{"id":20681,"date":"2020-11-10T09:54:33","date_gmt":"2020-11-10T13:54:33","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=20681"},"modified":"2020-11-10T09:54:33","modified_gmt":"2020-11-10T13:54:33","slug":"la-responsabilite-des-entreprises-vis-a-vis-de-leurs-salaries-du-fait-du-coronavirus-un-cadre-juridique-difficile-a-construire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/la-responsabilite-des-entreprises-vis-a-vis-de-leurs-salaries-du-fait-du-coronavirus-un-cadre-juridique-difficile-a-construire\/","title":{"rendered":"La responsabilit\u00e9 des entreprises vis-\u00e0-vis de leurs salari\u00e9s du fait du Coronavirus : un cadre juridique difficile \u00e0 construire"},"content":{"rendered":"<h4 class=\"vcex-module vcex-heading vcex-heading-plain vc_custom_1586939753937\"><strong style=\"font-size: 16px\">Par Olivier Dutheillet de Lamothe, Avocat Associ\u00e9, CMS Francis Lefebvre Avocats<\/strong><\/h4>\n<hr \/>\n<div class=\"vcex-post-content vcex-clr vc_custom_1525203046432\">\n<div class=\"vcex-post-content-c clr\">\n<ul>\n<li><em>TJ de Lille, Ordonnance de r\u00e9f\u00e9r\u00e9 du 3 avril 2020, n\u00b0 RG 20\/OO38O, Association Adar Flandres M\u00e9tropole<\/em><\/li>\n<li><em>TJ de Paris, Ordonnance de r\u00e9f\u00e9r\u00e9 du 9 avril 2020, n\u00b0 RG 20\/52223, La Poste<\/em><\/li>\n<li><em>TJ de Lille, Ordonnance de r\u00e9f\u00e9r\u00e9 du 14 avril 2020, n\u00b0 RG 20\/00386, Carrefour Market<\/em><\/li>\n<li><em>TJ de Nanterre, Ordonnance de r\u00e9f\u00e9r\u00e9 du 14 avril 2020, n\u00b0 RG 20\/00503, Amazon France Logistique<\/em><\/li>\n<li><em>CA de Versailles, 24 avril 2020, n\u00b0 RG 20\/01993, Amazon France Logistique<\/em><\/li>\n<li><em>TJ de Lille, Ordonnance de r\u00e9f\u00e9r\u00e9 du 24 avril 2020, n\u00b0 RG 20\/00395, SAS Carrefour Hypermarch\u00e9s<\/em><\/li>\n<li><em><em>TJ de Lille, Ordonnance de r\u00e9f\u00e9r\u00e9 du 5 mai 2020, n\u00b0 RG 20\/00399<\/em><\/em><br \/>\n<hr \/>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>1. Aux termes de l\u2019article L 4121\u20131 du code du travail : <em>\u00ab <strong>L\u2019employeur prend les mesures n\u00e9cessaires pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 et prot\u00e9ger la sant\u00e9 physique et mentale des travailleurs<\/strong><\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Ces mesures comprennent :<\/em><\/p>\n<ol>\n<li><em>Des actions de pr\u00e9vention des risques professionnels, y compris ceux mentionn\u00e9s \u00e0 l\u2019article L 4161\u20131 ;<\/em><\/li>\n<li><em>Des actions d\u2019information et de formation ;<\/em><\/li>\n<li><em>La mise en place d\u2019une organisation et de moyens adapt\u00e9s.<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>L\u2019employeur veille \u00e0 l\u2019adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des situations existantes \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>L\u2019obligation de s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9finie par ce texte n\u2019est plus consid\u00e9r\u00e9e par la jurisprudence comme une obligation de r\u00e9sultat depuis l\u2019arr\u00eat Air France de 2015 (Cass, soc, n\u00b014\u201324 444) mais comme une obligation de moyens renforc\u00e9e : cette solution, d\u2019abord implicite du fait du refus de la chambre sociale d\u2019aller en assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re pour renverser cette jurisprudence, est maintenant explicite (Cass, ass pl\u00e9n, 5 avril 2019, n\u00b018\u201317 442).<\/p>\n<h4><strong>2. La difficult\u00e9 de la situation actuelle vient du fait que le coronavirus n\u2019est pas, sauf cas exceptionnel, un risque professionnel<\/strong><\/h4>\n<p>Mais les salari\u00e9s sont expos\u00e9s au coronavirus dans l\u2019entreprise. Cette situation peut \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 celle d\u2019un nuage radioactif suspendu au-dessus d\u2019une entreprise : ce n\u2019est pas un risque professionnel mais il risque de contaminer les salari\u00e9s.<\/p>\n<p>Responsable de la s\u00e9curit\u00e9 et de la sant\u00e9 physique et mentale des salari\u00e9s\u2013ce qui est tr\u00e8s vaste\u2013l\u2019employeur n\u2019est pas seulement responsable des risques qu\u2019il cr\u00e9e. Il est aussi responsable des risques qui sont pr\u00e9sents dans l\u2019entreprise : c\u2019est, la conclusion, convergente, des six jugements comment\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette responsabilit\u00e9 n\u2019est d\u2019ailleurs pas exclusive d\u2019une responsabilit\u00e9 des salari\u00e9s. Aux termes de l\u2019<a href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006903153&amp;cidTexte=LEGITEXT000006072050&amp;dateTexte=20080501\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">article L 4122\u20131 du code du travail<\/a> : \u00ab <em>Conform\u00e9ment aux instructions qui lui sont donn\u00e9es par l\u2019employeur, dans les conditions pr\u00e9vues au r\u00e8glement int\u00e9rieur pour les entreprises tenues d\u2019en \u00e9laborer un, il incombe \u00e0 chaque travailleur de prendre soin, en fonction de sa formation et selon ses possibilit\u00e9s, de sa sant\u00e9 et de sa s\u00e9curit\u00e9 ainsi que de celle des autres personnes concern\u00e9es par ses actes ou ses missions au travail.