{"id":25592,"date":"2021-04-11T20:39:36","date_gmt":"2021-04-12T00:39:36","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=25592"},"modified":"2021-04-11T21:01:35","modified_gmt":"2021-04-12T01:01:35","slug":"climat-les-fausses-promesses-des-technologies-de-captage-du-carbone","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/climat-les-fausses-promesses-des-technologies-de-captage-du-carbone\/","title":{"rendered":"Climat : les fausses promesses des technologies de captage du carbone"},"content":{"rendered":"\r\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"font-size: 16px\">Pour atteindre la neutralit\u00e9 carbone d\u2019ici \u00e0 2050, l\u2019Union europ\u00e9enne doit r\u00e9duire drastiquement ses \u00e9missions de CO2. Les groupes p\u00e9troliers et gaziers mettent en avant le stockage du dioxyde de carbone sous terre. Une solution encore imparfaite qui leur permet pourtant de b\u00e9n\u00e9ficier de subsides.\u00a0<\/span><\/h1>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"js-authors-trigger\">Par Annika Joeres et Suzanne G\u00f6tze\u00a0Publi\u00e9 dans Le Monde.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/img.lemde.fr\/2021\/04\/10\/0\/0\/3000\/2012\/664\/0\/75\/0\/3518636_102112973-gettyimages-94948773.jpg\" alt=\"La\u00a0plate-forme norv\u00e9gienne Sleipner, pionni\u00e8re du captage de CO2, en mer du Nord, en 2009.\" \/>\r\n<figcaption>La\u00a0plate-forme norv\u00e9gienne Sleipner, pionni\u00e8re du captage de CO2, en mer du Nord, en 2009.\u00a0BLOOMBERG \/ BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES<\/figcaption>\r\n<\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019usine sid\u00e9rurgique ArcelorMittal de Dunkerque produit chaque jour assez d\u2019acier pour construire trois tours Eiffel.<strong>\u00a0<\/strong>Ses cath\u00e9drales d\u2019acier s\u2019alignent sur plusieurs kilom\u00e8tres le long de la mer du Nord. Le haut-fourneau, noyau ardent de l\u2019aci\u00e9rie, br\u00fble vingt-quatre\u00a0heures sur vingt-quatre depuis pr\u00e8s de soixante ans. Aujourd\u2019hui comme hier, c\u2019est avec du charbon que l\u2019on nourrit cette gueule incandescente chauff\u00e9e \u00e0 2\u00a0000 degr\u00e9s. Des pelleteuses g\u00e9antes entassent soigneusement des briquettes de charbon import\u00e9es au pied du haut-fourneau. Une usine comme celle de Dunkerque utilise d\u2019\u00e9normes quantit\u00e9s de combustible et \u00e9met chaque ann\u00e9e autant de gaz \u00e0 effet de serre qu\u2019une grande m\u00e9tropole\u00a0: quelque 12\u00a0millions de tonnes.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La neutralit\u00e9 carbone d\u2019ici \u00e0 2050, que l\u2019Union europ\u00e9enne appelle de ses v\u0153ux, suppose que les 26 Etats membres<strong>\u00a0<\/strong>(la Pologne refuse pour le moment d\u2019endosser cet objectif) ne rejettent plus de dioxyde de carbone dans l\u2019atmosph\u00e8re que les puits naturels \u2013 for\u00eats, sols\u2026 \u2013 ou les technologies de stockage ne peuvent en absorber.<strong>\u00a0<\/strong>Dans les trente prochaines ann\u00e9es, ce gaz inodore sera catalogu\u00e9 comme d\u00e9chet dangereux. On n\u2019aura plus le droit d\u2019en \u00e9mettre, sauf \u00e0 le mettre au rebut \u00e0 ses frais. Un probl\u00e8me majeur pour les industries fortement \u00e9mettrices comme ArcelorMittal.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Henri-Pierre Orsini est un g\u00e9ant d\u2019un 1,90 m\u00e8tre qui d\u00e9passe d\u2019une t\u00eate la plupart des ouvriers de l\u2019usine. La t\u00e2che qui l\u2019attend n\u2019est pas moins gigantesque\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0d\u00e9carboner\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0ArcelorMittal, le plus important producteur d\u2019acier brut en Europe et en Am\u00e9rique. Henri-Pierre Orsini, charg\u00e9 de la feuille de route d\u00e9carbonisation d\u2019ArcelorMittal, ne laisse pas de s\u2019\u00e9tonner que l\u2019on s\u2019int\u00e9resse autant au dioxyde de carbone. C\u2019est contre un autre gaz, le monoxyde de carbone, que lui et ses coll\u00e8gues se battent depuis des d\u00e9cennies. Lib\u00e9r\u00e9 lors de la production d\u2019acier si l\u2019apport d\u2019oxyg\u00e8ne est insuffisant, inodore, il asphyxie imperceptiblement ceux qui le respirent. Tous les ouvriers m\u00e9tallurgistes de Dunkerque portent au revers de leur blouse un d\u00e9tecteur de monoxyde de carbone.