{"id":23332,"date":"2021-01-30T08:13:41","date_gmt":"2021-01-30T12:13:41","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=23332"},"modified":"2021-01-30T08:13:41","modified_gmt":"2021-01-30T12:13:41","slug":"acise-rencontre-avec-dominique-edouard-lagier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/acise-rencontre-avec-dominique-edouard-lagier\/","title":{"rendered":"ACISE : Rencontre avec Dominique Edouard LAGIER\u00a0\u2026"},"content":{"rendered":"<p><strong>25 ans au service des plus d\u00e9munis\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p><strong>Depuis 2002, l\u2019Association Citoyenne pour l\u2019Insertion Solidaire et Economique Samu social ou <em>ACISE<\/em> s\u2019est donn\u00e9 une mission : aider les Martiniquais rel\u00e9gu\u00e9s au banc de la soci\u00e9t\u00e9, ceux qui connaissent des conditions de vie extr\u00eames et qui parfois refusent cette aide. Avant tout, il s\u2019agit de leur proposer un toit et une nourriture aussi r\u00e9guliers que possible. Monsieur Dominique Edouard Lagier, Directeur de l\u2019ACISE et homme tr\u00e8s passionn\u00e9, a bien voulu nous \u00e9clairer sur cette association.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pouvez-nous nous parler de cette Association, cr\u00e9\u00e9e en 2002\u00a0? Qui sont les r\u00e9sidents\u00a0de l\u2019h\u00f4tel social, situ\u00e9 \u00e0 Fort-de-France ?<\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_23334\" aria-describedby=\"caption-attachment-23334\" style=\"width: 827px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/FB_IMG_1610125039913.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-23334\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/FB_IMG_1610125039913.jpg\" alt=\"\" width=\"827\" height=\"551\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/FB_IMG_1610125039913.jpg 600w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/FB_IMG_1610125039913-300x200.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 827px) 100vw, 827px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-23334\" class=\"wp-caption-text\">\u00ab Nous pensons qu\u2019aujourd\u2019hui, il y a des travailleurs sociaux, des professionnels, form\u00e9s de mani\u00e8re sp\u00e9cifique pour s\u2019occuper de ce public particulier. \u00bb<\/figcaption><\/figure>\n<p>A l\u2019origine, l\u2019ACISE avait pour objectif de prendre en charge les \u00ab\u00a0clochards\u00a0\u00bb et les toxicomanes de nos rues, nos villes et nos campagnes. A cette \u00e9poque, nous avions une mission imm\u00e9diate qui consistait en cela\u00a0: leur permettre d\u2019avoir acc\u00e8s aux soins et \u00e0 la nourriture. Il n\u2019\u00e9tait pas encore question de les h\u00e9berger mais qu\u2019ils se portent au mieux, sur le plan sanitaire, dans l\u2019environnement de la ville de Fort-de-France. Nous devions faire en sorte que ces personnes ne se d\u00e9gradent pas. Une grande dame, Marie-Rose Mauny, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e depuis, avait cr\u00e9\u00e9 l\u2019APEX, Association de Pr\u00e9vention et de l\u2019Exclusion Sociale, premi\u00e8re association structur\u00e9e pour prendre en charge ces populations vivant dans des conditions extr\u00eames. J\u2019ai donc rejoint Madame Mauny et nous avons travaill\u00e9 ensemble sur une nouvelle mani\u00e8re de prendre ces personnes en charge. Donc en fait, on pourrait dire que l\u2019ACISE est la\u00a0\u00ab\u00a0petite s\u0153ur\u00a0\u00bb ou la suite logique de cette association APEX, parce que justement comme il fallait \u00e9laborer des missions un peu plus structur\u00e9es, nous avons chang\u00e9 la gouvernance et l\u2019organisation associative.<\/p>\n<p>Notre association est n\u00e9e en 2002, gr\u00e2ce \u00e0 la volont\u00e9 de la ville de Fort-de-France, gr\u00e2ce \u00e0 Aim\u00e9 C\u00e9saire alors maire de la capitale. Il a mis un b\u00e2timent \u00e0 notre disposition, o\u00f9 se trouve l\u2019h\u00f4tel social aujourd\u2019hui, pour accueillir les Sans Domicile Fixe, les personnes en errance. Ainsi, ils pouvaient \u00eatre nourris, lav\u00e9s, habill\u00e9s et donc d\u2019\u00eatre vraiment pris en charge au niveau sanitaire. Mais malgr\u00e9 cet h\u00e9bergement d\u2019urgence, on a r\u00e9alis\u00e9 que cela ne suffisait pas. Nous nous sommes rendu compte que nous devions leur proposer de se poser, de se stabiliser, pour tenter avec elles une d\u00e9marche \u00e9volutive, pour ne pas les renvoyer dans la rue ensuite\u00a0! A l\u2019\u00e9poque, on ne pouvait h\u00e9berger que 5 personnes, \u00e9tant donn\u00e9 que la Direction D\u00e9partementale Affaires Sanitaires et Sociales de l\u2019\u00e9poque nous avait octroy\u00e9 un financement pour 5 places.