{"id":63439,"date":"2024-09-20T22:08:09","date_gmt":"2024-09-20T21:08:09","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=63439"},"modified":"2024-09-20T22:08:09","modified_gmt":"2024-09-20T21:08:09","slug":"commerce-inter-regional-en-outre-mer-les-perspectives-de-jean-crusol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/commerce-inter-regional-en-outre-mer-les-perspectives-de-jean-crusol\/","title":{"rendered":"Commerce inter-r\u00e9gional en Outre-mer : les perspectives de Jean Crusol\u00a0"},"content":{"rendered":"<h3>Le commerce interr\u00e9gional entre les DROM et leurs voisins est une piste souvent \u00e9voqu\u00e9e pour r\u00e9duire leur d\u00e9pendance \u00e9conomique vis-\u00e0-vis de la m\u00e9tropole et favoriser une int\u00e9gration r\u00e9gionale plus forte. Cependant, c&rsquo;est un sujet qui suscite encore de nombreux d\u00e9bats aujourd&rsquo;hui. Jean Crusol, \u00e9conomiste et ancien d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en, s&rsquo;est pench\u00e9 sur cette question d\u00e8s les ann\u00e9es 1990. Aujourd&rsquo;hui, il nous livre son analyse sur les obstacles persistants et les solutions \u00e0 envisager pour dynamiser ces \u00e9changes dans la Cara\u00efbe.<span lang=\"fr\">\u00a0<\/span><\/h3>\n<p>Les taxes, la production locale, la concurrence\u2026\u00a0 Lorsque l\u2019on parlera de vie ch\u00e8re en Outre-mer, plusieurs th\u00e8mes seront abord\u00e9s. Parmi eux, on retrouvera celui des \u00e9changes inter-r\u00e9gionaux. Simple solution pour r\u00e9soudre une partie du probl\u00e8me au premier abord, il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une piste reste largement sous exploit\u00e9s. Historiquement, les \u00e9changes interr\u00e9gionaux dans la Cara\u00efbe existaient d\u00e9j\u00e0, bien que limit\u00e9s. D\u00e8s la p\u00e9riode coloniale, les \u00eeles de la r\u00e9gion, malgr\u00e9 leur appartenance \u00e0 des empires diff\u00e9rents, entretenaient des \u00e9changes de marchandises. La Commission Cara\u00efbes, cr\u00e9\u00e9e dans les ann\u00e9es 1950, visait \u00e0 faciliter l\u2019approvisionnement entre les territoires, notamment apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Ces premiers efforts de coop\u00e9ration r\u00e9gionale montrent que l&rsquo;id\u00e9e d\u2019\u00e9changes interr\u00e9gionaux n\u2019est pas nouvelle, mais leur d\u00e9veloppement \u00e0 grande \u00e9chelle a toujours \u00e9t\u00e9 frein\u00e9 par des barri\u00e8res politiques, linguistiques et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Pourtant, d\u00e9velopper ces \u00e9changes n\u00e9cessite aujourd\u2019hui de non seulement surmonter des d\u00e9fis logistiques et commerciaux, mais aussi d\u2019adapter les politiques locales et europ\u00e9ennes pour encourager une v\u00e9ritable int\u00e9gration r\u00e9gionale. Il s\u2019agit d\u2019un probl\u00e8me assez complexe. Pour y r\u00e9pondre, Jean Crusol, \u00e9conomiste et ancien d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en nous fait part de son expertise. En 1991, lorsqu\u2019il \u00e9tait membre du Conseil \u00c9conomique et Social, il a publi\u00e9 un avis sur cette th\u00e9matique, en se concentrant plus particuli\u00e8rement sur le cas de la zone cara\u00efbes. Aujourd\u2019hui, il revient pour traiter la question et explorer les solutions possibles pour dynamiser ces \u00e9changes interr\u00e9gionaux.<\/p>\n<blockquote>\n<h3><em><strong>\u201cLes \u00e9changes commerciaux entre les territoires d&rsquo;Outre-mer et leurs voisins r\u00e9gionaux sont limit\u00e9s par plusieurs obstacles majeurs.\u201d<\/strong><\/em><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Quel a \u00e9t\u00e9 le parcours historique des \u00e9changes interr\u00e9gionaux dans la Cara\u00efbe ?