{"id":54880,"date":"2024-03-27T08:46:06","date_gmt":"2024-03-27T07:46:06","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=54880"},"modified":"2024-03-27T09:54:43","modified_gmt":"2024-03-27T08:54:43","slug":"frantz-fanon-dans-la-peau-dun-colonise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/frantz-fanon-dans-la-peau-dun-colonise\/","title":{"rendered":"Frantz Fanon, in the shoes of a colonized person"},"content":{"rendered":"<p><em>Source Nouvel obs. Par Eric Aeschimann<\/em><br \/>\n<strong>Frantz Fanon, dans la peau d&rsquo;un colonis\u00e9 Cinquante ans apr\u00e8s sa mort, le 6 d\u00e9cembre 1961, Frantz Fanon reste un auteur majeur: ses \u00ab\u00a0Oeuvres\u00a0\u00bb sont publi\u00e9es en un volume, pr\u00e9fac\u00e9 par Achille Mbembe, aux \u00e9ditions la D\u00e9couverte. (La D\u00e9couverte)<\/strong><br \/>\n<strong>Martiniquais et Alg\u00e9rien, psychiatre, \u00e9crivain et militant, colonis\u00e9 et libre, Fanon aura tout \u00e9t\u00e9. Il reste un auteur indispensable pour comprendre la violence contemporaine.<\/strong><\/p>\n<p>Le 6 d\u00e9cembre 1961, hospitalis\u00e9 depuis plusieurs semaines dans une clinique de Washington, Frantz Fanon meurt d\u2019une leuc\u00e9mie. \u00abCe n\u2019est pas ce qui me rendra ma moelle\u00bb, avait-il dit peu de temps avant, recevant les premi\u00e8res recensions de son livre, \u00ables Damn\u00e9s de la terre\u00bb, qui venait de para\u00eetre aux \u00e9ditions Maspero. Le jour m\u00eame de sa mort, \u00e0 Paris, la police fran\u00e7aise commen\u00e7ait \u00e0 saisir les exemplaires du livre devenu depuis le symbole de la lutte anticoloniale.<\/p>\n<p>A l\u2019occasion des 50 ans de la disparition de Frantz Fanon, les \u00e9ditions de la D\u00e9couverte \u2013 qui ont pris la succession des \u00e9ditions Maspero \u2013 publient un recueil des principaux textes du psychiatre martiniquais devenu militant du FLN. Ecrit \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 27 ans, \u00abPeau noire, masques blancs\u00bb, est une stup\u00e9fiante \u00e9tude sur l\u2019effet des discours raciaux sur les psychismes, qui frappe par les th\u00e8mes qu\u2019il aborde \u2013 \u00abla femme de couleur et le Blanc\u00bb, \u00abl\u2019homme de couleur et la Blanche\u00bb &#8211; autant que par sa libert\u00e9 de forme.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La colonisation fut coupable de pas mal de crimes&#8230;\u00a0\u00bb, par Maryse Cond\u00e9<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tiens, un n\u00e8gre !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fanon discute aussi bien une remarque d\u2019Andr\u00e9 Breton ou un texte du psychanalyste Octave Mannoni que sa propre exp\u00e9rience de jeune Martiniquais subissant le regard m\u00e9tropolitain, quand on disait: \u00abTiens, un n\u00e8gre !\u00bb, quand \u00abdans le train, au lieu d\u2019une, on [lui] laissait deux, trois places\u00bb, quand il se demandait: \u00abO\u00f9 me situer? Ou, si vous voulez: o\u00f9 me fourrer? (&#8230;) O\u00f9 me cacher?\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les Damn\u00e9s de la Terre \u00bb confirme la puissance d\u2019\u00e9criture de Frantz Fanon et l\u2019acuit\u00e9 de son regard. Lecteur de Hegel, de Sartre et de Merleau-Ponty (dont il allait \u00e9couter les cours quand il \u00e9tait \u00e9tudiant en psychiatrie \u00e0 Lyon), il s\u2019y livre \u00e0 une v\u00e9ritable ph\u00e9nom\u00e9nologie (au sens: ce qui appara\u00eet) de la condition du colonis\u00e9:<\/p>\n<p>Le colonis\u00e9 est toujours sur le qui-vive, car d\u00e9chiffrant difficilement les multiples signes du monde colonial, il ne sait jamais s\u2019il a franchi ou non la limite. Face au monde arrang\u00e9 par le colonialiste, le colonis\u00e9 est toujours pr\u00e9sum\u00e9 coupable.\u00bb<br \/>\nOu encore :<\/p>\n<p>La ville du colonis\u00e9 ou du moins la ville indig\u00e8ne, le village n\u00e8gre, la m\u00e9dina, la r\u00e9serve est un lieu mal fam\u00e9, peupl\u00e9 d\u2019hommes mal fam\u00e9s. On y na\u00eet n\u2019importe o\u00f9, n\u2019importe comment. On y meurt n\u2019importe o\u00f9, n\u2019importe comment. C\u2019est un monde sans intervalles, les hommes y sont les uns sur les autres, les cases les unes sur les autres.