{"id":19860,"date":"2020-10-13T02:08:40","date_gmt":"2020-10-13T06:08:40","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=19860"},"modified":"2020-10-13T02:19:20","modified_gmt":"2020-10-13T06:19:20","slug":"comment-guerir-le-colonise-de-son-alienation-publie-le-13-10-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/comment-guerir-le-colonise-de-son-alienation-publie-le-13-10-2020\/","title":{"rendered":"Comment gu\u00e9rir le colonis\u00e9 de son ali\u00e9nation ?  (Publi\u00e9 le 13\/10\/2020)."},"content":{"rendered":"<div id=\"sticky-nav-sticky-wrapper\" class=\"sticky-wrapper is-sticky\">\n<section id=\"sticky-nav\" class=\"sticky-nav extend-bg sticky-nav-article\">\n<div class=\"container\">\n<div class=\"row\">\n<h4>\nTelle est la question \u00e0 laquelle n&rsquo;aura de cesse de r\u00e9pondre le psychiatre martiniquais Frantz Fanon. Source d&rsquo;inspiration pour les <em class=\"marquage italique\">postcolonial studies<\/em>, son oeuvre est mal connue en France. Cinquante ans apr\u00e8s sa mort, retour sur une pens\u00e9e aussi d\u00e9rangeante qu&rsquo;actuelle.<\/h4>\n<hr \/>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/section>\n<\/div>\n<section id=\"article-texte\" class=\"prod has-access\">\n<div class=\"container\">\n<div class=\"row\">\n<div id=\"cairn-panel-content\" class=\"tabs-content tab-content\">\n<div id=\"panel-article\" class=\"tabs-panel tabs-panel-fullsize active\" data-tracking=\"FMvgIeJM61l8ss1x2JtEpw%3D%3D_C3mRFii7ELk7kMzDGKGJ%2BOcCDgNYfQljQ4UANbJH7Spdywq1toslMEa5YfbNtRV4Tji2l%2B79d1r%2F6QWLUOONu%2BtSEH4bS6R9wwo4x6Y4bURgeNBxI8ehskoH2bKm2g3tCo89z4j59i%2F2WVgetVpeObFJscwAFNaoKPtyaAjd5KDgioN2um%2BWK8VNBlluSlfPPXcnRaCjtIm8INbuzo77YFqzzssvVkW3Dpn0FYR9%2FCRQ442EKy%2FFIFm12sQt2e0C6JyjH0iQFFsgXRhZCTUpnIUuLhr1RN321OZJTUxCNMbOHONwMRAbcY7fvEYg6kG6q49pe8%2B2Gyu2MxIUOg2cqvCUS67BOU6hvAMy29uOSr%2BZzgcAHphUOMwknkYKfzEJOUIptOyELCVJe8imz71qABjMjTEyaBVhIYMsh31GZX%2BmngsxU4fUidryytow9Y4JMC0oB4AxVxUVO07qCIiBu05D5f%2BXdTvLJWXiWECnUnZn6NLiK7DD%2FZnSAZWN%2Fh%2BG1M%2Fe%2F3VI8tTtkZMFNNKidIAE070FLq65Mz8fywKH3Y3PS9KzWsi5OXI2ufnpE5n4sV3%2FFoPLVFInIU4f8hv5lQ1hopAgdREd1Em6JZgBTXTehW387hpuqgKCH8Hw5xaW3tznfa23BB7xJ8TqcOt2y2EihdGUOTq9%2B4wrwzHrb%2B8M6M35I41LYdg4Ch1yybw5PUHdv78qHT1kRk9k1U%2FQHnnllBdAO7Ho28l1BfYiQkfOH4jqsS50K0dcKlVW%2BL2bKbBvQ4bA1F%2BJUXvbw%2BvXqmwDXgR%2B1Qkug0R%2FgOkne9CVfW85YTg6qLSs%2BxFswX6X5J54UoRI1UYSz%2Bnovx%2BU9rsmkv7urwfNBcZ%2BaO1UHJFaxJjwR54w0kZ%2FKR18wY%2Bxihf7x2Y%2FaNtDQcHR4XLqAHXi%2FYmYQEuMyW4asvDqX9NrfkTskETTt4WCjfc%2F365cHMkF3m78%2Ba7hH%2BJJXFMF2ymdKeyUQCkW4w5LuwiMP8PtAJaT6C22k9Yaatd6Lf5SGUpL4Rh3AEERT7GmyrgN9ePj7ER5VIXaniKIM3Hmx6RmvuQ%2FWEz08Ij2fOs5r%2FVWhJU09nQPYn3dZ7Snxj%2BlJA%3D%3D\">\n<div id=\"article\" class=\"traitement-mag typeart-article\">\n<section id=\"decoupe-texte\">\n<div class=\"corps\">\n<section id=\"s1n0\" class=\"section section1\">\n<p id=\"pa3\" class=\"para\"><em class=\"marquage italique\"><span class=\"lettrine\">\u00ab<\/span>\u00a0Nous ne tendons \u00e0 rien de moins qu&rsquo;\u00e0 lib\u00e9rer l&rsquo;homme de couleur de lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/em> Tel est l&rsquo;objectif que poursuivra Frantz Fanon \u00e0 travers toute son\u00a0?uvre intellectuelle. Elle puise dans son exp\u00e9rience comme il l&rsquo;explique d\u00e8s son premier ouvrage, <em class=\"marquage italique\">Peau noire, masques blancs<\/em>(1952)\u00a0\u00a0: <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0L&rsquo;objectivit\u00e9 scientifique m&rsquo;\u00e9tait interdite, car l&rsquo;ali\u00e9n\u00e9, le n\u00e9vros\u00e9, \u00e9tait mon fr\u00e8re, \u00e9tait ma s?ur, \u00e9tait mon p\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p id=\"pa4\" class=\"para\">N\u00e9 en 1925 \u00e0 Fort-de-France, dans une famille de la petite bourgeoisie martiniquaise, le jeune Fanon s&rsquo;engage dans les Forces fran\u00e7aises libres durant la Seconde Guerre mondiale et fait l&rsquo;exp\u00e9rience du racisme des Fran\u00e7ais envers les Noirs. D\u00e9mobilis\u00e9 en 1945, il repart vers la Martinique, o\u00f9 il passe son baccalaur\u00e9at. En 1946, il part \u00e9tudier la m\u00e9decine \u00e0 Lyon, avant de s&rsquo;orienter vers la psychiatrie. C&rsquo;est apr\u00e8s sa th\u00e8se, soutenue en 1951, qu&rsquo;il publie <em class=\"marquage italique\">Peau noire, masques blancs<\/em>.<\/p>\n<p id=\"pa5\" class=\"para\">Dans ce livre, qu&rsquo;il d\u00e9crit comme une <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0\u00e9tude clinique\u00a0\u00bb<\/em>, il analyse \u00ab\u00a0l&rsquo;ali\u00e9nation\u00a0\u00bb du colonis\u00e9, et plus particuli\u00e8rement du Noir antillais. Pour le jeune psychiatre martiniquais, cette ali\u00e9nation est inh\u00e9rente au syst\u00e8me colonial. <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0Le colonialisme exerce une violence psychique, son discours\u00a0\u00a0: le<\/em><em class=\"marquage italique\">colonis\u00e9 est\u00a0?laid?,\u00a0?b\u00eate?,\u00a0?paresseux?, a une sexualit\u00e9\u00a0?maladive?,<\/em> explique la politologue Fran\u00e7oise Verg\u00e8s<em class=\"marquage italique\">. Et pour Fanon, le colonis\u00e9 finit par int\u00e9grer ces discours de stigmatisation, le sentiment d&rsquo;\u00eatre inf\u00e9rieur, il finit par m\u00e9priser sa culture, sa langue, son peuple, il ne veut plus alors qu&rsquo;imiter, ressembler au colonisateur.