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Les temps changent\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>ironise Henri-Pierre Orsini, qui doit aujourd\u2019hui se soucier du dioxyde de carbone ignor\u00e9 jadis puisque jug\u00e9 sans danger.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab\u00a0Hauts-fourneaux verts\u00a0\u00bb<\/h2>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00a0Pour l\u2019instant, notre industrie ne peut pas se passer de charbon\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0admet-il. Si l\u2019on veut qu\u2019un jour la production d\u2019acier soit neutre en carbone, il faut capter le gaz \u00e0 effet de serre \u00e0 la source, dans le haut-fourneau o\u00f9 l\u2019on fait fondre le minerai de fer.<strong>\u00a0<\/strong>Cette technologie s\u2019appelle le captage et stockage de CO<sub>2<\/sub>\u00a0(\u00ab\u00a0CCS\u00a0\u00bb en anglais). Au lieu de rejeter dans l\u2019atmosph\u00e8re d\u2019\u00e9normes quantit\u00e9s de gaz n\u00e9fastes pour l\u2019environnement, on les capte \u00e0 la source pour les stocker ensuite sous terre, et donc les extraire du cycle naturel. ArcelorMittal se doterait ainsi, selon l\u2019expression de son directeur, de\u00a0<em>\u00ab\u00a0hauts-fourneaux verts\u00a0\u00bb<\/em>.<sub>Article r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 nos abonn\u00e9s<\/sub>\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce processus, a priori cr\u00e9dible, s\u2019av\u00e8re techniquement complexe, risqu\u00e9 et tr\u00e8s gourmand en \u00e9nergie. Il faut tout d\u2019abord s\u00e9parer le CO<sub>2<\/sub>\u00a0\u00e0 la source, lors de la combustion dans les hauts-fourneaux, raffineries et cimenteries. Le proc\u00e9d\u00e9 le plus couramment employ\u00e9 consiste \u00e0 s\u00e9parer le gaz \u00e0 effet de serre des autres gaz \u00e0 l\u2019aide d\u2019un solvant. Il est ensuite comprim\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 devenir quasiment liquide, donc moins volumineux, puis transport\u00e9 dans des canalisations jusqu\u2019au lieu de stockage d\u00e9finitif. On peut le s\u00e9questrer dans des gisements sous-marins d\u2019hydrocarbures \u00e9puis\u00e9s ou encore sous terre, dans des veines de charbon. Mais l\u2019op\u00e9ration est tr\u00e8s \u00e9nergivore. Une centrale \u00e9lectrique au charbon qui utiliserait la technique du CCS consommerait 40\u00a0% d\u2019\u00e9nergie en plus pour le seul captage de ses gaz \u00e0 effet de serre.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour mettre en \u0153uvre le CCS, ArcelorMittal Dunkerque va construire deux tours de 24 m\u00e8tres de haut dans lesquelles le dioxyde de carbone sera s\u00e9par\u00e9 des autres gaz \u00e0 l\u2019aide d\u2019un solvant, puis liqu\u00e9fi\u00e9. L\u2019Union europ\u00e9enne (UE) prend en charge les trois quarts du co\u00fbt de ce projet pilote, auquel Total participe aussi financi\u00e8rement. Vers quelle destination le CO<sub>2<\/sub>\u00a0une fois isol\u00e9 et comprim\u00e9 sera-t-il transport\u00e9\u00a0? Henri-Pierre Orsini l\u2019ignore encore.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Nous l\u2019acheminerons peut-\u00eatre par bateau ou nous construirons des gazoducs\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0avance-t-il d\u2019un haussement d\u2019\u00e9paules. Une chose est s\u00fbre\u00a0: il faudra stocker quelque part ces millions de tonnes de dioxyde de carbone. Or, pour l\u2019instant, il n\u2019existe en Europe aucun site de stockage permanent.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00e9chec du galop d\u2019essai<\/h2>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le stockage du CO<sub>2<\/sub>\u00a0affiche pour l\u2019instant un bilan bien maigre. Certes, 18 projets de CCS ont vu le jour \u00e0 travers le monde, \u00e9labor\u00e9s principalement par des compagnies p\u00e9troli\u00e8res am\u00e9ricaines. Mais en Europe, toutes les tentatives pour s\u00e9parer et s\u00e9questrer le gaz ind\u00e9sirable ont jusqu\u2019ici \u00e9chou\u00e9. Pourtant, depuis 2009, Bruxelles a investi pr\u00e8s de 1\u00a0milliard d\u2019euros dans des projets de CCS. Cet argent est all\u00e9 \u00e0 des entreprises du secteur \u00e9nerg\u00e9tique telles qu\u2019Alstom (France), ENEL (Italie) et Vattenfall (Su\u00e8de), mais toutes ont jet\u00e9 l\u2019\u00e9ponge, en raison du co\u00fbt des projets ou d\u2019oppositions locales.