{"id":64523,"date":"2024-10-22T22:48:34","date_gmt":"2024-10-22T21:48:34","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=64523"},"modified":"2024-10-22T22:48:34","modified_gmt":"2024-10-22T21:48:34","slug":"les-descendants-desclaves-au-bresil-redonnent-vie-a-une-ancienne-plantation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/les-descendants-desclaves-au-bresil-redonnent-vie-a-une-ancienne-plantation\/","title":{"rendered":"Les descendants d&rsquo;esclaves au Br\u00e9sil redonnent vie \u00e0 une ancienne plantation."},"content":{"rendered":"<p>Un festival de \u201cjongo\u201d sur l&rsquo;ancienne plantation de caf\u00e9 S\u00e3o Jos\u00e9 do Pinheiro, \u00e0 Pinheiral, Br\u00e9sil : une c\u00e9l\u00e9bration de la culture afro-br\u00e9silienne m\u00ealant musique, danse et spiritualit\u00e9.<\/p>\n<p>La plantation de caf\u00e9 S\u00e3o Jos\u00e9 do Pinheiro, autrefois l&rsquo;un des domaines les plus florissants du pays durant la traite n\u00e9gri\u00e8re, est aujourd&rsquo;hui le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une renaissance culturelle. Les descendants des esclaves, qui ont endur\u00e9 des si\u00e8cles d&rsquo;oppression, envisagent de transformer les ruines de cet h\u00e9ritage douloureux en un mus\u00e9e et une \u00e9cole de \u00ab\u00a0jongo\u00a0\u00bb, une pratique culturelle vibrante qui fusionne musique, danse, spiritualit\u00e9 et traditions orales. Ce reportage est sign\u00e9 par le quotidien britannique \u201cThe Guardian\u201d.<\/p>\n<p>The Guardian \u2013 De Pinheiral<\/p>\n<p>Il y a deux si\u00e8cles, la plantation de caf\u00e9 S\u00e3o Jos\u00e9 do Pinheiro, situ\u00e9e \u00e0 120 kilom\u00e8tres de Rio de Janeiro, se dressait comme l&rsquo;un des fleurons de la prosp\u00e9rit\u00e9 br\u00e9silienne. Dans un pays ayant extrait le plus grand nombre d&rsquo;esclaves africains de leur terre natale, cette plantation se distinguait particuli\u00e8rement. Environ 500 travailleurs, une main-d&rsquo;\u0153uvre cons\u00e9quente m\u00eame selon les normes br\u00e9siliennes, \u00e9taient employ\u00e9s par Jos\u00e9 de Souza Breves, l&rsquo;un des hommes les plus riches du pays, qui poss\u00e9dait \u00e9galement huit autres plantations dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>La r\u00e9sidence principale de Breves, un somptueux palais de 20 pi\u00e8ces orn\u00e9 d&rsquo;\u0153uvres d&rsquo;art, incluait \u00e9galement un h\u00f4pital de 48 lits pour les esclaves, destin\u00e9 \u00e0 pr\u00e9venir les pertes de productivit\u00e9 dues aux maladies et aux blessures.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, les terres de cet ancien domaine sont occup\u00e9es par la ville de Pinheiral, qui tire son nom de la plantation. Les vestiges du palais, tels que des colonnes \u00e9rod\u00e9es et des pans de murs envahis par la v\u00e9g\u00e9tation, se trouvent dans un espace public appel\u00e9 \u201cparc des Ruines\u201d.<\/p>\n<p>\u201cNous avons lutt\u00e9 pour r\u00e9cup\u00e9rer ces terres\u201d<\/p>\n<p>Ainsi, ce qui \u00e9tait autrefois le c\u0153ur d&rsquo;un empire esclavagiste a \u00e9t\u00e9 reconquis par les descendants de ceux qui y ont \u00e9t\u00e9 contraints de travailler. R\u00e9cemment, ils ont obtenu des fonds du gouvernement br\u00e9silien pour transformer le parc en un mus\u00e9e et une \u00e9cole de jongo, une expression culturelle afro-br\u00e9silienne m\u00ealant musique, danse et traditions orales. Cintia Helena da Silva, une jongueira de 34 ans dont les anc\u00eatres \u00e9taient esclaves \u00e0 Pinheiro, d\u00e9clare : \u201cNous avons durement combattu pour r\u00e9cup\u00e9rer ces terres jadis d\u00e9tenues par un esclavagiste ; maintenant, elles sont \u00e0 nous.\u201d Elle \u00e9voque son immersion dans le jongo depuis son enfance, avec une famille profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans cette tradition.<\/p>\n<p>La famille da Silva fait partie du groupe Jongo da Pinheiral, qui a convenu avec la mairie en 2016 de prendre possession des lieux. Ce groupe s&rsquo;occupe \u00e9galement du projet de mus\u00e9e. R\u00e9cemment, ils ont organis\u00e9 un festival qui a rassembl\u00e9 18 autres groupes de jongo sur le m\u00eame terrain o\u00f9, au XIXe si\u00e8cle, les cerises de caf\u00e9 s\u00e9chaient au soleil.<\/p>\n<p>De la vie quotidienne aux messages politiques<\/p>\n<p>Maria de F\u00e1tima da Silveira Santos, la ma\u00eetresse de c\u00e9r\u00e9monie du Jongo de Pinheiral, a ouvert le festival. Sa parure de colliers, bagues et bracelets t\u00e9moigne de son statut. Elle a psalmodi\u00e9 : \u201cJe suis venue b\u00e9nir la terre que je foule.