{"id":17838,"date":"2020-08-21T05:41:51","date_gmt":"2020-08-21T09:41:51","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=17838"},"modified":"2020-08-24T08:18:00","modified_gmt":"2020-08-24T12:18:00","slug":"commemoration-du-205e-anniversaire-de-la-naissance-de-victor-schoelcher-edouard-de-lepine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/commemoration-du-205e-anniversaire-de-la-naissance-de-victor-schoelcher-edouard-de-lepine\/","title":{"rendered":"Comm\u00e9moration du  205e Anniversaire de la naissance de Victor Schoelcher. Edouard de L\u00e9pine."},"content":{"rendered":"<p><span data-removefontsize=\"true\" data-originalcomputedfontsize=\"13\">Monsieur le sous-pr\u00e9fet,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><span data-removefontsize=\"true\" data-originalcomputedfontsize=\"13\">Monsieur le repr\u00e9sentant du Conseil G\u00e9n\u00e9ral,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><span data-removefontsize=\"true\" data-originalcomputedfontsize=\"13\">Monsieur le maire,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><span data-removefontsize=\"true\" data-originalcomputedfontsize=\"13\">Messieurs les \u00e9lus,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><span data-removefontsize=\"true\" data-originalcomputedfontsize=\"13\">Mesdames,\u00a0<\/span><span data-removefontsize=\"true\" data-originalcomputedfontsize=\"13\">mesdemoiselles,\u00a0<\/span><span data-removefontsize=\"true\" data-originalcomputedfontsize=\"13\">messieurs, \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Je veux d\u2019abord remercier la municipalit\u00e9 de Sch\u0153lcher du plaisir et de l\u2019honneur\u00a0 qu\u2019elle me fait\u00a0 en invitant le vieux sch\u0153lch\u00e9riste imp\u00e9nitent que je suis \u00e0 comm\u00e9morer avec elle le 205e\u00a0anniversaire de la naissance de celui dont cette ville porte le nom.<\/p>\n<p>Nous sommes si peu nombreux depuis quelque temps \u00e0 lui rendre l\u2019hommage que m\u00e9rite son inlassable\u00a0 action en faveur de l\u2019abolition\u00a0 de l\u2019esclavage et son total d\u00e9vouement \u00e0 la cause des hommes de couleur, qu\u2019il m\u2019est arriv\u00e9 ces derniers temps, en une ou deux occasions, de me demander s\u2019il y avait encore des Martiniquais et des Guadeloup\u00e9ens \u00e0 lire ou \u00e0 relire Sch\u0153lcher ne serait-ce que de loin en loin.<\/p>\n<p>Un de vos concitoyens, un ami avec lequel je n\u2019ai pas toujours \u00e9t\u00e9 d\u2019accord, sauf sur notre commune admiration pour Sch\u0153lcher, nous a rendu un fieff\u00e9 service. Sous le titre\u00a0\u00a0\u00ab\u00a0Un certain Victor Sch\u0153lcher\u00a0\u00bb, Georges \u00c9leuther Mauvois a mis \u00e0 la disposition de ceux qui ont envie de mieux conna\u00eetre l\u2019homme, un recueil de textes judicieusement choisis du grand abolitionniste. Ce recueil dira mieux que de grands discours les raisons de notre attachement au personnage auquel nous avons pendant si longtemps vou\u00e9 non pas un culte comme on l\u2019a \u00e9crit, avec une nuance de commis\u00e9ration pour les malheureuses victimes que nous serions d\u2019un des derniers avatars du culte de la personnalit\u00e9, mais une grande reconnaissance et un profond respect.<\/p>\n<h6><strong>Cesaire et Schoelcher \u00a0<\/strong><\/h6>\n<p>Je me suis beaucoup rappel\u00e9 au d\u00e9but de cette ann\u00e9e ce que disait C\u00e9saire, il y a un peu plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, quatre mois \u00e0 peine apr\u00e8s la cr\u00e9ation du Parti Progressiste Martiniquais, en pleine crise institutionnelle, entre le putsch du 13 mai qui avait ramen\u00e9 au pouvoir le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et le referendum de septembre 1958 sur la constitution de la Ve\u00a0R\u00e9publique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai l\u2019habitude,\u00a0\u00e9crivait C\u00e9saire dans\u00a0Le Progressiste\u00a0du 19 juillet 1958,\u00a0j\u2019ai l\u2019habitude,\u00a0\u00a0tous les ans, \u00e0 l\u2019approche du 21 juillet,\u00a0de relire Sch\u0153lcher. Et, chaque fois, la m\u00eame impression me frappe. Je suis \u00e9merveill\u00e9 de son actualit\u00e9. Sch\u0153lcher, comme d\u00e9j\u00e0 on l\u2019appelait de son temps, l\u2019homme \u00e0 marottes, est vivant, plus que jamais vivant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Vivant, je ne sais pas. Je ne sais plus. Mais toujours aussi indispensable qu\u2019il l\u2019a \u00e9t\u00e9, pendant la plus grande partie de sa vie, \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de la condition des vieilles colonies fran\u00e7aises devenues des d\u00e9partements, il ne l\u2019a peut-\u00eatre jamais \u00e9t\u00e9 autant qu\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Ce sentiment me vient, peut-\u00eatre, de ce que ce n\u2019est pas \u00e0 l\u2019approche du 21 juillet que je relis r\u00e9guli\u00e8rement Sch\u0153lcher. Juillet, c\u2019est l\u2019euphorie du d\u00e9but des vacances. F\u00e9vrier, c\u2019est au contraire le temps de la peur. Peur du drame, presque rituel, qui a pendant longtemps marqu\u00e9 l\u2019ouverture de la \u00ab\u00a0r\u00e9colte\u00a0\u00bb c\u2019est-\u00e0-dire du temps fort de notre vie \u00e9conomique et sociale. \u00c0 la Martinique comme \u00e0 la Guadeloupe, pour les travailleurs, F\u00e9vrier est un mois terrible, une sorte de mois maudit\u00a0: \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0F\u00e9vrier 1900\u00a0 : 9 morts \u00e0 la Martinique, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0F\u00e9vrier 1910 \u00a0: 3 morts \u00e0 la Guadeloupe, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0F\u00e9vrier 1923 \u00a0: 2 morts \u00e0 la Martinique, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0F\u00e9vrier 1925\u00a0 : 6 morts \u00e0 la Guadeloupe, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0F\u00e9vrier 1930\u00a0 : 3 morts \u00e0 la Guadeloupe, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0F\u00e9vrier 1935\u00a0 : une crise sans pr\u00e9c\u00e9dent du monde rural \u00e0 la Martinique, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0F\u00e9vrier 1948\u00a0 : 3 morts \u00e0 la Martinique, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0F\u00e9vrier 1952\u00a0 : 4 morts \u00e0 la Guadeloupe, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Mars 1961\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 : 3 morts \u00e0\u00a0 la Martinique, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0F\u00e9vrier 1974\u00a0:\u00a0 2 morts \u00e0 la Martinique, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0F\u00e9vrier 2009\u00a0: une crise soci\u00e9tale sans exemple dans nos deux \u00eeles. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Sauf en 1935\u00a0 et en 20091, o\u00f9 le sang\u00a0 n\u2019a pas coul\u00e9 \u00e0 la Martinique, cela fait 35 morts en 74 ans, presque un mort tous les deux ans, sans compter ceux\u00a0 de d\u00e9cembre 1959 (3) \u00e0 la Martinique et de mai 1967 (87\u00a0?) en Guadeloupe.<\/p>\n<p>Le mouvement ouvrier a pay\u00e9\u00a0un lourd tribut \u00e0 la r\u00e9pression coloniale. C\u2019est peut-\u00eatre ce qui explique que des militants de culture socialiste soient particuli\u00e8rement sensibles \u00e0 cette p\u00e9riode. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Mais c\u2019est aussi pour une autre raison\u00a0: d\u2019ordre historique mais d\u2019une histoire \u00e0 la fois plus lointaine et plus proche. Plus lointaine parce qu\u2019elle touche \u00e0 l\u2019esclavage, plus proche parce que nous n\u2019avons jamais \u00e9t\u00e9 aussi sensibles aux circonstances de l\u2019Abolition<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 l\u2019approche de f\u00e9vrier, plus exactement,\u00a0 entre la fin du mois de f\u00e9vrier et la fin du mois de mai de chaque ann\u00e9e, que je me fais un devoir \u2013 \u00e0 chacun son devoir de m\u00e9moire \u2013 de lire et de relire Sch\u0153lcher, notamment depuis trois ou quatre d\u00e9cennies, et d\u2019y consacrer chaque ann\u00e9e au moins quelques lignes, parfois quelques pages et m\u00eame, de loin en loin, un livre2.<\/p>\n<p>De fait, cette p\u00e9riode, mars-juin 1848, constitue une p\u00e9riode-cl\u00e9 de notre histoire.\u00a0 Elle va de l\u2019annonce \u00e0 la Martinique\u00a0 de la r\u00e9volution parisienne de F\u00e9vrier et de la proclamation de la Seconde R\u00e9publique qui, sous l\u2019impulsion de Sch\u0153lcher et, \u00e0 ma connaissance, de personne d\u2019autre, affirme comme un principe, d\u00e8s le 4 mars, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e8s les premiers jours de son installation, que\u00a0\u00ab\u00a0nulle terre fran\u00e7aise ne peut plus porter d\u2019esclaves\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, le 4 juin, du d\u00e9cret du 27 avril qui inscrit dans les faits l\u2019abolition dont le principe \u00e9tait acquis depuis trois mois, ce dont la Martinique \u00e9tait inform\u00e9e depuis le 25 mars. C\u2019est une donn\u00e9e qu\u2019on oublie souvent dans la comm\u00e9moration de l\u2019Abolition.<\/p>\n<p>Entre ces deux dates, l\u2019agitation croissante qui se d\u00e9veloppe dans presque toute la Martinique aboutit le 22 mai, \u00e0 Saint Pierre, \u00e0 une \u00e9meute qui oblige le gouverneur \u00e0 proclamer, l\u2019abolition anticip\u00e9e de l\u2019esclavage, le 23 mai. Autrement dit, au lieu d\u2019attendre comme une aum\u00f4ne l\u2019abolition qui leur \u00e9tait promise depuis deux mois, les Martiniquais, esclaves et hommes de couleur libres, l\u2019exigent comme un droit et l\u2019obtiennent comme un d\u00fb, sans attendre, pour reprendre l\u2019image de Lafcadio Hearn dans Youma, \u00ab\u00a0le\u00a0bateau\u00a0qui\u00a0\u00a0\u00e0 la m\u00eame heure, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du monde, filait devant le soleil et portait le don fran\u00e7ais de la libert\u00e9 aux esclaves\u00a0de\u00a0la Martinique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h6>Quelle date de comm\u00e9moration<\/h6>\n<p>Pendant longtemps la tradition a privil\u00e9gi\u00e9 sur tout le reste le d\u00e9cret du 27 avril, voire le 21 juillet (\u00e0 la Guadeloupe) 3, la date de naissance de Victor Sch\u0153lcher. Elle a sinon ignor\u00e9 du moins sous-estim\u00e9 ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 sur place durant ces dix semaines qui, du 25 mars au 4 juin 1848, ont \u00e9branl\u00e9 la Martinique.<\/p>\n<p>En accordant en 1983 aux quatre vieilles colonies le droit de choisir, selon leur convenance, la date de l\u2019abolition chez elles, comme si c\u2019\u00e9tait elles qui en avaient d\u00e9cid\u00e9, m\u00eame s\u2019il ne s\u2019y \u00e9tait rien pass\u00e9 de sp\u00e9cial au cours de la p\u00e9riode et, \u00e0 nous, Martiniquais, le privil\u00e8ge, que nous avions r\u00e9clam\u00e9, de retenir pour comm\u00e9morer l\u2019\u00e9v\u00e9nement le dernier jour de l\u2019esclavage (le 22 mai) plut\u00f4t que le premier jour de la libert\u00e9 (le 23 mai), le gouvernement n\u2019a pas peu contribu\u00e9 \u00e0 nourrir l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 et \u00e0 entretenir la confusion. Il n\u2019y a plus gu\u00e8re aujourd\u2019hui que la ville de Paris et la commune de Gor\u00e9e, au S\u00e9n\u00e9gal, qui continuent de c\u00e9l\u00e9brer l\u2019anniversaire de l\u2019abolition \u00e0 la date effective du d\u00e9cret du 27 avril.<\/p>\n<p>Nous en avons oubli\u00e9\u00a0le rapport indissociable entre\u00a0la R\u00e9volution de f\u00e9vrier 1848,\u00a0la proclamation de la R\u00e9publique\u00a0 et l\u2019Abolition,\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire le caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire du d\u00e9cret du 4 mars impos\u00e9 au gouvernement provisoire par la d\u00e9termination de Sch\u0153lcher et de celui du 27 avril, arrach\u00e9 par sa vigilance \u00e0 un gouvernement affaibli, h\u00e9sitant, et en proie au doute devant le reflux de la vague r\u00e9volutionnaire de f\u00e9vrier amorc\u00e9 avec l\u2019\u00e9lection \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e constituante d\u2019une majorit\u00e9 conservatrice, 3 jours avant l\u2019adoption d\u00e9finitive de ce d\u00e9cret. Soit dit en passant, il faut noter que l\u2019abolition de l\u2019esclavage est la seule de toutes les mesures adopt\u00e9es par la r\u00e9volution de f\u00e9vrier \u00e0 n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 remise en question par l\u2019assembl\u00e9e conservatrice d\u2019avril 1848.<\/p>\n<p>C\u2019est dire le contre sens historique que constitue la n\u00e9gation\u00a0 de l\u2019importance du 27 avril dans l\u2019abolition de l\u2019esclavage dans les colonies fran\u00e7aises, y compris dans notre pays. Sous les applaudissements de quelques nouveaux historiens, parfois bard\u00e9s de dipl\u00f4mes fran\u00e7ais de haut niveau, l\u2019un de nos chansonniers a traduit les ravages de cet escamotage dans une chanson de carnaval qui a connu son heure de gloire en 1974 : \u00abS\u00e9 le 22 m\u00e9\u00a0! 27 avril t\u00e9 initil, Chelch\u00e8 ou s\u00e9 an enpost\u00e8\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est pour r\u00e9agir contre cette vision caricaturale de l\u2019abolition que j\u2019ai r\u00e9dig\u00e9, en mai 1974, mon premier essai sur le 22 Mai, initialement con\u00e7u pour un cours de formation politique au Groupe R\u00e9volution Socialiste. C\u2019est un des trois essais publi\u00e9s plus tard dans\u00a0Questions sur l\u2019histoire antillaise, une r\u00e9ponse critique au livre de mon ami Camille Darsi\u00e8res, \u00a0Des origines de la nation martiniquaise4.<\/p>\n<p>Vous l\u2019avez compris\u00a0: mon besoin, aggrav\u00e9 depuis, de me r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Victor Sch\u0153lcher, dans les moments de crise, remonte au d\u00e9but de la rupture dans notre approche historique de l\u2019abolition de l\u2019esclavage et dans notre pratique de la comm\u00e9moration de cet \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>Cela a commenc\u00e9, il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es, quand j\u2019ai lu sous la plume de Guy Cabort-Masson la brochure,\u00a0\u00ab\u00a0Les Martiniquais entre l\u2019angoisse et l\u2019espoir\u00a0\u00bb.