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/section>\n<section id=\"s1n1\" class=\"section section1\">\n<h1 class=\"titre traitementparticulier-non\">D\u00e9coloniser les esprits<\/h1>\n<p id=\"pa7\" class=\"para\">Cette volont\u00e9 du colonis\u00e9 de ressembler au colonisateur, Fanon l&rsquo;observe chez les siens mis en contact avec la m\u00e9tropole. Ils adoptent le fran\u00e7ais, langue du colonisateur, rejetant le cr\u00e9ole. Voulant se rapprocher le plus possible du Blanc, les Antillais se mettent m\u00eame \u00e0 distance des Noirs africains, qu&rsquo;ils n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 consid\u00e9rer comme inf\u00e9rieurs, comme les <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0v\u00e9ritables n\u00e8gres\u00a0\u00bb<\/em>. Selon Fanon, cette \u00ab\u00a0n\u00e9grophobie\u00a0\u00bb des Noirs envers d&rsquo;autres Noirs est caract\u00e9ristique de l&rsquo;ali\u00e9nation qui s&rsquo;est empar\u00e9e de ses fr\u00e8res. Ces derniers ont int\u00e9rioris\u00e9 ce syst\u00e8me colonial qui place le Blanc tout en haut de l&rsquo;\u00e9chelle des races. Ainsi <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0le Noir n&rsquo;est pas un homme\u00a0\u00bb<\/em>, <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0le Noir est un homme noir\u00a0\u00bb<\/em>qui <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0veut \u00eatre blanc\u00a0\u00bb<\/em>, et c&rsquo;est bien l\u00e0 le signe de son ali\u00e9nation. Pour Fanon, le Noir ne sera pleinement homme que lorsqu&rsquo;il sera d\u00e9barrass\u00e9 de cette ali\u00e9nation qui le d\u00e9shumanise.<\/p>\n<p id=\"pa8\" class=\"para\">Cette ali\u00e9nation qu&rsquo;il d\u00e9crit chez le Noir antillais, Fanon l&rsquo;observe \u00e9galement chez les colonis\u00e9s d&rsquo;Afrique du Nord \u00e0 partir de 1953, alors qu&rsquo;il occupe le poste de m\u00e9decin-chef \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique de Blida, en Alg\u00e9rie. D\u00e9sormais, toute son \u00e9nergie et sa pens\u00e9e seront consacr\u00e9es \u00e0 cette question\u00a0\u00a0: comment gu\u00e9rir le colonis\u00e9 de son ali\u00e9nation, lui permettre de devenir libre, d&rsquo;accomplir son humanit\u00e9\u00a0\u00a0?<\/p>\n<p id=\"pa9\" class=\"para\">Sa r\u00e9ponse ne tarde pas. Le seul moyen de sortir de l&rsquo;ali\u00e9nation est la d\u00e9colonisation, pas seulement celle du territoire, mais aussi celle des esprits. Elle doit permettre au colonis\u00e9 d&rsquo;accomplir pleinement son humanit\u00e9. Cette id\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 en germe dans <em class=\"marquage italique\">Peau noire, masques blancs<\/em>, est pleinement explicit\u00e9e dans <em class=\"marquage italique\">Les Damn\u00e9s de la Terre<\/em> (1961)\u00a0\u00a0: <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0La d\u00e9colonisation est tr\u00e8s simplement le remplacement d&rsquo;une\u00a0?esp\u00e8ce? d&rsquo;hommes par une autre\u00a0?esp\u00e8ce? d&rsquo;hommes\u00a0\u00bb<\/em>. La d\u00e9colonisation doit ainsi cr\u00e9er une nouvelle esp\u00e8ce d&rsquo;hommes, en supprimant le clivage de la race, socle du syst\u00e8me colonial.<\/p>\n<p id=\"pa10\" class=\"para\">Il faut d\u00e9passer l&rsquo;antagonisme entre colons et colonis\u00e9s, entre Blancs et Noirs, afin que l&rsquo;humanit\u00e9 soit une. Cette universalit\u00e9 de la condition humaine est ch\u00e8re au jeune psychiatre. Au nom de celle-ci, il dit prendre garde tout autant aux Noirs qui veulent devenir blancs qu&rsquo;aux Noirs qui exaltent des valeurs noires sup\u00e9rieures. <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0Pour nous, celui qui adore les n\u00e8gres est aussi\u00a0?malade? que celui qui les ex\u00e8cre\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crit-il dans <em class=\"marquage italique\">Peau noire, masques blancs<\/em>, estimant que <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0le Noir qui veut blanchir sa race est aussi malheureux que celui qui pr\u00eache la haine du Blanc.\u00a0\u00bb<\/em> Exalter la race noire contre le Blanc, n&rsquo;est-ce pas encore pour le Noir s&rsquo;enfermer <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0dans sa noirceur\u00a0\u00bb<\/em>, alors que le but est justement d&rsquo;en sortir\u00a0\u00a0?<\/p>\n<\/section>\n<section id=\"s1n2\" class=\"section section1\">\n<h1 class=\"titre traitementparticulier-non\">Fanon et la n\u00e9gritude<\/h1>\n<p id=\"pa12\" class=\"para\">Si Fanon \u00e9met des r\u00e9serves sur l&rsquo;exaltation par les Noirs de leur culture, d&rsquo;un pass\u00e9 noir, il ne n\u00e9glige pas pour autant le courant de la n\u00e9gritude <em class=\"marquage italique\">(encadr\u00e9 ci-dessous)<\/em>. Fanon s&rsquo;oppose \u00e0 Jean-Paul Sartre qui consid\u00e9rait la n\u00e9gritude comme une simple \u00e9tape, un simple <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0passage\u00a0\u00bb<\/em> vers l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;humanit\u00e9 \u202f<a id=\"re1no1\" class=\"renvoi typeref-note\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#no1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[1]<\/a> . Mais faire de la n\u00e9gritude le <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0temps faible\u00a0\u00bb<\/em> d&rsquo;une progression vers une soci\u00e9t\u00e9 sans races, comme le fait Sartre, n&rsquo;est-ce pas <em class=\"marquage italique\">de facto<\/em> \u00f4ter au Noir la possibilit\u00e9 d&rsquo;y recourir\u00a0\u00a0? Le discours sartrien <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0d\u00e9truit l&rsquo;enthousiasme noir\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crit ainsi Fanon dans <em class=\"marquage italique\">Peau noire, masques blancs<\/em>. Le penseur martiniquais dit au contraire avoir <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0besoin de <\/em>(se)<em class=\"marquage italique\">perdre dans la n\u00e9gritude absolument\u00a0\u00bb<\/em> avant de la d\u00e9passer. C&rsquo;est l\u00e0 que pointe la complexit\u00e9 de la pens\u00e9e de Fanon.