{"id":19260,"date":"2020-09-30T05:57:05","date_gmt":"2020-09-30T09:57:05","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=19260"},"modified":"2020-09-30T05:57:05","modified_gmt":"2020-09-30T09:57:05","slug":"le-covid-19-et-ses-cibles-complexifier-lanalyse-publie-le-30-09-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/le-covid-19-et-ses-cibles-complexifier-lanalyse-publie-le-30-09-2020\/","title":{"rendered":"Le covid-19 et ses cibles : complexifier l\u2019analyse. (Publi\u00e9 le 30\/09\/2020.)"},"content":{"rendered":"<div class=\"entry-meta\"><span class=\"author vcard\"><a class=\"url fn n\" href=\"https:\/\/joaogabriell.com\/author\/blogjoaogabriell\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Joao Gabriel<\/a><\/span><span class=\"entry-tags-date\"><a href=\"https:\/\/joaogabriell.com\/2020\/08\/24\/le-covid-19-et-ses-cibles-complexifier-lanalyse-en-terme-de-genre-et-dexploitation\/\" rel=\"bookmark noopener\" target=\"_blank\">24 <\/a><\/span><\/div>\n<div>\u00a0<a href=\"https:\/\/joaogabriell.com\/category\/blog\/\" rel=\"tag noopener\" target=\"_blank\">Blog<\/a><\/div>\n<nav class=\"navigation post-navigation\" role=\"navigation\" aria-label=\"Articles\">\n<div class=\"nav-links\">\n<div class=\"nav-previous\">\n<hr \/>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/nav>\n<div class=\"post-hero-image clear-fix\">\n<h4 class=\"entry-image\">Ce texte est la version longue de <a href=\"https:\/\/www.instagram.com\/p\/B_HptUdA3gK\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">vignettes synth\u00e9tiques<\/a> publi\u00e9es le 18 avril qui interrogeaient d\u00e9j\u00e0 les limites d\u2019un discours concernant les publics pr\u00e9sent\u00e9s comme les plus expos\u00e9s au coronavirus, notamment au plus fort de la crise (mars, avril).<\/h4>\n<hr \/>\n<p class=\"entry-image\">Qui n\u2019a en effet pas vu circuler, en particulier dans les milieux de gauche, des analyses,, tweets, sur le fait que les femmes seraient les plus expos\u00e9es au virus, et ce, de part les m\u00e9tiers qu\u2019elles occupent. Plut\u00f4t que de r\u00e9futer ce qui est une donn\u00e9e factuelle (selon <a href=\"https:\/\/www.who.int\/fr\/campaigns\/year-of-the-nurse-and-the-midwife-2020#:~:text=%C3%80%20peu%20pr%C3%A8s%20la%20moiti%C3%A9,femmes%20et%20du%20personnel%20infirmier.\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">l\u2019OMS,<\/a> 70% des travailleurs de sant\u00e9 et de service sociaux sont des femmes), le but de la pr\u00e9sente r\u00e9flexion est de compl\u00e9ter et complexifier ce discours<em>. <\/em>L\u2019analyse a \u00e9videmment un caract\u00e8re provisoire puisque l\u2019\u00e9pid\u00e9mie est loin d\u2019\u00eatre r\u00e9sorb\u00e9e.<\/p>\n<hr \/>\n<\/div>\n<div class=\"entry-content\">\n<p data-adtags-visited=\"true\"><strong>\u00c9largir la cartographie des situations \u00e0 risque<\/strong><\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\">Il est normal de mettre en avant dans la gestion de ce virus <strong>les m\u00e9tiers du care et de service<\/strong> (soignantes, caissi\u00e8res, femmes de m\u00e9nage)<strong>,<\/strong> \u00e0 savoir ce salariat f\u00e9minis\u00e9 (dont la part non blanche est importante). Elles sont effectivement en \u00ab premi\u00e8re ligne \u00bb, notamment les soignantes, en ce qu\u2019elles traitent les personnes atteintes du virus, ce qui revient \u00e0 y \u00eatre fortement expos\u00e9es. En revanche, il faut op\u00e9rer un pas de c\u00f4t\u00e9 pour inclure dans la r\u00e9flexion sur les risques, d\u2019autres publics tr\u00e8s expos\u00e9s, tout en n\u2019\u00e9tant pas li\u00e9s \u00e0 cette question du traitement de la maladie, ou aux secteurs du service.