{"id":24846,"date":"2021-04-01T05:18:17","date_gmt":"2021-04-01T09:18:17","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=24846"},"modified":"2021-04-01T05:18:17","modified_gmt":"2021-04-01T09:18:17","slug":"reflexion-sur-lhistoire-de-la-martinique-des-origines-a-la-fin-du-second-empire-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/reflexion-sur-lhistoire-de-la-martinique-des-origines-a-la-fin-du-second-empire-2\/","title":{"rendered":"REFLEXION SUR L\u2019HISTOIRE DE LA MARTINIQUE DES ORIGINES \u00c0 LA FIN DU SECOND EMPIRE"},"content":{"rendered":"<div class=\"entry-header\">\n<h1 class=\"entry-title\"><\/h1>\n<\/div>\n<div class=\"entry-content\">\n<p><strong>Marl\u00e8ne Hospice (In m\u00e9moriam.)<\/strong><\/p>\n<p>Les obs\u00e8ques de Madame HOSPICE Marl\u00e8ne\u00a0, D\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 l\u2019age de 80 ans seront c\u00e9l\u00e9br\u00e9s le mercredi 24 mars \u00e0 9h0\u00a0 En la Salle Omniculte de la Joyau<\/p>\n<p>le cort\u00e8ge se r\u00e9unira sur le parvis de la salle, l\u2019inhumation se fera au Cimetiere de Saint-Esprit.<\/p>\n<p>Cet avis est diffus\u00e9 de la part de:\u00a0\u00a0sa fille : L\u00e9na HOSPICE\u00a0\u00a0, ses fr\u00e8res: Daniel et Henri HOSPICE\u00a0, ses s\u0153urs :\u00a0\u00a0Emma HOSPICE, Am\u00e9lie GLISSANT,<br \/>\nMarguerite DE THOR\u00c9 et Annie VITALIEN.\u00a0\u00a0ses belles-s\u0153urs et son beau-fr\u00e8re, ses neveux et ni\u00e8ces, cousins et cousines,\u00a0\u00a0Des familles : HOSPICE, GLONDU, PIED,\u00a0\u00a0des parents, amis et alli\u00e9s.\u00a0Une veill\u00e9e se tiendra mardi \u00e0 l\u2019espace fun\u00e9raire de la JOYAU, de 18 \u00e0 22 heures<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La premi\u00e8re p\u00e9riode de Conqu\u00eate<\/strong><\/p>\n<p>Vers 1440, premiers exploits de navigation des Portugais descendant les c\u00f4tes africaines. Ils ram\u00e8nent au Portugal les premiers esclaves noirs.<\/p>\n<p>En 1492, Christophe Colomb \u00e0 la recherche de la Route des Indes touche terre dans un monde imm\u00e9diatement stipul\u00e9 \u00ab Nouveau Monde \u00bb.<\/p>\n<p>En 1493, la bulle papale octroie le Nouveau Monde \u00e0 l\u2019Espagne et au Portugal. Les puissances europ\u00e9ennes s\u2019y refusent sur le champ.<\/p>\n<p>Jusque vers 1680, ce sont presque deux si\u00e8cles de guerres permanentes pour acc\u00e9der au \u00ab Nouveau Monde \u00bb. Corsaires mandat\u00e9s ou simples aventuriers, marins hors pair donnant la chasse aux galions espagnols.<\/p>\n<p>Chaque rocher dans la mer Cara\u00efbe est une prise de guerre.<\/p>\n<p>En 1625, d\u2019Esnambuc s\u2019installe \u00e0 Saint- Christophe, d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9e par les An- glais (\u00e0 peine 260 km2, on se la dispute : elle est au premier rang dans le chapelet d\u2019\u00eeles des Petites Antilles).<\/p>\n<p>En 1635, le m\u00eame D\u2019Esnambuc d\u00e9barque en Martinique.<\/p>\n<p>La France d\u00e9tient alors un territoire dans les Petites Antilles et en Guyane. Mais sa grande perspective visant la moiti\u00e9 de l\u2019\u00eele de Saint-Domingue tarde \u00e0 se concr\u00e9tiser. Les Fran\u00e7ais n\u2019occupent toujours que l\u2019\u00eele de la Tortue.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9, d\u00e8s les ann\u00e9es 1700- 1730, quoique sur le pied de guerre avec l\u2019autre moiti\u00e9 de l\u2019\u00eele espagnole, l\u2019occupation fran\u00e7aise s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e sur \u00ab son \u00bb territoire. Avec ses 28000 km2, c\u2019est la seule grande \u00eele cara\u00efbe que poss\u00e8de la France.<\/p>\n<p><strong>La deuxi\u00e8me p\u00e9riode de Conqu\u00eate<\/strong><\/p>\n<p>Le peuplement, la mise en culture, l\u2019exploitation des Iles, l\u2019implantation du sucre, s\u2019\u00e9panouissent au niveau mondial.<\/p>\n<p>En Martinique, vers les ann\u00e9es 1650, les Fran\u00e7ais n\u2019occupent que la c\u00f4te cara\u00efbe du Pr\u00eacheur jusqu\u2019\u00e0 Fort-Royal. Les Cara\u00efbes chass\u00e9s vont se regrouper sur la c\u00f4te atlantique d\u2019acc\u00e8s tr\u00e8s difficile. Les petites guerres du d\u00e9but contre les Cara\u00efbes se terminent par une guerre d\u2019extermination. Ceux qui ne sont pas tu\u00e9s tentent de quitter l\u2019\u00eele. Quelques- uns se r\u00e9fugient dans les bois, en particulier les femmes et les enfants.<\/p>\n<p>Sur tout le \u00ab Nouveau Monde \u00bb le sch\u00e9ma est ancr\u00e9 : g\u00e9nocide ou ethno- cide, les nations indig\u00e8nes sont vaincues ; les Blancs sont les colons, dor\u00e9navant seuls \u00ab propri\u00e9taires \u00bb des nouveaux territoires.<\/p>\n<p>Il faut de la main-d\u2019\u0153uvre ; les Africains rafl\u00e9s sur les c\u00f4tes africaines deviennent un butin que s\u2019arrachent les n\u00e9griers.<\/p>\n<p>En Martinique vers 1658, il existe environ 3000 blancs, ils seront 16 000 en 1742, majoritairement des Blancs cr\u00e9oles n\u00e9s aux colonies.<\/p>\n<p>Les premiers esclaves d\u00e9barquent en petits groupes en Martinique d\u00e8s les ann\u00e9es 1644 ; ils sont au nombre de 2760 en 1664 et seront 36000 en 1719. La traite n\u00e9gri\u00e8re est un trafic organis\u00e9 par les grandes puissances sous la f\u00e9rule en particulier de la Grande-Bretagne. Tandis que l\u2019empire espagnol bat de l\u2019aile et se d\u00e9lite, l\u2019Angleterre est devenue la premi\u00e8re puissance maritime mondiale.<\/p>\n<p>Ce ne sont pas seulement les c\u00f4tes africaines qui sont ravag\u00e9es. La p\u00e9n\u00e9tration \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du continent africain s\u2019encha\u00eene naturellement. La razzia des esclaves arrach\u00e9s de l\u2019int\u00e9rieur des terres s\u2019\u00e9tablit comme un commerce stable avec la complicit\u00e9 de royaumes africains recevant leur d\u00eeme sur le trafic dont ils deviennent les partenaires.<\/p>\n<p><strong>Les n\u00e8gres<\/strong><\/p>\n<p>S\u2019il est vrai que dans les premiers temps lorsque les colons vivent encore dans des ajoupas recouverts de feuilles, les n\u00e8gres (deux ou trois \u00e0 peu pr\u00e8s par propri\u00e9taire) dorment \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des ma\u00eetres ; le fait sera tenu comme irr\u00e9el dans les ann\u00e9es qui suivent.<\/p>\n<p>L\u2019industrie n\u00e9gri\u00e8re prend son ampleur au d\u00e9but des ann\u00e9es 1650. Les premiers bateaux n\u00e9griers d\u00e9barquent \u00ab leur marchandise \u00bb en pr\u00e9sence de religieux. La \u00ab neutralit\u00e9 \u00bb de ces religieux pour ne pas dire leur indiff\u00e9rence ou leur complicit\u00e9, se conjugue dans l\u2019endoctrinement des nouveaux venus, h\u00e9b\u00e9t\u00e9s, sortis du voyage d\u2019enfer qui a \u00e9t\u00e9 le leur.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9buts, les suicides sont nombreux. Peu \u00e0 peu les nouveaux arrivants d\u00e9couvrent que d\u2019une certaine mani\u00e8re ils sont arriv\u00e9s dans des pays de n\u00e8gres.<\/p>\n<p>On aurait tort de croire \u00e0 une solidarit\u00e9 quelconque s\u2019\u00e9tablissant de fait entre anciens esclaves et nouveaux venus.<\/p>\n<p>Tant de sc\u00e8nes racont\u00e9es avec la pr\u00e9cision minutieuse des reportages du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, grand si\u00e8cle de la d\u00e9couverte \u00e9pistolaire du Monde.<\/p>\n<p>Des n\u00e8gres \u00e9taient arriv\u00e9s d\u00e8s 1502 avec les Espagnols. La conqu\u00eate de la partie fran\u00e7aise de Saint-Domingue s\u2019est faite avec des n\u00e8gres, partie prenante de toutes les attaques corsaires lanc\u00e9es par les Fran\u00e7ais depuis l\u2019\u00eele de la Tortue. La fameuse attaque de Carthag\u00e8ne des Indes en mai 1697, complot de corsaires de plusieurs nationalit\u00e9s (commandit\u00e9e en sous-main par la Marine fran\u00e7aise sur ordre de Louis XIV) propulsait ses guerriers n\u00e8gres aux avant-postes. Nombre d\u2019entre eux re\u00e7urent leur libert\u00e9 pour leurs exploits \u2014 l\u2019un d\u2019eux emmen\u00e9 en France pour \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Louis XIV.<\/p>\n<p><strong>Le mythe du marronnage :<\/strong><\/p>\n<p>Le n\u00e8gre d\u00e9barquant et prenant ses jambes \u00e0 son cou pour dispara\u00eetre dans la nature est un mythe litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la totalit\u00e9 des violences qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 subies avant d\u2019\u00eatre embarqu\u00e9 sur un navire n\u00e9grier ; les \u00e9preuves de ce voyage dans ces quinzi\u00e8me, seizi\u00e8me si\u00e8cles o\u00f9 m\u00eame les pays les plus avanc\u00e9s croyaient que les mers \u00e9taient tenues par des d\u00e9mons surgissant de tous les univers possibles ; les mauvais traitements qui instaurent imm\u00e9diatement la relation entre les ma\u00eetres blancs et les esclaves ; l\u2019\u00e9tat mental de l\u2019esclave mis aux ench\u00e8res ; l\u2019arriv\u00e9e dans un nouveau monde totalement inconnu, ce ne sont pas seulement des constats imaginaires qui fabriquent le sc\u00e9nario, mais les constats \u00e9crits par les interm\u00e9diaires du syst\u00e8me esclavagiste lui-m\u00eame. Tout est not\u00e9, comptabilis\u00e9 au cours d\u2019un transport n\u00e9grier. Les bateaux n\u00e9griers ont des comptes \u00e0 rendre \u00e0 leurs Compagnies.<\/p>\n<p>Le fameux \u00ab n\u00e8gre marron \u00bb mettant pied \u00e0 terre, se d\u00e9barrassant de ses cha\u00eenes et filant vers la for\u00eat \u00e0 la vitesse d\u2019un Usain Bolt, pour s\u2019y terrer et se redonner \u00e0 lui-m\u00eame sa libert\u00e9, n\u2019est qu\u2019une perle de la litt\u00e9rature. On recueille partout sur tous les territoires de ce monde cara\u00efbe et latino-am\u00e9ricain des citations de n\u00e8gres marrons en fuite. Dans l\u2019intervalle des ann\u00e9es 1650-1750 alors que \u00ab les ma\u00eetres \u00bb ne sont pas encore stabilis\u00e9s dans leur position sociale et surtout ne tiennent pas entre leurs mains tous les pouvoirs de commande sur la colonie, \u00ab la police des n\u00e8gres \u00bb si redoutable et efficace donnant la chasse aux n\u00e8gres marrons s\u2019est institutionnalis\u00e9e.<\/p>\n<p>Que des n\u00e8gres, seuls ou en groupe, s\u2019enfoncent dans une for\u00eat et prennent le large est une hypoth\u00e8se plausible. En ce qui concerne la Martinique les n\u00e8gres marrons d\u00e9couvriront rapidement leur ennemi insurmontable : le trigonoc\u00e9phale !<\/p>\n<p>Que des \u00ab bandes \u00bb de n\u00e8gres puissent s\u2019emparer d\u2019un territoire et fonder en quelque sorte un espace de libert\u00e9, cette possibilit\u00e9 n\u2019a pris forme qu\u2019\u00e0 travers deux histoires parfaitement inventori\u00e9es de nos jours, localis\u00e9es, remont\u00e9es \u00e0 la surface des faits historiques depuis plus de deux si\u00e8cles.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re, la fabuleuse \u00e9pop\u00e9e du quilombo dos Palmar\u00e8s au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p>Le quilombo dos Palmar\u00e8s, 65 ans de libert\u00e9 marronne, son dernier Roi, Zumbi dos Palmar\u00e8s.