{"id":46182,"date":"2023-04-27T19:48:31","date_gmt":"2023-04-27T17:48:31","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=46182"},"modified":"2023-05-26T14:08:09","modified_gmt":"2023-05-26T12:08:09","slug":"exclusif-roger-lise-interviewe-par-tony-delsham-cetait-en-2006","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/exclusif-roger-lise-interviewe-par-tony-delsham-cetait-en-2006\/","title":{"rendered":"Exclusif : ROGER LISE, interview\u00e9 par Tony Delsham&#8230;c&rsquo;\u00e9tait en 2006 !"},"content":{"rendered":"<p><strong>Roger Lise :<\/strong><\/p>\n<h2><em>\u00ab Je ne peux faire confiance \u00e0 un gouvernement qui ne me reconna\u00eet pas l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00bb<\/em><\/h2>\n<figure id=\"attachment_46191\" aria-describedby=\"caption-attachment-46191\" style=\"width: 227px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-46191\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Antilla-N\u00b01225.jpg\" alt=\"\" width=\"227\" height=\"269\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Antilla-N\u00b01225.jpg 674w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Antilla-N\u00b01225-600x712.jpg 600w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Antilla-N\u00b01225-253x300.jpg 253w\" sizes=\"(max-width: 227px) 100vw, 227px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-46191\" class=\"wp-caption-text\">Antilla N\u00b01225<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>N\u00e9 \u00e0 Case-Pilote en juillet I927, fils d\u2019une femme de m\u00e9nage et d\u2019un m\u00e9canicien d\u2019usine, Roger Lise conna\u00eet les dures conditions de vie de la colonie Martinique. C\u2019est la conscience de la mis\u00e8re des siens qui fera de lui le premier magistrat de sa commune natale avec une fin de carri\u00e8re en apoth\u00e9ose dans un fauteuil de s\u00e9nateur, o\u00f9 il si\u00e8ge pendant dix-huit ans. Dix-huit ans, c\u2019est le temps qu\u2019il passe \u00e9galement \u00e0 la t\u00eate de la municipalit\u00e9 qu\u2019il abandonne au profit de Frantz B\u00e9rose. D\u2019abord capitaine de la Marine marchande, puis capitaine au long cours, il assure les transports entre les Antilles et la Guyane, avant de se fixer d\u00e9finitivement \u00e0 la Martinique, o\u00f9 il devient pilote du port de Fort-de-France. Et, s\u2019il faut porter t\u00e9moignage personnel, sur les bancs du Conseil g\u00e9n\u00e9ral, j\u2019ai souvenir d\u2019un homme discret, pos\u00e9, loin des envol\u00e9es lyriques et du blablabla flonflontant, propres aux coll\u00e8gues de sa g\u00e9n\u00e9ration.<\/strong><\/p>\n<h2>Visite guid\u00e9e d\u2019une \u00e9poque, celle des artisans de la loi d\u2019assimilation, \u00e0 travers les souvenirs et commentaires d\u2019un sage.<\/h2>\n<h2><strong>SOUVENIRS SOUVENIRS<\/strong><\/h2>\n<p><strong>Quel est le souvenir le plus lointain que vous ayez de votre p\u00e8re ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> En r\u00e9alit\u00e9, je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 par mon p\u00e8re. C\u2019\u00e9tait un m\u00e9canicien d\u2019usine, ma m\u00e8re, femme de m\u00e9nage \u00e0 Saint-Pierre a eu un enfant avec ce monsieur puis est revenue \u00e0 Case-Pilote o\u00f9 elle s\u2019est mari\u00e9e \u00e0 un marin-p\u00eacheur, C\u2019est ce dernier qui a \u00e9t\u00e9 mon vrai p\u00e8re. C\u2019est lui qui m\u2019a \u00e9lev\u00e9, et nous habitions \u00e0 Fond Bouchet dans une petite maison en bois avec devant, une pi\u00e8ce de 5&#215;2 m\u00e8tres et, derri\u00e8re, la chambre de 5x 3 m\u00e8tres, s\u00e9par\u00e9e en deux par un rideau. Chaque fois que la mer \u00e9tait houleuse, il fallait envelopper nos affaires dans des draps, aller chez le voisin dans la savane, puis revenir apr\u00e8s le mauvais temps. Alors, nous recollions les d\u00e9bris. A l\u2019\u00e2ge de sept ans, nous sommes venus habiter \u00e0 Case-Pilote, o\u00f9 je fus scolaris\u00e9. J\u2019ai connu des jours difficiles o\u00f9 le matin je n\u2019avais qu\u2019un caf\u00e9 avec de la farine le plus souvent sans sucre et rien \u00e0 midi. A seize heures, mon p\u00e8re \u00e9tant p\u00eacheur, nous avions une langouste pour le go\u00fbter et le souper. A l\u2019\u00e9poque, cela ne se vendait pas, cela se donnait.