{"id":66963,"date":"2024-12-17T13:21:24","date_gmt":"2024-12-17T12:21:24","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=66963"},"modified":"2024-12-17T13:21:24","modified_gmt":"2024-12-17T12:21:24","slug":"langage-et-memoire-coloniale-une-exploration-entre-histoire-et-identite-par-jeanne-wiltord","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/langage-et-memoire-coloniale-une-exploration-entre-histoire-et-identite-par-jeanne-wiltord\/","title":{"rendered":"Langage et m\u00e9moire coloniale : une exploration entre histoire et identit\u00e9. par Jeanne Wiltord"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"p1\">Le texte qui suit intitul\u00e9 <i>\u201cHabiter le pan d\u2019un grand d\u00e9sastre\u201d<\/i>, \u00e9crit en 2008, Jeanne Wiltord, psychiatre et psychanalyste, explore les rapports complexes entre colonisation, langage et identit\u00e9. \u00c0 travers une analyse approfondie des \u0153uvres d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire et des d\u00e9bats litt\u00e9raires des ann\u00e9es 1950, elle met en lumi\u00e8re l\u2019impact psychologique et culturel de la m\u00e9moire coloniale sur les individus et les soci\u00e9t\u00e9s. Son travail illustre comment le langage et la po\u00e9sie peuvent devenir des instruments de r\u00e9sistance et de reconstruction identitaire face \u00e0 un pass\u00e9 marqu\u00e9 par la domination et l\u2019ali\u00e9nation.<\/h2>\n<hr \/>\n<h1>Habiter le pan d\u2019un grand d\u00e9sastre<\/h1>\n<p><em><strong>\u00a0<\/strong>Je remercie, Mme Suzanne Ravis et M. Georges Aliker de m&rsquo;avoir transmis certains documents sans lesquels je n\u2019aurais pas pu \u00e9crire ce texte.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<h3><em>\u00ab\u00a0Il faudrait d&rsquo;abord \u00e9tudier comment la colonisation travaille \u00e0 d\u00e9civiliser le colonisateur \u00e0 l&rsquo;abrutir au sens propre du mot&#8230; et montrer que chaque fois qu&rsquo;il y a au Vi\u00eat-Nam une t\u00eate coup\u00e9e et un oeil crev\u00e9 et qu&rsquo;en France on accepte, une fillette viol\u00e9e et qu&rsquo;en France on accepte, un Malgache supplici\u00e9 et qu&rsquo;en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui p\u00e8se de son poids mort, une r\u00e9gression universelle qui s&rsquo;op\u00e8re&#8230; il y a le poison instill\u00e9 dans les veines de l&rsquo;Europe et le progr\u00e8s lent, mais s\u00fbr, de l&rsquo;ensauvagement du continent.\u00a0\u00bb<\/em><\/h3>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">A. C\u00e9saire, Discours sur le colonialisme (1950)<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<h3><em>\u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;inconscient qu&rsquo;on leur avait vendu en m\u00eame temps que les lois de la colonisation, forme exotique, r\u00e9gressive, du discours du ma\u00eetre, face du capitalisme qu&rsquo;on appelle imp\u00e9rialisme.\u00a0\u00bb <\/em><\/h3>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">J. Lacan, L&rsquo;envers de la psychanalyse (18\/02\/1970)<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Dans son num\u00e9ro d&rsquo;Avril-Juillet 1955, la revue Pr\u00e9sence Africaine publiait un po\u00e8me d&rsquo;Aim\u00e9 C\u00e9saire intitul\u00e9 : <\/strong><\/p>\n<h2><strong>\u00ab\u00a0R\u00e9ponse \u00e0 Depestre, po\u00e8te ha\u00eftien\u00a0\u00bb<\/strong><\/h2>\n<p>(El\u00e9ments d&rsquo;un art po\u00e9tique).En 1976, une version diff\u00e9rente de ce po\u00e8me a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e sous le titre \u00ab\u00a0Le verbe marronner \u00e0 Ren\u00e9 Depestre, po\u00e8te ha\u00eftien\u00a0\u00bb. Pour \u00e9clairer mon propos, je ferai r\u00e9f\u00e9rence au po\u00e8me publi\u00e9 en 1955. Ce po\u00e8me r\u00e9pond \u00e0 une lettre de Depestre publi\u00e9e dans le <em>n\u00b0du 23 juin 1955 de la revue \u00ab\u00a0Les Lettres Fran\u00e7aises\u00a0\u00bb, <\/em>revue culturelle du Parti Communiste Fran\u00e7ais, dans laquelle il \u00e9crivait