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019attaque du quilombo en 1694, Zumbi est d\u00e9capit\u00e9 le 20 novembre 1695. Retenons le fait capital qui figure toujours comme l\u2019arme de la d\u00e9faite d\u2019une libert\u00e9 marronne, savoir la trahison de Zumbi par l\u2019un des siens.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me, le morcellement \u00e0 la Jama\u00efque de plusieurs \u00ab territoires marrons \u00bb.<\/p>\n<p>Les Anglais avaient pris la Jama\u00efque aux Espagnols en 1655. Des groupes d\u2019esclaves marrons s\u2019\u00e9taient form\u00e9s dans les montagnes. En 1739-1740, le gouverneur anglais propose aux territoires marrons une certaine libert\u00e9 \u00e0 condition que ceux-ci ram\u00e8nent les nouveaux marrons.<\/p>\n<p>La guerre contre les territoires de marrons est d\u00e9clar\u00e9e. Les Anglais trouveront la solution en les d\u00e9portant en Sierra Leone.<\/p>\n<p>Martinique 1665, Francisque Fabul\u00e9 (du nom de son ma\u00eetre) entra\u00eene derri\u00e8re lui 400 \u00e0 500 fugitifs. Cette fuite dure deux \u00e0 trois mois. Une ordonnance du 13 avril 1665 accorde \u00e0 tous ceux qui ram\u00e8neraient des n\u00e8gres fugitifs depuis un mois, cent livres de p\u00e9tun, depuis deux mois, deux cents livres de p\u00e9tun, depuis 6 mois \u00e0 un an, cinq cents livres. Six mois plus tard, Fabul\u00e9 lui-m\u00eame se rend et ram\u00e8ne douze fugitifs. (Le gouverneur Clodor\u00e9 lui donne la libert\u00e9, l\u2019engage chez lui, l\u2019envoie chercher les autres n\u00e8gres. Apr\u00e8s le d\u00e9part de Clodor\u00e9, Fabul\u00e9 est condamn\u00e9 comme for\u00e7at aux gal\u00e8res perp\u00e9tuelles).<\/p>\n<p>La suite de cet \u00e9pisode \u00e0 la Martinique ne laisse voir que de pauvres h\u00e8res partis en marronnage sur un coup de t\u00eate, vite repris et soumis \u00e0 toutes les horreurs (jambe coup\u00e9e etc..).<\/p>\n<p><strong>La troisi\u00e8me p\u00e9riode :<\/strong><\/p>\n<p>une Conqu\u00eate s\u2019asseyant sur ses acquis ; les colons en attente de l\u2019\u00c2ge d\u2019or comme un d\u00fb<\/p>\n<p>Vers les ann\u00e9es 1680-1700 partout dans l\u2019univers du Nouveau Monde on aspire \u00e0 une paix g\u00e9n\u00e9rale. Le commerce le r\u00e9clame. L\u2019industrie du sucre et du caf\u00e9 a besoin de s\u2019\u00e9panouir. La production du sucre devient l\u2019\u00e9pine dorsale d\u2019un commerce mondial comme le p\u00e9trole par exemple le deviendra au vingti\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Entre les colons des Petites \u00eeles et la M\u00e9tropole un bras de fer est engag\u00e9. Les colons se pr\u00e9tendent seuls ma\u00eetres des terres conquises et stabilis\u00e9es. Mais la M\u00e9tropole avait rachet\u00e9 les \u00eeles aux premiers propri\u00e9taires qu\u2019elle avait adoub\u00e9s.<\/p>\n<p>La M\u00e9tropole qui seule a les moyens de fournir les n\u00e8gres, d\u2019impulser un nouveau financement capitaliste \u00e0 la hauteur des ambitions pour la fabrique du sucre, impose sa sup\u00e9riorit\u00e9 hi\u00e9rarchique sur les pr\u00e9tentions des colons.<\/p>\n<p>Tous les colons dans les \u00eeles n\u2019ont qu\u2019un horizon : fabriquer du sucre. Le gouvernement fran\u00e7ais interdit la cr\u00e9ation de nouvelles sucreries\u2026<\/p>\n<p>En 1715 mort de Louis XIV, instabilit\u00e9 dans la relation m\u00e9tropole-colonies, tensions sur le numerus clausus du nombre de sucreries ; en 1717, en Martinique, c\u2019est la r\u00e9volte du Gaoul\u00e9 lorsque les colons proclament la destitution des repr\u00e9sentants de la m\u00e9tropole\u2026<\/p>\n<p>La m\u00e9fiance des colons martiniquais envers la m\u00e9tropole ne faiblira pas. Maintenant c\u2019est la colonie fran\u00e7aise de Saint-Domingue qui devient l\u2019embl\u00e8me de leur ressentiment. En effet, le d\u00e9veloppement de cette partie fran\u00e7aise est spectaculaire.<\/p>\n<p>La partie fran\u00e7aise de Saint-Domingue est consid\u00e9r\u00e9e comme la propri\u00e9t\u00e9 du Minist\u00e8re de la Marine. Saint- Domingue recueille tous les investissements m\u00e9tropolitains.<\/p>\n<p>La source la plus am\u00e8re pour les colons martiniquais est la priorit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 Saint-Domingue dans l\u2019approvisionnement \u00ab en n\u00e8gres \u00bb. Ils se plaignent de ne r\u00e9cup\u00e9rer que \u00ab les n\u00e8gres de rebut \u00bb, ceux dont Saint-Domingue ne veut pas.<\/p>\n<p>D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1740-1750, la politique de la France est diff\u00e9rente entre la partie de Saint-Domingue et le reste des Petites Antilles.<\/p>\n<p>Pour les petites \u00eeles, la dynamique du ressentiment l\u2019emporte.<\/p>\n<p>Dans la partie fran\u00e7aise de Saint-Domingue, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 c\u2019est l\u2019exaltation du grand si\u00e8cle capitaliste qui s\u2019y configure. Mais d\u2019un autre c\u2019est le regard du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res qui s\u2019y projette et met \u00e0 la question le fait colonial.<\/p>\n<p>On ne peut plus traiter dans un m\u00eame ensemble les petites colonies et la colonie fran\u00e7aise de Saint-Domingue.<\/p>\n<p>1745-1750 \u00e0 1785-1794 : les fulgurances de l\u2019Histoire Les esclaves en Martinique et autres Petites Antilles, les n\u00e8gres \u00e0 Saint-Domingue<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1745 -1750, d\u2019une \u00eele \u00e0 l\u2019autre, la duret\u00e9 des conditions de vie de l\u2019esclave soumis \u00e0 l\u2019arbitraire sans limites des ma\u00eetres blancs est la m\u00eame que toujours.<\/p>\n<p>On n\u2019a pas v\u00e9cu en Martinique une l\u00e9gende d\u2019Habitations de 500 esclaves et au-del\u00e0. La moyenne maximale des meilleurs temps ne d\u00e9passe pas les 200 esclaves. Tandis qu\u2019\u00e0 Saint-Domingue, les Habitations de mille esclaves et plus sont l\u00e9gion. En 1710 estimation de l\u2019Habitation Ducasse : \u00ab 58 hommes, 48 n\u00e9gresses, 35 n\u00e9grillons et n\u00e9grittes, 141 t\u00eates au total (2 aradas, 3 oucesnothes, 2 congos, 2 mandingues, 4 cr\u00e9oles, 4 sangs-m\u00eal\u00e9s).<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai vendu mon n\u00e8gre. Il avait depuis longtemps de grands d\u00e9fauts qui sont la paresse et la mauvaise volont\u00e9. Il en a acquis deux autres qui ont achev\u00e9 d\u2019en faire un sujet d\u00e9cid\u00e9ment mauvais : il \u00e9tait devenu voleur et marron. (\u2026) Depuis cet instant mon n\u00e8gre n\u2019a pas approch\u00e9 de ma chambre. Je l\u2019ai fait rigoureusement ch\u00e2tr\u00e9 en pr\u00e9sence de mes propri\u00e9taires. Je l\u2019ai fait mettre \u00e0 la cha\u00eene et fait travailler dans leurs jardins pendant environ six mois, au bout duquel temps il est tomb\u00e9 malade d\u2019une fluxion de poitrine. J\u2019ai manqu\u00e9 le perdre. Tout m\u00e9chant qu\u2019il \u00e9tait, il fallait bien en avoir soin pour le r\u00e9chapper. Enfin je l\u2019ai tir\u00e9 d\u2019affaire. (\u2026) J\u2019en ai tir\u00e9 le meilleur parti qu\u2019il m\u2019a \u00e9t\u00e9 possible et plac\u00e9 sa valeur en deux petits de 10 \u00e0 11 ans. (1785, Correspondance de Regnaud de Beaumond \u00e0 sa m\u00e8re, Extrait de \u00ab \u00c0 Saint-Domingue, avec deux jeunes \u00e9conomes de plantation, 1774-1785, Debien Gabriel)<\/p>\n<p>D\u00e9fricher, mettre en culture, imm\u00e9diatement produire ; du nord au sud, d\u2019est en ouest, c\u2019est Saint-Domingue. L\u2019ambition est un v\u00e9cu quotidien. D\u2019un seul tenant, on pr\u00e9tend occuper tout l\u2019espace g\u00e9ographique et physique. Les seules barri\u00e8res infranchissables se trouvent dans les perp\u00e9tuelles r\u00e9criminations et petites guerres le long de la fronti\u00e8re entre la partie fran\u00e7aise et la partie espagnole. L\u2019Histoire n\u2019a pas le temps de s\u2019\u00e9crire. Le v\u00e9cu au pr\u00e9sent se raconte tambour battant et apparemment ne s\u2019imprime pas. Chaque nouvelle page effa\u00e7ant la pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p>En 1739, un inspecteur de la police du Cap s\u2019\u00e9tonne des jeux d\u2019argent \u00e0 ciel ouvert :<\/p>\n<p>\u00ab Nulle part on ne joue avec plus d\u2019audace. Les esclaves eux-m\u00eames y font publiquement des parties tr\u00e8s ch\u00e8res. \u00bb Les cabarets doivent \u00eatre ferm\u00e9s \u00e0 des heures marqu\u00e9es et cependant j\u2019ai eu le voisinage d\u2019un cabaret o\u00f9 les n\u00e8gres m\u2019emp\u00eachaient de dormir longtemps apr\u00e8s (\u2026) \u00ab (Moreau de Saint-M\u00e9ry)<\/p>\n<p>\u00ab Les n\u00e8gres vont arm\u00e9s de gros b\u00e2tons, ils tiennent des chambres \u00e0 loyer, ils jouent, ils forment des assembl\u00e9es, ils violent enfin tous les r\u00e8glements et les hommes de police sont spectateurs tranquilles de leurs contraventions (\u2026) \u00bb (Moreau de Saint-M\u00e9ry)<\/p>\n<p>Au Cap en 1767, un march\u00e9 tenu par des n\u00e8gres est ouvert Place de Clugny. Ce march\u00e9, non pav\u00e9, boueux, recevra jusqu\u2019\u00e0 20 000 esclaves envoy\u00e9s par leurs ma\u00eetres pour vendre les produits de leurs habitations (les plus fid\u00e8les esclaves sont d\u00e9sign\u00e9s pour ce march\u00e9, ils s\u2019en vont librement, prennent le bateau, effectuent de longs parcours presqu\u2019en hommes libres). En principe la police du march\u00e9 est l\u00e0 pour tenir les gens sous s\u00e9questre. Ce sont toujours des libres de couleur, pauvres, qui assument cette surveillance. Mais ils ont appris \u00e0 regarder au loin et \u00e0 ne se quereller avec personne.<\/p>\n<p>Penser en terme d\u2019\u00e9vidence du Social n\u2019est pas encore dans les stratifications mentales du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle. Du c\u00f4t\u00e9 des n\u00e8gres, c\u2019est le v\u00e9cu d\u2019une exp\u00e9rience collective.<\/p>\n<p>Qui se hasarderait \u00e0 en tirer une pr\u00e9diction pour l\u2019Avenir, \u00e0 mesurer la grande bascule de l\u2019esclave dans ses cha\u00eenes au n\u00e8gre plac\u00e9 de fait dans une libert\u00e9 d\u2019action et de participation ?<\/p>\n<p>Comment ce pr\u00e9sent en miettes, instable, dans l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 permanente, constitue-t-il un cha\u00eenon qui s\u2019ins\u00e8re naturellement dans un processus en cours bien qu\u2019ind\u00e9tectable ?<\/p>\n<p>Vers les ann\u00e9es 1780-1785 s\u2019\u00e9crivent les premi\u00e8res grandes compilations avec une vis\u00e9e r\u00e9trospective et totalisatrice (Hilliard d\u2019Auberteuil, M\u00e9d\u00e9ric Louis \u00c9lie Moreau de Saint-M\u00e9ry, et de nombreux autres\u2026)<\/p>\n<p>Le marqueur le plus impressionnant, c\u2019est l\u2019\u00e9valuation du nombre d\u2019esclaves : 500.000 environ. L\u2019\u00e9valuation du nombre de n\u00e8gres \u00e0 Saint-Domingue continue d\u2019\u00eatre un sujet contest\u00e9 entre historiens. Les grands t\u00e9moins qui ont particip\u00e9 aux \u00e9v\u00e8nements donnent des chiffres qui tournent autour de<\/p>\n<p>900 000 n\u00e8gres (\u00e0 mettre en relief par rapport aux 60.000 n\u00e8gres de la Martinique).