{"id":18099,"date":"2020-08-25T00:06:34","date_gmt":"2020-08-25T04:06:34","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=18099"},"modified":"2020-08-25T00:06:34","modified_gmt":"2020-08-25T04:06:34","slug":"faire-parler-le-masque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/faire-parler-le-masque\/","title":{"rendered":"FAIRE PARLER LE MASQUE"},"content":{"rendered":"<p class=\"intern\"><strong>Une analyse chr\u00e9tienne de l\u2019obligation du port du masqu<\/strong>e<\/p>\n<h5 class=\"Auteur\">Par Louis Daufresne &#8211; Publi\u00e9 le 21 ao\u00fbt 2020<\/h5>\n<p>Le port du masque obligatoire n\u2019est pas qu\u2019une affaire de sant\u00e9 publique. De plus en plus, cet objet interroge, clive, attise les passions.<\/p>\n<p><b>Les uns y voient le signe d\u2019un civisme de bon aloi<\/b>, d\u2019altruisme, une mani\u00e8re de prot\u00e9ger autrui de ses propres miasmes. En ce sens, le masque nous rapproche, en f\u00e9d\u00e9rant autour de son usage imp\u00e9rieux toutes les \u00e9nergies, en cr\u00e9ant une cause commune\u00a0: faire reculer la pand\u00e9mie. Tous ensemble. L\u2019objet acquiert ainsi une dimension politique, tot\u00e9mique. Dans ce combat, beaucoup se sentent utiles et moins seuls, comme si l\u2019opinion \u00e9tait gagn\u00e9e par un esprit d\u2019\u00e9quipe, une foi collective. Malheur \u00e0 ceux qui jouent en solo\u00a0: on les corrige, on les marginalise, on les met \u00e0 l\u2019amende.<\/p>\n<p><b>D\u2019autres, plus rebelles, voient dans le masque tout autre chose, et m\u00eame le contraire<\/b>\u00a0: une fa\u00e7on d\u2019asservir, d\u2019infantiliser et m\u00eame, inconsciemment, de r\u00e9duire l\u2019opinion au silence. Ils ne parlent plus de masque mais de museli\u00e8re. Ne pas le porter revient \u00e0 jouir d\u2019une maigre parcelle de libert\u00e9, de la derni\u00e8re qui nous reste, celle de montrer son visage, d\u2019exister. C\u2019est refuser un contr\u00f4le social accru.<\/p>\n<p>Sans vouloir trancher la question, on peut interroger cet objet, pour savoir ce qu\u2019il dit de la soci\u00e9t\u00e9 et des inflexions qu\u2019on veut lui donner. Martin Steffens, 43 ans, enseigne la philosophie en classes pr\u00e9paratoires \u00e0 Metz. Ce sp\u00e9cialiste de Simone Weill est l\u2019auteur de plusieurs ouvrages sur la notion de consentement. La crise du covid lui offre un beau terrain de jeu intellectuel.<\/p>\n<p>Dans une de ses communications, Steffens souligne d\u2019abord le paradoxe qui voudrait que <i>\u00ab\u00a0quand on aime ses proches, on ne s\u2019approche pas d\u2019eux\u00a0\u00bb<\/i> (annonce qui passe en boucle sur les radios d\u2019\u00c9tat et qui sugg\u00e8re que s\u2019approcher de son proche revient \u00e0 ne pas r\u00e9ellement l\u2019aimer). Pour lui, <b>ce paradoxe rend fou<\/b>. L\u2019extension de la peur \u00e0 tous les lieux ne manquera pas d\u2019accro\u00eetre un ph\u00e9nom\u00e8ne terrible dont on parle peu\u00a0: l\u2019augmentation des admissions en h\u00f4pital psychiatrique, des s\u00e9parations et des suicides.<\/p>\n<p>Mais Steffens va plus loin et montre \u00e0 quel point ce que nous vivons met en p\u00e9ril ce que des si\u00e8cles de christianisme \u00e9taient parvenus \u00e0 instituer\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Tout se passe comme s\u2019il nous \u00e9tait demand\u00e9 de passer d\u00e9finitivement de la communaut\u00e9 \u00e0 son exact contraire\u00a0: l\u2019immunit\u00e9. Communaut\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9\u00a0: partage (co-) d\u2019un munus, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une dette, d\u2019un don re\u00e7u qui nous oblige les uns aux autres\u00a0; im-munit\u00e9 de l\u2019autre, refus de se recevoir d\u2019un autre, refus de ce lien qui nous tient aux autres.