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Screenshot_20210106-100900_Video-Player.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-23336\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Screenshot_20210106-100900_Video-Player.jpg\" alt=\"\" width=\"867\" height=\"390\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Screenshot_20210106-100900_Video-Player.jpg 600w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Screenshot_20210106-100900_Video-Player-300x135.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 867px) 100vw, 867px\" \/><\/a>Tr\u00e8s rapidement, le besoin s\u2019est fait sentir d\u2019augmenter le nombre de places et la DDASS nous a suivis. Le nombre de r\u00e9sidents est alors pass\u00e9 de 10 \u00e0 25 ! Nous devions convaincre ces personnes suffisamment pour qu\u2019elles acceptent de venir dormir dans un lit et avoir envie de continuer \u00e0 le faire ! On a bien compris que, pour elles, c\u2019\u00e9tait compliqu\u00e9 d\u2019installer leur vie dans la rue, de cohabiter dans un espace urbain et de se l\u2019approprier. Tr\u00e8s rapidement, nous avons r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019il fallait aller plus loin que l\u2019h\u00e9bergement d\u2019urgence. Nous avons donc cr\u00e9\u00e9 l\u2019h\u00e9bergement de stabilisation, pour que les personnes puissent dormir et y rester, pendant six mois, un an ou deux, le temps que leur situation globale change. Mais nous voulions davantage pour ces r\u00e9sidents. Nous avons alors cr\u00e9\u00e9 l\u2019accueil de jour, avec une \u00e9quipe m\u00e9dico-sociale, pour leur permettre de s\u2019inscrire dans une dynamique de prise en charge et d\u2019accompagnement socio-\u00e9ducative et sanitaire. Nous nous sommes rendu compte qu\u2019il y avait des personnes dans la rue que nous n\u2019arrivions pas \u00e0 toucher puisqu\u2019elles \u00e9taient \u00e9parpill\u00e9es un peu partout.<\/p>\n<p>Nous avons donc cr\u00e9\u00e9 le Samu social. L\u2019\u00e9quipe mobile avait pour objectif d\u2019aller \u00e0 la rencontre de ces personnes, quel que soit l\u2019endroit o\u00f9 elles se trouvaient. Elle a alors \u00e9tabli un lien avec elles, elle a commenc\u00e9 \u00e0 mettre en place une relation humaine, \u00e0 travers la parole, pour maintenir cette relation suffisamment longtemps et entrainer une adh\u00e9sion des d\u00e9munis vers une prise en charge. Nous sommes ensuite pass\u00e9s \u00e0 une organisation plus s\u00e9rieuse de prise en charge sanitaire. Ces personnes n\u2019avaient pas de protection sociale. Nous avons cr\u00e9\u00e9 cela pour que, d\u00e8s qu\u2019elles en avaient besoin, elles puissent \u00eatre vues et suivies par des m\u00e9decins, \u00e0 court ou \u00e0 moyen terme, pour que ces personnes, quand elles \u00e9taient malades ne se retrouvent plus dans la rue.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sidents de l\u2019h\u00f4tel social sont des personnes qui ont \u00e9t\u00e9 recueillies dans la rue, identifi\u00e9es, rep\u00e9r\u00e9es par le Samu social, qui ont accept\u00e9 de venir dans notre Centre d\u2019h\u00e9bergement et de le fr\u00e9quenter. Elles ont souhait\u00e9 s\u2019inscrire dans une d\u00e9marche globale d\u2019accompagnement. On ne peut rien faire sans leur accord. Les 80 personnes h\u00e9berg\u00e9es chez nous habitaient dans la rue et ont consid\u00e9r\u00e9 de mani\u00e8re d\u00e9termin\u00e9e que la rue n\u2019\u00e9tait plus leur espace naturel d\u2019existence. Elles ont accept\u00e9 de venir pour sortir de cette spirale d\u2019exclusion dans laquelle elles se trouvaient. Dans ce groupe de personnes, il y a une typologie sp\u00e9cifique particuli\u00e8re. Il y a des toxicomanes, des personnes souffrant de troubles du comportement ou malades mentaux, des personnes sortant d\u2019incarc\u00e9rations, des personnes qui sortent de rupture familiale. On accueille \u00e9galement celles qui se retrouvaient \u00e0 la rue et qui n\u2019avaient pas de lieu d\u2019h\u00e9bergement, des femmes (30 % environ) qui ont connu des conditions difficiles soit dans leur foyer initial, soit par rapport \u00e0 une situation de d\u00e9part d\u00e9savantageuse pour elles. Ces gens peuvent avoir connu l\u2019inceste, n\u2019avoir pas connu la s\u00e9curit\u00e9 n\u00e9cessaire pour s\u2019\u00e9panouir et ont v\u00e9cu des choses compliqu\u00e9es, difficiles au cours de leur vie.