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e2g\u00e9 de vingt-deux ans et officier de marine lorsque mon p\u00e8re m\u2019a reconnu, j\u2019ai protest\u00e9. De toute fa\u00e7on, c\u2019est la premi\u00e8re personne qui reconna\u00eet l\u2019enfant qui est le p\u00e8re. Par contre, cela a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s important pour ma m\u00e8re. Lorsque je lui ai annonc\u00e9 la nouvelle, elle s\u2019est exclam\u00e9e : A i rikon\u00e8t ou mwen byen kontan ! ll faut bien comprendre le contexte de l\u2019\u00e9poque. En effet, souvent la femme avait un enfant d\u2019un homme, mais c\u2019\u00e9tait un autre homme qui s\u2019en occupait, parce que le premier s\u2019en \u00e9tait all\u00e9. Si les gens ne vous avouent pas cela, c\u2019est qu\u2019ils mentent, car la plupart des familles se sont constitu\u00e9es ainsi. C\u2019est le suivant qui devient le vrai p\u00e8re et prend en charge l\u2019enfant. Lorsque le vrai p\u00e8re reconnaissait l\u2019enfant, pour la femme, cela signifiait qu\u2019aux yeux de tous l\u2019homme reconnaissait qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas femme de mauvaise vie, qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas femme volage, qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas all\u00e9e avec plusieurs hommes en m\u00eame temps, que son fils n\u2019\u00e9tait pas an yich kon\u2019. Alors, oui, pour les femmes c\u2019\u00e9tait important.<\/p>\n<p><strong>Quel est le souvenir que vous conservez de votre m\u00e8re ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> Elle \u00e9tait comme les autres femmes de la Martinique. Bien qu\u2019\u00e9tant de la mis\u00e8re, elle \u00e9tait tr\u00e8s digne. Sto\u00efque, comme les m\u00e8res romaines. Son boulot \u00e9tait de subvenir aux besoins mais surtout, d\u2019\u00e9duquer, d\u2019\u00e9viter que l\u2019enfant allant \u00e0 l\u2019\u00e9cole ne soit pas les pieds nus, n\u2019ait de v\u00eatements d\u00e9chir\u00e9s, soit propre. La priorit\u00e9 pour les mamans de l\u2019\u00e9poque \u00e9tait de donner une \u00e9ducation \u00e0 l\u2019enfant. C\u2019\u00e9tait sa fiert\u00e9 d\u2019entendre que son enfant avait une \u00e9ducation. A cette \u00e9poque, les gens avaient la notion de l\u2019\u00e9galit\u00e9. Ils voulaient \u00eatre l\u2019\u00e9gal de l\u2019autre.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9gal de l\u2019autre ? Qui est cet autre ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> S\u2019ils \u00e9taient chez le b\u00e9k\u00e9, l\u2019\u00e9gal du b\u00e9k\u00e9, s\u2019ils \u00e9taient chez un patron l\u2019\u00e9gal de ce patron, si la femme travaillait chez un instituteur, et il n\u2019y en avait pas beaucoup \u00e0 l\u2019\u00e9poque, son r\u00eave \u00e9tait que son rejeton soit \u00e9galement instituteur. Etre l\u2019\u00e9gal de celui de condition sup\u00e9rieur \u00e9tait un sentiment partag\u00e9 par la majorit\u00e9 des Martiniquais de l\u2019\u00e9poque. On voulait parler d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est le terreau d\u2019o\u00f9 \u00e9merge la volont\u00e9 de l\u2019Assimilation de I946 ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> J\u2019ai c\u00f4toy\u00e9 beaucoup de gens, je peux t\u00e9moigner qu\u2019ils voulaient surtout \u00eatre l\u2019\u00e9gal de l\u2019autre. Il y a eu la guerre du Mexique, chaque fois qu\u2019un Martiniquais partait, c\u2019\u00e9tait pour montrer qu\u2019ayant les m\u00eames devoirs, il voulait les m\u00eames droits. Je n\u2019ai pas eu de t\u00e9moignages des acteurs eux-m\u00eames, mais le souvenir \u00e9tait encore proche. D\u2019ailleurs, lorsque l\u2019on croisait un homme estropi\u00e9, on disait : \u00ab tala i f\u00e8 la dj\u00e8 Meksik \u00bb, parce que, en effet, ceux qui \u00e9taient partis sont revenus amput\u00e9s de quelque chose. Les m\u00eames devoirs pour avoir l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits ! C\u2019\u00e9tait une volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, m\u00eame au niveau des plus humbles. Je vous donne un exemple : Jadis, le transport se faisait par canot. Vous montiez dans un canot pour aller \u00e0 Saint-Pierre et on vous y conduisait \u00e0 la rame : un jour, un p\u00eacheur de Case-Pilote venant de d\u00e9barquer un passager, bien habill\u00e9 et tout, est en train