<\/em>\u00bb Cette responsabilit\u00e9 du salari\u00e9 passe donc par une modification du r\u00e8glement int\u00e9rieur qui est lourde : on n\u2019en trouve pas d\u2019exemple dans les jugements comment\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Trois conclusions peuvent \u00eatre tir\u00e9es des sept jugements comment\u00e9s<\/strong> :<\/p>\n<ul>\n<li>sur le plan de la proc\u00e9dure, il r\u00e9sulte de l\u2019ensemble des jugements rendus que l\u2019employeur \u00e0 l\u2019obligation de proc\u00e9der \u00e0 une mise \u00e0 jour du Document unique d\u2019\u00e9valuation des risques (DUER) en y associant le comit\u00e9 social et \u00e9conomique (CSE) ;<\/li>\n<li>la notion de risque biologique, qui ne vise que certaines cat\u00e9gories de salari\u00e9s bien d\u00e9termin\u00e9es, doit \u00eatre mani\u00e9e avec beaucoup de prudence, sous peine de se retourner contre l\u2019employeur ;<\/li>\n<li>sur le fond, les juges attendent des entreprises que, sur la base d\u2019une analyse m\u00e9thodique des risques, elles adoptent un plan d\u2019ensemble, int\u00e9grant les consignes gouvernementales, qui soit coh\u00e9rent, coordonn\u00e9 et visible.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>1. Sur le plan de la proc\u00e9dure, il r\u00e9sulte de l\u2019ensemble des jugements rendus que l\u2019employeur \u00e0 l\u2019obligation de proc\u00e9der \u00e0 une mise \u00e0 jour du DUER, en y associant le CSE.<\/strong><\/p>\n<p>1.1 Aux termes de l\u2019<a href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006903149&amp;cidTexte=LEGITEXT000006072050\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">article L 4121\u20133 du code du travail<\/a> : \u00ab <em>L\u2019employeur, compte tenu de la nature des activit\u00e9s de l\u2019\u00e9tablissement, \u00e9value les risques pour la sant\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 des travailleurs, y compris dans le choix des proc\u00e9d\u00e9s de fabrication, des \u00e9quipements de travail, des substances ou pr\u00e9paration chimique, dans l\u2019am\u00e9nagement ou le r\u00e9am\u00e9nagement des lieux ou des installations et dans la d\u00e9finition des postes de travail. Cette \u00e9valuation des risques tient compte de l\u2019impact diff\u00e9renci\u00e9 de l\u2019exposition aux risques en fonction du sexe.<\/em><br \/>\n<em>\u00c0 la suite de cette \u00e9valuation, l\u2019employeur met en \u0153uvre les actions de pr\u00e9vention ainsi que les m\u00e9thodes de travail et de production garantissant un meilleur niveau de protection de la sant\u00e9 et de la s\u00e9curit\u00e9 des travailleurs. Il int\u00e8gre ces actions et ces m\u00e9thodes dans l\u2019ensemble des activit\u00e9s de l\u2019\u00e9tablissement et \u00e0 tous les niveaux de l\u2019encadrement.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Au terme de l\u2019<a href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000023795562&amp;cidTexte=LEGITEXT000006072050&amp;dateTexte=20110401\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">article R 4121\u20131 du code du travail<\/a> : \u00ab <em>L\u2019employeur transcrit et met \u00e0 jour dans un document unique les r\u00e9sultats de l\u2019\u00e9valuation des risques pour la sant\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 des travailleurs \u00e0 laquelle il proc\u00e8de en application de l\u2019article L 4 121\u20133<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Enfin au terme de l\u2019<a href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000018532910&amp;cidTexte=LEGITEXT000006072050&amp;dateTexte=20080501\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">article R 4121\u20132<\/a> : \u00ab <em>La mise \u00e0 jour du document unique d\u2019\u00e9valuation des risques est r\u00e9alis\u00e9e\u2026 3\u00b0 Lorsqu\u2019une information suppl\u00e9mentaire int\u00e9ressant l\u2019\u00e9valuation des risques dans une unit\u00e9 de travail est recueillie.