{"id":5314,"date":"2011-12-08T05:19:28","date_gmt":"2011-12-08T09:19:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.antilla-blog.com\/?p=5314"},"modified":"2011-12-08T05:19:28","modified_gmt":"2011-12-08T09:19:28","slug":"a-62-ans-georges-bernard-mauvois-nous-a-quittes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/a-62-ans-georges-bernard-mauvois-nous-a-quittes\/","title":{"rendered":"A 62 ans, Georges Bernard Mauvois nous a quitt\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Georges Bernard Mauvois (GBM) nous a quitt\u00e9s le 6 d\u00e9cembre \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 62 ans. Son p\u00e8re est Georges Eluthere Mauvois, le dirigeant du PCM qui a \u00e9t\u00e9 victime de l&rsquo;ordonnance \u00ab\u00a0sc\u00e9l\u00e9rate\u00a0\u00bb de 1961.<\/strong><\/em><br \/>\n<em><strong> GBM\u00a0 a \u00e9crit plusieurs ouvrages dont\u00a0 \u00ab\u00a0Un complot d&rsquo;esclaves :  Martinique, 1831&Prime;, \u00a0\u00bb Louis des \u00c9tages 1873-1925 : itin\u00e9raire d&rsquo;un homme  politique\u2026<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>Nous publions ici en hommage, le texte d&rsquo;une analyse qu&rsquo;il avait faite lors de la c\u00e9r\u00e9monie lorsque ce LEP de Cluny\u00a0 re\u00e7ut le nom de \u00ab\u00a0Andr\u00e9 Aliker\u00a0\u00bb. Nous publions \u00e9galement\u00a0 les\u00a0 t\u00e9moignages de condol\u00e9ances rendus publics.<\/strong><\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_5319\" aria-describedby=\"caption-attachment-5319\" style=\"width: 533px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a rel=\"attachment wp-att-5319 noopener\" href=\"http:\/\/www.antilla-blog.com\/2011\/12\/08\/a-62-ans-georges-bernard-mauvois-nous-a-quittes\/07-g-mauvois-fils-et-ph-pierre-charlesll\/\" target=\"_blank\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-5319\" title=\"07---G.-MAUVOIS-fils-et-Ph-PIERRE-CHARLES(LL)\" src=\"http:\/\/127.0.0.1\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/07-G.-MAUVOIS-fils-et-Ph-PIERRE-CHARLESLL.gif\" alt=\"\" width=\"533\" height=\"432\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5319\" class=\"wp-caption-text\">Georges Bernard Mauvois<\/figcaption><\/figure>\n<h1>AU LEP ANDRE ALIKER<\/h1>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong>Vendredi 23 avril, le LEP Cluny s\u2019appellera d\u00e9sormais LEP Andr\u00e9 Aliker. Dans nos colonnes, cette semaine, l\u2019hommage de l\u2019historien Georges Mauvois par le simple rappel du parcours du pionnier de la presse libre \u00e0 la Martinique.<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce bref parcours est celuid\u2019un vrai combattant\u2026 Pour commencer, suivons les premiers pas de son enfance. Que sait-on \u00e0 propos des parents d\u2019Andr\u00e9 Aliker ? Ce que nous apprend l\u2019\u00c9tat-civil est quelque peu sommaire.<br \/>\nLa m\u00e8re d\u2019Andr\u00e9 Aliker se pr\u00e9nomme Louise-Anne. On la surnommait \u00ab Fenfemme \u00bb, selon ce que nous a communiqu\u00e9 l\u2019un de ses nombreux fils (1). Louise-Anne Aliker est une lamentinoise, native du quartier Sarraut.