de discuter avec celui-ci. Un passant, \u00e9galement bien habill\u00e9, l\u2019interpelle et l\u2019insulte. Le p\u00eacheur, lui dit seulement : \u00ab r\u00e9t\u00e9-l\u00e0 mwen ka vini \u00bb. Et, il remonte dans son canot, retourne \u00e0 Case- Pilote, rev\u00eat le seul bon v\u00eatement qu\u2019il avait, son linge d\u2019enterrement, retourne \u00e0 Saint-Pierre, retrouve celui qui l\u2019avait insult\u00e9, et lui remet insulte pour insulte. Lorsque le policier est arriv\u00e9, pour mettre de l\u2019ordre, celui-ci a dit : \u00ab Mais non, messieurs, des gens comme vous ne peuvent agir ainsi, entendez-vous ! \u00bb. Si notre homme \u00e9tait rest\u00e9 avec ses haillons de p\u00eacheur, yo t\u00e9 ka fout\u00e9y lajol. Etant bien habill\u00e9, il \u00e9tait sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9, et dans cette affaire il a pu se faire entendre et d\u00e9montrer qu\u2019il avait raison.<\/p>\n<p><strong>Il y avait donc une atmosph\u00e8re propice \u00e0 cet \u00e9tat d\u2019esprit. D\u2019o\u00f9 venait-elle ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> Des premiers enseignants. Vous savez que Jules Ferry \u00e9tait franc-ma\u00e7on, apr\u00e8s la premi\u00e8re R\u00e9publique rat\u00e9e, la deuxi\u00e8me rat\u00e9e \u00e9galement, \u00e0 la troisi\u00e8me, il se dit qu\u2019il doit faire en sorte que la population ne se laisse plus avoir aussi facilement. Il cr\u00e9e donc l\u2019\u00e9cole la\u00efque et obligatoire. Pour lui, le pays devait \u00eatre divis\u00e9 en autant de d\u00e9partements et que les instituteurs d\u2019un d\u00e9partement ne devaient pas enseigner dans un autre d\u00e9partement. Ces instituteurs avaient donc pour vocation de former les jeunes dans leur d\u00e9partement, de les attacher \u00e0 leur terroir et \u00e0 leur patrie. La Martinique, dans le m\u00eame temps, a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de cela. La premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration form\u00e9e par les instituteurs de cette \u00e9poque a \u00e9t\u00e9 celle de F\u00e9lix Ebou\u00e9. Ces jeunes ont donc \u00e9t\u00e9 form\u00e9s avec un \u00e9tat d\u2019esprit du terroir et de l\u2019\u00e9galit\u00e9. Si le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle a pu parler, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 Ebou\u00e9 qui s\u2019est sacrifi\u00e9 au Tchad et lui a donn\u00e9 une terre. La deuxi\u00e8me formation, c\u2019\u00e9tait Gaston Monnerville. Dans ces d\u00e9partements on formait des la\u00efcs, qui avaient mission d\u2019instruire de jeunes r\u00e9publicains pour \u00e9viter qu\u2019il y ait un troisi\u00e8me coup d\u2019Etat. Quand je pense, qu\u2019\u00e0 la Martinique, on a cr\u00e9\u00e9 l\u2019IUFM, cette \u00e9cole d\u2019instituteurs ! J\u2019ai dit au Pr\u00e9sident de R\u00e9gion, \u00ab mais monsieur Marie-Jeanne, c\u2019est la premi\u00e8re chose \u00e0 d\u00e9molir, on est en train de faire instruire de jeunes Martiniquais par des m\u00e9tropolitains, des gens qui n\u2019ont pas connu l\u2019esclavage, ni le reste. Il faut revenir \u00e0 l\u2019id\u00e9e de Jules ferry que dans chaque d\u00e9partement, les enseignants doivent \u00eatre des locaux qui pourraient rappeler l\u2019esprit de l\u2019esclavage, l\u2019esprit de sacrifice. Gaston Monnerville, dans son livre, rappelle ce que lui ont enseign\u00e9 ses instituteurs qui, pratiquement, lui rappela les motivations des esclaves et des fils esclaves : Lib\u00e9rez le noir, donnez-lui du travail, il est l\u2019\u00e9gal du blanc. C\u2019\u00e9tait \u00e7a les motivations.<\/p>\n<p><strong>J\u2019ai une fois, en pl\u00e9ni\u00e8re au Conseil g\u00e9n\u00e9ral de la Martinique, entendu Arthur R\u00e9gis, affirmer que, capitaine au long cours, victime de racisme, votre promotion \u00e9tait stopp\u00e9e. Avez-vous \u00e9t\u00e9 victime de racisme ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> Ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait exact. Je n\u2019\u00e9tais pas dans la Marine Nationale, mais dans la Marine Marchande, je travaillais pour des priv\u00e9s. Les officiers locaux en place ont leur syndicat, il y a donc un tableau d\u2019avancement o\u00f9 on attend son tour en fonction de ses dipl\u00f4mes, de ses comp\u00e9tences et de son anciennet\u00e9. Dans la Marine Nationale, avec le cas de Morthenol, oui c\u2019\u00e9tait du racisme. Morthenol n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 amiral, parce qu\u2019il \u00e9tait n\u00e8gre. A la Transat, je n\u2019ai pas pu \u00eatre commandant, mais j\u2019\u00e9tais second capitaine.