<\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\">Le discours sur les femmes comme premi\u00e8re ligne laisse penser qu\u2019\u00eatre une femme est <em>the<\/em> facteur d\u00e9favorable face au virus, or, selon les donn\u00e9es disponibles, <strong>ce sont des hommes qui meurent en majorit\u00e9 du coronavirus <\/strong>(m\u00eame si en fonction des endroits, les \u00e9carts entre les sexes sont plus ou moins grands). Plus particuli\u00e8rement il s\u2019agit d\u2019hommes noirs aux Etats-Unis, au <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/society\/2020\/jun\/19\/black-men-england-wales-three-times-more-likely-die-covid-19-coronavirus\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00a0Royaume-Uni.<\/a> Sans avoir acc\u00e8s \u00e0 des donn\u00e9es pr\u00e9cises en France, la <a href=\"https:\/\/www.leparisien.fr\/societe\/coronavirus-quatre-questions-sur-la-surmortalite-des-personnes-nees-a-l-etranger-07-07-2020-8348982.php\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">sur-mortalit\u00e9<\/a> des personnes issues de l\u2019immigration subsaharienne et maghr\u00e9bine durant les mois les plus d\u00e9vastateurs de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, coupl\u00e9e au fait que ce sont aussi plus d\u2019hommes qui meurent, et que certains territoires populaires et immigr\u00e9s sont les plus touch\u00e9s (Seine Saint-Denis), invitent \u00e0 s\u2019interroger sur une possible convergence de situations avec les deux premiers pays cit\u00e9s.<\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\">Pour ce qui est des m\u00e9tiers o\u00f9 la main d\u2019\u0153uvre est majoritairement masculine, on peut citer le BTP, les chantiers navals, a\u00e9ronautiques comme secteurs \u00e0 risques. Les \u00e9boueurs, agents d\u2019entretiens des rues, et marins sont aussi concern\u00e9s de pr\u00e8s. On parle de secteurs qui ont continu\u00e9 leurs activit\u00e9s, malgr\u00e9 les risques, et parfois <a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/sante\/maladie\/coronavirus\/coronavirus-des-salaries-du-btp-mal-proteges-et-des-inspecteurs-du-travail-demunis_3940677.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">sans r\u00e9elle protection<\/a> pour les ouvriers. Les lieux de vie de ces travailleurs constituent aussi des foyers de contamination, tels que <a href=\"https:\/\/www.bondyblog.fr\/societe\/dans-les-foyers-les-chibanis-meurent-a-huis-clos\/?fbclid=IwAR1FKfbQBYlRC_lYYqTq2Iy52Nq961Yslq9D9-C55jznDq9uRl4-m3DW_Bs\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">foyers de travailleurs immigr\u00e9s<\/a> en l\u2019occurence. De plus, l\u2019analyse n\u00e9cessite que soient int\u00e9gr\u00e9es d\u2019autres situations \u00e0 risque, cette fois non li\u00e9es au fait d\u2019occuper un m\u00e9tier, mais au contraire, r\u00e9sultant de <em>l\u2019exclusion<\/em> du salariat (SDF et sans abris, prisonniers, migrants dans les centres de r\u00e9tention administrative, travailleuses du sexe). La majorit\u00e9 des SDF (<a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/actualites\/economie\/france\/20130822trib000781220\/quel-est-le-portrait-du-sdf-aujourd-hui-en-france.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">62%<\/a>), des prisonniers (<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2019\/05\/14\/nouveau-record-du-nombre-de-detenus-avec-71-828-personnes-incarcerees_5462032_3224.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">96%<\/a>) et migrants dans les CRA (<a href=\"https:\/\/www.lacimade.org\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/La_Cimade_Rapport_Retention_2018.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">93%<\/a> ; p.14) sont des hommes. En dehors des types d\u2019emplois exerc\u00e9s, des cons\u00e9quences de l\u2019exclusion de l\u2019emploi, la plus grande vuln\u00e9rabilit\u00e9 des hommes, en particulier non blancs, s\u2019expliquent par leur \u00e9tat de <a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2020\/06\/24\/opinion\/sex-differences-covid.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">sant\u00e9 plus d\u00e9grad\u00e9<\/a>.