{"id":17974,"date":"2020-10-20T04:45:44","date_gmt":"2020-10-20T08:45:44","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=17974"},"modified":"2020-10-20T04:46:36","modified_gmt":"2020-10-20T08:46:36","slug":"la-masque-attitude-ou-la-contrainte-dinventer-une-autre-culture-publie-le-20-oct-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/la-masque-attitude-ou-la-contrainte-dinventer-une-autre-culture-publie-le-20-oct-2020\/","title":{"rendered":"La masque attitude ou la contrainte d\u2019inventer une autre culture.(Publi\u00e9 le 20 oct.2020)"},"content":{"rendered":"<figure class=\"content-lead-image grid-twelve large-grid-eleven\"><figcaption>L\u2019un des propri\u00e9taires de la boutique de masques de protection \u00ab\u00a0The F\u2026ing Mask\u00a0\u00bb pose pour une photo \u00e0 Paris, le 28 mai 2020. La boutique, qui a ouvert une semaine plus t\u00f4t, vend des masques en tissu pour se prot\u00e9ger contre le Covid-19. <span class=\"attribution\"><span class=\"attribution\"><span class=\"source\">Thomas Coex\/AFP<br \/>\n<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<h4>Symbole de la pand\u00e9mie, l\u2019image du face-\u00e0-face masqu\u00e9 restera longtemps dans les m\u00e9moires. Sans m\u00e9dicament ni vaccin, les humains ne peuvent pas lutter contre le virus. Il est m\u00eame probable que le SARS-CoV-2\u00a0devienne end\u00e9mique. Nous devons en cons\u00e9quence nous familiariser avec son mode de contagion et apprendre \u00e0 vivre avec lui. La propagation interhumaine possible par les voies respiratoires et la forte charge virale 24h \u00e0 48h, avant l\u2019apparition des sympt\u00f4mes, rendent ce virus redoutable et difficile \u00e0 rep\u00e9rer.<\/h4>\n<\/figcaption><\/figure>\n<div class=\"grid-ten large-grid-nine grid-last content-body content entry-content instapaper_body inline-promos\">\n<hr \/>\n<p>La nouvelle culture consiste \u00e0 int\u00e9rioriser une autre prox\u00e9mie, c\u2019est-\u00e0-dire de <a href=\"https:\/\/arlap.hypotheses.org\/6711\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">nouvelles distances sociales<\/a> avec des cons\u00e9quences sur les personnes, les familles, les groupes et les soci\u00e9t\u00e9s. Avatar impr\u00e9vu de la globalisation \u00e9conomique, cette nouvelle culture plan\u00e9taire se d\u00e9cline toutefois d\u2019une personne \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 une autre, selon les histoires et les possibles.<\/p>\n<p>Dans la vie quotidienne, chacun d\u2019entre nous devons reculer, ne plus toucher ni embrasser, apprendre \u00e0 regarder, \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019autre autrement pour adopter la <em>Cov-attitude<\/em>. Des changements importants, car ils affectent l\u2019identit\u00e9 par impossibilit\u00e9 de se rassembler pour c\u00e9l\u00e9brer, f\u00eater, se r\u00e9conforter, travailler et cr\u00e9er ensemble.<\/p>\n<h2>Apprendre les bonnes distances<\/h2>\n<p>Pour le moment, on peut distinguer deux temps dans le rapport culturel des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 la pand\u00e9mie. Le premier temps, celui du confinement, total ou partiel (rares sont les soci\u00e9t\u00e9s qui ont pu sans passer) et qui a provoqu\u00e9 de la sid\u00e9ration, de la d\u00e9r\u00e9gulation et l\u2019arr\u00eat. C\u2019est le temps n\u00e9cessaire pour s\u2019adapter \u00e0 la pathologie inconnue du Covid-19 et pour ajuster le nombre de malades \u00e0 l\u2019acceptable d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, un arbitrage entre l\u2019\u00e9conomie et la sant\u00e9 de la population au regard, notamment, de la capacit\u00e9 d\u2019accueil des h\u00f4pitaux (nombre de respirateurs artificiels).<\/p>\n<p>La seconde \u00e9tape, le d\u00e9confinement concerne toutes les soci\u00e9t\u00e9s, la reprise n\u2019est pas une lib\u00e9ration, mais une zone grise soumise au risque de r\u00e9pliques. Elle \u00e9quivaut au temps long de l\u2019apprentissage, par chacun d\u2019entre nous, de la bonne distance \u00e0 autrui, pour vivre, sans trop de risque, avec le SARS-CoV-2, dont il convient de supposer en permanence la pr\u00e9sence. En plus d\u2019une question \u00e9minemment sociale, \u00e9conomique et m\u00e9dicale, le temps long de l\u2019apr\u00e8s-crise est aussi culturel, identitaire et psychologique.