{"id":30351,"date":"2021-10-16T15:09:18","date_gmt":"2021-10-16T19:09:18","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=30351"},"modified":"2021-10-16T15:09:20","modified_gmt":"2021-10-16T19:09:20","slug":"a-bordeaux-pipi-et-caca-se-recyclent-a-velo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/a-bordeaux-pipi-et-caca-se-recyclent-a-velo\/","title":{"rendered":"In Bordeaux, pee and poop are recycled by bike"},"content":{"rendered":"<h1 class=\"wp-block-heading\"><\/h1>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/reporterre.net\/local\/cache-vignettes\/L720xH480\/arton23718-507e4.jpg?1634054152\" alt=\"\u00c0 Bordeaux, pipi et caca se recyclent \u00e0 v\u00e9lo\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Reporterre. <br>Premier r\u00e9seau de collecte des excreta humains en ville, la Fumainerie permet \u00e0 des Bordelais d\u2019utiliser des toilettes s\u00e8ches. Ce mod\u00e8le r\u00e9duit les nuisances environnementales et pourrait b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 l\u2019agriculture, mais sa g\u00e9n\u00e9ralisation se heurte \u00e0 des freins culturels, techniques et \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bordeaux (Gironde), reportage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ambre Diazabakana roule vite, tr\u00e8s vite. Elle est press\u00e9e. Casque sur la t\u00eate, gilet jaune sur le dos, elle d\u00e9vale les rues ensoleill\u00e9es de Bordeaux sur son triporteur \u00e9lectrique. Il est 18&nbsp;h, sa tourn\u00e9e commence. En l\u2019espace d\u2019une soir\u00e9e, la p\u00e9tillante trentenaire doit sillonner la capitale du vin \u00e0 la recherche d\u2019une ressource surprenante&nbsp;: des&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.larousse.fr\/dictionnaires\/francais\/excreta\/32036\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">excreta<\/a>&nbsp;humains.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Premier arr\u00eat dans un immeuble cossu du centre-ville. Le soleil encore ti\u00e8de darde ses rayons sur les pierres blanches. Bidons en plastique sous le bras, Ambre caracole dans les escaliers.&nbsp;<em>\u00ab\u00c7a fait les bras et les jambes!\u00bb<\/em>plaisante la jeune femme \u00e0 la bonne humeur communicative. Magalie l\u2019attend sur le pas de sa porte. \u00c0 45&nbsp;ans, cette adepte de la permaculture fait partie des 89&nbsp;<em>\u00abcoproducteurs\u00bb<\/em>&nbsp;from&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lafumainerie.com\/\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">la Fumainerie<\/a>&nbsp;(du terme&nbsp;<em>\u00abfumain\u00bb<\/em>, pour&nbsp;<em>\u00abfumier humain\u00bb<\/em>). Cette association a lanc\u00e9 en 2020 le premier r\u00e9seau de collecte et de valorisation des excreta humains en ville. L\u2019id\u00e9e&nbsp;: permettre \u00e0 un public urbain d\u2019utiliser des toilettes s\u00e8ches, et r\u00e9duire ainsi les nuisances environnementales g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par notre syst\u00e8me actuel de gestion des urines et f\u00e8ces.&nbsp;<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"800\" alt=\"\" src=\"https:\/\/reporterre.net\/IMG\/jpg\/img_9994_resized.jpg\">Ambre Diazabakana a deux heures chaque soir pour collecter les excr\u00e9tas de 5 \u00e0 10 foyers.&nbsp;<em>\u00a9 Hortense Chauvin\/Reporterre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les deux femmes se saluent joyeusement. Magalie tend \u00e0 Ambre ses contenants usag\u00e9s, et en r\u00e9cup\u00e8re trois propres. La collecte a lieu une fois par semaine, \u00e0 des jours diff\u00e9rents en fonction des quartiers. Pour Magalie et le reste des coproducteurs vivant dans le centre-ville, c\u2019est le lundi.&nbsp;<em>\u00abJ\u2019ai fait partie des premiers foyers \u00e0 tenter l\u2019aventure<\/em>, raconte l\u2019\u00e9l\u00e9gante quarantenaire.&nbsp;<em>Pour moi, \u00e7a a du sens d\u2019arr\u00eater de polluer les eaux.