<\/p>\n<p>Une donn\u00e9e p\u00e8se lourd dans la balance et cependant demeure ind\u00e9chiffrable. Elle concerne les n\u00e8gres mercenaires, farouches soldats qui ont toujours occup\u00e9 la cha\u00eene de montagnes s\u00e9parant la moiti\u00e9 fran\u00e7aise de l\u2019\u00eele de l\u2019autre moiti\u00e9 espagnole. Ces n\u00e8gres marrons servaient \u00e0 tour de r\u00f4le l\u2019Espagne ou l\u2019Angleterre. Jamais les Fran\u00e7ais n\u2019avaient fait appel \u00e0 eux.<\/p>\n<p>Dans l\u2019embrasement g\u00e9n\u00e9ral de la partie fran\u00e7aise de Saint-Domingue \u00e0 partir des ann\u00e9es 1797-1801, il faudra compter avec eux.<\/p>\n<p><strong>L\u2019incontournable Makandal, br\u00fbl\u00e9 vif le 20 janvier 1758 <\/strong>:<\/p>\n<p>En 1748, Makandal, le grand n\u00e8gre de \u00ab la n\u00e9- gritude \u00bb, le premier \u00e0 ouvrir pour ses compatriotes la voie unique du gladiateur descendant dans l\u2019ar\u00e8ne.<\/p>\n<p>Makandal, d\u00e9barqu\u00e9 dans la partie nord, est achet\u00e9 par Lenormand Le Mezy un colon du Limb\u00e9. Il est victime d\u2019un accident, son bras est pris dans le moulin. Il faut le lui couper. Il est sauf. On l\u2019affecte \u00e0 la surveillance des troupeaux.<\/p>\n<p>Il ne recherche personne mais tout le monde le recherche. La puissance du silence, la puissance de la concentration. Il d\u00e9couvre plusieurs plantes v\u00e9n\u00e9neuses. Comment un personnage aussi mutique, silencieux, devient-il une puissance incontest\u00e9e ?<\/p>\n<p>Les quelques Blancs (il y en eut) qui regardaient les esclaves d\u2019un autre \u0153il et cherchaient \u00e0 entrer en contact avec eux, ne purent jamais rompre le mur avec lui. Petit \u00e0 petit, Makandal agr\u00e8ge autour de sa personne des petits groupes d\u2019esclaves qui viennent danser avec lui la nuit dans la for\u00eat et psalmodier quelques bribes incompr\u00e9hensibles pour les Blancs qui les ont recueillies par la suite. (Quelques strophes : Baron-Samedi, Baron-La \u2013Croix, Baron- Cimeti\u00e8re\u2026Je suis taureau, je beugle \/ Dans mon p\u00e2turage, que vois-je ? Je vois cela. Je beugle\u2026Je suis criminel\/ Toute ma famille est criminelle\/ En haut, en haut, en haut \/ Dis-leur que je suis criminel (\u2026) \u00bb) Peu \u00e0 peu Makandal multiplie les s\u00e9ances et \u00e9tend son territoire d\u2019action. Le Vaudou est n\u00e9 et s\u2019implante \u00e0 Saint-Domingue\u2026(Tambour petro\u2026Tambour rada\u2026 Les amis qui sont loin sont comme de l\u2019argent mis de c\u00f4t\u00e9\u2026Les amis proches sont des couteaux \u00e0 deux tranchants\u2026 )<\/p>\n<p>Makandal a jet\u00e9 des graines d\u2019identit\u00e9 dans les esprits des esclaves qu\u2019on avait d\u00e9c\u00e9r\u00e9br\u00e9s, d\u00e9connect\u00e9s d\u2019une m\u00e9moire du pass\u00e9 ne leur laissant comme socle unique de leur pr\u00e9sent que les horreurs du transfert sur le bateau n\u00e9grier et le quotidien de leur nouveau statut. Makandal va semer le poison dans les alentours. Lorsqu\u2019il est pris, c\u2019est par la trahison d\u2019un des siens.<\/p>\n<p>On n\u2019a jamais pu s\u2019entendre sur le nombre de morts laiss\u00e9s derri\u00e8re lui par Makandal. Il ne fallait pas semer la panique chez les Blancs (certains chiffres vont jusqu\u2019\u00e0 3000 victimes). Makandal est condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre br\u00fbl\u00e9 vif dans une sc\u00e8ne grandiose sur la place principale du Cap le 20 janvier 1758. C\u2019est l\u2019\u00e9crivain cubain Alejo Carpentier qui, dans son ouvrage Le Royaume de ce Monde, fixe la l\u00e9gende. L\u2019immense foule d\u2019esclaves amen\u00e9s de force pour assister au spectacle semble \u00e9touffer dans son silence. Lorsque tout d\u2019un coup s\u2019\u00e9l\u00e8ve un grand cri : \u00ab Li sauv\u00e9! \u00bb. Ils avaient vu Makandal sortir du feu parfaitement intact et s\u2019\u00e9lever jusqu\u2019au Ciel !<\/p>\n<p>Un autre t\u00e9moignage, celui de l\u2019Abb\u00e9 Le Monnier en 1769, parlant d\u2019un autre n\u00e8gre marron : \u00ab Discours d\u2019un n\u00e8gre marron qui a \u00e9t\u00e9 repris et qui va subir le dernier supplice. (Saint-Domingue 1769).<\/p>\n<p>De toute \u00e9vidence l\u2019abb\u00e9 Monnier ne mettrait pas sur le m\u00eame plan Makandal et son parfait h\u00e9ros princier arrach\u00e9 \u00e0 sa principaut\u00e9 et qui philosophe comme s\u2019il \u00e9tait dans son cabinet de lecture. Ses plaintes contre l\u2019esclavage font piti\u00e9. Il reste un homme seul jusqu\u2019au bout de sa plaidoirie : \u00ab Puisse donc la race des Noirs se multiplier et s\u2019\u00e9clairer ! Puisse-t-elle un jour\u2026 L\u00e2ches tyrans, vous p\u00e2lissez, vous bais- sez la t\u00eate. Rassurez-vous, puisse-t-elle un jour, je ne dis pas r\u00e9duire \u00e0 la servitude, mais forcer \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 les Blancs qui l\u2019outragent (\u2026) Bourreau, fais ton m\u00e9tier, mon corps est \u00e0 toi. Brise la prison de mon \u00e2me, qu\u2019elle aille s\u2019unir \u00e0 son Cr\u00e9ateur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 Saint-Domingue un \u00ab espace social n\u00e8gre \u00bb se fabrique spontan\u00e9ment en \u00eelots dispers\u00e9s, un processus lent, invisible parce qu\u2019impensable.<\/p>\n<p><strong>Situation compar\u00e9e : Martinique, Saint- Domingue<\/strong><\/p>\n<p><strong>De 1740-50 aux ann\u00e9es 1780 :<\/strong><\/p>\n<p>Les Grands Blancs de Martinique n\u2019entrent pas dans les m\u00eames standards de noblesse que ceux de Saint-Domingue. Ces derniers s\u2019apparentent plus \u00e0 la grande noblesse de La Marine fran\u00e7aise. (La R\u00e9volution de 1789 ne songe\u00e2t m\u00eame pas \u00e0 attaquer ce privil\u00e8ge). Les Grands Blancs de Martinique sont majoritairement des Blancs cr\u00e9oles n\u00e9s dans la colonie.<\/p>\n<p>Nombre de Grands Blancs de Saint-Domingue ont regagn\u00e9 leurs p\u00e9nates dans leurs ch\u00e2teaux en d\u00e9l\u00e9guant la responsabilit\u00e9 de leurs propri\u00e9t\u00e9s \u00e0 des in- tendants, des \u00e9conomes, des sous-ordres de niveaux sociaux divers.<\/p>\n<p>Ceux qu\u2019on appelle les Petits Blancs en Martinique sont la seconde vague de peuplement de Blancs dans la colonie. Ils n\u2019ont pas eu de facilit\u00e9s pour acqu\u00e9rir une terre, la monter en Habitation. Ils souffrent de leur statut inf\u00e9rioris\u00e9 et n\u2019en ont que plus de rage contre ceux sur lesquels ils peuvent d\u00e9verser leur haine (c\u2019est \u00e0 dire les esclaves).<\/p>\n<p>Le monde des Petits blancs de Saint- Domingue est une p\u00e2te feuillet\u00e9e. Ca- t\u00e9gories et sous-cat\u00e9gories s\u2019entrem\u00ealent. Parmi eux d\u2019ardents jeunes gens de bonne famille d\u00e9sargent\u00e9e et de bonne \u00e9ducation, d\u00e9\u00e7us d\u2019\u00eatre mis en concurrence avec des vagabonds morts-de-faim du \u00ab bas peuple \u00bb.<\/p>\n<p>Le total de Grands Blancs et Petits Blancs s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 18 000 en moyenne en Martinique.<\/p>\n<p>Il est de 30 000 \u00e0 Saint-Domingue.<\/p>\n<p>Les libres de couleur (mul\u00e2tres ou n\u00e8gres libres) n\u2019existent pas comme cat\u00e9gorie en Martinique avant les ann\u00e9es 1780. Les liens entre eux ne sont pas visibles. Un libre de couleur, surtout s\u2019il est mul\u00e2tre, aura les bonnes mani\u00e8res de demander \u00e0 son ancien ma\u00eetre et de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son g\u00e9niteur Blanc de porter son enfant sur les fonts baptismaux.<\/p>\n<p>\u00c0 Saint-Domingue, d\u00e8s les ann\u00e9es 1760-1770, les libres de couleur sont une \u00e9vidence : parmi eux de riches propri\u00e9taires, ils ont capitalis\u00e9 sur les mornes ne cherchant pas de concurrence avec les Blancs dont les Habitations sont toujours dans les plaines, cultivant plut\u00f4t le caf\u00e9 que le sucre. Ils se fr\u00e9quentent entre eux\u2026Mariages, bapt\u00eames\u2026 Leur appartenance \u00e0 une cat\u00e9gorie sociale est tout autant de fait que pour les autres cat\u00e9gories (Grands Blancs, Petits Blancs). D\u00e8s les ann\u00e9es 1780 ils sont 30 000, \u00e0 \u00e9galit\u00e9 en nom- bre avec les Blancs. Ils sont eux-m\u00eames propri\u00e9taires d\u2019esclaves.<\/p>\n<p>En Martinique on compte 60.000 esclaves.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 178O, les Blancs sont toujours obnubil\u00e9s par la situation \u00e0 Saint-Domingue.<\/p>\n<p>Les trois guerres franco-anglaises qui se sont encha\u00een\u00e9es (de 1744 \u00e0 1748, de 1759 \u00e0 1763 et celle de 1778 \u00e0 1783 qui d\u00e9bouche sur la naissance des Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique) accroissent la mis\u00e8re sur toutes les \u00eeles.<\/p>\n<p>En 1780, alors qu\u2019aucun signe n\u2019est visible d\u2019une agitation parmi les esclaves qui ne se m\u00e9fient que trop les uns des autres, brusquement apparaissent sur deux ou trois Habitations des morts de b\u00e9tail \u00ab suspectes \u00bb. Panique chez les Blancs, les Habitations sont suppos\u00e9es entre les mains d\u2019empoisonneurs. Un des Grands Blancs les plus en vue, un Du Buc, demande en urgence la justice pr\u00e9v\u00f4tale (il a perdu 169 n\u00e8gres et tous ses bestiaux).<\/p>\n<p>1780 : Dubuc de Sainte-Preuve au Galion ; chambre pr\u00e9v\u00f4tale demand\u00e9e par Du Buc.<\/p>\n<p>La chambre ambulante : 25 accus\u00e9s : 3 furent condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre br\u00fbl\u00e9s vifs, 6 \u00e0 \u00eatre pendus et leurs corps jet\u00e9s au feu, 4 \u00e0 \u00eatre marqu\u00e9s et fouett\u00e9s et les autres \u00e0 assister \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des condamn\u00e9s.<\/p>\n<p>(Greffier Rochery M\u00e9naut et Pocquet de Janville ; conseillers commissaires Dubuc assist\u00e9 de Dessalles fils nomm\u00e9 procureur g\u00e9n\u00e9ral).<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 la situation qui a vu na\u00eetre Ha\u00efti (l\u2019ancienne partie fran\u00e7aise de Saint-Domingue), les esclaves de Martinique n\u2019ont pas conscience de leur individualit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019espace de l\u2019Habitation est pour chacun d\u2019eux une prison \u00e0 ciel ouvert, une condamnation \u00e0 vie. On y est n\u00e9, on y a grandi, la suspicion vis-\u00e0-vis de l\u2019Autre est la r\u00e8gle.<\/p>\n<p>La relation avec les ma\u00eetres est un n\u0153ud de vip\u00e8res, flatteries, haines raval\u00e9es, mensonges, jalousies, flagorneries, double jeu, un naturel d\u00e9vastateur qui ne laisse m\u00eame pas la possibilit\u00e9 du repli sur soi (ces deux-l\u00e0 par exemple qui accompagnent toujours le ma\u00eetre lorsque celui-ci quitte Trinit\u00e9 pour se rendre \u00e0 Saint-Pierre, ils dorment dans sa chambre, ils sont \u00e9blouis de d\u00e9couvrir Saint-Pierre, ils reviendront fiers d\u2019eux-m\u00eames pour rendre les autres plus jaloux, plus amers, plus referm\u00e9s sur eux-m\u00eames).