\u00a0 L\u2019auteur, ancien officier de l\u2019am\u00e9e fran\u00e7aise pass\u00e9 au FLN en 1961 est l\u2019un des tout premiers militants nationalistes martiniquais. Je l\u2019ai admir\u00e9 et je l\u2019ai d\u00e9fendu contre les accusations malveillantes port\u00e9es contre lui parce qu\u2019il avait refus\u00e9 de porter les armes contre les Alg\u00e9riens insurg\u00e9s. Condamn\u00e9 et bient\u00f4t amnisti\u00e9, rentr\u00e9 au pays, il s\u2019est tr\u00e8s vite signal\u00e9 par ses violentes prises de position anti-sch\u0153lch\u00e9ristes et par son m\u00e9pris du d\u00e9cret du 27 avril 1848. D\u00e8s 1971, il estime :\u00a0\u00ab\u00a0le 27 avril n\u2019est plus qu\u2019une histoire de famille colonialiste pr\u00e9sid\u00e9e par le Pr\u00e9fet.5\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour un militant dont la premi\u00e8re participation \u00e0 une manifestation\u00a0 du 27 avril remontait \u00e0 une trentaine d\u2019ann\u00e9es au moment o\u00f9 paraissait son texte, c\u2019\u00e9tait une affirmation inattendue. En 1948, j\u2019\u00e9tais en seconde au Lyc\u00e9e Sch\u0153lcher. Les jeunes communistes du cercle Charles P\u00e9guy de l\u2019UJRF (Union de la Jeunesse R\u00e9publicaine de France) auquel j\u2019appartenais, avaient d\u00e9cid\u00e9 de participer \u00e0 la comm\u00e9moration du centenaire du d\u00e9cret du 27 avril 1848, organis\u00e9e par le Parti Communiste et la municipalit\u00e9 de Fort-de-France. Loin d\u2019\u00eatre soutenue par le repr\u00e9sentant de l\u2019\u00c9tat, la manifestation avait \u00e9t\u00e9 interdite et durement r\u00e9prim\u00e9e par le premier Pr\u00e9fet nomm\u00e9 \u00e0 la Martinique apr\u00e8s la loi du 19 mars 1946, Pierre Trouill\u00e9<\/p>\n<h6>La b\u00eate noire des nationalistes<\/h6>\n<p>Cabort-Masson, qui avait 11 ans en 1948, \u00e9tait excusable\u00a0 d\u2019ignorer, en 1971, les circonstances de la c\u00e9l\u00e9bration du 27 avril. Trente ans plus tard, curieux comme il l\u2019\u00e9tait\u00a0 de notre histoire politique r\u00e9cente, il ne pouvait pas ignorer qu\u2019aucun pr\u00e9fet, entre avril 1948 et avril 1979, et pas davantage, me semble-t-il, depuis, n\u2019avait particip\u00e9 \u00e0 une manifestation du 27 avril. Aussi bien, ai-je trouv\u00e9 inacceptable cette agression contre le 27 avril et contre la r\u00e9volution de F\u00e9vrier 1848, en fait contre Victor Sch\u0153lcher qui \u00e9tait en train de devenir la b\u00eate noire de quelques nationalistes. Je lui ai fait part de ma surprise. Il m\u2019a ri au nez et m\u2019a assur\u00e9 que je n\u2019avais encore rien vu. Il avait raison ou, plut\u00f4t, j\u2019avais tort. Je n\u2019avais jamais envisag\u00e9 une telle capacit\u00e9 d\u2019oubli dans un pays qui professait un tel culte de la m\u00e9moire. Les choses se sont aggrav\u00e9es, beaucoup plus t\u00f4t et beaucoup plus vite que je ne le croyais.<\/p>\n<p>D\u2019abord du c\u00f4t\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments les plus r\u00e9actionnaires de la droite fran\u00e7aise. Encourag\u00e9s par nos propres r\u00e9ticences \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Sch\u0153lcher et du 27 avril , quand il s\u2019est agi en 1982, sous le gouvernement socialiste de Pierre Mauroy, de choisir une date pour comm\u00e9morer l\u2019abolition, les s\u00e9nateurs ont tout simplement propos\u00e9 d\u2019oublier 1848 et de fixer cette date \u00e0 l\u2019anniversaire du 16 pluviose an II, celle de la premi\u00e8re abolition qui n\u2019a pas eu lieu chez nous, l\u2019\u00eele \u00e9tant alors occup\u00e9e par les anglais, mais qui a\u00a0 \u00e9t\u00e9 remise en question moins de 8 ans plus tard par Bonaparte qui, d\u00e8s 1802, a r\u00e9tabli l\u2019esclavage dans toutes les anciennes colonies fran\u00e7aises.<\/p>\n<p>On se rappelle peut-\u00eatre la r\u00e9ponse de C\u00e9saire aux historiens de la haute assembl\u00e9e qui avaient d\u00e9cid\u00e9 que le cette comm\u00e9moration aurait lieu \u00ab\u00a0le premier dimanche qui suit la date anniversaire du 16 pluvi\u00f4se an II6\u00a0\u00bb. Avec l\u2019humour cinglant qu\u2019il maniait \u00e0 merveille pour confondre ses adversaires, C\u00e9saire leur avait\u00a0 r\u00e9pondu\u00a0: \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00ab\u00a0Je suis frapp\u00e9 pour ma part par l\u2019attachement s\u00e9natorial au calendrier r\u00e9publicain. Et si j\u2019osais \u00eatre irr\u00e9v\u00e9rencieux, je proposerais mieux encore\u00a0: revenir aux jours suppl\u00e9mentaires que ce calendrier avait r\u00e9serv\u00e9s pour les f\u00eates civiques et fixer la c\u00e9l\u00e9bration de notre anniversaire non pas au premier d\u00e9cadi de pluvi\u00f4se mais \u00e0 le premi\u00e8re sans-culottide de l\u2019ann\u00e9e.\u00a07\u00bb<\/p>\n<p>On a fait mieux depuis. F\u00e9vrier, mars et avril 1848 a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s au profit de mai 2001. La date officielle de comm\u00e9moration de l\u2019abolition, en France, c\u2019est d\u00e9sormais le 10 mai et le nom de Victor Sch\u0153lcher doit \u00eatre remplac\u00e9 par celui de Madame Taubira qui a fait reconna\u00eetre l\u2019esclavage dans les colonies europ\u00e9ennes comme un crime contre l\u2019humanit\u00e9 par le Parlement fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>Schoelcher lib\u00e9rateur<\/strong><\/h6>\n<p>Mais ce n\u2019est peut-\u00eatre pas le plus grave. Le plus grave c\u2019est ce qui est en train de se passer dans la t\u00eate des Martiniquais singuli\u00e8rement dans le cerveau de nos enfants.<\/p>\n<p>Dans un article r\u00e9cent d\u2019une revue s\u00e9rieuse,\u00a0\u00ab\u00a0la construction d\u2019une m\u00e9moire historique \u00e0 la Martinique, du schoelch\u00e9risme au marronisme\u00a0\u00bb8,\u00a0de Madame Marie Jos\u00e9 Jolivet, professeur r\u00e9put\u00e9 d\u2019anthropologie, Directeur \u00e9m\u00e9rite de recherche \u00e0 l\u2019Institut de Recherche pour le D\u00e9veloppement, on peut lire cette confession d\u2019une lyc\u00e9enne : \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00ab\u00a0L\u2018histoire du\u00a022\u00a0mai\u00a0m\u2019a fait comprendre qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cole et partout on n\u2019a pas arr\u00eat\u00e9 de nous tromper. On nous\u00a0a\u00a0dit : c\u2019est Sch\u0153lcher qui vous\u00a0a\u00a0donn\u00e9 la libert\u00e9. C\u2018\u00e9tait pas vrai ! Qu\u2019est-ce qu\u2019il a fait,\u00a0Sch\u0153lcher\u00a0? Simplement mettre sa signature en bas d\u2019un bout de papier. L\u2019abolition de\u00a0l\u2019esclavage, c\u2019est nous, personne d\u2019autre.\u00a0\u2026\u00a0Maintenant, on ne peut plus rien croire. Tout est faux ! Tout ce qu\u2019on nous\u00a0a\u00a0appris \u00e0 l\u2019\u00e9cole ! Et m\u00eame les parents, parce que les parents croyaient tout ce que disaient les Blancs !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je croyais tr\u00e8s na\u00efvement que\u00a0 Madame Jolivet avait pour le moins forc\u00e9 le propos de son t\u00e9moin. Je me trompais. J\u2019ai appris, il y deux ou trois ans, qu\u2019une plaidoirie d\u00e9velopp\u00e9e, avec les m\u00eames arguments, avait \u00e9t\u00e9 prim\u00e9e \u00e0 un tr\u00e8s officiel concours, labellis\u00e9 par l\u2019Education Nationale, le M\u00e9morial de Caen9.