\u00bb<\/em>&nbsp;Une fois les bidons collect\u00e9s et charg\u00e9s dans son v\u00e9lo, Ambre repart aussi sec. Cinq autres foyers l\u2019attendent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9marche peut pr\u00eater \u00e0 sourire. Le sujet \u00e9tant tabou, on se surprend \u00e0 \u00eatre un peu g\u00ean\u00e9 en \u00e9voquant les tenants et aboutissants de ce projet. Les cons\u00e9quences environnementales de notre mod\u00e8le sont pourtant loin d\u2019\u00eatre anecdotiques.&nbsp;\u00c0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, la collecte et la valorisation agricole des excreta humains \u00e9taient la r\u00e8gle, explique Fabien Esculier, chercheur au Laboratoire eau environnement syst\u00e8mes urbains (Leesu) \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Ponts ParisTech. Ces mati\u00e8res (en particulier l\u2019urine) sont riches en nutriments n\u00e9cessaires \u00e0 la croissance des plantes. Tout a chang\u00e9 au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Avec la cr\u00e9ation des premiers \u00e9gouts et toilettes modernes, la population a commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9barrasser de ses excreta dans l\u2019eau. Le d\u00e9veloppement du proc\u00e9d\u00e9 Haber-Bosch, qui permet de produire des engrais gr\u00e2ce aux hydrocarbures, a par ailleurs encourag\u00e9 les acteurs int\u00e9ress\u00e9s par la valorisation agricole des excreta humains \u00e0 s\u2019en d\u00e9tourner.&nbsp;<em>\u00abOn a perdu l\u2019int\u00e9r\u00eat pour ces mati\u00e8res en tant que ressource<\/em>, regrette Fabien Esculier.&nbsp;<em>Une fois qu\u2019elles sont dilu\u00e9es dans les eaux us\u00e9es, il est beaucoup plus difficile de les r\u00e9cup\u00e9rer.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un g\u00e2chis d\u2019eau d\u00e9sastreux pour la biodiversit\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cons\u00e9quences&nbsp;: un g\u00e2chis consid\u00e9rable d\u2019eau potable et une pollution importante des \u00e9cosyst\u00e8mes aquatiques.&nbsp;<em>\u00abLorsque l\u2019on tire la chasse d\u2019eau, on envoie une fraction de nos excreta dans la rivi\u00e8re<\/em>, explique Fabien Esculier.&nbsp;<em>On concentre dans un milieu aquatique tr\u00e8s petit une \u00e9norme quantit\u00e9 de nutriments \u2014&nbsp;azote et phosphore&nbsp;\u2014 qui vont faire&nbsp;<a href=\"https:\/\/reporterre.net\/Le-liga-la-boue-maritime-qui-infeste-les-cotes-basques\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">pousser des algues<\/a>&nbsp;et contribuer \u00e0 la mort des rivi\u00e8res.\u00bb<\/em>&nbsp;Les stations d\u2019\u00e9puration, souligne-t-il, ne permettent pas de traiter int\u00e9gralement les eaux us\u00e9es. En \u00cele-de-France, par exemple, un tiers de l\u2019azote contenu dans nos excreta est rejet\u00e9 dans la Seine, malgr\u00e9 l\u2019installation d\u2019\u00e9quipements co\u00fbteux en r\u00e9actifs chimiques et en \u00e9nergie. Les cons\u00e9quences pour la biodiversit\u00e9 sont d\u00e9sastreuses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ne pas valoriser les excreta humains est selon le chercheur&nbsp;<em>\u00abune double peine\u00bb<\/em>&nbsp;:&nbsp;<em>\u00abC\u2019est \u00e0 la fois un facteur de pollution de notre environnement aquatique et une&nbsp;<a href=\"https:\/\/reporterre.net\/Avec-les-toilettes-seches-la-pollution-devient-ressource\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">perte de ressources<\/a>\u00bb<\/em>. Cette perte est d\u2019autant plus&nbsp;<em>\u00ababerrante\u00bb<\/em>, selon lui, que les engrais de synth\u00e8se que nous utilisons aujourd\u2019hui sont nocifs. Les&nbsp;<a href=\"https:\/\/reporterre.net\/Derriere-la-catastrophe-d-AZF-la-surconsommation-d-engrais-azotes-en-France\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">apports azot\u00e9s<\/a>&nbsp;font partie des principaux \u00e9metteurs de gaz \u00e0 effet de serre. Quant au phosphore, il s\u2019agit d\u2019une ressource limit\u00e9e, extraite dans des mines situ\u00e9es principalement \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Les cons\u00e9quences de sa remise en circulation dans l\u2019environnement sont incertaines.