<\/p>\n<h2><strong>EN ROUTE VERS LA POLITIQUE<\/strong><\/h2>\n<p><strong>Comment \u00eates-vous entr\u00e9 en politique ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> Au cours d\u2019une escale \u00e0 la Martinique, j\u2019ai entendu une conf\u00e9rence d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire : \u00ab Victor Sch\u0153lcher, la lettre et l\u2019esprit. \u00bb C\u00e9saire reprenait ce que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 compris. En effet, chaque ann\u00e9e, le 27 avril, il y avait une f\u00eate pour l\u2019abolition de l\u2019esclavage, un jour j\u2019ai \u00e9t\u00e9 choisi pour \u00eatre le n\u00e8gre marron qui devait planter l\u2019arbre de la libert\u00e9. Ce jour-l\u00e0, C\u00e9saire a remis dans ma t\u00eate cette revendication de l\u2019\u00e9galit\u00e9. J\u2019\u00e9tais capitaine de la Marine Marchande et le blanc lui, capitaine au long cours ? Ce n\u2019\u00e9tait pas possible, je devais \u00eatre son \u00e9gal. Alors, j\u2019ai repris les math\u00e9matiques, je suis retourn\u00e9 en France, j\u2019ai fait \u00e9l\u00e8ve officier aux longs cours, lieutenant et capitaine. En principe, ce cursus se fait en trois ans, je l\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 en une ann\u00e9e, puisque j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 une formation et les mati\u00e8res nautiques. Tout cela pour \u00eatre l\u2019\u00e9gal de l\u2019autre. Alors, capitaine au long cours, je navigue \u00e0 la Transat o\u00f9 je fais la ligne entre la Guyane et la Martinique. Donc, au cours d\u2019une escale \u00e0 la Martinique, je passe sur le march\u00e9 de Case-Pilote, il y avait un attroupement : Une femme \u00e0 qui on avait refus\u00e9 le bon A.M.G, assistance m\u00e9dicale gratuite, avait accouch\u00e9 sur la table du march\u00e9. Cela a tourbillonn\u00e9 dans ma t\u00eate. Ma m\u00e8re m\u2019a accouch\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, mais elle a eu deux autres enfants. Pour eux, elle n\u2019a pas eu le temps d\u2019aller \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, ni ailleurs. C\u2019est une matrone de Fond Bouchet qui l\u2019a accouch\u00e9e sur un banc dans la petite pi\u00e8ce de la maison. Alors, face \u00e0 cette femme sur la table du march\u00e9 avec son nouveau-n\u00e9, je me suis dis que cela ne pouvait durer. Alors, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019entrer en politique. Entre-temps, il y a eu un examen de pilote, je le passe et j\u2019entre au pilotage. Je deviens donc pilote de Fort-de-France. Mon boulot consistait \u00e0 faire entrer et sortir les bateaux, c\u2019est une fonction lib\u00e9rale o\u00f9 je pouvais me permettre d\u2019avoir du temps libre.<\/p>\n<p><strong>Qui avait refus\u00e9 le bon AMG, le maire ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> Le maire ou le personnel, le bon AMG \u00e9tait, c\u2019est vrai, un instrument de propagande, mais qu\u2019importent les responsabilit\u00e9s ! Une femme avait accouch\u00e9 sur le banc d\u2019un march\u00e9 ! Cela m\u2019a d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 entrer en politique.<\/p>\n<p><strong>Donc, vous entrez en politique, comment cela se passe-t-il, qui \u00e9tait votre adversaire ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> Mon adversaire \u00e9tait monsieur Sarrotte. Il \u00e9tait maire, moi pr\u00e9sident du club de foot. Nous \u00e9tions toujours ensemble. Je trouvais inconvenant que nous nous affrontions, mon objectif n\u2019\u00e9tait pas de prendre sa place, mais la commune avait besoin d\u2019un sang nouveau. Il y avait dix-sept conseillers, j\u2019avais huit personnes avec moi. Il en avait neuf. Je lui ai dit qu\u2019il n\u2019avait rien \u00e0 craindre pour sa r\u00e9\u00e9lection. Mais le premier adjoint, lui, craignait pour son poste. Alors il a persuad\u00e9 les anciens que c\u2019\u00e9tait un coup mont\u00e9, qu\u2019ayant un oncle dans les neuf partisans du maire, ma tante persuaderait celui-ci de voter pour moi, son neveu. J\u2019ai voulu signer un engagement disant que je ne serais pas candidat au poste de maire, ce que je voulais, c\u2019\u00e9tait lui apporter mon soutien, je n\u2019ai pas pu convaincre. Alors, nous nous sommes affront\u00e9s et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lu.