<\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\">Comment donc expliquer ce d\u00e9calage entre le discours sur *les femmes* en premi\u00e8res lignes et ces donn\u00e9es sur la mortalit\u00e9 masculine immigr\u00e9es et\/ou non blanches ?\u00a0Autrement dit, comment expliquer que le discours phare sur la vuln\u00e9rabilit\u00e9 face \u00e0 un virus ne tiennent pas compte <strong>de qui en meurt vraiment en majorit\u00e9 ?<\/strong>\u00a0On pourrait pour tenter d\u2019y r\u00e9pondre, rappeler que ces foyers de contamination ciblant un public masculin \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s par <a href=\"https:\/\/www.nouvelleviepro.fr\/actualite\/957\/coronavirus-quels-sont-les-metiers-les-plus-exposes\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">la Dares<\/a> (Direction de l\u2019animation, de la recherche, des \u00e9tudes et des statistiques), malgr\u00e9 le risque \u00e9lev\u00e9, comme \u00e9tant moins expos\u00e9s que les m\u00e9tiers du soin et de service, d\u2019o\u00f9 l\u2019insistance sur les femmes comme \u00ab premi\u00e8res lignes \u00bb pour ce qui est du discours savant. Pour les milieux militants de gauche, on pourrait \u00e9galement voir dans la mobilisation de ce discours l\u2019occasion de valoriser les m\u00e9tiers du soin, et plus largement le bas salariat f\u00e9minin, leur fonction dans le syst\u00e8me capitaliste ayant historiquement fait l\u2019objet de largement moins d\u2019attention et de th\u00e9orisation que d\u2019autres secteurs masculins de l\u2019exploitation. Malgr\u00e9 tout, si ces deux explications peuvent \u00eatre en partie satisfaisantes, elles ne r\u00e9pondent pas au probl\u00e8me de fond, \u00e0 savoir la non familiarit\u00e9 ou la r\u00e9ticence dans les milieux scientifiques comme de gauche en France \u00e0 saisir l\u2019ampleur de la probl\u00e9matique du racisme, et la mani\u00e8re dont elle organise les in\u00e9galit\u00e9s dans tous les domaines de la vie.<\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\">Pour ce qui est en particulier des milieux politiques, reconna\u00eetre que des cat\u00e9gories subalternes d\u2019hommes sont en situation de plus grande vuln\u00e9rabilit\u00e9 face au virus fait ressortir l\u2019impact de la racialisation comme facteur d\u00e9favorable pesant sur eux\u00a0; racialisation qui fonctionne donc selon des logiques genr\u00e9es et qui n\u2019est pas qu\u2019une simple affaire de \u00ab\u00a0couleur de peau\u00a0\u00bb comme on aime \u00e0 le dire en France, mais renvoie aux conditions mat\u00e9rielles de certains groupes sociaux. Et \u2013 voil\u00e0 le probl\u00e8me \u2013 cela <strong>obligerait donc \u00e0 prendre s\u00e9rieusement en consid\u00e9ration ledit ph\u00e9nom\u00e8ne de racialisation politiquement<\/strong>. Or, en France, le genre ou la classe (et surtout cette derni\u00e8re) sont les cat\u00e9gories privil\u00e9gi\u00e9es pour penser l\u2019ordre social et donc les transformations pour en finir avec sa dimension in\u00e9galitaire. Le racisme, comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 maintes fois par les acteurs de l\u2019antiracisme, est souvent r\u00e9duit \u00e0 sa dimension id\u00e9ologique, comme quelque chose qui vient se <em>rajouter<\/em> \u00e0 ce qui serait au final plus structurant, plus fondamental : les rapports de sexe, mais surtout, les rapports de classe. Personne ne niera le racisme en France dans les rangs de la gauche ou chez les chercheurs en sciences sociales, mais l\u00e0 o\u00f9 il y a d\u00e9bat, c\u2019est quant \u00e0 la possibilit\u00e9 pour cette cat\u00e9gorie d\u2019analyse de r\u00e9ellement rivaliser avec la classe sociale comme principe ordonnant les in\u00e9galit\u00e9s sociales, bref d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un ph\u00e9nom\u00e8ne totalisant. On dirait presque que beaucoup croient que le racisme vient diviser \u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb des classes et des groupes de sexe suppos\u00e9ment coh\u00e9rents et aux int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diatement communs. Il r\u00e9sulte de cette vision que d\u00e9cider de faire du racisme un \u00e9l\u00e9ment majeur de politisation s\u2019apparenterait \u00e0 \u00ab\u00a0diviser\u00a0\u00bb et d\u00e9tourner des \u00ab\u00a0vrais combats\u00a0\u00bb ; argumentaires qui tournent en boucle contre l\u2019antiracisme.