{"id":17390,"date":"2020-08-07T03:04:28","date_gmt":"2020-08-07T07:04:28","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=17390"},"modified":"2020-08-07T03:04:28","modified_gmt":"2020-08-07T07:04:28","slug":"reflexion-sur-lhistoire-de-la-martinique-des-origines-a-la-fin-du-second-empire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/reflexion-sur-lhistoire-de-la-martinique-des-origines-a-la-fin-du-second-empire\/","title":{"rendered":"REFLEXION SUR L\u2019HISTOIRE DE LA MARTINIQUE DES ORIGINES \u00c0 LA FIN DU SECOND EMPIRE"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Marl\u00e8ne Hospice<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La premi\u00e8re p\u00e9riode de Conqu\u00eate<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Vers 1440, premiers exploits de navigation des Portugais descendant les c\u00f4tes africaines. Ils ram\u00e8nent au Portugal les premiers esclaves noirs.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1492, Christophe Colomb \u00e0 la recherche de la Route des Indes touche terre dans un monde imm\u00e9diatement sti- pul\u00e9 \u00ab Nouveau Monde \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1493, la bulle papale octroie le Nouveau Monde \u00e0 l\u2019Espagne et au Portugal. Les puissances europ\u00e9ennes s\u2019y refusent sur le champ.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Jusque vers 1680, ce sont presque deux si\u00e8cles de guerres permanentes pour acc\u00e9der au \u00ab Nouveau Monde \u00bb. Corsaires mandat\u00e9s ou simples aventuriers, ma- rins hors pair donnant la chasse aux ga- lions espagnols. Chaque rocher dans la<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">mer Cara\u00efbe est une prise de guerre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1625, d\u2019Esnambuc s\u2019installe \u00e0 Saint- Christophe, d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9e par les An- glais (\u00e0 peine 260 km2, on se la dispute : elle est au premier rang dans le chapelet d\u2019\u00eeles des Petites Antilles).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1635, le m\u00eame D\u2019Esnambuc d\u00e9- barque en Martinique.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La France d\u00e9tient alors un territoire dans les Petites Antilles et en Guyane. Mais sa grande perspective visant la moiti\u00e9 de l\u2019\u00eele de Saint-Domingue tarde \u00e0 se concr\u00e9tiser. Les Fran\u00e7ais n\u2019occupent toujours que l\u2019\u00eele de la Tortue.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans la r\u00e9alit\u00e9, d\u00e8s les ann\u00e9es 1700- 1730, quoique sur le pied de guerre avec l\u2019autre moiti\u00e9 de l\u2019\u00eele espagnole, l\u2019occu- pation fran\u00e7aise s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e sur \u00ab son \u00bb territoire. Avec ses 28000 km2, c\u2019est<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">la seule grande \u00eele cara\u00efbe que poss\u00e8de la France.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La deuxi\u00e8me p\u00e9riode de Conqu\u00eate<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le peuplement, la mise en culture, l\u2019ex- ploitation des Iles, l\u2019implantation du sucre, s\u2019\u00e9panouissent au niveau mon- dial.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En Martinique, vers les ann\u00e9es 1650, les Fran\u00e7ais n\u2019occupent que la c\u00f4te cara\u00efbe du Pr\u00eacheur jusqu\u2019\u00e0 Fort-Royal. Les Cara\u00efbes chass\u00e9s vont se regrouper sur la c\u00f4te atlantique d\u2019acc\u00e8s tr\u00e8s difficile. Les petites guerres du d\u00e9but contre les Cara\u00efbes se terminent par une guerre d\u2019extermination. Ceux qui ne sont pas tu\u00e9s tentent de quitter l\u2019\u00eele. Quelques- uns se r\u00e9fugient dans les bois, en parti-<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Page 4 ANTILLA N\u00b0 1930- &#8211; 30 Juillet 2020<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">culier les femmes et les enfants.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Sur tout le \u00ab Nouveau Monde \u00bb le sch\u00e9ma est ancr\u00e9 : g\u00e9nocide ou ethno- cide, les nations indig\u00e8nes sont vain- cues ; les Blancs sont les colons, dor\u00e9navant seuls \u00ab propri\u00e9taires \u00bb des nouveaux territoires.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il faut de la main-d\u2019\u0153uvre ; les Afri- cains rafl\u00e9s sur les c\u00f4tes africaines de- viennent un butin que s\u2019arrachent les n\u00e9griers.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En Martinique vers 1658, il existe en- viron 3000 blancs, ils seront 16 000 en 1742, majoritairement des Blancs cr\u00e9oles n\u00e9s aux colonies.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les premiers esclaves d\u00e9barquent en petits groupes en Martinique d\u00e8s les an- n\u00e9es 1644 ; ils sont au nombre de 2760 en 1664 et seront 36000 en 1719. La traite n\u00e9gri\u00e8re est un trafic organis\u00e9 par les grandes puissances sous la f\u00e9rule en particulier de la Grande-Bretagne. Tandis que l\u2019empire espagnol bat de l\u2019aile et se d\u00e9lite, l\u2019Angleterre est deve- nue la premi\u00e8re puissance maritime mondiale.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ce ne sont pas seulement les c\u00f4tes afri- caines qui sont ravag\u00e9es. La p\u00e9n\u00e9tration \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du continent africain s\u2019en- cha\u00eene naturellement. La razzia des es- claves arrach\u00e9s de l\u2019int\u00e9rieur des<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">terres s\u2019\u00e9tablit comme un commerce stable avec la complicit\u00e9 de royaumes africains recevant leur d\u00eeme sur le trafic dont ils deviennent les partenaires.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les n\u00e8gres<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">S\u2019il est vrai que dans les premiers temps lorsque les colons vivent encore dans des ajoupas recouverts de feuilles, les n\u00e8gres (deux ou trois \u00e0 peu pr\u00e8s par pro- pri\u00e9taire) dorment \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des ma\u00eetres ; le fait sera tenu comme irr\u00e9el dans les ann\u00e9es qui suivent.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L\u2019industrie n\u00e9gri\u00e8re prend son ampleur au d\u00e9but des ann\u00e9es 1650. Les premiers bateaux n\u00e9griers d\u00e9barquent \u00ab leur mar- chandise \u00bb en pr\u00e9sence de religieux. La \u00ab neutralit\u00e9 \u00bb de ces religieux pour ne pas dire leur indiff\u00e9rence ou leur complicit\u00e9, se conjugue dans l\u2019endoctri- nement des nouveaux venus, h\u00e9b\u00e9t\u00e9s, sortis du voyage d\u2019enfer qui a \u00e9t\u00e9 le leur.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans les d\u00e9buts, les suicides sont nom- breux. Peu \u00e0 peu les nouveaux arrivants d\u00e9couvrent que d\u2019une certaine mani\u00e8re ils sont arriv\u00e9s dans des pays de n\u00e8gres.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">On aurait tort de croire \u00e0 une solidarit\u00e9 quel- conque s\u2019\u00e9tablissant de fait entre anciens es- claves et nouveaux venus.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Tant de sc\u00e8nes racont\u00e9es avec la pr\u00e9cision minutieuse des reportages du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, grand si\u00e8cle de la d\u00e9couverte \u00e9pisto- laire du Monde.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Des n\u00e8gres \u00e9taient arriv\u00e9s d\u00e8s 1502 avec les Espagnols. La conqu\u00eate de la partie fran\u00e7aise de Saint-Domingue s\u2019est faite avec des n\u00e8gres, partie prenante de toutes les attaques corsaires lanc\u00e9es par les Fran\u00e7ais depuis l\u2019\u00eele de la Tortue. La fameuse attaque de Cartha- g\u00e8ne des Indes en mai 1697, complot de cor- saires de plusieurs nationalit\u00e9s (commandit\u00e9e en sous-main par la Marine fran\u00e7aise sur ordre de Louis XIV) propulsait ses guerriers n\u00e8gres aux avant-postes. Nombre d\u2019entre eux re\u00e7urent leur libert\u00e9 pour leurs exploits \u2014 l\u2019un d\u2019eux emmen\u00e9 en France pour \u00eatre pr\u00e9- sent\u00e9 \u00e0 Louis XIV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le mythe du marronnage :<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le n\u00e8gre d\u00e9barquant et prenant ses jambes \u00e0 son cou pour dispara\u00eetre dans la nature est un mythe litt\u00e9raire.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la totalit\u00e9 des violences qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 subies avant d\u2019\u00eatre embarqu\u00e9 sur un na- vire n\u00e9grier ; les \u00e9preuves de ce voyage dans ces quinzi\u00e8me, seizi\u00e8me si\u00e8cles o\u00f9 m\u00eame les pays les plus avanc\u00e9s croyaient que les mers \u00e9taient tenues par des d\u00e9mons surgissant de tous les univers possibles ; les mauvais trai- tements qui instaurent imm\u00e9diatement la re- lation entre les ma\u00eetres blancs et les esclaves ; l\u2019\u00e9tat mental de l\u2019esclave mis aux ench\u00e8res ; l\u2019arriv\u00e9e dans un nouveau monde totalement inconnu, ce ne sont pas seulement des constats imaginaires qui fabriquent le sc\u00e9na- rio, mais les constats \u00e9crits par les inter- m\u00e9diaires du syst\u00e8me esclavagiste lui-m\u00eame. Tout est not\u00e9, comptabilis\u00e9 au cours d\u2019un transport n\u00e9grier. Les bateaux n\u00e9griers ont des comptes \u00e0 rendre \u00e0 leurs Compagnies.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le fameux \u00ab n\u00e8gre marron \u00bb mettant pied \u00e0 terre, se d\u00e9barrassant de ses cha\u00eenes et filant vers la for\u00eat \u00e0 la vitesse d\u2019un Usain Bolt, pour s\u2019y terrer et se redonner \u00e0 lui-m\u00eame sa libert\u00e9, n\u2019est qu\u2019une perle de la litt\u00e9rature. On recueille partout sur tous les territoires de ce monde cara\u00efbe et latino-am\u00e9ricain des ci- tations de n\u00e8gres marrons en fuite. Dans l\u2019in- tervalle des ann\u00e9es 1650-1750 alors que \u00ab les ma\u00eetres \u00bb ne sont pas encore stabilis\u00e9s dans leur position sociale et surtout ne tiennent pas entre leurs mains tous les pouvoirs de commande sur la colonie, \u00ab la police des n\u00e8gres \u00bb si redoutable et efficace donnant la chasse aux n\u00e8gres marrons s\u2019est institution- nalis\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Que des n\u00e8gres, seuls ou en groupe, s\u2019enfon- cent dans une for\u00eat et prennent le large est<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">une hypoth\u00e8se plausible. En ce qui concerne la Martinique les n\u00e8gres marrons d\u00e9couvri- ront rapidement leur ennemi insurmontable : le trigonoc\u00e9phale !<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Que des \u00ab bandes \u00bb de n\u00e8gres puissent s\u2019em- parer d\u2019un territoire et fonder en quelque sorte un espace de libert\u00e9, cette possibilit\u00e9 n\u2019a pris forme qu\u2019\u00e0 travers deux histoires parfaitement inventori\u00e9es de nos jours, loca- lis\u00e9es, remont\u00e9es \u00e0 la surface des faits histo- riques depuis plus de deux si\u00e8cles.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La premi\u00e8re, la fabuleuse \u00e9pop\u00e9e du qui- lombo dos Palmar\u00e8s au Br\u00e9sil.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le quilombo dos Palmar\u00e8s, 65 ans de libert\u00e9 marronne, son dernier Roi, Zumbi dos Pal- mar\u00e8s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Apr\u00e8s l\u2019attaque du quilombo en 1694, Zumbi est d\u00e9capit\u00e9 le 20 novembre 1695. Retenons le fait capital qui figure toujours comme l\u2019arme de la d\u00e9faite d\u2019une libert\u00e9 marronne, savoir la trahison de Zumbi par l\u2019un des siens.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La deuxi\u00e8me, le morcellement \u00e0 la Jama\u00efque de plusieurs \u00ab territoires marrons \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les Anglais avaient pris la Jama\u00efque aux Es- pagnols en 1655. Des groupes d\u2019esclaves marrons s\u2019\u00e9taient form\u00e9s dans les montagnes. En 1739-1740, le gouverneur anglais pro- pose aux territoires marrons une certaine li- bert\u00e9 \u00e0 condition que ceux-ci ram\u00e8nent les nouveaux marrons.