<br \/>\nLe p\u00e8re se nomme M. Mauconduit. Il est comptable \u00e0 l\u2019usine Soudon (Lamentin). De sa longue union avec Louise-Anne Aliker vont na\u00eetre quatorze enfants. Il faut retrancher de cette nombreuse prog\u00e9niture les d\u00e9c\u00e8s survenus pr\u00e9cocement : seulement sept des enfants du couple (six gar\u00e7ons et une fille) ont surv\u00e9cu aux maladies de la premi\u00e8re enfance.<br \/>\nLes a\u00een\u00e9s des enfants Aliker grandissent au quartier Sarraut, peupl\u00e9 d\u2019ouvriers agricoles et de petits propri\u00e9taires. Andr\u00e9 est le second des fils. Il est n\u00e9 le 10 f\u00e9vrier 1894. Enfant issu du peuple, il lui faut parcourir \u00e0 pied sept kilom\u00e8tres pour se rendre chaque jour \u00e0 l\u2019\u00e9cole ; autant pour en revenir. Andr\u00e9 obtient n\u00e9anmoins son Certificat d\u2019\u00c9tudes en 1906.<br \/>\nMuni de ce s\u00e9same \u00e0 l\u2019\u00e2ge de douze ans, il entame ensuite au Lamentin l\u2019apprentissage du m\u00e9tier de charpentier. Le jeune Andr\u00e9 Aliker exerce ce m\u00e9tier pendant quelques ann\u00e9es ; puis il se tourne vers d\u2019autres activit\u00e9s qui l\u2019am\u00e8nent \u00e0 Fort-de-France. Il devient employ\u00e9 de commerce au \u00ab bord de mer \u00bb, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 la ville conna\u00eet une notable croissance de son activit\u00e9 commerciale.<br \/>\nNous sommes au lendemain de la brutale disparition du n\u00e9goce de Saint-Pierre. Par n\u00e9cessit\u00e9, le commerce foyalais h\u00e9rite de maintes fonctions jusqu\u2019alors d\u00e9volues aux commer\u00e7ants pierrotins.<\/p>\n<p><strong>M\u00e9daille militaire<\/strong><\/p>\n<p>Quand la guerre \u00e9clate en 1914, Andr\u00e9 Aliker se porte \u2014 par deux fois \u2013 volontaire pour partir au combat. Mais ses premi\u00e8res d\u00e9marches sont vaines. Les autorit\u00e9s militaires le r\u00e9forment pour d\u00e9ficience physique. D\u2019autres que lui eussent sans doute accept\u00e9 le verdict des m\u00e9decins militaires. Il s\u2019ent\u00eate au contraire. Ce jeune patriote veut \u2014 co\u00fbte que co\u00fbte \u2014 partir combattre en Europe. Il d\u00e9cide alors de s\u2019imposer un r\u00e9gime intensif de suralimentation et de musculation. Ce r\u00e9gime modifie suffisamment son physique pour qu\u2019on le reconnaisse enfin BSA (Bon pour le Service Arm\u00e9) lors de sa troisi\u00e8me demande.<br \/>\nIl part donc au front. Il en reviendra gaz\u00e9 et ayant perdu la vue pendant quelques jours. Comme beaucoup d\u2019autres combattants marqu\u00e9s par leur participation \u00e0 la \u00ab grande guerre \u00bb, l\u2019homme a peu fait \u00e9tat de sa contribution guerri\u00e8re. On a fort peu d\u2019informations concernant ses divers engagements en Europe. Il y a toutefois une chose dont la documentation militaire fait foi : il a fait preuve du plus grand courage au cours des combats ; et ses sup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques en attestent dans cette citation \u00e0 l\u2019ordre du r\u00e9giment : \u00ab Mod\u00e8le parfait de d\u00e9vouement et de courage. Toujours volontaire pour les missions p\u00e9rilleuses au cours desquelles il entra\u00eene ses hommes par son allant, son m\u00e9pris du danger \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Entre