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>La DGT a, d\u00e8s le 17 mars, pris une position tr\u00e8s ferme sur cette question dans un questions-r\u00e9ponses, selon laquelle : \u00ab <em><strong>L\u2019actualisation du document unique d\u2019\u00e9valuation des risques pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article R 4121\u20132 du code du travail est n\u00e9cessaire du fait de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie actuelle li\u00e9e au Covid\u201319<\/strong>. Elle permet de pr\u00e9voir les mesures de pr\u00e9vention et de protection ad\u00e9quates dont, par exemple, la mise en s\u00e9curit\u00e9 des installations en mode d\u00e9grad\u00e9 si n\u00e9cessaire.\u2026 \u00c0 cet \u00e9gard, l\u2019actualisation de l\u2019\u00e9valuation des risques visera particuli\u00e8rement \u00e0 identifier des situations de travail pour lesquelles les conditions de transmission du coronavirus Covid\u201319 peuvent se trouver r\u00e9unies\u2026 Il ne s\u2019agit pas de traiter exclusivement les risques directement g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par l\u2019activit\u00e9 professionnelle habituelle mais \u00e9galement d\u2019anticiper les risques li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de coronavirus Covid\u201319. <strong>Les risques nouveaux g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le fonctionnement d\u00e9grad\u00e9 de l\u2019entreprise (am\u00e9nagement des locaux, r\u00e9organisation du travail, affectation sur un nouveau poste du travail, t\u00e9l\u00e9travail\u2026) et ceux li\u00e9s \u00e0 l\u2019exposition aux virus impliquent d\u2019actualiser le document unique d\u2019\u00e9valuation des risques<\/strong><\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Les juges se sont en fait cal\u00e9s sur cette position de la DGT :<\/p>\n<ul>\n<li>dans son ordonnance en date du 14 avril 2020 concernant Amazon, le juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s du TJ de Nanterre a estim\u00e9 \u00ab <em>qu\u2019en application des articles L 4121\u20133 et R 4121\u20131 \u00e0 4 du code du travail, l\u2019employeur est tenu d\u2019\u00e9valuer dans son entreprise les risques pour la sant\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 des travailleurs et de transcrire les r\u00e9sultats dans un document unique et de mettre en \u0153uvre les mesures de pr\u00e9vention ad\u00e9quate<\/em> \u00bb ;<\/li>\n<li>dans son ordonnance en date du 9 avril 2020 concernant La Poste, le juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s du TJ de Paris a estim\u00e9 \u00ab <em>que l\u2019employeur se doit \u00e9galement d\u2019\u00e9laborer \u00e0 des fins d\u2019information de son personnel un document unique d\u2019\u00e9valuation des risques (DUER). Cette obligation d\u2019information proc\u00e8de du devoir m\u00eame de pr\u00e9vention incombant \u00e0 l\u2019employeur<\/em>\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le DUER a une double fonction :<\/p>\n<ul>\n<li>en proc\u00e9dant \u00e0 une analyse m\u00e9thodique des risques, il permet de d\u00e9finir, de fa\u00e7on coh\u00e9rente et coordonn\u00e9e, un ensemble de mesures de pr\u00e9vention ;<\/li>\n<li>en r\u00e9capitulant dans un document qui conna\u00eet une large publicit\u00e9 dans l\u2019entreprise, l\u2019ensemble des mesures de pr\u00e9vention prises par l\u2019employeur, il est de nature \u00e0 prot\u00e9ger celui-ci, si sa responsabilit\u00e9 est recherch\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p>On notera, \u00e0 cet \u00e9gard, que l\u2019ordonnance du TJ de Nanterre et l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel de Versailles concernant Amazon sont entach\u00e9s d\u2019une contradiction entre les motifs et le dispositif de la d\u00e9cision. Les deux juridictions ont estim\u00e9 que l\u2019\u00e9valuation des risques \u00e0 laquelle avait proc\u00e9d\u00e9 Amazon \u00e9tait insuffisante pour garantir la s\u00e9curit\u00e9 des salari\u00e9s. La cons\u00e9quence logique, normale, d\u2019une telle appr\u00e9ciation aurait \u00e9t\u00e9 d\u2019ordonner la fermeture d\u2019Amazon. Au lieu de cela, les deux d\u00e9cisions maintiennent une ouverture d\u2019Amazon pour d\u00e9livrer des produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 (sant\u00e9, nourriture\u2026). Ce crit\u00e8re est tir\u00e9 de l\u2019<a href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006072665&amp;idArticle=LEGIARTI000041747466&amp;dateTexte=&amp;categorieLien=cid\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">article L 3131\u201315, 5\u00b0 du code de la sant\u00e9 publique<\/a>, dans sa r\u00e9daction r\u00e9sultant de la loi n\u00b0 2020\u2013290 du 23 mars 2020 d\u2019 urgence