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2013\/10\/29\/stockage-de-co2-un-projet-phare-abandonne-en-norvege_3504794_3244.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00ab\u00a0<\/a><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00a0Nous ne soutiendrons plus financi\u00e8rement le CCS pour les centrales \u00e0 charbon\u00a0\u00bb,<\/em>nous assure Artur Runge-Metzger, de la direction g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019action pour le climat \u00e0 la Commission de Bruxelles. Aujourd\u2019hui, l\u2019UE subventionne les technologies CCS principalement pour l\u2019industrie du ciment ou de l\u2019acier.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Pour ces industries, le captage et stockage du CO<sub>2<\/sub>\u00a0est l\u2019ultime espoir d\u2019atteindre la neutralit\u00e9 carbone en\u00a02050, comme le pr\u00e9conise l\u2019accord de Paris sur le climat\u00a0\u00bb,<\/em>pr\u00e9cise Artur Runge-Metzger.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Commission europ\u00e9enne pr\u00e9f\u00e8re garder le silence sur l\u2019\u00e9chec de ce galop d\u2019essai du CCS. Elle refuse de publier la candidature et le rapport final de chaque entreprise concern\u00e9e \u2013 bien que le contribuable europ\u00e9en ait investi dans ces projets des centaines de millions d\u2019euros. Officiellement, ces documents contenaient des strat\u00e9gies entrepreneuriales et des d\u00e9tails techniques ne pouvant \u00eatre divulgu\u00e9s. Les entreprises ne sont pas davantage dispos\u00e9es \u00e0 s\u2019exprimer sur ce gaspillage de l\u2019argent public.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le lobbying du captage de CO<sub>2<\/sub><\/h2>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Cour europ\u00e9enne de justice pointe elle aussi ce co\u00fbt exorbitant et conclut\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0L\u2019objectif de tester de nouvelles technologies n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 atteint. Aucun des programmes CCS n\u2019a abouti.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Mais en d\u00e9pit de l\u2019argent d\u00e9j\u00e0 englouti dans ces programmes, la Commission pr\u00e9voit de puiser de nouveau dans son fonds, riche de plusieurs milliards d\u2019euros, pour attribuer des subventions pour le d\u00e9veloppement de la technologie CCS. ArcelorMittal fait partie des b\u00e9n\u00e9ficiaires.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des documents internes de la Commission europ\u00e9enne que<em>\u00a0Le Monde<\/em>\u00a0a pu consulter r\u00e9v\u00e8lent que le lobby p\u00e9trolier et gazier est celui qui s\u2019active le plus en faveur du CCS. Des repr\u00e9sentants de soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9troli\u00e8res telles qu\u2019Exxon et Shell, ainsi que leur groupe de pression, l\u2019Association internationale des producteurs de p\u00e9trole et de gaz (IOGP), travaillent depuis des ann\u00e9es \u00e0 promouvoir cette technologie \u00e0 travers l\u2019Europe. Des hauts repr\u00e9sentants de la Commission se sont r\u00e9unis sept fois, durant les six premiers mois de 2020, pour pr\u00e9coniser des subventions. Et le CCS est mis en avant dans maintes conversations informelles\u00a0\u2013 ce qui a port\u00e9 ses fruits. Apr\u00e8s une r\u00e9union en face \u00e0 face avec des dirigeants d\u2019Exxon, le 21\u00a0novembre\u00a02019, Clara De La Torre, directrice g\u00e9n\u00e9rale adjointe de la direction g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019action pour le climat, exprime de\u00a0<em>\u00ab\u00a0forts encouragements\u00a0\u00bb<\/em>\u00e0 reconna\u00eetre l\u2019importance du CCS, dans un compte rendu que\u00a0<em>Le Monde\u00a0<\/em>a pu consulter. Dans cette entrevue avec la multinationale, M<sup>me<\/sup>\u00a0De La Torre fait r\u00e9f\u00e9rence au\u00a0<em>\u00ab\u00a0fonds d\u2019innovation\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0un ambitieux programme de subventions de l\u2019UE.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Vous\u00a0<\/em>[Exxon]\u00a0<em>connaissez tr\u00e8s bien le fonds d\u2019innovation\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>\u00e9crit-elle.