<\/p>\n<p>Une approche anthropologique de la question consiste \u00e0 relever la diversit\u00e9 des r\u00e9ponses apport\u00e9es par les soci\u00e9t\u00e9s, pour int\u00e9rioriser la nouvelle culturelle de l\u2019exacte distance pour maintenir sous un seuil acceptable la propagation du virus et donc le taux de mortalit\u00e9.<\/p>\n<h2>Lorsque notre \u00ab\u00a0bulle personnelle\u00a0\u00bb est affect\u00e9e<\/h2>\n<p>L\u2019anthropologue Edward Hall a montr\u00e9 comment notre mani\u00e8re d\u2019occuper l\u2019espace en pr\u00e9sence d\u2019autrui est un <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/hom_0439-4216_1973_num_13_1_367350\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">marqueur de l\u2019identit\u00e9<\/a>. Il mobilise la notion de bulle personnelle\u00a0: un p\u00e9rim\u00e8tre de s\u00e9curit\u00e9 individuelle qui d\u00e9limite une zone d\u2019\u00e9motion forte, variable selon les cultures.<\/p>\n<p>Chaque culture valorise une bonne distance de soi aux autres, plus proche, ou plus distante. Selon Hall, au regard du mode de propagation du virus, c\u2019est la \u00ab\u00a0distance personnelle\u00a0\u00bb, celle qu\u2019il qualifie de \u00ab\u00a0conversations entre particuliers\u00a0\u00bb situ\u00e9e entre 45 et 135 cm qui est principalement affect\u00e9e. Ce qu\u2019il appelle la \u00ab\u00a0distance intime\u00a0\u00bb (- de 45 cm) demeure inchang\u00e9e au sein de chaque unit\u00e9 de confinement, sachant toutefois que cette distance peut \u00eatre affect\u00e9e par la suspension des salutations propres \u00e0 certaines soci\u00e9t\u00e9s. Vivre avec le virus consiste \u00e0 apprendre \u00e0 relocaliser nos interactions avec ceux qui ne partagent pas notre unit\u00e9 de confinement.<\/p>\n<p>Le philosophe <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/hors-champs\/peter-sloterdijk\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Peter Sloterdijk<\/a> permet d\u2019affiner l\u2019analyse prox\u00e9mique de Hall. Il nous invite \u00e0 comprendre l\u2019articulation <a href=\"https:\/\/www.fayard.fr\/pluriel\/bulles-9782818500781\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">entre la notion de bulle et de masque<\/a>.<\/p>\n<div data-react-class=\"Tweet\" data-react-props=\"{&quot;tweetId&quot;:&quot;1266045572227780608&quot;}\">\n<div>\n<div class=\"twitter-tweet twitter-tweet-rendered\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Pour le philosophe, la fonction prox\u00e9mique peut \u00eatre tenue par le masque. La bulle rend alors compte du p\u00e9rim\u00e8tre du rapport aux autres et le masque est le symbole de la catastrophe qui s\u2019y d\u00e9roule.<\/p>\n<h2>Le masque \u00e9voque la catastrophe<\/h2>\n<p>Le masque est certes, un auxiliaire m\u00e9dical de la r\u00e9gulation du taux Ro \u2013 le taux de reproduction de base du virus (Ro) repose sur la dur\u00e9e de contamination du malade, le risque de transmission et le nombre de contacts \u2013 un param\u00e8tre crucial de gestion de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie.<\/p>\n<p>Mais il devient aussi une image embl\u00e9matique de la pand\u00e9mie et l\u2019objet m\u00eame d\u2019une culture prox\u00e9mique particuli\u00e8re. Appropri\u00e9e par les populations, la fabrication des masques en tissu lib\u00e8re l\u2019inventivit\u00e9. Esth\u00e9tiques, ils se parent de couleurs, de motifs. Ils v\u00e9hiculent messages, humour. Le masque peut devenir moyen de s\u00e9duction, avec une prime aux beaux yeux, au regard qui tue.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s tendance, appara\u00eet au S\u00e9n\u00e9gal \u00ab\u00a0la masque attitude\u00a0\u00bb, la confection et le port de masques \u00e0 la mode. Artiste confin\u00e9e, Jeanne Vicerial, d\u00e9voile chaque jour un mod\u00e8le de quarantaine vestimentaire o\u00f9 le masque tient un r\u00f4le-titre.<\/p>\n<div data-react-class=\"InstagramEmbed\" data-react-props=\"{&quot;url&quot;:&quot;https:\/\/www.instagram.com\/p\/B_MWiyYA2Bv&quot;}\">\n<div>\n<p>https:\/\/www.instagram.com\/p\/B_MWiyYA2Bv<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Au Mexique, dans certains quartiers populaires, le masque peut arborer le nom de la bande qui le distribue, tel \u00ab\u00a0El Chapo 701\u00a0\u00bb, et en Israel, il peut s\u2019adapter aux ultra-orthodoxes barbus.