{"id":19253,"date":"2020-10-27T06:46:04","date_gmt":"2020-10-27T10:46:04","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=19253"},"modified":"2020-10-27T06:46:04","modified_gmt":"2020-10-27T10:46:04","slug":"avoir-ses-regles-en-camp-de-concentration-publie-le-27-oct-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/avoir-ses-regles-en-camp-de-concentration-publie-le-27-oct-2020\/","title":{"rendered":"Avoir ses r\u00e8gles en camp de concentration.(Publi\u00e9 le 27 oct. 2020)"},"content":{"rendered":"<p>Mai 1944, camp d&rsquo;extermination d&rsquo;Auschwitz-Birkenau, Osweicim, Pologne |\u00a0Yad Vashem ARCHIVES \/ AFP<\/p>\n<p>Spotted by <a class=\"author\" href=\"http:\/\/www.slate.fr\/source\/162668\/nina-pareja\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Nina Pareja\u00a0<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h5 class=\"article-header__chapo\">Jo-Ann Owusu, jeune historienne britannique aborde pour la premi\u00e8re fois ce sujet dans le magazine History Today.<\/h5>\n<hr \/>\n<p><a href=\"http:\/\/www.slate.fr\/dossier\/16989\/regles\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Les r\u00e8gles<\/a> sont un sujet encore tabou qui a peu de place dans les livres d\u2019histoire. Pourtant, elles disent beaucoup d\u2019une vie de femme \u00e0 une p\u00e9riode donn\u00e9e. Elles sont souvent vues comme un \u00ab<em>probl\u00e8me m\u00e9dical \u00e0 surmonter plut\u00f4t qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement naturel et une partie de la vie<\/em>\u00bb, explique l\u2019historienne. Quand les r\u00e8gles sont abord\u00e9es dans l\u2019histoire m\u00e9dicale, elles le sont sous l\u2019angle reproductif: les st\u00e9rilisations forc\u00e9es, les effets du stress sur le syst\u00e8me reproductif, l\u2019am\u00e9norrh\u00e9e (l\u2019absence de r\u00e8gles) d\u00fb au choc de l\u2019incarc\u00e9ration.<\/p>\n<div id=\"optidigital-adslot-Mobile_Pos1\" class=\"Mobile_Pos1 optidigital-ad-center\" data-adslot-id=\"optidigital-adslot-2-Mobile_Pos1\"><\/div>\n<p>Comme le souligne <a href=\"https:\/\/twitter.com\/allthingsjo_?lang=fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Jo-Ann Owusu<\/a>, \u00ab<em>apr\u00e8s la d\u00e9portation dans les camps, \u00e0 cause de la malnutrition et du choc, un nombre important de femmes victimes de l\u2019Holocauste n\u2019eurent plus leurs r\u00e8gles<\/em>\u00bb. Beaucoup prirent peur: resteraient-elles infertiles \u00e0 la sortie des camps? Pouvaient-elles envisager un futur -hors des camps- avec enfants? <a href=\"https:\/\/www.historytoday.com\/archive\/feature\/menstruation-and-holocaust\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Jo-Ann Owusu cite le t\u00e9moignage<\/a> de la Fran\u00e7aise <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/une-vie-une-oeuvre\/charlotte-delbo-1913-1985\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Charlotte Delbo<\/a>, survivante d\u2019<a href=\"http:\/\/www.slate.fr\/dossier\/1129\/auschwitz\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Auschwitz<\/a>:<\/p>\n<p class=\"rtecenter\">\u00ab<em>C\u2019est tr\u00e8s frustrant de ne pas passer par ces p\u00e9riodes de r\u00e8gles\u2026 On commence \u00e0 se sentir plus vieille. Timidement, la grande Ir\u00e8ne avait demand\u00e9: \u00ab\u00a0Et si elles ne reviennent jamais?\u00a0\u00bb En entendant ces mots, un frisson d\u2019horreur nous parcourut toutes. Les catholiques firent un signe de croix, d\u2019autres r\u00e9cit\u00e8rent la Chema, tout le monde tenta d\u2019exorciser cette mal\u00e9diction \u00e0 laquelle les Allemands nous avaient condamn\u00e9es: l\u2019infertilit\u00e9. Comment dormir apr\u00e8s cela?