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lobbying sur le CCS existe aussi en France. Tous les gros \u00e9metteurs de dioxyde de carbone sont repr\u00e9sent\u00e9s au sein de l\u2019association Club CO<sub>2<\/sub>, d\u2019ArcelorMittal \u00e0 Engie en passant par Lafarge. Des instituts de recherche fran\u00e7ais y sont \u00e9galement impliqu\u00e9s. Fond\u00e9e en\u00a02002, \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019Agence de l\u2019environnement et de la ma\u00eetrise de l\u2019\u00e9nergie (Ademe), l\u2019association est devenue de plus en plus active ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Son objectif\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Contribuer au d\u00e9veloppement des technologies de<strong>\u00a0<\/strong>captage, stockage et valorisation du CO<sub>2<\/sub>\u00a0et proposer des recommandations \u00e0 destination des pouvoirs publics fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9colter des fonds publics<\/h2>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis le Grenelle de l\u2019environnement de 2007-2008 et une loi de 2011, le CCS est officiellement autoris\u00e9 en France\u00a0\u2013 ce qui n\u2019est pas le cas en Allemagne, par exemple. Le Club CO<sub>2<\/sub>\u00a0s\u2019emploie \u00e0 promouvoir cette technologie comme solution \u00e0 la crise climatique.<strong>\u00a0<\/strong>Il organise des conf\u00e9rences, o\u00f9 les grands producteurs industriels font l\u2019\u00e9loge de ces technologies.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour nombre d\u2019acteurs luttant contre le lobbying, comme l\u2019ONG<em>\u00a0<\/em>Corporate Europe Observatory (CEO)<em>,\u00a0<\/em>le CCS figure d\u00e9sormais en premi\u00e8re place dans les priorit\u00e9s des grands groupes industriels. C\u2019est le domaine o\u00f9 il y a le plus de fonds publics \u00e0 r\u00e9colter. En outre, avec le CCS, l\u2019exploitation du gaz et du p\u00e9trole a une chance de perdurer. Selon le CEO, l\u2019un des plus gros lobbyistes est la compagnie p\u00e9troli\u00e8re n\u00e9erlandaise Shell. Une\u00a0<a href=\"https:\/\/link.springer.com\/article\/10.1007\/s10584-013-0986-y\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00e9tude am\u00e9ricaine publi\u00e9e dans\u00a0<em>Climatic Change<\/em><\/a>d\u00e9montre qu\u2019elle figure historiquement parmi les 10 premiers \u00e9metteurs de CO<sub>2<\/sub>au monde. Dans sa strat\u00e9gie climatique actuelle, la multinationale promet d\u2019atteindre la neutralit\u00e9 carbone d\u2019ici \u00e0 2050. Tout en pr\u00e9voyant parall\u00e8lement un grand nombre de nouveaux forages p\u00e9troliers.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Etat norv\u00e9gien a d\u00e9cid\u00e9, le 12\u00a0d\u00e9cembre, d\u2019accorder un financement de plus de 2,5\u00a0milliards d\u2019euros \u00e0 un consortium regroupant les compagnies p\u00e9troli\u00e8res Equinor, Shell et Total pour d\u00e9velopper un vaste projet commercial de CCS, le premier en Europe. Les travaux de construction devraient d\u00e9marrer au premier semestre 2021.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Norv\u00e9giens veulent stocker le CO<sub>2<\/sub>\u00a0europ\u00e9en dans des r\u00e9servoirs sous-marins. Le site de stockage id\u00e9al serait celui d\u2019Oygarden, un archipel de 450 \u00eeles sur la c\u00f4te ouest du royaume. La Norv\u00e8ge y a d\u00e9couvert, il y a cinquante\u00a0ans, d\u2019\u00e9normes r\u00e9serves de p\u00e9trole et de gaz qui ont assur\u00e9 sa fortune du jour au lendemain. Elle compte encore parmi les pays les plus riches du monde.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab\u00a0Comme une entreprise de collecte des ordures\u00a0\u00bb<\/h2>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis la c\u00f4te, on entend dans le ciel le ballet des h\u00e9licopt\u00e8res en provenance de l\u2019a\u00e9roport de Bergen, la ville la plus proche, transportant les ouvriers sur les plates-formes p\u00e9troli\u00e8res et gazi\u00e8res offshore. Sverre Overa d\u00e9signe d\u2019un geste des docks abandonn\u00e9s. Quand il parle, ces aust\u00e8res quais de b\u00e9ton se transforment en un complexe industriel de pointe, puis les sapins qui se dressent sur le littoral font place \u00e0 des r\u00e9servoirs de stockage de CO<sub>2<\/sub>. Pour un peu, on entendrait au loin la sir\u00e8ne des navires acheminant jusqu\u2019\u00e0 la c\u00f4te ouest de la Norv\u00e8ge le dioxyde de carbone en provenance de toute l\u2019Europe.