<\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\">Ainsi, dans le discours sur les publics les plus expos\u00e9s, le genre (entendu par ailleurs \u00e9troitement comme \u00ab femmes \u00bb) est l\u2019angle pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 la race pour comprendre ce qui se joue avec le virus. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, on peut formuler l\u2019hypoth\u00e8se que <strong>le discours sur \u00ab\u00a0les femmes comme premi\u00e8re ligne\u00a0\u00bb vient \u00ab\u00a0blanchir\u00a0\u00bb une question qui est peut-\u00eatre avant tout d\u00e9terminante en terme de racialisation<\/strong>. Une forme d\u2019\u00e9vitement de la question raciale, donc. Car m\u00eame si on peut pr\u00e9ciser que parmi les femmes premi\u00e8res lignes, les plus touch\u00e9es sont des immigr\u00e9es, exclure les hommes des m\u00eames milieux, revient \u00e0 ne pas comprendre la question raciale dans son ensemble, et en particulier dans ses dynamiques genr\u00e9es. C\u2019est une illustration de la fa\u00e7on dont un discours apparement progressiste (valorisation des femmes, donc femmes blanches <em>incluses<\/em>, mais hommes noirs et arabes <em>exclus<\/em>) et qui dit une r\u00e9alit\u00e9 factuelle (il y a plus de femmes dans les m\u00e9tiers du soin et de service) fait quand m\u00eame barrage \u00e0 la compr\u00e9hension de la probl\u00e9matique raciale. Surtout dans un contexte d\u00e9j\u00e0 d\u00e9favorable \u00e0 la prise en compte du racisme dans sa dimension mat\u00e9rielle et pas simplement superficielle, en particulier s\u2019il s\u2019agit d\u2019inclure ou de consid\u00e9rer en premier lieu des victimes masculines. Aussi en utilisant l\u2019approche (eurocentr\u00e9e) par le genre, les femmes non blanches sont une fois de plus ramen\u00e9es dans une proximit\u00e9 de condition avec les femmes blanches, plut\u00f4t qu\u2019avec les hommes non blancs, alors qu\u2019en tenant compte des conditions mat\u00e9rielles globales (ch\u00f4mage, lieux de vie, etc), femmes et hommes noirs par exemple sont plus proches entre eux que les hommes entre eux \u00ab\u00a0en g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb, et les femmes entre elles \u00ab\u00a0en g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb. La focalisation sur les m\u00e9tiers qui exposent au covid-19 contribue aussi \u00e0 exclure les sujets non blancs et le racisme comme grille d\u2019analyse prioritaire, dans la mesure o\u00f9 l\u2019exclusion de l\u2019emploi l\u00e9gal affecte proportionnellement plus les populations li\u00e9es \u00e0 l\u2019immigration postcoloniale (et les dits \u00ab\u00a0ultramarins\u00a0\u00bb ; cf les cas de Mayotte et Guyane pour la crise sanitaire en particulier). Et c\u2019est aussi parce que l\u2019on r\u00e9duit les situations \u00e0 risque aux emplois occup\u00e9s que l\u2019analyse sur la crise pr\u00e9sente les femmes comme plus vuln\u00e9rables, alors que des hommes meurent en plus grand nombre du virus pour des raisons qui exc\u00e8dent le fait d\u2019occuper tel ou tel m\u00e9tier.<\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\"><strong>Approfondir la compr\u00e9hension du genre et de l\u2019exploitation\u00a0<\/strong><\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\">Au-del\u00e0 de la question du covid-19, l\u2019enjeu r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par le d\u00e9calage entre ce \u00e0 quoi se limite l\u2019approche par le genre de cette crise sanitaire et ce qui se joue en terme de mortalit\u00e9 am\u00e8nent \u00e0 repenser la fa\u00e7on dont peuvent se comprendre les concepts de genre et d\u2019exploitation.