{"id":21979,"date":"2021-01-01T10:03:43","date_gmt":"2021-01-01T14:03:43","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=21979"},"modified":"2021-01-01T10:03:43","modified_gmt":"2021-01-01T14:03:43","slug":"deux-origines-un-seul-objet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/deux-origines-un-seul-objet\/","title":{"rendered":"DEUX ORIGINES, UN SEUL OBJET"},"content":{"rendered":"<p><b>Rep\u00e9r\u00e9 sur Le progressiste.<br \/>\n<\/b><\/p>\n<p><b>Nous publions un texte de notre regrett\u00e9 Edouard de L\u00e9pine publi\u00e9 en 2017 en hommage \u00e0 Camille Darsi\u00e8res d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 14 D\u00e9cembre 2006. \u00a0Cet hommage \u00e0 Camille Darsi\u00e8res a une double origine. C\u2019est d\u2019abord une r\u00e9ponse \u00e0 une pr\u00e9occupation imm\u00e9diate. R\u00e9action \u00e0 chaud \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement qui nous a tous surpris par sa brutalit\u00e9 : la mort de Camille, le 14 d\u00e9cembre 2006. C\u2019est une longue r\u00e9plique \u00e0 la courte r\u00e9ponse du seul camarade qui ait exprim\u00e9 par \u00e9crit un avis sur des propositions faites pour la p\u00e9rennisation de la m\u00e9moire<\/b><\/p>\n<hr \/>\n<p>Mais c\u2019est aussi le point de d\u00e9part d\u2019un projet con\u00e7u du vivant de Camille : un court article pour le Dictionnaire Biographique du ouvrier fran\u00e7ais de Maitron et une brochure sur l\u2019histoire du PPM pour un cours de formation politique. Il me semblait qu\u2019il fallait saisir l\u2019occasion de sa disparition, pour dire deux ou trois choses, en g\u00e9n\u00e9ral assez mal connues, en particulier de nos jeunes camarades mais aussi du grand public.<br \/>\nApr\u00e8s une \u00e9bauche rapide, \u00a0fin d\u00e9cembre \u00a0 2006-janvier 2007, \u00a0 j\u2019ai laiss\u00e9 tomber ce projet. Cela ne semblait pas dans l\u2019air du temps. Nous avions d\u2019autres pr\u00e9occupations imm\u00e9diates, les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles et les l\u00e9gislatives en 2007, la pr\u00e9paration des municipales et des cantonales pour 2008, sans parler de la gestion de menus probl\u00e8mes domestiques, n\u00e9s de la scission de 2006. J\u2019ai eu tort.<br \/>\nJ\u2019ai repris ce travail le 19 mai 2007, comme suite \u00e0 un appel t\u00e9l\u00e9phonique, presque d\u2019un rappel \u00e0 l\u2019ordre, de notre camarade Lucienne Notte. Lucienne connaissait Camille autant que moi, notre profonde amiti\u00e9 et nos r\u00e9elles divergences. Elle me rappelait que c\u2019\u00e9tait le 75e anniversaire de la naissance de Camille et me demandait si j\u2019avais pr\u00e9vu quelque chose et o\u00f9 en \u00e9tait le travail dont je lui avais parl\u00e9 sur notre ami. Je n\u2019avais aucune qualit\u00e9 pour pr\u00e9voir quoi que ce soit \u00e0 cette occasion. Mais, \u00e0 ma tr\u00e8s grande honte, j\u2019ai d\u00fb avouer \u00e0 cette camarade que je n\u2019y pensais plus, que ce que je pouvais avoir \u00e0 dire, moi, de Camille, n\u2019int\u00e9ressait d\u2019ailleurs plus grand monde. Cependant, cela me tracassait. J\u2019ai interrog\u00e9 deux ou trois copains proches de Camille. Ils partageaient l\u2019avis de Lucienne : je devais achever ce que j\u2019avais commenc\u00e9. J\u2019ai repris mon texte, en pensant l\u2019int\u00e9grer dans un cours de formation politique pour le balisier du Robert auquel appartenait le seul camarade qui e\u00fbt daign\u00e9 me r\u00e9pondre par \u00e9crit. Ce balisier avait d\u2019autres soucis.