<\/p>\n<p id=\"pa13\" class=\"para\">Si Fanon estime que les Noirs ont besoin de se reconna\u00eetre dans un pass\u00e9 commun, il affirme qu&rsquo;aucun homme ne doit pour autant \u00eatre prisonnier de son pass\u00e9. Les hommes doivent plut\u00f4t chercher \u00e0 construire leur avenir. Il ne faut pas <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0fixer l&rsquo;homme\u00a0\u00bb<\/em> &#8211; sous-entendu le fixer dans son histoire, dans sa situation de colonis\u00e9, ou d&rsquo;ancien esclave pour les Noirs &#8211; mais <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0l\u00e2cher l&rsquo;homme<\/em>\u202f<a id=\"re2no2\" class=\"renvoi typeref-note\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#no2\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[2]<\/a><em class=\"marquage italique\">\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<\/section>\n<section id=\"s1n3\" class=\"section section1\">\n<h1 class=\"titre traitementparticulier-non\">Ap\u00f4tre de la violence\u00a0\u00a0?<\/h1>\n<p id=\"pa15\" class=\"para\">La sortie de l&rsquo;ali\u00e9nation passe par la d\u00e9colonisation, et une d\u00e9colonisation n\u00e9cessairement violente qui <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0laisse deviner \u00e0 travers tous ses pores des boulets rouges, des couteaux sanglants\u00a0\u00bb<\/em>, explique-t-il dans <em class=\"marquage italique\">Les Damn\u00e9s de la Terre<\/em>. Fanon se ferait-il l&rsquo;<em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0ap\u00f4tre de la violence <\/em>\u202f<a id=\"re3no3\" class=\"renvoi typeref-note\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#no3\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[3]<\/a><em class=\"marquage italique\">\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p id=\"pa16\" class=\"para\">La violence r\u00e9volutionnaire est certes l&rsquo;un des th\u00e8mes centraux des <em class=\"marquage italique\">Damn\u00e9s de la Terre<\/em>. Mais la pens\u00e9e de Fanon fut quelque peu d\u00e9form\u00e9e par Sartre, qui signa la pr\u00e9face du livre, explique la philosophe Magali Bessone \u202f<a id=\"re4no4\" class=\"renvoi typeref-note\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#no4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[4]<\/a> \u00a0\u00a0: <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0La pr\u00e9face de Sartre radicalise le discours de Fanon et pose la violence comme fin en soi.\u00a0\u00bb<\/em> Or, chez Fanon, la violence des colonis\u00e9s n&rsquo;est pas une fin en soi. Elle est plut\u00f4t un moyen de sortir de l&rsquo;ali\u00e9nation. Elle est en outre une \u00ab\u00a0contre-violence\u00a0\u00bb en ce qu&rsquo;elle est une r\u00e9ponse \u00e0 celle exerc\u00e9e par le syst\u00e8me colonial. Dans l&rsquo;esprit de Fanon, la violence est ainsi l&rsquo;unique moyen pour le colonis\u00e9 de se lib\u00e9rer d&rsquo;un syst\u00e8me colonial lui-m\u00eame violent.<\/p>\n<p id=\"pa17\" class=\"para\">Le colonis\u00e9 doit conqu\u00e9rir lui-m\u00eame son \u00e9mancipation. Il ne doit pas se voir accorder sa libert\u00e9, il doit l&rsquo;obtenir par la force, sinon la d\u00e9sali\u00e9nation n&rsquo;aura pas lieu. Pour Fanon, qui \u00e9crit <em class=\"marquage italique\">Les Damn\u00e9s de la Terre<\/em> en pleine guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0l&rsquo;homme se lib\u00e8re dans et par la violence\u00a0\u00bb<\/em>, une violence qui <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0d\u00e9sintoxique\u00a0\u00bb<\/em> et <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0d\u00e9barrasse le colonis\u00e9 de son complexe d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<\/section>\n<section id=\"s1n4\" class=\"section section1\">\n<h1 class=\"titre traitementparticulier-non\">Fanon l&rsquo;Alg\u00e9rien<\/h1>\n<p id=\"pa19\" class=\"para\">Les textes militants de Fanon, la v\u00e9h\u00e9mence des <em class=\"marquage italique\">Damn\u00e9s de la Terre<\/em>, lui ont valu d&rsquo;\u00eatre longtemps marginalis\u00e9 en France. Fanon, qui avait rejoint le Front de lib\u00e9ration nationale (FLN) en Alg\u00e9rie en 1955, d\u00e9missionne de son poste \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique de Blida l&rsquo;ann\u00e9e suivante. En retour, il re\u00e7oit un arr\u00eat\u00e9 d&rsquo;expulsion. Il part alors pour Paris, puis pour Tunis, o\u00f9 il devient l&rsquo;une des plumes du journal du FLN, <em class=\"marquage italique\">El Moudjahid<\/em>, \u00e0 partir de 1957. Convaincu de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une solidarit\u00e9 panafricaine en vue de la d\u00e9colonisation du continent, il voyage aussi dans plusieurs pays d&rsquo;Afrique, notamment au Ghana, en Guin\u00e9e ou au Congo, en tant que repr\u00e9sentant itin\u00e9rant du gouvernement provisoire de la R\u00e9publique alg\u00e9rienne (GPRA) en 1960. Entre-temps, son\u00a0?uvre est censur\u00e9e par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises. <em class=\"marquage italique\">L&rsquo;An V de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne<\/em> est saisi d\u00e8s sa sortie en 1959. R\u00e9dig\u00e9 quelques mois avant sa mort, alors qu&rsquo;il se sait atteint d&rsquo;une leuc\u00e9mie, <em class=\"marquage italique\">Les Damn\u00e9s de la Terre<\/em> est imprim\u00e9 dans des conditions de semi-clandestinit\u00e9, puis interdit lors de sa diffusion en 1961, pour <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure de l&rsquo;\u00c9tat\u00a0\u00bb<\/em>. Mais ses textes sont abondamment comment\u00e9s apr\u00e8s sa mort, survenue en d\u00e9cembre 1961, et dans la d\u00e9cennie suivante.