<\/strong><br \/>\nHistoriquement, les Antilles et la Guyane se sont longtemps d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es de leur environnement r\u00e9gional. Pendant des d\u00e9cennies, les relations avec les pays voisins \u00e9taient quasiment inexistantes, et cela pour plusieurs raisons. D\u2019abord, les barri\u00e8res linguistiques ont jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 : autour de la Guyane, on parle portugais au Br\u00e9sil, n\u00e9erlandais au Surinam, et anglais au Guyana. Dans les \u00eeles voisines de la Martinique et de la Guadeloupe, l\u2019anglais domine. Cela a toujours compliqu\u00e9 les \u00e9changes. Ensuite, il n\u2019y avait pas vraiment de structures de liaison, ni de transport maritime, ni a\u00e9rien qui permettaient de d\u00e9velopper des relations commerciales solides avec ces pays. C\u2019\u00e9tait d\u2019autant plus difficile qu\u2019il n\u2019existait pas encore d\u2019accords r\u00e9gionaux structur\u00e9s comme la CARICOM \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>Mais ce qu&rsquo;il faut aussi comprendre, c&rsquo;est que ces territoires, comme la Martinique et la Guadeloupe, avaient choisi de se tourner vers la France pour leur d\u00e9veloppement. Historiquement, il y avait un mouvement fort en faveur de l&rsquo;assimilation \u00e0 la France. Les \u00e9lites locales demandaient \u00e0 \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es pleinement \u00e0 la France, et cela s\u2019est concr\u00e9tis\u00e9 par la d\u00e9partementalisation en 1946. C&rsquo;\u00e9tait un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de voir leur avenir en lien avec la m\u00e9tropole plut\u00f4t qu&rsquo;avec leur environnement imm\u00e9diat. Tout cela a contribu\u00e9 \u00e0 isoler ces territoires de leurs voisins. Les politiques \u00e9taient orient\u00e9es vers l\u2019application des lois sociales fran\u00e7aises, comme la s\u00e9curit\u00e9 sociale ou les allocations familiales, et l\u2019environnement r\u00e9gional \u00e9tait per\u00e7u comme moins pertinent. L\u2019int\u00e9gration \u00e0 la France a donc cr\u00e9\u00e9 une d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de la m\u00e9tropole, en \u00e9cartant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une coop\u00e9ration r\u00e9gionale pendant tr\u00e8s longtemps.<\/p>\n<p><strong>Aujourd\u2019hui, quels sont les principaux obstacles rencontr\u00e9s par les territoires d\u2019Outre-mer dans leurs \u00e9changes commerciaux avec les pays voisins ?<\/strong><br \/>\nLes \u00e9changes commerciaux entre les territoires d&rsquo;Outre-mer et leurs voisins r\u00e9gionaux sont limit\u00e9s par plusieurs obstacles majeurs. Les Antilles et la Guyane ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9es tardivement dans les instances r\u00e9gionales comme la CARICOM, limitant leurs opportunit\u00e9s de coop\u00e9ration. M\u00eame aujourd&rsquo;hui, la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane ne sont que des membres associ\u00e9s du CARICOM et de l&rsquo;OECS, ce qui les emp\u00eache de profiter pleinement des avantages du march\u00e9 commun r\u00e9gional. De plus, les r\u00e9glementations europ\u00e9ennes strictes en mati\u00e8re de normes sanitaires et techniques posent des obstacles suppl\u00e9mentaires, emp\u00eachant l&rsquo;importation de produits locaux de la Cara\u00efbe qui ne respectent pas ces standards.<br \/>\nEn parall\u00e8le, les disparit\u00e9s \u00e9conomiques, notamment les co\u00fbts salariaux plus \u00e9lev\u00e9s dans les territoires fran\u00e7ais d&rsquo;Outre-mer, rendent leurs produits moins comp\u00e9titifs face \u00e0 ceux de leurs voisins carib\u00e9ens. Le manque d&rsquo;infrastructures de transport ad\u00e9quates, tant maritimes qu&rsquo;a\u00e9riennes, complique \u00e9galement le d\u00e9veloppement des \u00e9changes. \u00c0 cela s&rsquo;ajoutent des barri\u00e8res l\u00e9gislatives europ\u00e9ennes qui entravent la libre circulation des marchandises et des services, rendant difficile une int\u00e9gration commerciale fluide dans la r\u00e9gion. Ces obstacles combin\u00e9s freinent la croissance des \u00e9changes interr\u00e9gionaux et l&rsquo;int\u00e9gration \u00e9conomique des territoires d&rsquo;Outre-mer dans leur environnement g\u00e9ographique imm\u00e9diat<\/p>\n<p><strong>Comment la loi Letchimy et d&rsquo;autres accords commerciaux ont-ils concr\u00e8tement am\u00e9lior\u00e9 les \u00e9changes r\u00e9gionaux entre les DOM et leurs voisins ?