<\/p>\n<p>Il y a aussi des jeunes \u00e2g\u00e9s de dix-huit \u00e0 vingt ans, qui sortent d\u2019une prise en charge d\u2019aide sociale \u00e0 l\u2019enfance, car le syst\u00e8me, tel qu\u2019il fonctionne, fait que ces \u00ab\u00a0enfants\u00a0\u00bb sont pris en charge soit en milieu ferm\u00e9, soit dans des familles d\u2019accueil pendant toute leur prime jeunesse. Mais \u00e0 dix-huit ans, s\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9volu\u00e9 de mani\u00e8re gratifiante, on les met dehors\u00a0! L\u2019Aide Sociale \u00e0 l\u2019Enfance est aujourd\u2019hui g\u00e9r\u00e9e par la Collectivit\u00e9 Territoriale de la Martinique. Si les jeunes n\u2019ont pas un membre de leur famille qui accepte de les r\u00e9cup\u00e9rer, ils se retrouvent \u00e0 la rue. Toutes ces personnes que je viens d\u2019\u00e9voquer sont des victimes du fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9, car lorsque que vous n\u2019\u00eates pas \u00ab\u00a0dans les clous\u00a0\u00bb, tout est organis\u00e9 pour que vous soyez exclu du fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 dite \u00ab\u00a0normale\u00a0\u00bb. Cela arrive petit \u00e0 petit, jusqu\u2019au jour o\u00f9 ces personnes r\u00e9alisent qu\u2019elles ne sont pas des citoyens. Elles organisent donc leur mode d\u2019existence, dans leur propre milieu pour s\u2019en sortir. La plupart de ces personnes sont en mode\u00a0\u00ab\u00a0<em>survival<\/em>\u00a0\u00bb. On a tendance \u00e0 les regarder comme des fain\u00e9ants, des gens qui ne veulent rien faire, des parasites, etc\u2026mais on est loin de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>En effet, quand un jeune de 17-18 ans a fum\u00e9 son premier crack, c\u2019est fini pour lui, parce qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 ab\u00eem\u00e9 une partie de ses neurones\u00a0! Le probl\u00e8me, c\u2019est que le crack est tellement puissant que l\u2019accoutumance va s\u2019installer et ce que l\u2019on appelle l\u2019addiction g\u00e9n\u00e9ralement va prendre une place importante dans sa vie.\u00a0 Elle ne va penser qu\u2019\u00e0 cela, jour apr\u00e8s jour, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019autodestruction. C\u2019est un ensemble de circonstances, de r\u00e9alit\u00e9s concernant la drogue, l\u2019alcool, l\u2019inceste, les violences familiales. Tout cela existe\u00a0! Mais heureusement, une grande majorit\u00e9 arrive \u00e0 s\u2019en sortir\u00a0: quand les personnes acceptent de coop\u00e9rer, la situation \u00e9volue assez rapidement. Le plus difficile, c\u2019est quand la personne est <em>addic<\/em>t et pr\u00e9sente des troubles mentaux\u00a0; c\u2019est ce que l\u2019on appelle la comorbidit\u00e9. Les personnes concern\u00e9es ont besoin d\u2019\u00eatre soign\u00e9es sur du long cours.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi<\/strong><strong> avez-vous choisi, depuis 25 ans, de vous occuper de cette population dite pr\u00e9caire\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Figurez-vous que j\u2019\u00e9tais destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre un gestionnaire d\u2019entreprise. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer une entreprise de grande distribution, un supermarch\u00e9 de 1200 m2. Je l\u2019ai fait durant une dizaine d\u2019ann\u00e9es puis j\u2019ai chang\u00e9. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 proche des personnes en difficult\u00e9, car l\u2019amour des autres cela signifie beaucoup pour moi. Mon p\u00e8re nous a \u00e9lev\u00e9s dans cet esprit d\u2019aider les autres. Apr\u00e8s mon exp\u00e9rience dans la distribution, j\u2019ai ressenti le besoin de changer de cap, non pas parce que cela ne me convenait pas mais int\u00e9rieurement, je sentais qu\u2019il y avait la n\u00e9cessit\u00e9 de faire autre chose qui soit au service de l\u2019humain. Je suis parti alors que j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9 et que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 mon premier enfant. J\u2019ai laiss\u00e9 femme et enfant, en Martinique, pour faire des \u00e9tudes pour un dipl\u00f4me d\u2019\u00e9ducateur. Je revenais r\u00e9guli\u00e8rement dans l\u2019\u00eele, si bien que j\u2019ai pu poursuivre ma formation et m\u2019occuper de ma famille. M\u00eame si nos ressources \u00e9taient faibles, je n\u2019ai jamais regrett\u00e9 mon choix, parce que l\u00e0 j\u2019ai d\u00e9couvert ma vraie vocation.