<\/p>\n<\/section>\n<section id=\"s1n5\" class=\"section section1\">\n<h1 class=\"titre traitementparticulier-non\">L&rsquo;amn\u00e9sie fran\u00e7aise<\/h1>\n<p id=\"pa21\" class=\"para\">La v\u00e9ritable \u00e9clipse de Fanon se produit \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970. Il devient alors <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0un philosophe maudit\u00a0\u00bb<\/em> en France, <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0pays pour lequel la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie n&rsquo;a pas eu lieu\u00a0\u00bb<\/em>, note sa biographe Alice Cherki \u202f<a id=\"re5no5\" class=\"renvoi typeref-note\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#no5\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[5]<\/a> . Mais si Fanon est marginalis\u00e9 en France pour sa participation \u00e0 la lutte du FLN, c&rsquo;est, parall\u00e8lement, de son v\u00e9cu alg\u00e9rien qu&rsquo;il tire son universalit\u00e9. Il n&rsquo;est ainsi pas seulement un penseur de la question noire, il a pens\u00e9 les d\u00e9rives du syst\u00e8me colonial dans son ensemble. Et c&rsquo;est bien pour sa condamnation radicale du colonialisme fran\u00e7ais qu&rsquo;il est demeur\u00e9 longtemps occult\u00e9 en France. <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0En redonnant \u00e0 la colonie son r\u00f4le dans la construction de la nation, de l&rsquo;identit\u00e9 nationale et de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, Fanon fait appara\u00eetre comment la notion de\u00a0?race? n&rsquo;est pas ext\u00e9rieure au corps r\u00e9publicain et comment elle le hante\u00a0\u00bb<\/em>, remarque ainsi F. Verg\u00e8s. D\u00e9voilant le clivage racial au fondement du syst\u00e8me colonial, Fanon g\u00eane le r\u00e9publicanisme d&rsquo;une France qui se dit indiff\u00e9rente aux diff\u00e9rences, mais qui, dans son propre empire colonial, a d\u00e9ni\u00e9 des droits \u00e0 des populations au motif de leur \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb dite inf\u00e9rieure.<\/p>\n<\/section>\n<section id=\"s1n6\" class=\"section section1\">\n<h1 class=\"titre traitementparticulier-non\">Un retour en France\u00a0\u00a0?<\/h1>\n<p id=\"pa23\" class=\"para\">Alors qu&rsquo;en France elle sombre dans l&rsquo;oubli, la pens\u00e9e voyageuse de Fanon parcourt le monde. Elle impr\u00e8gne ainsi la r\u00e9flexion de chercheurs anglophones <em class=\"marquage italique\">via<\/em> le courant des <em class=\"marquage italique\">postcolonial studies<\/em>*. Apr\u00e8s ce d\u00e9tour anglophone <em class=\"marquage italique\">(encadr\u00e9 ci-dessous)<\/em>, un retour de Fanon s&rsquo;observe en France depuis un peu plus d&rsquo;une d\u00e9cennie. La biographie de F. Fanon par A. Cherki a permis la red\u00e9couverte de l&rsquo;auteur martiniquais au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. L&rsquo;essor des \u00e9tudes postcoloniales \u00e0 la fran\u00e7aise, les travaux sur l&rsquo;esclavage et la colonisation de certains chercheurs fran\u00e7ais remettent \u00e0 l&rsquo;honneur l&rsquo;analyse du texte fanonien \u202f<a id=\"re6no6\" class=\"renvoi typeref-note\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#no6\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[6]<\/a> .<\/p>\n<p id=\"pa24\" class=\"para\">Cependant le retour de Fanon en France appara\u00eet incomplet. Il y est rarement abord\u00e9 comme un th\u00e9oricien, estime ainsi le philosophe politique Matthieu Renault. La publication d&rsquo;?uvres biographiques sur Fanon, au d\u00e9triment d&rsquo;essais sur sa pens\u00e9e, semble un sympt\u00f4me de la difficult\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 le lire autrement que comme un militant, comme si <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0l&rsquo;homme d&rsquo;action ne saurait \u00eatre en m\u00eame temps homme de pens\u00e9e <\/em>\u202f<a id=\"re7no7\" class=\"renvoi typeref-note\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#no7\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[7]<\/a><em class=\"marquage italique\">\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p id=\"pa25\" class=\"para\">Fanon reste donc encore et toujours \u00e0 relire \u202f<a id=\"re8no8\" class=\"renvoi typeref-note\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#no8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[8]<\/a> . Le cinquanti\u00e8me anniversaire de sa mort montre paradoxalement \u00e0 quel point il demeure largement ignor\u00e9 en France, alors m\u00eame que certaines de ses pages, sur le racisme ou sur le devenir des pays africains apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, sont d&rsquo;une surprenante actualit\u00e9.<\/p>\n<div id=\"en1\" class=\"encadre panneau type-1\">\n<div class=\"tete\">\n<h1 class=\"titre traitementparticulier-non\">Mot-cl\u00e9 : Postcolonial studies<\/h1>\n<\/div>\n<div class=\"tronc\">Les postcolonial studies \u00e9mergent dans les ann\u00e9es 1980, s\u2019\u00e9tendant des \u00c9tats-Unis \u00e0 l\u2019ensemble de la sph\u00e8re culturelle anglophone, dont le Royaume-Uni, l\u2019Australie et l\u2019Inde. Transdisciplinaire, ce courant entend d\u00e9passer par la critique ce qui survit du pass\u00e9 colonial dans les mani\u00e8res de voir et les discours contemporains<\/div>\n<div class=\"pied\"><\/div>\n<\/div>\n<div id=\"en2\" class=\"encadre panneau type-2\">\n<div class=\"tete\">\n<h1 class=\"titre traitementparticulier-non\">Frantz Fanon<\/h1>\n<\/div>\n<div class=\"tronc\">Psychiatre et \u00e9crivain martiniquais, n\u00e9 en 1925, il publie son premier ouvrage Peau noire, masques blancs en 1952. Devenu m\u00e9decin-chef \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Blida, en Alg\u00e9rie, \u00e0 partir de 1953, il constate la situation de \u00ab?d\u00e9shumanisation syst\u00e9matis\u00e9e des indig\u00e8nes?