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La guerre contre les territoires de marrons est d\u00e9clar\u00e9e. Les Anglais trouveront la solution en les d\u00e9portant en Sierra Leone.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Martinique 1665, Francisque Fabul\u00e9 (du nom de son ma\u00eetre) entra\u00eene derri\u00e8re lui 400 \u00e0 500 fugitifs. Cette fuite dure deux \u00e0 trois mois. Une ordonnance du 13 avril 1665 accorde \u00e0 tous ceux qui ram\u00e8neraient des n\u00e8gres fugi- tifs depuis un mois, cent livres de p\u00e9tun, de- puis deux mois, deux cents livres de p\u00e9tun, depuis 6 mois \u00e0 un an, cinq cents livres. Six mois plus tard, Fabul\u00e9 lui-m\u00eame se rend et ram\u00e8ne douze fugitifs. (Le gouverneur Clo- dor\u00e9 lui donne la libert\u00e9, l\u2019engage chez lui, l\u2019envoie chercher les autres n\u00e8gres. Apr\u00e8s le d\u00e9part de Clodor\u00e9, Fabul\u00e9 est condamn\u00e9 comme for\u00e7at aux gal\u00e8res perp\u00e9tuelles).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La suite de cet \u00e9pisode \u00e0 la Martinique ne laisse voir que de pauvres h\u00e8res partis en marronnage sur un coup de t\u00eate, vite repris et soumis \u00e0 toutes les horreurs (jambe coup\u00e9e etc..).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La troisi\u00e8me p\u00e9riode :<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">une Conqu\u00eate s\u2019asseyant sur ses acquis ; les colons en attente de l\u2019\u00c2ge d\u2019or comme un d\u00fb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Vers les ann\u00e9es 1680-1700 partout dans l\u2019univers du Nouveau Monde on aspire \u00e0 une paix g\u00e9n\u00e9rale. Le commerce le r\u00e9clame. L\u2019in-<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">ANTILLA N\u00b0 1930 30 Juillet 2020 Page 5<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">dustrie du sucre et du caf\u00e9 a besoin de s\u2019\u00e9panouir. La production du sucre devient l\u2019\u00e9pine dorsale d\u2019un commerce mondial comme le p\u00e9trole par exemple le deviendra au vingti\u00e8me si\u00e8cle.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Entre les colons des Petites \u00eeles et la M\u00e9tropole un bras de fer est engag\u00e9. Les colons se pr\u00e9tendent seuls ma\u00eetres des terres conquises et stabilis\u00e9es. Mais la M\u00e9- tropole avait rachet\u00e9 les \u00eeles aux premiers propri\u00e9taires qu\u2019elle avait adoub\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La M\u00e9tropole qui seule a les moyens de fournir les n\u00e8gres, d\u2019impulser un nouveau financement capitaliste \u00e0 la hauteur des ambitions pour la fabrique du sucre, impose sa sup\u00e9riorit\u00e9 hi\u00e9rarchique sur les pr\u00e9tentions des colons.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Tous les colons dans les \u00eeles n\u2019ont qu\u2019un horizon : fa- briquer du sucre. Le gouvernement fran\u00e7ais interdit la cr\u00e9ation de nouvelles sucreries&#8230; En 1715 mort de Louis XIV, instabilit\u00e9 dans la relation m\u00e9tropole-colo- nies, tensions sur le numerus clausus du nombre de su- creries ; en 1717, en Martinique, c\u2019est la r\u00e9volte du Gaoul\u00e9 lorsque les colons proclament la destitution des repr\u00e9sentants de la m\u00e9tropole&#8230;<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La m\u00e9fiance des colons martiniquais envers la m\u00e9tro- pole ne faiblira pas. Maintenant c\u2019est la colonie fran- \u00e7aise de Saint-Domingue qui devient l\u2019embl\u00e8me de leur ressentiment. En effet, le d\u00e9veloppement de cette partie fran\u00e7aise est spectaculaire.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La partie fran\u00e7aise de Saint-Domingue est consid\u00e9r\u00e9e comme la propri\u00e9t\u00e9 du Minist\u00e8re de la Marine. Saint- Domingue recueille tous les investissements m\u00e9tropo- litains.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La source la plus am\u00e8re pour les colons martiniquais est la priorit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 Saint-Domingue dans l\u2019appro- visionnement \u00ab en n\u00e8gres \u00bb. Ils se plaignent de ne r\u00e9- cup\u00e9rer que \u00ab les n\u00e8gres de rebut \u00bb, ceux dont Saint-Domingue ne veut pas.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1740-1750, la politique de la France est diff\u00e9rente entre la partie de Saint-Domingue et le reste des Petites Antilles.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Pour les petites \u00eeles, la dynamique du ressentiment l\u2019emporte.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans la partie fran\u00e7aise de Saint-Domingue, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 c\u2019est l\u2019exaltation du grand si\u00e8cle capitaliste qui s\u2019y configure. Mais d\u2019un autre c\u2019est le regard du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res qui s\u2019y projette et met \u00e0 la question le fait co- lonial.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">On ne peut plus traiter dans un m\u00eame ensemble les pe- tites colonies et la colonie fran\u00e7aise de Saint-Do- mingue.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">1745-1750 \u00e0 1785-1794 : les fulgurances de l\u2019Histoire Les esclaves en Martinique et autres Petites Antilles, les n\u00e8gres \u00e0 Saint-Domingue<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans les ann\u00e9es 1745 -1750, d\u2019une \u00eele \u00e0 l\u2019autre, la du- ret\u00e9 des conditions de vie de l\u2019esclave soumis \u00e0 l\u2019arbi- traire sans limites des ma\u00eetres blancs est la m\u00eame que toujours.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">On n\u2019a pas v\u00e9cu en Martinique une l\u00e9gende d\u2019Habitations de 500 es- claves et au-del\u00e0. La moyenne maxi- male des meilleurs temps ne d\u00e9passe pas les 200 esclaves. Tandis qu\u2019\u00e0 Saint-Domingue, les Habitations de mille esclaves et plus sont l\u00e9gion. En 1710 estimation de l\u2019Habitation Ducasse : \u00ab 58 hommes, 48 n\u00e9- gresses, 35 n\u00e9grillons et n\u00e9grittes, 141 t\u00eates au total (2 aradas, 3 oucesnothes, 2 congos, 2 mandingues, 4 cr\u00e9oles, 4 sangs-m\u00eal\u00e9s).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab J\u2019ai vendu mon n\u00e8gre. Il avait de- puis longtemps de grands d\u00e9fauts qui sont la paresse et la mauvaise volont\u00e9. Il en a acquis deux autres qui ont achev\u00e9 d\u2019en faire un sujet d\u00e9cid\u00e9ment mauvais : il \u00e9tait devenu voleur et marron. (&#8230;) Depuis cet instant mon n\u00e8gre n\u2019a pas approch\u00e9 de ma cham- bre. Je l\u2019ai fait rigoureusement ch\u00e2tr\u00e9 en pr\u00e9sence de mes propri\u00e9taires. Je l\u2019ai fait mettre \u00e0 la cha\u00eene et fait tra- vailler dans leurs jardins pendant en- viron six mois, au beau duquel temps il est tomb\u00e9 malade d\u2019une fluxion de poitrine. J\u2019ai manqu\u00e9 le perdre. Tout m\u00e9chant qu\u2019il \u00e9tait, il fallait bien en avoir soin pour le r\u00e9chapper. Enfin je l\u2019ai tir\u00e9 d\u2019affaire. (&#8230;) J\u2019en ai tir\u00e9 le meilleur parti qu\u2019il m\u2019a \u00e9t\u00e9 possible et plac\u00e9 sa valeur en deux petits de 10 \u00e0 11 ans. (1785, Correspondance de Regnaud de Beaumond \u00e0 sa m\u00e8re, Extrait de \u00ab \u00c0 Saint-Domingue, avec deux jeunes \u00e9conomes de plantation, 1774-1785, Debien Gabriel) D\u00e9fricher, mettre en culture, imm\u00e9- diatement produire ; du nord au sud, d\u2019est en ouest, c\u2019est Saint-Domingue. L\u2019ambition est un v\u00e9cu quotidien. D\u2019un seul tenant, on pr\u00e9tend occuper tout l\u2019espace g\u00e9ographique et phy- sique. Les seules barri\u00e8res infranchis- sables se trouvent dans les perp\u00e9tuelles r\u00e9criminations et petites guerres le long de la fronti\u00e8re entre la partie fran\u00e7aise et la partie espagnole. L\u2019Histoire n\u2019a pas le temps de s\u2019\u00e9crire. Le v\u00e9cu au pr\u00e9sent se raconte tambour battant et apparemment ne s\u2019imprime pas. Chaque nouvelle page effa\u00e7ant la pr\u00e9c\u00e9dente.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1739, un inspecteur de la police du Cap s\u2019\u00e9tonne des jeux d\u2019argent \u00e0 ciel ouvert :<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab Nulle part on ne joue avec plus d\u2019audace. Les esclaves eux-m\u00eames y font publiquement des parties tr\u00e8s ch\u00e8res. \u00bb Les cabarets doivent \u00eatre ferm\u00e9s \u00e0 des heures marqu\u00e9es et ce-<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">pendant j\u2019ai eu le voisinage d\u2019un ca- baret o\u00f9 les n\u00e8gres m\u2019emp\u00eachaient de dormir longtemps apr\u00e8s (&#8230;) \u00ab (Mo- reau de Saint-M\u00e9ry)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab Les n\u00e8gres vont arm\u00e9s de gros b\u00e2- tons, ils tiennent des chambres \u00e0 loyer, ils jouent, ils forment des as- sembl\u00e9es, ils violent enfin tous les r\u00e8glements et les hommes de police sont spectateurs tranquilles de leurs contraventions (&#8230;) \u00bb (Moreau de Saint-M\u00e9ry)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Au Cap en 1767, un march\u00e9 tenu par des n\u00e8gres est ouvert Place de Clu- gny. Ce march\u00e9, non pav\u00e9, boueux, recevra jusqu\u2019\u00e0 20 000 esclaves en- voy\u00e9s par leurs ma\u00eetres pour vendre les produits de leurs habitations (les plus fid\u00e8les esclaves sont d\u00e9sign\u00e9s pour ce march\u00e9, ils s\u2019en vont libre- ment, prennent le bateau, effectuent de longs parcours presqu\u2019en hommes libres). En principe la police du mar- ch\u00e9 est l\u00e0 pour tenir les gens sous s\u00e9- questre. Ce sont toujours des libres de couleur, pauvres, qui assument cette surveillance. Mais ils ont appris \u00e0 re- garder au loin et \u00e0 ne se quereller avec personne.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Penser en terme d\u2019\u00e9vidence du Social n\u2019est pas encore dans les stratifica- tions mentales du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle. Du c\u00f4t\u00e9 des n\u00e8gres, c\u2019est le v\u00e9cu d\u2019une exp\u00e9rience collective.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Qui se hasarderait \u00e0 en tirer une pr\u00e9- diction pour l\u2019Avenir, \u00e0 mesurer la grande bascule de l\u2019esclave dans ses cha\u00eenes au n\u00e8gre plac\u00e9 de fait dans une libert\u00e9 d\u2019action et de participa- tion ?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Comment ce pr\u00e9sent en miettes, in- stable, dans l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 permanente, constitue-t-il un cha\u00eenon qui s\u2019ins\u00e8re naturellement dans un processus en cours bien qu\u2019ind\u00e9tectable ?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Vers les ann\u00e9es 1780-1785 s\u2019\u00e9crivent les premi\u00e8res grandes compilations avec une vis\u00e9e r\u00e9trospective et totali- satrice (Hilliard d\u2019Auberteuil, M\u00e9d\u00e9- ric Louis \u00c9lie Moreau de Saint-M\u00e9ry, et de nombreux autres&#8230;)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le marqueur le plus impressionnant, c\u2019est l\u2019\u00e9valuation du nombre d\u2019es- claves : 500.000 environ. L\u2019\u00e9valuation du nombre de n\u00e8gres \u00e0 Saint-Domingue continue d\u2019\u00eatre un sujet contest\u00e9 entre historiens. Les grands t\u00e9moins qui ont particip\u00e9 aux \u00e9v\u00e8nements donnent des chiffres qui tournent autour de 900 000 n\u00e8gres (\u00e0 mettre en relief par rapport aux<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Page 6 ANTILLA N\u00b0 1930- &#8211; 30 Juillet 2020<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">60.000 n\u00e8gres de la Martinique).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Une donn\u00e9e p\u00e8se lourd dans la balance et ce- pendant demeure ind\u00e9chiffrable. Elle concerne les n\u00e8gres mercenaires, farouches soldats qui ont toujours occup\u00e9 la cha\u00eene de montagnes s\u00e9- parant la moiti\u00e9 fran\u00e7aise de l\u2019\u00eele de l\u2019autre moiti\u00e9 espagnole. Ces n\u00e8gres marrons ser- vaient \u00e0 tour de r\u00f4le l\u2019Espagne ou l\u2019Angleterre. Jamais les Fran\u00e7ais n\u2019avaient fait appel \u00e0 eux. Dans l\u2019embrasement g\u00e9n\u00e9ral de la partie fran- \u00e7aise de Saint-Domingue \u00e0 partir des ann\u00e9es 1797-1801, il faudra compter avec eux.