son ralliement aux propositions po\u00e9tiques que d\u00e9fendait Louis Aragon dans le \u00ab\u00a0Journal d&rsquo;une po\u00e9sie nationale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pourquoi, plus de cinquante ans plus tard, faire retour sur ce po\u00e8me ? Originaire d&rsquo;un d\u00e9partement fran\u00e7ais d&rsquo;Outre-Mer, ancien \u00e9l\u00e8ve de l&rsquo;Ecole Normale Sup\u00e9rieure, Aim\u00e9 C\u00e9saire qu&rsquo;Andr\u00e9 Breton tenait pour \u00ab\u00a0le plus grand po\u00e8te de langue fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;affirmer : <em>\u00ab\u00a0o\u00f9 que j&rsquo;aille, je reste un n\u00e8gre d\u00e9racin\u00e9 des Antilles\u00a0\u00bb. <\/em>Les termes et l&rsquo;enjeu du d\u00e9bat que ce po\u00e8me a initi\u00e9 en 1955, peuvent \u00e9clairer selon moi, les contraintes subjectives inconscientes que rencontrent dans leur rapport \u00e0 la langue fran\u00e7aise, nombre d&rsquo;hommes et de femmes, citoyens fran\u00e7ais, dont les histoires singuli\u00e8res, sont nou\u00e9es \u00e0 l&rsquo;histoire de la colonisation fran\u00e7aise. Maryse Cond\u00e9 a soulign\u00e9 (2) l&rsquo;importance majeure qu&rsquo;a eue \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque ce d\u00e9bat dans le monde litt\u00e9raire carib\u00e9en francophone, alors m\u00eame que, hors la revue Pr\u00e9sence Africaine (3), il n&rsquo;avait pas eu de r\u00e9el \u00e9cho dans le monde litt\u00e9raire en France et reste encore largement m\u00e9connu. Ce silence persistant (m\u00eame dans des \u00e9crits \u00e0 propos de l&rsquo;\u0153uvre de L. Aragon (4)) pose une question rest\u00e9e non articul\u00e9e. Que pouvons-nous en entendre ?<\/p>\n<p>Sans doute un embarras. Embarras, \u00e0 penser un type de malaise dans la culture li\u00e9 au mode de colonisation in\u00e9dit (colonisation esclavagiste et racialis\u00e9e) n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;expansion du capitalisme marchand europ\u00e9en qui a organis\u00e9 au XVIe si\u00e8cle les soci\u00e9t\u00e9s des \u00ab\u00a0vieilles colonies\u00a0\u00bb de la France. Ces soci\u00e9t\u00e9s coloniales s\u00e9gr\u00e9gatives se sont structur\u00e9es \u00e0 partir d&rsquo;une violence r\u00e9elle et d&rsquo;une d\u00e9gradation de la dimension symbolique du langage marqu\u00e9e par le privil\u00e8ge donn\u00e9 dans les relations sociales \u00e0 un trait de diff\u00e9rence visible du r\u00e9el du corps, la couleur de la peau. Un tel privil\u00e8ge s&rsquo;est \u00e9tabli au d\u00e9triment du trait de diff\u00e9rence symbolique du langage qui fonde dans l&rsquo;inconscient, la diff\u00e9rence des sexes et la dimension du d\u00e9sir. Mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart et incarn\u00e9s dans l&rsquo;ailleurs colonial, ce malaise et ses cons\u00e9quences subjectives sont ainsi rest\u00e9s largement impens\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9 de la M\u00e9tropole, mais ses cons\u00e9quences subjectives et sociales ne cessent pas d&rsquo;\u00eatre rep\u00e9rables pour les psychanalystes dont la pratique s&rsquo;inscrit dans ces soci\u00e9t\u00e9s. J&rsquo;ai pr\u00e9c\u00e9demment soulign\u00e9 (5) \u00e0 quelle inflation de l&rsquo;imaginaire conduit une telle d\u00e9gradation du symbolique tant dans les strat\u00e9gies sociales et dans les choix amoureux que pour certaines paternit\u00e9s dont le support a \u00e0 \u00eatre ainsi \u00ab\u00a0sensorialis\u00e9\u00a0\u00bb (n\u00e9cessit\u00e9 pour certains hommes de \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb leur enfant pour lui transmettre leur nom). Ainsi, ce qui fonde la rencontre entre un homme et une femme ne rel\u00e8verait plus du d\u00e9sir et de la structure symbolique du langage, mais serait r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;obsc\u00e9nit\u00e9 d&rsquo;un signe visible \u00e0 travers des diff\u00e9rences de couleur de peau.