<\/p>\n<h2>LE MOMENT DU CHOIX IDEOLOGIQUE<\/h2>\n<p><strong>Il y a eu la loi d\u2019assimilation de 1946, entre-temps appara\u00eet l\u2019affirmation de l\u2019autonomie par celui-l\u00e0 m\u00eame qui avait pr\u00e9sent\u00e9 le rapport de 46. Comment vous d\u00e9terminez-vous, face \u00e0 cette aspiration nouvelle ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> Pour moi, c\u2019est clair. Au lendemain de mon \u00e9lection, je suis all\u00e9 voir Aim\u00e9 C\u00e9saire \u00e0 la route de Redoute, je lui ai dit : \u00ab Monsieur le maire vous \u00eates dans une opposition st\u00e9rile qui ne nous rapporte rien. Je ne suis plus avec vous. Je suis maire de Case-Pilote, j\u2019ai connu la mis\u00e8re, je ne veux pas que Case-Pilote connaisse cette mis\u00e8re que j\u2019ai connue. \u00bb Jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, nous sommes rest\u00e9s en bons termes. Je lui rends visite, mais nous ne parlons jamais politique. Au d\u00e9but, je le suivais politiquement, j\u2019ai cess\u00e9 de le suivre lorsqu\u2019il a parl\u00e9 d\u2019autonomie. Ma philosophie et ma conviction sont les suivantes : Je suis dans un pays o\u00f9 je dois d\u00e9fendre mes droits. Je veux avoir l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits. Ce n\u2019est pas en allant ailleurs que j\u2019aurai cette \u00e9galit\u00e9. D\u2019autant qu\u2019en regardant autour de moi, il n\u2019y a rien qui pourrait nous convenir.<\/p>\n<p><strong>En 2006, avec le recul que vous avez, \u00e0 votre avis, d\u2019o\u00f9 vient l\u2019id\u00e9e de la rupture, soit par un concept d\u2019autonomie, soit par un concept d\u2019ind\u00e9pendance, par des a\u00een\u00e9s qui, comme vous le rappelez, se battaient surtout pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> J\u2019ai une id\u00e9e, sur la question. Celui qui a suivi C\u00e9saire comme moi, sait quoi que l\u2019on dise, quoi que l\u2019on pense, que celui-ci a voulu l\u2019assimilation, comme tout le monde le souhaitait \u00e0 cette \u00e9poque. Le Martiniquais, et c\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 le plus important de cet entretien, le Martiniquais a fait confiance au blanc. Et, c\u2019est l\u00e0 l\u2019erreur ! Il faut que le Martiniquais comprenne qu\u2019il y a deux cat\u00e9gories de blancs. Il y a Victor Sch\u0153lcher et l\u2019Abb\u00e9 Gr\u00e9goire. Et puis, les autres. Dont Fran\u00e7ois Mitterrand ! Lui, parle du droit \u00e0 la diff\u00e9rence. A partir du moment o\u00f9 l\u2019on parle du droit \u00e0 la diff\u00e9rence, c\u2019est que nous ne sommes plus pareils. Il faut que les Martiniquais fassent la diff\u00e9rence entre Victor Sch\u0153lcher et l\u2019Abb\u00e9 Gr\u00e9goire qui eux, savaient que le noir avait les m\u00eames possibilit\u00e9s que l\u2019homme blanc. A c\u00f4t\u00e9 de cela, il y a l\u2019autre homme blanc qui se croit toujours sup\u00e9rieur, m\u00eame si vous \u00eates dans la m\u00eame universit\u00e9 que lui et que vous \u00eates major de la promotion, il ne le reconna\u00eet pas. Il se croit sup\u00e9rieur, alors qu\u2019il doit venir chez nous avec l\u2019id\u00e9e, non pas de dominer, mais, d\u2019apporter un compl\u00e9ment. M\u00eame Cl\u00e9menceau, apr\u00e8s 14-18, avait compris que des combattants pareils m\u00e9ritaient d\u2019\u00eatre l\u2019\u00e9gal des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><strong>Oui, mais alors pourquoi y a-t-il des Martiniquais, face \u00e0 ce comportement finalement raciste, qui demandent plus de pouvoir \u00e0 travers l\u2019autonomie et d\u2019autres qui continuent \u00e0 r\u00e9clamer cette assimilation ou cette d\u00e9partementalisation ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> Mettons-nous d\u2019accord, il s\u2019agit de r\u00e9clamer l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, ensuite nous entrerons dans les sp\u00e9cificit\u00e9s. Quand j\u2019entends madame Michaux-Chevry, et c\u2019est malheureux, dire \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 \u00ab la Martinique est pass\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u00bb. Mais, avant, pour la Corse, on a, d\u2019abord, d\u00e9termin\u00e9 ce dont ce pays avait droit ! Les droits et les services. Or, vous, vous vous voulez voter tout de suite. Alors, demain, le blanc vous dira : \u00ab Voil\u00e0 ce que je vous donne \u00bb. Apr\u00e8s vous avoir promis, c\u2019est encore lui qui vous donnera ou qui ne vous donnera pas, ce qu\u2019il veut. Lui un homme blanc qui n\u2019a pas confiance en vous. C\u2019est l\u00e0 que je me s\u00e9pare de Marie-Jeanne et de tous les autres. Je ne peux pas moi, faire confiance \u00e0 quelqu\u2019un ou \u00e0 un gouvernement qui ne me reconna\u00eet pas l\u2019\u00e9galit\u00e9. Je suis fran\u00e7ais, j\u2019ai donc droit \u00e0. On n\u2019a pas \u00e0 me conc\u00e9der. C\u2019est un d\u00fb. Donc, voyons d\u2019abord, ce auquel j\u2019ai droit. Je suis d\u2019accord pour changer de statut, mais ce que l\u2019on me propose doit \u00eatre fait sur la base de l\u2019\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>En 2006, l\u2019id\u00e9e de l\u2019int\u00e9gration n\u2019est-elle pas, petit \u00e0 petit, supplant\u00e9e par celle de l\u2019\u00e9mancipation, les autonomistes sont de plus en plus nombreux, non ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> Non, en r\u00e9alit\u00e9 tant que le m\u00e9tropolitain qui vient pour servir aux Antilles se croira sup\u00e9rieur, l\u2019Antillais se sentira frustr\u00e9. Il a l\u2019impression qu\u2019on lui impose beaucoup de choses. Ce qui est possible, c\u2019est d\u2019obtenir dans le cadre des lois fran\u00e7aises, la possibilit\u00e9 de prendre nos propres d\u00e9cisions. Pour cela, nous n\u2019avons besoin ni de l\u2019Assembl\u00e9e Unique, ni de l\u2019Autonomie. C\u2019est le comportement arrogant du fonctionnaire qui pr\u00e9dispose ces aspirations d\u2019autonomie, mais cela ne va rien am\u00e9liorer. Je prends un cas : lorsque Tchibaou, en Nouvelle-Cal\u00e9donie a obtenu les pouvoirs qu\u2019il voulait, il n\u2019\u00e9tait pas entour\u00e9 de Canaques, mais d\u2019autres personnes qui n\u2019avaient pas la m\u00eame culture que lui. Vous connaissez le r\u00e9sultat, quand on s\u2019est aper\u00e7u qu\u2019il ne faisait pas ce que l\u2019on pensait qu\u2019il ferait, on l\u2019a supprim\u00e9, estimant qu\u2019il avait trahi. Il n\u2019avait pas trahi. Il subissait une influence. C\u2019est exactement cette influence que nous devons \u00e9viter en formant des gens \u00e0 nous. Il ne faut pas que l\u2019influence de la culture fran\u00e7aise, \u00e0 travers l\u2019\u00e9cole, prenne le pas sur notre culture, il faut que nos fonctionnaires form\u00e9s restent avec la notion de culture antillaise.<\/p>\n<p>Comment voulez-vous appliquer dans un pays, des lois qui n\u2019ont de valeur que chez les autres ? Le fond de notre culture est simple, bien qu\u2019ayant c\u00f4toy\u00e9 les plus grands, je veux rester moi-m\u00eame, l\u2019esclavage et la colonisation nous ont n\u00e9cessairement marqu\u00e9s. Cette \u00e9poque a d\u00e9velopp\u00e9 la solidarit\u00e9, car s\u2019il n\u2019y avait pas la solidarit\u00e9 des coupeurs de cannes, des hommes de la terre les plus illettr\u00e9s aux c\u00f4t\u00e9s des plus instruits ! Nous ne serions pas arriv\u00e9s au 22 mai. Tant que la solidarit\u00e9 sera le ma\u00eetre mot, tout sera possible. Si c\u2019est l\u2019\u00e9go\u00efsme qui l\u2019emporte, nous nous \u00e9carterons de notre culture. Qu\u2019est-ce qui peut justifier, dites-moi, au niveau o\u00f9 nous sommes aujourd\u2019hui, le maintien des 40 % ?<\/p>\n<p>40 % qui donnent \u00e0 celui qui a d\u00e9j\u00e0 la garantie de l\u2019emploi des avantages suppl\u00e9mentaires, qui donnent aux m\u00e9tropolitains qui viennent ici des avantages suppl\u00e9mentaires et une esp\u00e8ce de prime ? C\u2019est une mesure qui ferme les d\u00e9bouch\u00e9s pour nos enfants. Lorsque l\u2019on se dit Carib\u00e9ens, il faut se mettre sur le m\u00eame plan que les gens de la Cara\u00efbe. Qu\u2019est-ce qui nous emp\u00eache de vivre comme les gens de Sainte-Lucie ? Je me souviens de la gr\u00e8ve pour les 40 %, comme beaucoup de Martiniquais en passant devant la Maison des Syndicats o\u00f9 \u00e9taient les gr\u00e9vistes j\u2019apportais