&nbsp;<em>\u00abOn joue \u00e0 l\u2019apprenti sorcier en d\u00e9versant des quantit\u00e9s \u00e9normes de phosphore dans l\u2019oc\u00e9an, ce qui d\u00e9r\u00e9gule sa biochimie. Personne n\u2019est en mesure de dire si cela ne pourrait pas entra\u00eener une anoxie majeure\u00bb<\/em>, note-t-il.<img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"800\" alt=\"\" src=\"https:\/\/reporterre.net\/IMG\/jpg\/img_9958_resized.jpg\">Ambre Diazabakana pr\u00e9pare des bidons pour Magalie, l\u2019une des coproductrices.&nbsp;<em>\u00a9 Hortense Chauvin\/Reporterre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Fumainerie se veut une alternative&nbsp;<em>\u00abdurable et circulaire\u00bb<\/em>&nbsp;\u00e0 notre syst\u00e8me actuel de gestion des excreta humains. Une fois collect\u00e9es par l\u2019association, les mati\u00e8res f\u00e9cales sont compost\u00e9es par Pena environnement, une entreprise girondine sp\u00e9cialis\u00e9e dans leur valorisation. Elles sont ensuite norm\u00e9es, puis vendues comme fertilisant agricole. L\u2019urine est quant \u00e0 elle r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par Toopi organics. Cette jeune soci\u00e9t\u00e9 met au point un proc\u00e9d\u00e9 de traitement&nbsp;<em>\u00ablow-tech\u00bb<\/em>&nbsp;des urines. Ses fondateurs esp\u00e8rent, \u00e0 terme, les commercialiser sous forme de biofertilisants substituables aux engrais chimiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Fumainerie souhaite valoriser l\u2019ensemble des mati\u00e8res qu\u2019elle collecte d\u2019ici la fin de son exp\u00e9rimentation, qui doit encore durer un an.&nbsp;<em>\u00abL\u2019objectif est d\u2019arriver \u00e0 sortir une pollution, de rendre \u00e0 la terre ces excreta\u00bb<\/em>, dit \u00c9milie Paties, membre b\u00e9n\u00e9vole depuis 2019. La jeune femme a rejoint l\u2019association lorsqu\u2019elle a compris que l\u2019eau utilis\u00e9e dans les toilettes classiques \u00e9tait potable&nbsp;:&nbsp;<em>\u00abJe me suis dit que c\u2019\u00e9tait aberrant. On va manquer d\u2019eau dans le monde, et on s\u2019en sert pour \u00e9jecter nos excr\u00e9ments!\u00bb<\/em>&nbsp;En moyenne, une chasse d\u2019eau n\u00e9cessite 9&nbsp;litres d\u2019eau potable. Depuis septembre 2020, la Fumainerie a recueilli 2&nbsp;393&nbsp;kilos de f\u00e8ces et 7&nbsp;441&nbsp;litres d\u2019urine.&nbsp;<em>\u00abOn a calcul\u00e9 que l\u2019eau potable \u00e9conomis\u00e9e correspondait \u00e0 la consommation en eau de boisson de dix personnes pendant toute leur vie.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">18&nbsp;h&nbsp;30. Apr\u00e8s maints d\u00e9tours dans les rues de Bordeaux, Ambre parvient \u00e0 son deuxi\u00e8me rendez-vous de la soir\u00e9e&nbsp;: l\u2019atelier d\u2019artistes de Dominique, nich\u00e9 dans une cour parsem\u00e9e d\u2019arbres. Les deux femmes prennent mutuellement de leurs nouvelles en s\u2019\u00e9changeant leurs bidons.&nbsp;<em>\u00abL\u2019int\u00e9r\u00eat est aussi de recr\u00e9er du lien<\/em>, dit Ambre.&nbsp;<em>Comme c\u2019est un projet relativement intrusif, qu\u2019on rentre chez les gens, qu\u2019on r\u00e9cup\u00e8re des mati\u00e8res intimes.\u2026 Il y a un besoin de rassurer, de donner confiance.\u00bb<\/em><img decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"800\" alt=\"\" src=\"https:\/\/reporterre.net\/IMG\/jpg\/img_0043_resized.jpg\">Aur\u00e9lie Paquignon a rejoint le groupe de coproducteurs afin de \u00abr\u00e9duire son impact\u00bb \u00e9cologique.&nbsp;<em>\u00a9 Hortense Chauvin\/Reporterre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La coproductrice de 59&nbsp;ans accueille tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement du public dans son atelier.