<\/p>\n<p>En rupture avec le discours coloriste colonial, le d\u00e9bat qui a occup\u00e9 ces po\u00e8tes et \u00e9crivains francophones de la Cara\u00efbe dans les ann\u00e9es 1955, situe la question \u00e0 laquelle ils ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s, dans le champ du langage, au niveau de la structure m\u00eame du langage. Le sous-titre donn\u00e9 en 1955 par Aim\u00e9 C\u00e9saire \u00e0 sa <em>\u00ab\u00a0R\u00e9ponse \u00e0 Depestre, po\u00e8te ha\u00eftien\u00a0\u00bb <\/em>est explicite. Il s&rsquo;agit pour lui de rappeler les <em>\u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ments d&rsquo;un art po\u00e9tique\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Le po\u00e8te quoi qu&rsquo;il en sache et m\u00eame s&rsquo;il ne le sait pas, r\u00e9introduit que ce qu&rsquo;il sait et manipule c&rsquo;est la structure du langage et non pas simplement de la parole\u00a0\u00bb <\/em>nous rappelle J. Lacan (6).<\/p>\n<p>Que ce d\u00e9bat sur le rapport des colonis\u00e9s \u00e0 la langue fran\u00e7aise ait \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 par Aim\u00e9 C\u00e9saire, peut \u00e9tonner. Arriv\u00e9 au fa\u00eete du parcours le plus prestigieux d&rsquo;\u00e9tudes litt\u00e9raires fran\u00e7aises en 1939, Aim\u00e9 C\u00e9saire a publi\u00e9 Cahier d&rsquo;un retour au pays natal, fond\u00e9 avec les po\u00e8tes Senghor et L-G Damas, le mouvement de la N\u00e9gritude et rapport\u00e9 en 1946 \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale fran\u00e7aise, la loi dite \u00ab\u00a0loi d&rsquo;assimilation\u00a0\u00bb qui instituait les \u00ab\u00a0vieilles colonies\u00a0\u00bb de la France en d\u00e9partements d&rsquo;Outre-Mer. Il est n\u00e9cessaire de saisir ces diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments dans la complexit\u00e9 o\u00f9 ils se tissent, pour prendre la mesure de l&rsquo;extr\u00eame complexit\u00e9 des cons\u00e9quences subjectives de certaines modalit\u00e9s d&rsquo;int\u00e9gration actuellement propos\u00e9es en France.<\/p>\n<p>Le recours m\u00e9taphorique que fait A. C\u00e9saire dans ce po\u00e8me \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience du n\u00e8gre-marron, pr\u00e9cise l&rsquo;enjeu de sa <em>\u00ab\u00a0R\u00e9ponse \u00e0 Ren\u00e9 Depestre, po\u00e8te ha\u00eftien\u00a0\u00bb<\/em>. Parce que <em>\u00ab\u00a0ils arrondissent cette saison des sonnets\u00a0\u00bb, <\/em>il y a \u00e0 d\u00e9s-apprendre. D\u00e9s-apprendre une certaine mani\u00e8re de compter dans la mesure, <em>\u00ab d\u00e9s-apprendre les formes qui s&rsquo;attardent\u00a0\u00bb <\/em>for <em>\u00ab\u00a0laisser se lever la bourrasque\u00a0\u00bb. <\/em>N\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9s-apprendre un certain rapport \u00e0 la langue fran\u00e7aise, de <em>\u00ab\u00a0marronner\u00a0\u00bb <\/em>des formes traditionnelles de la po\u00e9sie qu&rsquo;ils ont apprises :<\/p>\n<blockquote>\n<h3><em>\u00ab\u00a0et<\/em> <em>for<\/em> <em>the<\/em> <em>grognements<\/em> <em>some<\/em> <em>ma\u00eetres<\/em> <em>d&rsquo;\u00e9cole<\/em> <em>assez marronnons<\/em> <em>the<\/em> <em>Depestre marronnons <\/em><em>les comme jadis nous marronnions nos ma\u00eetres \u00e0 fouet\u00a0\u00bb.<\/em><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot \u00ab\u00a0marronner\u00a0\u00bb venu de l&rsquo;espagnol \u00ab\u00a0cimarron\u00a0\u00bb fait r\u00e9sonner une exp\u00e9rience inou\u00efe de libert\u00e9 que des esclaves refusant l&rsquo;asservissement, arrachaient au pouvoir des ma\u00eetres coloniaux pour devenir des esclaves marrons et pour la vivre en marge de l&rsquo;espace de la Plantation.