\u00a0La laur\u00e9ate y affirmait\u00a0: \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00ab\u00a0de l\u2019abolition de 1848, on ne retint ainsi que l\u2019id\u00e9ologie\u00a0sch\u0153lch\u00e9riste, le mythe du sauveur blanc, de la France \u00e9mancipatrice et mis\u00e9ricordieuse. La v\u00e9rit\u00e9 fut honteusement pass\u00e9e sous silence, la r\u00e9alit\u00e9 historique d\u00e9form\u00e9e et instrumentalis\u00e9e par l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je ne crois \u00e9videmment pas que des professeurs d\u2019histoire aient pu enseigner cela \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves. Je n\u2019en mettrais pourtant ma main au feu si j\u2019en jugeais par les propos de sp\u00e9cialistes autoproclam\u00e9s de l\u2019abolition, parfois dipl\u00f4m\u00e9s de l\u2019Universit\u00e9, complaisamment et r\u00e9guli\u00e8rement repris, autour du 22 mai, dans la presse, \u00e0 la radio, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, \u00e0 l\u2019occasion de la plus importante manifestation annuelle du devoir de m\u00e9moire \u00e0 la Martinique.\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je prends acte de l\u2019existence\u00a0 de ces jeunes gens dans nos \u00e9tablissements publics. Mais je n\u2019arrive pas \u00e0 en prendre mon parti. C\u2019est pour r\u00e9agir contre cette tendance que je me suis mis, depuis une bonne d\u00e9cennie, \u00e0 \u00e9tudier Sch\u0153lcher comme jamais je ne l\u2019avais fait auparavant. Et, depuis, plus j\u2019ai lu Sch\u0153lcher, plus je suis devenu sch\u0153lch\u00e9riste.<\/p>\n<p>Un autre \u00e9v\u00e9nement est venu plus r\u00e9cemment renforcer ma d\u00e9termination de mieux faire conna\u00eetre Victor Sch\u0153lcher\u00a0: la proposition faite par Monsieur le Pr\u00e9sident du Conseil R\u00e9gional, Alfred Marie-Jeanne, \u00e0 Aim\u00e9 C\u00e9saire, deux ans avant la mort de celui-ci, d\u2019accepter que son nom remplace celui de Victor Sch\u0153lcher au fronton de notre plus vieux et plus illustre lyc\u00e9e. Si peu qu\u2019il fr\u00e9quente l\u2019\u0153uvre de C\u00e9saire, Alfred Marie-Jeanne ne pouvait avoir de doute sur la r\u00e9ponse de C\u00e9saire. Il savait que l\u2019homme qui a appris \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration de Martiniquais \u00e0 lire, \u00e0 \u00e9tudier, \u00e0 comprendre et \u00e0 respecter Victor Sch\u0153lcher, rejetterait\u00a0 sa proposition.<\/p>\n<p>On a dit que, fort de ce refus qu\u2019il attendait, il aurait pens\u00e9, pour rebaptiser son nouveau Lyc\u00e9e, \u00e0 l\u2019anti-Sch\u0153lcher, Bissette, la derni\u00e8re coqueluche des petits marquis aux talons roses du populisme qui vouent \u00e0 Sch\u0153lcher, consid\u00e9r\u00e9 comme le p\u00e8re de l\u2019assimilationnisme, une haine tenace. La fermet\u00e9 de C\u00e9saire et la vigilance de son successeur \u00e0 la Mairie de Fort de France, Serge Letchimy, nous ont \u00e9pargn\u00e9 ce sinistre alternatif. Notre vieux Lyc\u00e9e ne sera pas d\u00e9moli ni d\u00e9baptis\u00e9, si la protestation populaire d\u00e9bordant largement les fronti\u00e8res de Fort-de-France s\u2019amplifie et s\u2019\u00e9largit \u00e0 toutes les communes de l\u2019Ile, \u00e0 commencer, nous l\u2019esp\u00e9rons, par celle de Sch\u0153lcher.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>C\u00e9saire et l\u2019abolition \u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Pour \u00e9clairer le refus de C\u00e9saire et contribuer \u00e0 le populariser, j\u2019ai envoy\u00e9 \u00e0 tous ceux que cela devait ou pouvait int\u00e9resser et dont j\u2019avais l\u2019e-mail, tous les textes de C\u00e9saire sur l\u2019abolition que j\u2019avais en machine.\u00a0Huit textes textes10\u00a0pas toujours faciles \u00e0 trouver mais que vous pouvez encore\u00a0 consulter\u00a0 au moins \u00e0 la Biblioth\u00e8que Sch\u0153lcher, ce\u00a0 don exceptionnel fait \u00e0 la colonie par le grand abolitionniste, quelque temps avant sa mort.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre les intellectuels martiniquais devraient-ils r\u00e9fl\u00e9chir, plus s\u00e9rieusement qu\u2019ils ne semblent l\u2019avoir fait, \u00e0 la signification profonde de cette provocation de Monsieur le pr\u00e9sident du Conseil R\u00e9gional. Je ne parle pas des noyeurs de poissons qui ont feint de voir dans cette proposition un hommage m\u00e9rit\u00e9 \u00e0 un grand intellectuel qui fut l\u2019un des plus brillants \u00e9l\u00e8ves de ce lyc\u00e9e avant d\u2019en devenir un de ses plus illustres professeurs.<\/p>\n<p>Il s\u2019agissait moins d\u2019honorer C\u00e9saire que d\u2019enterrer Sch\u0153lcher. M. le pr\u00e9sident du Conseil R\u00e9gional, qui est un ancien normalien, ne peut pas ignorer la lutte de Victor Sch\u0153lcher pendant une bonne d\u00e9cennie (1871-1881) pour la cr\u00e9ation de notre premier lyc\u00e9e, d\u00e9cid\u00e9e et enti\u00e8rement assum\u00e9e par notre Conseil G\u00e9n\u00e9ral, contre la volont\u00e9 des ministres, contre la mauvaise volont\u00e9 des gouverneurs (sauf exception) et le sabotage de la haute administration, contre l\u2019hostilit\u00e9 r\u00e9solue de la hi\u00e9rarchie catholique et l\u2019opposition des \u00e9l\u00e9ments les plus r\u00e9actionnaires de l\u2019aristocratie blanche qui voyaient dans ce lyc\u00e9e un luxe inutile et co\u00fbteux11, tr\u00e8s au-dessus des moyens de la colonie qui ne demandait pas un sous \u00e0 l\u2019\u00c9tat pour la r\u00e9alisation de son projet. C\u2019est assez dire que le souvenir du soutien r\u00e9solu de Schoelcher \u00e0 la cr\u00e9ation de ce premier lyc\u00e9e inaugur\u00e9 \u00e0 Saint Pierre le 21 juillet 1881, le jour de la Saint Victor, devrait suffire \u00e0 lui seul, \u00e0 rejeter la proposition de monsieur le pr\u00e9sident du Conseil R\u00e9gional.<\/p>\n<p>Cette proposition, n\u2019\u00e9tait pas seulement une insulte \u00e0 C\u00e9saire mais un d\u00e9fi au peuple Martiniquais, et singuli\u00e8rement aux enseignants d\u2019histoire de ce pays. Ce n\u2019est pas dans cette ville qui a le privil\u00e8ge d\u2019h\u00e9berger le plus important \u00e9tablissement d\u2019enseignement de ce pays, l\u2019Universit\u00e9 des Antilles et de la Guyane, que j\u2019aurai l\u2019outrecuidance de rappeler la place \u00e9minente qu\u2019\u00e0 occup\u00e9e dans la vie et dans l\u2019\u0153uvre de Sch\u0153lcher, une fois la libert\u00e9 acquise, la lutte pour le d\u00e9veloppement de l\u2019enseignement public et la\u00efc dans notre pays, consid\u00e9r\u00e9 comme une condition indispensable du bon usage de l\u2019abolition.<\/p>\n<p>Votre municipalit\u00e9\u00a0a command\u00e9, il y a quelque temps \u00e0 Madame Nelly Schmidt12, dont je suis loin de partager toutes les conclusions sur ce qu\u2019elle appelle, depuis peu pour \u00eatre dans l\u2019air du temps, le mythe Sch\u0153lcher, une brochure qu\u2019il faut mettre entre toutes les mains, sp\u00e9cialement\u00a0 entre celles des \u00e9tudiants du campus de Sch\u0153lcher, et dont il faut assurer une large diffusion dans nos 22 lyc\u00e9es et dans nos 44 coll\u00e8ges.