knows-it-encourages-division-top-executives-nixed-solutions-11590507499\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">the <em>Wall Street Journal<\/em> a rapport\u00e9 qu\u2019une \u00e9tude interne de Facebook en 2016<\/a> a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que 64\u00a0% des personnes qui ont rejoint des groupes extr\u00e9mistes sur la plateforme l\u2019ont fait parce que les algorithmes de recommandation de Facebook les y ont pouss\u00e9s. Au final, on a surtout l\u2019impression d\u2019assister \u00e0 un \u00ab\u00a0Black Power-washing\u00a0\u00bb de nombre d\u2019entreprises technologiques, s\u2019\u00e9nerve Chris Gilliard <a href=\"https:\/\/www.fastcompany.com\/90512426\/tech-companies-caring-about-black-lives-matter-is-too-little-too-late\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">on <em>FastCompany<\/em><\/a>, \u00e0 l\u2019image de Nextdoor, la plateforme de voisinage, qui a exprim\u00e9 sa solidarit\u00e9 avec le mouvement Black Lives Matter, alors que son mod\u00e8le \u00e9conomique repose sur un racisme end\u00e9mique. Les messages hypocrites sur les r\u00e9seaux sociaux ne suffiront pas\u00a0!<\/p>\n<p>For <a href=\"https:\/\/twitter.com\/rashadrobinson\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Rashad Robinson<\/a>, le pr\u00e9sident de <a href=\"https:\/\/colorofchange.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Color of Change<\/a> (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/ColorOfChange\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@ColorOfChange<\/a>), un groupe de d\u00e9fense des droits civiques qui conseille les entreprises technologiques sur les questions de justice raciale, les leaders technologiques devaient appliquer les principes antiracistes \u00e0 la conception de leurs propres produits, plut\u00f4t que de simplement exprimer leur soutien \u00e0 Black Lives Matter. Et celui-ci d\u2019inviter les plateformes \u00e0 modifier leurs syst\u00e8mes de recommandation ou \u00e0 instituer un int\u00e9ressant <em>\u00ab\u00a0plafond viral\u00a0\u00bb<\/em> sur les messages\u2026<\/p>\n<h2><em>No more data Weapons\u00a0!<\/em><\/h2>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-35279\" title=\"No more data weapons\" src=\"http:\/\/www.internetactu.net\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/nomoredataweapons-300x300.jpg\" alt=\"No more data weapons\" \/>La mobilisation des organisations de d\u00e9fense des droits civiques se structure autour de revendications plus radicales \u00e0 l\u2019\u00e9gard des technologies, qu\u2019on ne pensait pas envisageables il y a encore quelques mois. La <a href=\"https:\/\/www.naacp.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">NAACP<\/a> (<em>National Association for the Advancement of Colored People<\/em>, une organisation historique de d\u00e9fense de droits civiques) et la &gt;a href=\u00a0\u00bbhttps:\/\/www.adl.org\/\u00a0\u00bb&gt;Ligue contre la diffamation ont lanc\u00e9 une campagne pour inviter les annonceurs \u00e0 boycotter les publicit\u00e9s sur Facebook, sous le titre <a href=\"https:\/\/www.stophateforprofit.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Stop Hate for Profit<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.vox.com\/recode\/2020\/6\/17\/21294451\/facebook-ads-misinformation-racism-naacp-civil-rights\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">rapporte Vox<\/a> (et qui semble \u00eatre de plus en plus suivi, <a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2020\/06\/23\/business\/media\/facebook-ad-boycott.html?\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">rapportent le <em>New York Times<\/em><\/a>comme <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/technology\/2020\/jun\/22\/facebook-hate-speech-advertisers-north-face?CMP=share_btn_tw\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>The Guardian<\/em><\/a>). Un autre collectif, <a href=\"http:\/\/d4bl.