mon obole pour soutenir cette gr\u00e8ve des n\u00e8gres contre les blancs pour exiger l\u2019\u00e9galit\u00e9. Je r\u00e9p\u00e8te que la notion de solidarit\u00e9 est tr\u00e8s importante. Aujourd\u2019hui, les jeunes touchent le R. MI. Comme pour les 40 %, rien ne le justifie. Maire de Case-Pilote, j\u2019avais trois employ\u00e9s municipaux, mais avec les fonds de ch\u00f4mage je faisais travailler cent personnes ; c\u2019est quoi le R.M.I ? On vous donne l\u2019\u00e9quivalent de deux heures et demie de travail \u00e0 ne rien faire. Qu\u2019est-ce qui emp\u00eache de trouver de l\u2019argent pour faire faire cinq heures et donner du travail \u00e0 ces jeunes ? Dans une famille les enfants qui ont r\u00e9ussi trouvent du travail, ceux qui n\u2019ont pas r\u00e9ussi restent \u00e0 la maison \u00e0 boire du coca, \u00e0 ne rien faire. Ils n\u2019ont plus contact avec les autres, ils ne savent pas ce qui se passe autour d\u2019eux, si on leur disait vous ne touchez pas deux heures trente de R.M.I, mais cinq heures d\u2019un vrai travail. Ils auraient contact avec les gens, auraient particip\u00e9 \u00e0 la vie. Et pour conclure sur ce chapitre, je dis que la base de notre culture est la notion de solidarit\u00e9.<\/p>\n<h2>UNE MANIERE DE BILAN<\/h2>\n<p><strong>Vous avez \u00e9t\u00e9 le maire de Case-Pilote, que vous doit Case-Pilote ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> J\u2019ai \u00e9t\u00e9 maire pendant dix-huit ans, faites le tour de Case-Pilote et citez-moi quelque chose d\u2019important qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 fait par moi. J\u2019ai trouv\u00e9 Case Pilote avec une petite rue qui la traversait, il y avait 1 800 habitants, quand je l\u2019ai laiss\u00e9e il y en avait 3.800, les lotissements, les routes, le stade, la maison des pompiers, et tout le reste, aid\u00e9 en cela par les fonds de ch\u00f4mage, ont \u00e9t\u00e9 faits par moi. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident de l\u2019Association des maires et en tant que tel j\u2019ai \u0153uvr\u00e9 pour la cr\u00e9ation du port de p\u00eache. Ayant l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019association Emile Vi\u00e9, ancien pr\u00e9fet et directeur au minist\u00e8re des DOM, m\u2019a donn\u00e9 un million de francs. La commission d\u00e9partementale de la Martinique a scind\u00e9 cette somme en trois. La plus petite part 300.000 francs, cela a \u00e9t\u00e9 pour moi, le Marin et le Vauclin ont re\u00e7u 35.000 francs. Le Marin n\u2019a jamais d\u00e9pens\u00e9 cette somme et aujourd\u2019hui on l\u2019a perdue. Victor Charron n\u2019a pas eu le temps et Rodolphe D\u00e9sir\u00e9 n\u2019en a pas voulu.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi le port de p\u00eache n\u2019a-t-il pas march\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> Mais il fonctionne, mais c\u2019est toujours la m\u00eame histoire ! Je n\u2019ai rien contre le blanc, je lui demande seulement de comprendre. Lorsque nous avons fait la digue, j\u2019ai dit \u00e0 l\u2019ing\u00e9nieur que les roches \u00e9taient trop faibles. On ne m\u2019a pas \u00e9cout\u00e9. Conclusion ? la digue a c\u00e9d\u00e9 et les bateaux qui \u00e9taient \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ont \u00e9t\u00e9 engloutis. J\u2019ai recommenc\u00e9 une nouvelle digue, cette fois en dur. Allez donc voir, le port est rempli de bateaux et fonctionne tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p><strong>Et l\u2019usine de poissons ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> Mais, l\u00e0 aussi, c\u2019est toujours la m\u00eame histoire ! Les gens ne font pas la diff\u00e9rence entre politique et gestion. Les syndicats de la p\u00eache voulaient entraver les r\u00e8gles de gestion install\u00e9es par le directeur de l\u2019\u00e9poque. Le marin-p\u00eacheur ne comprend pas qu\u2019il ne peut pas s\u2019amuser \u00e0 vendre son poisson quand il trouve des acheteurs et n\u2019amener \u00e0 la conserverie que les restes qu\u2019il ne peut vendre. Il n\u2019a pas compris qu\u2019il fallait apporter le poisson tous les jours. L\u00e8 i twouv\u00e9 vann li i ka vann li l\u00e8 i pa twouv\u00e9 vann li i ka pot\u00e9y. Et souvent, lorsqu\u2019il arrive le poisson est avari\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Que