\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Car il ne s\u2019agit pas tant de garder le nom d\u2019un lyc\u00e9e que de garantir la p\u00e9rennisation de la m\u00e9moire d\u2019un homme qui n\u2019a pas seulement jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans l\u2019abolition de l\u2019esclavage et dans le d\u00e9veloppement de l\u2019instruction dans notre pays mais qui s\u2019est battu sur tous les fronts, celui des libert\u00e9s autant que des libert\u00e9s publiques, sur le front de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, sur celui de la justice et, plus que sur tout le reste, sur celui du respect et de la dignit\u00e9 des hommes de couleur. Je vous renvoie sur ce sujet \u00e0 deux brochures mal connues en tout cas insuffisamment connues du grand public,\u00a0La grande conspiration du pillage, de l\u2019incendie et du meurtre \u00e0 la Martinique\u00a0et\u00a0\u00c9v\u00e8nements des 18 et 19 juillet 1881 \u00e0 Saint Pierre Martinique.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9fense des hommes de couleur \u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nul, mieux que Victor Sch\u0153lcher, n\u2019a d\u00e9fendu avec plus de fermet\u00e9, ni avec plus de courage, ni avec plus de pers\u00e9v\u00e9rance, ni avec plus de succ\u00e8s, les hommes de couleur en proie \u00e0 l\u2019arbitraire colonial et aux accusations les plus odieuses et parfois les plus ridicules port\u00e9es contre eux avant comme apr\u00e8s l\u2019abolition, notamment au d\u00e9but de la IIIe\u00a0R\u00e9publique, au lendemain de l\u2019Insurrection du Sud et apr\u00e8s la conqu\u00eate d\u00e9finitive du Conseil G\u00e9n\u00e9ral au d\u00e9but des ann\u00e9es 1880. P\u00e9riodiquement l\u2019accusation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e contre les hommes de couleur de vouloir la\u00a0substitution\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9limination des blancs permet \u00e0 l\u2019administration, et singuli\u00e8rement \u00e0 la justice, de maintenir un climat d\u00e9testable o\u00f9 la moindre altercation entre un blanc et un n\u00e8gre est l\u2019occasion d\u2019alerter l\u2019opinion fran\u00e7aise sur de pr\u00e9tendus pr\u00e9paratifs du complot permanent du poison, de la torche et du coutelas. C\u2019est le pr\u00e9texte de campagnes\u00a0 d\u2019intoxication de l\u2019opinion fran\u00e7aise pour obtenir du gouvernement le renforcement des moyens de r\u00e9pression contre les hommes de couleur. Secondairement, c\u2019est l\u2019occasion d\u2019attaques d\u2019une violence inou\u00efe contre Victor Sch\u0153lcher probablement l\u2019homme politique fran\u00e7ais qui a \u00e9t\u00e9 le plus longtemps et le plus odieusement injuri\u00e913.<\/p>\n<p>Et cependant nul plus que ce d\u00e9fenseur intransigeant de la dignit\u00e9 des hommes de couleur n\u2019a manifest\u00e9 en toutes circonstances une aussi grande ouverture d\u2019esprit\u00a0 ni lutt\u00e9 avec plus de d\u00e9termination contre le sectarisme. On conna\u00eet sa\u00a0\u00ab\u00a0R\u00e9ponse \u00e0 l\u2019adresse du Comit\u00e9 de\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019Avenir des Noirs\u00a0\u00bb\u00a0ou \u00ab\u00a0Soci\u00e9t\u00e9 des cinquante n\u00e8gres\u00a0\u00bb\u00a0: \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00ab\u00a0Ce \u00e0 quoi doit travailler tout homme de bonne volont\u00e9, tout ami de la Martinique, c\u2019est \u00e0 rapprocher les blancs, les n\u00e8gres et les mul\u00e2tres, fusion qui seule peut assurer le bien-\u00eatre et la prosp\u00e9rit\u00e9 des trois races destin\u00e9es par la nature\u00a0 et par la force des choses de \u00e0 vivre ensemble\u00a0\u00bb14.<\/p>\n<p>On sait moins que sur le plan personnel la ranc\u0153ur et la rancune lui \u00e9taient des sentiments inconnus, contrairement \u00e0 l\u2019opinion r\u00e9pandue par ses ennemis bissettistes, y compris \u00e0 l\u2019\u00e9gard des blancs qui ne partageaient point ses convictions r\u00e9publicaines. Quand le Baron de Lareinty, grand propri\u00e9taire foncier et grand usinier, avec lequel il avait des divergences importantes15\u00a0mais dont il avait pu appr\u00e9cier au S\u00e9nat\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019incontestable comp\u00e9tence sur les probl\u00e8mes coloniaux\u00a0\u00bb\u00a0sollicite son appui aupr\u00e8s de ses amis du Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat aux colonies, pour sa nomination comme membre du\u00a0Conseil Sup\u00e9rieur des Colonies16, il le fait et obtient sans difficult\u00e9 cette d\u00e9signation.<\/p>\n<p><strong>Schoelcher f\u00e9d\u00e9rateur \u00a0<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est que rien ne lui\u00a0 semble plus important que de persuader les uns et les autres <strong>que \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00ab\u00a0les deux races formant la population sont destin\u00e9es par nature \u00e0 vivre ensemble, qu\u2019elles se sont r\u00e9ciproquement n\u00e9cessaires, qu\u2019en cons\u00e9quence adh\u00e9rer au pr\u00e9jug\u00e9 de couleur qui les partage en deux camps, c\u2019est atteindre la soci\u00e9t\u00e9 coloniale dans ses forces vives et la livrer \u00e0 un malaise perp\u00e9tuel\u00a0; qu\u2019au contraire leur fusion sur le terrain politique et social peut seule assurer le d\u00e9veloppement de leur prosp\u00e9rit\u00e9 commune.\u00a0<\/strong>\u00bb<\/p>\n<ul>\n<li>Je dis qu\u2019il y a dans cette cette formulation la pr\u00e9figuration, avec un si\u00e8cle d\u2019avance, du d\u00e9bat qui dure encore et que nous n\u2019avons pas le courage de trancher sur ce qu\u2019il faut bien <strong>appeler l\u2019unit\u00e9 nationale du peuple Martiniquais, une formulation qui e\u00fbt peut-\u00eatre fait sourire Sch\u0153lcher.<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>Et cependant, c\u2019est sur ce sujet que je voudrais ajouter un dernier mot\u00a0: sur la vision proph\u00e9tique de la place que cette nation pourrait occuper dans son environnement carib\u00e9en. Sur ce plan-l\u00e0 aussi Sch\u0153lcher a \u00e9t\u00e9 bel et bien un pr\u00e9curseur.<\/p>\n<p>Quand l\u2019antillanit\u00e9 et, plus largement, quand notre appartenance \u00e0 l\u2019espace carib\u00e9en n\u2019\u00e9tait pas encore devenue un de ces produits de haute n\u00e9cessit\u00e9 qui surgissent p\u00e9riodiquement dans notre presse \u00e0 l\u2019aff\u00fbt du moindre scoop d\u2019allure moderniste,<\/p>\n<ul>\n<li>une bonne trentaine d\u2019ann\u00e9es avant que le nationaliste portoricain, Ramon Emeterio Betances, le tout premier champion de l\u2019id\u00e9e d\u2019une f\u00e9d\u00e9ration antillaise, ne lance le slogan\u00a0\u00ab\u00a0Les Antilles aux Antillais \u00bb17, comme un d\u00e9fi aux Am\u00e9ricains qui, oubliant les Antilles, avaient d\u00e9fi\u00e9 l\u2019Europe au cri de\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019Am\u00e9rique aux Am\u00e9ricains\u00a0\u00bb18,<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>l\u00e0 o\u00f9 le G\u00e9n\u00e9ral\u00a0 de Gaulle, il y a moins d\u2019un demi-si\u00e8cle, ne voyait que des\u00a0\u00ab\u00a0poussi\u00e8res entre l\u2019Europe et l\u2019Am\u00e9rique\u00a0\u00bb, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Sch\u0153lcher \u00e9crivait, il y a plus d\u2019un si\u00e8cle et demi en <strong>1842\u00a0: \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00ab\u00a0\u00a0En examinant la position des Antilles au milieu de l\u2019Oc\u00e9an, group\u00e9es