<\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\"><em>Genre<\/em><\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\">Tout d\u2019abord, insistons sur le fait que concept de genre ne peut se traduire par le mot \u00ab femme \u00bb, comme cela est souvent le cas implicitement. En revanche, il renvoie \u00e0 deux choses :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dimension 1, rapports sociaux de sexe :<\/strong> on utilise le genre pour penser les rapports entre hommes et femmes avec une donn\u00e9e fondamentale qui est que ce sont les hommes qui exercent massivement des violences contre les femmes (agressions, viols, meurtres, etc), l\u2019inverse n\u2019\u00e9tant pas vrai, en plus du fait que les soci\u00e9t\u00e9s sont organis\u00e9es en de nombreux domaines pour emp\u00eacher l\u2019autonomie \u00e9conomique des femmes, produisent des repr\u00e9sentations de la femme-objet, etc.\u00a0 Il n\u2019est pas possible de r\u00e9duire la fonction que joue l\u2019oppression des femmes dans le syst\u00e8me capitaliste aux dynamiques de race et classe, ni pertinent de penser que les mobilisations politiques sur la race et la classe suffisent \u00e0 r\u00e9gler l\u2019ensemble des probl\u00e8mes auxquels il renvoie. Par exemple, m\u00eame si classe et race sont d\u00e9terminantes sur les conditions de vie, et contribuent \u00e0 pr\u00e9cariser les existences, il n\u2019emp\u00eache que les femmes, m\u00eame les plus opprim\u00e9es que l\u2019on pourrait trouver, ne se mettent pas de mani\u00e8re<em> constante <\/em>et\u00a0pour des motifs <em>r\u00e9p\u00e9titifs<\/em> (une tromperie, une rupture, le ch\u00f4mage, la maladie etc) \u00e0 tuer leurs conjoints ou ex- conjoints pour exprimer leur frustration, leur humiliation, et que sais-je d\u2019autre, pour ne prendre que cet exemple. Il y a donc bien quelque chose encore une fois d\u2019irr\u00e9ductible \u00e0 cette dimension du genre qu\u2019est l\u2019oppression des femmes, quand bien m\u00eame la race et la classe vont en d\u00e9terminer la forme et la gravit\u00e9, la possibilit\u00e9 ou l\u2019impossibilit\u00e9 pour les femmes de fuir, et l\u2019impunit\u00e9 ou \u00e0 l\u2019inverse l\u2019absence d\u2019impunit\u00e9 pour les hommes, en terme de r\u00e9ponses juridiques et p\u00e9nales.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li><strong>Dimension 2,\u00a0 caract\u00e8re sexu\u00e9 des violences d\u2019Etat et du capital :<\/strong> on peut aussi utiliser le genre pour penser la mani\u00e8re dont les violences \u00e9tatiques et l\u2019exploitation affectent de mani\u00e8re sp\u00e9cifique les femmes prol\u00e9taires\/non blanches d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et les hommes prol\u00e9taires\/non blancs de l\u2019autre. Bas salariat f\u00e9minin, bas salariat masculin. Ch\u00f4mage, temps partiel, en fonction du sexe, des secteurs\u2026Impossible de faire de ces questions des enjeux strictement f\u00e9minins. C\u2019est en cela qu\u2019il est impertinent par exemple de r\u00e9duire la position d\u2019homme \u00e0 celle d\u2019oppresseur, puisque cela limite les hommes prol\u00e9taires\/non blancs aux rapports de domination relative les liant aux femmes de leurs groupes sociaux, et emp\u00eache de comprendre en quoi leur genre masculin fonctionne \u00e0 l\u2019inverse dans des domaines clefs (<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/immigration-et-diversite\/article\/2016\/01\/28\/ecole-pourquoi-les-garcons-issus-de-l-immigration-ont-autant-de-mal_4855509_1654200.