commerce et militantisme<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9mobilis\u00e9 en 1918, Aliker revient aux Antilles. D\u00e9sormais acquis aux id\u00e9es socialistes, et quelque peu revenu de son patriotisme d\u2019avant-guerre, il est embauch\u00e9 \u00e0 Fort-de-France comme commis dans la maison de commerce \u00ab Desm\u00e9-D\u00e9mare \u00bb. Sur cette p\u00e9riode de sa vie, nous disposons du t\u00e9moignage de son fr\u00e8re Pierre qui eut l\u2019occasion de l\u2019accompagner dans ses voyages \u00e0 travers l\u2019\u00eele (tous deux \u00e9tant juch\u00e9s sur un de ces v\u00e9hicules hippomobiles qui sillonnaient alors les grands chemins de la Martinique).<br \/>\nCe ne sont pas des voyages d\u2019agr\u00e9ment, mais avant tout des tourn\u00e9es professionnelles consacr\u00e9es \u00e0 visiter la client\u00e8le des communes. Souvenir \u00e9mu d\u2019un petit fr\u00e8re : \u00ab Andr\u00e9 \u00e9tait mon grand fr\u00e8re, de quatorze ans mon a\u00een\u00e9. Il \u00e9tait commis voyageur. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 lui que j\u2019ai d\u00e9couvert tr\u00e8s t\u00f4t la Martinique [\u2026]. Avec lui j\u2019ai pu, en l\u2019accompagnant, parcourir la Martinique du Nord au Sud \u00bb (2).<br \/>\nCes p\u00e9riples \u00e0 travers l\u2019\u00eele s\u2019ach\u00e8vent lorsqu\u2019Andr\u00e9 Aliker ouvre un commerce de d\u00e9tail \u00e0 la rue Bl\u00e9nac de Fort-de-France. Puis il d\u00e9cide de s\u2019installer \u00e0 son compte au \u00ab bord de mer \u00bb, s\u2019adonnant au commerce de gros et demi-gros \u00e0 partir de 1923. Une voie toute droite lui semble offerte : celle d\u2019un entreprenant commer\u00e7ant foyalais.<br \/>\n\u00c0 l\u2019\u00e2ge de trente-deux ans, il se marie \u00e0 une jeune fille de Ducos, \u00c9milie T\u00e9nitri. De cette union, trois enfants na\u00eetront, dont deux d\u2019entre eux ont surv\u00e9cu. Mais d\u00e8s cette \u00e9poque Andr\u00e9 n\u2019est pas seulement le jeune p\u00e8re d\u2019Alex et Mirette. L\u2019homme s\u2019engage aussi dans la vie publique. L\u2019action politique et syndicale l\u2019attire. Gagn\u00e9 aux id\u00e9aux marxistes, il prend part aux activit\u00e9s du groupe \u00ab Jean Jaur\u00e8s \u00bb. Il s\u2019agit du groupe communiste fond\u00e9 en Martinique en 1920. Bient\u00f4t il devient le g\u00e9rant du journal \u00ab Justice \u00bb, organe hebdomadaire des communistes martiniquais. Aliker y fait para\u00eetre des notes souvent br\u00e8ves et incisives qu\u2019il signe des pseudonymes \u00ab Zoupa \u00bb ou \u00ab L\u2019\u0153il de Moscou \u00bb.<br \/>\n\u00ab Il \u00e9tait infatigable, on le voyait partout, \u00e0 tout moment. Il semble tout voir : les petits scandales de l\u2019administration, les injustices et les abus des patrons. Il est la b\u00eate noire du patronat, des cl\u00e9ricaux, de la haute administration. C\u2019\u00e9tait l\u2019homme de la rue, des chantiers et des champs \u00bb (3).