{"id":17093,"date":"2020-07-28T03:14:10","date_gmt":"2020-07-28T07:14:10","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=17093"},"modified":"2020-07-28T03:14:10","modified_gmt":"2020-07-28T07:14:10","slug":"la-france-nest-plus-ce-quelle-etait-et-alors","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/la-france-nest-plus-ce-quelle-etait-et-alors\/","title":{"rendered":"La France n&rsquo;est plus ce qu&rsquo;elle \u00e9tait, et alors?"},"content":{"rendered":"<p><a class=\"author\" href=\"http:\/\/www.slate.fr\/source\/177465\/julien-suaudeau\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Julien Suaudeau<\/a><\/p>\n<p class=\"article-header__chapo\">Nous devons apprendre \u00e0 nous accepter dans notre diversit\u00e9 au lieu de nous obs\u00e9der avec l&rsquo;int\u00e9gration d&rsquo;une alt\u00e9rit\u00e9 fantasm\u00e9e.<\/p>\n<p>illustration : Exposition temporaire \u00abMa proche banlieue\u00bb\u00a0Patrick Zachmann\u2013Photographies 1980-2007 \u00e0 la Cit\u00e9 nationale de l&rsquo;histoire de l&rsquo;immigration.\u00a0| Jean-Pierre Dalb\u00e9ra\u00a0via Wikimedia<\/p>\n<p>Comme chaque ann\u00e9e, l&rsquo;enqu\u00eate Fractures fran\u00e7aises, r\u00e9alis\u00e9e par Ipsos Sopra-Steria pour Le Monde en partenariat avec la Fondation Jean-Jaur\u00e8s et l&rsquo;Institut Montaigne, est revenue sonner le tocsin des angoisses hexagonales.<\/p>\n<p>\u00abOn ne se sent plus chez soi comme avant\u00bb (64% des personnes interrog\u00e9es). \u00abLes immigr\u00e9s ne font pas d&rsquo;efforts pour s&rsquo;int\u00e9grer en France\u00bb (66%). \u00abOn\u00bb et \u00abils\u00bb, \u00abeux\u00bb et \u00abnous\u00bb: au d\u00e9but de son essai paru en 2016, Tristan Garcia montre bien que ce \u00abnous\u00bb n&rsquo;est pas l&rsquo;expression d&rsquo;un collectif qui transcenderait les individualit\u00e9s, mais l&rsquo;exclusion d&rsquo;une alt\u00e9rit\u00e9 qui nous d\u00e9finit et nous d\u00e9limite par l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Au fait, qui est-\u00abon\u00bb? Qui sont-\u00abils\u00bb? Comment sortir de cette guerre de positions politico-m\u00e9diatiques? Le questionnement, noy\u00e9 dans la cacophonie d\u00e9cliniste, n&rsquo;a aucune chance d&rsquo;exister. Mieux vaut hurler et gesticuler que penser.<\/p>\n<p>Cette logique \u00e9lectorale, souvent aussi journalistique (songeons \u00e0 la prolif\u00e9ration, en couverture de nos hebdomadaires, des unes sensationnalistes sur la submersion migratoire, la mont\u00e9e des communautarismes, la dilution des valeurs fran\u00e7aises dans la globalisation), est imparable. Le \u00abpays profond\u00bb ne fait que valider les pr\u00e9dictions de nos \u00e9ditorialistes-oracles. Nous courons \u00e0 notre perte et l&rsquo;apocalypse nous attend. Comment pourrait-il en aller autrement, puisque les sondages le disent?<\/p>\n<p>Rejet de l&rsquo;Autre fantasm\u00e9<br \/>\nEn paraphrasant Lacan, on pourrait avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se que nous sommes pass\u00e9s du stade de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 culturelle \u00e0 celui de la panique identitaire. Le moi fran\u00e7ais, anxieux, parano\u00efaque et pessimiste, fantasme sa corruption, son empoisonnement, sa d\u00e9sint\u00e9gration au contact d&rsquo;un Autre redout\u00e9 et honni.