faudrait-il faire, \u00e0 votre avis, pour d\u00e9velopper la p\u00eache ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> Les surfaces cultivables disparaissent de jour en jour, il n\u2019y a qu\u2019une seule zone o\u00f9 la Martinique peut s\u2019\u00e9panouir sur tous les plans, plan touristique, plan de la p\u00eache, c\u2019est le littoral. Nous devons pr\u00e9server le littoral et nous assurer de la puret\u00e9 de l\u2019eau. Or, \u00e0 mes frais, j\u2019ai d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019en 2002-2004 que la station d\u2019\u00e9puration de Case-Pilote, la derni\u00e8re en date, donc celle qui pouvait fonctionner le mieux, donnait une eau pollu\u00e9e. Si les maires avaient eu la m\u00eame curiosit\u00e9 que moi, simple citoyen, de pr\u00e9lever \u00e0 la sortie la qualit\u00e9 des eaux pour savoir ce qui se passe, la pollution des fosses sceptiques, nous aurions pu l\u2019\u00e9viter. A partir de cela, mettons cette manne qui est autour de la Martinique \u00e0 la disposition des p\u00eacheurs. Je travaille avec la R\u00e9gion et nous avons mis en place des r\u00e9serves pour permettre aux poissons de se renouveler. Il est indispensable que nous ayons des dispositifs de concentration de poissons, ce que la R\u00e9gion a commenc\u00e9 \u00e0 faire, mais il en faudrait beaucoup plus.<\/p>\n<p><strong>La Martinique est actuellement victime de la sp\u00e9culation fonci\u00e8re, les villas et les appartements qui se construisent \u00e0 Sch\u0153lcher, \u00e0 Sainte-Anne, au Diamant, \u00e0 Sainte-Luce, \u00e0 Trinit\u00e9, sont hors de la port\u00e9e des bourses martiniquaises, \u00e0 votre avis, quelle est la solution ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> Rien n\u2019emp\u00eache monsieur Marie-Jeanne, monsieur Claude Lise et tous les maires de la Martinique de faire des r\u00e9serves fonci\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Il faut quand m\u00eame \u00eatre assez riche, r\u00e9pondent certains maires.<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; Roger LISE :<\/strong> C\u2019est faux, soyons s\u00e9rieux ! Quand Marie-Jeanne et Claude Lise veulent pr\u00e9server des terrains pour faire ce qu\u2019ils ont \u00e0 faire. Non seulement ils ont les moyens, mais ils peuvent faire des pr\u00eats, pour acheter toute la Martinique. Quand les b\u00e9k\u00e9s se sont rendus compte qu\u2019il fallait tout liquider, c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019il fallait tout acheter. Il est encore temps de dire, nous achetons tous les terrains libres \u00e0 partir d\u2019aujourd\u2019hui avec notre droit de pr\u00e9emption. Il faut faire l\u2019effort qu\u2019il faut et les emprunts n\u00e9cessaires. Pour la vente des terrains de la sucrerie, par exemple, j\u2019ai fait un deal avec le propri\u00e9taire, je lui ai dit la : Je fais les am\u00e9nagements n\u00e9cessaires, la partie droite des terres vous pouvez la vendre \u00e0 qui vous voulez, mais la partie gauche vous vendez aux ouvriers agricoles \u00e0 deux millions l\u2019hectare, pas un sou de plus. Aujourd\u2019hui, vous pouvez monter dans ce quartier, les propri\u00e9taires sont des ouvriers agricoles.<\/p>\n<figure id=\"attachment_46186\" aria-describedby=\"caption-attachment-46186\" style=\"width: 133px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-46186\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/delsham.jpg\" alt=\"\" width=\"133\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/delsham.jpg 533w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/delsham-200x300.jpg 200w\" sizes=\"(max-width: 133px) 100vw, 133px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-46186\" class=\"wp-caption-text\">Tony Delsham<\/figcaption><\/figure>\n<p><em><strong>Propos recueillis par Tony DELSHAM, pour Antilla<\/strong><\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Roger Lise : \u00ab Je ne peux faire confiance \u00e0 un gouvernement qui ne me reconna\u00eet pas l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00bb N\u00e9 \u00e0 Case-Pilote en juillet I927, fils d\u2019une femme de m\u00e9nage et d\u2019un m\u00e9canicien d\u2019usine, Roger Lise conna\u00eet les dures conditions de vie de la colonie Martinique. 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