{"id":50312,"date":"2023-11-16T12:33:43","date_gmt":"2023-11-16T11:33:43","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=50312"},"modified":"2023-11-16T12:33:43","modified_gmt":"2023-11-16T11:33:43","slug":"art-luz-severino-une-nouvelle-publication-de-la-fondation-clement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/art-luz-severino-une-nouvelle-publication-de-la-fondation-clement\/","title":{"rendered":"Art : Luz Severino \u2013 une nouvelle publication de la Fondation Cl\u00e9ment"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>par Selim Lander<\/strong><\/em><\/p>\n<p><strong>Dans la s\u00e9rie des monographies consacr\u00e9es par la Fondation Cl\u00e9ment \u00e0 des peintres martiniquais (Charpentier, Breleur, H\u00e9l\u00e9non, Khokho, Laouchez) s\u2019ajoute pour la premi\u00e8re fois <em>one<\/em> artiste, martiniquaise d\u2019adoption. Luz Severino est n\u00e9e en 1962 en R\u00e9publique dominicaine o\u00f9 elle fit son premier apprentissage d\u2019artiste, avant New York. La Fondation Cl\u00e9ment qui l\u2019a expos\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises l\u2019a accueillie pour une exposition personnelle, <em>Dentro del Bosque<\/em>, en 2019. M\u00eame sans fr\u00e9quenter les expositions, les Martiniquais connaissent ses deux ensembles de sculptures m\u00e9talliques anthropomorphes, \u00ab\u00a0Avan\u00e7ons tous ensemble\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Nous partons chercher la libert\u00e9\u00a0\u00bb situ\u00e9s respectivement dans les jardins de l\u2019Habitation Cl\u00e9ment et de la distillerie La Mauny. Quant aux \u00e9tudiants, ils peuvent contempler dans le restaurant universitaire l\u2019une de ses installations d\u00e9non\u00e7ant la surconsommation et le gaspillage.<\/strong><\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-50313 alignleft\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/luz-severino.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"575\" \/><\/p>\n<p>Comme beaucoup d\u2019artistes plasticiens de nos jours, Luz Severino est une artiste engag\u00e9e. Dans le premier ensemble de la s\u00e9rie de sculptures anthropomorphes expos\u00e9 au mus\u00e9e d\u2019Art moderne de Saint-Domingue et intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Salir del Hoyo\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Sortir du trou\u00a0\u00bb, les figure verticales sont enferm\u00e9es dans un cercle comme pour indiquer qu\u2019elles sont prisonni\u00e8res de leur condition ou de leur ali\u00e9nation. Certes, un personnage a bien mis un pied hors du cercle, ce qui semble indiquer un espoir de lib\u00e9ration mais ce personnage est tr\u00e8s diff\u00e9rent des autres, fait de bois et non de m\u00e9tal et surtout nettement plus grand. Faudrait-il en d\u00e9duire que la foule prisonni\u00e8re a besoin d\u2019un meneur pour se lib\u00e9rer, au risque de la contradiction car les leaders se muent facilement en dictateurs\u00a0? Notons que les titres des autres ensembles de la s\u00e9rie, un peu plus tardifs, transmettent un message plus positif et, ce qui est tout aussi significatif, aucun personnage qui pourrait faire figure de chef ne se d\u00e9tache de ces ensembles.