&nbsp;<em>\u00abLes plus r\u00e9fractaires \u00e9taient les gens de 65 ou 70&nbsp;ans, qui l\u2019ont v\u00e9cu comme un retour en arri\u00e8re\u00bb<\/em>, raconte-t-elle. Apr\u00e8s un temps d\u2019adaptation, la d\u00e9marche est entr\u00e9e dans les habitudes de chacun.<em>&nbsp;\u00abAu d\u00e9but, on avait imagin\u00e9 faire un cahier pour que chacun puisse s\u2019exprimer. Et puis une semaine apr\u00e8s, on s\u2019est dit qu\u2019on n\u2019allait pas parler des sanitaires pendant vingt ans. On a autre chose \u00e0 faire!\u00bb<\/em>&nbsp;rit-elle. Elle ne voit aujourd\u2019hui&nbsp;<em>\u00abaucun inconv\u00e9nient\u00bb<\/em>&nbsp;\u00e0 l\u2019installation de toilettes s\u00e8ches.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il arrive que ces derni\u00e8res fassent moins facilement l\u2019unanimit\u00e9. Aur\u00e9lie Paquignon, b\u00e9n\u00e9vole \u00e0 la Fumainerie, \u00e9tait tr\u00e8s emball\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e de participer \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation.&nbsp;<em>\u00abJ\u2019\u00e9tais pr\u00eate \u00e0 faire une lettre de motivation!\u00bb<\/em>&nbsp;raconte-t-elle. Si elle explique ne pas rencontrer d\u2019obstacles majeurs, elle se heurte parfois au rejet de ses invit\u00e9s.&nbsp;<em>\u00abIls peuvent avoir des r\u00e9ponses brusques. \u00c7a me heurte, \u00e7a me fait mal. Heureusement, \u00e7a n\u2019arrive pas tr\u00e8s souvent, et ce n\u2019est pas tr\u00e8s grave en comparaison de tous les avantages \u00e9cologiques que j\u2019y vois.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces freins culturels sont parmi les obstacles au d\u00e9veloppement d\u2019alternatives comme la Fumainerie.&nbsp;<em>\u00abLes toilettes s\u00e8ches sont encore fr\u00e9quemment associ\u00e9es \u00e0 la cabane au fond du jardin<\/em>, dit Marine Legrand, anthropologue environnementale et charg\u00e9e d\u2019animation et de recherche au sein du programme&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.leesu.fr\/ocapi\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">OCAPI<\/a>&nbsp;(Organisation des cycles Carbone, Azote et Phosphore dans les territoires).&nbsp;<em>Si l\u2019on s\u2019en tient \u00e0 cette id\u00e9e simpliste, elles peuvent \u00eatre vues comme une pratique arri\u00e9r\u00e9e. Pourtant, nous ma\u00eetrisons aujourd\u2019hui de mani\u00e8re beaucoup plus fine les processus de d\u00e9composition de la mati\u00e8re. Nous avons une meilleure connaissance des pathog\u00e8nes et des mani\u00e8res d\u2019\u00e9viter de les transmettre \u00e0 l\u2019environnement.\u00bb<\/em>&nbsp;Les stations d\u2019\u00e9puration ne traitent pas les pathog\u00e8nes pr\u00e9sents dans les eaux us\u00e9es, rappelle Fabien Esculier.&nbsp;<em>\u00abUne grande partie d\u2019entre eux se retrouvent dans les rivi\u00e8res. Si l\u2019on mettait en place des fili\u00e8res pour g\u00e9rer ce risque de mani\u00e8re collective pour les toilettes s\u00e8ches, il est plausible que l\u2019on puisse faire mieux que ce que l\u2019on fait aujourd\u2019hui\u00bb<\/em>, assure-t-il.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00abConsid\u00e9rer ces mati\u00e8res comme fertiles, c\u2019est apprivoiser notre rapport \u00e0 la mort.\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mauvaise image des toilettes s\u00e8ches pourrait \u00e9galement avoir des ressorts plus profonds, selon Marine Legrand.&nbsp;<em>\u00abNotre syst\u00e8me fonctionne, sur le plan anthropologique, comme un syst\u00e8me d\u2019oubli. Chacun fait ses besoins en priv\u00e9, de mani\u00e8re taboue, et le transf\u00e8re via la magie de la chasse d\u2019eau \u00e0 la sph\u00e8re publique. On ne s\u2019en pr\u00e9occupe plus par la suite. Tout cela est structur\u00e9 culturellement, avec l\u2019id\u00e9e que nos excr\u00e9ments ne nous concernent pas.