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Data for Black Lives<\/a> (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/data4blacklives\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@data4blacklives<\/a>, cr\u00e9\u00e9 en 2016 et fort de 4000 adh\u00e9rents, r\u00e9partis en antennes locales \u00e0 travers tous les \u00c9tats-Unis), souhaite que les donn\u00e9es soient <em>\u00ab\u00a0un outil pour le changement social plut\u00f4t qu\u2019une arme d\u2019oppression politique\u00a0\u00bb<\/em> et d\u00e9nonce leurs effets sous les slogans #nomoredataweapons et #abolishbigdata (\u00ab\u00a0plus d\u2019armes de donn\u00e9es\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0abolir le big data\u00a0\u00bb). Pour sa fondatrice, Yeshimabeit Milner (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/yeshican\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@yeshican<\/a>), <a href=\"https:\/\/medium.com\/@YESHICAN\/abolition-means-the-creation-of-something-new-72fc67c8f493\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">le big data<\/a> vise \u00e0 accomplir les objectifs militaristes et coloniaux que remplissaient jusqu\u2019alors les fusils et les armes utilis\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre de la communaut\u00e9 noire. Abolir les big data consiste \u00e0 supprimer la reconnaissance faciale, la collecte de donn\u00e9es biom\u00e9triques, les \u00e9valuations de cr\u00e9dit, les \u00e9valuations de risque\u2026 D\u00e9sormais, <em>\u00ab\u00a0la discrimination est une entreprise de haute technologie\u00a0\u00bb<\/em>, avance-t-elle. Pour Yeshi Milner, l\u2019enjeu n\u2019est pas d\u2019abolir les donn\u00e9es, car elles sont des leviers puissants du changement social, mais bien de d\u00e9manteler et r\u00e9imaginer les industries qui les d\u00e9tiennent et les concentrent. Le but n\u2019est pas d\u2019abandonner l\u2019usage des donn\u00e9es, mais bien de faire cesser le syst\u00e8me punitif et violent qui l\u2019accompagne. Le big data est devenu <em>\u00ab\u00a0un r\u00e9gime id\u00e9ologique\u00a0\u00bb<\/em> qui a fa\u00e7onn\u00e9 une nouvelle l\u00e9gitimit\u00e9 au contr\u00f4le social et politique et a trouv\u00e9 des moyens d\u2019utiliser le num\u00e9rique pour le retourner contre les gens.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-35280\" title=\"Exemple d'un tableau d\u00e9nombrant les esclaves d'une plantation au quotiden\" src=\"http:\/\/www.internetactu.net\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/1-SplkRG9LPkcDvc2MwzcTNA.png-Image-PNG-1400-%C3%97-1796-pixels-Redimensionn%C3%A9e-23--300x115.png\" alt=\"Exemple d'un tableau d\u00e9nombrant les esclaves d'une plantation au quotiden\" \/>L\u2019histoire du big data remonte bien avant les premiers ordinateurs, rappelle-t-elle. D\u00e8s l\u2019origine, les chiffres ont \u00e9t\u00e9 instrument\u00e9s dans un objectif de comptabilit\u00e9 et de surveillance, de contr\u00f4le et de punition, au profit de l\u2019\u00e9conomie et notamment d\u2019une de ses formes, le colonialisme, comme le raconte l\u2019historienne <a href=\"https:\/\/history.berkeley.edu\/caitlin-c-rosenthal\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Caitlin Rosenthal<\/a> (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/cc_rosenthal\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@cc_rosenthal<\/a>) dans son livre <em><a href=\"https:\/\/www.hup.harvard.edu\/catalog.php?isbn=9780674972094\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Accounting for Slavery\u00a0: Masters &amp; Management<\/a><\/em> (2018, Harvard University Press, non traduit). Les donn\u00e9es et les processus de reporting standardis\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s pour asseoir le commerce triangulaire et pour distancier dans et par les chiffres la r\u00e9alit\u00e9 des violences commises. Tout comme les algorithmes, le big data a un h\u00e9ritage historique qu\u2019on ne doit pas nier (\u00e0 l\u2019image <a href=\"https:\/\/medium.com\/@AINowInstitute\/ai-and-the-far-right-a-history-we-cant-ignore-f81375c3cc57\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">des relations historiques et profondes entre l\u2019Intelligence artificielle et l\u2019extr\u00eame droite<\/a> que d\u00e9non\u00e7ait r\u00e9cemment <a href=\"https:\/\/www.sarahmyerswest.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Sarah Myers West<\/a>(<a href=\"https:\/\/twitter.com\/sarahbmyers\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@sarahbmyers<\/a>) de l\u2019<a href=\"https:\/\/ainowinstitute.