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L\u2019incontournable Makandal, br\u00fbl\u00e9 vif le 20 janvier 1758 :<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1748, Makandal, le grand n\u00e8gre de \u00ab la n\u00e9- gritude \u00bb, le premier \u00e0 ouvrir pour ses compa- triotes la voie unique du gladiateur descendant dans l\u2019ar\u00e8ne.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Makandal, d\u00e9barqu\u00e9 dans la partie nord, est achet\u00e9 par Lenormand Le Mezy un colon du Limb\u00e9. Il est victime d\u2019un accident, son bras est pris dans le moulin. Il faut le lui couper. Il est sauf. On l\u2019affecte \u00e0 la surveillance des trou- peaux.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il ne recherche personne mais tout le monde le recherche. La puissance du silence, la puis- sance de la concentration. Il d\u00e9couvre plusieurs plantes v\u00e9n\u00e9neuses. Comment un personnage aussi mutique, silencieux, devient-il une puis- sance incontest\u00e9e ?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les quelques Blancs (il y en eut) qui regar- daient les esclaves d\u2019un autre \u0153il et cher- chaient \u00e0 entrer en contact avec eux, ne purent jamais rompre le mur avec lui. Petit \u00e0 petit, Makandal agr\u00e8ge autour de sa personne des pe- tits groupes d\u2019esclaves qui viennent danser avec lui la nuit dans la for\u00eat et psalmodier quelques bribes incompr\u00e9hensibles pour les Blancs qui les ont recueillies par la suite. (Quelques strophes : Baron-Samedi, Baron-La \u2013Croix, Baron- Cimeti\u00e8re&#8230;Je suis taureau, je beugle \/ Dans mon p\u00e2turage, que vois-je ? Je vois cela. Je beugle&#8230;Je suis criminel\/ Toute ma famille est criminelle\/ En haut, en haut, en haut \/ Dis-leur que je suis criminel (&#8230;) \u00bb) Peu \u00e0 peu Makandal multiplie les s\u00e9ances et \u00e9tend son territoire d\u2019action. Le Vaudou est n\u00e9 et s\u2019implante \u00e0 Saint-Domingue&#8230;(Tambour petro&#8230;Tambour rada&#8230; Les amis qui sont loin sont comme de l\u2019argent mis de c\u00f4t\u00e9&#8230;Les amis proches sont des couteaux \u00e0 deux tranchants&#8230; )<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Makandal a jet\u00e9 des graines d\u2019identit\u00e9 dans les esprits des esclaves qu\u2019on avait d\u00e9c\u00e9r\u00e9br\u00e9s, d\u00e9- connect\u00e9s d\u2019une m\u00e9moire du pass\u00e9 ne leur lais- sant comme socle unique de leur pr\u00e9sent que les horreurs du transfert sur le bateau n\u00e9grier et le quotidien de leur nouveau statut. Makandal va semer le poison dans les alen- tours. Lorsqu\u2019il est pris, c\u2019est par la trahison d\u2019un des siens.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">On n\u2019a jamais pu s\u2019entendre sur le nombre de morts laiss\u00e9s derri\u00e8re lui par Makandal. Il ne fallait pas semer la pa- nique chez les Blancs (certains chiffres vont jusqu\u2019\u00e0 3000 victimes). Makandal est condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre br\u00fbl\u00e9 vif dans une sc\u00e8ne grandiose sur la place principale du Cap le 20 janvier 1758. C\u2019est l\u2019\u00e9crivain cubain Alejo Carpen- tier qui, dans son ouvrage Le Royaume de ce Monde, fixe la l\u00e9gende. L\u2019im- mense foule d\u2019esclaves amen\u00e9s de force pour assister au spectacle semble \u00e9touffer dans son silence. Lorsque tout d\u2019un coup s\u2019\u00e9l\u00e8ve un grand cri : \u00ab Li sauv\u00e9! \u00bb. Ils avaient vu Makandal sortir du feu parfaitement intact et s\u2019\u00e9lever jusqu\u2019au Ciel !<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Un autre t\u00e9moignage, celui de l\u2019Abb\u00e9 Le Monnier en 1769, parlant d\u2019un autre n\u00e8gre marron : \u00ab Discours d\u2019un n\u00e8gre marron qui a \u00e9t\u00e9 repris et qui va subir le dernier supplice. (Saint-Domingue 1769).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De toute \u00e9vidence l\u2019abb\u00e9 Monnier ne mettrait pas sur le m\u00eame plan Makan- dal et son parfait h\u00e9ros princier arrach\u00e9 \u00e0 sa principaut\u00e9 et qui philosophe comme s\u2019il \u00e9tait dans son cabinet de lecture. Ses plaintes contre l\u2019esclavage font piti\u00e9. Il reste un homme seul jusqu\u2019au bout de sa plaidoirie : \u00ab Puisse donc la race des Noirs se multiplier et s\u2019\u00e9clairer ! Puisse-t-elle un jour&#8230; L\u00e2ches tyrans, vous p\u00e2lissez, vous bais- sez la t\u00eate. Rassurez-vous, puisse-t-elle un jour, je ne dis pas r\u00e9duire \u00e0 la servi- tude, mais forcer \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 les Blancs qui l\u2019outragent (&#8230;) Bourreau, fais ton m\u00e9tier, mon corps est \u00e0 toi. Brise la prison de mon \u00e2me, qu\u2019elle aille s\u2019unir \u00e0 son Cr\u00e9ateur. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00c0 Saint-Domingue un \u00ab espace social n\u00e8gre \u00bb se fabrique spontan\u00e9ment en \u00eelots dispers\u00e9s, un processus lent, invi- sible parce qu\u2019impensable.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Situation compar\u00e9e : Martinique, Saint- Domingue<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De 1740-50 aux ann\u00e9es 1780 :<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les Grands Blancs de Martinique n\u2019en- trent pas dans les m\u00eames standards de noblesse que ceux de Saint-Domingue. Ces derniers s\u2019apparentent plus \u00e0 la grande noblesse de La Marine fran- \u00e7aise. (La R\u00e9volution de 1789 ne son- ge\u00e2t m\u00eame pas \u00e0 attaquer ce privil\u00e8ge). Les Grands Blancs de Martinique sont majoritairement des Blancs cr\u00e9oles n\u00e9s dans la colonie.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Nombre de Grands Blancs de Saint-<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Domingue ont regagn\u00e9 leurs p\u00e9nates dans leurs ch\u00e2teaux en d\u00e9l\u00e9guant la res- ponsabilit\u00e9 de leurs propri\u00e9t\u00e9s \u00e0 des in- tendants, des \u00e9conomes, des sous-ordres de niveaux sociaux divers.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ceux qu\u2019on appelle les Petits Blancs en Martinique sont la seconde vague de peuplement de Blancs dans la colonie. Ils n\u2019ont pas eu de facilit\u00e9s pour acqu\u00e9- rir une terre, la monter en Habitation. Ils souffrent de leur statut inf\u00e9rioris\u00e9 et n\u2019en ont que plus de rage contre ceux sur lesquels ils peuvent d\u00e9verser leur haine (c\u2019est \u00e0 dire les esclaves).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le monde des Petits blancs de Saint- Domingue est une p\u00e2te feuillet\u00e9e. Ca- t\u00e9gories et sous-cat\u00e9gories s\u2019entrem\u00ealent. Parmi eux d\u2019ardents jeunes gens de bonne famille d\u00e9sargen- t\u00e9e et de bonne \u00e9ducation, d\u00e9\u00e7us d\u2019\u00eatre mis en concurrence avec des vaga- bonds morts-de-faim du \u00ab bas peuple \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le total de Grands Blancs et Petits Blancs s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 18 000 en moyenne en Martinique.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il est de 30 000 \u00e0 Saint-Domingue.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les libres de couleur (mul\u00e2tres ou n\u00e8gres libres) n\u2019existent pas comme ca- t\u00e9gorie en Martinique avant les ann\u00e9es 1780. Les liens entre eux ne sont pas visibles. Un libre de couleur, surtout s\u2019il est mul\u00e2tre, aura les bonnes ma- ni\u00e8res de demander \u00e0 son ancien ma\u00eetre et de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son g\u00e9niteur Blanc de porter son enfant sur les fonts bap- tismaux.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00c0 Saint-Domingue, d\u00e8s les ann\u00e9es 1760-1770, les libres de couleur sont une \u00e9vidence : parmi eux de riches pro- pri\u00e9taires, ils ont capitalis\u00e9 sur les mornes ne cherchant pas de concur- rence avec les Blancs dont les Habita- tions sont toujours dans les plaines, cultivant plut\u00f4t le caf\u00e9 que le sucre. Ils se fr\u00e9quentent entre eux&#8230;Mariages, bapt\u00eames&#8230; Leur appartenance \u00e0 une cat\u00e9gorie sociale est tout autant de fait que pour les autres cat\u00e9gories (Grands Blancs, Petits Blancs). D\u00e8s les ann\u00e9es 1780 ils sont 30 000, \u00e0 \u00e9galit\u00e9 en nom- bre avec les Blancs. Ils sont eux-m\u00eames propri\u00e9taires d\u2019esclaves.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En Martinique on compte 60.000 es- claves.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans les ann\u00e9es 178O, les Blancs sont toujours obnubil\u00e9s par la situation \u00e0 Saint-Domingue.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les trois guerres franco-anglaises qui se sont encha\u00een\u00e9es (de 1744 \u00e0 1748, de<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">ANTILLA N\u00b0 1930 30 Juillet 2020 Page 7<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">1759 \u00e0 1763 et celle de 1778 \u00e0 1783 qui d\u00e9bouche sur la naissance des Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique) accroissent la mi- s\u00e8re sur toutes les \u00eeles.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1780, alors qu\u2019aucun signe n\u2019est visible d\u2019une agita- tion parmi les esclaves qui ne se m\u00e9fient que trop les uns des autres, brusquement apparaissent sur deux ou trois Habitations des morts de b\u00e9tail \u00ab suspectes \u00bb. Panique chez les Blancs, les Habitations sont suppos\u00e9es entre les mains d\u2019empoisonneurs. Un des Grands Blancs les plus en vue, un Du Buc, demande en urgence la justice pr\u00e9v\u00f4- tale (il a perdu 169 n\u00e8gres et tous ses bestiaux).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">1780 : Dubuc de Sainte-Preuve au Galion ; chambre pr\u00e9- v\u00f4tale demand\u00e9e par Du Buc.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La chambre ambulante : 25 accus\u00e9s : 3 furent condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre br\u00fbl\u00e9s vifs, 6 \u00e0 \u00eatre pendus et leurs corps jet\u00e9s au feu, 4 \u00e0 \u00eatre marqu\u00e9s et fouett\u00e9s et les autres \u00e0 assister \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des condamn\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(Greffier Rochery M\u00e9naut et Pocquet de Janville ; conseil- lers commissaires Dubuc assist\u00e9 de Dessalles fils nomm\u00e9 procureur g\u00e9n\u00e9ral).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Contrairement \u00e0 la situation qui a vu na\u00eetre Ha\u00efti (l\u2019an- cienne partie fran\u00e7aise de Saint-Domingue),<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">les esclaves de Martinique n\u2019ont pas conscience de leur individualit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L\u2019espace de l\u2019Habitation est pour chacun d\u2019eux une prison \u00e0 ciel ouvert, une condamnation \u00e0 vie. On y est n\u00e9, on y a grandi, la suspicion vis-\u00e0-vis de l\u2019Autre est la r\u00e8gle.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La relation avec les ma\u00eetres est un n\u0153ud de vip\u00e8res, flat- teries, haines raval\u00e9es, mensonges, jalousies, flagorneries, double jeu, un naturel d\u00e9vastateur qui ne laisse m\u00eame pas la possibilit\u00e9 du repli sur soi (ces deux-l\u00e0 par exemple qui accompagnent toujours le ma\u00eetre lorsque celui-ci quitte Trinit\u00e9 pour se rendre \u00e0 Saint-Pierre, ils dorment dans sa chambre, ils sont \u00e9blouis de d\u00e9couvrir Saint-Pierre, ils re- viendront fiers d\u2019eux-m\u00eames pour rendre les autres plus jaloux, plus amers, plus referm\u00e9s sur eux-m\u00eames).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De 1780 \u00e0 1815, les esclaves martiniquais sont hors jeu, on ne peut pas les consid\u00e9rer comme \u00e9tant \u00ab en lutte \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 5 mai 1789 en France, les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux avec la d\u00e9- ferlante d\u2019\u00e9v\u00e8nements qui suivent, provoque un \u00e9tat de choc chez les Grands Blancs de la Martinique. Il ne leur \u00e9chappe pas que se d\u00e9bat \u00e0 Paris le droit de p\u00e9tition des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des libres de couleur de Saint-Domingue.