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019id\u00e9e de l\u2019employeur de Sverre Overa, la compagnie p\u00e9troli\u00e8re Equinor, est audacieuse\u00a0: faire partir de ces docks un pipeline de 80 kilom\u00e8tres de long vers le large \u2013 jusqu\u2019\u00e0 la formation rocheuse sous-marine dite de Johansen<strong>,<\/strong>\u00a0d\u2019un volume de 590\u00a0km<sup>3<\/sup>, plus de six fois le lac L\u00e9man. A 3\u00a0kilom\u00e8tres de profondeur, Equinor esp\u00e8re stocker chaque ann\u00e9e 100\u00a0m\u00e9gatonnes de CO\u2082 d\u2019ici \u00e0 2050, soit environ un quart des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre de la France.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Nous travaillons comme une entreprise de collecte des ordures,\u00a0<\/em>explique Sverre Overa, qui dirige le projet de stockage de CO<sub>2<\/sub>\u00a0baptis\u00e9 \u201cNorthern Lights\u201d (\u201caurores bor\u00e9ales\u201d).\u00a0<em>Nous proposons \u00e0 l\u2019Europe un service de collecte pour r\u00e9soudre son probl\u00e8me de CO<sub>2<\/sub>. Apr\u00e8s tout, les gens ne jettent pas non plus leurs ordures m\u00e9nag\u00e8res dans leur jardin.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sverre Overa a les cheveux gris et la soixantaine sereine. Ce Norv\u00e9gien se consid\u00e8re volontiers comme un visionnaire d\u00e9fendant des id\u00e9es que d\u2019autres jugent aberrantes. C\u2019est ainsi que l\u2019on qualifiait le stockage de carbone il y a encore quelques ann\u00e9es. Entre-temps, ses id\u00e9es novatrices ont progress\u00e9. Dans quatre ans, ces docks sans pr\u00e9tention pourraient devenir le plus grand centre de transbordement de CO\u2082 d\u2019Europe. Afin de collecter les \u00e9missions des cimenteries, des usines d\u2019incin\u00e9ration de d\u00e9chets, des raffineries, des aci\u00e9ries, Equinor construira deux navires pouvant transporter du gaz liqu\u00e9fi\u00e9.<em>\u00a0\u00ab\u00a0Ils iront charger du CO\u2082 dans les ports d\u2019Europe du Nord \u2013 Oslo, Helsinki, Hambourg, par exemple \u2013 exactement comme on fait avec les d\u00e9chets industriels. Une fois pleins, les navires retourneront \u00e0 Oygarden\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>explique le directeur de Northern Lights.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Retarder le d\u00e9mant\u00e8lement des plates-formes de forage<\/h2>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00a0Nous sommes constamment sollicit\u00e9s par des entreprises industrielles,\u00a0<\/em>assure Sverre Overa.<em>\u00a0Elles veulent savoir ce que co\u00fbtera ce \u201cservice de collecte\u201d et quand il sera op\u00e9rationnel. Une phase de test de plusieurs ann\u00e9es d\u00e9marra en\u00a02024, apr\u00e8s quoi nous pourrons s\u00e9questrer des quantit\u00e9s de plus en plus importantes de carbone. Oygarden deviendra la capitale europ\u00e9enne du CCS.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0C\u2019est du moins son espoir.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">ArcelorMittal n\u2019est pas encore sur la liste de ce projet norv\u00e9gien. Y figurent en revanche HeidelbergCement, l\u2019un des mastodontes allemands de la production de b\u00e9ton, et une soci\u00e9t\u00e9 norv\u00e9gienne d\u2019incin\u00e9ration de d\u00e9chets. Ils seront les premiers clients \u00e0 tester le proc\u00e9d\u00e9. Outre la Norv\u00e8ge, les Pays-Bas font partie des pays d\u2019Europe les plus int\u00e9ress\u00e9s par l\u2019exploitation commerciale de cette technologie.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Shell est partie prenante de Northern Lights, mais aussi du projet CCS dit \u00ab\u00a0Porthos\u00a0\u00bb<em>,\u00a0<\/em>qui doit voir le jour dans le port de Rotterdam. Pour l\u2019heure, c\u2019est le seul projet europ\u00e9en de cette fili\u00e8re en dehors de celui de la Norv\u00e8ge\u00a0: le CO\u2082 \u00e9manant des raffineries des g\u00e9ants p\u00e9troliers et gaziers ExxonMobil, Shell, Air liquide et Air Products doit \u00eatre pomp\u00e9 vers la presqu\u2019\u00eele situ\u00e9e au bout du port, puis comprim\u00e9 et inject\u00e9 dans un gisement de gaz \u00e9puis\u00e9 situ\u00e9 \u00e0\u00a03\u00a0kilom\u00e8tres de profondeur. Selon le think tank n\u00e9erlandais CATO, le CCS a un double avantage pour les entreprises. Il leur permet non seulement de se d\u00e9barrasser de leurs d\u00e9chets carbone, mais aussi d\u2019utiliser leurs plates-formes de forage et l\u2019ensemble de leur infrastructure pendant quelques d\u00e9cennies encore, remettant ainsi \u00e0 plus tard l\u2019obligation de d\u00e9mant\u00e8lement et de restauration des sites.