toutes entre l\u2019Europe et l\u2019Am\u00e9rique, en regardant\u00a0 sur la carte o\u00f9 on les voit presque se toucher, on est pris de la pens\u00e9e qu\u2019elles pourraient bien un jour constituer de petites r\u00e9publiques ind\u00e9pendantes, elles seraient unies conf\u00e9d\u00e9rativement par un int\u00e9r\u00eat commun et auraient une marine, une industrie, des arts, une litt\u00e9rature qui leur seraient propres. Cela ne se fera peut-\u00eatre pas dans un, dans deux, dans trois si\u00e8cles\u2026 mais cela se fera parce que cela est naturel.19\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>S\u2019il est vrai qu\u2019au d\u00e9but de la r\u00e9volution coloniale du second vingti\u00e8me si\u00e8cle, C\u00e9saire refusait\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019abstraction d\u2019une patrie antillaise, commune \u00e0 tous les peuples antillais\u00a0\u00bb20, dont la construction ne pouvait \u00eatre la t\u00e2che de la g\u00e9n\u00e9ration des Martiniquais de l\u2019\u00e9poque, il n\u2019en \u00e9tait pas moins ouvert \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une future conf\u00e9d\u00e9ration dont continuent de r\u00eaver nombre de d\u2019Antillais. Ce texte de Sch\u0153lcher a inspir\u00e9 plus d\u2019un champion de l\u2019int\u00e9gration de la Martinique et de la Guadeloupe dans leur environnement carib\u00e9en, sans qu\u2019aucun d\u2019eux ne pense \u00e0 citer sa source, mais dont plusieurs feignent de l\u2019ignorer pour instruire le proc\u00e8s de l\u2019assimilationniste Sch\u0153lcher. C\u2019est dire le peu de consid\u00e9ration que m\u00e9ritent des individus qui se doutent \u00e0 peine qu\u2019ils ne peuvent m\u00eame pas revendiquer comme leur appartenant en propre la pens\u00e9e qu\u2019ils tiennent pour la plus originale de leur discours anticolonialiste.<\/p>\n<p>Je voudrais pour terminer que vous me permettiez d\u2019improviser quelques mots, sans sortir de mon sujet, bien entendu, puisqu\u2019il s\u2019agit toujours de Sch\u0153lcher, \u00e0 propos d\u2019un \u00e9v\u00e9nement auquel certains d\u2019entre vous ont pu participer, m\u00eame s\u2019ils n\u2019ont pas c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019illusion d\u2019avoir v\u00e9cu leur r\u00e9volution de f\u00e9vrier ni entrevu, dans cette\u00a0 mobilisation populaire effectivement sans exemple dans notre histoire r\u00e9cente, l\u2019aube de temps nouveaux o\u00f9 rien ne devait plus \u00eatre comme avant.<\/p>\n<p><b>Le banquet socialiste de TOUS CREOLES \u00a0<\/b><\/p>\n<p><strong>Certains d\u2019entre vous ont suivi, peut-\u00eatre m\u00eame particip\u00e9 \u00e0, la campagne d\u00e9clench\u00e9e il y a\u00a0 trois ou quatre mois contre l\u2019initiative de l\u2019association\u00a0Tous Cr\u00e9oles\u00a0de comm\u00e9morer le 90e\u00a0anniversaire du\u00a0discours prononc\u00e9 le 22 juin 1919, par le d\u00e9put\u00e9 maire de Sainte Marie, Joseph Lagrosilli\u00e8re, au Banquet organis\u00e9, au\u00a0Morne des S, par le Parti R\u00e9publicain Sch\u0153lch\u00e9riste. J\u2019insiste : le parti R\u00e9publicain Sch\u0153lch\u00e9riste.<\/strong><\/p>\n<p><strong>On a racont\u00e9\u00a0tellement de sottises, \u00e0 propos de ce discours, qu\u2019il nous avait paru n\u00e9cessaire d\u2019envisager la publication de ce discours, par la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis des Archives, juste comme un document d\u2019histoire, pour permettre \u00e0 chacun de juger sur pi\u00e8ce. On en a\u00a0 dit un peu moins mais pas avec plus de d\u00e9cence de l\u2019initiative de \u00a0Tous cr\u00e9oles\u00a0de comm\u00e9morer ce discours qui est un appel solennel \u00e0 l\u2019union de tous les martiniquais de toutes origines ethniques ou sociales.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Nous avions sugg\u00e9r\u00e9\u00a0\u00e0\u00a0cette association de marquer l\u2019importance qu\u2019elle attachait \u00e0 ce discours en organisant \u00e0 Sainte Marie quelque chose qui p\u00fbt sinon ressembler \u00e0 du moins rappeler ce banquet du Parti R\u00e9publicain Sch\u0153lch\u00e9riste. Si Lagros avait pu r\u00e9unir 500 convives, blancs et n\u00e8gres confondus, tout en haut du Morne des S, il y 90 ans, avec les moyens de l\u2019\u00e9poque, il ne paraissait pas absurde de vouloir en r\u00e9unir autant dans un grand restaurant du bourg de Sainte Marie.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce projet con\u00e7u en juin 2008 et relanc\u00e9 en octobre, n\u2019avait pos\u00e9 aucun probl\u00e8me jusqu\u2019au d\u00e9but du mois de F\u00e9vrier. Vers la mi-janvier, pour concr\u00e9tiser ce projet, j\u2019avais pris rendez-vous, avec M. Bernard Hayot, pour le jeudi 5 f\u00e9vrier.\u00a0 Je suppose que cette date vous dit quelque chose. L\u2019entr\u00e9e de ses bureaux lui \u00e9tant interdite par des barrages de gr\u00e9vistes pendant plusieurs semaines, nous avons d\u00fb remettre deux fois ce\u00a0 rendez-vous qui a eu lieu finalement chez moi, en pr\u00e9sence d\u2019un camarade, d\u2019ascendance indienne, qui a adh\u00e9r\u00e9 depuis \u00e0\u00a0Tous cr\u00e9oles. La comm\u00e9moration du discours du socialiste Lagrosilli\u00e8re ne posait aucun probl\u00e8me \u00e0 aucun des b\u00e9k\u00e9s de\u00a0Tous cr\u00e9oles.<\/strong><\/p>\n<p><strong>C\u2019est chez nous les n\u00e8gres que cela en a pos\u00e9s. Autrement dit, les b\u00e9k\u00e9s de\u00a0\u00ab\u00a0Tous cr\u00e9oles\u00a0\u00bb,\u00a0sans exception \u00e0 ma connaissance, n\u2019\u00e9prouvaient aucune difficult\u00e9 \u00e0 comm\u00e9morer le 90e anniversaire d\u2019un banquet du Parti R\u00e9publicain Sch\u0153lch\u00e9riste cr\u00e9\u00e9 par un d\u00e9put\u00e9 socialiste, Lagrosilli\u00e8re, avec un programme socialiste, m\u00eame si de toute \u00e9vidence aucun d\u2019eux probablement n\u2019envisageait une adh\u00e9sion r\u00e9trospective \u00e0 ce programme pas tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui de la IIeInternationale socialiste de la fin de la premi\u00e8re guerre mondiale. Ce sont des n\u00e8gres qui ont d\u2019abord trouv\u00e9 le moment inopportun, le sujet imprudent et m\u00eame provocateur.<\/strong><\/p>\n<p>Pensez donc\u00a0! Plusieurs milliers de Martiniquais avaient d\u00e9fil\u00e9 pendant plusieurs semaines dans les rues de Fort-de-France, avec des revendications tout \u00e0 fait l\u00e9gitimes contre la vie ch\u00e8re et pour la relavorisation des minima sociaux et des salaires les plus bas, mais aussi avec ce slogan inattendu\u00a0\u00ab\u00a0Matinik s\u00e9 ta nou s\u00e9 pa ta yo, an ban-n vol\u00e8 pwofit\u00e9 nous kay fout\u00e9 yo d\u00e8wo\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un reportage sur les\u00a0 b\u00e9k\u00e9s ou, plut\u00f4t, contre les b\u00e9k\u00e9s,\u00a0Les derniers ma\u00eetres de la Martinique, de Romain Bolzinger, pass\u00e9 sur les antennes de Canal Plus, au deuxi\u00e8me jour du conflit, avait procur\u00e9 leur b\u00e9cqu\u00e9e \u00e0 deux ou trois anciens combattants de la guerre des races. Ce film m\u00e9diocre qui s\u2019ouvre sur le consensus autour du cercueil de C\u00e9saire (moins de 2 minutes), se poursuit pendant 50 minutes sur la division profonde qui se maintiendrait\u00a0\u00ab\u00a0depuis des si\u00e8cles\u00a0\u00bb\u00a0entre une poign\u00e9e de millionnaires b\u00e9k\u00e9s (moins de 2% de la population) et 98 % de pauvres n\u00e8gres.