pour faire face a l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Covid\u201319, aux termes duquel : \u00ab Le Premier ministre peut, par d\u00e9cret r\u00e9glementaire\u2026 5\u00b0 Ordonner la fermeture provisoire d\u2019une ou plusieurs cat\u00e9gories d\u2019\u00e9tablissements recevant du public ainsi que des lieux de r\u00e9union, \u00e0 l\u2019exception des \u00e9tablissements fournissant des biens ou des services de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 ; \u00bb. Ce crit\u00e8re n\u2019a donc strictement rien \u00e0 voir avec l\u2019affaire d\u2019Amazon puisqu\u2019une telle d\u00e9cision appartient aux autorit\u00e9s et suppose un acte r\u00e9glementaire : peut-\u00eatre s\u2019agit-il, dans l\u2019esprit des juges, de limiter les effets d\u2019une d\u00e9cision, par ailleurs tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re, qui aurait conduit \u00e0 la fermeture de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>1.2. En ce qui concerne l\u2019association du CSE, il convient de souligner d\u2019embl\u00e9e qu\u2019aucune disposition l\u00e9gale n\u2019impose la consultation pr\u00e9alable des institutions repr\u00e9sentatives du personnel avant la r\u00e9daction ou la mise \u00e0 jour du DUER, comme l\u2019a soulign\u00e9 le juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Lille dans son ordonnance du 24 avril 2020 concernant Carrefour (p.7).<\/p>\n<p>Seule une <a href=\"http:\/\/circulaire.legifrance.gouv.fr\/pdf\/2009\/04\/cir_1951.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">circulaire de la DRT n\u00b0 2002\u20136 du 18 avril 2002<\/a> \u00e9nonce que l\u2019\u00e9valuation des risques constitue un v\u00e9ritable travail d\u2019analyse des modalit\u00e9s d\u2019exposition des salari\u00e9s \u00e0 des dangers ou \u00e0 des facteurs de risques et qu\u2019elle trouve sa raison d\u2019\u00eatre dans les actions de pr\u00e9vention et d\u2019\u00e9limination des risques qu\u2019elle va susciter et que cette approche \u00ab <strong><em>doit \u00eatre men\u00e9e en liaison avec les instances repr\u00e9sentatives du personnel, de fa\u00e7on \u00e0 favoriser le dialogue social, en constituant un facteur permanent de progr\u00e8s au sein de l\u2019entreprise<\/em><\/strong> \u00bb.<\/p>\n<p>Comme sur le point pr\u00e9c\u00e9dent, les juges, s\u2019appuyant sur cette circulaire, attachent une grande importance \u00e0 l\u2019association du CSE \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du DUER.<\/p>\n<p>Ainsi le juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Nanterre, dans l\u2019affaire Amazon, relevant que l\u2019entreprise ne verse aux d\u00e9bats aucun proc\u00e8s-verbal de r\u00e9union du CSE ni du CSE central depuis le d\u00e9but de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, en d\u00e9duit \u00ab <em>qu\u2019il y a d\u00e8s lors lieu de consid\u00e9rer que les instances repr\u00e9sentatives du personnel n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 associ\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9valuation des risques que la direction aurait men\u00e9e<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Dans son ordonnance, le juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Paris, note en ce qui concerne La Poste : \u00ab <em>enfin, il n\u2019est effectivement pas contestable que la soci\u00e9t\u00e9 La Poste a d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale adopt\u00e9 l\u2019ensemble de ses mesures de pr\u00e9caution et de pr\u00e9vention, d\u2019une part en appliquant et compl\u00e9tant concr\u00e8tement et localement les diverses directives et recommandations des pouvoirs publics et les autorit\u00e9s sanitaires, d\u2019autre part, en se concertant avec les CHSCT ou les CNSST, organes naturellement comp\u00e9tents en mati\u00e8re de sant\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9 au travail, et en prenant des avis aupr\u00e8s du M\u00e9decin coordinateur du service de sant\u00e9 au travail et de son groupe de r\u00e9flexion pr\u00e9cit\u00e9 constitu\u00e9 de quinze m\u00e9decins<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Deux jugements ont pouss\u00e9 plus loin l\u2019analyse :<\/p>\n<ul>\n<li>la cour d\u2019appel de Versailles dans son arr\u00eat concernant Amazon a mis l\u2019accent sur la comp\u00e9tence du CSE central : \u00ab<em> par cons\u00e9quent, il appartenait \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Amazon de consulter le CSE central dans le cadre de l\u2019\u00e9valuation des risques\u2013comprenant la modification du DUER\u2013puis la mise en \u0153uvre des mesures appropri\u00e9es, sans pour autant