<\/p>\n<p>C\u2019est donc ainsi que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019int\u00e9resser \u00e0 cette population en difficult\u00e9. Lors d\u2019un stage en milieu p\u00e9nitentiaire, j\u2019ai eu la chance de rencontrer Marie-Rose Mauny\u00a0; elle \u00e9tait infirmi\u00e8re. J\u2019ai vraiment eu la conviction, le sentiment que j\u2019\u00e9tais fait pour cette mission. On pourrait presque parler d\u2019<em>appel<\/em>\u00a0! Il \u00e9tait important que j\u2019aide les gens.\u00a0 Quand on a commenc\u00e9, beaucoup de personnes, m\u00eame dans ma propre famille, dans mes relations, s\u2019\u00e9tonnaient de ma volont\u00e9 aussi forte de vouloir me consacrer \u00e0 ce milieu. Ils ne comprenaient pas mon choix\u00a0! Mais celle qui m\u2019a soutenu, accompagn\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part, c\u2019est mon \u00e9pouse. Bien s\u00fbr, cela n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 facile, notamment dans les relations avec les personnes rencontr\u00e9es dans la rue. En effet, il y a vingt-cinq ans, ceux que l\u2019on rencontrait dans la rue, c\u2019\u00e9taient des <em>crack-men<\/em>. Certains \u00e9taient violents, dangereux\u00a0; le crack venait d\u2019arriver et ceux qui en consommaient n\u2019avaient pas la ma\u00eetrise de cette drogue. Ce produit \u00e9tait consomm\u00e9 n\u2019importe comment et on a d\u00fb faire face \u00e0 de nombreuses crises de violence. A plusieurs reprises, Madame Mauny a \u00e9t\u00e9 agress\u00e9e mais elle a tenu bon, car elle se disait que l\u2019attitude des consommateurs de ce produit n\u2019\u00e9tait pas de leur faute. C\u2019est aujourd\u2019hui le <em>leitmotiv<\/em> de mes coll\u00e8gues et moi\u00a0: ce sont des victimes donc nous devons trouver les bons moyens de communication pour garder le contact avec eux.<\/p>\n<p><strong>Quelles difficult\u00e9s rencontrez-vous au quotidien\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, il faut avouer une chose, c\u2019est que les services de l\u2019Etat, les collectivit\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral, ont pris conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019accompagner ce public, \u00e0 travers des institutions, des structures. Ce n\u2019\u00e9tait pas le cas il y a dix ou quinze ans. Maintenant, ils r\u00e9alisent vraiment qu\u2019il y a une probl\u00e9matique de l\u2019errance, de personnes sans abri en Martinique. On note quand m\u00eame des manques, des insuffisances li\u00e9s \u00e0 des besoins mat\u00e9riels. Nous pensons qu\u2019aujourd\u2019hui, il y a des travailleurs sociaux, des professionnels, form\u00e9s de mani\u00e8re sp\u00e9cifique pour s\u2019occuper de ce public particulier. Si nous devions formuler une demande, ce serait d\u2019augmenter ces moyens humains, de d\u00e9velopper la formation des gens ayant fait des \u00e9tudes pour cela. Au cours de la formation des travailleurs sociaux, l\u2019accent devrait \u00eatre davantage mis sur ces publics isol\u00e9s, en errance, parce que n\u2019oublions pas que ces gens ont d\u2019abord \u00e9t\u00e9 dans une famille, avant de se retrouver isol\u00e9s. Il y a \u00e9galement les personnes \u00e2g\u00e9es, car certaines vivent dans la rue. Elles ont \u00e9lev\u00e9 des enfants, ont eu une vie normale pendant quelques ann\u00e9es. Mais soit parce qu\u2019elles ont perdu leur mari, leur compagnon, soit parce que leurs enfants ne s\u2019en occupent plus\u00a0: elles se retrouvent seules. Parfois, elles doivent vivre avec moins de cinq cents euros par mois, dans une maison tr\u00e8s insalubre. Les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es sont d\u2019ordre mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>Nous pensons qu\u2019il faudrait sp\u00e9cifier la prise en charge, faire en sorte par exemple que ces personnes \u00e2g\u00e9es b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un dispositif adapt\u00e9 \u00e0 leurs conditions. Les personnes souffrant d\u2019addictions ou de comorbidit\u00e9 doivent trouver une aide propre \u00e0 leurs difficult\u00e9s. En r\u00e9sum\u00e9, il faudrait que chaque cat\u00e9gorie des probl\u00e9matiques puisse \u00eatre prise en charge de fa\u00e7on sp\u00e9cialis\u00e9e. Aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas le cas. A l\u2019ACISE, il y a cette multiplicit\u00e9 de profils qui sont accompagn\u00e9s, recevant les m\u00eames prestations mais qui ne sont toujours celles dont elles ont besoin pour sortir de leur situation. Il nous faut des moyens mat\u00e9riels\u00a0suppl\u00e9mentaires : des b\u00e2timents, des espaces plus nombreux, plus grands, des terrains, des complexes pour un public qui lui, est multiple, des espaces de sommeil, d\u2019activit\u00e9s. Seule une partie des gens en errance a pu acc\u00e9der \u00e0 ces chantiers, par rapport aux exigences. Il faudrait qu\u2019ils puissent suivre des formations, dans un parcours d\u2019accompagnement professionnel.