<br \/>\nJe n\u2019ai finalement achev\u00e9 ce travail qu\u2019apr\u00e8s la mort de C\u00e9saire, autrement dit pr\u00e8s de seize mois apr\u00e8s l\u2019avoir commenc\u00e9, sans bouleverser l\u2019\u00e9conomie g\u00e9n\u00e9rale du texte. Sauf un court passage sur les n\u00e9os-bissettistes, ajout\u00e9 en juillet 2008, quand j\u2019ai appris que le SERMAC avait programm\u00e9 un hommage qui n\u2019osait pas dire son nom \u00e0 Cyrille Bissette, au premier festival Culturel de la ville de Fort-de- France, ayant suivi l\u2019enterrement de C\u00e9saire.<br \/>\nQuand, apr\u00e8s une br\u00e8ve r\u00e9union avec des camarades du balisier Solidarit\u00e9 du Robert, j\u2019avais propos\u00e9 d\u2019adresser au Bureau Politique du PPM, quelques propositions pour honorer la m\u00e9moire de Camille, il n\u2019y avait eu aucune opposition. Tous les camarades paraissaient enthousiastes, sauf un.<br \/>\nUn seul camarade n\u2019\u00e9tait pas de notre avis. Non sur le fond, mais sur les modalit\u00e9s et le timing de cet hommage. Il le dit avec la franchise qui sied aux camarades d\u2019une organisation progressiste. Il me contraignait ainsi,(sanslesavoir?)\u00e0justifierpluss\u00e9rieusement mes propositions. Il m\u2019obligeait \u00e0 rassembler des r\u00e9flexions \u00e9parses qui tra\u00eenaient dans divers carnets de notes. R\u00e9flexions au jour le jour, accumul\u00e9es sans ordre au cours d\u2019une longue fr\u00e9quentation de Camille. Une fr\u00e9quentation beaucoup plus longue que le quart de si\u00e8cle, ou presque, que j\u2019ai pass\u00e9 \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s au PPM.<br \/>\nJe ne pensais pas alors \u00e9crire plus de deux ou trois pages. Chemin faisant, je me suis rendu compte que j\u2019avais beaucoup plus \u00e0 dire, m\u00eame en ne m\u2019adressant qu\u2019\u00e0 un jeune militant, plus tout jeune d\u2019ailleurs, sinon par la date de son adh\u00e9sion au Parti. Mais, comme moi, ancien membre du PCM, il avait eu un parcours politique assez comparable au mien. Cela cr\u00e9e des liens et des r\u00e9flexes dont on se lib\u00e8re difficilement, en tout cas beaucoup moins facilement qu\u2019on ne le croit.<br \/>\n\u00c0 l\u2019\u00e9poque, lointaine, de mon appartenance au PCF ou au PCM et, apparemment, \u00e0 la sienne encore, l\u2019intervention militante supposait une curiosit\u00e9 quasi insatiable, une soif et une volont\u00e9 de conna\u00eetre inextinguibles. D\u2019o\u00f9 un effort permanent de mise \u00e0 jour, de formation personnelle, de lectures, de confrontation, de d\u00e9bats, souvent difficiles[[2]] url:#_ftn2 , parfois m\u00eame houleux, mais finalement toujours f\u00e9conds entre camarades de g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes, d\u2019exp\u00e9riences, de sensibilit\u00e9s et de pr\u00e9occupations diff\u00e9rentes mais anim\u00e9s du m\u00eame souci de faire avancer le pays et en premier lieu ce que nous appelions avec autant de tendresse que de na\u00efvet\u00e9, \u00ab la classe ouvri\u00e8re \u00bb. Je crains que ce temps-l\u00e0 ne soit d\u00e9finitivement pass\u00e9 et je le regrette.<br \/>\nMais comment faire progresser son parti en en ignorant son pass\u00e9 ? Au PPM, nous avons pris dans le domaine de la formation des militants un retard consid\u00e9rable. Ce retard existe depuis tr\u00e8s longtemps. Sauf au cours d\u2019une br\u00e8ve p\u00e9riode, 1970-1978, pour laquelle on peut suivre assez r\u00e9guli\u00e8rement dans le Progressiste l\u2019\u00e9volution du programme de formation : p\u00e9riodicit\u00e9, sujets trait\u00e9s, en tout cas inscrits \u00e0 l\u2019ordre du jour, notamment sur la question nationale, ce probl\u00e8me n\u2019a jamais tenu une place centrale dans nos pr\u00e9occupations, malgr\u00e9 les appels ou les rappels fr\u00e9quents de Camille et de C\u00e9saire.