<\/p>\n<p>C\u2019est ce genre de document qui a\u00a0 dop\u00e9 ce slogan difficile \u00e0 expliquer et encore plus difficile \u00e0 justifier en 2009. On se serait cru revenu \u00e0 la fin du XIX si\u00e8cle quand le journal\u00a0 des colons les plus r\u00e9actionnaires,\u00a0La D\u00e9fense coloniale, proclamait\u00a0\u00ab\u00a0la Martinique nous appartient\u00a021\u00bb.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du 20e\u00a0si\u00e8cle, ni la catastrophe de Saint-Pierre (1902) ni les souffrances partag\u00e9es dans la boue des tranch\u00e9es de la grande guerre (1914-1918) n\u2019avaient compl\u00e8tement effac\u00e9 le souvenir des tensions insupportables qui avaient suivi l\u2019insurrection du Sud au lendemain de la proclamation de la III\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p><strong>Mais d\u00e8s la fin de la grande guerre, le d\u00e9put\u00e9 de la Martinique, Joseph Lagrosilli\u00e8re, maire de Sainte Marie, avait entrepris de pr\u00e9venir le retour de ces affrontements st\u00e9riles. Plus ou moins en d\u00e9licatesse avec son parti, la SFIO, dont il avait d\u00e9missionn\u00e9 \u00e0 la veille de la guerre \u00e0 cause de propos racistes de deux dirigeants de ce parti, il avait cr\u00e9\u00e9, d\u00e8s son retour \u00e0 la Martinique, le Parti R\u00e9publicain Sch\u0153lch\u00e9riste, estimant que seul l\u2019enseignement de Sch\u0153lcher pouvait apporter l\u2019apaisement indispensable \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 du pays.<\/strong><\/p>\n<p>Il faut relire son\u00a0Manifeste\u00a0 du 7 mai et son\u00a0discours du 22 juin\u00a0pour comprendre les objectifs du nouveau parti. Sans rien c\u00e9der sur son programme r\u00e9publicain et socialiste, mais sans d\u00e9magogie, Lagros appelle\u00a0 sinon \u00e0 la fusion du moins \u00e0 l\u2019union sur la base d\u2019un programme Sch\u0153lch\u00e9riste\u00a0: \u00ab\u2026\u00a0qui ne se rappelle,\u00a0demande-t-il, la fougue avec laquelle il\u00a0[Sch\u0153lcher]\u00a0a fonc\u00e9, \u00e0 la fois sur le parti des cinquante noirs, et sur ce qu\u2019il appelait l\u2019oligarchie coloniale, qui \u00e9tait alors compos\u00e9e, presque exclusivement de blancs\u00a0? Aussi bien, me suis-je senti en parfaite communion d\u2019id\u00e9es et de sentiments avec lui, lorsque en compagnie de ce r\u00e9publicain int\u00e9gral qu\u2019est Ren\u00e9 Boisneuf22, j\u2019ai d\u00e9nonc\u00e9, tant en France qu\u2019aux Antilles, les tristes men\u00e9es du pseudo parti de L\u00e9gitimus. C\u2019est \u00e0 lui, encore, que nous demanderons l\u2019inspiration pour tuer dans l\u2019\u0153uf toute tentative de constitution ou de reconstitution d\u2019un parti noir, dans notre pays\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Syst\u00e9matiquement d\u00e9form\u00e9s par l\u2019historiographie communiste pour justifier la scission intervenue quelques mois plus\u00a0 tard dans les rangs du jeune mouvement socialiste \u00e0 la Martinique,\u00a0 le\u00a0Manifeste du 7 mai\u00a0et le\u00a0discours de Sainte Marie\u00a0constituent incontestablement un document majeur de l\u2019histoire politique de notre pays. Ce discours a \u00e9t\u00e9 vilipend\u00e9 pendant plus\u00a0 de 80 ans, jusqu\u2019\u00e0 ce que Camille Darsi\u00e8res entreprenne de faire toute la lumi\u00e8re sur les circonstances\u00a0 de la scission du mouvement socialiste et de la naissance mouvement communiste \u00e0 la Martinique23.<\/p>\n<p>J\u2019ai la faiblesse de croire que ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait par hasard que ce travail\u00a0 a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 \u00e0 bien par l\u2019un des plus proches compagnons d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire. C\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles nous <strong>avions sugg\u00e9r\u00e9 \u00e0\u00a0Tous cr\u00e9oles\u00a0d\u2019associer \u00e0 cet hommage \u00e0 Lagrosilli\u00e8re un hommage \u00e0 Aim\u00e9 C\u00e9saire pour sa contribution au rapprochement entre les deux principales composantes de notre peuple, les n\u00e8gres et les b\u00e9k\u00e9s, dans le plus pur esprit du Sch\u0153lch\u00e9risme.<\/strong><\/p>\n<p>On se rappelle les insinuations plus ridicules et plus odieuses les unes que les autres lanc\u00e9es contre le p\u00e8re de la n\u00e9gritude pour avoir accept\u00e9, en d\u00e9cembre 2001, <strong>l\u2019invitation de Bernard Hayot \u00e0 planter sur l\u2019habitation Cl\u00e9ment, au Fran\u00e7ois, un arbre end\u00e9mique de la Martinique, le courbaril, menac\u00e9 de disparition<\/strong>. C\u2019est tout le texte de l\u2019\u00e9loge du courbaril, prononc\u00e9 \u00e0 cette occasion par C\u00e9saire qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre connu. Un court texte d\u2019une trentaine de lignes qu\u2019il faudrait placarder dans tous nos \u00e9tablissements d\u2019enseignement, y compris et peut-\u00eatre d\u2019abord dans notre Universit\u00e9 o\u00f9 l\u2019on semble avoir plus de mal qu\u2019ailleurs \u00e0 \u00e9tudier et \u00e0 faire passer dans l\u2019opinion ce qui constitue le fondement m\u00eame de la construction d\u2019un peuple\u00a0: son unit\u00e9 et sa volont\u00e9 de vivre ensemble. Je ne veux retenir ci que quelques extraits, tr\u00e8s librement cit\u00e9s,\u00a0 de cet \u00e9loge \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u2026La plantation d\u2019un courbaril, un des plus beaux arbres martiniquais menac\u00e9 et en voie de disparition\u2026.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Merci \u00e0 vous d\u2019essayer de le sauver et d\u2019en rappeler toute l\u2019importance r\u00e9elle,\u00a0 \u00e9conomique sans doute mais \u00e0 mes yeux, plus encore, importance symbolique\u2026\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Avec ses feuilles, non avec sa feuille DOUBLE\u00a0 et pourtant UNE.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">\u00a0Ici la bi-foliation se fait intime et partenariale.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Une particularit\u00e9 botanique sans doute, mais dans laquelle je me permettrai de voir le symbole de la solidarit\u00e9\u00a0 indispensable \u00e0 notre peuple en notre \u00e9poque de survie. \u00bb\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Vous l\u2019avouerai-je ? J\u2019\u00e9tais plut\u00f4t pessimiste en acceptant l\u2019invitation de votre maire. Je me rappelais l\u2019invraisemblable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de camarades qui citaient ce texte sans vraiment rougir d\u2019avoir repris ou d\u2019avoir couvert ou d\u2019avoir trouv\u00e9 des circonstances att\u00e9nuantes \u00e0 l\u2019usage de ce slogan de f\u00e9vrier que j\u2019ai cit\u00e9 plus haut.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Si peu de Martiniquais se disent aujourd\u2019hui Sch\u0153lch\u00e9ristes et tant de Martiniquais se proclament c\u00e9sairistes, depuis la mort de C\u00e9saire, que je me suis demand\u00e9 si Louison ne s\u2019\u00e9tait pas tromp\u00e9 en invitant ici un vieux militant revendiquant cette double filiation, si \u00e9trange aux yeux de quelques c\u00e9sairistes du lendemain.