ignorer les CSE d\u2019 \u00e9tablissements lesquels, dans le cadre de cette d\u00e9marche d\u2019\u00e9valuation, devaient \u00eatre consult\u00e9s et associ\u00e9s en leur qualit\u00e9 de repr\u00e9sentants des salari\u00e9s<\/em> \u00bb ;<\/li>\n<li>le juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Lille dans son ordonnance concernant la soci\u00e9t\u00e9 Carrefour, apr\u00e8s avoir relev\u00e9 que le CSE n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 consult\u00e9 sur la mise \u00e0 jour du DUER, ajoute\u00a0: \u00ab <em>Cela \u00e9tant, il convient d\u2019appr\u00e9cier, notamment au regard des crit\u00e8res du r\u00e9f\u00e9r\u00e9 et des dispositions du code du travail ci-dessus rappel\u00e9es, si le fait de ne pas avoir associ\u00e9 en amont les repr\u00e9sentants du personnel \u00e0 la mise \u00e0 jour du DUER a conduit l\u2019employeur \u00e0 faire une mauvaise appr\u00e9ciation des risques li\u00e9s au covid\u201319 et ainsi \u00e0 ne pas prendre des mesures n\u00e9cessaires telle que la fermeture des rayons non essentiels, seul manquements reproch\u00e9 par la CGT au magasin Carrefour de Lomme<\/em> \u00bb. Dans son dispositif, le tribunal a rejet\u00e9 la demande de la CGT de fermeture des rayons autres que l\u2019alimentaire, l\u2019hygi\u00e8ne, la parapharmacie et la papeterie \u2013 \u00e9cartant ainsi le raisonnement tenu par le juge dans l\u2019affaire Amazon\u2013mais a ordonn\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Carrefour hypermarch\u00e9s de proc\u00e9der \u00e0 la mise \u00e0 jour du document unique d\u2019\u00e9valuation des risques professionnels en y associant en amont le CSE d\u2019\u00e9tablissement.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>2. La notion de risque biologique, qui ne vise que certaines cat\u00e9gories de salari\u00e9s bien d\u00e9termin\u00e9es, doit \u00eatre mani\u00e9e avec beaucoup de prudence, sous peine de se retourner contre l\u2019employeur<\/strong><\/p>\n<p>2.1. Aux termes de l\u2019<a href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000548724\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">arr\u00eat\u00e9 du 18 juillet 1994 fixant la liste des agents biologique pathog\u00e8nes<\/a>, le covid\u201319 doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un agent biologique pathog\u00e8ne du groupe II au titre des \u00ab\u00a0autres Coronovidae \u00bb.<\/p>\n<p>Aux termes de l\u2019<a href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000018530512&amp;cidTexte=LEGITEXT000006072050&amp;dateTexte=20080501\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">article R 4421\u20131 du code du travail<\/a> : \u00ab <em>Les dispositions du pr\u00e9sent titre sont applicables dans les \u00e9tablissements dans lesquels la nature de l\u2019activit\u00e9 peut conduire \u00e0 exposer les travailleurs \u00e0 des agents biologiques.<\/em><br \/>\n<em>Toutefois, les dispositions des articles R 4424\u20132, R 4424\u20133, R 4424\u20137 \u00e0 R 4424-10, R 4425\u20136 et R 4425\u20137 <strong>ne sont pas applicables lorsque l\u2019activit\u00e9, bien qu\u2019elle puisse conduire \u00e0 exposer des travailleurs, n\u2019implique pas normalement l\u2019utilisation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d\u2019un agent biologique et que l\u2019\u00e9valuation des risques pr\u00e9vue au chapitre III ne met pas en \u00e9vidence de risques sp\u00e9cifiques<\/strong><\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Selon le questions-r\u00e9ponses publi\u00e9 par le minist\u00e8re du Travail, il r\u00e9sulte de ces dispositions que peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme expos\u00e9s aux risques biologiques :<\/p>\n<ul>\n<li>les professionnels syst\u00e9matiquement expos\u00e9s aux risques de contamination du virus du fait de la nature de leur activit\u00e9 (exemple : professionnels de la recherche, de la sant\u00e9 et des secours) ;<\/li>\n<li>mais aussi les travailleurs dont les fonctions les exposent \u00e0 un risque sp\u00e9cifique, m\u00eame si l\u2019activit\u00e9 de leur entreprise n\u2019implique pas l\u2019utilisation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d\u2019un agent biologique : cette situation peut notamment concerner les travailleurs du secteur des soins ou de l\u2019aide \u00e0 domicile ou des services \u00e0 la personne d\u00e8s lors que leur t\u00e2che implique des contacts de moins d\u2019un m\u00e8tre avec des personnes potentiellement contamin\u00e9es (exemple : toilettes, habillage, nourriture).<\/li>\n<\/ul>\n<p>En dehors de ces deux cat\u00e9gories de salari\u00e9s, il n\u2019y aurait pas lieu d\u2019appliquer la r\u00e9glementation complexe des risques biologiques.