<\/p>\n<p>De 1780 \u00e0 1815, les esclaves martiniquais sont hors jeu, on ne peut pas les consid\u00e9rer comme \u00e9tant \u00ab en lutte \u00bb.<\/p>\n<p>Le 5 mai 1789 en France, les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux avec la d\u00e9ferlante d\u2019\u00e9v\u00e8nements qui suivent, provoque un \u00e9tat de choc chez les Grands Blancs de la Martinique. Il ne leur \u00e9chappe pas que se d\u00e9bat \u00e0 Paris le droit de p\u00e9tition des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des libres de couleur de Saint-Domingue.<\/p>\n<p>Le 3 juin 1790 \u00e0 Saint-Pierre en Martinique, le jour de la F\u00eate-Dieu, un groupe de mul\u00e2tres et n\u00e8gres libres, probablement presque tous gens de Saint-Pierre, s\u2019ins\u00e8re dans la procession \u00e0 la stupeur g\u00e9n\u00e9rale des Blancs. La procession se fige dans un d\u00e9lire imm\u00e9diat des Blancs, 33 mul\u00e2tres et libres de couleur, massacr\u00e9s en plein jour, en pleine rue, les corps imm\u00e9diatement jet\u00e9s \u00e0 la voirie.<\/p>\n<p><strong>En 1794, le d\u00e9cret du 16 pluvi\u00f4se an II (4 f\u00e9vrier 1794) proclame l\u2019abolition de l\u2019esclavage.<\/strong><\/p>\n<p>Le 6 f\u00e9vrier 1794, une d\u00e9l\u00e9gation de Grands Blancs martiniquais va en Angleterre pour signer l\u2019engagement qu\u2019ils ont pris de \u00ab donner \u00bb la Martinique \u00e0 l\u2019Angleterre. De fait les Anglais ont d\u00e9j\u00e0 install\u00e9 leurs batteries pour interdire \u00e0 Rochambeau (commissaire d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par la France pour la proclamation de l\u2019abolition de l\u2019esclavage) de prendre pied en Martinique.<\/p>\n<p>De 1794 \u00e0 1815-1820, ce sont vingt ann\u00e9es d\u2019une v\u00e9ritable incarc\u00e9ration des esclaves sur chaque Habitation.<\/p>\n<p>De nouveau proclam\u00e9 en 1811-1812 :<\/p>\n<p>-1\u00b0) Chaque commissaire de quartier formera un tableau des blancs et gens de couleur libres de son quartier en \u00e9tat de porter des armes, qui devront \u00eatre tenus de faire le service, en cas de be- soin, pour le maintien de l\u2019ordre et de la tranquillit\u00e9 int\u00e9rieure de l\u2019\u00eele.<\/p>\n<p>-2\u00b0) Qu\u2019il sera fait ensuite une chasse g\u00e9n\u00e9rale dans la colonie, qu\u2019en cons\u00e9quence on fera sortir le m\u00eame jour, de chaque quartier, un d\u00e9tachement pour battre les bois et parcourir les diff\u00e9rents endroits o\u00f9 pourraient se r\u00e9fugier les n\u00e8gres marrons et les fugitifs de la Martinique.<\/p>\n<p>-3\u00b0) Que Monsieur le G\u00e9n\u00e9ral sera invit\u00e9 \u00e0 faire une proclamation par laquelle il sera promis une r\u00e9compense \u00e0 celui qui arr\u00eatera un ou plusieurs fugitifs de la Martinique. Cette r\u00e9compense sera pour le n\u00e8gre esclave de sa libert\u00e9 ; et dans ce cas le prix de l\u2019esclave sera pay\u00e9 \u00e0 son ma\u00eetre par la Caisse coloniale ; et pour l\u2019homme blanc ou de couleur libre de vingt cinq mo\u00ebdes par t\u00eate, payable par la caisse de la colonie ; et que les personnes qui seraient convaincues d\u2019avoir recul\u00e9 ou retir\u00e9 les dits fugitifs, seraient poursuivies criminellement.<\/p>\n<p>-4\u00b0) Qu\u2019il sera form\u00e9 une compagnie de chasseurs de n\u00e8gres marrons compos\u00e9e de trente hommes de couleur libres et recevant une demi-gourde chaque jour.<\/p>\n<p>Outre la paie ci-dessus mentionn\u00e9e, le d\u00e9tachement qui fera des captures de n\u00e8gres marrons profitera de leur paie \u00e0 savoir : 10 gourdes pour ceux pris dans les bois et \u00e0 4 gourdes pour ceux arr\u00eat\u00e9s ailleurs.<\/p>\n<p>V\u00e9rification des titres des gens de couleur libres.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de l\u2019abolition de l\u2019esclavage en Martinique ne s\u2019enclenche qu\u2019au 19\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>Les \u00e9tapes de l\u2019Histoire<\/strong><\/p>\n<p>Il est difficile de r\u00e9sumer en quelques lignes les \u00e9v\u00e8nements importants qui se d\u00e9roulent en France et \u00e0 Saint-Domingue.<\/p>\n<p>Notre point de rep\u00e8res sera la guerre d\u2019ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine de 1778 \u00e0 1783 (La France y participe du c\u00f4t\u00e9 des treize colonies am\u00e9ricaines r\u00e9clamant leur ind\u00e9pendance contre l\u2019Angleterre qui n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 battue).<\/p>\n<p>Saint-Domingue est la base des forces fran\u00e7aises, toute la population y participe.<\/p>\n<p>Les corsaires des Petites Antilles sont naturellement de la partie.<\/p>\n<p>Les libres de couleur de Saint-Domingue combattent en formant leur propre bataillon.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1785, les libres de couleur de Saint- Domingue se rapprochent des autorit\u00e9s et expriment le d\u00e9sir d\u2019offrir au Roi un vaisseau et en m\u00eame temps d\u2019exposer leur situation \u00e0 Sa Majest\u00e9 : ils sont libres certes, mais sans la reconnaissance des droits civiques dus \u00e0 des hommes libres.<\/p>\n<p>Vincent Og\u00e9 et Julien Raymond sont les figures de proue pour Saint-Domingue. Ils sont \u00e0 Paris d\u00e8s avant les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9- raux. Ils ont r\u00e9ussi, avant novembre 1789, \u00e0 former un groupe de plus de 78 libres de couleur ou n\u00e8gres esclaves qui signeront devant notaire l\u2019existence de leur groupe de p\u00e9titionnaires.<\/p>\n<p>En Angleterre, William Wilberforce (1759-1833), d\u00e9put\u00e9 en 1784, entre d\u00e9j\u00e0 dans le combat contre la traite n\u00e9gri\u00e8re (pour rappel l\u2019Angleterre est \u00e0 cette \u00e9poque la premi\u00e8re puissance n\u00e9gri\u00e8re) et pour l\u2019abolition de l\u2019esclavage.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s vite se constitue autour de lui une arm\u00e9e de militants (Thomas Clarkson, Charles Middleton\u2026).<\/p>\n<p>Entre eux r\u00e8gne l\u2019esprit des Crois\u00e9s d\u2019antan.<\/p>\n<p>Militants actifs ils sont en permanence sur le terrain. Ils pr\u00eachent et mobilisent particuli\u00e8rement dans les environs portuaires. Ils exigent de visiter les bateaux n\u00e9griers dans les ports. Ils d\u00e9nichent quelques perles rares parmi des n\u00e8gres d\u00e9barqu\u00e9s en Angleterre et les aident \u00e0 raconter leur histoire : Antony Amo, le guin\u00e9en ; Ignatus Sancho L\u2019Africain ; Olaudad Equiano, le r\u00e9cit complet de sa vie ; le proc\u00e8s de l\u2019esclave James So- merset venu de Virginie ; Ottobah Cu- goano (sur la traite des n\u00e8gres )\u2026<\/p>\n<p><strong>En France est fond\u00e9e la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis des Noirs le 19 f\u00e9vrier 1788<\/strong><\/p>\n<p>141 membres. Parmi les plus en vue : Condorcet, Brissot, Carra, La Fayette, le financier Clavi\u00e8re, le Chevalier de Saint-Georges, J\u00e9r\u00f4me P\u00e9tion de Villeneuve, Mirabeau, l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire, l\u2019abb\u00e9 Sieyes, Le Duc de la Rochefou- cauld, Louis Monneron etc\u2026<\/p>\n<p>La phrase rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab P\u00e9rissent les colonies plut\u00f4t qu\u2019un principe \u00bb.<\/p>\n<p>Par contre, d\u00e8s le 20 ao\u00fbt 1789, la confr\u00e9rie des Grands Blancs propri\u00e9taires de Saint-Domingue et les repr\u00e9sentants des ports fran\u00e7ais s\u2019organisent en \u00ab Club des colons de l\u2019H\u00f4tel de Massiac \u00bb. Ce club est tr\u00e8s organis\u00e9 pour tuer dans l\u2019\u0153uf toute remise en question de l\u2019Ordre colonial tel qu\u2019il existe.<\/p>\n<p>Les 1200 d\u00e9put\u00e9s venus de toute la France pour la convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, avec leur propre cahier de dol\u00e9ances, ne sont pas l\u00e0 pour discuter principalement des colonies dont un grand nombre ignore jusqu\u2019\u00e0 la situation g\u00e9ographique.<\/p>\n<p>Saint-Domingue entre dans un chaos d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e 1789. La mort de Vincent Og\u00e9 est donn\u00e9e en spectacle dans un grand d\u00e9corum sinistre que les Blancs d\u00e9cha\u00een\u00e9s ont mis en sc\u00e8ne (il sera d\u00e9membr\u00e9 apr\u00e8s qu\u2019il se soit agenouill\u00e9 une bougie \u00e0 la main pour demander pardon aux Blancs d\u2019avoir obtenu les droits civiques pour les libres de couleur).<\/p>\n<p>De 1791 \u00e0 1793 la guerre civile embrase le pays entier. Le Pacte Vaudou est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 au Bois Ca\u00efman avec Boukman.<\/p>\n<p><strong>Toussaint Louverture entre en lice.<\/strong><\/p>\n<p>En 1794, la proclamation de l\u2019abolition de l\u2019esclavage en France vise \u00e0 reprendre la main sur Saint-Domingue. Mais les colons s\u2019accrochent. La guerre civile continue. Napol\u00e9on est au pouvoir depuis son coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire en 1799, consul \u00e0 vie \u00e0 partir du 2 ao\u00fbt 1802, proclam\u00e9 empereur en 1804. Il d\u00e9cide de reprendre la colonie de Saint-Domingue, de m\u00eame que la Guadeloupe et d\u2019y r\u00e9tablir l\u2019esclavage. Le retour de la Martinique dans le giron fran\u00e7ais ne demande qu\u2019une n\u00e9gociation avec l\u2019Angleterre. De toute fa\u00e7on la Martinique n\u2019avait pas connu d\u2019abolition de l\u2019esclavage. Exp\u00e9dition Leclerc \u00e0 Saint-Domingue, arrestation par tra\u00eetrise de Toussaint Louverture emmen\u00e9 en France pour \u00eatre jet\u00e9 en prison jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1803, Saint- Domingue est en feu, carnages, flots de sang, guerre sans merci.<\/p>\n<p><strong>Leclerc est vaincu.<\/strong><\/p>\n<p>Naissance d\u2019Ha\u00efti le 1er janvier 1804, \u00e9v\u00e9nement mondial de la fin du 18\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>C\u2019est le seul pays dans lequel les n\u00e8gres ont pu mener une bataille de cette ampleur.<\/p>\n<p>Le dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle s\u2019ouvre par un coup d\u2019\u00e9clat de l\u2019Angleterre (premi\u00e8re puissance n\u00e9gri\u00e8re) qui convoque le Congr\u00e8s de Vienne pour imposer la fin de la traite n\u00e9gri\u00e8re. L\u2019Angleterre reprend son r\u00f4le de premi\u00e8re puissance mondiale. Elle s\u2019arroge un droit de visite de n\u2019importe quel bateau sous n\u2019importe quel pavillon. (La France demande un d\u00e9lai, la traite clandestine continuera jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1840 et plus\u2026)<\/p>\n<p>Les Bourbon sont de retour. La France est redevenue royaliste. La grande \u00e8re r\u00e9volutionnaire ouverte en 1789 est enterr\u00e9e. La Martinique est remise solennellement \u00e0 la France le 2 d\u00e9cembre 1814.