<\/p>\n<p>Le refrain est connu depuis quarante ans. Notre mod\u00e8le d&rsquo;int\u00e9gration est en crise. Mais que veut dire s&rsquo;int\u00e9grer quand on sait tr\u00e8s bien que les populations que nous appelons \u00abimmigr\u00e9es\u00bb, \u00e0 qui nous pensons comme \u00abeux\u00bb, sont en r\u00e9alit\u00e9 aussi Fran\u00e7aises que nous? Les chiffres officiels le montrent, la France accueille moins de personnes venues de l&rsquo;\u00e9tranger que la moyenne de l&rsquo;Union europ\u00e9enne (UE).<\/p>\n<p>\u00abEux\u00bb, ces populations qui, \u00e0 nos yeux, doivent s&rsquo;int\u00e9grer et ne s&rsquo;int\u00e8grent pas, ce sont en r\u00e9alit\u00e9 ces millions de Fran\u00e7ais\u00b7es ouest et nord-africain\u00b7es qui ont obtenu la nationalit\u00e9 par le droit du sol et qui vivraient enferm\u00e9\u00b7es derri\u00e8re \u00abla cl\u00f4ture communautaire\u00bb ch\u00e8re \u00e0 Gilles Kepel, dans la nostalgie du bled, reniant chaque jour les valeurs de la R\u00e9publique en cultivant leurs all\u00e9geances ethno-religieuses.<\/p>\n<p>Comment demander \u00e0 un individu qui appartient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la communaut\u00e9 nationale de s&rsquo;y int\u00e9grer? L&rsquo;injonction n&rsquo;a aucun sens, sauf \u00e0 imaginer une prime \u00e0 l&rsquo;origine. Gauloise? Blanche? Catholique? \u00abIls ne s&rsquo;int\u00e8grent pas\u00bb en dit beaucoup plus long sur la personne qui parle que sur celle que la phrase d\u00e9signe. Elle signifie, avatar de la litote entrepreneuriale, que ce dernier \u00abne correspond pas au profil que nous recherchons\u00bb.<\/p>\n<p>\u00abNos anc\u00eatres les Gaulois\u00bb<br \/>\nLes Cassandre du grand remplacement, cette th\u00e9orie raciste et identitaire, ne se rencontrent plus depuis longtemps dans les seuls rangs de l&rsquo;extr\u00eame droite. On se souvient du minist\u00e8re de l&rsquo;Immigration, de l&rsquo;Int\u00e9gration et de l&rsquo;Identit\u00e9 nationale sous le premier gouvernement de Fran\u00e7ois Fillon, lamentable trouvaille qui avait \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e trois ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, en 2010.<\/p>\n<p>On se souvient du \u00abnos anc\u00eatres les Gaulois\u00bb lanc\u00e9 en 2016 par un Nicolas Sarkozy alors en reconqu\u00eate, avant les primaires de son parti pour la pr\u00e9sidentielle de 2017.<\/p>\n<p>primaires de son parti pour la pr\u00e9sidentielle de 2017.<\/p>\n<p>On se souvient du tract \u00abPour que la France reste la France\u00bb que Les R\u00e9publicains avaient diffus\u00e9 en 2018 \u00e0 l&rsquo;initiative de Laurent Wauquiez, toujours aux abois\u00a0et \u00e0 la remorque de Marine Le Pen.<\/p>\n<p>Cet \u00e9t\u00e9, on a eu droit sur Twitter aux commentaires de deux fers-de-lance du \u00abc&rsquo;\u00e9tait mieux avant\u00bb. Nadine Morano, le 19 juillet, s&rsquo;en est prise aux \u00abtenues de cirque\u00bb de Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement.<\/p>\n<p>Un mois plus tard, c&rsquo;est \u00c9ric Ciotti qui s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9 dans un autre tweet en Charles Martel 2.0, ultime rempart face aux hordes de barbares mass\u00e9es au pied de la citadelle France: \u00ab\u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 certains veulent nous imposer une culture qui n&rsquo;est pas la n\u00f4tre, nous avons le devoir de prot\u00e9ger notre identit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 ces tristes clowns ultraconservateurs et \u00fcber-fran\u00e7ais, qui ne savent raisonner, comme leurs anc\u00eatres des ligues de l&rsquo;entre-deux-guerres, qu&rsquo;en termes unidimensionnels et essentialistes, on rappellera ceci: c&rsquo;est la France qui, dans son expansion coloniale, s&rsquo;est jet\u00e9e \u00e0 la rencontre de ces peuples per\u00e7us aujourd&rsquo;hui comme une menace.<\/p>\n<p>Le revirement du pr\u00e9sident Macron<br \/>\nTrop tard. \u00abIls\u00bb n&rsquo;ont pas attendu les \u00abmigrants \u00e9conomiques\u00bb pour devenir \u00abnous\u00bb. Il y a longtemps que \u00able principe d&rsquo;\u00e9change\u00bb, formul\u00e9 en 1920 par le l\u00e9giste Edmond Locard, a fait son \u0153uvre. Lorsque deux corps entrent en contact l&rsquo;un avec l&rsquo;autre, il y a n\u00e9cessairement un transfert entre ceux-ci.<\/p>\n<p>Depuis le \u00abcontact\u00bb dont Aim\u00e9 C\u00e9saire parle dans son Discours sur le colonialisme, la France ne peut plus \u00eatre la France. Elle est devenue autre chose. Nous autres Fran\u00e7ais\u00b7es, quelles que soient nos origines, portons la trace de cet \u00e9v\u00e9nement fondateur. Nos identit\u00e9s ne peuvent se construire qu&rsquo;en acceptant sa r\u00e9sonance et son onde de choc historiques, en faisant n\u00f4tres l&rsquo;hybridation qu&rsquo;elles impliquent.<\/p>\n<p>Si, aux \u00c9tats-Unis, la population blanche a tendance \u00e0 oublier d&rsquo;o\u00f9 elle vient et que d&rsquo;autres \u00e9taient l\u00e0 avant elle, les individus qui souscrivent ici au mythe du \u00abFran\u00e7ais de souche\u00bb oublient o\u00f9 leurs anc\u00eatres sont all\u00e9s. L&rsquo;entreprise coloniale a alt\u00e9r\u00e9 l&rsquo;ADN fran\u00e7ais de fa\u00e7on irr\u00e9versible. Si tant est que ces abstractions-l\u00e0 aient jamais eu une r\u00e9alit\u00e9, il ne pourra plus jamais y avoir d&rsquo;identit\u00e9 fran\u00e7aise au singulier, de culture fran\u00e7aise, d&rsquo;\u00eatre-fran\u00e7ais\u00b7e.<\/p>\n<p>Une langue? Oui, mais multiple, vivante, travers\u00e9e par le monde, la vari\u00e9t\u00e9 de ses voix, de ses accents, de ses \u00e9crits. N&rsquo;en d\u00e9plaise aux grincheux\u00b7ses professionnel\u00b7les, aux renti\u00e8r\u00b7es de la dislocation, le temps de la nature et de l&rsquo;essence est r\u00e9volu. La puret\u00e9 est une aspiration dangereuse. Ses nostalgiques sont les personnes qui battent en br\u00e8che ce fameux \u00abvivre-ensemble\u00bb dont elles se r\u00e9clament.<\/p>\n<p>Emmanuel Macron, \u00e0 qui la droite a assez reproch\u00e9 pendant la campagne pr\u00e9sidentielle son reniement de la culture fran\u00e7aise, c\u00e9dera-t-il \u00e0 la d\u00e9magogie ambiante sur le th\u00e8me de l&rsquo;immigration? \u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 l&rsquo;UE envisage d&rsquo;articuler la question migratoire \u00e0 la pr\u00e9servation du mode de vie europ\u00e9en, les d\u00e9clarations r\u00e9centes du chef de l&rsquo;\u00c9tat devant les \u00e9lu\u00b7es de la majorit\u00e9 semblent t\u00e9moigner d&rsquo;un inqui\u00e9tant revirement, que la mise au point formul\u00e9e par l&rsquo;aile gauche de LREM ne suffit pas \u00e0 contrebalancer.