<\/strong><br \/>\nLes conseils r\u00e9gionaux des DROM peuvent d\u00e9sormais obtenir des habilitations leur permettant de l\u00e9gif\u00e9rer sur des domaines sp\u00e9cifiques, y compris la coop\u00e9ration r\u00e9gionale. Par exemple, la loi Letchimy a ouvert la voie \u00e0 des accords commerciaux entre les DROM et leurs voisins. Cependant, ces accords sont limit\u00e9s par le cadre r\u00e9glementaire national et europ\u00e9en. Bien que des progr\u00e8s aient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s avec l&rsquo;int\u00e9gration de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane dans des instances comme la CARICOM et l&rsquo;OECS, ces avanc\u00e9es ne se sont pas encore traduites par une augmentation significative des \u00e9changes commerciaux.<\/p>\n<p><strong>Quels secteurs de production locale pourraient \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9s pour devenir plus comp\u00e9titifs et renforcer les \u00e9changes interr\u00e9gionaux ?<\/strong><br \/>\nLa comp\u00e9titivit\u00e9 est un vrai probl\u00e8me. Le principal frein est le co\u00fbt salarial, bien plus \u00e9lev\u00e9 que celui des voisins carib\u00e9ens. Une solution pourrait \u00eatre de recourir \u00e0 une plus grande automatisation et industrialisation des processus de production, mais cela pose le probl\u00e8me de l&rsquo;investissement initial. En parall\u00e8le, la production locale souffre de la difficult\u00e9 \u00e0 s&rsquo;adapter aux normes europ\u00e9ennes. Malgr\u00e9 cela, il existe des secteurs o\u00f9 la Martinique pourrait se d\u00e9marquer, notamment dans la production \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e, mais cela n\u00e9cessiterait un soutien plus fort de l&rsquo;Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<p><strong>Quelle place l\u2019Union europ\u00e9enne devrait-elle jouer dans l\u2019encouragement ou la limitation des \u00e9changes interr\u00e9gionaux pour les DROM ?<\/strong><br \/>\nL&rsquo;Union europ\u00e9enne a un r\u00f4le essentiel dans la r\u00e9gulation des \u00e9changes, notamment \u00e0 travers ses normes sanitaires et techniques, qui sont tr\u00e8s strictes. Le probl\u00e8me, c&rsquo;est que ces r\u00e9gulations ne sont pas forc\u00e9ment adapt\u00e9es \u00e0 notre r\u00e9gion. Les produits qui viennent des pays voisins, par exemple certaines conserves ou des produits alimentaires de la Cara\u00efbe, ne sont pas conformes aux standards europ\u00e9ens, ce qui freine leur importation. L&rsquo;Union europ\u00e9enne pourrait sans doute faire plus pour encourager les \u00e9changes r\u00e9gionaux, mais ce n&rsquo;est pas une priorit\u00e9 pour elle. Elle est concentr\u00e9e sur d&rsquo;autres enjeux, et aujourd\u2019hui nos territoires ne sont pas bien repr\u00e9sent\u00e9s au Parlement europ\u00e9en.<\/p>\n<p><strong>Comment concilier d\u00e9veloppement des \u00e9changes interr\u00e9gionaux et protection de la production locale face \u00e0 la concurrence accrue ?<\/strong><br \/>\nProt\u00e9ger la production locale tout en d\u00e9veloppant les \u00e9changes est un d\u00e9fi complexe. Les voisins carib\u00e9ens produisent des biens \u00e0 moindre co\u00fbt, ce qui rend la concurrence difficile. Il est donc essentiel de mettre en place des mesures de protection, comme des quotas ou des normes plus souples pour les produits venant des Cara\u00efbes. Il pourrait \u00e9galement \u00eatre n\u00e9cessaire de renforcer le soutien aux secteurs de luxe et d&rsquo;exporter des produits \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e, qui seraient plus comp\u00e9titifs sur les march\u00e9s \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Propos recueillis par Thibaut Charles<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le commerce interr\u00e9gional entre les DROM et leurs voisins est une piste souvent \u00e9voqu\u00e9e pour r\u00e9duire leur d\u00e9pendance \u00e9conomique vis-\u00e0-vis de la m\u00e9tropole et favoriser une int\u00e9gration r\u00e9gionale plus forte. Cependant, c&rsquo;est un sujet qui suscite encore de nombreux d\u00e9bats aujourd&rsquo;hui. 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