<\/p>\n<p>Ha\u00efti est encore dans l\u2019\u00e9clat de son triomphe. C\u2019est vers Ha\u00efti que se tourne Simon Bolivar qui appelle \u00e0 l\u2019aide pour un d\u00e9barquement au Venezuela. Ha\u00efti le re\u00e7oit avec les honneurs, propose toute son aide \u00e0 condition que Bolivar d\u00e9clare l\u2019abolition de l\u2019esclavage dans tous les pays d\u2019Am\u00e9rique Latine qu\u2019il aura conquis. Ce qui sera fait.<\/p>\n<p>Le temps des vautours s\u2019abattra sur Ha\u00efti \u00e0 partir de 1825.<\/p>\n<p>Pour commencer, la France qui r\u00e9clame \u00e0 Ha\u00efti ruin\u00e9e, en cendres, une r\u00e9paration financi\u00e8re faramineuse pour les d\u00e9dommagements des Blancs ayant perdu leurs biens. La pression est accompagn\u00e9e de menaces militaires, d\u2019une nouvelle armada de 14 b\u00e2timents de 28 canons.<\/p>\n<p>La pression est telle que les Ha\u00eftiens sont contraints de signer un montage de dettes qui repr\u00e9sentent un total de 150 millions de franc-or et pour Ha\u00efti une dette sur 125 ans.<\/p>\n<p>Toutes les autres puissances europ\u00e9ennes soutiennent cette revanche (re- vanche contre les n\u00e8gres). L\u2019Am\u00e9rique, qui dans sa guerre d\u2019ind\u00e9pendance contre l\u2019Angleterre avait vu venir des n\u00e8gres ha\u00eftiens (de Saint-Domingue en ce temps-l\u00e0) se battre pour elle, a d\u00e9j\u00e0 dans sa vis\u00e9e l\u2019occupation d\u2019Ha\u00efti qui ne tardera pas.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le retour des Bourbons le d\u00e9dommagement des colons est un principe de base sacr\u00e9, le d\u00fb aux colons va peser lourdement sur les luttes \u00e0 venir.<\/p>\n<p><strong>En Martinique<\/strong><\/p>\n<p>De 1794 \u00e0 1822, les Blancs se r\u00e9galent de vingt ann\u00e9es de paix, ils n\u2019affrontent aucun d\u00e9fi. L\u2019\u00e2ge d\u2019or pour eux de l\u2019Habitation devient r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Soudain, l\u2019\u00e9chafaudage de tranquillit\u00e9 est \u00e9branl\u00e9 :<\/p>\n<p>T\u00e9tis, un mul\u00e2tre cordonnier surnomm\u00e9 Moli\u00e8re menant jusque-l\u00e0 une vie tranquille \u00e0 Saint-Pierre mijote une r\u00e9volte. Ils sont d\u00e9j\u00e0 plusieurs conjur\u00e9s. Ils envoient des \u00e9missaires pour soulever les Habitations Garou et Venancourt. Non seulement les esclaves de cette Habitation restent sourds mais le commandeur Vincent et le raffineur Paul d\u00e9noncent la conspiration. Moli\u00e8re se suicide. Son cadavre est recueilli par la justice qui condamne le cadavre \u00e0 \u00eatre tra\u00een\u00e9 sur la claie et pendu par les pieds.<\/p>\n<p>\u00c9lyz\u00e9e, esclave du Sieur Faugas n\u2019a pas quinze ans. Mul\u00e2tre comme sa m\u00e8re Ay, esclave du Sieur \u00c9douard Henry. \u00c9lyz\u00e9e est probablement le fils du Sieur Henry. Tr\u00e8s jeune, \u00c9lyz\u00e9e a \u00e9t\u00e9 \u00ab donn\u00e9 en cadeau \u00bb \u00e0 un membre de la famille Faugas dont l\u2019Habitation est tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de Saint-Pierre.<\/p>\n<p>\u00c9lyz\u00e9e s\u2019enfuit de l\u2019Habitation Faugas. Il fomente un complot avec une bonne dizaine de demandeurs, atteindre Saint- Pierre et s\u2019y dissimuler puis voler un canot.<\/p>\n<p>Il r\u00e9ussit \u00e0 approcher sa m\u00e8re qui le cache (aid\u00e9e d\u2019une amie, Agn\u00e8s).<\/p>\n<p>Le jour du d\u00e9part est fix\u00e9.<\/p>\n<p>Les partants n\u2019ont pas le temps d\u2019atteindre le Pr\u00eacheur. Le complot est d\u00e9- nonc\u00e9 par Domette, une petite mul\u00e2tresse de 8 ans.<\/p>\n<p>Un proc\u00e8s se pr\u00e9pare en grande pompe. Arr\u00eat de la condamnation (le 30 d\u00e9cembre 1815) : condamnations \u00e0 mort pour tous (\u00c9lyz\u00e9e sera le premier \u00e0 \u00eatre pendu et \u00e9trangl\u00e9 sous les yeux de sa m\u00e8re, son corps jet\u00e9 \u00e0 la voirie).<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de cinq mille esclaves ont \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9s pour assister \u00e0 la sc\u00e8ne d\u2019ex\u00e9cution des peines.<\/p>\n<p>Ay et Agn\u00e8s re\u00e7oivent 29 coups de fouet et sont marqu\u00e9es des lettres GAL (condamnation aux gal\u00e8res perp\u00e9tuelles sur les pontons).<\/p>\n<p>Vers 1821, choc chez les Blancs, les libres de couleur sont aussi nombreux qu\u2019eux.<\/p>\n<p>11.073 libres de couleur contre 9.697 blancs<\/p>\n<p>Quelques noms (Millet Joseph, n\u00e9 en 1782 ; L\u00e9once Nicolas, (n\u00e9 en 1793 ?) le plus riche des libres de couleur ; Fabien Louis, n\u00e9 en 1794 ; Bissette Cyrille, en 1795 ; Pory-Papy, en 1805 \u2026 )<\/p>\n<p>M\u00e9tiers des gens de couleur : ma\u00eetres charpentiers, ma\u00eetres ma\u00e7ons, entrepreneurs de b\u00e2timents, charpentiers, ma\u00e7ons, menuisiers, ma\u00eetres perruquiers, ma\u00eetres tailleurs, cordonniers, tonneliers, marchands, marchandes graini\u00e8res, marchand traiteur, navigateur, p\u00eacheurs, charpentiers de marine, calfat, bouchers.<\/p>\n<p>Les professions lib\u00e9rales sont interdites (clerg\u00e9, administration, notaires, huissiers, avocats, greffiers).<\/p>\n<p>En Martinique, les libres de couleur sont pour la plupart de petits agriculteurs ou des artisans. \u00c0 Saint-Pierre et \u00e0 Fort-Royal, ils sont plut\u00f4t marchands de gros, n\u00e9gociants, concessionnaires, c\u2019est une classe de propri\u00e9taires d\u2019immeubles, quelques-uns poss\u00e8dent un petit nombre d\u2019esclaves. (\u00c0 Saint Do- mingue, des libres de couleur sont tr\u00e8s t\u00f4t de grands propri\u00e9taires d\u2019Habitations et possesseurs d\u2019esclaves).<\/p>\n<p><strong>En 1822, c\u2019est la r\u00e9volte du Carbet :<\/strong><\/p>\n<p>21 condamn\u00e9s \u00e0 la peine capitale, 10 aux gal\u00e8res perp\u00e9tuelles, ex\u00e9cution des condamn\u00e9s sur la place Bertin le 19 novembre 1822.<\/p>\n<p>En 1823-1824, c\u2019est la d\u00e9portation massive de plus de 1500 libres de couleur au S\u00e9n\u00e9gal !<\/p>\n<p>En 1823, Cyrille Bissette ose adresser une lettre de courtoisie<\/p>\n<p>souhaitant la bienvenue au nouveau Commissaire de justice nomm\u00e9 en Martinique, le Baron de la Mardelle. Cette lettre pr\u00e9sente des v\u0153ux au Souverain de la part des libres de couleur et d\u00e9clare la fid\u00e9lit\u00e9 des libres de couleur envers Sa Majest\u00e9.<\/p>\n<p>Sit\u00f4t connue, cette p\u00e9tition soul\u00e8ve l\u2019ire des Blancs. Bissette irrite d\u2019autant plus qu\u2019il est le petit-fils du Grand Blanc Joseph Gaspard de Tascher de la Pagerie, p\u00e8re de Jos\u00e9phine de Beauharnais. \u00c2g\u00e9 de 28 ans, p\u00e8re de quatre enfants, commer\u00e7ant prosp\u00e8re \u00e0 Fort-de- France, il y a l\u00e0 un profil-type de la haine des Blancs. En novembre 1823, L\u00e9once Nicolas, l\u2019homme de couleur le plus riche de la colonie (et pour comble d\u2019outrance l\u2019associ\u00e9 d\u2019une grande soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9tropolitaine d\u2019import-export) subit une attaque foudroyante. Un Blanc qui fait partie de ses nombreux d\u00e9biteurs (on ne cesse de venir lui demander des emprunts, sorte de ran\u00e7on qui ne dit pas son nom) s\u2019insurge d\u2019entendre L\u00e9once hausser la voix pour lui parler. L\u00e9once d\u00e9clare qu\u2019il ne peut plus lui pr\u00eater d\u2019argent alors qu\u2019il n\u2019a toujours pas rembours\u00e9 la dette qu\u2019il a envers lui. Cette sc\u00e8ne se d\u00e9roule chez L\u00e9once sans aucun t\u00e9moin.<\/p>\n<p>Quarante-huit heures plus tard, L\u00e9once Nicolas accus\u00e9 comme \u00ab mul\u00e2tre insolent \u00bb est convoqu\u00e9 devant un juge unique. Il est condamn\u00e9 \u00e0 une d\u00e9portation imm\u00e9diate. On ne lui laisse m\u00eame pas le temps de rentrer chez lui et de se procurer quelques objets et documents qui lui sont indispensables. Fin novembre sans m\u00eame avoir eu le temps de pr\u00e9venir ses proches, de se procurer des v\u00eatements pour affronter l\u2019hiver, la d\u00e9portation est effective.<\/p>\n<p>Un train d\u2019enfer est lanc\u00e9.<\/p>\n<p>Le 12 d\u00e9cembre 1823, une perquisition est ordonn\u00e9e chez deux riches libres de couleur, Mont Louis Th\u00e9bia et J. \u00c9rich\u00e9 fra\u00eechement arriv\u00e9s au pays apr\u00e8s une longue absence. On trouve chez eux quelques exemplaires d\u2019une brochure intitul\u00e9e \u00ab De la situation des gens de couleur libres aux Antilles \u00bb, un ouvrage qui circule depuis des mois \u00e0 Paris et dont l\u2019identit\u00e9 de l\u2019auteur ne fait aucun doute, Gabriel Jacques Laisn\u00e9 de Villev\u00eaque, ce dernier, ami de longue date de J. \u00c9rich\u00e9. Dans la foul\u00e9e, une descente de police est diligent\u00e9e chez Bissette et Fabien. On trouve chez chacun d\u2019eux un exemplaire de l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p>Le 13 d\u00e9cembre Bissette est appel\u00e9 \u00e0 compara\u00eetre (le procureur g\u00e9n\u00e9ral est Richard de Lucy).<\/p>\n<p>Le 22 d\u00e9cembre, arrestation de Fabien et Volny.<\/p>\n<p>Le 23 d\u00e9cembre \u00e0 3 heures du matin, 12 hommes de couleur, les principaux n\u00e9gociants de Fort-Royal (Joseph \u00c9rich\u00e9, Mont Louis Th\u00e9bia, Joseph Millet, Armand Hilaire, Laborde, Germain Saint-Aude , Dufond, \u00c9tienne Pascal , Angel, Joseph Verdet, Montganier, Edouard Nouill\u00e9) sont arr\u00eat\u00e9s. Ils sont transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 bord de la Go\u00e9lette La B\u00e9arnaise, mouill\u00e9e dans la rade.<\/p>\n<p>Le 5 janvier 1824 un jugement condamne Bissette au bannissement perp\u00e9tuel (il vient d\u2019\u00eatre p\u00e8re), Fabien et Volny \u00e0 cinq ans de bannissement. (Le silence du gouverneur le g\u00e9n\u00e9ral Donzelot : \u00ab \u2026Je ferai poursuivre avec la derni\u00e8re rigueur les perturbateurs\u2026 \u00bb)<\/p>\n<p>Le 12 janvier 1824 un second arr\u00eat surclasse le premier jug\u00e9 trop cl\u00e9ment. Cet arr\u00eat d\u00e9finitif condamne Bissette, Fabien et Volny aux gal\u00e8res \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Ils seront imm\u00e9diatement marqu\u00e9s des lettres GAL (gal\u00e8res).<\/p>\n<p><strong>La Martinique enti\u00e8re est prise de folie.<\/strong><\/p>\n<p>Les Blancs de toutes les communes, Basse-Pointe, Marigot et la Grande Anse (Lorrain), parmi les plus enrag\u00e9es, participent \u00e0 une rafle de libres de couleur dans toute l\u2019\u00eele. Plus de 1500 hommes de couleur seront d\u00e9port\u00e9s sans proc\u00e8s, un grand nombre sont jet\u00e9s dans les colonies espagnoles, anglaises, am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>La go\u00e9lette \u00ab La B\u00e9arnaise \u00bb se lance avec une cinquantaine de condamn\u00e9s \u00e0 son bord, enlev\u00e9s du pays sans avoir pu communiquer avec leurs familles, se munir de v\u00eatements pour cette longe travers\u00e9e qui se fera en plein hiver.