<\/p>\n<p>Dans cette tribune \u00abPour penser l&rsquo;immigration du XXIe si\u00e8cle avec humanit\u00e9 et efficacit\u00e9\u00bb, les signataires se focalisent sur les \u00abmigrants \u00e9conomiques\u00bb et sur leur int\u00e9gration \u00abdans les territoires\u00bb. La prise de distance par rapport au verbe pr\u00e9sidentiel est louable et s\u00fbrement sinc\u00e8re. Mais, tout en int\u00e9grant les populations qui arrivent aujourd&rsquo;hui, nous devons apprendre \u00e0 accepter comme une partie de nous-m\u00eames celles qui sont arriv\u00e9es hier ainsi que leurs enfants n\u00e9s fran\u00e7ais. \u00abIls\u00bb sont fran\u00e7ais, ni plus ni moins que nous, sans clause d&rsquo;origine ni d&rsquo;anciennet\u00e9, sans avoir \u00e0 d\u00e9cliner sans cesse leur pays d&rsquo;origine. Nous sommes un seul et m\u00eame peuple. Notre universalisme, s&rsquo;il veut exister dans le r\u00e9el et pas seulement dans le ciel des valeurs, est \u00e0 ce prix.<\/p>\n<p>Avec la mont\u00e9e des p\u00e9rils environnementaux et le creusement des in\u00e9galit\u00e9s, il devient urgent de nous inventer un avenir commun, en d\u00e9passant les antagonismes st\u00e9riles et les obsessions identitaires. Pourquoi ne pas commencer par faire entrer dans le dictionnaire un mot qui n&rsquo;a pas encore d&rsquo;existence officielle: \u00abafro-fran\u00e7ais\u00bb?<\/p>\n<p>Nous sommes Fran\u00e7ais\u00b7es et en m\u00eame temps Africain\u00b7es, et en m\u00eame temps une multiplicit\u00e9 d&rsquo;autres identit\u00e9s qui ne cessent d&rsquo;aller et venir en nous. Cette prise de conscience ne serait pas l&rsquo;application la moins pertinente de la philosophie pr\u00e9sidentielle. Le regrett\u00e9 Rachid Taha le savait bien, lui pour qui les identit\u00e9s nationales comme les identit\u00e9s individuelles ne s&rsquo;\u00e9panouissent que dans la fluidit\u00e9, l&rsquo;\u00e9lan et le renouvellement permanent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Julien Suaudeau Nous devons apprendre \u00e0 nous accepter dans notre diversit\u00e9 au lieu de nous obs\u00e9der avec l&rsquo;int\u00e9gration d&rsquo;une alt\u00e9rit\u00e9 fantasm\u00e9e. illustration : Exposition temporaire \u00abMa proche banlieue\u00bb\u00a0Patrick Zachmann\u2013Photographies 1980-2007 \u00e0 la Cit\u00e9 nationale de l&rsquo;histoire de l&rsquo;immigration.\u00a0| Jean-Pierre Dalb\u00e9ra\u00a0via Wikimedia Comme chaque ann\u00e9e, l&rsquo;enqu\u00eate Fractures fran\u00e7aises, r\u00e9alis\u00e9e par Ipsos Sopra-Steria pour Le Monde en<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":17094,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-17093","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17093","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17093"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17093\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17094"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17093"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17093"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17093"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}