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00e9cole<\/a>, or <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/france\/2018\/08\/23\/justice-des-mineurs-les-garcons-se-retrouvent-plus-souvent-en-prison-que-les-filles_1674167\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">police-justice-prison<\/a>, par exemple) comme un facteur <em>d\u00e9favorable<\/em>. Cela emp\u00eache aussi de voir qu\u2019ils peuvent faire l\u2019objet d\u2019hypersexualisation et de <a href=\"https:\/\/joaogabriell.com\/2017\/12\/23\/manix-la-publicite-et-lhomme-noir\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">repr\u00e9sentations<\/a> faisant aussi d\u2019eux des objets de fantasmes coloniaux fonctionnant sur le mode de l\u2019attraction\/r\u00e9pulsion<strong>.\u00a0 <\/strong><em>*Je me concentre ici sur les soci\u00e9t\u00e9s occidentales, avec en leur sein des non blancs issus des Suds, mais l\u2019analyse implique un d\u00e9placement si on sort de l\u2019occident, j\u2019y reviendrai d\u2019autres fois *<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p data-adtags-visited=\"true\">Ces deux niveaux d\u2019analyse du genre sont \u00e0 la fois li\u00e9s et distincts. Le plus important : ils ne s\u2019annulent pas. Reconna\u00eetre l\u2019un n\u2019est pas nier l\u2019autre. R\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cette double dimension du genre est ce que j\u2019essayais d\u00e9j\u00e0 de faire dans ma critique du concept que l\u2019on peut dire politiquement tr\u00e8s limitant et tr\u00e8s nul (pour rester poli\u2026), mais malheureusement tr\u00e8s en vogue, de \u00ab <a href=\"https:\/\/www.huffingtonpost.fr\/entry\/la-masculinite-toxique-nouvel-avatar-dune-critique-inefficace-des-rapports-de-genre_fr_5cc31197e4b0817069686a1e\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">masculinit\u00e9 toxique<\/a> \u00bb. Le probl\u00e8me c\u2019est que selon les milieux, on a tendance \u00e0 investir l\u2019un <em>or<\/em> l\u2019autre de ces niveaux (en y r\u00e9duisant le genre \u00e0 \u00e7a et rien que \u00e7a \u2013 voil\u00e0 le probl\u00e8me). Je ne suis pas non plus convaincu par les tentatives \u2013 f\u00e9ministes comme antiracistes \u2013 de penser leur interaction, tout en n\u2019\u00e9tant pas en mesure moi-m\u00eame d\u2019apporter une pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice qui me paraitrait l\u00e0 aussi suffisante pour l\u2019instant. C\u2019est que selon le sujet r\u00e9volutionnaire que l\u2019on souhaite investir, pour celles et ceux qui en cherchent encore un (l\u2019homme prolo ou non blanc d\u2019un c\u00f4t\u00e9, ou la femme prolo ou non blanche de l\u2019autre), on voudra insister sur les dimensions qui confortent son analyse, donc l\u2019un ou l\u2019autre niveau. Mais puisqu\u2019il y a un rapport d\u00e9favorable \u00e0 la question raciale dans les mouvements sociaux, ces positionnements ne sont pas sym\u00e9triques, n\u2019ont pas le m\u00eame poids, et donc le m\u00eame pouvoir de nuisance. R\u00e9sultat, quand on dit \u00ab\u00a0genre\u00a0\u00bb dans les milieux de gauche, on pense surtout aux rapports sociaux de sexe, donc \u00e0 l\u2019homme en tant qu\u2019oppresseur, et cela nuit en particulier \u00e0 la compr\u00e9hension du racisme. Il ne me semble pas ceci dit que ce soit une donn\u00e9e absolue et de tout temps, car la gauche s\u2019est longtemps construite \u00e0 partir d\u2019un sujet r\u00e9volutionnaire masculin blanc prol\u00e9taire et, une minorit\u00e9 parmi elle a m\u00eame, <a href=\"https:\/\/www.jefklak.org\/entre-les-algeriens-et-les-francais-il-y-a-un-couteau\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">depuis les ann\u00e9es 1960<\/a>, investi de mani\u00e8re exotisante la figure des hommes immigr\u00e9s \u00e0 qui elle faisait endosser ce r\u00f4le. Les victoires f\u00e9ministes ont contribu\u00e9 \u00e0 saper cet androcentrisme gauchiste, mais l\u2019eurocentrisme reste un probl\u00e8me majeur. De plus, le <a href=\"https:\/\/www.revue-ballast.fr\/marlene-schiappa-le-femonationalisme-et-nous\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">contexte f\u00e9monationaliste<\/a> contemporain re-configure la question, et dans la s\u00e9quence actuelle de mont\u00e9e en visibilit\u00e9 de certaines mobilisations antiracistes (en terme de luttes comme d\u2019engagement intellectuel), on assiste \u00e0 une radicalisation de ceux, militants comme intellectuels l\u00e0 aussi, qui s\u2019\u00e9vertuent \u00e0 montrer que la race comme cat\u00e9gorie d\u2019analyse et de mobilisation est au mieux, impertinente, au pire, dangereuse.