<\/p>\n<p>2.2. Les quatre jugements de Lille montrent que, n\u00e9anmoins, si l\u2019entreprise mentionne le risque biologique dans le DUER, le juge est fond\u00e9 \u00e0 en d\u00e9duire l\u2019existence d\u2019un risque sp\u00e9cifique et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019appliquer int\u00e9gralement la r\u00e9glementation des risques biologiques.<\/p>\n<p>Dans son ordonnance du 14 avril 2020 relative au magasin Carrefour Market, le juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s, apr\u00e8s avoir cit\u00e9 l\u2019article R 4421\u20131 du code du travail, indique : \u00ab <em>Or, l\u2019activit\u00e9 de vente de d\u00e9tail de marchandises dans un \u00e9tablissement aupr\u00e8s de particuliers n\u2019implique pas l\u2019utilisation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d\u2019un agent biologique.<\/em><br \/>\n<em>Pour autant, l\u2019inspection du travail verse aux d\u00e9bats une mise \u00e0 jour du document unique d\u2019\u00e9valuation des risques professionnels ( DUERP) du site Carrefour Market de Villeneuve-d\u2019Ascq qui identifie un risque biologique sp\u00e9cifique li\u00e9 au secteur \u00ab tous postes \u00bb, activit\u00e9s \u00ab Relations client\u00e8le\u2013vente\u2013mise en rayon\u2013r\u00e9ception \u00bb li\u00e9 au risque biologique<\/em> \u00bb.<br \/>\nLe juge en a d\u00e9duit que la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait tenue de respecter les r\u00e8gles de pr\u00e9vention des risques biologiques pr\u00e9vues au code du travail, qui ne sont pas forc\u00e9ment bien adapt\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Dans l\u2019affaire de la soci\u00e9t\u00e9 Carrefour hypermarch\u00e9s, le juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Lille, dans son ordonnance du 24 avril 2020, a constat\u00e9, de la m\u00eame fa\u00e7on, que \u00ab <em>l\u2019activit\u00e9 de vente de d\u00e9tails de marchandises dans un hypermarch\u00e9 n\u2019implique pas l\u2019utilisation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d\u2019agents biologiques.<\/em><br \/>\n<em>Toutefois, le document unique d\u2019\u00e9valuation des risques du magasin Carrefour Lomme, mis \u00e0 jour le 7 avril 2020, identifie un risque biologique li\u00e9 aux activit\u00e9s de relation client\u00e8le, client\u00e8le, vente, mise en rayon et r\u00e9ception exposant \u00e0 une situation de danger caract\u00e9ris\u00e9e par une contamination virale type Covid\u201319<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Il en d\u00e9duit que la soci\u00e9t\u00e9 Carrefour hypermarch\u00e9s est oblig\u00e9e de respecter toutes les r\u00e8gles de pr\u00e9vention des risques biologiques pr\u00e9vues par le code du travail.<\/p>\n<p>Dans une ordonnance du 5 mai 2020 concernant Carrefour Market, le juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Lille a un peu att\u00e9nu\u00e9 la rigueur de ce raisonnement\u00a0: apr\u00e8s avoir relev\u00e9 que s\u2019il est constant que l\u2019activit\u00e9 de commerce de la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019implique pas normalement l\u2019utilisation d\u2019un agent biologique, le jugement constate que soci\u00e9t\u00e9 a elle-m\u00eame vis\u00e9 un risque sp\u00e9cifique en raison de la pand\u00e9mie de COVID 19 dans son document unique d\u2019\u00e9valuation des risques et que, ce faisant, elle s\u2019est soumise \u00e0 la r\u00e9glementation relative \u00e0 la pr\u00e9vention des risques biologiques.<\/p>\n<p>Le jugement constate toutefois que certains des articles de cette r\u00e8glementation indiquent express\u00e9ment s\u2019appliquer \u00e0 des activit\u00e9s d\u00e9termin\u00e9es, comme les laboratoires (articles R. 4424-9 et R. 4424-10) ou les \u00e9tablissements et services participant \u00e0 la pr\u00e9vention et aux soins dans les \u00e9tablissements pratiquant des soins de conservation (article R. 4424-11) ou visent des activit\u00e9s qui, par essence, impliquent l\u2019utilisation ou la manipulation d\u2019agents biologiques (laboratoires) ou leur pr\u00e9sence dans le milieu concern\u00e9 (milieu hospitalier) (articles R. 4424-4 et R. 4424-5 du Code du travail).<br \/>\nCes textes ne peuvent s\u2019appliquer \u00e0 une entreprise ayant une activit\u00e9 commerciale, qui ne peut d\u00e8s lors \u00eatre soumise qu\u2019aux dispositions g\u00e9n\u00e9rales du Code du travail relatives \u00e0 la pr\u00e9vention des risques biologiques.