<br \/>\nCe t\u00e9moignage tardif est de Georges Gratiant. Tout jeune homme alors, le futur maire du Lamentin a en effet connu Andr\u00e9 Aliker au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930. Gratiant et d\u2019autres pionniers de l\u2019action ouvri\u00e8re nous aident \u00e0 mieux comprendre le difficile contexte dans lequel agissaient des militants communistes comme Monnerot, Del, Duf\u00e9al, Bissol. L\u2019histoire ouvri\u00e8re de la Martinique est jalonn\u00e9e de tentatives organisationnelles \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 m\u00eame le fait syndical se trouve souvent banni des entreprises martiniquaises. Des progr\u00e8s se manifestent toutefois dans quelques rares corporations urbaines, comme celle des charbonni\u00e8res du port \u2014 aux c\u00f4t\u00e9s desquelles s\u2019active Aliker en 1925 \u2014. Il faut aussi rappeler que, dans le quotidien du militant politique des ann\u00e9es trente, la violence n\u2019est jamais loin\u2026 Au contraire, tous les r\u00e9dacteurs de \u00ab Justice \u00bb n\u2019ignorent rien des \u00e9pisodes sanglants qui ont jalonn\u00e9 le premier tiers du XX\u00e8 si\u00e8cle martiniquais :<br \/>\n&#8211; 10 f\u00e9vrier 1900 : Fusillade lors de la gr\u00e8ve des travailleurs de la canne, au Fran\u00e7ois (dix morts).<br \/>\n&#8211; 29 avril 1908 : Assassinat d\u2019Antoine Siger, maire de Fort-de-France.<br \/>\n&#8211; 23 f\u00e9vrier 1923 : Fusillade de Bassignac, \u00e0 Basse-Pointe.<br \/>\n&#8211; 24 mai 1925 : Meurtre de Louis des \u00c9tages et Charles Zizine, tous deux abattus par un gendarme \u00e0 Ducos ; fusillade du Diamant le m\u00eame jour, sous le gouvernorat du tout-puissant Richard.<\/p>\n<p><strong>Atann toujou\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Tous ces faits sont connus, et souvent \u00e9voqu\u00e9s dans l\u2019hebdomadaire d\u2019Andr\u00e9 Aliker. Engag\u00e9 dans une lutte de tous les instants, l\u2019homme n\u2019ignore rien des risques personnels qu\u2019il encourt. Comment aborde-t-il ces risques ? En toute lucidit\u00e9, sans h\u00e2te excessive et irresponsable, comme l\u2019atteste cette br\u00e8ve r\u00e9ponse donn\u00e9e par le g\u00e9rant de \u00ab Justice \u00bb \u00e0 un tout jeune homme \u2014 Louis Adrass\u00e9 en l\u2019occurrence, trop jeune \u00e0 son go\u00fbt \u2014 qui lui manifestait son souhait de s\u2019engager \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s : \u00ab P\u00f2k\u00f2, p\u00f2k\u00f2\u2026 Atann toujou\u2026 \u00bb.<br \/>\nL\u2019homme veille aussi \u00e0 assurer au journal \u00ab Justice \u00bb une parution r\u00e9guli\u00e8re. Il le fait au besoin en requ\u00e9rant sans trop de m\u00e9nagements l\u2019appui financier des lecteurs les plus proches de la ligne \u00e9ditoriale du journal. Aliker est un temp\u00e9rament chaleureux, certes, mais c\u2019est aussi un gestionnaire exigeant et rigoureux. Lisons ce qu\u2019en a dit Georges Gratiant dans une des conf\u00e9rences o\u00f9 il \u00e9voquait les traits du journaliste engag\u00e9 dans une lutte incessante : \u00ab Taille moyenne, allure athl\u00e9tique, il passait vite du gros rire \u00e0 l\u2019attaque violente\u2026 Sa rudesse cachait cependant un grand c\u0153ur \u00e9pris de justice \u00bb (4).