<\/p>\n<p>Compte tenu de leur parcours sanitaire, certains des SDF ne sont pas en capacit\u00e9 cognitive d\u2019\u00e9tudier. Malheureusement, certains n\u2019auront jamais acc\u00e8s \u00e0 un poste de travail, parce qu\u2019ils sont trop d\u00e9grad\u00e9s, leur situation mentale est trop affaiblie. A l\u2019avenir donc, il faudrait cr\u00e9er une mani\u00e8re d\u2019existence pour ces personnes, qui diff\u00e8re de ce que l\u2019on attend g\u00e9n\u00e9ralement. Cela leur permettrait de sortir de l\u2019espace urbain, de mani\u00e8re digne et humaine. Nous n\u2019en sommes pas l\u00e0, puisque la soci\u00e9t\u00e9 cherche \u00e0 inscrire ces personnes dans des cases pr\u00e9\u00e9tablies. Il faudrait consacrer un budget sp\u00e9cialement pour ce public-l\u00e0\u00a0! On se contente de constater que sur une population de pr\u00e8s de 370000 Martiniquais, le nombre de d\u00e9munis se trouve entre 500 et 1000 personnes, donc ce n\u2019est pas tr\u00e8s important\u00a0! Nous travaillons avec les collectivit\u00e9s, les services de l\u2019Etat, pour d\u00e9velopper une dynamique d\u2019identification et de prise en charge des probl\u00e9matiques de ce public en grande souffrance, pour que des solutions mat\u00e9rielles ad\u00e9quates soient trouv\u00e9es, pour les accompagner.<\/p>\n<p><strong>Qui vous aide, en mati\u00e8re de financement, \u00e0 maintenir votre association \u00e0 flot\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>En ce qui concerne le volet m\u00e9dico-social, les premiers financeurs sont les services de l\u2019Etat, puis la Direction R\u00e9gionale de la Jeunesse des Sports et de la Coh\u00e9sion Sociale, l\u2019Agence R\u00e9gionale de Sant\u00e9. Viennent ensuite les collectivit\u00e9s de la Communaut\u00e9 d\u2019Agglom\u00e9ration du Centre de la Martinique, la Mairie de Fort-de-France et la Collectivit\u00e9 Territoriale de la Martinique. Au niveau de l\u2019insertion, ce sont d\u2019autres financeurs. Nous sommes une Association qui avons un agr\u00e9ment minist\u00e9riel pour \u0153uvrer dans le sens de notre mission re\u00e7ue par l\u2019Etat. Nous devons g\u00e9rer les structures de prise en charge des sans-abris.<\/p>\n<p><strong>Quel type de professionnels y travaille\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons des travailleurs sociaux, des assistantes sociales, des \u00e9ducateurs sp\u00e9cialis\u00e9s, des agents de m\u00e9diation, un psychologue, un m\u00e9decin, des infirmiers, un animateur g\u00e9n\u00e9ral. Ce dernier s\u2019occupe de cr\u00e9er une dynamique d\u2019animations \u00e9ducatives chez notre public. En marge de ce personnel, il y a un service administratif comptant cinq personnes avec des cadres socio-\u00e9ducatifs pour g\u00e9rer tous ces \u00e9tablissements.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Christophe-et-Sonia-a\u0300-lAcise.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-23333 alignleft\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Christophe-et-Sonia-a\u0300-lAcise.jpg\" alt=\"\" width=\"360\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Christophe-et-Sonia-a\u0300-lAcise.jpg 360w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Christophe-et-Sonia-a\u0300-lAcise-135x300.jpg 135w\" sizes=\"(max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><\/a>Le 26 d\u00e9cembre, le jeune nageur de 13 ans, Christophe Maleau qui s\u2019est illustr\u00e9 par un 3 \u00e8me d\u00e9fi en mer en traversant le Canal de Sainte-Lucie, vous a rendu visite. Comment cela s\u2019est-il pass\u00e9\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Au niveau de la Direction, mais surtout chez les r\u00e9sidents du Centre d\u2019h\u00e9bergement, pour nous c\u2019\u00e9tait un honneur de le recevoir\u00a0! Personnellement, quand je voyais \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ce qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9, j\u2019avais des frissons. Je me disais que ce n\u2019\u00e9tait pas possible\u00a0! D\u2019o\u00f9 sortait cet enfant\u00a0? Etait-il un envoy\u00e9\u00a0? Avait-il re\u00e7u une mission\u00a0? Il ne le sait pas encore mais je reste persuad\u00e9 que oui\u00a0! Comment un enfant peut avoir une telle force mentale\u00a0? C\u2019est cela qui m\u2019a surtout impressionn\u00e9. Physiquement, physiologiquement, les enfants sont faits pour avoir de l\u2019endurance. Ils grandissent, ils se d\u00e9veloppent. Mais la force