<br \/>\nCompte tenu de cette jurisprudence, qui est en r\u00e9alit\u00e9 contraire \u00e0 la lettre et \u00e0 l\u2019esprit de l\u2019article R 4421\u20131 du code du travail, <strong>les entreprises doivent \u00eatre extr\u00eamement vigilantes et ne pas mentionner dans le document unique d\u2019\u00e9valuation des risques (DUER) les risques biologiques lorsqu\u2019il n\u2019y a pas de salari\u00e9s expos\u00e9s \u00e0 ce risque au sens de l\u2019article R 4421\u20131 du code du travail<\/strong>.<\/p>\n<h4><strong>3. Sur le fond, les juges attendent des entreprises que, sur la base d\u2019une analyse m\u00e9thodique des risques, elles adoptent un plan d\u2019ensemble, int\u00e9grant les consignes gouvernementales, qui soit aussi complet que possible, coh\u00e9rent et visible<\/strong><\/h4>\n<p>Sur les six jugements rendus, deux seulement ont estim\u00e9 que le plan de pr\u00e9vention mis en \u0153uvre par les entreprises r\u00e9pondait aux exigences l\u00e9gales.<\/p>\n<p><strong>3.1. Le premier est l\u2019ordonnance du 24 avril 2020 du juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Lille concernant la soci\u00e9t\u00e9 Carrefour hypermarch\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p>Le tribunal a relev\u00e9 <strong>14 mesures de pr\u00e9vention<\/strong> prises par Carrefour dont les principales sont :<\/p>\n<ul>\n<li>la r\u00e9daction d\u2019un plan d\u2019activit\u00e9 afin de d\u00e9finir les structures minimales et les rayons prioritaires ;<\/li>\n<li>la mise en place d\u2019un processus de gestion des collaborateurs en cas de coronavirus ;<\/li>\n<li>le filtrage des entr\u00e9es et sorties des clients par des sas \u00e9quip\u00e9s de barri\u00e8res, la consigne \u00e9tant de faire entrer un client \u00e0 la fois sans enfant ;<\/li>\n<li>la distribution de gel dans de petits flacons rechargeables \u00e0 tous les employ\u00e9s ;<\/li>\n<li>le marquage au sol afin de respecter les distances de s\u00e9curit\u00e9 ;<\/li>\n<li>le nettoyage des caisses, scannettes, paniers plusieurs fois par jour ;<\/li>\n<li>l\u2019installation de plexiglas une caisse sur deux ;<\/li>\n<li>la mise \u00e0 disposition de casquettes avec des visi\u00e8res de protection pour les employ\u00e9s qui le souhaitent ;<\/li>\n<li>la distribution de masques aux employ\u00e9s qui le souhaitent (deux par jour).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Selon l\u2019ordonnance, \u00ab\u00a0<em>ces diff\u00e9rentes mesures sont des d\u00e9clinaisons pratiques et concr\u00e8tes des gestes barri\u00e8re et mesures de distanciation sociale pr\u00e9conis\u00e9es par les pouvoirs publics et les autorit\u00e9s sanitaires<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 Carrefour hypermarch\u00e9s tient, en outre, un \u00ab Journal de bord hyper \u00bb qui d\u00e9crit toutes les mesures arr\u00eat\u00e9es depuis le 4 mars 2020. Le magasin carrefour de Lomme tient son propre journal de bord intitul\u00e9 \u00ab Journal de bord Covid\u201319 \u00bb.<\/p>\n<p><strong>3.2. Le second est l\u2019ordonnance du 9 avril 2020 du juge des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Paris concernant La Poste.<\/strong><\/p>\n<p>Le tribunal a relev\u00e9 que La Poste avait mis en \u0153uvre <strong>33 mesures de pr\u00e9vention<\/strong>, dont les principales sont :<\/p>\n<ul>\n<li>la mise en place des premi\u00e8res mesures barri\u00e8re de pr\u00e9vention et d\u2019information des postiers en janvier 2020 ;<\/li>\n<li>la commande de 150 000 flacons de gel hydroalcoolique en janvier 2020 ;<\/li>\n<li>la d\u00e9tention d\u2019un stock de 486 000 lots de 50 masques chirurgicaux en janvier 2020 ;<\/li>\n<li>L\u2019interdiction de tous les d\u00e9placements professionnels vers la Chine d\u00e8s le 25 janvier 2020 ;<\/li>\n<li>la mise en place d\u2019une cellule de crise d\u00e9but f\u00e9vrier 2020 ;<\/li>\n<li>la cr\u00e9ation d\u2019un groupe de 15 m\u00e9decins r\u00e9f\u00e9rents au sein du groupe d\u00e9but f\u00e9vrier 2020 ;<\/li>\n<li>en ce qui concerne la branche r\u00e9seau, l\u2019\u00e9laboration d\u2019une note afin de prot\u00e9ger les postiers et les clients, avec g\u00e9n\u00e9ralisation d\u2019exp\u00e9riences locales de mise en place d\u2019un plexiglas le 5 mars 2020 ;<\/li>\n<li>le placement de plus de 40 000 agents postaux en t\u00e9l\u00e9travail le 16 mars 2020 ;<\/li>\n<li>pour la branche R\u00e9seau, le recentrage des activit\u00e9s sur 1600 bureaux d\u00e9finis comme prioritaires, au lieu de 7800 en temps normal, le 17 mars 2020 ;<\/li>\n<li>pour la branche Service Courrier Colis, la modification des rythmes de distribution et du temps de travail de chaque agent ramen\u00e9 \u00e0 trois jours travaill\u00e9s par semaine, le 23 mars 2020.