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">AI Now Institute<\/a>). Les codes postaux sont devenus les artefacts des politiques s\u00e9gr\u00e9gationnistes (ou <a href=\"http:\/\/www.internetactu.net\/2019\/06\/25\/quel-controle-democratique-sur-la-videosurveillance-privee-en-reseau\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00ab\u00a0redlining\u00a0\u00bb<\/a>)\u00a0: ces donn\u00e9es qui masquaient leurs enjeux politiques sous couvert d\u2019une distribution plus efficace du courrier ont litt\u00e9ralement \u00e9tiquet\u00e9 des communaut\u00e9s comme dangereuses (<a href=\"https:\/\/ncrc.org\/holc\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">74\u00a0% des communaut\u00e9s qualifi\u00e9es de \u00ab\u00a0dangereuses\u00a0\u00bb en 1933 sont aujourd\u2019hui encore les communaut\u00e9s les plus incarc\u00e9r\u00e9es, les plus polic\u00e9es et les moins bien dot\u00e9es en ressources des \u00c9tats-Unis<\/a>). <em>\u00ab\u00a0Une banque, une application universitaire, un algorithme d\u2019\u00e9valuation utilis\u00e9 par les m\u00e9decins pour d\u00e9terminer qui re\u00e7oit des soins, une \u00e9valuation des risques qui d\u00e9termine votre peine de prison, ou un syst\u00e8me de surveillance n\u2019ont pas besoin de conna\u00eetre votre race, tant qu\u2019ils ont votre code postal. Ces grands syst\u00e8mes de donn\u00e9es ont prolong\u00e9 la dur\u00e9e de vie des politiques publiques archa\u00efques, racistes et agressives du pass\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Pour Yeshi Milner, faire du big data un outil de changement social n\u00e9cessite un changement de culture. Il consiste \u00e0 refuser la programmation telle qu\u2019elle nous est impos\u00e9e. \u00c0 fonder des alliances multiraciales, multig\u00e9n\u00e9rationnelles et interdisciplinaires pour cr\u00e9er de nouveaux mod\u00e8les. \u00c0 cr\u00e9er de nouvelles normes pour les entreprises technologiques en renfor\u00e7ant la pression politique \u00e0 leur encontre. Il s\u2019agit enfin d\u2019apporter aux personnes directement concern\u00e9es les moyens pour mener leur combat. <em>\u00ab\u00a0Nous avons besoin d\u2019optimiser non pas les injustices du pass\u00e9, mais au contraire, l\u2019\u00e9quit\u00e9 et la solidarit\u00e9 de demain\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>L\u2019association a d\u2019ailleurs r\u00e9cemment publi\u00e9 <a href=\"https:\/\/medium.com\/@YESHICAN\/we-will-not-allow-the-weaponization-of-covid-19-data-e775d31991c\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">un rapport<\/a> sur l\u2019usage de donn\u00e9es dans le cadre de la pand\u00e9mie du Covid-19, qui rejette l\u2019usage des donn\u00e9es li\u00e9es \u00e0 la pand\u00e9mie pour la police, la surveillance, le contr\u00f4le, le refus de cr\u00e9dit ou le ciblage des communaut\u00e9s noires.<\/p>\n<p>D\u2019autres protestations se d\u00e9veloppent, \u00e0 l\u2019image de celle men\u00e9e par la \u00ab\u00a0coalition pour des technologies critiques\u00a0\u00bb (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/ForCriticalTech\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@forcriticaltech<\/a>), un ensemble de pr\u00e8s de 2000 chercheurs qui souhaitent <a href=\"https:\/\/medium.com\/@CoalitionForCriticalTechnology\/abolish-the-techtoprisonpipeline-9b5b14366b16\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">abolir le pipeline de donn\u00e9es qui m\u00e8ne de la technologie \u00e0 la prison<\/a>. Ces chercheurs s\u2019opposent tr\u00e8s concr\u00e8tement \u00e0 une publication ouvertement phr\u00e9nologique de l\u2019\u00e9diteur Springer, utilisant la reconnaissance faciale pour pr\u00e9dire la criminalit\u00e9 depuis les traits d\u2019un visage. Mais derri\u00e8re cette action sp\u00e9cifique, les chercheurs r\u00e9clament que les donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par le syst\u00e8me de justice criminel am\u00e9ricain ne soient plus utilis\u00e9es pour identifier des criminels ou pr\u00e9dire des comportements criminels. Et pointent que la question technique de l\u2019\u00e9thique et de l\u2019\u00e9quit\u00e9 d\u00e9tourne l\u2019attention des questions fondamentales de validit\u00e9 d\u2019un algorithme.