<\/p>\n<p>Le projet de tout po\u00e8te, lib\u00e9rer la langue de son usage habituel, comporte me semble t&rsquo;il un enjeu subjectif singulier quand un po\u00e8te \u00e9crit dans un champ culturel structur\u00e9 par une d\u00e9gradation de la dimension symbolique du langage. Un peu plus d&rsquo;un si\u00e8cle apr\u00e8s l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage, pour ces po\u00e8tes de l&rsquo;espace carib\u00e9en, comme pour la grande majorit\u00e9 des descendants d&rsquo;affranchis, la langue fran\u00e7aise n&rsquo;est pas parl\u00e9e dans les familles, c&rsquo;est une langue apprise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Lib\u00e9rer la langue fran\u00e7aise de son usage scolaire, impose \u00e0 ces po\u00e8tes une exigence \u00e9thique : d\u00e9s-apprendre pour aller, dans cette langue, \u00e0 la rencontre du silence de la parole des anc\u00eatres. D\u00e9s-apprendre un certain rapport \u00e0 la langue fran\u00e7aise, c&rsquo;est \u00ab\u00a0marronner\u00a0\u00bb des formes traditionnelles de la po\u00e9sie qu&rsquo;ils ont apprises :<\/p>\n<blockquote>\n<h3><em>\u00ab\u00a0&#8230;Marronnons les Depestre, marronnons-les<\/em><\/h3>\n<h3><em>Comme jadis nous marronnions nos ma\u00eetres \u00e0 fouets.\u00a0\u00bb<\/em><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p>Un jeune Fran\u00e7ais dont les parents Alg\u00e9riens avaient immigr\u00e9 en France, parlait de ce d\u00e9part dont ses parents ne pouvaient rien dire. \u00ab\u00a0Les raisons \u00e9conomiques qu&rsquo;on avance laissent de c\u00f4t\u00e9 leur histoire de d\u00e9part&#8230; Les enfants de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration ont \u00e0 faire un retour qui vient en \u00e9cho \u00e0 la dette des parents qui sont partis. Chacun va le faire \u00e0 sa fa\u00e7on. Pour certains c&rsquo;est par le retour \u00e0 la tradition, pour d&rsquo;autres c&rsquo;est le retour au pays pour construire une maison, faire des cadeaux \u00e0 ceux qui sont rest\u00e9s, pour d&rsquo;autres c&rsquo;est par la culture, par la religion, pour d&rsquo;autres c&rsquo;est par la langue\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour ces \u00e9crivains francophones de la Cara\u00efbe, partis du pays natal de la langue parl\u00e9e avec leurs parents, dans quelle langue aura pu s&rsquo;inscrire leur dette symbolique ?<\/p>\n<p>Dans la langue cr\u00e9ole ? Parl\u00e9e dans leurs familles pour la plupart, cette langue a connu depuis l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage et avec le d\u00e9veloppement de la scolarisation une inf\u00e9riorisation progressive par rapport \u00e0 la langue fran\u00e7aise. Elle n&rsquo;a pas dans les ann\u00e9es cinquante d&rsquo;\u00e9criture formalis\u00e9e, est totalement exclue du champ des apprentissages scolaires et de la connaissance ainsi que des lieux de repr\u00e9sentation du pouvoir politique. Progressivement d\u00e9-l\u00e9gitim\u00e9e dans le champ social et culturel o\u00f9 elle a pris statut de langue des n\u00e8gres, de l&rsquo;ignorance et de la pauvret\u00e9, son usage s&rsquo;est trouv\u00e9 progressivement limit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;espace familial domestique dans les milieux \u00e9conomiquement ais\u00e9s, aux milieux populaires et \u00e0 toutes les relations de travail manuel.<\/p>\n<p>C\u00e9saire n&rsquo;a pas choisi d&rsquo;\u00e9crire en cr\u00e9ole. Non pas que cette langue soit pour lui <em>\u00ab\u00a0frapp\u00e9e d&rsquo;une tare originelle\u00a0\u00bb, <\/em>mais parce que le niveau de cette langue qui est \u00e0 cette \u00e9poque <em>\u00ab\u00a0rest\u00e9 au stade de l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9, incapable d&rsquo;exprimer des id\u00e9es abstraites, indique l&rsquo;un des aspects du retard culturel martiniquais (7)\u00a0\u00bb. <\/em>Il para\u00eet difficilement concevable que la radicalit\u00e9 du projet po\u00e9tique d&rsquo;Aim\u00e9 C\u00e9saire ait pu \u00eatre tenu dans une langue n\u00e9e dans l&rsquo;exp\u00e9rience de survie, de violence r\u00e9elle et de d\u00e9gradation de la dimension symbolique, dans cet <em>\u00ab\u00a0extr\u00eame de la colonisation\u00a0\u00bb<\/em>, qui a forg\u00e9 les soci\u00e9t\u00e9s antillaises.