\u00bb et rejoint le combat du Front de lib\u00e9ration nationale (FLN) alors que d\u00e9bute la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. En 1957, il rejoint Tunis, o\u00f9 il collabore au journal du FLN, El Moudjahid. En 1959, Frantz Fanon publie L\u2019An V de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne. Alors qu\u2019il se sait atteint d\u2019une leuc\u00e9mie, il r\u00e9dige son dernier ouvrage, Les Damn\u00e9s de la Terre, publi\u00e9 en novembre 1961. Il meurt aux \u00c9tats-Unis le mois suivant, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 36 ans.<\/div>\n<div class=\"pied\"><\/div>\n<\/div>\n<div id=\"en3\" class=\"encadre panneau type-3\">\n<div class=\"tete\">\n<h1 class=\"titre traitementparticulier-non\">Le d\u00e9tour anglophone<\/h1>\n<\/div>\n<div class=\"tronc\">\n<p>Si Frantz Fanon est peu \u00e0 peu mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart du d\u00e9bat intellectuel fran\u00e7ais apr\u00e8s sa mort, sa pens\u00e9e essaime outre-Atlantique. Ses livres sont traduits et diffus\u00e9s aux \u00c9tats-Unis d\u00e8s les ann\u00e9es 1960. Les Damn\u00e9s de la Terre rencontre un \u00e9cho consid\u00e9rable aupr\u00e8s des Noirs am\u00e9ricains. Fanon sert de r\u00e9f\u00e9rent th\u00e9orique au mouvement des Black Panthers. Ses membres voient dans l\u2019\u0153uvre fanonienne la r\u00e9v\u00e9lation de leur situation de \u00ab?colonis\u00e9s domestiques?\u00bb au sein m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tats-unienne (1).?<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les mouvements noirs radicaux, la pens\u00e9e de Fanon prosp\u00e8re dans le champ acad\u00e9mique anglophone, via le courant des postcolonial studies* des ann\u00e9es 1980. La critique fanonienne de la situation coloniale d\u2019apr\u00e8s-guerre est alors \u00e9tudi\u00e9e dans les universit\u00e9s aux \u00c9tats-Unis, en Australie, en Angleterre, en Inde\u2026 Fanon devient une r\u00e9f\u00e9rence majeure, et avec lui d\u2019autres \u00e9crivains francophones comme Albert Memmi, Aim\u00e9 C\u00e9saire ou \u00c9douard Glissant. L\u2019intellectuel indien Homi K. Bhabha (2), figure cardinale des subaltern studies, relit ainsi Peau noire, masques blancs qui est devenu \u00ab?l\u2019un des livres de chevet du tournant postcolonial de la pens\u00e9e contemporaine?\u00bb, note l\u2019historien Achille Mbembe (3).?<\/p>\n<p>La force de Fanon est de montrer que le syst\u00e8me colonial repose certes sur une domination territoriale, \u00e9conomique mais aussi sur une domination psychologique des colonis\u00e9s. Le syst\u00e8me colonial, fond\u00e9 sur le postulat de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des races et de la sup\u00e9riorit\u00e9 europ\u00e9enne, pr\u00e9cipite l\u2019ali\u00e9nation du colonis\u00e9, celui-ci voulant ressembler au colonisateur blanc. Il faut donc \u00ab?lib\u00e9rer l\u2019homme de couleur?\u00bb de son ali\u00e9nation et, pour ce faire, d\u00e9construire la logique coloniale. Cette d\u00e9marche de Fanon rejoint celle des postcolonial studies, qui vise \u00e0 d\u00e9construire les discours contemporains conservant des traces du pass\u00e9 colonial. En outre, la volont\u00e9 de Fanon de d\u00e9placer le regard depuis l\u2019Europe vers les \u00ab?autres?\u00bb, les colonis\u00e9s, fait \u00e9cho \u00e0 la volont\u00e9 de chercheurs \u00e0 la fois des postcolonial studies et des subaltern studies de \u00ab?provincialiser?\u00bb l\u2019Europe (4), de s\u2019attaquer aux postulats eurocentristes dans les sciences humaines, et plus largement \u00ab?de sortir d\u2019un rapport de pouvoir fond\u00e9 sur la domination du monde occidental sur le reste du monde?\u00bb, comme le note la g\u00e9ographe B\u00e9atrice Collignon (5).<\/p>\n<p>NOTES<br \/>\n?<strong class=\"marquage gras\">(1) Alice Cherki<\/strong>, Frantz Fanon. Portrait, Seuil, 2000. A. Cherki indique que les fondateurs des Black Panthers \u00ab?font des Damn\u00e9s de la Terre \u201cun texte de base \u201d, (\u2026) nomment \u201ccolonialisme domestique\u201d leur propre situation dans la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine?\u00bb.<br \/>\n?<strong class=\"marquage gras\">(2) Maria-Benedita Basto<\/strong>, \u00ab?Le Fanon de Homi Bhabha. Ambivalence de l\u2019identit\u00e9 et dialectique dans une pens\u00e9e postcoloniale?\u00bb, Tumultes, n\u00b0 31, 2008.<br \/>\n?<strong class=\"marquage gras\">(3) Achille Mbembe<\/strong>, \u00ab?L\u2019universalit\u00e9 de Frantz Fanon?\u00bb, in Frantz Fanon, \u0152uvres, La D\u00e9couverte, 2011.<br \/>\n?<strong class=\"marquage gras\">(4) Dipesh Chakrabarty<\/strong>, Provincialiser l\u2019Europe. La pens\u00e9e postcoloniale et la diff\u00e9rence historique, Amsterdam, 2009.<br \/>\n<strong class=\"marquage gras\">?(5) B\u00e9atrice Collignon<\/strong>, \u00ab?Note sur les fondements des postcolonial studies?\u00bb, EchoG\u00e9o, n\u00b0 1, juin-ao\u00fbt 2007.<\/p>\n<p>Justine Canonne<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"pied\"><\/div>\n<\/div>\n<div id=\"en4\" class=\"encadre panneau type-4\">\n<div class=\"tete\">\n<h1 class=\"titre traitementparticulier-non\">Fanon et les chantres de la n\u00e9gritude<\/h1>\n<\/div>\n<div class=\"tronc\">\n<p><strong class=\"marquage gras\">Aim\u00e9 C\u00e9saire et L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor sont cit\u00e9s par Frantz Fanon? d\u00e8s son premier ouvrage Peau noire, masques blancs. Les deux \u00e9crivains noirs furent \u00e0 la fois ?source d\u2019inspiration et de critique pour le jeune psychiatre.<\/strong><\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1930, trois \u00e9tudiants originaires des colonies fran\u00e7aises, l\u2019Antillais Aim\u00e9 C\u00e9saire, le S\u00e9n\u00e9galais L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor et le Guyanais L\u00e9on Gontran Damas, se r\u00e9unissent \u00e0 Paris autour de la revue L\u2019\u00c9tudiant noir et cr\u00e9ent le terme de \u00ab?n\u00e9gritude?