<\/p>\n<h2>D\u00e9financer la police\u00a0!\u2026 Au risque de l\u2019ub\u00e9riser\u00a0?<\/h2>\n<p><a href=\"https:\/\/onezero.medium.com\/defund-the-police-but-dont-replace-it-with-surveillance-tech-64f911fc6d6e\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">For <em>OneZero<\/em><\/a>, le journaliste et romancier <a href=\"http:\/\/timmaughanbooks.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tim Maughan<\/a> (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/timmaughan\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@timmaughan<\/a>), pr\u00e9vient n\u00e9anmoins\u2026 d\u00e9financer la police ne consiste pas \u00e0 la remplacer par toujours plus de technologies de surveillance. La discussion en cours sur le financement de la police am\u00e9ricaine est stimulante, estime Maughan, mais le risque de laisser la place aux entreprises technologiques est r\u00e9el. \u00c0 Camdem, une ville am\u00e9ricaine <a href=\"https:\/\/www.ft.com\/content\/c7796db7-3b68-48cf-b5ba-fa3147ab2adc\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">souvent cit\u00e9e en exemple ces derniers temps<\/a> parce qu\u2019elle a r\u00e9duit depuis plusieurs ann\u00e9es son budget allou\u00e9 \u00e0 la police et a d\u00e9velopp\u00e9 une police de proximit\u00e9, de nombreux syst\u00e8mes de surveillance ont \u00e9t\u00e9 mis en place (cam\u00e9ras de surveillance, surveillance par microphones, cam\u00e9ra thermique, syst\u00e8me de police pr\u00e9dictive\u2026) au profit de soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es\u2026 Derri\u00e8re le d\u00e9financement de la police, le risque est que se d\u00e9veloppe son ub\u00e9risation. Pour Maughan, les annonces de grandes entreprises technologiques de ne plus proposer leurs outils de surveillance \u00e0 la police, ne les engage pas envers d\u2019autres entreprises priv\u00e9es qui collaborent avec elle, voire s\u2019y substituent.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me inh\u00e9rent \u00e0 la surveillance, <a href=\"https:\/\/urbanomnibus.net\/2020\/01\/caught-in-the-spotlight\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">comme le montrait<\/a> le sp\u00e9cialiste de la s\u00e9curit\u00e9 Chris Gilliard (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/hypervisible\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@hypervisible<\/a>), c\u2019est qu\u2019elle \u00e9tend sans cesse le niveau d\u2019infraction et le recours \u00e0 la police. La police devient le recours pour toutes les difficult\u00e9s quotidiennes, alors qu\u2019on pourrait tout \u00e0 fait promouvoir d\u2019autres formes de r\u00e9ponses, comme l\u2019intervention des services sociaux quand il y a des probl\u00e8mes avec des SDF dans les rues\u2026 Pour Maughan, ces enjeux n\u00e9cessitent de mieux d\u00e9finir ce qui rel\u00e8ve du maintien de l\u2019ordre, afin de ne pas \u00e9riger de nouvelles structures oppressives en d\u00e9mantelant les anciennes.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.jurist.org\/commentary\/2020\/06\/sarah-lamdan-data-policing\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Sur Jurist.org<\/a>, la professeure de droit, <a href=\"https:\/\/www.sarahlamdan.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Sarah Lamdan<\/a> (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/greenarchives1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@greenarchives1<\/a>), qui pr\u00e9pare un livre intitul\u00e9 <em>Data Cartels<\/em>, appelle \u00e9galement \u00e0 d\u00e9manteler le <em>\u00ab\u00a0big data policing\u00a0\u00bb<\/em>. Le big data provient principalement des grands courtiers de donn\u00e9es qui fournissent la police comme les services de technologies polici\u00e8res (ainsi que l\u2019essentiel des services commerciaux). Ces services coupl\u00e9s aux innombrables services de donn\u00e9es policiers mettent en place une gigantesque infrastructure de surveillance qui menace les libert\u00e9s de <em>\u00ab\u00a0boucles de r\u00e9troaction racistes\u00a0\u00bb<\/em> perp\u00e9tuant les pr\u00e9jug\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 et reposant sur des donn\u00e9es perclus d\u2019erreurs, dont elle pointe les innombrables dysfonctionnements. Ces utilisations de donn\u00e9es, au final, visent surtout \u00e0 contourner les lois et les r\u00e9glementations en mati\u00e8re de protection des donn\u00e9es personnelles en confiant \u00e0 des services priv\u00e9s des enjeux de politiques publiques. Pour Hamid Khan, fondateur de la <a href=\"https:\/\/stoplapdspying.