\u00bb<\/em>Mettre fin \u00e0 ce processus d\u2019externalisation en utilisant des toilettes s\u00e8ches nous pousserait au contraire \u00e0 nous confronter \u00e0 notre propre d\u00e9liquescence, \u00e0&nbsp;<em>\u00abrenouer avec notre part d\u2019ombre\u00bb<\/em>, selon l\u2019anthropologue&nbsp;:&nbsp;<em>\u00abConsid\u00e9rer ces mati\u00e8res comme fertiles, c\u2019est apprivoiser notre rapport \u00e0 la mort, qui est aujourd\u2019hui compl\u00e8tement atrophi\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s industrielles.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fabien Esculier \u00e9voque \u00e9galement un&nbsp;<em>\u00abverrouillage socio-technique\u00bb<\/em>&nbsp;:&nbsp;<em>\u00abLes investissements sont massifs dans le domaine de la gestion des eaux us\u00e9es et des excreta humains. Une fois que l\u2019on a investi massivement, il est difficile de changer de syst\u00e8me\u00bb<\/em>.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"800\" alt=\"\" src=\"https:\/\/reporterre.net\/IMG\/jpg\/img_9967_resized.jpg\">Magalie, coproductrice, re\u00e7oit Ambre Diazabakana chez elle pour lui donner ses bidons usag\u00e9s.&nbsp;<em>\u00a9 Hortense Chauvin\/Reporterre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la Fumainerie, toute la difficult\u00e9 est d\u2019arriver \u00e0 trouver un mod\u00e8le \u00e9conomique qui tienne la route. Pour le moment, l\u2019association survit gr\u00e2ce \u00e0 des financements publics. Afin qu\u2019elle puisse fonctionner de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, chaque foyer de coproducteur devrait payer 42,32&nbsp;euros par mois. Un co\u00fbt \u00e9lev\u00e9, compar\u00e9 aux 75,60&nbsp;euros que les Bordelais paient chaque ann\u00e9e, en moyenne, pour l\u2019eau consomm\u00e9e par leurs toilettes mouill\u00e9es.&nbsp;<em>\u00abSouvent, les coproducteurs sont pr\u00eats \u00e0 payer dix ou quinze euros, mais d\u2019autres consid\u00e8rent qu\u2019il devrait s\u2019agir d\u2019un service gratuit\u00bb<\/em>, dit \u00c9milie Paties.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 ces difficult\u00e9s, ce type d\u2019alternative pourrait fleurir en France.&nbsp;<em>\u00abAller collecter l\u2019urine et les mati\u00e8res f\u00e9cales en porte \u00e0 porte en ville est la configuration la plus compliqu\u00e9e.&nbsp;La Fumainerie est le symbole que tout est possible\u00bb<\/em>, s\u2019enthousiasme Fabien Esculier. Inspir\u00e9e par cet exemple, la mairie de Bordeaux envisage d\u2019installer des toilettes s\u00e8ches dans certains lieux publics, squats et bidonvilles. Un projet de collecte et de r\u00e9utilisation des urines est \u00e9galement \u00e0 l\u2019\u00e9tude dans le quartier de Saint-Vincent-de-Paul, \u00e0 Paris.&nbsp;<em>\u00abOn n\u2019en est qu\u2019au tout d\u00e9but de cette r\u00e9invention\u00bb<\/em>, se r\u00e9jouit Fabien Esculier. Et tant mieux&nbsp;: selon une&nbsp;<a href=\"https:\/\/reporterre.net\/L-agriculture-bio-et-locale-pourra-nourrir-l-Europe-en-2050-selon-une-etude-scientifique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">study<\/a>&nbsp;publi\u00e9e en juin dans la revue&nbsp;<em>One Earth<\/em>, valoriser les excreta humains serait essentiel pour nourrir l\u2019Europe de mani\u00e8re bio et locale en 2050. Ne reste plus qu\u2019\u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer pour les collecte<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Reporterre. Premier r\u00e9seau de collecte des excreta humains en ville, la Fumainerie permet \u00e0 des Bordelais d\u2019utiliser des toilettes s\u00e8ches. Ce mod\u00e8le r\u00e9duit les nuisances environnementales et pourrait b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 l\u2019agriculture, mais sa g\u00e9n\u00e9ralisation se heurte \u00e0 des freins culturels, techniques et \u00e9conomiques. Bordeaux (Gironde), reportage Ambre Diazabakana roule vite, tr\u00e8s vite. 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