mentale de Christophe Maleau est extraordinaire. Je pense que sa mission est de l\u2019ordre du spirituel\u00a0! On a parl\u00e9 du Dala\u00ef-Lama, de Martin Luther King, de Gandhi, mais ce jeune-l\u00e0\u00a0! Evidemment, il a r\u00e9alis\u00e9 un \u00e9norme effort physique mais pour le faire, cela demande quelque chose que nous n\u2019avons pas de mani\u00e8re naturelle. De plus, ce qui \u00e9tait plus important pour les personnes dont nous avons la charge, c\u2019\u00e9tait de voir cet enfant venir \u00e0 l\u2019ACISE, pendant la p\u00e9riode de No\u00ebl, pour la premi\u00e8re fois. Il y a tout un symbole derri\u00e8re sa visite. Il a choisi de porter une parole de solidarit\u00e9, d\u2019amour, de r\u00e9confort, mais surtout des mots pleins de sagesse\u00a0dans certaines expressions qu\u2019il a pu utiliser. Pour nous, c\u2019\u00e9tait un honneur mais aussi une grande chance, parce que nos r\u00e9sidents ont re\u00e7u cet accueil comme quelque chose de tr\u00e8s fort.<\/p>\n<p>Lors de notre moment de \u00ab\u00a0rem\u00e9diation\u00a0\u00bb, d\u2019\u00e9change avec les r\u00e9sidents, parce que justement c\u2019\u00e9tait un enfant, ils ont re\u00e7u cela comme un encouragement \u00e0 donner du sens \u00e0 leur pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019ACISE. Parfois, la force de l\u2019affect disparait, compte tenu de leurs conditions de vie, \u00e0 cause de barri\u00e8res, de blocages que le cerveau fait pour ne rien ressentir. Plus on accompagne ces personnes, plus l\u2019affect reprend le dessus. Ce jour-l\u00e0 a vraiment \u00e9t\u00e9 un moment de communion pour nos r\u00e9sidents mais aussi pour nos salari\u00e9s. Ces derniers ont \u00e9t\u00e9 encore plus touch\u00e9s que les r\u00e9sidents\u00a0. Nous avons l\u2019habitude d\u2019organiser des f\u00eates, le Pr\u00e9fet vient nous voir, mais cette fois, c\u2019\u00e9tait diff\u00e9rent. C\u2019\u00e9tait exceptionnel, particulier. Christophe a apport\u00e9 une sorte de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 dans la pens\u00e9e boulevers\u00e9e. J\u2019ai entendu un de nos r\u00e9sidents dire \u00ab\u00a0je suis fier d\u2019avoir vu ce petit bonhomme\u00a0!\u00a0\u00bb. Une des r\u00e9sidentes a dit\u00a0\u00ab\u00a0quand je l\u2019ai vu, je me suis que ce n\u2019\u00e9tait pas possible\u00a0!\u00a0\u00bb. Pour nous, cette visite \u00e9tait un signe, car il est venu avec un message, en dehors des cadeaux qu\u2019il a apport\u00e9s. Nos r\u00e9sidents sont tr\u00e8s attach\u00e9s aux mots, \u00e0 la parole car c\u2019est la seule chose qu\u2019ils ont \u00e0 \u00e9changer avec nous. Ils n&rsquo;ont rien, donc ils ne peuvent rien offrir mais ils ont la parole, pour lier des liens avec les autres\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Visite de Christophe Maleau \u00e0 l\u2019ACISE :<a href=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Capture-de\u0301cran-2021-01-30-a\u0300-08.12.10.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-23338\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Capture-de\u0301cran-2021-01-30-a\u0300-08.12.10.png\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"731\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Capture-de\u0301cran-2021-01-30-a\u0300-08.12.10.png 800w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Capture-de\u0301cran-2021-01-30-a\u0300-08.12.10-600x548.png 600w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Capture-de\u0301cran-2021-01-30-a\u0300-08.12.10-300x274.png 300w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Capture-de\u0301cran-2021-01-30-a\u0300-08.12.10-768x702.png 768w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<p><em><strong>\u00ab\u00a0On a parl\u00e9 du Dala\u00ef-Lama, de Martin Luther King, de Gandhi, mais ce jeune-l\u00e0\u00a0! Evidemment, il a r\u00e9alis\u00e9 un \u00e9norme effort physique mais pour le faire, cela demande quelque chose que nous n\u2019avons pas de mani\u00e8re naturelle. De plus, ce qui \u00e9tait plus important pour les personnes dont nous avons la charge, c\u2019\u00e9tait de voir cet enfant venir \u00e0 l\u2019ACISE, pendant la p\u00e9riode de No\u00ebl, pour la premi\u00e8re fois. Il y a tout un symbole derri\u00e8re sa visite. Il a choisi de porter une parole de solidarit\u00e9, d\u2019amour, de r\u00e9confort, mais surtout des mots pleins de sagesse\u00a0dans certaines expressions qu\u2019il a pu utiliser. Pour nous, c\u2019\u00e9tait un honneur mais aussi une grande chance, parce que nos r\u00e9sidents ont re\u00e7u cet accueil comme quelque chose de tr\u00e8s