<br \/>\nLa situation s\u2019est sans doute aggrav\u00e9e ces derniers temps. La nouveaut\u00e9, la multiplicit\u00e9 et la complexit\u00e9 des d\u00e9fis auxquels sont confront\u00e9s les militants, souvent r\u00e9cemment venus \u00e0 la politique, exigent un effort sans pr\u00e9c\u00e9dent de rigueur dans la mise en place d\u2019un syst\u00e8me coh\u00e9rent de formation : v\u00e9rification des acquis, \u00e9valuation des besoins, publication de textes \u00e0 d\u00e9faut de livres, de BI (Bulletins Int\u00e9rieurs), \u00e9laboration d\u2019un plan adapt\u00e9 au niveau des camarades et aux exigences les plus imm\u00e9diates de la p\u00e9riode. Peu apr\u00e8s notre arriv\u00e9e au Parti en octobre 1982, Christian Louise-Alexandrine, \u00e0 la demande de Camille Darsi\u00e8res, avait \u00e9labor\u00e9 un plan de formation dont je tiens l\u2019original (manuscrit) \u00e0 la disposition de camarades int\u00e9ress\u00e9s. Ce plan tr\u00e8s ambitieux, peut-\u00eatre trop, ne correspondait pas \u00e0 la demande.<br \/>\nCamille avait une tr\u00e8s haute id\u00e9e de la fonction de formateur, m\u00eame s\u2019il a pu lui arriver de manifester une incroyable indulgence pour des bluffeurs, pourvu qu\u2019ils fussent capables de faire semblant de conna\u00eetre C\u00e9saire et de lui vouer un attachement par ailleurs probablement tr\u00e8s sinc\u00e8re. J\u2019ai eu l\u2019occasion \u00e0 deux ou trois reprises, quelque temps avant sa mort, de lui signaler combien m\u2019inqui\u00e9tait notre situation dans ce domaine de la formation, le seul sur lequel il nous soit interdit de nous tromper. Je l\u2019ai fait au mois d\u2019octobre 2006, notamment \u00e0 propos de l\u2019invraisemblable ratage du 50e anniversaire de la Lettre \u00e0 Maurice Thorez, auquel il m\u2019avait paru accorder une importance majeure.<br \/>\nAu-del\u00e0 de la r\u00e9ponse faite dans cette brochure \u00e0 un camarade dont les intentions sont tout \u00e0 fait louables, mais dont la principale faiblesse me semble \u00eatre une tr\u00e8s grande ignorance du r\u00f4le jou\u00e9 par notre ancien<br \/>\nsecr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral dans le parti et dans le pays, il y a dans la p\u00e9rennisation de la m\u00e9moire de Camille Darsi\u00e8res un enjeu qui d\u00e9passe de loin sa personne et son parti. Dans la conjoncture actuelle, o\u00f9 \u00ab les Rastignac piaffant d\u2019impatience \u00bb ne sont pas moins dangereux que \u00ab les condottieres grisonnants[[3]]url:#_ftn3 \u00bb et parfois nostalgiques, il n\u2019est peut-\u00eatre pas sans int\u00e9r\u00eat de faire mieux conna\u00eetre un homme qui a marqu\u00e9 son temps, beaucoup plus qu\u2019on ne le croit et beaucoup plus qu\u2019il ne l\u2019a cru lui- m\u00eame.<br \/>\nPlus que l\u2019expression d\u2019une amiti\u00e9 qui n\u2019a strictement rien \u00e0 voir avec ce que l\u2019on a pris la d\u00e9testable manie d\u2019appeler un \u00ab devoir de m\u00e9moire \u00bb, plus qu\u2019une manifestation de reconnaissance \u00e9l\u00e9mentaire, il s\u2019agit d\u2019un devoir d\u2019histoire et de v\u00e9rit\u00e9 sur un camarade qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre \u00e9tudi\u00e9 et pas simplement d\u2019\u00eatre honor\u00e9, d\u2019\u00eatre compris et pas d\u2019\u00eatre flatt\u00e9 et, par-dessus tout, d\u2019\u00eatre respect\u00e9<br \/>\nUn projet qui vient de loin<br \/>\nLa r\u00e9ponse au seul camarade en d\u00e9saccord avec nous n\u2019a \u00e9t\u00e9 cependant qu\u2019un pr\u00e9texte. L\u2019id\u00e9e de faire un bon travail sur Camille me travaillait depuis quelque temps. En premier lieu pour compl\u00e9ter un ouvrage sur C\u00e9saire, en pr\u00e9paration depuis une bonne d\u00e9cennie. Il s\u2019agissait d\u2019un recueil de textes, parfois d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9s mais le plus souvent in\u00e9dits, \u00e9crits entre 1978 et 2006. Ce recueil devait s\u2019intituler \u00ab Nous sommes des nains sur les \u00e9paules d\u2019un g\u00e9ant, Aim\u00e9 C\u00e9saire -\u00bb. Nous esp\u00e9rions le faire sortir en octobre 2006 pour le cinquanti\u00e8me anniversaire de la lettre de C\u00e9saire \u00e0 Maurice Thorez. Des extraits en ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans Le Progressiste \u00e0 cette occasion. Les circonstances de ce cinquantenaire manqu\u00e9 nous ont amen\u00e9 \u00e0 en diff\u00e9rer la publication.