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 3 juin 1790 \u00e0 Saint-Pierre en Martinique, le jour de la F\u00eate-Dieu, un groupe de mul\u00e2tres et n\u00e8gres libres, pro- bablement presque tous gens de Saint-Pierre, s\u2019ins\u00e8re dans la procession \u00e0 la stupeur g\u00e9n\u00e9rale des Blancs. La proces- sion se fige dans un d\u00e9lire imm\u00e9diat des Blancs, 33 mu- l\u00e2tres et libres de couleur, massacr\u00e9s en plein jour, en pleine rue, les corps imm\u00e9diatement jet\u00e9s \u00e0 la voirie.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1794, le d\u00e9cret du 16 pluvi\u00f4se an II (4 f\u00e9vrier 1794) proclame l\u2019abolition de l\u2019esclavage.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 6 f\u00e9vrier 1794, une d\u00e9l\u00e9gation de Grands Blancs mar- tiniquais va en Angleterre pour signer l\u2019engagement qu\u2019ils ont pris de \u00ab donner \u00bb la Martinique \u00e0 l\u2019Angleterre. De fait les Anglais ont d\u00e9j\u00e0 install\u00e9 leurs batteries pour inter- dire \u00e0 Rochambeau (commissaire d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par la France pour la proclamation de l\u2019abolition de l\u2019esclavage) de prendre pied en Martinique.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De 1794 \u00e0 1815-1820, ce sont vingt an- n\u00e9es d\u2019une v\u00e9ritable incarc\u00e9ration des esclaves sur chaque Habitation.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De nouveau proclam\u00e9 en 1811-1812 : -1\u00b0) Chaque commissaire de quartier formera un tableau des blancs et gens de couleur libres de son quartier en \u00e9tat de porter des armes, qui devront \u00eatre tenus de faire le service, en cas de be- soin, pour le maintien de l\u2019ordre et de la tranquillit\u00e9 int\u00e9rieure de l\u2019\u00eele.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">2\u00b0) Qu\u2019il sera fait ensuite une chasse g\u00e9- n\u00e9rale dans la colonie, qu\u2019en cons\u00e9- quence on fera sortir le m\u00eame jour, de chaque quartier, un d\u00e9tachement pour battre les bois et parcourir les diff\u00e9rents endroits o\u00f9 pourraient se r\u00e9fugier les n\u00e8gres marrons et les fugitifs de la Mar- tinique.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">3\u00b0) Que Monsieur le G\u00e9n\u00e9ral sera invit\u00e9 \u00e0 faire une proclamation par laquelle il sera promis une r\u00e9compense \u00e0 celui qui arr\u00eatera un ou plusieurs fugitifs de la Martinique. Cette r\u00e9compense sera pour le n\u00e8gre esclave de sa libert\u00e9 ; et dans ce cas le prix de l\u2019esclave sera pay\u00e9 \u00e0 son ma\u00eetre par la Caisse coloniale ; et pour l\u2019homme blanc ou de couleur libre de vingt cinq mo\u00ebdes par t\u00eate, payable par la caisse de la colonie ; et que les per- sonnes qui seraient convaincu d\u2019avoir recul\u00e9 ou retir\u00e9 les dits fugitifs, seraient poursuivis criminellement.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">4\u00b0) Qu\u2019il sera form\u00e9 une compagnie de chasseurs de n\u00e8gres marrons compos\u00e9e de trente hommes de couleur libres et recevant une demi-gourde chaque jour. .<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Outre la paie ci-dessus mentionn\u00e9e, le d\u00e9tachement qui fera des captures de n\u00e8gres marrons profitera de leur paie \u00e0 savoir : 10 gourdes pour ceux pris dans les bois et \u00e0 4 gourdes pour ceux arr\u00eat\u00e9s ailleurs. V\u00e9rification des titres des gens de couleur libres.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L\u2019histoire de l\u2019abolition de l\u2019esclavage en Martinique ne s\u2019enclenche qu\u2019au 19\u00e8me si\u00e8cle.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les \u00e9tapes de l\u2019Histoire<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il est difficile de r\u00e9sumer en quelques lignes les \u00e9v\u00e8nements importants qui se d\u00e9roulent en France et \u00e0 Saint-Do- mingue.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"> Notre point de rep\u00e8res sera la guerre d\u2019ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine de 1778 \u00e0 1783 (La France y participe du c\u00f4t\u00e9 des treize colonies am\u00e9ricaines r\u00e9clamant leur ind\u00e9pendance contre l\u2019Angleterre qui n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 battue).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Saint-Domingue est la base des forces fran\u00e7aises, toute la population y parti- cipe.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les corsaires des Petites Antilles sont naturellement de la partie.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les libres de couleur de Saint-Do- mingue combattent en formant leur propre bataillon.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">D\u00e8s 1785, les libres de couleur de Saint- Domingue se rapprochent des autorit\u00e9s et expriment le d\u00e9sir d\u2019offrir au Roi un vaisseau et en m\u00eame temps d\u2019exposer leur situation \u00e0 Sa Majest\u00e9 : ils sont libres certes, mais sans la reconnais- sance des droits civiques dus \u00e0 des hommes libres.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Vincent Og\u00e9 et Julien Raymond sont les figures de proue pour Saint-Domingue. Ils sont \u00e0 Paris d\u00e8s avant les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9- raux. Ils ont r\u00e9ussi, avant novembre 1789, \u00e0 former un groupe de plus de 78 libres de couleur ou n\u00e8gres esclaves qui signeront devant notaire l\u2019existence de leur groupe de p\u00e9titionnaires.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En Angleterre, William Wilberforce (1759-1833), d\u00e9put\u00e9 en 1784, entre d\u00e9j\u00e0 dans le combat contre la traite n\u00e9gri\u00e8re (pour rappel l\u2019Angleterre est \u00e0 cette \u00e9poque la premi\u00e8re puissance n\u00e9gri\u00e8re) et pour l\u2019abolition de l\u2019esclavage.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Tr\u00e8s vite se constitue autour de lui une arm\u00e9e de militants (Thomas Clarkson, Charles Middleton&#8230;).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Entre eux r\u00e8gne l\u2019esprit des Crois\u00e9s d\u2019antan.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Militants actifs ils sont en permanence sur le terrain. Ils pr\u00eachent et mobilisent particuli\u00e8rement dans les environs por- tuaires. Ils exigent de visiter les bateaux n\u00e9griers dans les ports. Ils d\u00e9nichent quelques perles rares parmi des n\u00e8gres d\u00e9barqu\u00e9s en Angleterre et les aident \u00e0 raconter leur histoire : Antony Amo, le guin\u00e9en ; Ignatus Sancho L\u2019Africain ; Olaudad Equiano, le r\u00e9cit complet de sa vie ; le proc\u00e8s de l\u2019esclave James So- merset venu de Virginie ; Ottobah Cu- goano (sur la traite des n\u00e8gres )&#8230;<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En France est fond\u00e9e la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis des Noirs le 19 f\u00e9vrier 1788<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">141 membres. Parmi les plus en vue : Condorcet, Brissot, Carra, La Fayette, le financier Clavi\u00e8re, le Chevalier de Saint-Georges, J\u00e9r\u00f4me P\u00e9tion de Ville- neuve, Mirabeau, l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire, l\u2019abb\u00e9 Sieyes, Le Duc de la Rochefou- cauld, Louis Monneron etc&#8230;<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La phrase rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab P\u00e9rissent les colonies plut\u00f4t qu\u2019un principe \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Page 8 ANTILLA N\u00b0 1930- &#8211; 30 Juillet 2020<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Par contre, d\u00e8s le 20 ao\u00fbt 1789, la confr\u00e9rie des Grands Blancs propri\u00e9taires de Saint-Domingue et les repr\u00e9- sentants des ports fran\u00e7ais s\u2019organisent en \u00ab Club des colons de l\u2019H\u00f4tel de Massiac \u00bb. Ce club est tr\u00e8s orga- nis\u00e9 pour tuer dans l\u2019\u0153uf toute remise en question de l\u2019Ordre colonial tel qu\u2019il existe.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les 1200 d\u00e9put\u00e9s venus de toute la France pour la convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, avec leur propre cahier de dol\u00e9ances, ne sont pas l\u00e0 pour discuter principale- ment des colonies dont un grand nombre ignore jusqu\u2019\u00e0 la situation g\u00e9ographique.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Saint-Domingue entre dans un chaos d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e 1789. La mort de Vincent Og\u00e9 est donn\u00e9e en spectacle dans un grand d\u00e9corum sinistre que les Blancs d\u00e9cha\u00een\u00e9s ont mis en sc\u00e8ne (il sera d\u00e9membr\u00e9 apr\u00e8s qu\u2019il se soit age- nouill\u00e9 une bougie \u00e0 la main pour demander pardon aux Blancs d\u2019avoir obtenu les droits civiques pour les libres de couleur).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De 1791 \u00e0 1793 la guerre civile embrase le pays entier. Le Pacte Vaudou est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 au Bois Ca\u00efman avec Boukman.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Toussaint Louverture entre en lice.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1794, la proclamation de l\u2019abolition de l\u2019esclavage en France vise \u00e0 reprendre la main sur Saint-Domingue. Mais les colons s\u2019accrochent. La guerre civile continue. Napol\u00e9on est au pouvoir depuis son coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire en 1799, consul \u00e0 vie \u00e0 partir du 2 ao\u00fbt 1802, proclam\u00e9 empereur en 1804. Il d\u00e9cide de reprendre la colonie de Saint-Domingue, de m\u00eame que la Guade- loupe et d\u2019y r\u00e9tablir l\u2019esclavage. Le retour de la Marti- nique dans le giron fran\u00e7ais ne demande qu\u2019une n\u00e9gociation avec l\u2019Angleterre. De toute fa\u00e7on la Mar- tinique n\u2019avait pas connu d\u2019abolition de l\u2019esclavage. Exp\u00e9dition Leclerc \u00e0 Saint-Domingue, arrestation par tra\u00eetrise de Toussaint Louverture emmen\u00e9 en France pour \u00eatre jet\u00e9 en prison jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1803, Saint- Domingue est en feu, carnages, flots de sang, guerre sans merci.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Leclerc est vaincu.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Naissance d\u2019Ha\u00efti le 1er janvier 1804, \u00e9v\u00e9nement mon- dial de la fin du 18\u00e8me si\u00e8cle.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C\u2019est le seul pays dans lequel les n\u00e8gres ont pu mener une bataille de cette ampleur.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle s\u2019ouvre par un coup d\u2019\u00e9clat de l\u2019Angleterre (premi\u00e8re puissance n\u00e9gri\u00e8re) qui convoque le Congr\u00e8s de Vienne pour imposer la fin de la traite n\u00e9gri\u00e8re. L\u2019Angleterre reprend son r\u00f4le de pre- mi\u00e8re puissance mondiale. Elle s\u2019arroge un droit de vi- site de n\u2019importe quel bateau sous n\u2019importe quel pavillon. (La France demande un d\u00e9lai, la traite clan- destine continuera jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1840 et plus&#8230;)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les Bourbon sont de retour. La France est redevenue royaliste. La grande \u00e8re r\u00e9volutionnaire ouverte en 1789 est enterr\u00e9e. La Martinique est remise solennelle- ment \u00e0 la France le 2 d\u00e9cembre 1814.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ha\u00efti est encore dans l\u2019\u00e9clat de son triomphe. C\u2019est vers Ha\u00efti que se tourne Simon Bolivar qui appelle \u00e0 l\u2019aide<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">pour un d\u00e9barquement au Venezuela. Ha\u00efti le re\u00e7oit avec les honneurs, pro- pose toute son aide \u00e0 condition que Bo- livar d\u00e9clare l\u2019abolition de l\u2019esclavage dans tous les pays d\u2019Am\u00e9rique Latine qu\u2019il aura conquis. Ce qui sera fait.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le temps des vautours s\u2019abattra sur Ha\u00efti \u00e0 partir de 1825.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Pour commencer, la France qui r\u00e9clame \u00e0 Ha\u00efti ruin\u00e9e, en cendres, une r\u00e9para- tion financi\u00e8re faramineuse pour les d\u00e9- dommagements des Blancs ayant perdu leurs biens. La pression est accompa- gn\u00e9e de menaces militaires, d\u2019une nou- velle armada de 14 b\u00e2timents de 28 canons.