<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>En plus de cela, Jo-Ann Owusu \u00e9voque le sentiment de perte d\u2019identit\u00e9 f\u00e9minine: entre la perte de poids, la tonte de leur cheveux et l\u2019absence de r\u00e8gles, par quoi se sentir encore femme? Beaucoup souffrait \u00e9galement de cette \u00aberrance identitaire\u00bb.<\/p>\n<h3>Morceaux de chiffons<\/h3>\n<p>Pour celles qui conservaient leurs r\u00e8gles, il fallait \u00e9galement affronter les conditions d\u2019hygi\u00e8ne atroces des camps. Cacher ses r\u00e8gles \u00e9tait rendu complexe par la r\u00e9alit\u00e9 des camps. Comment faire sans chiffons et sans se laver? Jo-Ann Owusu \u00e9voque alors le t\u00e9moignage de <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/world\/2005\/jan\/13\/secondworldwar.poland5\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Trude Levi<\/a>, une infirmi\u00e8re juive hongroise de 20 ans: \u00ab<em>Nous n\u2019avions pas d\u2019eau pour nous laver, nous n\u2019avions pas de sous-v\u00eatements. Nous ne pouvions aller nulle part. Tout se collait \u00e0 nous, et pour moi, c\u2019\u00e9tait l\u2019une des choses les plus d\u00e9shumanisantes que j&rsquo;ai v\u00e9cue.<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019humiliation de ne pouvoir se nettoyer et d\u2019\u00eatre marqu\u00e9e par les traces des sang s\u2019ajoutait le combat pour trouver de petits morceaux de chiffons ou de papier pour stopper l&rsquo;\u00e9coulement. Certaines racontent avoir d\u00e9chir\u00e9 les sous-v\u00eatements qui leur avaient \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s pour en faire plusieurs morceaux de chiffons en les conservant comme une denr\u00e9e rare sous le matelas. En effet, il \u00e9tait \u00e0 craindre de se les faire voler. Mais ils \u00e9taient aussi emprunt\u00e9s, donn\u00e9s, transmis ou \u00e9chang\u00e9s. Jo-Ann Owusu revient sur le t\u00e9moignage d\u2019une femme, Elizabeth Feldman dont la s\u0153ur avait toujours ses r\u00e8gles dans les camps. Pour \u00e9viter certaines op\u00e9rations m\u00e9dicales, elle montrait les sous-v\u00eatements tach\u00e9s de sa soeur au m\u00e9decin qui refusait alors de l\u2019op\u00e9rer.<\/p>\n<p>Jo-Ann Owusu raconte aussi l\u2019histoire de deux jeunes femmes diff\u00e9rentes qui purent \u00e9chapper \u00e0 un viol \u00abgr\u00e2ce \u00e0\u00bb leurs r\u00e8gles, les soldats allemands, manifestement \u00e9c\u0153ur\u00e9s par la vue du sang menstruel.<\/p>\n<p>Parfois, les r\u00e8gles provoquaient \u00e9galement des \u00e9lans de solidarit\u00e9 et de sororit\u00e9 entre les femmes. Plusieurs t\u00e9moignent de la solidarit\u00e9 des adultes avec de jeunes adolescentes, parfois orphelines, qui \u00e9prouvaient leurs premi\u00e8res r\u00e8gles dans les camps.<\/p>\n<p>\u00c0 la Lib\u00e9ration, beaucoup de femmes qui souffraient d&rsquo;am\u00e9norrh\u00e9e v\u00e9curent le retour de leurs r\u00e8gles comme une c\u00e9l\u00e9bration, un symbole de leur libert\u00e9, de leur identit\u00e9 de femme retrouvr\u00e9e. Pour Jo-Ann Owusu, \u00ab<em>il est maintenant n\u00e9cessaire de reconna\u00eetre les r\u00e8gles comme une exp\u00e9rience valable et significative dans le v\u00e9cu des survivantes de l\u2019Holocauste<\/em>.\u00bb<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mai 1944, camp d&rsquo;extermination d&rsquo;Auschwitz-Birkenau, Osweicim, Pologne |\u00a0Yad Vashem ARCHIVES \/ AFP Rep\u00e9r\u00e9 par Nina Pareja\u00a0 Jo-Ann Owusu, jeune historienne britannique aborde pour la premi\u00e8re fois ce sujet dans le magazine History Today. 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