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">coalition pour arr\u00eater la surveillance de la police de Los Angeles<\/a> (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/stoplapdspying\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@stoplapdspying<\/a>), <em>\u00ab\u00a0les algorithmes n\u2019ont pas leur place dans le maintien de l\u2019ordre\u00a0\u00bb<\/em>, explique-t-il dans <a href=\"https:\/\/www.technologyreview.com\/2020\/06\/05\/1002709\/the-activist-dismantling-racist-police-algorithms\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">une riche interview pour la <em>Technology Review<\/em><\/a>. Si la ville de Los Angeles a annonc\u00e9 depuis <a href=\"https:\/\/www.latimes.com\/california\/story\/2020-04-21\/lapd-ends-predictive-policing-program\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">mettre fin \u00e0 tous ses programmes de police pr\u00e9dictive<\/a>, cela n\u2019a pas entam\u00e9 les convictions et les combats d\u2019Hamid Khan. Pour cet activiste abolitionniste, chaque fois que la surveillance est l\u00e9gitim\u00e9e (que ce soit en proposant des contr\u00f4les par la transparence ou la responsabilit\u00e9), elle est en fait \u00e9tendue. D\u2019o\u00f9 sa revendication pour un d\u00e9mant\u00e8lement de Predpol, <a href=\"http:\/\/www.internetactu.net\/tag\/police-prdictive\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">un des syst\u00e8mes de police pr\u00e9dictive particuli\u00e8rement d\u00e9cri\u00e9<\/a>. Pour lui aussi, la police bas\u00e9e sur la localisation est un substitut du racisme. Comment peut-on alors envisager de r\u00e9former ces outils\u00a0? Existerait-il un <em>\u00ab\u00a0racisme plus doux et plus gentil\u00a0\u00bb<\/em> pour guider ces r\u00e9formes\u00a0? Lui aussi d\u00e9nonce l\u2019expansion structurelle des pouvoirs de police au d\u00e9triment notamment du travail social. \u00c0 Los Angeles, sur les 100 millions de dollars affect\u00e9s par la ville aux sans-abri, 87 millions vont \u00e0 la police\u00a0!<\/p>\n<h2>Sortir de la logique du contr\u00f4le\u00a0?<\/h2>\n<p>Pourtant, r\u00e9affecter une part de budgets de la police aux programmes sociaux n\u2019est pas sans cr\u00e9er de nouveaux probl\u00e8mes, estime la chercheuse <a href=\"https:\/\/www.dorothyeroberts.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Dorothy Roberts<\/a>(<a href=\"https:\/\/twitter.com\/dorothyeroberts\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@dorothyeroberts<\/a>) dans <a href=\"https:\/\/chronicleofsocialchange.org\/child-welfare-2\/abolishing-policing-also-means-abolishing-family-regulation\/44480\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Chronicle of Social Change<\/em><\/a>. Les syst\u00e8mes sociaux ne sont pas toujours plus vertueux que le syst\u00e8me de justice p\u00e9nale, rappelle-t-elle\u00a0: eux aussi sont souvent con\u00e7us pour r\u00e9guler et punir les plus d\u00e9munis. Pire, souligne-t-elle, ce transfert de fonds menace en fait d\u2019accro\u00eetre le contr\u00f4le sur les populations noires et marginales\u2026 comme le montrait tr\u00e8s bien <a href=\"http:\/\/www.internetactu.net\/2018\/01\/15\/de-lautomatisation-des-inegalites\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">le livre de Virginia Eubanks<\/a>. Le risque, enfin, est de pr\u00e9senter les travailleurs sociaux comme des substituts polyvalents aux policiers\u00a0! Les services de protection de l\u2019enfance eux aussi ont tendance \u00e0 punir les familles pauvres et noires, sans n\u00e9cessairement s\u2019attaquer aux causes structurelles de leurs difficult\u00e9s. Le danger est de passer d\u2019une coercition l\u2019autre, quand il est n\u00e9cessaire d\u2019imaginer de meilleurs moyens de pr\u00e9venir la violence domestique ou de r\u00e9pondre aux besoins des familles, qu\u2019en s\u00e9parant les enfants des leurs ou qu\u2019en d\u00e9veloppant leur surveillance (par exemple en fournissant des aides en esp\u00e8ces, des soins de sant\u00e9, un logement et des aides mat\u00e9rielles\u2026 sans contraintes).