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La pression est telle que les Ha\u00eftiens sont contraints de signer un montage de dettes qui repr\u00e9sentent un total de 150 millions de franc-or et pour Ha\u00efti une dette sur 125 ans.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Toutes les autres puissances euro- p\u00e9ennes soutiennent cette revanche (re- vanche contre les n\u00e8gres). L\u2019Am\u00e9rique, qui dans sa guerre d\u2019ind\u00e9- pendance contre l\u2019Angleterre avait vu venir des n\u00e8gres ha\u00eftiens (de Saint-Do- mingue en ce temps-l\u00e0) se battre pour elle, a d\u00e9j\u00e0 dans sa vis\u00e9e l\u2019occupation d\u2019Ha\u00efti qui ne tardera pas.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Apr\u00e8s le retour des Bourbons le d\u00e9- dommagement des colons est un prin- cipe de base sacr\u00e9, le d\u00fb aux colons va peser lourdement sur les luttes \u00e0 venir.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En Martinique<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De 1794 \u00e0 1822, les Blancs se r\u00e9galent de vingt ann\u00e9es de paix, ils n\u2019affrontent aucun d\u00e9fi. L\u2019\u00e2ge d\u2019or pour eux de l\u2019Habitation devient r\u00e9alit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Soudain, l\u2019\u00e9chafaudage de tranquillit\u00e9 est \u00e9branl\u00e9 :<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">T\u00e9tis, un mul\u00e2tre cordonnier surnomm\u00e9 Moli\u00e8re menant jusque-l\u00e0 une vie tran- quille \u00e0 Saint-Pierre mijote une r\u00e9volte. Ils sont d\u00e9j\u00e0 plusieurs conjur\u00e9s. Ils en- voient des \u00e9missaires pour soulever les Habitations Garou et Venancourt. Non seulement les esclaves de cette Habita- tion restent sourds mais le commandeur Vincent et le raffineur Paul d\u00e9noncent la conspiration. Moli\u00e8re se suicide. Son cadavre est recueilli par la justice qui condamne le cadavre \u00e0 \u00eatre tra\u00een\u00e9 sur la claie et pendu par les pieds.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00c9lyz\u00e9e, esclave du Sieur Faugas n\u2019a pas quinze ans. Mul\u00e2tre comme sa m\u00e8re Ay, esclave du Sieur \u00c9douard Henry. \u00c9ly- z\u00e9e est probablement le fils du Sieur Henry. Tr\u00e8s jeune, \u00c9lyz\u00e9e a \u00e9t\u00e9 \u00ab donn\u00e9<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">en cadeau \u00bb \u00e0 un membre de la famille Faugas dont l\u2019Habitation est tr\u00e8s \u00e9loi- gn\u00e9e de Saint-Pierre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00c9lyz\u00e9e s\u2019enfuit de l\u2019Habitation Faugas. Il fomente un complot avec une bonne dizaine de demandeurs, atteindre Saint- Pierre et s\u2019y dissimuler puis voler un canot.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il r\u00e9ussit \u00e0 approcher sa m\u00e8re qui le cache (aid\u00e9e d\u2019une amie, Agn\u00e8s).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le jour du d\u00e9part est fix\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les partants n\u2019ont pas le temps d\u2019at- teindre le Pr\u00eacheur. Le complot est d\u00e9- nonc\u00e9 par Domette, une petite mul\u00e2tresse de 8 ans.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Un proc\u00e8s se pr\u00e9pare en grande pompe. Arr\u00eat de la condamnation (le 30 d\u00e9cem- bre 1815) : condamnations \u00e0 mort pour tous (\u00c9lyz\u00e9e sera le premier \u00e0 \u00eatre pendu et \u00e9trangl\u00e9 sous les yeux de sa m\u00e8re, son corps jet\u00e9 \u00e0 la voirie).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Pr\u00e8s de cinq mille esclaves ont \u00e9t\u00e9 ras- sembl\u00e9s pour assister \u00e0 la sc\u00e8ne d\u2019ex\u00e9- cution des peines.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ay et Agn\u00e8s re\u00e7oivent 29 coups de fouet et sont marqu\u00e9es des lettres GAL (condamnation aux gal\u00e8res perp\u00e9tuelles sur les pontons).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Vers 1821, choc chez les Blancs, les libres de couleur sont aussi nombreux qu\u2019eux.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">11.073 libres de couleur contre 9.697 blancs<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Quelques noms (Millet Joseph, n\u00e9 en 1782 ; L\u00e9once Nicolas, (n\u00e9 en 1793 ?) le plus riche des libres de couleur ; Fa- bien Louis, n\u00e9 en 1794 ; Bissette Cy- rille, en 1795 ; Pory-Papy, en 1805 &#8230; )<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">M\u00e9tiers des gens de couleur : ma\u00eetres charpentiers, ma\u00eetres ma\u00e7ons, entrepre- neurs de b\u00e2timents, charpentiers, ma- \u00e7ons, menuisiers, ma\u00eetres perruquiers, ma\u00eetres tailleurs, cordonniers, tonne- liers, marchands, marchandes grai- ni\u00e8res, marchand traiteur, navigateur, p\u00eacheurs, charpentiers de marine, cal- fat, bouchers.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les professions lib\u00e9rales sont interdites (clerg\u00e9, administration, notaires, huis- siers, avocats, greffiers).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En Martinique, les libres de couleur sont pour la plupart de petits agricul- teurs ou des artisans. \u00c0 Saint-Pierre et \u00e0 Fort-Royal, ils sont plut\u00f4t marchands de gros, n\u00e9gociants, concessionnaires, c\u2019est une classe de propri\u00e9taires d\u2019im- meubles, quelques-uns poss\u00e8dent un petit nombre d\u2019esclaves. (\u00c0 Saint Do- mingue, des libres de couleur sont tr\u00e8s<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">ANTILLA N\u00b0 1930 30 Juillet 2020 Page 9<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">t\u00f4t de grands propri\u00e9taires d\u2019Habitations et possesseurs d\u2019esclaves).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1822, c\u2019est la r\u00e9volte du Carbet :<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">21 condamn\u00e9s \u00e0 la peine capitale, 10 aux gal\u00e8res perp\u00e9- tuelles, ex\u00e9cution des condamn\u00e9s sur la place Bertin le 19 novembre 1822.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1823-1824, c\u2019est la d\u00e9portation massive de plus de 1500 libres de couleur au S\u00e9n\u00e9gal !<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1823, Cyrille Bissette ose adresser une lettre de cour- toisie<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">souhaitant la bienvenue au nouveau Commissaire de justice nomm\u00e9 en Martinique, le Baron de la Mardelle. Cette lettre pr\u00e9sente des v\u0153ux au Souverain de la part des libres de couleur et d\u00e9clare la fid\u00e9lit\u00e9 des libres de couleur envers Sa Majest\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Sit\u00f4t connue, cette p\u00e9tition soul\u00e8ve l\u2019ire des Blancs. Bissette irrite d\u2019autant plus qu\u2019il est le petit-fils du Grand Blanc Joseph Gaspard de Tascher de la Pagerie, p\u00e8re de Jos\u00e9phine de Beauharnais. \u00c2g\u00e9 de 28 ans, p\u00e8re de quatre enfants, commer\u00e7ant prosp\u00e8re \u00e0 Fort-de- France, il y a l\u00e0 un profil-type de la haine des Blancs. En novembre 1823, L\u00e9once Nicolas, l\u2019homme de cou- leur le plus riche de la colonie (et pour comble d\u2019ou- trance l\u2019associ\u00e9 d\u2019une grande soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9tropolitaine d\u2019import-export) subit une attaque foudroyante. Un Blanc qui fait partie de ses nombreux d\u00e9biteurs (on ne cesse de venir lui demander des emprunts, sorte de ran- \u00e7on qui ne dit pas son nom) s\u2019insurge d\u2019entendre L\u00e9once hausser la voix pour lui parler. L\u00e9once d\u00e9clare qu\u2019il ne peut plus lui pr\u00eater d\u2019argent alors qu\u2019il n\u2019a toujours pas rembours\u00e9 la dette qu\u2019il a envers lui. Cette sc\u00e8ne se d\u00e9- roule chez L\u00e9once sans aucun t\u00e9moin. Quarante-huit heures plus tard, L\u00e9once Nicolas accus\u00e9 comme \u00ab mu- l\u00e2tre insolent \u00bb est convoqu\u00e9 devant un juge unique. Il est condamn\u00e9 \u00e0 une d\u00e9portation imm\u00e9diate. On ne lui laisse m\u00eame pas le temps de rentrer chez lui et de se pro- curer quelques objets et documents qui lui sont indis- pensables. Fin novembre sans m\u00eame avoir eu le temps de pr\u00e9venir ses proches, de se procurer des v\u00eatements pour affronter l\u2019hiver, la d\u00e9portation est effective.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Un train d\u2019enfer est lanc\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 12 d\u00e9cembre 1823, une perquisition est ordonn\u00e9e chez deux riches libres de couleur, Mont Louis Th\u00e9bia et J. \u00c9rich\u00e9 fra\u00eechement arriv\u00e9s au pays apr\u00e8s une longue absence. On trouve chez eux quelques exem- plaires d\u2019une brochure intitul\u00e9e \u00ab De la situation des gens de couleur libres aux Antilles \u00bb, un ouvrage qui circule depuis des mois \u00e0 Paris et dont l\u2019identit\u00e9 de l\u2019au- teur ne fait aucun doute, Gabriel Jacques Laisn\u00e9 de Vil- lev\u00eaque, ce dernier, ami de longue date de J. \u00c9rich\u00e9. Dans la foul\u00e9e, une descente de police est diligent\u00e9e chez Bissette et Fabien. On trouve chez chacun d\u2019eux un exemplaire de l\u2019ouvrage.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 13 d\u00e9cembre Bissette est appel\u00e9 \u00e0 compara\u00eetre (le procureur g\u00e9n\u00e9ral est Richard de Lucy).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 22 d\u00e9cembre, arrestation de Fabien et Volny.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 23 d\u00e9cembre \u00e0 3 heures du matin, 12 hommes de couleur, les principaux n\u00e9gociants de Fort-Royal (Jo- seph \u00c9rich\u00e9, Mont Louis Th\u00e9bia, Joseph Millet, Armand<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Hilaire, Laborde, Germain Saint-Aude , Dufond, \u00c9tienne Pascal , Angel, Joseph Verdet, Montganier, Edouard Nouill\u00e9) sont arr\u00eat\u00e9s. Ils sont transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 bord de la Go\u00e9lette La B\u00e9arnaise, mouill\u00e9e dans la rade.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 5 janvier 1824 un jugement condamne Bissette au bannissement perp\u00e9tuel (il vient d\u2019\u00eatre p\u00e8re), Fabien et Volny \u00e0 cinq ans de bannissement. (Le silence du gouverneur le g\u00e9n\u00e9ral Donzelot : \u00ab &#8230;Je ferai poursuivre avec la derni\u00e8re rigueur les perturba- teurs&#8230; \u00bb)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 12 janvier 1824 un second arr\u00eat sur- classe le premier jug\u00e9 trop cl\u00e9ment. Cet arr\u00eat d\u00e9finitif condamne Bissette, Fa- bien et Volny aux gal\u00e8res \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Ils seront imm\u00e9diatement marqu\u00e9s des lettres GAL (gal\u00e8res).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La Martinique enti\u00e8re est prise de folie.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les Blancs de toutes les communes, Basse-Pointe, Marigot et la Grande Anse (Lorrain), parmi les plus enrag\u00e9es, participent \u00e0 une rafle de libres de cou- leur dans toute l\u2019\u00eele. Plus de 1500 hommes de couleur seront d\u00e9port\u00e9s sans proc\u00e8s, un grand nombre sont jet\u00e9s dans les colonies espagnoles, anglaises, am\u00e9- ricaines.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La go\u00e9lette \u00ab La B\u00e9arnaise \u00bb se lance avec une cinquantaine de condamn\u00e9s \u00e0 son bord, enlev\u00e9s du pays sans avoir pu communiquer avec leurs familles, se munir de v\u00eatements pour cette longe tra- vers\u00e9e qui se fera en plein hiver.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cette d\u00e9portation est si extraordinaire que les nouvelles se r\u00e9pandent dans le monde et parviennent en France \u00e0 partir des colonies anglaises et espagnoles. Ni le gouverneur de la Martinique ni le Ministre de la Justice n\u2019en avaient en- core averti le gouvernement fran\u00e7ais.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab La B\u00e9arnaise \u00bb entre dans la rade de Brest le 20 avril 1824 avec ses 43 d\u00e9- port\u00e9s. Le mauvais temps ne lui permet pas de continuer sa route jusqu\u2019\u00e0 Dakar. Les d\u00e9port\u00e9s sont d\u00e9tenus \u00e0 bord de la gabarre du Roi, \u00ab le Tarn \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Un deuxi\u00e8me transport \u00e0 bord du \u00ab Cha- meau \u00bb transporte 166 d\u00e9port\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les deux convois sont cens\u00e9s se rendre en ligne directe au S\u00e9n\u00e9gal.