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pipeline et le compresseur destin\u00e9s au projet Porthos devraient co\u00fbter 500\u00a0millions d\u2019euros. Fin 2023, le CO\u2082 \u00e9mis par les compagnies p\u00e9troli\u00e8res et gazi\u00e8res est cens\u00e9 dispara\u00eetre en un clin d\u2019\u0153il\u00a0! Le port de Rotterdam appartenant \u00e0 l\u2019Etat n\u00e9erlandais, l\u2019argent des contribuables financera partiellement ce test CCS.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des quotas d\u2019\u00e9missions inadapt\u00e9s<\/h2>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00a0Nous sommes submerg\u00e9s par les demandes,<\/em>\u00a0claironne le directeur du port, Wim van Lieshout.\u00a0<em>Toutes les entreprises veulent stocker leur CO\u2082 chez nous.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Et d\u2019ajouter en riant\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Nous n\u2019avons jamais \u00e9t\u00e9 aussi courtis\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Une quinzaine de soci\u00e9t\u00e9s des quatre coins de l\u2019Europe seraient sur les rangs. Mais pour l\u2019instant, l\u2019entreprise publique qu\u2019est le port de Rotterdam \u2013 dans laquelle la ville et l\u2019Etat n\u00e9erlandais sont financi\u00e8rement engag\u00e9s \u2013 manque d\u2019espace de stockage pour d\u2019autres clients. Seul un dixi\u00e8me des quantit\u00e9s de CO<sub>2<\/sub>\u00a0\u00e9mises par les soci\u00e9t\u00e9s install\u00e9es dans le port peut \u00eatre inject\u00e9 dans le gisement de gaz, soit 2,5 m\u00e9gatonnes par an. A ce rythme, le gisement sera plein en\u00a02037.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Porthos est lui aussi en phase de test. Et jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, tous les projets de CCS en Europe ont \u00e9chou\u00e9, essentiellement \u00e0 cause de la m\u00e9fiance des citoyens et de leur co\u00fbt. Car si la construction des installations est on\u00e9reuse, leur fonctionnement ne l\u2019est pas moins.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La rentabilit\u00e9 du stockage du CO<sub>2<\/sub>\u00a0d\u00e9pend en partie du dispositif europ\u00e9en d\u2019\u00e9change de quotas d\u2019\u00e9missions. Depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, les raffineries de p\u00e9trole, les aci\u00e9ries et les installations de production de fer, d\u2019aluminium, de m\u00e9taux et de ciment doivent acheter des quotas d\u2019\u00e9missions de CO<sub>2<\/sub>. Lors de la mise en place du dispositif des quotas en\u00a02005, la plupart des entreprises ont obtenu un trop grand nombre de quotas \u2013 qui plus est gratuitement. En cons\u00e9quence de quoi, les \u00e9changes d\u2019\u00e9missions co\u00fbtaient tr\u00e8s peu cher. Depuis, le tarif est mont\u00e9 \u00e0 30\u00a0euros la tonne, mais demeure trop bas. Dans les projets comme ceux de Northern Lights en Norv\u00e8ge ou du port de Rotterdam, le co\u00fbt du captage et stockage du CO\u2082 est estim\u00e9 \u00e0 100\u00a0euros la tonne. Pour rentabiliser le recours \u00e0 cette technologie, il faudrait que, dans l\u2019\u00e9change de quotas d\u2019\u00e9missions, la tonne de CO\u2082 n\u2019affiche pas un tel diff\u00e9rentiel de prix (70\u00a0euros aujourd\u2019hui).<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab\u00a0Des milliers de kilom\u00e8tres de gazoducs\u00a0\u00bb<\/h2>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ajoutons \u00e0 cela le co\u00fbt des aides aux entreprises souhaitant passer au CCS, et celui de la construction des infrastructures ad hoc, notamment des gazoducs courant dans toute l\u2019Europe pour acheminer le CO<sub>2<\/sub>\u2026 Il faudrait en effet installer un r\u00e9seau \u00e0 travers l\u2019UE, au cas o\u00f9 les Polonais et les Italiens, par exemple, d\u00e9cideraient d\u2019envoyer leur CO<sub>2<\/sub>\u00a0en Norv\u00e8ge. Interrog\u00e9e par<em>\u00a0Le Monde,<\/em>\u00a0la Cour des comptes europ\u00e9enne avoue craindre des difficult\u00e9s quasi\u00a0<em>\u00ab\u00a0insurmontables\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0: les canalisations de transport de CO\u2082 devraient notamment traverser des milliers de propri\u00e9t\u00e9s, avec le risque d\u2019occasionner d\u2019interminables litiges.