<\/p>\n<h2>La technologie, support de la convergence des discriminations<\/h2>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-35281\" title=\"Couverture du livre Race After Technology\" src=\"http:\/\/www.internetactu.net\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/41e6dHzh0KL._SY291_BO1204203200_QL40_ML2_.jpg\" alt=\"Couverture du livre Race After Technology\" \/>Pour la sociologue Simone Browne (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/wewatchwatchers\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@wewatchwatchers<\/a>), auteure de <em><a href=\"https:\/\/read.dukeupress.edu\/books\/book\/147\/Dark-MattersOn-the-Surveillance-of-Blackness\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Dark Matters\u00a0: on the surveillance of blackness<\/a><\/em>(Duke University Press, 2015, non traduit), les technologies de surveillance n\u2019ont cess\u00e9 de cat\u00e9goriser et r\u00e9primer les noirs. Elle aussi est peu convaincue par les timides annonces opportunistes des g\u00e9ants de la technologie, <a href=\"https:\/\/www.wired.com\/story\/how-surveillance-reinforced-racism\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">explique-t-elle dans une interview \u00e0 <em>Wired<\/em><\/a>. M\u00eame constat pour l\u2019anthropologue et sociologue <a href=\"https:\/\/www.ruhabenjamin.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Ruha Benjamin<\/a> (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/ruha9\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@ruha9<\/a>), la fondatrice de <a href=\"https:\/\/www.thejustdatalab.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">The Just Data Lab<\/a>, dans son livre <em><a href=\"https:\/\/politybooks.com\/bookdetail\/?isbn=9781509526390\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Race after technology<\/a><\/em> (Polity, 2019, non traduit), qui souligne combien les technologies demeurent des produits culturels et politiques qui refl\u00e8tent la soci\u00e9t\u00e9 dont elles sont issues. Le probl\u00e8me des technologies n\u2019est pas uniquement policier, parce qu\u2019elles sont d\u00e9sormais utilis\u00e9es par toutes les institutions, comme l\u2019\u00e9ducation ou la sant\u00e9. L\u2019enjeu, pour elle, est de trouver les <em>\u00ab\u00a0fant\u00f4mes dans la machine\u00a0\u00bb<\/em>, explique le journaliste Stephen Kearse dans <a href=\"https:\/\/www.thenation.com\/article\/culture\/ruha-benjamin-race-after-technology-book-review\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">un compte-rendu du livre pour <em>The Nation<\/em><\/a>. Sous couvert d\u2019une objectivit\u00e9 technique, les pr\u00e9jug\u00e9s sont centraux dans des syst\u00e8mes technologiques, rappelle-t-elle, et exacerbent les pr\u00e9jug\u00e9s pr\u00e9existants. Au lieu de r\u00e9duire la technologie discriminatoire \u00e0 des pathologies individuelles ou \u00e0 des probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques, Benjamin met l\u2019accent sur la convergence de ces formes discriminatoires. Au final, les in\u00e9galit\u00e9s que les technologies reproduisent tiennent surtout d\u2019un probl\u00e8me structurel. En ouvrant l\u2019histoire des bo\u00eetes noires, Benjamin <a href=\"https:\/\/belonging.berkeley.edu\/video-ruha-benjamin\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">souligne<\/a> que l\u2019indiff\u00e9rence \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociale est une force puissante qui est peut-\u00eatre plus dangereuse que l\u2019intention malveillante. En promouvant l\u2019efficacit\u00e9 plut\u00f4t que l\u2019\u00e9quit\u00e9, l\u2019innovation produit <em>\u00ab\u00a0litt\u00e9ralement un confinement\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0: le fait que les employ\u00e9s noirs ne puissent pas utiliser certains ascenseurs, portes, fontaines \u00e0 eaux, distributeurs de savons ou lumi\u00e8res automatis\u00e9es, parce que ces technologies ne d\u00e9tectent pas leur couleur de peau demeure trait\u00e9 comme un inconv\u00e9nient mineur au service d\u2019un plus grand bien.