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Entr\u00e9e en lice d\u2019un spectaculaire d\u00e9fen- seur de la cause des d\u00e9port\u00e9s : Ma\u00eetre Fran\u00e7ois-Andr\u00e9 Isambert,<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ma\u00eetre Fran\u00e7ois-Andr\u00e9 Isambert, avocat aux Conseils du Roi, au Conseil d\u2019\u00c9tat<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">et \u00e0 la Cour de Cassation, directeur du Bulletin des Lois, il a alors 32 ans. L\u2019homme est engag\u00e9 dans une \u0153uvre monumentale en 28 volumes sous le titre \u00ab Recueil g\u00e9n\u00e9ral des anciennes lois fran\u00e7aises depuis 420 jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9- volution de 1789 \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il est tellement choqu\u00e9 par la nouvelle de cette d\u00e9portation qu\u2019il d\u00e9cide de se rendre sur-le-champ \u00e0 Brest.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00c0 cette \u00e9poque, les voyages se font en diligences.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00c0 peine arriv\u00e9, il sort tout son arsenal juridique pour obtenir l\u2019autorisation de rencontrer les d\u00e9port\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il r\u00e9dige son \u00ab M\u00e9moire pour les d\u00e9por- t\u00e9s de Martinique \u00bb en m\u00eame temps que toutes les interpellations qu\u2019il adresse \u00e0 la Cour de Cassation, au Ministre de la Marine, \u00e0 toutes les instances juridiques de France, \u00e0 de hautes personnalit\u00e9s comme le Duc d\u2019Angoul\u00eame, \u00e0 Londres et autres capitales europ\u00e9ennes.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il d\u00e9pose m\u00eame une plainte contre le gouverneur de Martinique le G\u00e9n\u00e9ral Donzelot.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Sa pr\u00e9sence \u00e0 Brest suscite l\u2019organisa- tion d\u2019un comit\u00e9 de soutien.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les d\u00e9port\u00e9s re\u00e7oivent des v\u00eatements, un soutien moral inestimable qui les aide petit \u00e0 petit \u00e0 sortir de leur abatte- ment (41 d\u00e9port\u00e9s ont laiss\u00e9 derri\u00e8re eux 57 enfants).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Tout le monde est accroch\u00e9 \u00e0 la m\u00e9t\u00e9o (le mauvais temps a interrompu la route impos\u00e9e jusqu\u2019au S\u00e9n\u00e9gal), c\u2019est la course contre la montre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 10 mai, requ\u00eate en cassation pour Bissette, Fabien, Volny et demande d\u2019une r\u00e9ponse dans les 24 h (Ma\u00eetre Isambert rappelle la loi qui impose pour les libres de couleur la capacit\u00e9 de se pourvoir en cassation).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ma\u00eetre Isambert manie tous les styles, il peut se montrer sec et cassant.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 30 juin 1824, r\u00e9ponse dilatoire du Ministre de la Marine \u00e0 Me Isambert qui interpelle alors le Pr\u00e9sident du Conseil des ministres.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Pour Ma\u00eetre Isambert, le temps presse (le second bateau \u00ab Le Chameau \u00bb a pris la route du S\u00e9n\u00e9gal, plus rien ne peut l\u2019arr\u00eater). Il interpelle presque tous les Barreaux de la c\u00f4te atlantique : Rouen, Rennes, Rochefort&#8230;<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il trouve le temps de r\u00e9diger une Note sur la l\u00e9gislation coloniale extraite des Recueils officiels, il rel\u00e8ve 179 dates et jugements.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 15 juillet 1824, un arr\u00eat de la Cour de Cassation d\u00e9clare que les pourvois des d\u00e9port\u00e9s sont recevables \u00e0 la Cour de Cassation.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Page 10 ANTILLA N\u00b0 1930- &#8211; 30 Juillet 2020<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 22 juillet 1824 le \u00ab M\u00e9moire pour les d\u00e9port\u00e9s de Martinique \u00bb de Ma\u00eetre Isambert est publi\u00e9 dans \u00ab le Journal des D\u00e9bats (cr\u00e9\u00e9 en 1789) \u00bb et dans \u00ab le Constitutionnel \u00bb (les deux journaux les plus diffus\u00e9s en France).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cette publicit\u00e9 annonce la r\u00e9v\u00e9lation \u00e0 la France de la grande plaie qu\u2019est l\u2019Affaire des d\u00e9port\u00e9s de Martinique.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 26 ao\u00fbt 1824,Th\u00e9bia, \u00c9rich\u00e9, Laborde et Mil- let ne sont plus retenus \u00e0 Brest.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 17 septembre 35 autres seront lib\u00e9r\u00e9s. (&#8230;)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En Martinique les Blancs pavoisent toujours. Cer- tains d\u2019entre eux (Fortier, Brettevil, Dufond&#8230;) ne cessent de proclamer : \u00ab Les Blancs ne consen- tiront jamais \u00e0 se voir les \u00e9gaux d\u2019hommes qui, comme la plupart des mul\u00e2tres et m\u00eame de ceux qui font le plus de bruits, ont des parents tr\u00e8s proches qui sont dans nos ateliers \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les libres de couleur se terrent.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Victor Schoelcher<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Victor Sch\u0153lcher a 30 ans lorsqu\u2019il cr\u00e9e en 1834 avec le Duc de Broglie \u00ab la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019abolition de l\u2019esclavage \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La g\u00e9n\u00e9ration de Sch\u0153lcher n\u2019a pas grandi sous les \u00e9tendards r\u00e9volutionnaires mais plut\u00f4t dans les replis frileux des p\u00e9riodes de transition (les Trois glorieuses de 1830, la naissance de la classe ouvri\u00e8re avec Karl Max et Engels et la naissance des socialistes&#8230;).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Fils unique d\u2019une famille catholique de la bour- geoisie, son \u00e9ducation a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t ouverte sur le monde ext\u00e9rieur.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00c9tudes au Lyc\u00e9e Condorcet.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">S\u2019int\u00e9resse \u00e0 la litt\u00e9rature et \u00e0 la musique (pre- mi\u00e8res rencontres avec George Sand, Hector Ber- lioz, Franz Liszt).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Son p\u00e8re, propri\u00e9taire d\u2019une manufacture de por- celaine, voit en lui son successeur et l\u2019envoie au Mexique en 1828, aux USA et \u00e0 Cuba de 1828 \u00e0 1830.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ce voyage est pour lui un grand choc. Il prend v\u00e9- ritablement pied dans le monde des colonies. Il d\u00e9couvre l\u2019esclavage \u00e0 Cuba, il est boulevers\u00e9 (Cuba, Puerto Rico et Santo Domingo, les der- niers bastions des si\u00e8cles espagnols dans la Ca- ra\u00efbe, sont les lieux les plus f\u00e9roces contre les n\u00e8gres et seront d\u2019ailleurs les derniers \u00e0 abolir l\u2019esclavage).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De retour \u00e0 Paris, c\u2019est un autre homme.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il entre dans la carri\u00e8re de journaliste et critique artistique, adh\u00e8re \u00e0 la franc-ma\u00e7onnerie (\u00ab Les Amis de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il revend la manufacture h\u00e9rit\u00e9e de son p\u00e8re. Toujours v\u00eatu comme un eccl\u00e9siastique, il se consacre enti\u00e8rement \u00e0 son m\u00e9tier de journaliste et \u00e0 ses activit\u00e9s philanthropiques.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Sa plume a d\u00e9j\u00e0 son caract\u00e8re affirm\u00e9, pr\u00e9cis et clair.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ses articles sont attendus dans \u00ab le Courrier Fran- \u00e7ais \u00bb, \u00ab le Si\u00e8cle \u00bb, \u00ab le journal des \u00c9cono-<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">mistes \u00bb, \u00ab l\u2019Atelier \u00bb, \u00ab l\u2019Abolitionniste fran- \u00e7ais \u00bb, \u00ab la Revue ind\u00e9pendante \u00bb, \u00ab La R\u00e9- forme \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1833, il publie un essai \u00ab De l\u2019esclavage des Noirs et de la l\u00e9gislation coloniale \u00bb. Au chapitre XI il proclame : \u00ab L\u2019esclavage des n\u00e8gres est une injure \u00e0 la dignit\u00e9 humaine parce que l\u2019intelligence de l\u2019homme noir est parfaitement \u00e9gale \u00e0 celle de l\u2019homme blanc. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1834 il a choisi son combat : l\u2019abolition de l\u2019esclavage dans les colonies fran\u00e7aises. Il d\u00e9cide en 1840 un voyage aux Antilles, il en revient convaincu : abolition imm\u00e9diate et compl\u00e8te.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La Martinique traverse de nouveau une p\u00e9- riode de terreur.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En1831 \u00e0 Saint-Pierre, jugement de 50 es- claves, 23 condamnations \u00e0 mort, 23 ex\u00e9cu- tions.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1833, \u00e0 la Grande Anse (Le Lorrain), 93 esclaves sont condamn\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les Blancs sont toujours enrag\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">S\u2019il y a eu en France une campagne de bl\u00e2me qui leur \u00e9tait d\u00e9favorable, ils n\u2019ont re\u00e7u au- cune r\u00e9primande officielle ou mise en de- meure de la part du gouvernement. Ils savent pertinemment et ils ne s\u2019y trompent pas que la majorit\u00e9 en France vit dans les mythes de la colonisation dont les colons sont les h\u00e9ros (la colonisation de l\u2019Alg\u00e9rie est en cours).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il n\u2019y a pas lieu de s\u2019\u00e9tonner de cette nouvelle explosion de rage.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Depuis f\u00e9vrier 1831 on d\u00e9bat l\u2019octroi des droits civils aux libres de couleur, un statut qui sera d\u00e9finitivement l\u00e9galis\u00e9 en 1833. (Entre autres, l\u2019ouverture des \u00e9tudes aux libres de couleur est accord\u00e9e \u00e0 partir de 1831).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La Terreur s\u2019abat alors sur les esclaves.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En France, le combat des abolitionnistes s\u2019in- tensifie et travaille \u00e0 la mobilisation de tous (notamment des ouvriers fran\u00e7ais).