\u00bb. Les jeunes \u00e9crivains d\u00e9noncent la s\u00e9gr\u00e9gation entre citoyens fran\u00e7ais et colonis\u00e9s ainsi que l\u2019oubli du pass\u00e9 africain, de la traite, de l\u2019esclavage. Contre l\u2019assimilation culturelle des Noirs, ils se prononcent pour leur \u00e9mancipation, en exaltant une identit\u00e9, une culture, une histoire noire commune. Frantz Fanon s\u2019int\u00e9ressera au courant litt\u00e9raire et politique de la n\u00e9gritude, qui s\u2019exprime notamment \u00e0 travers la revue Pr\u00e9sence Africaine, fond\u00e9e en 1947. D\u00e8s l\u2019introduction de Peau noire, masques blancs, Fanon cite ainsi le \u00ab?Discours sur le colonialisme?\u00bb de C\u00e9saire?: \u00ab ?Je parle de millions d\u2019hommes \u00e0 qui on a inculqu\u00e9 savamment la peur, le complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9, le tremblement, l\u2019agenouillement, le d\u00e9sespoir, le larbinisme.?\u00bb La position de Fanon envers le courant de la n\u00e9gritude est ambivalente. Si le psychiatre martiniquais pr\u00f4ne l\u2019universalit\u00e9 de la condition humaine, qui le conduit \u00e0 rejeter l\u2019exaltation d\u2019une ethnie ou d\u2019une culture particuli\u00e8re, la n\u00e9gritude lui para\u00eet pourtant un instrument important de la \u00ab?conscience noire?\u00bb, qui doit permettre de briser les cha\u00eenes du colonialisme.<\/p>\n<p><strong class=\"marquage gras\">L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor ?(1906-2001)? <\/strong>:<br \/>\nPo\u00e8te, \u00e9crivain, et premier pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du S\u00e9n\u00e9gal, Senghor a marqu\u00e9 le mouvement de la n\u00e9gritude. Il d\u00e9finit celle-ci comme un \u00ab?ensemble des valeurs de la civilisation noire?\u00bb. Soucieux d\u2019exalter une culture noire diff\u00e9rente de celle de l\u2019Europe, il vanta la sensibilit\u00e9 \u00e9motive du Noir, ce qui lui fit \u00e9crire dans L\u2019Homme de couleur, en 1939?: \u00ab?L\u2019\u00e9motion est n\u00e8gre comme la raison hell\u00e8ne.?\u00bb Une phrase qui lui fut reproch\u00e9e par certains de ses contemporains, dont Fanon?: exalter la sensibilit\u00e9 \u00e9motive du Noir \u2013 comme le fait Senghor \u2013 et rejeter la rationalit\u00e9 dans le camp de l\u2019Europe, c\u2019est en quelque sorte donner des armes intellectuelles au Blanc pour justifier une suppos\u00e9e sup\u00e9riorit\u00e9 culturelle europ\u00e9enne.?<\/p>\n<p>?<strong class=\"marquage gras\">Aim\u00e9 C\u00e9saire (1913-2008)?<\/strong> :<br \/>\nC\u2019est alors qu\u2019il \u00e9tudie au lyc\u00e9e Louis-Le-Grand, \u00e0 Paris, que le Martiniquais C\u00e9saire rencontre le S\u00e9n\u00e9galais Senghor. Ensemble, ils fondent la n\u00e9gritude, que C\u00e9saire d\u00e9finit comme \u00ab?la conscience d\u2019\u00eatre noir, simple reconnaissance d\u2019un fait qui implique acceptation, prise en charge de son destin de Noir, de son histoire et de sa culture?\u00bb. Devenu agr\u00e9g\u00e9 de lettres, il publie Cahier d\u2019un retour au pays natal, en 1939. Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, il s\u2019engage en politique, sous l\u2019impulsion de ses amis communistes. \u00c9lu d\u00e9put\u00e9 de Martinique, maire de Fort-de-France, il se prononce pour la d\u00e9partementalisation des \u00ab?vieilles colonies?\u00bb d\u2019outre-mer. En 1950 para\u00eet son c\u00e9l\u00e8bre \u00ab?Discours sur le colonialisme?\u00bb, virulente d\u00e9nonciation de l\u2019id\u00e9ologie colonialiste europ\u00e9enne, que C\u00e9saire n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 comparer au nazisme.<\/p>\n<p>Justine Canonne<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"pied\"><\/div>\n<\/div>\n<div id=\"en5\" class=\"encadre panneau type-5\">\n<div class=\"tete\">\n<h1 class=\"titre traitementparticulier-non\">Les oeuvres de Frantz Fanon<\/h1>\n<\/div>\n<div class=\"tronc\"><strong class=\"marquage gras\">Peau noire, masques blancs.<\/strong><br \/>\n<strong class=\"marquage gras\">1952, r\u00e9\u00e9d. Seuil, coll. \u00ab?Points?\u00bb, 2001.<\/strong><\/p>\n<div id=\"eq1\" class=\"equation panneau contexte-bloc\">\n<div id=\"im1-parent-42g6y8d1q57\" class=\"tronc\">\n<div class=\"objetmedia flot-bloc dans-equation\"><img decoding=\"async\" id=\"im1\" class=\"image typeimage-equation typemime-image:jpeg\" src=\"https:\/\/www.cairn.info\/loadimg.php?FILE=SH\/SH_233\/SH_233_0028\/SH_233_0028_img1.jpg\" alt=\"equation im1\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"pied\"><\/div>\n<\/div>\n<p>Dans ce premier ouvrage, le jeune psychiatre martiniquais explique entreprendre une \u00ab?interpr\u00e9tation psychanalytique du probl\u00e8me noir?\u00bb. Frantz Fanon entend d\u00e9construire les m\u00e9canismes d\u2019inf\u00e9riorisation qui sous-tendent les relations entre Noirs et Blancs, afin de \u00ab?rendre possible pour le Noir et le Blanc une saine rencontre?\u00bb. Dans le r\u00e9gime colonial, les relations entre Noirs et Blancs sont toujours fauss\u00e9es, les premiers ayant toujours pour objectif de \u00ab?blanchir la race?\u00bb, de \u00ab?s\u2019\u00e9lever?\u00bb jusqu\u2019aux seconds, explique Fanon. Il faut sortir de ce sch\u00e9ma ali\u00e9nant qui enferme \u00ab?le Blanc dans sa blancheur?\u00bb et \u00ab?le Noir dans sa noirceur?\u00bb. \u00ab?L\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue de l\u2019homme noir?\u00bb est sans doute l\u2019un des chapitres les plus marquants de Peau noire, masques blancs?: Fanon y d\u00e9crit, \u00e0 la premi\u00e8re personne, le v\u00e9cu du Noir dans le monde blanc et l\u2019exp\u00e9rimentation du racisme europ\u00e9en.<br \/>\n<strong class=\"marquage gras\">L\u2019An V de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne.<\/strong><br \/>\n<strong class=\"marquage gras\">1959, r\u00e9\u00e9d. La D\u00e9couverte, 2011.?