<\/p>\n<p>La critique de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation qui fait partie, comme d\u00e9j\u00e0 not\u00e9, des th\u00e8mes d\u00e9velopp\u00e9s par l\u2019artiste a \u00e9t\u00e9 illustr\u00e9e lors d\u2019une exposition collective \u00e0 la Fondation Cl\u00e9ment en 2009-2010 par une installation intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Table de multiplications\u00a0\u00bb. Neuf tableaux repr\u00e9sentant des visages \u00e9taient suspendus dont pendaient de longues robes blanches. Les visages, \u00e0 peu pr\u00e8s indistincts, apparaissaient brouill\u00e9s par une profusion de chiffres, allusion directe \u00e0 notre soci\u00e9t\u00e9 mat\u00e9rialiste qui fonctionne sur la base de l\u2019accumulation et du gaspillage. Mais que penser alors des robes blanches, symboles de puret\u00e9\u00a0? \u00c0 nouveau, l\u2019\u0153uvre ouvre sur une contradiction, \u00e0 moins qu\u2019il ne faille l\u2019interpr\u00e9ter comme une critique encore plus virulente\u00a0, celle de notre hypocrisie\u00a0: Ne nous parons-nous pas en effet de grands sentiments, d\u2019id\u00e9es g\u00e9n\u00e9reuses, nous allons sauver la plan\u00e8te, etc. tout en nous ent\u00eatant dans nos mauvaises habitudes\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cologie \u00e9tait au c\u0153ur de l\u2019exposition personnelle <em>Dentro del bosque<\/em>. Elle comprenait une installation \u00e9ponyme, un ensemble de tubes recouverts de pl\u00e2tre et de sisal repr\u00e9sentant des troncs d\u2019arbre filiformes. L\u2019installation \u00e9tait \u00ab\u00a0p\u00e9n\u00e9trable\u00a0\u00bb, on pouvait circuler \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, ce qui justifiait directement son titre \u00ab\u00a0Dans la for\u00eat\u00a0\u00bb. Si l\u2019impression \u00e9tait plastiquement int\u00e9ressante, ces maigres troncs blanch\u00e2tres, d\u00e9pourvus de branches et de feuilles, \u00e9voquaient plut\u00f4t un paysage de d\u00e9solation. Mais L. Severino aime les contrastes, l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 et cela se v\u00e9rifiait ici aussi \u00e0 consid\u00e9rer le reste de l\u2019exposition qui pr\u00e9sentait des tableaux d\u2019arbres color\u00e9s, une nature belle et apais\u00e9e. Ces toiles tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9es techniquement sont typiques d\u2019une nouvelle mani\u00e8re de l\u2019artiste\u00a0; elles combinent la peinture \u00e0 l\u2019huile sur toile, le collage de d\u00e9tails de gravures r\u00e9alis\u00e9es par ailleurs, le grattage et ce qui frappe imm\u00e9diatement le regard des fils de couleur cousus sur les troncs (1).<\/p>\n<p>Le livre qui vient de para\u00eetre pr\u00e9sente d\u2019autres facettes de l\u2019\u0153uvre de L. Severino et quelques photographies de l\u2019artiste au travail. Loin d\u2019\u00eatre anecdotiques, comme on pourrait le croire, ces photos communiquent quelque chose du caract\u00e8re de l\u2019artiste et aident \u00e0 lever un pan du myst\u00e8re de son art. Seuls regrets, le format l\u00e9g\u00e8rement r\u00e9duit et l\u2019abandon du papier glac\u00e9 pour ce nouvel ouvrage de la collection, qui nuisent \u00e0 la qualit\u00e9 de certaines reproductions.<\/p>\n<p><strong><em>Luz Severino<\/em>, textes de Sophie Ravion D\u2019Ingianni, Felicia Margarita Grull\u014fn Perera, entretien avec Christian Lassalle, photographies d\u2019Anne Chopin. \u00c9dition bilingue, Fondation Cl\u00e9ment \u2013 \u00c9ditions Herv\u00e9 Chopin, 2023, 160 p. 35 \u20ac.<\/strong><\/p>\n<p><em>(1) L\u2019un de ces tableaux, \u00ab\u00a0Danza en el bosque\u00a0\u00bb, est actuellement expos\u00e9 \u00e0 la Pinacoth\u00e8que de la Fondation Cl\u00e9ment au Fran\u00e7ois.<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Selim Lander Dans la s\u00e9rie des monographies consacr\u00e9es par la Fondation Cl\u00e9ment \u00e0 des peintres martiniquais (Charpentier, Breleur, H\u00e9l\u00e9non, Khokho, Laouchez) s\u2019ajoute pour la premi\u00e8re fois une artiste, martiniquaise d\u2019adoption. 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