\u201d Les jongueiros ont form\u00e9 un cercle, et accompagn\u00e9e de tambours par deux musiciens, Mestra Fatinha a \u201cjet\u00e9 un ponto\u201d, que l&rsquo;ensemble du groupe a ensuite repris. Les paroles des pontos abordent des sujets vari\u00e9s, allant des pr\u00e9occupations quotidiennes \u00e0 des messages politiques audacieux \u00e9voquant l&rsquo;esclavage.<\/p>\n<p>Le jongo se danse g\u00e9n\u00e9ralement en duo, un homme et une femme, circulant librement dans le cercle des participants. Il n&rsquo;y a pas de chor\u00e9graphie fixe, permettant aux danseurs de se relayer pendant des heures, parfois jusqu&rsquo;\u00e0 l\u2019aube. Mestra Fatinha pr\u00e9cise : \u201cLe jongo \u00e9tait pour les Noirs un moyen de s&rsquo;exprimer. Il \u00e9voquait des sujets politiques, favorisait les rencontres amoureuses et rendait hommage aux orix\u00e1s, divinit\u00e9s du candombl\u00e9.\u201d<\/p>\n<p>Une transmission culturelle vivante<\/p>\n<p>Selon l&rsquo;historien et ethnomusicologue Rafael Galante, le mot \u201cjongo\u201d provient de la famille des langues bantoues, parl\u00e9es par la majorit\u00e9 des esclaves africains arriv\u00e9s au Br\u00e9sil au XIXe si\u00e8cle. Bien qu&rsquo;il int\u00e8gre des \u00e9l\u00e9ments culturels d&rsquo;Afrique centrale, le jongo est un ph\u00e9nom\u00e8ne typiquement br\u00e9silien, repr\u00e9sentant l&rsquo;exp\u00e9rience de la diaspora.<\/p>\n<p>Mestra Fatinha souligne que le jongo d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est une continuit\u00e9 des traditions ancestrales : \u201cIl a \u00e9t\u00e9 transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration.\u201d Son r\u00f4le a \u00e9volu\u00e9 : \u201cNous, en tant que Noirs, en avons fait un symbole de notre lutte. Nous l\u2019utilisons pour revendiquer notre place \u00e0 l\u2019\u00e9cole et \u00e0 l\u2019universit\u00e9, et pour parler de nos traditions.\u201d<\/p>\n<p>Un hommage \u00e0 nos anc\u00eatres<\/p>\n<p>Pratiqu\u00e9 par au moins 14 communaut\u00e9s noires du Sud-Est br\u00e9silien, le jongo est souvent li\u00e9 aux quilombos, des communaut\u00e9s fond\u00e9es par des esclaves \u00e9vad\u00e9s. Bien qu&rsquo;il ne soit pas une religion, le jongo est impr\u00e9gn\u00e9 de spiritualit\u00e9, ses chants faisant r\u00e9f\u00e9rence aux orix\u00e1s et aux figures catholiques.<\/p>\n<p>\u201cNous \u00e9voquons toujours nos anc\u00eatres, car sans eux, nous ne serions pas ici. Nous dansons en leur m\u00e9moire\u201d, explique Mestra Fatinha. Avec Marcos Andr\u00e9 Carvalho, directeur artistique, elle coordonne le projet de transformation des ruines de Pinheiro en m\u00e9morial pour les personnes noires. Rafael Galante conclut : \u201cLe domaine de Pinheiro repr\u00e9sentait jadis l&rsquo;apog\u00e9e de l\u2019esclavage au Br\u00e9sil. Aujourd&rsquo;hui, ceux qui ont surv\u00e9cu \u00e0 cette violence s\u2019approprient ce lieu pour en faire un centre m\u00e9moriel. Le jongo est toujours pr\u00e9sent, et il est temps de lui rendre hommage.\u201d<\/p>\n<p>Tiago Rogero<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un festival de \u201cjongo\u201d sur l&rsquo;ancienne plantation de caf\u00e9 S\u00e3o Jos\u00e9 do Pinheiro, \u00e0 Pinheiral, Br\u00e9sil : une c\u00e9l\u00e9bration de la culture afro-br\u00e9silienne m\u00ealant musique, danse et spiritualit\u00e9. La plantation de caf\u00e9 S\u00e3o Jos\u00e9 do Pinheiro, autrefois l&rsquo;un des domaines les plus florissants du pays durant la traite n\u00e9gri\u00e8re, est aujourd&rsquo;hui le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une renaissance<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":64525,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[1373],"tags":[],"class_list":["post-64523","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-caraibe"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64523","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64523"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64523\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/64525"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64523"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64523"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64523"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}