<\/p>\n<p>Dans les \u00e9changes sociaux ou dans les psychanalyses (son usage y est rare et pose dans le maniement du transfert des difficult\u00e9s complexes), elle fait actuellement entendre une \u00e9quivocit\u00e9 sexuelle indiquant un rapport m\u00e9tonymique \u00e0 la jouissance mal limit\u00e9 par le refoulement.<\/p>\n<p>Dans la langue fran\u00e7aise ? Nous savons que tout apprentissage scolaire impose \u00e0 chaque enfant quelle que soit la langue qu&rsquo;il parle dans sa famille, de renoncer \u00e0 la langue du commerce priv\u00e9 avec sa m\u00e8re et de n\u00e9gocier son propre d\u00e9sir de savoir par rapport aux demandes diff\u00e9rentes, celles de ses parents (Autre parental), celles de l&rsquo;Autre social que relaie l&rsquo;exigence d&rsquo;apprendre de l&rsquo;institution scolaire. Pour les enfants cr\u00e9olophones, la langue transmise par leurs parents, situ\u00e9e dans un rapport de diglossie par rapport \u00e0 la langue fran\u00e7aise enseign\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, est disqualifi\u00e9e en langue \u00ab\u00a0mal\u00e9lev\u00e9e\u00a0\u00bb (charriant du sexuel) et marqu\u00e9e par la honte. Apprendre \u00e0 \u00ab\u00a0parler fran\u00e7ais\u00a0\u00bb c&rsquo;est apprendre \u00e0 \u00eatre \u00ab\u00a0civilis\u00e9\u00a0\u00bb, c&rsquo;est aussi soumettre le savoir inconscient structur\u00e9 dans les premiers \u00e9changes langagiers en langue cr\u00e9ole, \u00e0 une op\u00e9ration de d\u00e9ni, \u00ab\u00a0culturellement institu\u00e9\u00a0\u00bb (8) dans ces soci\u00e9t\u00e9s coloniales et tenter de faire fonctionner un refoulement d&#8217;emprunt. <em>\u00ab\u00a0Tu iras \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole\u00a0\u00bb, <\/em>dit Man Tine \u00e0 Jos\u00e9, le petit-fils qu&rsquo;elle \u00e9l\u00e8ve (9), <em>\u00ab\u00a0pour apprendre un brin d&rsquo;\u00e9ducation et \u00e0 signer ton nom\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>La t\u00e2che des po\u00e8tes francophones de la Cara\u00efbe, rappelle Aim\u00e9 C\u00e9saire \u00e0 son ami Ren\u00e9 Depestre, est de \u00ab\u00a0marronner\u00a0\u00bb de la langue fran\u00e7aise que le ma\u00eetre colonial <em>\u00ab\u00a0historiquement, \u00e0 travers le viol d&rsquo;une usurpation culturelle\u00a0\u00bb <\/em>a pr\u00e9tendu s&rsquo;approprier pour <em>\u00ab\u00a0faire croire qu&rsquo;il avait avec elle des rapports de propri\u00e9t\u00e9 ou d&rsquo;identit\u00e9 naturels, nationaux<\/em>, cong\u00e9nitaux, ontologiques (10)\u00a0\u00bb. Trouver un \u00ab\u00a0chez soi\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0habitation\u00a0\u00bb, dans cette langue, c&rsquo;est pour C\u00e9saire, \u00ab\u00a0infl\u00e9chir\u00a0\u00bb la langue apprise pour <em>\u00ab\u00a0la porter \u00e0 ce maximum d&rsquo;\u00e9cart avec elle-m\u00eame qui lui ferait parler une autre langue (11)\u00a0\u00bb<\/em>. <em>\u00ab\u00a0Nous n&rsquo;avions pas le choix : nous sommes le produit d&rsquo;une civilisation, d&rsquo;une culture, nous \u00e9tions form\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise et nous ne pouvions que l&rsquo;accepter (12)\u00a0\u00bb. <\/em>L&rsquo;accepter mais pas sans <em>\u00ab\u00a0savoir quel usage nous allions faire de cette langue&#8230; nous servir du fran\u00e7ais en le pliant \u00e0 nos exigences int\u00e9rieures (13)\u00a0\u00bb<\/em>. C&rsquo;est se risquer \u00e0 faire fonctionner une langue \u00e9trang\u00e8re dans la position paradoxale d\u00e9crite par J. Altounian ; que dans cette langue \u00e9trang\u00e8re, <em>\u00ab\u00a0puisse op\u00e9rer la transmission d&rsquo;un h\u00e9ritage inint\u00e9grable symboliquement par les parents (14)\u00a0\u00bb. <\/em>Si la langue fran\u00e7aise n&rsquo;est pas pour C\u00e9saire une langue \u00ab\u00a0\u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb, je fais ici l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;impossibilit\u00e9 \u00e0 laquelle il a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 d&rsquo;y trouver un \u00ab\u00a0chez soi\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0habitation\u00a0\u00bb, tant que