<\/p>\n<p><strong>Le scandale Aub\u00e9ry<\/strong><\/p>\n<p>Le 4 mai 1933 para\u00eet en premi\u00e8re page de \u00ab Justice \u00bb un article sign\u00e9 \u00ab L\u2019\u0153il de Moscou \u00bb. Le titre de l\u2019article est celui-ci : \u00ab Martinique contre Aub\u00e9ry \u00bb. Il est suivi d\u2019une question pos\u00e9e aux \u00e9lus du Conseil g\u00e9n\u00e9ral : \u00ab \u00c0 quel point en est le proc\u00e8s de la colonie contre le ch\u00e2telain Aub\u00e9ry ? \u00bb<br \/>\nQui est Aub\u00e9ry ? Il s\u2019agit du directeur de l\u2019usine de Lareinty, un notable \u00ab b\u00e9k\u00e9 \u00bb alors connu de tous en Martinique. Mari\u00e9 \u00e0 Berthe Hayot (fille du pr\u00e9sident du Conseil g\u00e9n\u00e9ral Gabriel Hayot), Eug\u00e8ne Aub\u00e9ry est au premier rang des fortunes martiniquaises. Son ch\u00e2teau de Croix Rivail est l\u2019un des lieux de rendez-vous des notabilit\u00e9s de l\u2019\u00eele. L\u2019ind\u00e9niable influence qu\u2019exerce Aub\u00e9ry n\u2019est toutefois pas sans limites.<br \/>\nDepuis quatre ans, les services fiscaux de la Martinique \u2014 alors dirig\u00e9s par un homme int\u00e8gre, Th\u00e9odore Baude \u2014 r\u00e9clament \u00e0 l\u2019\u00e9pouse d\u2019Eug\u00e8ne Aub\u00e9ry une somme de plus de six millions de francs. Suite \u00e0 une condamnation prononc\u00e9e \u00e0 leur encontre en premi\u00e8re instance, les \u00e9poux Aub\u00e9ry ont engag\u00e9 une proc\u00e9dure en appel. Celle-ci leur a \u00e9t\u00e9 favorable. Cependant le Conseil g\u00e9n\u00e9ral de la Martinique a d\u00e9cid\u00e9 de pr\u00e9senter un pourvoi devant la Cour de cassation. Le pourvoi est enregistr\u00e9 \u00e0 la Cour le 15 d\u00e9cembre 1930, mais les martiniquais apprendront par la suite que le gouverneur Gerbinis \u2014 sur directive du ministre des Colonies \u2014 a effectu\u00e9 sans bruit le retrait du pourvoi. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce d\u00e9sistement que les r\u00e9dacteurs de \u00ab Justice \u00bb jugent scandaleux. Aliker s\u2019emploie \u00e0 d\u00e9noncer publiquement cette reculade en soulignant le lourd pr\u00e9judice subi par la Colonie.<br \/>\nLe 7 juin 1933, au cours d\u2019une session du Conseil g\u00e9n\u00e9ral, plusieurs \u00e9lus de gauche \u2014 au premier rang desquels intervient le docteur Lucien Cognet \u2014 r\u00e9clament des explications aux autorit\u00e9s. Mais ils sont mis en minorit\u00e9 lors du vote d\u2019une motion de protestation. La contestation des \u00e9lus semble donc jugul\u00e9e. Ceci n\u2019emp\u00eache pas \u00ab Justice \u00bb de revenir \u00e0 la charge d\u00e8s le 11 juillet 1933 en tirant parti d\u2019une plainte d\u00e9pos\u00e9e contre Aub\u00e9ry par un de ses plus proches et anciens lieutenants (Emmanuel de Lacoste).<br \/>\nL\u2019impact de cette \u00e9dition du 11 juillet est consid\u00e9rable. Seul organe de presse engag\u00e9 dans une bataille qui passionne l\u2019opinion martiniquaise, \u00ab Justice \u00bb r\u00e9v\u00e8le les liens financiers occultes \u00e9tablis entre le directeur de Lareinty et deux magistrats de Fort-de-France ayant particip\u00e9 au jugement en appel de l\u2019affaire Aub\u00e9ry. Sont aussi mis en cause plusieurs hauts fonctionnaires de la colonie, de m\u00eame que le s\u00e9nateur Henry L\u00e9mery dont le d\u00e9vouement pour son \u00ab ami tr\u00e8s cher \u00bb est notoire.