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9portation est si extraordinaire que les nouvelles se r\u00e9pandent dans le monde et parviennent en France \u00e0 partir des colonies anglaises et espagnoles. Ni le gouverneur de la Martinique ni le Ministre de la Justice n\u2019en avaient encore averti le gouvernement fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>\u00ab La B\u00e9arnaise \u00bb entre dans la rade de Brest le 20 avril 1824 avec ses 43 d\u00e9port\u00e9s. Le mauvais temps ne lui permet pas de continuer sa route jusqu\u2019\u00e0 Dakar. Les d\u00e9port\u00e9s sont d\u00e9tenus \u00e0 bord de la gabarre du Roi, \u00ab le Tarn \u00bb.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me transport \u00e0 bord du \u00ab Chameau \u00bb transporte 166 d\u00e9port\u00e9s.<\/p>\n<p>Les deux convois sont cens\u00e9s se rendre en ligne directe au S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n<p><strong>Entr\u00e9e en lice d\u2019un spectaculaire d\u00e9fenseur de la cause des d\u00e9port\u00e9s : Ma\u00eetre Fran\u00e7ois-Andr\u00e9 Isambert<\/strong>,<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Fran\u00e7ois-Andr\u00e9 Isambert, avocat aux Conseils du Roi, au Conseil d\u2019\u00c9tatet \u00e0 la Cour de Cassation, directeur du Bulletin des Lois, il a alors 32 ans. L\u2019homme est engag\u00e9 dans une \u0153uvre monumentale en 28 volumes sous le titre \u00ab Recueil g\u00e9n\u00e9ral des anciennes lois fran\u00e7aises depuis 420 jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution de 1789 \u00bb.<\/p>\n<p>Il est tellement choqu\u00e9 par la nouvelle de cette d\u00e9portation qu\u2019il d\u00e9cide de se rendre sur-le-champ \u00e0 Brest.<\/p>\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, les voyages se font en diligences.<\/p>\n<p>\u00c0 peine arriv\u00e9, il sort tout son arsenal juridique pour obtenir l\u2019autorisation de rencontrer les d\u00e9port\u00e9s.<\/p>\n<p>Il r\u00e9dige son \u00ab M\u00e9moire pour les d\u00e9port\u00e9s de Martinique \u00bb en m\u00eame temps que toutes les interpellations qu\u2019il adresse \u00e0 la Cour de Cassation, au Ministre de la Marine, \u00e0 toutes les instances juridiques de France, \u00e0 de hautes personnalit\u00e9s comme le Duc d\u2019Angoul\u00eame, \u00e0 Londres et autres capitales europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Il d\u00e9pose m\u00eame une plainte contre le gouverneur de Martinique le G\u00e9n\u00e9ral Donzelot.<\/p>\n<p>Sa pr\u00e9sence \u00e0 Brest suscite l\u2019organisation d\u2019un comit\u00e9 de soutien.<\/p>\n<p>Les d\u00e9port\u00e9s re\u00e7oivent des v\u00eatements, un soutien moral inestimable qui les aide petit \u00e0 petit \u00e0 sortir de leur abattement (41 d\u00e9port\u00e9s ont laiss\u00e9 derri\u00e8re eux 57 enfants).<\/p>\n<p>Tout le monde est accroch\u00e9 \u00e0 la m\u00e9t\u00e9o (le mauvais temps a interrompu la route impos\u00e9e jusqu\u2019au S\u00e9n\u00e9gal), c\u2019est la course contre la montre.<\/p>\n<p>Le 10 mai, requ\u00eate en cassation pour Bissette, Fabien, Volny et demande d\u2019une r\u00e9ponse dans les 24 h (Ma\u00eetre Isambert rappelle la loi qui impose pour les libres de couleur la capacit\u00e9 de se pourvoir en cassation).<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Isambert manie tous les styles, il peut se montrer sec et cassant.<\/p>\n<p>Le 30 juin 1824, r\u00e9ponse dilatoire du Ministre de la Marine \u00e0 Me Isambert qui interpelle alors le Pr\u00e9sident du Conseil des ministres.<\/p>\n<p>Pour Ma\u00eetre Isambert, le temps presse (le second bateau \u00ab Le Chameau \u00bb a pris la route du S\u00e9n\u00e9gal, plus rien ne peut l\u2019arr\u00eater). Il interpelle presque tous les Barreaux de la c\u00f4te atlantique : Rouen, Rennes, Rochefort\u2026<\/p>\n<p>Il trouve le temps de r\u00e9diger une Note sur la l\u00e9gislation coloniale extraite des Recueils officiels, il rel\u00e8ve 179 dates et jugements.<\/p>\n<p>Le 15 juillet 1824, un arr\u00eat de la Cour de Cassation d\u00e9clare que les pourvois des d\u00e9port\u00e9s sont recevables \u00e0 la Cour de Cassation.<\/p>\n<p>Le 22 juillet 1824 le \u00ab M\u00e9moire pour les d\u00e9port\u00e9s de Martinique \u00bb de Ma\u00eetre Isambert est publi\u00e9 dans \u00ab le Journal des D\u00e9bats (cr\u00e9\u00e9 en 1789) \u00bb et dans \u00ab le Constitutionnel \u00bb (les deux journaux les plus diffus\u00e9s en France).<\/p>\n<p>Cette publicit\u00e9 annonce la r\u00e9v\u00e9lation \u00e0 la France de la grande plaie qu\u2019est l\u2019Affaire des d\u00e9port\u00e9s de Martinique.<\/p>\n<p>Le 26 ao\u00fbt 1824,Th\u00e9bia, \u00c9rich\u00e9, Laborde et Millet ne sont plus retenus \u00e0 Brest.<\/p>\n<p>Le 17 septembre 35 autres seront lib\u00e9r\u00e9s. (\u2026)<\/p>\n<p>En Martinique les Blancs pavoisent toujours. Certains d\u2019entre eux (Fortier, Brettevil, Dufond\u2026) ne cessent de proclamer : \u00ab Les Blancs ne consentiront jamais \u00e0 se voir les \u00e9gaux d\u2019hommes qui, comme la plupart des mul\u00e2tres et m\u00eame de ceux qui font le plus de bruits, ont des parents tr\u00e8s proches qui sont dans nos ateliers \u00bb.<\/p>\n<p>Les libres de couleur se terrent.<\/p>\n<p><strong>Victor Schoelcher<\/strong><\/p>\n<p>Victor Sch\u0153lcher a 30 ans lorsqu\u2019il cr\u00e9e en 1834 avec le Duc de Broglie \u00ab la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019abolition de l\u2019esclavage \u00bb.<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9ration de Sch\u0153lcher n\u2019a pas grandi sous les \u00e9tendards r\u00e9volutionnaires mais plut\u00f4t dans les replis frileux des p\u00e9riodes de transition (les Trois glorieuses de 1830, la naissance de la classe ouvri\u00e8re avec Karl Max et Engels et la naissance des socialistes\u2026).<\/p>\n<p>Fils unique d\u2019une famille catholique de la bourgeoisie, son \u00e9ducation a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t ouverte sur le monde ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>\u00c9tudes au Lyc\u00e9e Condorcet.<\/p>\n<p>S\u2019int\u00e9resse \u00e0 la litt\u00e9rature et \u00e0 la musique (premi\u00e8res rencontres avec George Sand, Hector Berlioz, Franz Liszt).<\/p>\n<p>Son p\u00e8re, propri\u00e9taire d\u2019une manufacture de porcelaine, voit en lui son successeur et l\u2019envoie au Mexique en 1828, aux USA et \u00e0 Cuba de 1828 \u00e0 1830.<\/p>\n<p>Ce voyage est pour lui un grand choc. Il prend v\u00e9ritablement pied dans le monde des colonies. Il d\u00e9couvre l\u2019esclavage \u00e0 Cuba, il est boulevers\u00e9 (Cuba, Puerto Rico et Santo Domingo, les derniers bastions des si\u00e8cles espagnols dans la Cara\u00efbe, sont les lieux les plus f\u00e9roces contre les n\u00e8gres et seront d\u2019ailleurs les derniers \u00e0 abolir l\u2019esclavage).<\/p>\n<p>De retour \u00e0 Paris, c\u2019est un autre homme.<\/p>\n<p>Il entre dans la carri\u00e8re de journaliste et critique artistique, adh\u00e8re \u00e0 la<\/p>\n<p>franc-ma\u00e7onnerie (\u00ab Les Amis de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb).<\/p>\n<p>Il revend la manufacture h\u00e9rit\u00e9e de son p\u00e8re. Toujours v\u00eatu comme un eccl\u00e9siastique, il se consacre enti\u00e8rement \u00e0 son m\u00e9tier de journaliste et \u00e0 ses activit\u00e9s philanthropiques.<\/p>\n<p>Sa plume a d\u00e9j\u00e0 son caract\u00e8re affirm\u00e9, pr\u00e9cis et clair.<\/p>\n<p>Ses articles sont attendus dans \u00ab le Courrier Fran\u00e7ais \u00bb, \u00ab le Si\u00e8cle \u00bb, \u00ab le journal des \u00c9conomistes \u00bb, \u00ab l\u2019Atelier \u00bb, \u00ab l\u2019Abolitionniste fran\u00e7ais \u00bb, \u00ab la Revue ind\u00e9pendante \u00bb, \u00ab La R\u00e9forme \u00bb.<\/p>\n<p>En 1833, il publie un essai \u00ab De l\u2019esclavage des Noirs et de la l\u00e9gislation coloniale \u00bb. Au chapitre XI il proclame : \u00ab L\u2019esclavage des n\u00e8gres est une injure \u00e0 la dignit\u00e9 humaine parce que l\u2019intelligence de l\u2019homme noir est parfaitement \u00e9gale \u00e0 celle de l\u2019homme blanc. \u00bb<\/p>\n<p>En 1834 il a choisi son combat : l\u2019abolition de l\u2019esclavage dans les colonies fran\u00e7aises. Il d\u00e9cide en 1840 un voyage aux Antilles, il en revient convaincu : abolition imm\u00e9diate et compl\u00e8te.<\/p>\n<p>La Martinique traverse de nouveau une p\u00e9riode de terreur.<\/p>\n<p>En1831 \u00e0 Saint-Pierre, jugement de 50 esclaves, 23 condamnations \u00e0 mort, 23 ex\u00e9cutions.<\/p>\n<p>En 1833, \u00e0 la Grande Anse (Le Lorrain), 93 esclaves sont condamn\u00e9s.<\/p>\n<p>Les Blancs sont toujours enrag\u00e9s.<\/p>\n<p>S\u2019il y a eu en France une campagne de bl\u00e2me qui leur \u00e9tait d\u00e9favorable, ils n\u2019ont re\u00e7u aucune r\u00e9primande officielle ou mise en demeure de la part du gouvernement. Ils savent pertinemment et ils ne s\u2019y trompent pas que la majorit\u00e9 en France vit dans les mythes de la colonisation dont les colons sont les h\u00e9ros (la colonisation de l\u2019Alg\u00e9rie est en cours).<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas lieu de s\u2019\u00e9tonner de cette nouvelle explosion de rage.<\/p>\n<p>Depuis f\u00e9vrier 1831 on d\u00e9bat l\u2019octroi des droits civils aux libres de couleur, un statut qui sera d\u00e9finitivement l\u00e9galis\u00e9 en 1833. (Entre autres, l\u2019ouverture des \u00e9tudes aux libres de couleur est accord\u00e9e \u00e0 partir de 1831).<\/p>\n<p>La Terreur s\u2019abat alors sur les esclaves.<\/p>\n<p>En France, le combat des abolitionnistes s\u2019intensifie et travaille \u00e0 la mobilisation de tous (notamment des ouvriers fran\u00e7ais).