cette langue est rest\u00e9e pour lui la langue de l&rsquo;\u00e9cole coloniale, dans laquelle ses anc\u00eatres \u00e9taient d\u00e9sign\u00e9s \u00ab\u00a0n\u00e8gres-esclaves\u00a0\u00bb. Il lui aura fallu rendre subjectivement \u00ab\u00a0habitable\u00a0\u00bb la langue que le ma\u00eetre colonial a pr\u00e9tendu s&rsquo;approprier. C&rsquo;est dire qu&rsquo;il lui aura fallu en faire le lieu d&rsquo;une transgression, pour nommer le d\u00e9sastre symbolique colonial o\u00f9 son histoire singuli\u00e8re a eu \u00e0 se construire et pour y trouver enfin le lieu de son \u00e9nonciation inconsciente, lieu o\u00f9 il pourra soutenir son d\u00e9sir.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une <em>\u00ab\u00a0op\u00e9ration symbolique par laquelle le sujet doit venir se loger, c&rsquo;est un imp\u00e9ratif \u00e9thique, dans le lieu de son \u00e9nonciation inconsciente. Il doit se reconna\u00eetre chez lui, l\u00e0 o\u00f9 son d\u00e9sir s&rsquo;articule&#8230; (15)\u00a0\u00bb. <\/em>Pour que se fasse une telle op\u00e9ration psychique, il ne suffit pas de \u00ab\u00a0bien-parler-le-fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de parler une langue \u00ab\u00a0ch\u00e2ti\u00e9e\u00a0\u00bb, bien apprise, hant\u00e9e par le souci de la faute. Il y a \u00e0 op\u00e9rer dans cette langue un double renoncement. Renoncer au rapport \u00e0 la jouissance dans laquelle le discours colonial voulait maintenir les n\u00e8gres et renoncer \u00e0 maintenir la langue fran\u00e7aise en position d&rsquo;id\u00e9al, ne pas r\u00e9duire la po\u00e9sie \u00e0 une po\u00e9sie d&rsquo;imitation, \u00e0 une \u00ab\u00a0po\u00e9sie de d\u00e9calcomanie\u00a0\u00bb dira C\u00e9saire. Gr\u00e2ce \u00e0 sa puissance po\u00e9tique et \u00e0 sa <em>\u00ab\u00a0formidable volont\u00e9 de r\u00e9sistance\u00a0\u00bb <\/em>soulign\u00e9e dans le tr\u00e8s beau texte d&rsquo;Esther Tellerman (16) au colloque de Fort-de-France, C\u00e9saire entreprend de se confronter \u00e0 la puissance originelle qu&rsquo;a le signifiant de faire coupure dans l&rsquo;opacit\u00e9 du r\u00e9el. <em>\u00ab\u00a0Le mot du po\u00e8te, le mot primitif : dessin rupestre dans la mati\u00e8re sonore (17)\u00a0\u00bb&#8230; <\/em>C&rsquo;est en cela que sa po\u00e9sie occupe dans le champ culturel et social n\u00e9 de la colonisation, une position d&rsquo;exception \u00e0 partir de laquelle d&rsquo;autres, par la suite, auront pu trouver le socle sur lequel va se fonder leur parole. D\u00e8s 1939, avant tout autre po\u00e8te francophone de la Cara\u00efbe, cet imp\u00e9ratif \u00e9thique va s&rsquo;imposer \u00e0 lui apr\u00e8s son admission \u00e0 l&rsquo;Ecole Normale Sup\u00e9rieure. Il s&rsquo;acharnera \u00e0 <em>\u00ab\u00a0forer cette langue\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e0 la bouleverser pour faire surgir \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9trange\u00a0\u00bb de cette langue si bien apprise, \u00e0 <em>\u00ab\u00a0la plier \u00e0 mon vouloir dire\u00a0\u00bb <\/em>\u00e9crit-il.<\/p>\n<p>With <em>\u00ab\u00a0Cahier d&rsquo;un retour au pays natal\u00a0\u00bb <\/em>commence une \u0153uvre qui ne cessera pas d&rsquo;introduire dans cette langue des c\u00e9sures in\u00e9dites, de \u00ab\u00a0l&rsquo;ext\u00e9nuer\u00a0\u00bb pour r\u00e9v\u00e9ler sous la carapace des mots, l&rsquo;inou\u00ef d&rsquo;o\u00f9 pourra enfin r\u00e9sonner le silence s\u00e9culaire de cultures effondr\u00e9es en son nom. Et pour que son dire de sujet y trouve place. L&rsquo;importance majeure du rythme dans l&rsquo;\u0153uvre\u00a0 po\u00e9tique de C\u00e9saire (18), <em>\u00ab\u00a0ant\u00e9rieur \u00e0 la parole, au mot qu&rsquo;il appelle et <\/em><em>apprivoise, s\u00e9duit et n\u00e9cessite, j&rsquo;y vois la forme du po\u00e8me ; mieux que la forme (mot ambigu), c&rsquo;est sa structure, son projet dictant&#8230;\u00a0\u00bb, <\/em>indique la n\u00e9cessit\u00e9 de <em>\u00ab\u00a0mettre hors d&rsquo;elle-m\u00eame\u00a0\u00bb <\/em>(selon la belle expression de Derrida) la langue fran\u00e7aise, pour y <em>\u00ab\u00a0mettre le sceau imprim\u00e9, la marque n\u00e8gre &#8211; ou la marque antillaise, comme vous voulez -sur le fran\u00e7ais (19)\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Sceau imprim\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0marque\u00a0\u00bb, <\/em>ces mots nous font entendre que l&rsquo;immense travail entrepris par le po\u00e8te porte sur la mat\u00e9rialit\u00e9 du signifiant, sur la lettre. Il s\u2019agit d\u2019extraire la marque de la sc\u00e8ne visible du corps o\u00f9 la colonisation esclavagiste racialis\u00e9e a pr\u00e9tendu la pervertir, pour enfin l&rsquo;inscrire comme marque distinctive, structure localis\u00e9e du signifiant, \u00e0 partir de laquelle un sujet peut se nommer. Travail sur la lettre, n\u00e9cessaire pour faire bord au trou d&rsquo;o\u00f9 menace <em>\u00ab\u00a0la nuit en son immobile verrition\u00a0\u00bb, <\/em>et pour que puisse s&rsquo;inscrire au champ de l&rsquo;Autre, sa singularit\u00e9. Parce que <em>\u00ab\u00a0la po\u00e9sie est la cr\u00e9ation d&rsquo;un sujet qui l\u00e0, assume un nouvel ordre de relations symboliques au monde\u00a0\u00bb (20), <\/em>la t\u00e2che du po\u00e8te, comme il l&rsquo;a \u00e9crit d\u00e8s 1939, est d&rsquo;assumer <em>\u00ab\u00a0la seule chose au monde qui vaille la peine, la fin du monde Parbleu \u00bb (21)&#8230; <\/em>Laisser \u00ab\u00a0les formes qui s&rsquo;attardent\u00a0\u00bb pour laisser se lever le neuf et affronter <em>\u00ab\u00a0&#8230; le grand trou noir o\u00f9 je voulais me noyer l&rsquo;autre lune c&rsquo;est l\u00e0 que je veux p\u00eacher maintenant la langue mal\u00e9fique de la nuit en son immobile verrition !\u00a0\u00bb (22) <\/em><em>\u00ab\u00a0&#8230;<\/em><\/p>\n<p>C&rsquo;est ce message que le po\u00e8me de 1955 adresse \u00e0 Ren\u00e9 Depestre, po\u00e8te ha\u00eftien, l&rsquo;ami avec qui il a tant partag\u00e9, depuis leur rencontre en 1944 en Ha\u00efti (o\u00f9 C\u00e9saire, \u00e9tait venu de la Martinique, faire une s\u00e9rie de conf\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;invitation de Pierre Mabille, repr\u00e9sentant de la France Libre), \u00e0 l&rsquo;aventure surr\u00e9aliste avec Breton, puis \u00e0 l&rsquo;inscription au Parti Communiste Fran\u00e7ais qui, contrairement \u00e0 Depestre, ne l&rsquo;avait pas conduit \u00e0 une rupture avec les surr\u00e9alistes. <em>\u00ab\u00a0Qu&rsquo;ils arrondissent des sonnets &#8230; Fous t&rsquo;en Depestre&#8230;\u00a0\u00bb <\/em>Leur t\u00e2che de po\u00e8te, avec Rimbaud, Lautr\u00e9amont, les surr\u00e9alistes, Mallarm\u00e9 est <em>\u00ab\u00a0que le po\u00e8me se constitue l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;\u00e9criture au lieu d&rsquo;exprimer un \u00e9v\u00e9nement devient elle-m\u00eame l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb (23) <\/em>qui projette le lecteur dans une exp\u00e9rience de radicale alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<h3><em>\u00ab\u00a0Pour le reste<\/em><\/h3>\n<h3><em>Que le po\u00e8me tourne bien ou mal sur l&rsquo;huile de ses gonds Fous t&rsquo;en Depestre, fous t&rsquo;en, laisse dire Aragon (24)\u00a0\u00bb.<\/em><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p>La violence de ces vers o\u00f9 Aragon est nomm\u00e9 r\u00e9pond nous l&rsquo;avons dit, \u00e0 une lettre rendue publique de Ren\u00e9 Depestre. Celui-ci y donne les raisons de son <em>\u00ab\u00a0ralliement aux enseignements d\u00e9cisifs d&rsquo;Aragon&#8230; gr\u00e2ce auxquels\u00a0\u00bb <\/em>\u00e9crit t-il, <em>\u00ab\u00a0je suis en train de r\u00e9soudre le conflit o\u00f9 se d\u00e9battait mon individualisme formel\u00a0\u00bb. <\/em>Ces questions de forme po\u00e9tique ne concernent pas seulement les cr\u00e9ateurs fran\u00e7ais, ajoute Depestre. Elles sont <em>\u00ab\u00a0aussi du ressort de ceux qui ont l&rsquo;honneur, par suite des avatars de