<br \/>\nC\u2019est le hasard d\u2019une rencontre \u00e0 Paris, en mai 2006, avec le directeur du Dictionnaire Biographique du mouvement ouvrier de Maitron, Claude Pennetier, quelques mois avant la mort de Camille, qui a relanc\u00e9 ce projet. Je m\u2019\u00e9tais \u00e9tonn\u00e9, aupr\u00e8s de Claude Pennetier, de ne pas trouver dans le Maitron un seul article sur des hommes ou des femmes ayant marqu\u00e9 le mouvement ouvrier \u00e0 la Martinique. Et d\u2019abord sur C\u00e9saire, bien entendu. Mais aussi sur quelques uns de ses plus proches compagnons, le docteur Aliker et surtout un homme que je connaissais fort bien, un copain de plus de soixante ans, Camille Darsi\u00e8res. \u00ab Chiche, m\u2019avait-il dit. Tu me fais ce papier sur Darsi\u00e8res \u00bb.<br \/>\nCela tombait bien. Le directeur du Maitron se proposait justement d\u2019int\u00e9grer tous ceux et toutes celles qui ont compt\u00e9 dans le mouvement social antillais. Il m\u2019a envoy\u00e9 une liste de quelques dizaines de militants communistes martiniquais dont il avait relev\u00e9 les noms dans les archives de l\u2019ancien Institut Marx-Engels, \u00e0 Moscou. C\u00e9saire y figure (Dossier Moscou 240 2 dans le RGPI) parmi une cinquantaine de noms de militants (transcrits du cyrillique d\u2019o\u00f9 de nombreuses erreurs) c\u00e9l\u00e8bres ou moins connus, parmi lesquels Bissol, Bayardin, Brambant, Banidol, Berger, Constant, Duff\u00e9al, Gratiant, Gottin, Guitteaud, Lamon, Mauvois,M\u00e9nil,Nicolas,Sylvestre,Vanin,Vign\u00e9 etc&#8230;Iln\u2019avaitpasd\u00e9pouill\u00e9lesfiches,souvent sommaires, trouv\u00e9es dans ces archives.<br \/>\nIl souhaitait les compl\u00e9ter le plus vite possible et utiliser les notices du m\u00e9moire de ma\u00eetrise de C\u00e9cile Celma, Le Mouvement ouvrier \u00e0 la Martinique, 1919-1939, Toulouse, 1972) et tout ce que nous pourrions \u00e9ventuellement lui signaler.<br \/>\nIl voulait avoir le plus rapidement possible des \u00e9l\u00e9ments lui permettant de faire figurer le plus grand nombre possible d\u2019Antillais dans les prochaines \u00e9ditions du Maitron. Sur C\u00e9saire, il avait un gros pav\u00e9 d\u2019une dizaine de pages de Laurence Proteau[[6]]url:#_ftn6 , qu\u2019il devait ramener \u00e0 des dimensions plus raisonnables m\u00eame pour un Dictionnaire comme le Maitron. Il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 accueillir tout de suite un article sur Camille Darsi\u00e8res. Il m\u2019accordait 9 \u00e0 10 000 signes.<br \/>\nJ\u2019en ai parl\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 Camille. Il m\u2019a remerci\u00e9 gentiment. Mais il a estim\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait pas sa place dans un monument comme le Maitron, Il m\u2019a propos\u00e9 de faire plut\u00f4t un article sur Linas P\u00e9li\u00e8re, le premier g\u00e9rant du premier journal socialiste, Le Prol\u00e9taire, paru \u00e0 Saint Pierre en 1901. Je connaissais le journal mais je n\u2019avais jamais entendu parler de son g\u00e9rant que dans un discours de Camille . S\u2019il ne m\u2019avait pas propos\u00e9 de travailler avec moi \u00e0 cet article, j\u2019aurais vraiment cru qu\u2019il me charriait. Il me fit remarquer que le Maitron existait justement pour emp\u00eacher que ne tombent dans l\u2019oubli ceux qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9vou\u00e9s, en g\u00e9n\u00e9ral dans l\u2019anonymat, pour la cause des travailleurs. Je ne connaissais pas Linas ? C\u2019\u00e9tait une raison de plus de chercher \u00e0 le conna\u00eetre pour mieux le faire reconna\u00eetre par les travailleurs.