<\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\"><em>Exploitation<\/em><\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\">Il est urgent de penser l\u2019exploitation au-del\u00e0 du fait d\u2019avoir un \u00ab m\u00e9tier \u00bb, et donc de penser l\u2019exploitation pas seulement dans ce qu\u2019elle produit comme violence pour les travailleurs au bas de l\u2019\u00e9chelle, mais aussi dans ce qu\u2019elle produit pour les <em>exclus<\/em> du travail l\u00e9gal ou du travail tout cours, mais parfaitement <a href=\"https:\/\/www.nouvelobs.com\/societe\/20180530.OBS7470\/pourquoi-la-france-integre-les-revenus-du-trafic-de-drogue-dans-son-pib.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>inclus<\/em><\/a> and <a href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/pdf\/29766504.pdf?refreqid=excelsior%3Aabcbe6d15c8401e2f3c02c310b6ca7db\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>utiles<\/em><\/a> pour l\u2019\u00e9conomie capitaliste. Pour y parvenir, pointer du doigt les privil\u00e8ges blancs ne suffit pas, il faut comprendre ce qu\u2019est le capitalisme, et quelle est la fonction de ces exclusions. Il y a toute une litt\u00e9rature anticapitaliste, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s ancienne, et fr\u00e9quemment discut\u00e9e, sur la place de ces personnes encore plus bas que les prol\u00e9taires. Au-del\u00e0 des approches militantes, la sociologie traite en long et en large les d\u00e9g\u00e2ts de l\u2019exclusion du salariat (sous la forme du <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-de-l-ires-2017-1-page-141.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ch\u00f4mage<\/a> et\/ou de la participation \u00e0 des \u00e9conomies parall\u00e8les, donc du travail non reconnu comme tel, et souvent criminalis\u00e9 \u2013 drogues, prostitution, ventes de rue, etc).<\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\">Le virus et ses liens avec l\u2019exploitation constituent aussi une occasion de penser les fr\u00e9quentes <em>morts au travail<\/em> au-del\u00e0 de la crise sanitaire actuelle, de m\u00eame que les <em>morts li\u00e9es \u00e0 l\u2019exclusion du travail<\/em> (morts de la rue ou morts li\u00e9es \u00e0 l\u2019accumulation des cons\u00e9quences du ch\u00f4mage par exemple) et l\u00e0 aussi, en terme de victimes on trouve majoritairement <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/societe\/qui-sont-les-morts-de-la-rue\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">des hommes,<\/a> non blancs et blancs. Pr\u00e9cisions d\u2019importance, la mort n\u2019est pas \u00e0 mes yeux le seul indicateur de la gravit\u00e9 de l\u2019exploitation. Mais, me semble-t-il,\u00a0 la p\u00e9nibilit\u00e9 du travail para\u00eet d\u00e9j\u00e0 plus admise que la r\u00e9alit\u00e9 du travail comme cause <a href=\"https:\/\/www.google.com\/maps\/d\/u\/0\/viewer?ll=47.70894046709167%2C2.587184448802418&amp;z=6&amp;mid=1kzwBvaynV86MGfGxGswdP4RBrcr29CxD\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">de morts<\/a>. D\u2019o\u00f9 mon insistance sur cette derni\u00e8re, particuli\u00e8rement dans un contexte de crise sanitaire o\u00f9 on est amen\u00e9 \u00e0 discuter de mortalit\u00e9. On gagnerait donc \u00e0 se saisir de ce contexte pour donner plus d\u2019\u00e9chos \u00e0 celles et ceux qui politisent le lien entre la mort et l\u2019exploitation au sens large.