<\/p>\n<p>Dans sa Pr\u00e9face \u00e0 son \u0153uvre la plus d\u00e9cisive d\u2019environ 1500 pages \u00ab Histoire de l\u2019esclavage pendant les deux derni\u00e8res ann\u00e9es \u00bb, Victor Sch\u0153lcher lance encore un cri :<\/p>\n<p>\u00ab Tout le monde est d\u2019accord sur la saintet\u00e9 du principe de l\u2019abolition, nous avons eu l\u2019espoir de rendre plus \u00e9vidente que jamais l\u2019urgence de son application imm\u00e9diate (\u2026) Les adoucissements qu\u2019on a cru y porter font il- lusion \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019esclavage. Il n\u2019existe qu\u2019un moyen d\u2019am\u00e9liorer r\u00e9ellement le sort des n\u00e8gres, c\u2019est de prononcer l\u2019\u00e9mancipation compl\u00e8te et imm\u00e9diate. \u00bb (1847)<\/p>\n<p>Cet ouvrage de Victor Sch\u0153lcher est le monument le plus complet de la description des horreurs de l\u2019esclavage :<\/p>\n<p>\u00ab S\u00e9vices et cruaut\u00e9s, les mots ont beau \u00eatre exacts, ils ne portent pas la chair de la r\u00e9alit\u00e9 lorsque le fond du sujet n\u2019est pas s\u00e9diment\u00e9 dans les consciences. D\u2019o\u00f9 l\u2019obsession de ces lignes de remettre \u00e0 chaque fois la dimension de la souffrance r\u00e9elle qui se cache derri\u00e8re ces mots : un ma\u00eetre qui fait chanter \u00e0 ses petits n\u00e8gres \u00ab manger des excr\u00e9ments est bien bon \u00bb pendant qu\u2019ils sont fouett\u00e9s par ses ordres et contraints de manger des excr\u00e9ments de chien et de porc m\u00e9lang\u00e9s\u00bb (Cour d\u2019Assises de Saint-Pierre en Martinique, 1\u00e8re audience du 18 d\u00e9cembre 1845) ; la m\u00e8re des enfants, Rosette, enceinte de cinq mois, \u00e9tendue par terre, les mains li\u00e9es derri\u00e8re le dos, le corps mis \u00e0 nu, expos\u00e9 en plein soleil, a \u00e9t\u00e9 vigoureusement fouett\u00e9e avec effusion de sang et les blessures saignantes ont \u00e9t\u00e9 impr\u00e9gn\u00e9es de citron et de piment ; imm\u00e9diatement apr\u00e8s, malgr\u00e9 ses souffrances, elle a \u00e9t\u00e9 contrainte d\u2019une marche d\u2019une heure et demie pour aller au bourg effectuer sa t\u00e2che de vendre du charbon ; quelques jours apr\u00e8s, Rosette a re\u00e7u le m\u00eame ch\u00e2timent parce qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas remont\u00e9e assez t\u00f4t du bourg ; le fils de cette femme, Gustave, envoy\u00e9 au travail avec un carcan de fer, accoupl\u00e9 \u00e0 son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Jean-Baptiste \u00e2g\u00e9 de douze ans \u00e0 une m\u00eame cha\u00eene, sous les coups qu\u2019un autre esclave avait la charge de leur distribuer pour les obliger \u00e0 chanter en travaillant \u00ab nous arrachons les herbes, nous sarclons\u2026 \u00bb. Ro- setta eut le courage d\u2019aller se plaindre au Parquet lorsque son troisi\u00e8me fils Vincent, \u00e2g\u00e9 de sept ans commen\u00e7a \u00e0 subir le m\u00eame sort que ses a\u00een\u00e9s et que Jean-Baptiste eut l\u2019oreille coup\u00e9e par son ma\u00eetre et fut enferm\u00e9 dans le cachot de l\u2019Habitation o\u00f9 il mourut. Lors du proc\u00e8s, Rosetta avait fait une fausse couche, Jean-Baptiste, l\u2019a\u00een\u00e9 \u00e9tait mort, Gustave n\u2019eut pas le temps de t\u00e9moigner \u00e0 l\u2019audience, il mourut \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, c\u2019est Vincent, le petit de cinq ans qui fut appel\u00e9 \u00e0 t\u00e9moigner. Verdict d\u2019acquittement des ma\u00eetres (deux fr\u00e8res) !!! Ils avaient \u00e9t\u00e9 respectueusement accompagn\u00e9s par les gendarmes dans le pr\u00e9toire. Ils sont port\u00e9s en triomphe apr\u00e8s le verdict. C\u00e9l\u00e9bration de ce verdict au cours d\u2019une f\u00eate somptueuse don- n\u00e9e sur l\u2019Habitation d\u2019un grand propri\u00e9taire, membre du Conseil colonial en pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9lite des magistrats cr\u00e9oles. Les trois m\u00e9decins n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 en \u00e9tat de confirmer aucun des faits de l\u2019accusation. (Fait rare de ce proc\u00e8s, nombre d\u2019esclaves appel\u00e9s \u00e0 t\u00e9moigner reconnaissent clairement les mauvais traitements et confirment less accusations). Le ministre Mackau interpell\u00e9 \u00e0 la Chambre le 15 mai 1846 sur l\u2019iniquit\u00e9 de ce proc\u00e8s est interrog\u00e9 sur le sort des esclaves qui victimes de s\u00e9vices auraient d\u00fb \u00eatre rachet\u00e9s selon la loi Mackau sur le fond sp\u00e9cial allou\u00e9 \u00e0 cet effet.<\/p>\n<p>Mackau soutient que tel a \u00e9t\u00e9 le cas avant d\u2019\u00eatre convaincu de mensonge. 3 esclaves t\u00e9moins ayant soutenu les accusations avaient \u00e9t\u00e9 vendus aux ench\u00e8res. Les victimes Rosette et son fils de 8 ans, au lieu d\u2019\u00eatre saisis avaient \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9s par le Domaine, administration de la Martinique, vente \u00e0 l\u2019amiable tr\u00e8s favorable \u00e0 leurs ma\u00eetres au vu des sommes exorbitantes pour l\u2019\u00e9poque consenties pour cette vente. Les victimes n\u2019\u00e9taient pas lib\u00e9r\u00e9es devenant esclaves du Domaine. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la suite de la question \u00e0 la Chambre qu\u2019interviendra la libert\u00e9 de Rosette et de son fils (acte d\u2019affranchissement du 19 juin 1846). (Victor Sch\u0153lcher, \u00ab Histoire de l\u2019esclavage pendant les deux derni\u00e8res ann\u00e9es \u00bb, 1847, p 298 \u00e0 323) \u00bb<\/p>\n<p>Les d\u00e9bats sur l\u2019esclavage \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s s\u2019\u00e9talent de 1833 \u00e0 1847, quatorze ann\u00e9es de petites mesures.<\/p>\n<p>L\u2019amiral Ange Ren\u00e9 Mackau (1832-1918), commandant en chef des forces navales aux Antilles et dans l\u2019Atlantique, gouverneur de la Martinique, Pair de France en 1842, Ministre de la Marine et des colonies en 1843, m\u00e8ne les d\u00e9bats sur l\u2019esclavage \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s ( lois Mackau de 1845 \u00e0 1847).<\/p>\n<p>Les d\u00e9put\u00e9s r\u00e9formateurs lui rappellent que, gouverneur en Martinique, possesseur d\u2019esclaves, il s\u2019\u00e9tait rendu \u00e0 Puerto Rico reconnu comme \u00e9tant l\u2019\u00eele la plus f\u00e9roce contre les n\u00e8gres, pour \u00e9changer des n\u00e8gres qu\u2019il jugeait indociles et irr\u00e9cup\u00e9rables, contre du b\u00e9tail.<\/p>\n<p>De plus en plus attaqu\u00e9 et hu\u00e9, il d\u00e9missionne le 8 mai 1847 laissant les abolitionnistes p\u00e9trifi\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir \u00e0 tout recommencer de z\u00e9ro.<\/p>\n<p>Les mots de d\u00e9sespoir de Victor Sch\u0153lcher \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1847 :<\/p>\n<p>\u00ab Sans doute la cause de l\u2019abolition est gagn\u00e9e chez nous, on le dit tous les jours ; ce n\u2019est plus, r\u00e9p\u00e8te chacun, qu\u2019une affaire de temps, mais il y a d\u00e9j\u00e0 un quart de si\u00e8cle que l\u2019on dit cela et les esclaves sont toujours dans les fers (\u2026) On avait dit que les colons ouvraient enfin les yeux \u00e0 la lumi\u00e8re, qu\u2019ils renon\u00e7aient \u00e0 d\u00e9fendre une propri\u00e9t\u00e9 vraiment inf\u00e2me, qu\u2019ils faisaient r\u00e9solument le sacrifice d\u2019une puissance pr\u00eate \u00e0 leur \u00e9chapper, et que leurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, munis d\u2019instructions lib\u00e9rales, devait se borner \u00e0 traiter de l\u2019indemnit\u00e9. (\u2026)H\u00e9las ! Non, ceux-m\u00eames qui auraient aim\u00e9 \u00e0 louer nos planteurs d\u2019une aussi bonne r\u00e9solution sont condamn\u00e9s \u00e0 voir toujours en eux des ennemis acharn\u00e9s, aveugles de l\u2019affranchissement. Les possesseurs d\u2019hommes sont implacables, ils ne c\u00e8dent rien, ils veulent garder des esclaves \u00e0 tout prix (\u2026) \u00bb,(\u2026)Et qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, le gouvernement n\u2019est pas seul coupable ici, le pays tout entier qui ne lui force pas la main se rend solidaire de son mauvais vouloir. L\u2019esclavage est une tache pour tout le pays, une souillure publique. Chacun croit se sauver en disant : je ne puis rien seul ; on se trompe ainsi, mais on ne sauve pas. L\u2019usage, le fait accompli n\u2019emp\u00eachent pas que ce qui est mal ne soit mal, et en n\u2019agissant point individuellement contre le mal, on contribue \u00e0 le perp\u00e9tuer. Sur chaque membre de la grande nation retombe donc la mal\u00e9diction des d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s de la servitude. Tant que la France qui a le pouvoir de d\u00e9livrer les n\u00e8gres ne l\u2019aura pas fait, tous les Fran\u00e7ais auront leur part de responsabilit\u00e9 dans les atrocit\u00e9s et les iniquit\u00e9s du grand crime de l\u2019esclavage, tous seront coupables de la barbarie des ma\u00eetres et des souffrances des esclaves. \u00bb<\/p>\n<p>( 554 pages dans l\u2019\u00e9dition du tome 1 Paris 1847 par les \u00c9ditions D\u00e9s- ormeaux, Pointe-\u00e0-Pitre, 1973).<\/p>\n<p>La France renverse le roi Philippe 1er et proclame la Seconde R\u00e9publique. C\u2019est la R\u00e9volution des 22 au 25 f\u00e9vrier 1848.<\/p>\n<p>Sch\u0153lcher aussi bien que Perrinon et les autres abolitionnistes n\u2019acceptent pas le principe de l\u2019indemnisation des colons. La R\u00e9volution de 1848 prend tout le monde par surprise. Les r\u00e9volutionnaires sont ivres de bonheur mais ils ne se font pas d\u2019illusions. Ils savent que le temps est compt\u00e9, que les conservateurs sont trop forts. Ils acceptent la mort dans l\u2019\u00e2me l\u2019id\u00e9e de l\u2019indemnisation pour en arriver au plus vite \u00e0 l\u2019essentiel : l\u2019abolition de l\u2019esclavage.<\/p>\n<p>Le gouvernement provisoire (Dupont de l\u2019Eure, Lamartine, Armand Marrast, Garnier Pag\u00e8s, Marie, Ledru Rollin, Ferdinand Flocon, Cr\u00e9mieux, Louis Blanc, Arago, Pagnerre) est \u00e0 l\u2019\u0153uvre 24 h sur 24.<\/p>\n<p>La commission de l\u2019\u00e9mancipation est valid\u00e9e par le d\u00e9cret du 4 mars :<\/p>\n<p>Victor Sch\u0153lcher est Sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat de la Marine et des colonies. Mestro directeur des colonies. Perrinon chef de bataillon de l\u2019artillerie de Marine.<\/p>\n<p>L\u2019avocat Gatine, l\u2019ouvrier horloger Gaumont, le professeur d\u2019histoire Wallon, le secr\u00e9taire adjoint Percin sont des membres importants de cette Commission qui se met au travail avec ardeur. C\u2019est une course contre la montre.<\/p>\n<p>Il faut respecter les d\u00e9lais r\u00e8glementaires pour ne pas provoquer une annu- lation g\u00e9n\u00e9rale pour d\u00e9faut de l\u00e9gislation.<\/p>\n<p>Le d\u00e9cret d\u2019\u00e9mancipation ne peut \u00eatre pris que le 27 Avril 1848.<\/p>\n<p>Le 8 mai 1848, le commissaire Perrinon part pour la Martinique, le commissaire Gatine pour la Guadeloupe, tous les deux \u00e0 bord de la m\u00eame fr\u00e9gate \u00e0 vapeur \u00ab Le Chaptal \u00bb qui ne touchera la Martinique que le 27 Mai.<\/p>\n<p>Fin Mars 1848 les nouvelles de la R\u00e9volution de F\u00e9vrier, de l\u2019\u00e9mancipation prochaine, circulent dans les \u00eeles. Il y a une attente anxieuse dans l\u2019air. Pour certains c\u2019est l\u2019opportunit\u00e9 pour des tentatives couv\u00e9es dans le secret, un homme r\u00e9ussit \u00e0 voler un canot et \u00e0 s\u2019enfuir avec sa femme et ses cinq enfants \u00e0 Sainte-Lucie.<\/p>\n<p>Le 21 mai, dans un des \u00ab ateliers \u00bb du Pr\u00eacheur, l\u2019esclave Romain donne un coup de tambour. Aussit\u00f4t, Huc, maire du Pr\u00eacheur, un des Blancs les plus hyst\u00e9riques de la confr\u00e9rie, d\u00e9cide imm\u00e9diatement de tra\u00eener l\u2019esclave Romain jusqu\u2019\u00e0 Saint-Pierre pour le faire mettre en prison. Un soul\u00e8vement spontan\u00e9 se produit dans l\u2019atelier et une bande suit le convoi qui conduit Romain en prison. Sur le chemin ils d\u00e9coupent en morceaux le Blanc Dujon, gendre de Huc. Huc s\u2019enfuit avec sa famille \u00e0 Puerto Rico.<\/p>\n<p>Pory-Papy, homme libre de couleur, bien connu depuis les ann\u00e9es 1835, avait \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 d\u00e8s le 30 mars 1848 comme adjoint de police dans le Conseil municipal de Saint-Pierre par le gouverneur Rostoland. D\u00e8s qu\u2019il apprend l\u2019arrestation de Romain et l\u2019agitation qui en r\u00e9sulte, il se rend imm\u00e9diatement dans la prison et lib\u00e8re Romain. Romain est port\u00e9 en triomphe par son comit\u00e9 de soutien, toute la bande se met \u00e0 courir dans Saint-Pierre. Ils sont devant la maison Sanois, une maison de Blancs, un seul homme \u00e2g\u00e9 s\u2019y trouve, il sort et tente d\u2019affronter la bande qui le cerne, la r\u00e9ponse des \u00e9meutiers est fou- droyante. Ils incendient la maison (32 femmes et enfants br\u00fbl\u00e9s vifs).