<br \/>\nPeu de jours avant qu\u2019\u00e9clate le coup de tonnerre du 11 juillet, le gendre d\u2019Aub\u00e9ry \u2014 nomm\u00e9 Lavigne Sainte-Suzanne \u2014 s\u2019est rendu au magasin d\u2019Aliker. Les deux hommes se connaissent d\u2019assez longue date. \u00c0 son t\u00e9m\u00e9raire interlocuteur le gendre d\u2019Aub\u00e9ry assure que \u00ab son beau-p\u00e8re est tr\u00e8s large et reconnaissant\u2026 \u00bb ; mais ces paroles et cette entrevue ne restent pas longtemps confidentielles.<br \/>\nElles sont presqu\u2019aussit\u00f4t connues des lecteurs de \u00ab Justice \u00bb, car Andr\u00e9 Aliker les en informe lui-m\u00eame. Le journaliste relate aussi un second entretien survenu \u2014 quelques jours plus tard \u2014 avec le m\u00eame gendre-\u00e9missaire : \u00ab Il est revenu le vendredi 7 et je lui ai fait entendre qu\u2019il ne faut pas nous juger d\u2019apr\u00e8s certains Martiniquais \u00bb.<br \/>\nLes tentatives de corruption ont donc tourn\u00e9 court.. Sans faillir ni faiblir, le g\u00e9rant de \u00ab Justice \u00bb poursuit ses r\u00e9v\u00e9lations. D\u00e8s lors, les menaces se pr\u00e9cisent. Le 3 novembre 1933, Andr\u00e9 Aliker se rend \u00e0 un spectacle du cirque Dumbar, avec sa femme et ses enfants. Dans le public, un petit groupe le prend violemment \u00e0 partie. L\u2019un de ses agresseurs est un employ\u00e9 d\u2019Eug\u00e8ne Aub\u00e9ry. Un autre le traite de \u00ab sale n\u00e8gre \u00bb en lui portant un coup \u00e0 la nuque. Le g\u00e9rant de \u00ab Justice \u00bb porte plainte, avec certificat m\u00e9dical \u00e0 l\u2019appui.<br \/>\nNouvelle et plus grave attaque, le 1er janvier 1934 \u00e0 Fort-de-France : \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, Aliker est brusquement assailli par trois hommes. Ceux-ci le b\u00e2illonnent, le transportent dans une yole et le jettent par-dessus bord \u00e0 bonne distance du littoral. Bon nageur, Andr\u00e9 Aliker parvient n\u00e9anmoins \u00e0 regagner le rivage. D\u00e8s le surlendemain, il d\u00e9pose une nouvelle plainte et demande un permis de port d\u2019arme (refus\u00e9).<br \/>\nLe 12 janvier 1934, vers 6 heures 30 du matin, un jeune gar\u00e7on de quatorze ans d\u00e9couvre un cadavre que les vagues viennent d\u2019apporter sur la plage de Fonds-Bourlet, \u00e0 Case-Pilote. Le gar\u00e7on alerte son p\u00e8re. Bient\u00f4t arrivent gendarmes et m\u00e9decins l\u00e9gistes. Une enqu\u00eate biais\u00e9e et b\u00e2cl\u00e9e commence, tandis que tout un peuple s\u2019indigne et r\u00e9clame justice\u2026 Depuis lors, l\u2019hommage au combattant n\u2019a jamais cess\u00e9. \u00ab Saluons cet homme bien bas \u00bb, a \u00e9crit la journaliste fran\u00e7aise Madeleine Paz dans un remarquable article qu\u2019elle consacra \u00e0 l\u2019affaire Aliker : \u00ab Il osa porter le fer rouge dans la plaie purulente que son pays portait au flanc \u00bb (5).<br \/>\nGeorges B. MAUVOIS<br \/>\nHistorien\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(1) Nos remerciements \u00e0 M. Pierre Aliker pour son t\u00e9moignage et \u00e0 M. Georges Aliker pour sa pr\u00e9cieuse contribution documentaire.<br \/>\n(2)<strong> Pierre Aliker, Entretien accord\u00e9 \u00e0 l\u2019hebdomadaire Antilla, n\u00b0 12, mai 1982.