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le juge a estim\u00e9 que toutes ces mesures adopt\u00e9es par La Poste \u00ab <em>apparaissent suffisamment substantielles, vari\u00e9es et concr\u00e8tes tout en se montrant ais\u00e9ment adapt\u00e9es et d\u00e9clinables aux divers \u00e9chelons locaux et en s\u2019ins\u00e9rant dans le cadre l\u00e9gal de l\u2019obligation sp\u00e9cifique de sant\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9vue aux dispositions de l\u2019article L 4121\u20132 du code du travail<\/em> \u00bb. Il a \u00e9galement relev\u00e9 que \u00ab\u00a0<em>La Poste a, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, adopt\u00e9 l\u2019ensemble de ses mesures de pr\u00e9caution et de pr\u00e9vention, d\u2019une part en appliquant et compl\u00e9tant, concr\u00e8tement et localement, les diverses directives et recommandations des pouvoirs publics et des autorit\u00e9s sanitaires, d\u2019autre part, en se concertant avec les CHSCT ou les CNSST, organes naturellement comp\u00e9tents en mati\u00e8re de sant\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9 au travail, et en prenant des avis aupr\u00e8s du m\u00e9decin coordinateur du service de sant\u00e9 au travail et de son groupe de r\u00e9flexions constitu\u00e9 de 15 m\u00e9decins<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Le juge a seulement ordonn\u00e9 \u00e0 La Poste d\u2019\u00e9laborer un document unique d\u2019\u00e9valuation des risques (DUER) \u00ab <em>\u00e0 des fins d\u2019information de son personnel<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Si le plan de pr\u00e9vention de La Poste appara\u00eet, \u00e0 bien des \u00e9gards, comme exemplaire, il se traduit n\u00e9anmoins par une r\u00e9duction sensible du service public puisque 6200 bureaux de poste sont ferm\u00e9s et que les courriers et les colis ne sont plus distribu\u00e9s que trois fois par semaine.<\/p>\n<p><strong>Quelles le\u00e7ons tirer de ces sept jugements, dont deux sont entach\u00e9s d\u2019une contradiction entre les motifs et le dispositif (affaire Amazon), dont deux sont entach\u00e9s d\u2019une erreur de droit sur les risques biologiques (affaires Carrefour Market et Carrefour hypermarch\u00e9s) et dont deux ont reconnu les efforts de l\u2019entreprise pour d\u00e9finir un plan de pr\u00e9vention complet et coh\u00e9rent (affaires Carrefour hypermarch\u00e9s et La Poste) ?<\/strong><\/p>\n<p>Le constat fondamental qui s\u2019impose est que les entreprises, comme les pouvoirs publics et comme les particuliers, sont dans le brouillard face \u00e0 ce virus dont on ne sait presque rien, m\u00eame s\u2019il est connu depuis 1970.<\/p>\n<p>Dans le brouillard juridique, comme en montagne, la sagesse et le bon sens commandent de rester unis et solidaires : pour d\u00e9finir une politique de pr\u00e9vention efficace, qui prot\u00e8ge les salari\u00e9s et prot\u00e8ge \u00e9galement l\u2019employeur sur le plan de sa responsabilit\u00e9, il est n\u00e9cessaire d\u2019instaurer un vrai dialogue avec les institutions repr\u00e9sentatives du personnel, dans l\u2019esprit de la <a href=\"http:\/\/circulaire.legifrance.gouv.fr\/pdf\/2009\/04\/cir_1951.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">circulaire de la DRT 2002\u20136 du 18 avril 2002<\/a>, et avec les organisations syndicales. Un dialogue \u2013 pas une consultation \u2013 qui permette de d\u00e9finir un plan de pr\u00e9vention, int\u00e9grant les consignes gouvernementales, qui soit aussi complet et coh\u00e9rent que possible au regard de l\u2019activit\u00e9 de l\u2019entreprise.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Olivier Dutheillet de Lamothe, Avocat Associ\u00e9, CMS Francis Lefebvre Avocats TJ de Lille, Ordonnance de r\u00e9f\u00e9r\u00e9 du 3 avril 2020, n\u00b0 RG 20\/OO38O, Association Adar Flandres M\u00e9tropole TJ de Paris, Ordonnance de r\u00e9f\u00e9r\u00e9 du 9 avril 2020, n\u00b0 RG 20\/52223, La Poste TJ de Lille, Ordonnance de r\u00e9f\u00e9r\u00e9 du 14 avril 2020, n\u00b0 RG<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":20682,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[819],"tags":[],"class_list":["post-20681","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-justice"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20681","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20681"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20681\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20682"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20681"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20681"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20681"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}