<br \/>\nIl ne m\u2019a \u00e9videmment pas convaincu qu\u2019un papier sur Linas serait plus utile au mouvement ouvrier qu\u2019un article sur Darsi\u00e8res. Mais il a consolid\u00e9 mon sentiment qu\u2019un brillant avocat, ancien d\u00e9put\u00e9, ancien conseiller g\u00e9n\u00e9ral, ancien Pr\u00e9sident du Conseil R\u00e9gional, ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Parti d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire, un parti populaire par excellence, un<br \/>\nhomme de 74 ans qui pensait ainsi, apr\u00e8s 46 ann\u00e9es d\u2019activit\u00e9s politiques, ininterrompues, consacr\u00e9es \u00e0 la d\u00e9fense des plus pauvres et \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie et de travail des plus humbles, m\u00e9ritait largement sa place dans le Maitron.<br \/>\nJ\u2019ouvre ici une parenth\u00e8se pour indiquer le respect que Camille manifestait pour tous ses camarades. L\u2019une de ses qualit\u00e9s les plus remarquables, c\u2019est qu\u2019il ne laissait aucune demande, aucune lettre, aucun appel t\u00e9l\u00e9phonique sans r\u00e9ponse. Je ne connais gu\u00e8re que notre ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral (1967-1970), Rodolphe D\u00e9sir\u00e9, ancien s\u00e9nateur de la Martinique (1986-2004), maire et conseiller g\u00e9n\u00e9ral du Marin, qui respecte scrupuleusement cette r\u00e8gle jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 plusieurs fois stup\u00e9fait par la rapidit\u00e9 des r\u00e9actions de Camille \u00e0 une proposition ou \u00e0 une suggestion. Pendant son mandat de d\u00e9put\u00e9, ou tout simplement pendant des vacances \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ou&#8230; \u00e0 l\u2019Anse \u00e0 l\u2019\u00c2ne, il nous est arriv\u00e9 de correspondre quasiment en temps r\u00e9el, avec le d\u00e9calage horaire. Je lui adressais un mail \u00e0 deux heures du matin (8 heures du matin \u00e0 Paris), et j\u2019avais la r\u00e9ponse parfois avant d\u2019aller me coucher, au plus tard \u00e0 mon r\u00e9veil.<br \/>\nC\u2019est qu\u2019il consid\u00e9rait la moindre information et \u00e0, plus forte raison, la moindre contribution \u00e0 un d\u00e9bat comme digne d\u2019int\u00e9r\u00eat et susceptible de faire avancer le parti. Il ne faisait pas semblant. Il en \u00e9tait incapable. Sur ce point nous nous ressemblions assez. S\u2019il n\u2019\u00e9tait pas d\u2019accord, il le disait, parfois, avec une certaine brutalit\u00e9. Mais il \u00e9tait capable, de se rappeler trente ans ou quarante plus tard, que c\u2019est vous qui aviez raison.<br \/>\nC\u2019est \u00e0 cet incomparable ami fraternel que je d\u00e9die cette modeste contribution \u00e0 la comm\u00e9moration du onzi\u00e8me anniversaire de sa mort.<br \/>\nEdouard De L\u00c9PINE (in Le Progressiste. )<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rep\u00e9r\u00e9 sur Le progressiste. Nous publions un texte de notre regrett\u00e9 Edouard de L\u00e9pine publi\u00e9 en 2017 en hommage \u00e0 Camille Darsi\u00e8res d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 14 D\u00e9cembre 2006. \u00a0Cet hommage \u00e0 Camille Darsi\u00e8res a une double origine. C\u2019est d\u2019abord une r\u00e9ponse \u00e0 une pr\u00e9occupation imm\u00e9diate. 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