<\/strong><\/p>\n<div id=\"eq2\" class=\"equation panneau contexte-bloc\">\n<div id=\"im2-parent-cgt9jllhzl5\" class=\"tronc\">\n<div class=\"objetmedia flot-bloc dans-equation\"><img decoding=\"async\" id=\"im2\" class=\"image typeimage-equation typemime-image:jpeg\" src=\"https:\/\/www.cairn.info\/loadimg.php?FILE=SH\/SH_233\/SH_233_0028\/SH_233_0028_img2.jpg\" alt=\"equation im2\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"pied\"><\/div>\n<\/div>\n<p>Saisi d\u00e8s sa sortie en 1959, ce livre militant est n\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience de Fanon aux c\u00f4t\u00e9s du FLN alg\u00e9rien, qu\u2019il a rejoint peu apr\u00e8s l\u2019appel \u00e0 la lutte de lib\u00e9ration nationale du 1er novembre 1954. L\u2019\u00e9crivain y exalte la r\u00e9sistance des Alg\u00e9riens face au colonisateur fran\u00e7ais, et analyse la transformation de la population qui s\u2019op\u00e8re sous ses yeux dans la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, \u00ab?la plus hallucinante qu\u2019un peuple ait men\u00e9e pour briser l\u2019oppression coloniale?\u00bb, \u00e9crit-il. ?<br \/>\n<strong class=\"marquage gras\">Les Damn\u00e9s de la Terre. ?<\/strong><br \/>\n<strong class=\"marquage gras\">1961, r\u00e9\u00e9d. La D\u00e9couverte, 2002.?<\/strong><\/p>\n<div id=\"eq3\" class=\"equation panneau contexte-bloc\">\n<div id=\"im3-parent-tyeb8bxibw\" class=\"tronc\">\n<div class=\"objetmedia flot-bloc dans-equation\"><img decoding=\"async\" id=\"im3\" class=\"image typeimage-equation typemime-image:jpeg\" src=\"https:\/\/www.cairn.info\/loadimg.php?FILE=SH\/SH_233\/SH_233_0028\/SH_233_0028_img3.jpg\" alt=\"equation im3\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"pied\"><\/div>\n<\/div>\n<p>Seul de ses ouvrages dont Fanon a pu choisir le titre, Les Damn\u00e9s de la Terre est compos\u00e9 dans l\u2019urgence par l\u2019\u00e9crivain martiniquais qui se sait atteint d\u2019une leuc\u00e9mie. Il en aura un exemplaire en mains quelques jours avant son d\u00e9c\u00e8s, en 1961. Dans cette \u0153uvre qu\u2019il adresse aux populations des pays colonis\u00e9s, Fanon explore les conditions de leur d\u00e9sali\u00e9nation. D\u00e9crivant un monde colonial \u00ab?compartiment\u00e9?\u00bb, s\u00e9par\u00e9 entre colons et colonis\u00e9s, l\u2019intellectuel martiniquais explique que la d\u00e9colonisation \u2013 qu\u2019il appelle de ses v\u0153ux \u2013 est n\u00e9cessairement violente. Le colonis\u00e9 doit retourner la violence contre le colonisateur, afin d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une libert\u00e9 qui lui permettra d\u2019accomplir son humanit\u00e9. R\u00e9dig\u00e9 au moment des ind\u00e9pendances africaines et alors que la guerre d\u2019Alg\u00e9rie n\u2019est pas encore achev\u00e9e, Les Damn\u00e9s de la Terre exalte la force des masses r\u00e9volutionnaires rurales dans les luttes de lib\u00e9ration nationale, tandis que certains chapitres examinent le r\u00f4le des partis nationalistes et des \u00ab?bourgeoisies nationales?\u00bb des pays engag\u00e9s sur la voie de l\u2019ind\u00e9pendance.<br \/>\n<strong class=\"marquage gras\">?Pour la r\u00e9volution africaine. ?\u00c9crits politiques.<\/strong><br \/>\n<strong class=\"marquage gras\">?1964, r\u00e9\u00e9d. La D\u00e9couverte, 2006.?<\/strong><\/p>\n<div id=\"eq4\" class=\"equation panneau contexte-bloc\">\n<div id=\"im4-parent-pjqzigvja5j\" class=\"tronc\">\n<div class=\"objetmedia flot-bloc dans-equation\"><img decoding=\"async\" id=\"im4\" class=\"image typeimage-equation typemime-image:jpeg\" src=\"https:\/\/www.cairn.info\/loadimg.php?FILE=SH\/SH_233\/SH_233_0028\/SH_233_0028_img4.jpg\" alt=\"equation im4\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"pied\"><\/div>\n<\/div>\n<p>Les \u00e9crits politiques de Fanon ont \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9s et \u00e9dit\u00e9s dans l\u2019ouvrage Pour la r\u00e9volution africaine de fa\u00e7on posthume. Ils couvrent la p\u00e9riode de sa vie allant de la publication de Peau noire, masques blancs, en 1952, jusqu\u2019\u00e0 celle des Damn\u00e9s de la Terre, en 1961. Dans ces textes h\u00e9t\u00e9roclites, prononc\u00e9s lors de conf\u00e9rences, parus dans des revues comme Esprit, ou encore r\u00e9dig\u00e9s pour le journal El Moudjahid, Fanon explore la situation des colonis\u00e9s, rend compte de l\u2019ali\u00e9nation de ces derniers via ses observations cliniques, analyse l\u2019attitude des intellectuels fran\u00e7ais de gauche face \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, et fait notamment de la lutte alg\u00e9rienne l\u2019avant-garde de la r\u00e9volution africaine qui doit lib\u00e9rer l\u2019ensemble du continent.<br \/>\nJustine Canonne<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"pied\"><\/div>\n<\/div>\n<\/section>\n<\/div>\n<\/section>\n<section id=\"decoupe-note\">\n<div class=\"grnote\">\n<h1 class=\"titre default\">Notes<\/h1>\n<ul class=\"wrapper-children-grnote\">\n<li id=\"no1\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><a id=\"no1\" class=\"no\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#re1no1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[1]<\/a>\n<div class=\"wrapper-note\"><strong class=\"marquage gras\">Jean-Paul Sartre<\/strong>, \u00ab\u00a0Orph\u00e9e noir\u00a0\u00bb, pr\u00e9face,<em class=\"marquage italique\"> in<\/em>L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor, <em class=\"marquage italique\">Anthologie de la po\u00e9sie n\u00e8gre et malgachede langue fran\u00e7aise<\/em>, 1948, r\u00e9\u00e9d. Puf, 2011. Dans ce texte, que Frantz Fanon critique dans <em class=\"marquage italique\">Peau noire, masques blancs<\/em>, Sartre d\u00e9finit notamment la n\u00e9gritude comme <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0un passage et non un aboutissement\u00a0\u00bb<\/em> et comme <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0le temps faible d&rsquo;une progression dialectique <\/em>(&#8230;) (visant)<em class=\"marquage italique\"> \u00e0 pr\u00e9parer la synth\u00e8se ou r\u00e9alisation de l&rsquo;humain dans une soci\u00e9t\u00e9 sans races\u00a0\u00bb<\/em>.