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re cette invisibilisation et cette indiff\u00e9rence, on trouve \u00e0 la fois une surexposition et une n\u00e9gligence explique <a href=\"http:\/\/www.alondranelson.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Alondra Nelson<\/a>\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire que les minorit\u00e9s discrimin\u00e9es le sont \u00e0 la fois par les abus sp\u00e9cifiques que cette indiff\u00e9rence produit et \u00e0 la fois par la surexposition que ce contr\u00f4le renforce.<\/p>\n<p>Joy Buolamwini (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/jovialjoy\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@jovialjoy<\/a>), fondatrice de la <a href=\"https:\/\/www.ajlunited.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Ligue pour la justice algorithmique<\/a>(<a href=\"https:\/\/twitter.com\/AJLUnited\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@AJLUnited<\/a>), a montr\u00e9 dans <a href=\"http:\/\/gendershades.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">une \u00e9tude<\/a> que les r\u00e9sultats des outils de reconnaissance faciale ont des taux d\u2019erreurs tr\u00e8s diff\u00e9rents selon qu\u2019ils analysent des visages d\u2019homme \u00e0 la peau claire ou de femme \u00e0 la peau fonc\u00e9e. Elle a depuis lanc\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.safefacepledge.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">un pacte<\/a> \u00e0 destination des entreprises qui proposent ces technologies. La militante et chercheuse souhaite rester optimiste et plaide pour des syst\u00e8mes qui parviennent \u00e0 \u00eatre inclusifs.<\/p>\n<p>Reste que ces contestations profondes soulignent combien cet objectif semble s\u2019\u00e9loigner \u00e0 mesure que les technologies se r\u00e9pandent dans toutes les strates de la soci\u00e9t\u00e9. Ces mobilisations et d\u00e9bats montrent en tout cas que le discours \u00e0 l\u2019encontre de la technologie se tend. Comme le soulignait tr\u00e8s bien <a href=\"https:\/\/www.bentarnoff.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Ben Tarnoff<\/a> (<a href=\"https:\/\/twitter.com\/bentarnoff\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">@bentarnoff<\/a>) dans <a href=\"https:\/\/jacobinmag.com\/2019\/11\/tech-companies-antitrust-monopolies-socialist\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">le magazine socialiste am\u00e9ricain <em>Jacobin<\/em><\/a>\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Certains services num\u00e9riques ne doivent pas \u00eatre rendus moins commodes ou plus d\u00e9mocratiques, mais tout simplement abolis\u00a0\u00bb<\/em>. Une revendication \u00e0 arr\u00eater les machines, qui, si elle n\u2019est pas nouvelle, polarise plus que jamais les positions. Reste, derri\u00e8re la question du d\u00e9mant\u00e8lement des armes num\u00e9riques, \u00e0 mieux caract\u00e9riser ce qui doit \u00eatre d\u00e9mantel\u00e9 de ce qui doit \u00eatre gard\u00e9.<\/p>\n<p>Hubert Guillaud<\/p>\n<\/div>\n<\/article>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Hubert Guillaud 29\/06\/2020 Hubert Guillaud Si les annonces de moratoires dans le domaine de la reconnaissance faciale semblent soulager un certain nombre de ses opposants, il ne fait aucun doute que ces r\u00e9ponses des grandes entreprises de la technologie demeurent manifestement des d\u00e9cisions commerciales calcul\u00e9es et limit\u00e9es qui r\u00e9pondent avec plus ou moins de<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":16752,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-16751","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16751","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16751"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16751\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16752"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16751"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16751"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16751"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}