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans sa Pr\u00e9face \u00e0 son \u0153uvre la plus d\u00e9cisive d\u2019environ 1500 pages \u00ab Histoire de l\u2019escla- vage pendant les deux derni\u00e8res ann\u00e9es \u00bb, Victor Sch\u0153lcher lance encore un cri :<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab Tout le monde est d\u2019accord sur la saintet\u00e9 du principe de l\u2019abolition, nous avons eu l\u2019es- poir de rendre plus \u00e9vidente que jamais l\u2019ur- gence de son application imm\u00e9diate (&#8230;) Les adoucissements qu\u2019on a cru y porter font il- lusion \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019esclavage. Il n\u2019existe qu\u2019un moyen d\u2019am\u00e9liorer r\u00e9ellement le sort des n\u00e8gres, c\u2019est de prononcer l\u2019\u00e9man- cipation compl\u00e8te et imm\u00e9diate. \u00bb (1847)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cet ouvrage de Victor Sch\u0153lcher est le mo- nument le plus complet de la description des horreurs de l\u2019esclavage :<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab S\u00e9vices et cruaut\u00e9s, les mots ont beau \u00eatre exacts, ils ne portent pas la chair de la r\u00e9alit\u00e9 lorsque le fond du sujet n\u2019est pas s\u00e9diment\u00e9 dans les consciences. D\u2019o\u00f9 l\u2019obsession de ces lignes de remettre \u00e0 chaque fois la dimension de la souffrance r\u00e9elle qui se cache derri\u00e8re ces mots : un ma\u00eetre qui fait chanter \u00e0 ses pe- tits n\u00e8gres \u00ab manger des excr\u00e9ments est bien bon \u00bb pendant qu\u2019ils sont fouett\u00e9s par ses or- dres et contraints de manger des excr\u00e9ments de chien et de porc m\u00e9lang\u00e9s\u00bb (Cour d\u2019As- sises de Saint-Pierre en Martinique, 1\u00e8re au- dience du 18 d\u00e9cembre 1845) ; la m\u00e8re des enfants, Rosette, enceinte de cinq mois, \u00e9ten- due par terre, les mains li\u00e9es derri\u00e8re le dos, le corps mis \u00e0 nu, expos\u00e9 en plein soleil, a \u00e9t\u00e9 vigoureusement fouett\u00e9e avec effusion de sang et les blessures saignantes ont \u00e9t\u00e9 impr\u00e9- gn\u00e9es de citron et de piment ; imm\u00e9diatement apr\u00e8s, malgr\u00e9 ses souffrances, elle a \u00e9t\u00e9 contrainte d\u2019une marche d\u2019une heure et demie pour aller au bourg effectuer sa t\u00e2che de ven- dre du charbon ; quelques jours apr\u00e8s, Rosette a re\u00e7u le desm\u00eame ch\u00e2timent parce qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas remont\u00e9e assez t\u00f4t du bourg ; le fils de cette femme, Gustave, envoy\u00e9 au tra- vail avec un carcan de fer, accoupl\u00e9 \u00e0 son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Jean-Baptiste \u00e2g\u00e9 de douze ans \u00e0 une m\u00eame cha\u00eene, sous les coups qu\u2019un autre esclave avait la charge de leur distribuer pour les obliger \u00e0 chanter en travaillant \u00ab nous ar- rachons les herbes, nous sarclons&#8230; \u00bb. Ro- setta eut le courage d\u2019aller se plaindre au Parquet lorsque son troisi\u00e8me fils Vincent, \u00e2g\u00e9 de sept ans commen\u00e7a \u00e0 subir le m\u00eame sort que ses a\u00een\u00e9s et que Jean-Baptiste eut l\u2019oreille coup\u00e9e par son ma\u00eetre et fut enferm\u00e9 dans le cachot de l\u2019Habitation o\u00f9 il mourut. Lors du proc\u00e8s, Rosetta avait fait une fausse couche, Jean-Baptiste, l\u2019a\u00een\u00e9 \u00e9tait mort, Gus- tave n\u2019eut pas le temps de t\u00e9moigner \u00e0 l\u2019au- dience, il mourut \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, c\u2019est Vincent, le petit de cinq ans qui fut ap- pel\u00e9 \u00e0 t\u00e9moigner. Verdict d\u2019acquittement des ma\u00eetres (deux fr\u00e8res) !!! Ils avaient \u00e9t\u00e9 res- pectueusement accompagn\u00e9s par les gen- darmes dans le pr\u00e9toire. Ils sont port\u00e9s en triomphe apr\u00e8s le verdict. C\u00e9l\u00e9bration de ce verdict au cours d\u2019une f\u00eate somptueuse don- n\u00e9e sur l\u2019Habitation d\u2019un grand propri\u00e9taire, membre du Conseil colonial en pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9lite des magistrats cr\u00e9oles. Les trois m\u00e9de- cins n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 en \u00e9tat de confirmer aucun des faits de l\u2019accusation. (Fait rare de ce proc\u00e8s, nombre d\u2019esclaves appel\u00e9s \u00e0 t\u00e9- moigner reconnaissent clairement les mau- vais traitements et confirment less accusations). Le ministre Mackau interpell\u00e9 \u00e0 la Chambre le 15 mai 1846 sur l\u2019iniquit\u00e9 de ce proc\u00e8s est interrog\u00e9 sur le sort des esclaves qui victimes de s\u00e9vices auraient d\u00fb \u00eatre ra- chet\u00e9s selon la loi Mackau sur le fond sp\u00e9cial<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">ANTILLA N\u00b0 1930 30 Juillet 2020 Page 11<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">allou\u00e9 \u00e0 cet effet. Mackau soutient que tel a \u00e9t\u00e9 le cas avant d\u2019\u00eatre convaincu de mensonge. 3 esclaves t\u00e9moins ayant soutenu les accusations avaient \u00e9t\u00e9 vendus aux ench\u00e8res. Les victimes Rosette et son fils de 8 ans, au lieu d\u2019\u00eatre saisis avaient \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9s par le Domaine, administration de la Martinique, vente \u00e0 l\u2019amiable tr\u00e8s favorable \u00e0 leurs ma\u00eetres au vu des sommes exorbitantes pour l\u2019\u00e9poque consenties pour cette vente. Les victimes n\u2019\u00e9taient pas lib\u00e9r\u00e9es deve- nant esclaves du Domaine. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la suite de la ques- tion \u00e0 la Chambre qu\u2019interviendra la libert\u00e9 de Rosette et de son fils (acte d\u2019affranchissement du 19 juin 1846). (Vic- tor Sch\u0153lcher, \u00ab Histoire de l\u2019esclavage pendant les deux derni\u00e8res ann\u00e9es \u00bb, 1847, p 298 \u00e0 323) \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les d\u00e9bats sur l\u2019esclavage \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s s\u2019\u00e9ta- lent de 1833 \u00e0 1847, quatorze ann\u00e9es de petites mesures.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L\u2019amiral Ange Ren\u00e9 Mackau (1832-1918), commandant en chef des forces navales aux Antilles et dans l\u2019Atlantique, gouverneur de la Martinique, Pair de France en 1842, Mi- nistre de la Marine et des colonies en 1843, m\u00e8ne les d\u00e9bats sur l\u2019esclavage \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s ( lois Mackau de 1845 \u00e0 1847).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les d\u00e9put\u00e9s r\u00e9formateurs lui rappellent que, gouverneur en Martinique, possesseur d\u2019esclaves, il s\u2019\u00e9tait rendu \u00e0 Puerto Rico reconnu comme \u00e9tant l\u2019\u00eele la plus f\u00e9roce contre les n\u00e8gres, pour \u00e9changer des n\u00e8gres qu\u2019il jugeait indociles et irr\u00e9cup\u00e9rables, contre du b\u00e9tail.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De plus en plus attaqu\u00e9 et hu\u00e9, il d\u00e9missionne le 8 mai 1847 laissant les abolitionnistes p\u00e9trifi\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir \u00e0 tout recommencer de z\u00e9ro.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les mots de d\u00e9sespoir de Victor Sch\u0153lcher \u00e0 la fin de l\u2019an- n\u00e9e 1847 :<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab Sans doute la cause de l\u2019abolition est gagn\u00e9e chez nous, on le dit tous les jours ; ce n\u2019est plus, r\u00e9p\u00e8te chacun, qu\u2019une affaire de temps, mais il y a d\u00e9j\u00e0 un quart de si\u00e8cle que l\u2019on dit cela et les esclaves sont toujours dans les fers (&#8230;) On avait dit que les colons ouvraient enfin les yeux \u00e0 la lumi\u00e8re, qu\u2019ils renon\u00e7aient \u00e0 d\u00e9fendre une propri\u00e9t\u00e9 vraiment in- f\u00e2me, qu\u2019ils faisaient r\u00e9solument le sacrifice d\u2019une puis- sance pr\u00eate \u00e0 leur \u00e9chapper, et que leurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, munis d\u2019instructions lib\u00e9rales, devait se borner \u00e0 traiter de l\u2019in- demnit\u00e9. (&#8230;)H\u00e9las ! Non, ceux-m\u00eames qui auraient aim\u00e9 \u00e0 louer nos planteurs d\u2019une aussi bonne r\u00e9solution sont condamn\u00e9s \u00e0 voir toujours en eux des ennemis acharn\u00e9s, aveugles de l\u2019affranchissement. Les possesseurs d\u2019hommes sont implacables, ils ne c\u00e8dent rien, ils veulent garder des esclaves \u00e0 tout prix (&#8230;) \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(&#8230;)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Et qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, le gouvernement n\u2019est pas seul coupable ici, le pays tout entier qui ne lui force pas la main se rend solidaire de son mauvais vouloir. L\u2019esclavage est une tache pour tout le pays, une souillure publique. Chacun croit se sauver en disant : je ne puis rien seul ; on se trompe ainsi, mais on ne sauve pas. L\u2019usage, le fait accompli n\u2019em- p\u00eachent pas que ce qui est mal ne soit mal, et en n\u2019agissant point individuellement contre le mal, on contribue \u00e0 le per- p\u00e9tuer. Sur chaque membre de la grande nation retombe donc la mal\u00e9diction des d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s de la servitude. Tant que la France qui a le pouvoir de d\u00e9livrer les n\u00e8gres ne l\u2019aura pas fait, tous les Fran\u00e7ais auront leur part de responsabilit\u00e9 dans les atrocit\u00e9s et les iniquit\u00e9s du grand crime de l\u2019escla- vage, tous seront coupables de la barbarie des ma\u00eetres et des<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">souffrances des esclaves. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">( 554 pages dans l\u2019\u00e9dition du tome 1 Paris 1847 par les \u00c9ditions D\u00e9s- ormeaux, Pointe-\u00e0-Pitre, 1973).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La France renverse le roi Philippe 1er et proclame la Seconde R\u00e9publique. C\u2019est la R\u00e9volution des 22 au 25 f\u00e9vrier 1848.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Sch\u0153lcher aussi bien que Perrinon et les autres abolitionnistes n\u2019acceptent pas le principe de l\u2019indemnisation des colons. La R\u00e9volution de 1848 prend tout le monde par surprise. Les r\u00e9volution- naires sont ivres de bonheur mais ils ne se font pas d\u2019illusions. Ils savent que le temps est compt\u00e9, que les conservateurs sont trop forts. Ils acceptent la mort dans l\u2019\u00e2me l\u2019id\u00e9e de l\u2019indemnisation pour en arriver au plus vite \u00e0 l\u2019essentiel : l\u2019abolition de l\u2019esclavage.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le gouvernement provisoire (Dupont de l\u2019Eure, Lamartine, Armand Marrast, Garnier Pag\u00e8s, Marie, Ledru Rollin, Ferdinand Flocon, Cr\u00e9mieux, Louis Blanc, Arago, Pagnerre) est \u00e0 l\u2019\u0153uvre 24 h sur 24.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La commission de l\u2019\u00e9mancipation est valid\u00e9e par le d\u00e9cret du 4 mars :<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Victor Sch\u0153lcher est Sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat de la Marine et des colonies. Mestro directeur des colonies. Perrinon chef de bataillon de l\u2019artillerie de Marine.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L\u2019avocat Gatine, l\u2019ouvrier horloger Gaumont, le professeur d\u2019histoire Wal- lon, le secr\u00e9taire adjoint Percin sont des membres importants de cette Commis- sion qui se met au travail avec ardeur. C\u2019est une course contre la montre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il faut respecter les d\u00e9lais r\u00e8glemen- taires pour ne pas provoquer une annu- lation g\u00e9n\u00e9rale pour d\u00e9faut de l\u00e9gislation.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le d\u00e9cret d\u2019\u00e9mancipation ne peut \u00eatre pris que le 27 Avril 1848.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 8 mai 1848, le commissaire Perrinon part pour la Martinique, le commissaire Gatine pour la Guadeloupe, tous les deux \u00e0 bord de la m\u00eame fr\u00e9gate \u00e0 vapeur \u00ab Le Chaptal \u00bb qui ne touchera la Mar- tinique que le 27 Mai.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Fin Mars 1848 les nouvelles de la R\u00e9- volution de F\u00e9vrier, de l\u2019\u00e9mancipation prochaine, circulent dans les \u00eeles. Il y a une attente anxieuse dans l\u2019air. Pour cer- tains c\u2019est l\u2019opportunit\u00e9 pour des tenta- tives couv\u00e9es dans le secret, un homme r\u00e9ussit \u00e0 voler un canot et \u00e0 s\u2019enfuir avec sa femme et ses cinq enfants \u00e0 Sainte-Lucie.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 21 mai, dans un des \u00ab ateliers \u00bb du<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Pr\u00eacheur, l\u2019esclave Romain donne un coup de tambour. Aussit\u00f4t, Huc, maire du Pr\u00eacheur, un des Blancs les plus hys- t\u00e9riques de la confr\u00e9rie, d\u00e9cide imm\u00e9- diatement de tra\u00eener l\u2019esclave Romain jusqu\u2019\u00e0 Saint-Pierre pour le faire mettre en prison. Un soul\u00e8vement spontan\u00e9 se produit dans l\u2019atelier et une bande suit le convoi qui conduit Romain en prison. Sur le chemin ils d\u00e9coupent en mor- ceaux le Blanc Dujon, gendre de Huc. Huc s\u2019enfuit avec sa famille \u00e0 Puerto Rico.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Pory-Papy, homme libre de couleur, bien connu depuis les ann\u00e9es 1835, avait \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 d\u00e8s le 30 mars 1848 comme adjoint de police dans le Conseil municipal de Saint-Pierre par le gouver- neur Rostoland. D\u00e8s qu\u2019il apprend l\u2019ar- restation de Romain et l\u2019agitation qui en r\u00e9sulte, il se rend imm\u00e9diatement dans la prison et lib\u00e8re Romain. Romain est port\u00e9 en triomphe par son comit\u00e9 de soutien, toute la bande se met \u00e0 courir dans Saint-Pierre. Ils sont devant la mai- son Sanois, une maison de Blancs, un seul homme \u00e2g\u00e9 s\u2019y trouve, il sort et tente d\u2019affronter la bande qui le cerne, la r\u00e9ponse des \u00e9meutiers est fou- droyante. Ils incendient la maison (32 femmes et enfants br\u00fbl\u00e9s vifs).