<\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\"><strong>\u00a0Conclusion\u00a0<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Ce virus et la gestion \u00e9tatique et \u00e9conomique qui en est faite, exposent et aggravent les diff\u00e9rences de race et de classe. Et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces groupes subalternes, font vivre de mani\u00e8re diff\u00e9renci\u00e9e la crise aux hommes et aux femmes; exp\u00e9riences diff\u00e9renci\u00e9es mais dans les deux cas domin\u00e9es,<strong> avec ici une plus grande mortalit\u00e9 des hommes <\/strong>(\u00e0 la fois du covid-19, mais \u00e9galement de la gestion \u00e9tatique raciste de cette crise : durant le confinement on enregistre une nette augmentation des <a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/revendications-dune-pandemie\/blog\/010620\/en-france-aussi-la-police-tue-12-morts-pendant-le-confinement\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">crimes policiers<\/a>)<\/li>\n<li>Il y a bien des cons\u00e9quences sp\u00e9cifiques \u00e0 la <strong>condition des femmes<\/strong> dans la pr\u00e9sente crise, comme l\u2019augmentation des <a href=\"https:\/\/fr.euronews.com\/2020\/06\/05\/le-confinement-a-accentue-le-fleau-des-violences-conjugales-a-travers-l-europe\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">violences conjugales<\/a> durant le confinement. On voit ici encore une fois comment ce qui se joue dans les rapports hommes\/femmes et notamment mais pas que, dans la domesticit\u00e9, prend ces derni\u00e8res comme cibles et donc m\u00e9rite un traitement politique particulier qui ne se dissout pas dans les probl\u00e9matiques de classe\/race, tout en y \u00e9tant li\u00e9s.<\/li>\n<li>Les cons\u00e9quences du virus rev\u00eatent une <strong>dimension territoriale<\/strong>, organis\u00e9e par les disparit\u00e9s de race\/classe. Cela concerne les habitants des deux sexes, dont les conditions de vie (ou de mort\u2026) sont d\u00e9termin\u00e9es par ces territoires. Les strat\u00e9gies de confinement s\u00e9lectif, de d\u00e9confinement, d\u2019impositions toute aussi s\u00e9lective du masque par endroit et de r\u00e9pression pr\u00e9vues par l\u2019\u00c9tat, en sont une illustration.<\/li>\n<\/ul>\n<p data-adtags-visited=\"true\">Cette crise sanitaire est une nouvelle occasion d\u2019am\u00e9liorer nos analyses et leur traduction politique, au-del\u00e0 des conclusions confortant les paradigmes sur lesquels on peut avoir pris l\u2019habitude de se reposer (\u00ab\u00a0les plus grandes cibles d\u2019une crise sont forc\u00e9ment des femmes\u00a0\u00bb \/ \u00a0\u00bb tout ce qui se passe, c\u2019est surtout une question de classe!\u00a0\u00bb, etc). Il faut donc r\u00e9ussir \u00e0 faire tenir ensemble deux choses : que les femmes sont effectivement plus repr\u00e9sent\u00e9es dans les m\u00e9tiers du soin et de service qui sont les plus expos\u00e9s, et dans le m\u00eame temps, que la tendance laisse voir qu\u2019en plus des facteurs li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e2ge, ce sont des hommes, pauvres et non blancs, qui meurent le plus du virus.<\/p>\n<p data-adtags-visited=\"true\">Que le racisme \u2013 comme principe structurant et pas juste id\u00e9ologie \u2013 ne puisse \u00eatre une clef unique d\u2019explication, c\u2019est un fait indiscutable. Par contre nier sa dimension centrale, c\u2019est comme toujours se condamner \u00e0 une forme d\u2019impuissance politique<\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Joao Gabriel24 \u00a0Blog Ce texte est la version longue de vignettes synth\u00e9tiques publi\u00e9es le 18 avril qui interrogeaient d\u00e9j\u00e0 les limites d\u2019un discours concernant les publics pr\u00e9sent\u00e9s comme les plus expos\u00e9s au coronavirus, notamment au plus fort de la crise (mars, avril). 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