fort. \u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n<p><strong>Pouvez-vous nous parler de votre mission pour 2021\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Nous sommes toujours dans cette recherche d\u2019innovation, de recherche de solutions et en 2021, nous aurons deux grands dispositifs. Le premier est d<em>\u2019ordre sanitaire<\/em>\u00a0: nous aurons 28 lits m\u00e9dicalis\u00e9s pour accompagner les personnes malades dans un cadre m\u00e9dico-social. Tous ces publics marginalis\u00e9s pourront \u00eatre pris en charge dans des espaces qui leur seront d\u00e9di\u00e9s. Ces lits seront financ\u00e9s par les Services de l\u2019Etat, \u00e0 travers l\u2019ARS. Pour nous, c\u2019est une r\u00e9volution. Le second grand projet concerne l\u2019<em>insertion<\/em>. Il a fait l\u2019objet d\u2019un appel \u00e0 manifestation d\u2019int\u00e9r\u00eat du Minist\u00e8re, au niveau national. Cela s\u2019appelle\u00a0\u00ab\u00a0Projet pour l\u2019accueil et l\u2019insertion, l\u2019accompagnement des grands marginaux\u00a0\u00bb. Chaque d\u00e9partement, chaque r\u00e9gion devait pr\u00e9senter un projet pilot\u00e9, dynamis\u00e9 par les services de la Pr\u00e9fecture. En Martinique, c\u2019est l\u2019ACISE qui a \u00e9t\u00e9 choisie pour travailler avec d\u2019autres partenaires, tels que la Croix-Rouge, le Centre Communal d\u2019Action Social, l\u2019Association des Personnes Ag\u00e9es du Lamentin et l\u2019Equipe Mobile de Rue et d\u2019Insertion.<\/p>\n<p>Au niveau national, on a constat\u00e9 que s\u2019il y a des personnes sans domicile qui acceptent d\u2019\u00eatre prises en charge facilement,\u00a0autrement dit acceptent\u00a0\u00ab\u00a0la main tendue\u00a0\u00bb, d\u2019autres la refusent cat\u00e9goriquement\u00a0! Ces derni\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0ab\u00eem\u00e9es\u00a0\u00bb durant de nombreuses ann\u00e9es \u00e0 cause du fait qu\u2019elles n\u2019avaient pas de domicile et \u00e9taient exclues\u00a0\u00e0 cause de la drogue, l\u2019alcool, les maladies somatiques qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 soign\u00e9es mais support\u00e9es pendant un temps tr\u00e8s long, et les troubles mentaux.<\/p>\n<p>On a donc r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas de dispositif sp\u00e9cifique \u00e0 leur prise en charge. C\u2019est important, vu qu\u2019avant il n\u2019y avait rien\u00a0! L\u2019objectif est de permettre \u00e0 ces personnes de reprendre le chemin de la socialisation \u00e0 leur rythme, en tenant compte de la complexit\u00e9 de leur probl\u00e9matique, de leur situation sanitaire, sociale, m\u00e9dicale. L\u2019id\u00e9e est de cr\u00e9er des espaces sp\u00e9cifiques, pour qu\u2019elles ne soient pas totalement install\u00e9es dans un mode d\u2019existence qui ne leur conviendrait pas. On a fait l\u2019inverse en fait. On dit que pour que quelqu\u2019un soit ins\u00e9r\u00e9, il doit \u00eatre dans un logement, avec une salle de bain, une cuisine etc. C\u2019est ce que la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9conise\u00a0pour un citoyen dit\u00a0\u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb\u00a0! C\u2019est ce que l\u2019on fait, \u00e0 l\u2019ACISE.<\/p>\n<p>En ce qui concerne les grands marginaux, c\u2019est diff\u00e9rent. Ce sont des gens qui aiment leur libert\u00e9, qui se sont adapt\u00e9s en fonction des probl\u00e8mes rencontr\u00e9s depuis de longues ann\u00e9es, \u00e0 un espace particulier, \u00e0 un environnement, \u00e0 qui on ne peut imposer, du jour au lendemain autre chose, m\u00eame \u00e0 l\u2019ACISE\u00a0! Il faut leur proposer quelque chose qu\u2019ils doivent accepter, chaque fois qu\u2019ils en auront envie. A c\u00f4t\u00e9 de ce type d\u2019h\u00e9bergement que nous allons cr\u00e9er, il y aura une \u00e9quipe m\u00e9dico-sociale et sanitaire, constitu\u00e9e des sp\u00e9cialistes de toutes les associations qui adh\u00e8rent \u00e0 ce projet\u00a0: m\u00e9decins, sp\u00e9cialistes de l\u2019addiction, psychiatres, infirmiers, assistances sociales etc. Ils iront \u00e0 la rencontre de ces personnes et garderont le lien entre le lieu qui leur sera destin\u00e9 et un espace d\u00e9di\u00e9, pour les prendre en charge, pour les \u00e9couter, pour \u00e9tablir la relation entre ces personnes et la rue qu\u2019ils quitteront petit \u00e0 petit. C\u2019est une sorte de triptyque\u00a0: la rue, un espace d\u00e9di\u00e9 pour un accompagnement coordonn\u00e9 et l\u2019espace pour les h\u00e9berger.