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Votre manifestation de ce jour me rassure. Elle fait plus que de me rassurer. Elle m\u2019enhardit. Je n\u2019avais pas particip\u00e9 depuis 44 ans, \u00e0 une d\u00e9monstration de cette importance pour c\u00e9l\u00e9brer le 21 juillet. C\u2019\u00e9tait \u00e0 la mairie du Lamentin, le 21 juillet 1965, \u00e0 l\u2019invitation du maire communiste de cette ville, Georges Gratiant.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">C\u2019est pourquoi je me sens autoris\u00e9 \u00e0 vous dire que je\u00a0 suis s\u00fbr de ne pas me tromper en estimant que votre municipalit\u00e9 peut faire encore mieux. Parce que la Martinique attend de vous que vous ne vous contentiez pas d\u2019\u00eatre des habitants de Schoelcher\u00a0 \u00a0 \u00a0 Allez donc, amis de Sch\u0153lcher, ne soyez pas seulement des Sch\u0153lch\u00e9roises et des Sch\u0153lch\u00e9rois mais des sch\u0153lch\u00e9ristes ou des sch\u0153lch\u00e9riennes et des sch\u0153lch\u00e9riens convaincus, sans complexe, mais pas sans humour, fiers sans arrogance mais sans timidit\u00e9, avec \u00e9l\u00e9gance et m\u00eame\u00a0 avec ce zeste d\u2019insolence que Schoelcher utilisait \u00e0 merveille dans ses relations avec\u00a0 ses pires adversaires. \u00a0 \u00a0 \u00a0 Soyez pr\u00eats \u00e0 d\u00e9fendre en toutes circonstances la m\u00e9moire de celui dont votre ville porte le nom, sans aucune concession \u00e0 ceux qui voudraient vous persuader que vos grands parents ou arri\u00e8re grands parents qui ont choisi ce nom, \u00e9taient des ali\u00e9n\u00e9s, des fous, ou des imb\u00e9ciles\u00a0 manipul\u00e9s par des mercenaires au service du colonialisme.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Soyez attentifs, au contraire, \u00e0 faire briller ce nom, pas comme dans la chanson, \u00ab comme une \u00e9toile \u00e0 l\u2019orient \u00bb sur une montagne verte, mais comme une lampe-temp\u00eate dans la grisaille des temps troubl\u00e9s que nous vivons, temps de l\u2019imposture, de la pr\u00e9somption, de la vanit\u00e9 satisfaite d\u2019elle-m\u00eame, de l\u2019esbroufe, du bluff, de la d\u00e9magogie et, finalement, du m\u00e9pris du peuple, temps qui exigent de chacun de nous les qualit\u00e9s \u00e9minemment Sch\u0153lch\u00e9riennes que sont le courage et la patience, la lucidit\u00e9 et la passion, la fermet\u00e9 et, par dessus tout, la d\u00e9termination.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">\u00c9douard de L\u00e9pine \u00a0 \u00a0 Sch\u0153lcher 21\/07\/09\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">\u00a0BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE \u00a0 \u00a0 (pour ceux qui veulent en savoir un peu plus)\u00a0 Victor Sch\u0153lcher,\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u2013 Des colonies fran\u00e7aises, abolition imm\u00e9diate de l\u2019esclavage, 1842 R\u00e9\u00e9dition ppar SHG et la SHM en 1976 \u2013 Esclavage et colonisation, textes choisis et annot\u00e9s par \u00c9mile Tersen, avec une \u00a0 introduction d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire, PUF Paris, 1948\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u2013 Histoire de l\u2019esclavage pendant les deux derni\u00e8res ann\u00e9es, Paris 1847, R\u00e9\u00e9dition \u00a0 D\u00e9sormeaux, 1973\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u2013 Colonies \u00e9trang\u00e8res et Ha\u00efti, 2 vol, 1840, R\u00e9\u00e9dition D\u00e9sormeaux 1973\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u2013 Pol\u00e9mique coloniale, 2 vol 1882 R\u00e9\u00e9dition D\u00e9sormeaux 1979\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u2013 La grande conspiration du pillage, de l\u2019incendie et du meurtre, Paris, Le Chevalier\u00a0 1875\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u2013 \u00c9v\u00e8nements des 18-19 juillet 1881 \u00e0 Saint Pierre, Dentu \u00e9dit, Paris 1882, Paris\u00a0 Aim\u00e9\u00a0 C\u00e9saire\u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; Discours du 21 juillet 1945- Brochure f\u00e9d\u00e9ration de la Martinique du PCF\u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; Introduction \u00e0 l\u2019ouvrage de Schoelcher Esclavage et Colonisation,\u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; Intervention de C\u00e9saire \u00e0 la Sorbonne, le 27 avril 1948 pour le centenaire de l\u2019abolition-\u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; Discours pour l\u2019inauguration de la place de l\u2019Abb\u00e9 Gr\u00e9goire, le 28 12.50-\u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; Discours du 21 juillet 1951, Le combat de Victor Schoelcher continue-\u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; Article paru dans Le Progressiste du 19 juillet 1958, Relire Sch\u0153lcher-\u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; Discours du 22 mai 1971, Notre 22 mai- Brochure PPM\u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; Discours du 17\/12\/82 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale pour le choix de la date de comm\u00e9moration de l\u2019abolition. Le Cercle Victor Sch\u0153lcher\u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; Pour l\u2019ascension des travailleurs noirs descendants d\u2019esclaves en Martinique, Imprimerie du Gouvernement, Fort-de-France, 1945 Janine Alexandre-Debray,\u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; Victor Sch\u0153lcher, Perrin, Paris, 1983 Nelly Schmidt,\u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; Victor Sch\u0153lcher et l\u2019abolition l\u2019esclavage, Fayard, 1994<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">&#8212;\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Monsieur le sous-pr\u00e9fet,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Monsieur le repr\u00e9sentant du Conseil G\u00e9n\u00e9ral,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Monsieur le maire,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Messieurs les \u00e9lus,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Mesdames,\u00a0mesdemoiselles,\u00a0messieurs, \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 Je veux d\u2019abord remercier la municipalit\u00e9 de Sch\u0153lcher du plaisir et de l\u2019honneur\u00a0 qu\u2019elle me fait\u00a0 en invitant le vieux sch\u0153lch\u00e9riste imp\u00e9nitent que je suis \u00e0 comm\u00e9morer avec elle le 205e\u00a0anniversaire de la naissance de celui dont cette ville porte<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":17840,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-17838","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-actualite"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17838","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17838"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17838\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17840"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17838"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17838"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17838"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}