\u00bb<br \/>\nAim\u00e9 C\u00e9saire : \u201cN\u00e8gre, je resterai\u201d<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Abattre un Europ\u00e9en\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les Damn\u00e9s de la terre \u00bb est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de la fameuse pr\u00e9face de Jean-Paul Sartre, celle o\u00f9 il explique qu\u2019\u00aben le premier temps de la r\u00e9volte, il faut tuer; abattre un Europ\u00e9en, c\u2019est faire d\u2019une pierre deux coups, supprimer en m\u00eame temps un oppresseur et un opprim\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Dans la biographie de Frantz Fanon que publient simultan\u00e9ment les \u00e9ditions de la D\u00e9couverte (\u00abFrantz Fanon, une vie\u00bb, par David Macey), on apprend qu\u2019en 1967, la veuve de Fanon avait demand\u00e9 \u00e0 Fran\u00e7ois Maspero de retirer la pr\u00e9face de Sartre dans les \u00e9ditions \u00e0 venir, \u00aben raison de la position pro-sioniste et pro-imp\u00e9rialiste de son auteur\u00bb (Sartre avait d\u00e9fendu Isra\u00ebl au moment de la guerre des Six Jours).<\/p>\n<p>Macey fait surtout le r\u00e9cit, tr\u00e8s spectaculaire, de la rencontre Sartre-Beauvoir-Lanzmann-Fanon \u00e0 Rome, l\u2019\u00e9t\u00e9 1961: entam\u00e9e au d\u00e9jeuner, la conversation dure jusqu\u2019au lendemain matin \u00e0 8 heures. A 2 heures du matin, Beauvoir avait sugg\u00e9rait que Sartre devait dormir un peu. \u00abJe n\u2019aime pas les gens qui s\u2019\u00e9conomisent\u00bb, avait r\u00e9pondu Fanon.<\/p>\n<p>L&rsquo;esclave devenu clown : la vraie histoire de Chocolat<\/p>\n<p>Le devenir de la violence<\/p>\n<p>On pourra lire enfin, aux \u00e9ditions Amsterdam, \u00abFrantz Fanon, de l\u2019anticolonialisme \u00e0 la critique postcoloniale\u00bb, par Mathieu Renault, qui illustre l\u2019importance qu\u2019occupe aujourd\u2019hui Fanon dans le champ des \u00e9tudes postcoloniales aux Etats-Unis et en France.<\/p>\n<p>S\u2019attardant sur la th\u00e9orie fanonienne de la violence, Renault en pointe le danger, qui est de \u00ablaisser irr\u00e9solue\u00bb, voire de \u00abrendre impossible \u00e0 r\u00e9soudre \u00bb, la question du devenir de la violence (quand sort-on de la violence ?), ce qui atteste de l\u2019empreinte de l\u2019id\u00e9ologie coloniale sur sa pens\u00e9e ; mais il estime aussi en th\u00e9orisant le conflit dans la situation post-coloniale, Fanon aide \u00e0 penser les guerres postcoloniales contemporaines. Il faut donc r\u00e9fl\u00e9chir aujourd\u2019hui \u00e0 la fois \u00abavec\u00bb et \u00abcontre\u00bb Fanon.<\/p>\n<p>Tri, d\u00e9portation, incarc\u00e9ration, classement des individus selon leurs couleurs de peaux ou d\u2019origines: la racialisation du monde n\u2019a pas cess\u00e9 de produire ses effets, rappelle le sociologue camerounais Achille Mbembe dans la pr\u00e9face des \u00ab\u0152uvres\u00bb. \u00abComment s\u2019\u00e9tonner\u00bb, ajoute-t-il, que le regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour Fanon \u00abcommence, une nouvelle fois, par la critique de la violence et qu\u2019elle se termine par celle de la vie en tant qu\u2019\u00e9preuve sur soi et \u00e9preuve du monde? Prendre en charge la souffrance de l\u2019homme qui lutte, la d\u00e9crire et la comprendre de telle mani\u00e8re que de ce savoir et de cette lutte jaillisse un homme nouveau, tel fut en effet le projet de Fanon.\u00bb<\/p>\n<p>Eric Aeschimann<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Source Nouvel obs. Par Eric Aeschimann Frantz Fanon, dans la peau d&rsquo;un colonis\u00e9 Cinquante ans apr\u00e8s sa mort, le 6 d\u00e9cembre 1961, Frantz Fanon reste un auteur majeur: ses \u00ab\u00a0Oeuvres\u00a0\u00bb sont publi\u00e9es en un volume, pr\u00e9fac\u00e9 par Achille Mbembe, aux \u00e9ditions la D\u00e9couverte. 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