<\/p>\n<p>La police municipale est d\u00e9bord\u00e9e.<\/p>\n<p>Le Conseil municipal se r\u00e9unit en urgence.<\/p>\n<p>Pory-Papy parvient \u00e0 leur imposer l\u2019id\u00e9e de proclamer imm\u00e9diatement l\u2019abolition de l\u2019esclavage : d\u2019o\u00f9 la date du 22 mai 1848 d\u2019abolition de l\u2019escla- vage.<\/p>\n<p>Le 23 mai, une amnistie pleine et enti\u00e8re est accord\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Rostoland, gouverneur provisoire de la Martinique.<\/p>\n<p>Si Pory-Papy n\u2019avait pas pris la d\u00e9cision de lib\u00e9rer tout de suite Romain et de tuer dans l\u2019\u0153uf les troubles provoqu\u00e9s par l\u2019incendie de la maison Sanois, c\u2019est toute la Martinique qui aurait \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9e.<\/p>\n<p>Les Blancs \u00e9taient arm\u00e9s comme ils l\u2019avaient toujours \u00e9t\u00e9. Combien de morts \u00e0 ce moment-l\u00e0 ? Le feu sur toute l\u2019\u00eele ?<\/p>\n<p>Non seulement les Blancs se seraient jet\u00e9s dans une bataille \u00e0 mort mais ils auraient \u00e9t\u00e9 soutenus par les forces militaires fran\u00e7aises pr\u00e9sentes dans les Antilles fran\u00e7aises, un bataillon chevronn\u00e9 avec un total de plus de 2020 personnes (officiers, sous-officiers, gendarmes, ca- nonniers\u2026accompagn\u00e9s des milices d\u00e9j\u00e0 existantes).<\/p>\n<p>Le commissaire Perrinon arrive le 27 mai en Martinique. Il se met imm\u00e9diatement \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans sa fonction de gouverneur.<\/p>\n<p>Les c\u00e9l\u00e9brations sont solennelles \u00e0 Fort-de-France et \u00e0 Saint-Pierre (on plante des arbres de la Libert\u00e9\u2026) Pendant son discours la voix de Perrinon s\u2019\u00e9teint et son visage est inond\u00e9 de larmes tandis que des cris unanimes s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00ab Vive la R\u00e9publique ! Vive Perrinon ! \u00bb<\/p>\n<p>La magistrature coloniale \u00e9tait recrut\u00e9e parmi les familles les plus riches de la colonie. Apr\u00e8s 1830 le Minist\u00e8re de la marine et des colonies commence \u00e0 introduire dans la magistrature coloniale des juges m\u00e9tropolitains. C\u2019est ainsi que le conseiller Garnier, Pr\u00e9sident du Tribunal de Parthenay est nomm\u00e9 le 27 janvier 1848 \u00e0 la Cour Royale de Martinique. Embarqu\u00e9 le 26 avril 1848 il d\u00e9barque en Martinique le 27 mai. Il commence \u00e0 \u00e9crire le Journal qu\u2019il tiendra pendant tout son s\u00e9jour. Premi\u00e8re notation : \u00ab le capitaine persiste \u00e0 vouloir qu\u2019on pende Mr. Sch\u0153lcher pour l\u2019abolition de l\u2019esclavage \u00bb. Garnier tiendra son journal r\u00e9guli\u00e8rement, un document riche par ces petites annotations prises sur le vif. Nous apprenons ainsi : qu\u2019en 1848 Fort-Royal est d\u00e9baptis\u00e9 et renomm\u00e9 Fort-de-France. Le dimanche 28 mai \u00e0 Saint-Pierre : \u00ab La ville de Saint-Pierre est travers\u00e9e par des cavalcades de n\u00e8gres qui sont dans l\u2019ivresse de la joie. \u00bb 1er juillet 1848, il note l\u2019ambiance de guerre civile foment\u00e9e par les Blancs.<\/p>\n<p>\u00c0 Paris les r\u00e9sultats des \u00e9lections de l\u2019Assembl\u00e9e constituante sonnent comme un glas de la R\u00e9publique voulue par ses fondateurs : 800 \u00e9lus dont 5OO dits r\u00e9publicains (parmi lesquels les radicaux et les socialistes ne sont qu\u2019une centaine tandis que les 400 autres ne sont que des conservateurs qui ne veulent pas appara\u00eetre comme royalistes).<\/p>\n<p>On s\u2019empresse de se d\u00e9barrasser des Rouges (Louis Blanc et Albert).<\/p>\n<p>Le 15 mai, arrestation de Blanqui, Barb\u00e8s, Albert. Victor Sch\u0153lcher n\u2019est plus membre du gouvernement.<\/p>\n<p>Les Blancs cr\u00e9oles nagent dans le bonheur. M\u00eame si la nouvelle assembl\u00e9e ne revient pas sur la loi d\u2019abolition, elle va l\u2019am\u00e9nager s\u00e9rieusement pour redonner le pouvoir exclusif aux Blancs cr\u00e9oles.<\/p>\n<p>Perrinon et Gatine sont rappel\u00e9s \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Le 27 novembre 1848, la Cour va en robes rouges au si\u00e8ge du gouvernement faire ses adieux \u00e0 Perrinon. Le vice-amiral Bruat, son rempla\u00e7ant, donne le bras \u00e0 Mme Perrinon et la conduit jusqu\u2019au navire qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 Saint-Pierre.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019au coup d\u2019\u00e9tat de Louis Napol\u00e9on Bonaparte du 2 d\u00e9cembre 1851, Victor Sch\u0153lcher garde son influence en Martinique et en Guadeloupe.<\/p>\n<p>En 1849, Bissette re\u00e7oit enfin la cons\u00e9cration de sa vie par l\u2019appel qu\u2019il re\u00e7oit des Grands Blancs et se voit enfin reconnu comme l\u2019un d\u2019entre eux. Il fera campagne pour eux et avec eux.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 1851, les esclaves (\u00ab libres \u00bb depuis 1848 mais qui n\u2019ont pas eu droit \u00e0 la case et au jardin qu\u2019ils cultivaient) sont maintenus dans un r\u00e9gime de servage jusqu\u2019en 1870. (Arr\u00eat\u00e9 du 22 ao\u00fbt 1848 portant cr\u00e9ation d\u2019ateliers de discipline ; 22 octobre 1848, interdiction de vente \u00ab sauvage \u00bb de cannes \u00e0 sucre ; 1850, nouvelle r\u00e9glementation du travail : le 13 f\u00e9vrier 1852, confirmation et g\u00e9n\u00e9ralisation du livret ouvrier et du passeport int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>D\u00e8s la fin de l\u2019ann\u00e9e 1848, le Journal Officiel en Martinique publie des listes impressionnantes de jugements \u00ab pour vagabondage \u00bb :<\/p>\n<p>Extraits du JOM du mercredi 26 d\u00e9- cembre 1849 (Vol 33, N 104)<\/p>\n<p>\u00ab Le directeur de l\u2019int\u00e9rieur \u00e0 l\u2019honneur de rappeler \u00e0 Messieurs les maires que, aux termes de l\u2019article 104 du code civil, tout individu voulant quitter son domicile pour aller se fixer dans une autre commune, est tenu d\u2019en faire la d\u00e9claration \u00e0 la mairie des deux communes.<\/p>\n<p>Il doit exister, dans chaque mairie, un registre sp\u00e9cial sur lequel s\u2019inscrivent les d\u00e9clarations de l\u2019esp\u00e8ce ; c\u2019est \u00e0 l\u2019aide de ces inscriptions que Messieurs les maires peuvent rectifier les tableaux de population, ainsi que les listes \u00e9lectorales, et fournir aux besoins les renseignements qui leur seraient demand\u00e9s sur leur administr\u00e9s.<\/p>\n<p>Messieurs les commissaires de police et les agents sous leurs ordres sont invit\u00e9s \u00e0 signaler \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 municipale les personnes qui, \u00e0 leur reconnais- sance, n\u2019auraient pas satisfait \u00e0 l\u2019obligation dont il s\u2019agit. \u00bb Fort-de-France, le 21 d\u00e9cembre 1849. Bontemps, \u00ab Directeur de l\u2019Int\u00e9rieur \u00bb.<\/p>\n<p>Une autre loi de r\u00e9pression est encore plus virulente : c\u2019est la loi qui interdit de seulement prononcer le mot escla- vage dans l\u2019espace public (loi du 7 ao\u00fbt 1850, renouvel\u00e9e par un d\u00e9cret imp\u00e9rial de 1863).<\/p>\n<p>Si en France la d\u00e9cennie post 1862 avait vu des br\u00e8ches s\u2019ouvrir dans la forteresse du r\u00e9gime autoritaire de Louis Napol\u00e9on, avec une multitude de petits journaux de province en particulier, il n\u2019en va pas de m\u00eame dans les colonies o\u00f9 il n\u2019y a aucune possibilit\u00e9 d\u2019imprimerie clandestine.<\/p>\n<p>Par ailleurs, il r\u00e8gne un climat pathog\u00e8ne de suspicion g\u00e9n\u00e9rale avec hantise de fausses accusations et de d\u00e9lation \u00e0 tous les \u00e9tages. Les personnalit\u00e9s de la lutte post 1848 se terrent chacun dans son chez soi.)<\/p>\n<p><strong>En 1870, d\u00e9faite de Sedan, fin du r\u00e8gne de Louis Napol\u00e9on.<\/strong><\/p>\n<p>Sch\u0153lcher, Victor Hugo et tous les autres exil\u00e9s de Londres reviennent aussit\u00f4t \u00e0 Paris pour proclamer la Troi- si\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Sch\u0153lcher se remet sur le champ au service de la Martinique et de la Guadeloupe.<\/p>\n<p>Le 3 d\u00e9cembre 1870 le gouvernement provisoire de la d\u00e9fense nationale d\u00e9cr\u00e8te que dans les 15 jours il sera proc\u00e9d\u00e9 au renouvellement int\u00e9gral en France et dans les colonies des conseils g\u00e9n\u00e9raux et municipaux, des maires et adjoints et que les conseillers g\u00e9n\u00e9raux \u00e9liront en leur sein le Pr\u00e9sident, le vice- pr\u00e9sident de chaque session et les secr\u00e9taires, \u00e0 la majorit\u00e9 des suffrages (\u00e9lections au suffrage universel masculin).<\/p>\n<p>Cette inclusion des colonies d\u00e8s le premier acte de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique porte d\u00e9j\u00e0 la marque du retour de Sch\u0153lcher comme d\u00e9fenseur int\u00e9gral des colonies. Les Blancs sont imm\u00e9diatement fous de rage (toutes les mairies, le Conseil g\u00e9n\u00e9ral, sont aux mains des Blancs) d\u2019autant qu\u2019on avait connu en Martinique l\u2019Insurrection du Sud au mois de septembre 1870.<\/p>\n<p><strong>L\u2019abolition de l\u2019esclavage, une longue, une tr\u00e8s longue histoire.<\/strong><\/p>\n<p>Sur plus de 280 ann\u00e9es l\u2019esclavage s\u2019est industrialis\u00e9 comme un \u00ab trafic commercial \u00bb quelconque.<\/p>\n<p>La lutte contre l\u2019esclavage, avec les enjeux qui le soutenaient, s\u2019annon\u00e7ait difficile.<\/p>\n<p>Cette lutte a dur\u00e9 pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle (m\u00eame dur\u00e9e sur tout le continent am\u00e9- ricain et sud-am\u00e9ricain et tout l\u2019espace cara\u00efbe).<\/p>\n<p>Aux U.S.A, l\u2019esclavage remonte aux ann\u00e9es 1619, en 1865 on compte 4.000.000 d\u2019esclaves. Il faudra la guerre de S\u00e9cession pour que soit pro- clam\u00e9 en 1863 le XIII\u00e8me Amendement de la Constitution am\u00e9ricaine d\u00e9clarant l\u2019abolition d\u00e9finitive de l\u2019esclavage. C\u2019est le cas le plus spectacu- laire des abolitions. Au si\u00e8cle d\u2019apr\u00e8s les esclaves \u00ab lib\u00e9r\u00e9s \u00bb n\u2019ont re\u00e7u aucun des droits civiques \u00e9l\u00e9mentaires, ils sont les proies faciles des fanatismes des Blancs (lynchages, humiliations, mesures d\u2019intimidation et d\u2019inf\u00e9riorisation de toutes cat\u00e9gories). Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1965 que se lance la campagne de l\u2019ultime bataille des Noirs am\u00e9ricains pour obtenir les droits civiques<\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marl\u00e8ne Hospice (In m\u00e9moriam.) 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