<\/p>\n<p>Les Services de l\u2019Etat l\u2019ont bien compris\u00a0: ce dispositif sera nouveau, exp\u00e9rimental, sur une dur\u00e9e de trois ans par exemple. Apr\u00e8s la p\u00e9riode d\u2019essai, on va \u00e9valuer l\u2019action qui aura \u00e9t\u00e9 men\u00e9e et voir si on doit la poursuivre. De nouvelles orientations pourront alors \u00eatre envisag\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Chez nous, on dit <em>Se grenn diri ka plin sak<\/em>. Avez-vous un message \u00e0 faire passer aux Martiniquais ou \u00e0 d\u2019autres personnes, qui voudraient aider votre Association\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, le message est le suivant\u00a0: il concerne le regard. M\u00eame si cela a \u00e9volu\u00e9 positivement, nous souhaitons que les Martiniquais aient un nouveau regard, plus compatissant, d\u2019amour, tout simplement\u00a0! Ici, nous avons trop tendance \u00e0 consid\u00e9rer tout ce qui n\u2019est pas dans la norme comme quelque chose \u00e0 rejeter ou \u00e0 regarder de fa\u00e7on r\u00e9probatrice. Parfois, on a m\u00eame peur de regarder car cela nous renvoie une image de ce qui pourrait nous arriver, \u00e0 nous ou \u00e0 nos enfants.<\/p>\n<p>Je vais m\u2019adresser aux Collectivit\u00e9s et \u00e0 tous ceux qui ont les moyens financiers ou mat\u00e9riels de nous aider. Aujourd\u2019hui, nous avons besoin d\u2019espaces, de b\u00e2timents suffisamment grands pour accueillir toute cette population qui ne manquera pas de grandir\u00a0! Les Martiniquais doivent bien comprendre que, compte tenu du contexte \u00e9conomique actuel, il y aura de l\u2019exclusion\u00a0!<\/p>\n<p>J\u2019ai un autre souhait\u00a0: celui-ci concerne la personne de Marie-Rose Mauny. Je ne voudrais pas que l\u2019on oublie celle qui a tant \u0153uvr\u00e9 pour les d\u00e9munis. Elle a pratiquement donn\u00e9 tout son temps voire sa vie en se mobilisant pour eux. A une \u00e9poque o\u00f9 rien n\u2019\u00e9tait mis en place pour eux, Madame Mauny avec le concours du Docteur Lecurieux-Lafferronay, le premier Centre d\u2019accueil pour les alcooliques. J\u2019aimerais qu\u2019un hommage soit rendu \u00e0 cette infirmi\u00e8re, qu\u2019une salle ou un lieu quelconque porte son nom.<\/p>\n<p><strong>Avez- vous autre chose \u00e0 ajouter\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Je voudrais rendre hommage \u00e0 mon \u00e9quipe\u00a0: l\u2019\u00e9quipe socio-\u00e9ducative et sanitaire, le Samu social, pour le travail extraordinaire qu\u2019ils fournissent tous les jours\u00a0! Ils font preuve de bonne volont\u00e9, d\u2019abn\u00e9gation, parfois ils prennent des risques mais ils apportent tout leur c\u0153ur pour le mettre au service des plus d\u00e9munis, dans la rue ou au sein de la r\u00e9sidence. Aujourd\u2019hui, j\u2019ai un grand coup de coeur pour tous ces salari\u00e9s. Madame Laloupe G\u00e9raldine, la Cheffe de service du Centre d\u2019H\u00e9bergement et de R\u00e9insertion Sociale, est pour moi comme une \u00ab\u00a0envoy\u00e9e\u00a0\u00bb, avec son grand charisme et son immense capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser, autour d\u2019elle, les \u00e9nergies de l\u2019ensemble des travailleurs sociaux et m\u00eame au-del\u00e0\u00a0! Pour tous les partenaires, l\u2019objectif est le m\u00eame\u00a0: aider, apporter du soutien, accompagner, et montrer \u00e0 ces personnes qu\u2019on les aime\u00a0!<\/p>\n<p>Je n\u2019oublie pas mon Conseil d\u2019administration, avec Madame Claude Formont qui le pr\u00e9side et conduit l\u2019institution depuis plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong>Sonia JEAN-BAPTISTE-EDOUARD<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #008000\"><strong>Pour se rapprocher de l\u2019ACISE<\/strong>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #008000\">Nous acceptons des dons (argent), soit par ch\u00e8que, soit par virement.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #008000\"><u>Headquarters<\/u>\u00a0: 0596\u00a0.72.86.06 \/ 0696.24.40.90\u00a0\/ 0696.63.03.68\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #008000\">Pour les autres <u>dons<\/u> (lots, v\u00eatements, livres etc..) : ACISE Environnement<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>25 ans au service des plus d\u00e9munis\u00a0! Depuis 2002, l\u2019Association Citoyenne pour l\u2019Insertion Solidaire et Economique Samu social ou ACISE s\u2019est donn\u00e9 une mission : aider les Martiniquais rel\u00e9gu\u00e9s au banc de la soci\u00e9t\u00e9, ceux qui connaissent des conditions de vie extr\u00eames et qui parfois refusent cette aide. 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