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la raison m\u00e9dicale, surinvestie, le masque facilite, rappelle, permet, autorise, la prise de distance, impos\u00e9e par la pr\u00e9sence du virus et le meilleur instrument de la nouvelle culture \u00e0 la fois locale et plan\u00e9taire \u00e0 laquelle nous sommes convi\u00e9s pour une bonne entente avec le virus.<\/p>\n<h2>Le visage humain est un langage<\/h2>\n<p>Chacun de nous, membre d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, doit inventer sa r\u00e9ponse au virus. Pour nous y aider, la relation bulle \u2013 masque conduit, explique Sloterdijk, \u00e0 conceptualiser la nature de l\u2019espace interfacial dans des circonstances difficiles, potentiellement dramatiques.<\/p>\n<p>Le visage humain est un <a href=\"https:\/\/www.livredepoche.com\/livre\/totalite-et-infini-9782253053514\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">regard et un langage<\/a>, pr\u00e9cise Emmanuel L\u00e9vinas. Et en suivant Sloterdijk, le \u00ab\u00a0prosopom\u00a0\u00bb, le visage humain, est \u00ab\u00a0ce que l\u2019on apporte \u00e0 la vision des autres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est bien ce prosopom qui est affect\u00e9 dans l\u2019imbrication r\u00e9ciproque de la vue (le visage est ce qui se pr\u00e9sente au regard de l\u2019autre et ce qui est vu par sa propre vision). Avec l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, par la mise \u00e0 distance de l\u2019autre \u00e0 la faveur des gestes barri\u00e8res \u2013 dont le port du masque est un \u00e9l\u00e9ment notoire de la mise aux nouvelles normes de la vie sociale \u2013, c\u2019est le jeu interfacial qui se trouve affect\u00e9.<\/p>\n<p>Dans notre confrontation au SARS-CoV-2, l\u2019espace interfacial, l\u2019autre, ou soi pour l\u2019autre, tous deux porteurs potentiels du virus, contient un risque. Espace interfacial singulier, dans la bulle masqu\u00e9e, le face-\u00e0-face devient \u00e0 la fois vecteur, image et symbole d\u2019une \u00e9ventuelle transmission de la maladie, et l\u2019autre masqu\u00e9 devient partenaire de notre vigilance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du virus, en ce qu\u2019il nous pousse \u00e0 la m\u00eame attitude.<\/p>\n<h2>Se rem\u00e9morer une peur salutaire<\/h2>\n<p>Avec la pand\u00e9mie, en dehors des membres de son unit\u00e9 de confinement, la rencontre est potentiellement dangereuse. Le masque devient p\u00e9dagogie, le bon outil pour instituer l\u2019espace d\u2019une peur salutaire qui prot\u00e8ge soi et les autres.<\/p>\n<p>Dans ce face-\u00e0-face, o\u00f9 se tient l\u2019incertitude, celle de la maladie, voire de la mort, le masque entre en sc\u00e8ne pour rappeler l\u2019\u00e9ventualit\u00e9. Le visage masqu\u00e9 dramatise le risque, l\u2019incertitude, l\u2019al\u00e9atoire de toutes rencontres en temps de pand\u00e9mie\u00a0; le masque parle, il dit quelque chose de nous \u00e0 l\u2019autre et inversement. Par le port g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 du masque, la peur s\u2019en trouve partag\u00e9e, elle devient un sentiment r\u00e9ciproque. Il nous aide culturellement, personnellement, \u00e0 prendre la distance, \u00e0 nous accorder aux mesures des pr\u00e9cautions sanitaires qui sont les nouvelles normes de la vie sociale. Le masque constitue en cela une v\u00e9ritable recommandation anthropologique<\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019un des propri\u00e9taires de la boutique de masques de protection \u00ab\u00a0The F\u2026ing Mask\u00a0\u00bb pose pour une photo \u00e0 Paris, le 28 mai 2020. La boutique, qui a ouvert une semaine plus t\u00f4t, vend des masques en tissu pour se prot\u00e9ger contre le Covid-19. Thomas Coex\/AFP Symbole de la pand\u00e9mie, l\u2019image du face-\u00e0-face masqu\u00e9 restera longtemps<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":17975,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-17974","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-actualite"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17974","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17974"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17974\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17975"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17974"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17974"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17974"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}