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00a0Pour acheminer le dioxyde de carbone des usines vers les sites de stockage en mer du Nord, il faut installer des milliers de kilom\u00e8tres de nouveaux gazoducs. C\u2019est une folie\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>abonde Michael Bloss, eurod\u00e9put\u00e9 Vert, \u00e0 Bruxelles. Cet homme de 34\u00a0ans, \u00e9lu en\u00a02019, est entr\u00e9 en politique pour emp\u00eacher\u00a0<em>\u00ab\u00a0l\u2019effondrement climatique\u00a0\u00bb<\/em>. Selon lui, il est plus judicieux de r\u00e9duire les \u00e9missions \u00e0 la source et de d\u00e9velopper des \u00e9nergies renouvelables et des mat\u00e9riaux de construction alternatifs au ciment et \u00e0 l\u2019acier.\u00a0<em>\u00ab\u00a0L\u2019UE surestime toujours les besoins de CCS, de gaz et d\u2019hydrog\u00e8ne. Si on \u00e9mettait moins de gaz \u00e0 effet de serre, on aurait moins de CO\u2082 \u00e0 capter et \u00e0 stocker. Nombre de d\u00e9put\u00e9s utilisent l\u2019alibi du CCS pour faire perdurer les activit\u00e9s li\u00e9es aux combustibles fossiles de leur pays.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Michael Bloss, cette technologie a \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e par des acteurs industriels qui ont lutt\u00e9 pendant des ann\u00e9es contre les mesures de protection du climat et qui y adh\u00e8rent aujourd\u2019hui.\u00a0<em>\u00ab\u00a0La Commission europ\u00e9enne se laisse dicter sa politique climatique par les entreprises\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0estime-t-il, ajoutant que les discussions visant \u00e0 d\u00e9signer les b\u00e9n\u00e9ficiaires des subventions reposent souvent sur des \u00e9tudes men\u00e9es par l\u2019industrie.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les risques du stockage<\/h2>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans certains pays comme l\u2019Allemagne, la r\u00e9sistance des citoyens et de certaines ONG, qui mettent en avant les risques du CCS, fait obstacle \u00e0 son essor. Si le CO<sub>2<\/sub>stock\u00e9 en mer s\u2019\u00e9chappait \u00e0 la suite d\u2019un accident, cela risquerait d\u2019engendrer des zones mortes et une forte acidification de l\u2019eau. Dans le cas d\u2019un stockage \u00e0 terre, des fuites importantes pourraient, \u00e0 cause d\u2019un important manque d\u2019oxyg\u00e8ne, mettre en danger les animaux et les riverains qui inhaleraient du CO<sub>2<\/sub>\u00a0pi\u00e9g\u00e9 et concentr\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autre risque\u00a0: la pollution des eaux souterraines. Si le CO<sub>2<\/sub>\u00a0se r\u00e9pand de mani\u00e8re incontr\u00f4lable dans le sous-sol, il peut faire migrer la saumure des aquif\u00e8res salins, la pousser vers la surface et, dans le pire des cas, contaminer l\u2019eau douce.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Christina Voigt, professeure de droit de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Oslo, confirme qu\u2019en d\u00e9pit des affirmations des g\u00e9ologues, le risque z\u00e9ro n\u2019existe pas\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0On imagine ais\u00e9ment ce qui peut se passer si l\u2019installation des gazoducs est b\u00e2cl\u00e9e, ou si les formations souterraines sont inadapt\u00e9es ou en butte au risque sismique.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>Dans son bureau, la juriste est assise devant une impressionnante biblioth\u00e8que remplie d\u2019ouvrages juridiques et de ses propres publications sur les Cours de justice internationales et les questions environnementales. Elle s\u2019int\u00e9resse aux poursuites engag\u00e9es au niveau mondial contre les violations de la protection de l\u2019environnement.