<\/strong><br \/>\n(3) Georges Gratiant, Allocution du quaranti\u00e8me anniversaire, cit\u00e9 par Armand Nicolas, in Le Combat d\u2019Andr\u00e9 Aliker, Fort-de-France, 1974.<br \/>\n(4) G. Gratiant, Conf\u00e9rence au Cin\u00e9 Th\u00e9\u00e2tre (janvier 1970).<br \/>\n(5) Madeleine Paz, L\u2019affaire Aliker, in Les Cahiers des Droits de l\u2019Homme, 20 f\u00e9vrier 1936, Paris.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>MESSAGES DE CONDOLEANCES<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>LE MPREOM (Gabriel LUCE)<\/strong><\/p>\n<p>COMMUNIQUE DU Mpr\u00e9om suite \u00e0 la disparition de Georges MAUVOIS ( TI-JO) \u00ab\u00a0INTELLIGENT , SUBTIL,CULTIVE,\u00a0 PRECOCE ET CONVAINCU PATRIOTE, HISTORIEN DE GRANDE QUALITE, BON PEDAGOGUE, PROFOND ET ORIGINAL MARQUEUR DE PAROLES,SYMBOLE D&rsquo;HUMILITE ET DU CONSENSUS, TELS FURENT, SELON NOUS, LES PRINCIPAUX ATOUTS DE CE GRAND MARTINIQUAIS QU&rsquo;A ETE NOTRE REGRETTE \u00ab\u00a0TI-JO\u00a0\u00bb. &#8211; SINCERES CONDOLEANCES A SES PARENTS ET PROCHES &#8211; POUR LE Mpr\u00e9om<\/p>\n<p><strong>EUGENE LARCHER,Pr\u00e9sident de la Communaut\u00e9 d\u2019Agglom\u00e9ration Espace Sud Martinique<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai appris avec tristesse la nouvelle du d\u00e9c\u00e8s de \u00ab\u00a0Ti-Jo\u00a0\u00bb Mauvois.<br \/>\nJe tiens \u00e0 saluer la m\u00e9moire de celui qui aura apport\u00e9 une incontestable et pr\u00e9cieuse contribution \u00e0 la connaissance de notre histoire martiniquaise en r\u00e9ussissant constamment \u00e0 allier la rigueur de la recherche et le talent p\u00e9dagogique.<br \/>\nSon engagement et son action militante traduisaient invariablement un profond attachement aux grandes valeurs de solidarit\u00e9 et de progr\u00e8s, d\u2019\u00e9mancipation et de dignit\u00e9 des peuples, singuli\u00e8rement du peuple martiniquais.<br \/>\nTous ceux qui l\u2019ont c\u00f4toy\u00e9 garderont le souvenir de sa gentillesse naturelle, de sa grande simplicit\u00e9 et de sa vive intelligence.<br \/>\nAu nom de tous les \u00e9lus de la Communaut\u00e9 Espace Sud, je pr\u00e9sente \u00e0 son \u00e9pouse, \u00e0 ses enfants, \u00e0 sa famille et \u00e0 ses proches, mes tr\u00e8s sinc\u00e8res condol\u00e9ances.<br \/>\nLe 7 d\u00e9cembre 2011 &#8211; Eug\u00e8ne LARCHER &#8211; Pr\u00e9sident de la Communaut\u00e9 d\u2019Agglom\u00e9ration &#8211; Espace Sud Martinique<\/p>\n<p><strong>CLAUDE LISE &#8211; Rassemblement D\u00e9mocratique pour la Martinique<\/strong><br \/>\nC\u2019est avec une tr\u00e8s grande tristesse que j\u2019ai appris la nouvelle de la disparition de Georges \u00ab\u00a0Ti-Jo\u00a0\u00bb MAUVOIS.<br \/>\nJe tiens \u00e0 rendre hommage \u00e0 celui qui \u00e9tait anim\u00e9 d\u2019une v\u00e9ritable passion de la recherche historique et dont le travail nous laisse une approche riche et originale d\u2019importants \u00e9pisodes de l\u2019histoire de la Martinique.<br \/>\nIl \u00e9tait dot\u00e9 d\u2019un grand souci de la transmission, d\u2019une volont\u00e9 constante de mettre le savoir \u00e0 la disposition du plus grand nombre.