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><b><i>Community<\/i> contre <i>immunit\u00e9<\/i>\u00a0<\/b>: pour Steffens, toute <i>communaut\u00e9<\/i> est de gratitude. La fraternit\u00e9 chr\u00e9tienne s\u2019entend comme <i>\u00ab\u00a0l\u2019assembl\u00e9e de femmes et d\u2019hommes unis par la conscience d\u2019avoir re\u00e7u le don gratuit de la vie puis le don, plus grand encore, du Salut\u00a0\u00bb.<\/i> \u00c0 l\u2019inverse, l\u2019<i>immunit\u00e9<\/i> participe de la peur de l\u2019autre\u00a0: <i>\u00ab\u00a0peur de la contagion qui, dans un monde o\u00f9 ma sant\u00e9 s\u2019arr\u00eate l\u00e0 o\u00f9 commence celle de l\u2019autre, prend la forme \u00e9thique de la crainte d\u2019\u00eatre soi-m\u00eame contagieux\u00a0\u00bb.<\/i><\/p>\n<p>Ainsi le philosophe voit-il dans la distanciation physique (martel\u00e9e \u00e0 coup de slogans subliminaux du style \u00ab\u00a0adoptez les bons r\u00e9flexes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0bon \u00e9t\u00e9 = bons r\u00e9flexes\u00a0\u00bb) l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau paradigme\u00a0: <i>\u00ab\u00a0une fa\u00e7on de faire soci\u00e9t\u00e9 dans la distance.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Steffens ne nie pas l\u2019\u00e9pid\u00e9mie que nous traversons\u00a0: il y a bien un virus qui circule avec rapidit\u00e9. Il n\u2019est pas dans le d\u00e9ni. Mais, ajoute-t-il, <i>\u00ab\u00a0on peut pr\u00e9f\u00e9rer la relation \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, en ajustant les consignes \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des risques et en consentant \u00e0 ceci\u00a0: on n\u2019entre pas en relation sans prendre toujours un risque\u00a0\u00bb.<\/i><\/p>\n<p>La morale, si on le suit, c\u2019est que <b>le message chr\u00e9tien s\u2019oppose \u00e0 l\u2019injonction consistant \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser le masque et la distanciation sociale<\/b>. Et pour deux raisons\u00a0:<\/p>\n<p>1.\u00a0<b><i>\u00ab\u00a0D\u2019une part, le Christ nous propose un sacr\u00e9, non point d\u00e9fensif, mais offensif<\/i><\/b><i>. Aux religiosit\u00e9s d\u2019exclusion, fond\u00e9es sur la distinction entre les purs et les impurs, laissant \u00e0 sa marge et rel\u00e9guant hors du temple les l\u00e9preux, (\u2026) J\u00e9sus oppose une puret\u00e9 contagieuse\u00a0: il touche et se laisse toucher.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>2.\u00a0<b>\u00ab\u00a0D\u2019autre part, J\u00e9sus ne se satisfait pas d\u2019une morale seulement n\u00e9gative<\/b>. La fameuse r\u00e8gle d\u2019or disait\u00a0: \u00ab\u00a0Ne fais pas \u00e0 autrui ce que tu ne voudrais pas qu\u2019il te fasse\u00a0\u00bb. Le mal \u00e9tait d\u2019agir et le bien d\u2019\u00e9viter l\u2019action. J\u00e9sus renverse la perspective\u00a0: \u00ab\u00a0Fais \u00e0 autrui ce qu\u2019il voudrait qu\u2019il te fasse.\u00a0\u00bb Le mal est de ne pas agir. De croire qu\u2019 \u00ab\u00a0en restant chez soi, on sauve des vies\u00a0\u00bb, comme le dit encore un slogan. Le bien, c\u2019est d\u2019agir, quitte \u00e0 se tromper<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une analyse chr\u00e9tienne de l\u2019obligation du port du masque Par Louis Daufresne &#8211; Publi\u00e9 le 21 ao\u00fbt 2020 Le port du masque obligatoire n\u2019est pas qu\u2019une affaire de sant\u00e9 publique. De plus en plus, cet objet interroge, clive, attise les passions. 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