<\/div>\n<\/li>\n<li id=\"no2\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><a id=\"no2\" class=\"no\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#re2no2\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[2]<\/a>\n<div class=\"wrapper-note\"><strong class=\"marquage gras\">Frantz Fanon<\/strong>, <em class=\"marquage italique\">Peau noire, masques blancs<\/em>, 1952, r\u00e9\u00e9d. Seuil, coll. \u00ab\u00a0Points\u00a0\u00bb, 2011. Dans sa conclusion, Fanon \u00e9crit\u00a0: <em class=\"marquage italique\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas essayer de fixer l&rsquo;homme puisque son destin est d&rsquo;\u00eatre l\u00e2ch\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/div>\n<\/li>\n<li id=\"no3\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><a id=\"no3\" class=\"no\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#re3no3\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[3]<\/a>\n<div class=\"wrapper-note\"><strong class=\"marquage gras\">David Macey<\/strong>, <em class=\"marquage italique\">Frantz Fanon. Une vie<\/em>, La D\u00e9couverte, 2011. Le biographe explique que Fanon a pu \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0l&rsquo;ap\u00f4tre de la violence\u00a0\u00bb dans ses liens avec les <em class=\"marquage italique\">leaders<\/em>de la lutte de lib\u00e9ration alg\u00e9rienne et lorsqu&rsquo;il promeut l&rsquo;usage de la violence dans <em class=\"marquage italique\">Les Damn\u00e9s de la Terre<\/em>.<\/div>\n<\/li>\n<li id=\"no4\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><a id=\"no4\" class=\"no\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#re4no4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[4]<\/a>\n<div class=\"wrapper-note\"><strong class=\"marquage gras\">Magali Bessonne<\/strong>, \u00ab\u00a0Frantz Fanon, en \u00e9quilibre sur la color line\u00a0\u00bb, introduction \u00e0 Frantz Fanon, <em class=\"marquage italique\">?uvres<\/em>, &amp;#8232\u00a0;La D\u00e9couverte, 2011.<\/div>\n<\/li>\n<li id=\"no5\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><a id=\"no5\" class=\"no\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#re5no5\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[5]<\/a>\n<div class=\"wrapper-note\"><strong class=\"marquage gras\">Alice Cherki<\/strong>, <em class=\"marquage italique\">Frantz Fanon. Portrait<\/em>, Seuil, 2000.<\/div>\n<\/li>\n<li id=\"no6\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><a id=\"no6\" class=\"no\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#re6no6\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[6]<\/a>\n<div class=\"wrapper-note\"><strong class=\"marquage gras\">Voir Fran\u00e7oise Verg\u00e8s<\/strong>, \u00ab\u00a0?Le N\u00e8gre n&rsquo;est pas. Pas plus que le Blanc?. Frantz Fanon, esclavage, race et racisme\u00a0\u00bb, <em class=\"marquage italique\">Actuel Marx<\/em>, n\u00b0 38, 2005\/2.<\/div>\n<\/li>\n<li id=\"no7\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><a id=\"no7\" class=\"no\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#re7no7\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[7]<\/a>\n<div class=\"wrapper-note\"><strong class=\"marquage gras\">Matthieu Renault<\/strong>, <em class=\"marquage italique\">Frantz Fanon. De l&rsquo;anticolonialisme \u00e0 la critique postcoloniale<\/em>, Amsterdam, 2011.<\/div>\n<\/li>\n<li id=\"no8\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><a id=\"no8\" class=\"no\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-1-page-28.htm#re8no8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">[8]<\/a>\n<div class=\"wrapper-note\"><strong class=\"marquage gras\">Voir Jean-Fran\u00e7ois Bayart<\/strong>, \u00ab\u00a0Relire Fanon\u00a0\u00bb, en ligne sur <em class=\"marquage italique\">Mediapart<\/em>, 18 octobre 2011.<br \/>\nhttp\u00a0:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/jean-francois-bayart\/181011\/relire-fanon.<\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<\/section>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"e-commerce-bloc\" class=\"content-center no-gutter-in-mobile\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/section>\n<section>\n<div class=\"container\">\n<div class=\"row\">\n<div id=\"article-details\" class=\"col-xs-12 col-xs-offset-0 col-lg-10 col-lg-offset-1 clearboth\">\n<div class=\"\">\n<dl>\n<dd>Mis en ligne sur Cairn.info le 21\/02\/2012<\/dd>\n<\/dl>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/section>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Telle est la question \u00e0 laquelle n&rsquo;aura de cesse de r\u00e9pondre le psychiatre martiniquais Frantz Fanon. Source d&rsquo;inspiration pour les postcolonial studies, son oeuvre est mal connue en France. Cinquante ans apr\u00e8s sa mort, retour sur une pens\u00e9e aussi d\u00e9rangeante qu&rsquo;actuelle. \u00ab\u00a0Nous ne tendons \u00e0 rien de moins qu&rsquo;\u00e0 lib\u00e9rer l&rsquo;homme de couleur de lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":19861,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-19860","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19860","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=19860"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19860\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19861"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=19860"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=19860"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=19860"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}