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La police municipale est d\u00e9bord\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le Conseil municipal se r\u00e9unit en ur- gence.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Pory-Papy parvient \u00e0 leur imposer l\u2019id\u00e9e de proclamer imm\u00e9diatement l\u2019abolition de l\u2019esclavage : d\u2019o\u00f9 la date du 22 mai 1848 d\u2019abolition de l\u2019escla- vage.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 23 mai, une amnistie pleine et enti\u00e8re est accord\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Rostoland, gouverneur provisoire de la Marti- nique.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Si Pory-Papy n\u2019avait pas pris la d\u00e9cision de lib\u00e9rer tout de suite Romain et de tuer dans l\u2019\u0153uf les troubles provoqu\u00e9s par l\u2019incendie de la maison Sanois, c\u2019est toute la Martinique qui aurait \u00e9t\u00e9 incen- di\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les Blancs \u00e9taient arm\u00e9s comme ils l\u2019avaient toujours \u00e9t\u00e9. Combien de morts \u00e0 ce moment-l\u00e0 ? Le feu sur toute l\u2019\u00eele ?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Non seulement les Blancs se seraient jet\u00e9s dans une bataille \u00e0 mort mais ils auraient \u00e9t\u00e9 soutenus par les forces mi- litaires fran\u00e7aises pr\u00e9sentes dans les An- tilles fran\u00e7aises, un bataillon chevronn\u00e9 avec un total de plus de 2020 personnes (officiers, sous-officiers, gendarmes, ca- nonniers&#8230;accompagn\u00e9s des milices d\u00e9j\u00e0 existantes).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Page 12 ANTILLA N\u00b0 1930- &#8211; 30 Juillet 2020<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le commissaire Perrinon arrive le 27 mai en Martinique. Il se met imm\u00e9diatement \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans sa fonction de gou- verneur.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les c\u00e9l\u00e9brations sont solennelles \u00e0 Fort-de-France et \u00e0 Saint-Pierre (on plante des arbres de la Libert\u00e9&#8230;) Pendant son discours la voix de Perrinon s\u2019\u00e9teint et son vi- sage est inond\u00e9 de larmes tandis que des cris unanimes s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00ab Vive la R\u00e9publique ! Vive Perrinon ! \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La magistrature coloniale \u00e9tait recrut\u00e9e parmi les familles les plus riches de la colonie. Apr\u00e8s 1830 le Minist\u00e8re de la marine et des colonies commence \u00e0 introduire dans la ma- gistrature coloniale des juges m\u00e9tropolitains. C\u2019est ainsi que le conseiller Garnier, Pr\u00e9sident du Tribunal de Parthenay est nomm\u00e9 le 27 janvier 1848 \u00e0 la Cour Royale de Marti- nique. Embarqu\u00e9 le 26 avril 1848 il d\u00e9barque en Martinique le 27 mai. Il commence \u00e0 \u00e9crire le Journal qu\u2019il tiendra pen- dant tout son s\u00e9jour. Premi\u00e8re notation : \u00ab le capitaine per- siste \u00e0 vouloir qu\u2019on pende Mr. Sch\u0153lcher pour l\u2019abolition de l\u2019esclavage \u00bb. Garnier tiendra son journal r\u00e9guli\u00e8rement, un document riche par ces petites annotations prises sur le vif. Nous apprenons ainsi : qu\u2019en 1848 Fort-Royal est d\u00e9- baptis\u00e9 et renomm\u00e9 Fort-de-France. Le dimanche 28 mai \u00e0 Saint-Pierre : \u00ab La ville de Saint-Pierre est travers\u00e9e par des cavalcades de n\u00e8gres qui sont dans l\u2019ivresse de la joie. \u00bb 1er juillet 1848, il note l\u2019ambiance de guerre civile foment\u00e9e par les Blancs.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00c0 Paris les r\u00e9sultats des \u00e9lections de l\u2019Assembl\u00e9e consti- tuante sonnent comme un glas de la R\u00e9publique voulue par ses fondateurs : 800 \u00e9lus dont 5OO dits r\u00e9publicains (parmi lesquels les radicaux et les socialistes ne sont qu\u2019une cen- taine tandis que les 400 autres ne sont que des conservateurs qui ne veulent pas appara\u00eetre comme royalistes).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">On s\u2019empresse de se d\u00e9barrasser des Rouges (Louis Blanc et Albert).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 15 mai, arrestation de Blanqui, Barb\u00e8s, Albert. Victor Sch\u0153lcher n\u2019est plus membre du gouvernement.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les Blancs cr\u00e9oles nagent dans le bonheur. M\u00eame si la nou- velle assembl\u00e9e ne revient pas sur la loi d\u2019abolition, elle va l\u2019am\u00e9nager s\u00e9rieusement pour redonner le pouvoir exclusif aux Blancs cr\u00e9oles.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Perrinon et Gatine sont rappel\u00e9s \u00e0 Paris.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 27 novembre 1848, la Cour va en robes rouges au si\u00e8ge du gouvernement faire ses adieux \u00e0 Perrinon. Le vice-ami- ral Bruat, son rempla\u00e7ant, donne le bras \u00e0 Mme Perrinon et la conduit jusqu\u2019au navire qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 Saint-Pierre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Jusqu\u2019au coup d\u2019\u00e9tat de Louis Napol\u00e9on Bonaparte du 2 d\u00e9- cembre 1851, Victor Sch\u0153lcher garde son influence en Martinique et en Guadeloupe.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1849, Bissette re\u00e7oit enfin la cons\u00e9cration de sa vie par l\u2019appel qu\u2019il re\u00e7oit des Grands Blancs et se voit enfin re- connu comme l\u2019un d\u2019entre eux. Il fera campagne pour eux et avec eux.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Apr\u00e8s 1851, les esclaves (\u00ab libres \u00bb depuis 1848 mais qui n\u2019ont pas eu droit \u00e0 la case et au jardin qu\u2019ils cultivaient) sont maintenus dans un r\u00e9gime de servage jusqu\u2019en 1870. (Arr\u00eat\u00e9 du 22 ao\u00fbt 1848 portant cr\u00e9ation d\u2019ateliers de dis-<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">cipline ; 22 octobre 1848, interdiction de vente \u00ab sauvage \u00bb de cannes \u00e0 sucre ; 1850, nouvelle r\u00e9glementation du tra- vail : le 13 f\u00e9vrier1852, confirmation et g\u00e9n\u00e9ralisation du livret ouvrier et du passeport int\u00e9rieur.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">D\u00e8s la fin de l\u2019ann\u00e9e 1848, le Journal Officiel en Martinique publie des listes impressionnantes de jugements \u00ab pour vagabondage \u00bb :<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Extraits du JOM du mercredi 26 d\u00e9- cembre 1849 (Vol 33, N 104)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab Le directeur de l\u2019int\u00e9rieur \u00e0 l\u2019honneur de rappeler \u00e0 Messieurs les maires que, aux termes de l\u2019article 104 du code civil, tout individu voulant quitter son domicile pour aller se fixer dans une autre commune, est tenu d\u2019en faire la d\u00e9claration \u00e0 la mairie des deux communes.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il doit exister, dans chaque mairie, un registre sp\u00e9cial sur lequel s\u2019inscrivent les d\u00e9clarations de l\u2019esp\u00e8ce ; c\u2019est \u00e0 l\u2019aide de ces inscriptions que Messieurs les maires peuvent rectifier les tableaux de population, ainsi que les listes \u00e9lec- torales, et fournir aux besoins les ren- seignements qui leur seraient demand\u00e9s sur leur administr\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Messieurs les commissaires de police et les agents sous leurs ordres sont in- vit\u00e9s \u00e0 signaler \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 municipale les personnes qui, \u00e0 leur reconnais- sance, n\u2019auraient pas satisfait \u00e0 l\u2019obli- gation dont il s\u2019agit. \u00bb Fort-de-France, le 21 d\u00e9cembre 1849. Bontemps, \u00ab Di- recteur de l\u2019Int\u00e9rieur \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Une autre loi de r\u00e9pression est encore plus virulente : c\u2019est la loi qui interdit de seulement prononcer le mot escla- vage dans l\u2019espace public (loi du 7 ao\u00fbt 1850, renouvel\u00e9e par un d\u00e9cret imp\u00e9rial de 1863).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Si en France la d\u00e9cennie post 1862 avait vu des br\u00e8ches s\u2019ouvrir dans la forteresse du r\u00e9gime autoritaire de Louis Napol\u00e9on, avec une multitude de petits journaux de province en particu- lier, il n\u2019en va pas de m\u00eame dans les co- lonies o\u00f9 il n\u2019y a aucune possibilit\u00e9 d\u2019imprimerie clandestine.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Par ailleurs, il r\u00e8gne un climat patho- g\u00e8ne de suspicion g\u00e9n\u00e9rale avec hantise de fausses accusations et de d\u00e9lation \u00e0 tous les \u00e9tages. Les personnalit\u00e9s de la lutte post 1848 se terrent chacun dans son chez soi.)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1870, d\u00e9faite de Sedan, fin du r\u00e8gne de Louis Napol\u00e9on.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Sch\u0153lcher, Victor Hugo et tous les<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">autres exil\u00e9s de Londres reviennent aussit\u00f4t \u00e0 Paris pour proclamer la Troi- si\u00e8me R\u00e9publique.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Sch\u0153lcher se remet sur le champ au service de la Martinique et de la Gua- deloupe.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 3 d\u00e9cembre 1870 le gouvernement provisoire de la d\u00e9fense nationale d\u00e9- cr\u00e8te que dans les 15 jours il sera pro- c\u00e9d\u00e9 au renouvellement int\u00e9gral en France et dans les colonies des conseils g\u00e9n\u00e9raux et municipaux, des maires et adjoints et que les conseillers g\u00e9n\u00e9raux \u00e9liront en leur sein le Pr\u00e9sident, le vice- pr\u00e9sident de chaque session et les se- cr\u00e9taires, \u00e0 la majorit\u00e9 des suffrages (\u00e9lections au suffrage universel mascu- lin).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cette inclusion des colonies d\u00e8s le pre- mier acte de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique porte d\u00e9j\u00e0 la marque du retour de Sch\u0153lcher comme d\u00e9fenseur int\u00e9gral des colonies. Les Blancs sont imm\u00e9dia- tement fous de rage (toutes les mairies, le Conseil g\u00e9n\u00e9ral, sont aux mains des Blancs) d\u2019autant qu\u2019on avait connu en Martinique l\u2019Insurrection du Sud au mois de septembre 1870.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L\u2019abolition de l\u2019esclavage, une longue, une tr\u00e8s longue histoire.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Sur plus de 280 ann\u00e9es l\u2019esclavage s\u2019est industrialis\u00e9 comme un \u00ab trafic commercial \u00bb quelconque.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La lutte contre l\u2019esclavage, avec les en- jeux qui le soutenaient, s\u2019annon\u00e7ait dif- ficile.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cette lutte a dur\u00e9 pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle (m\u00eame dur\u00e9e sur tout le continent am\u00e9- ricain et sud-am\u00e9ricain et tout l\u2019espace cara\u00efbe).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Aux U.S.A, l\u2019esclavage remonte aux ann\u00e9es 1619, en 1865 on compte 4.000.000 d\u2019esclaves. Il faudra la guerre de S\u00e9cession pour que soit pro- clam\u00e9 en 1863 le XIII\u00e8me Amende- ment de la Constitution am\u00e9ricaine d\u00e9clarant l\u2019abolition d\u00e9finitive de l\u2019es- clavage. C\u2019est le cas le plus spectacu- laire des abolitions. Au si\u00e8cle d\u2019apr\u00e8s les esclaves \u00ab lib\u00e9r\u00e9s \u00bb n\u2019ont re\u00e7u aucun des droits civiques \u00e9l\u00e9mentaires, ils sont les proies faciles des fanatismes des Blancs (lynchages, humiliations, mesures d\u2019intimidation et d\u2019inf\u00e9riorisa- tion de toutes cat\u00e9gories). Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1965 que se lance la campagne de l\u2019ultime bataille des Noirs am\u00e9ricains pour obtenir les droits ci-<\/span><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marl\u00e8ne Hospice La premi\u00e8re p\u00e9riode de Conqu\u00eate Vers 1440, premiers exploits de navigation des Portugais descendant les c\u00f4tes africaines. 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