<br \/>\nJe salue aussi l\u2019authentique militant de la cause martiniquaise\u00a0; attach\u00e9, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 la construction d\u2019un monde toujours plus juste, plus respectueux de la dignit\u00e9 des femmes, des hommes et des peuples.<br \/>\nJe n\u2019oublie pas ses grandes qualit\u00e9s humaines et notamment cette humilit\u00e9 qui, chez lui, \u00e9tait la marque d\u2019une curiosit\u00e9 toujours en \u00e9veil.<br \/>\nJe pr\u00e9sente \u00e0 son \u00e9pouse, \u00e0 ses enfants, \u00e0 sa famille et \u00e0 ses proches, mes tr\u00e8s sinc\u00e8res condol\u00e9ances.<br \/>\nClaude LISE &#8211; Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral du R.D.M.<\/p>\n<p><strong>LUC CLEMENTE- Maire de Schoelcher &#8211; Vice-Pr\u00e9sident du Conseil R\u00e9gional<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est avec une grande \u00e9motion que j\u2019ai appris la disparition de Georges Bernard MAUVOIS, plus connu sous le nom Ti-Jo Mauvois.<br \/>\nLa disparition de ce grand intellectuel martiniquais laissera sans aucun doute un grand vide. Incontestablement nous perdons un chercheur passionn\u00e9 de l\u2019histoire de notre r\u00e9gion qui \u0153uvrait sans rel\u00e2che \u00e0 la connaissance de l\u2019histoire de la Cara\u00efbe.<br \/>\nGrand ami d\u2019Ha\u00efti, membre du Comit\u00e9 Devoir de M\u00e9moire, il nous quitte le jour du 50\u00e8me anniversaire de la Mort de Frantz Fanon.<br \/>\nJe mesure l\u2019\u00e9tendue qu\u2019une telle perte peut repr\u00e9senter pour la Martinique mais \u00e9galement pour tous les schoelch\u00e9rois.<br \/>\nJe tiens en cette circonstance douloureuse \u00e0 vous assurer de ma sympathie et mon soutien dans ce deuil qui frappe votre famille.<br \/>\nEn mon nom personnel, et en celui de l\u2019ensemble du conseil municipal, je vous pr\u00e9sente, ainsi qu\u2019\u00e0 votre famille et \u00e0 vos proches, mes plus sinc\u00e8res condol\u00e9ances.<br \/>\nLuc CLEMENTE &#8211; Maire de Schoelcher &#8211; Vice-Pr\u00e9sident du Conseil R\u00e9gional<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Georges Bernard Mauvois (GBM) nous a quitt\u00e9s le 6 d\u00e9cembre \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 62 ans. Son p\u00e8re est Georges Eluthere Mauvois, le dirigeant du PCM qui a \u00e9t\u00e9 victime de l&rsquo;ordonnance \u00ab\u00a0sc\u00e9l\u00e9rate\u00a0\u00bb de 1961. GBM\u00a0 a \u00e9crit plusieurs ouvrages dont\u00a0 \u00ab\u00a0Un complot d&rsquo;esclaves : Martinique, 1831&Prime;, \u00a0\u00bb Louis des \u00c9tages 1873-1925 : itin\u00e9raire d&rsquo;un homme<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":5322,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[2],"tags":[5,449],"class_list":["post-5314","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-actualite","tag-featured","tag-georges-mauvois-bernard"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5314","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5314"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5314\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5322"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5314"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5314"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5314"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}