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab\u00a0Cacher la poussi\u00e8re sous le tapis\u00a0\u00bb<\/h2>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00a0Quand du dioxyde de carbone est illicitement rejet\u00e9 dans l\u2019atmosph\u00e8re, il faut bien que quelqu\u2019un en assume la responsabilit\u00e9\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0argumente la juriste. La probl\u00e9matique se posera de la m\u00eame fa\u00e7on pour le captage et le stockage du CO<sub>2<\/sub>. Les n\u00e9gociations climatiques dans le cadre du suivi de l\u2019accord de Paris sur le climat pourraient prochainement donner \u00e0 la technologie CCS un \u00e9lan d\u00e9cisif.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Il est possible que les droits d\u2019\u00e9missions li\u00e9s au CCS soient bient\u00f4t vendus et \u00e9chang\u00e9s, comme c\u2019est le cas pour les quotas d\u2019\u00e9missions de l\u2019UE.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>La Commission europ\u00e9enne travaille sur une r\u00e9glementation des allocations de quotas pour le CCS, confirme une porte-parole.Lire aussi\u00a0\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/talents-fr\/article\/2008\/02\/15\/le-canada-joue-les-pionniers-dans-la-capture-et-le-stockage-du-co2_1009740_3504.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le Canada joue les pionniers dans la capture et le stockage du CO<sub>2<\/sub><\/a><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La perspective d\u2019\u00e9changes de quotas de CCS \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire inqui\u00e8te Christina Voigt\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Un quota d\u2019une tonne de CO\u2082 captur\u00e9e se vendra facilement en Bourse, mais personne ne peut garantir que ce dioxyde de carbone restera vraiment dans le sol.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>Des pays comme la Chine, le Br\u00e9sil ou le Pakistan pourraient lancer des op\u00e9rations de CCS sans se soucier de normes de s\u00e9curit\u00e9 internationales.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec le CCS, la responsabilit\u00e9 du contribuable est engag\u00e9e du d\u00e9but \u00e0 la fin du processus\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0D\u2019abord, il subventionne les entreprises qui mettent en \u0153uvre cette technologie et en tirent profit et, in fine, c\u2019est aussi l\u2019Etat qui sera tenu pour responsable des accidents ou des fuites, jusqu\u2019\u00e0 la fin des temps\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0pointe Christina Voigt.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais en d\u00e9pit de toutes ses r\u00e9ticences, Christina Voigt ne rejette pas compl\u00e8tement le stockage du CO<sub>2<\/sub>\u00a0et elle esp\u00e8re \u2013 m\u00eame si elle le dit avec quelque h\u00e9sitation \u2013 que le projet Northern Lights verra le jour.<em>\u00a0\u00ab\u00a0Nous n\u2019avons tout simplement plus de temps \u00e0 perdre. Il faut tout essayer pour \u00e9viter que la teneur en CO<sub>2<\/sub>\u00a0dans l\u2019atmosph\u00e8re ne continue de grimper,\u00a0<\/em>confie-t-elle.\u00a0<em>Le CCS n\u2019est sans doute qu\u2019un alibi et une fa\u00e7on de cacher la poussi\u00e8re sous le tapis. Mais dans le contexte de la crise climatique, c\u2019est un moindre mal.\u00a0\u00bb \u2013 (Traduit de l\u2019allemand par Dominique Kugler.)<\/em><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Annika Joeres\u00a0et\u00a0\u00a0Suzanne G\u00f6tze<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour atteindre la neutralit\u00e9 carbone d\u2019ici \u00e0 2050, l\u2019Union europ\u00e9enne doit r\u00e9duire drastiquement ses \u00e9missions de CO2. Les groupes p\u00e9troliers et gaziers mettent en avant le stockage du dioxyde de carbone sous terre. Une solution encore imparfaite qui leur permet pourtant de b\u00e9n\u00e9ficier de subsides.\u00a0 Par Annika Joeres et Suzanne G\u00f6tze\u00a0Publi\u00e9 dans Le Monde. &nbsp;<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[200],"tags":[],"class_list":["post-25592","post","type-post","status-publish","format-standard","category-ecologie"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25592","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25592"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25592\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25592"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25592"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25592"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}