l&rsquo;histoire politique, de partager avec vous autres, cr\u00e9ateurs fran\u00e7ais, l&rsquo;h\u00e9ritage du chant, l&rsquo;h\u00e9ritage de la prosodie, la continuation renouvel\u00e9e des mesures traditionnelles propres de la po\u00e9sie, en France \u00bb. (25) <\/em>Pour Depestre, l&rsquo;enseignement d&rsquo;Aragon apporte la solution, une int\u00e9gration harmonieuse, \u00e0 ceux qui comme lui cherchent \u00e0 int\u00e9grer \u00ab\u00a0l&rsquo;h\u00e9ritage africain\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture po\u00e9tique en langue fran\u00e7aise. <em>\u00ab\u00a0Nous avons \u00e0 discerner dans le patrimoine culturel qui nous vient d&rsquo;Afrique, ce qui peut s&rsquo;int\u00e9grer avec <strong>harmonie <\/strong>(soulign\u00e9 par moi) \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritage prosodique fran\u00e7ais\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette <strong><em>int\u00e9gration harmonieuse <\/em><\/strong>(soulign\u00e9 par moi) du patrimoine culturel africain dans l&rsquo;h\u00e9ritage prosodique fran\u00e7ais que refuse C\u00e9saire dont le projet po\u00e9tique, inscrit dans la lign\u00e9e de Rimbaud et des surr\u00e9alistes, est d&rsquo;affronter \u00e0 partir de cette dualit\u00e9 culturelle le lieu qui fonde sa subjectivit\u00e9.<\/p>\n<p>La lettre de Depestre est une r\u00e9ponse \u00e0 une proposition d&rsquo;Aragon concernant l&rsquo;\u00e9criture po\u00e9tique. \u00c9crivain c\u00e9l\u00e8bre et c\u00e9l\u00e9br\u00e9, membre influent du Comit\u00e9 Central du Parti Communiste Fran\u00e7ais, Louis Aragon a en 1954 regroup\u00e9 en un volume une s\u00e9rie d&rsquo;articles qu&rsquo;il a fait para\u00eetre dans <em>\u00ab\u00a0Les Lettres Fran\u00e7aises\u00a0\u00bb de D\u00e9cembre 1953 \u00e0 juin 1954<\/em>, en m\u00eame temps que des textes de po\u00e8tes connus ou des \u00ab\u00a0po\u00e8mes- bouteilles- \u00e0- la- mer\u00a0\u00bb adress\u00e9s par des inconnus qui sont ainsi suppos\u00e9s confirmer ses th\u00e8ses. Ce volume, intitul\u00e9 <em>\u00ab\u00a0Journal d&rsquo;une po\u00e9sie nationale\u00a0\u00bb (26), sera publi\u00e9 fin 1954. <\/em>A la suite de sa publication, un manifeste, <em>\u00ab\u00a0D\u00e9fense de la po\u00e9sie\u00a0\u00bb (27), <\/em>critique avec violence les positions d&rsquo;Aragon et d\u00e9clenche chez certains po\u00e8tes fran\u00e7ais une pol\u00e9mique mais semble-t-il <em>\u00ab\u00a0pas de vraie discussion\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Puis, curieusement, ce texte est oubli\u00e9 (28)\u00a0\u00bb <\/em>sans avoir rencontr\u00e9 plus d&rsquo;\u00e9cho dans le milieu litt\u00e9raire fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Durant l&rsquo;Occupation Aragon avait promu comme instrument de la R\u00e9sistance contre les Nazis, une <em>\u00ab\u00a0po\u00e9sie nationale\u00a0\u00bb. <\/em>En 1954, avec le <em>\u00ab\u00a0Journal d&rsquo;une po\u00e9sie nationale\u00a0\u00bb, <\/em>il s&rsquo;agissait pour Aragon, journaliste politique, <em>\u00ab\u00a0de relancer l&rsquo;\u00e9lan d&rsquo;une po\u00e9sie de la R\u00e9sistance par la campagne d&rsquo;une po\u00e9sie nationale\u00a0\u00bb <\/em>et invite les po\u00e8tes \u00e0 <em>\u00ab\u00a0faire retour aux formes traditionnelles fixes de la po\u00e9sie nationale\u00a0\u00bb. <\/em>Consid\u00e9rant \u00e9crit-t-il alors, <em>\u00ab\u00a0fermement, le vers traditionnel fran\u00e7ais comme une donn\u00e9e essentielle de l&rsquo;h\u00e9ritage de notre peuple, o\u00f9 s&rsquo;exprime dans sa pl\u00e9nitude, le caract\u00e8re national de notre po\u00e9sie\u00a0\u00bb, <\/em>sa vis\u00e9e est <em>\u00ab\u00a0de galvaniser l&rsquo;esprit national\u00a0\u00bb <\/em>en relan\u00e7ant une po\u00e9sie nationale qui op\u00e8re <em>\u00ab\u00a0une reprise dans le langage m\u00eame, un resserrement autour de la nation\u00a0\u00bb (29). <\/em>Il pr\u00e9cisera sa critique contre <em>\u00ab la facilit\u00e9 dont s&rsquo;autorisent les g\u00e9n\u00e9rations nouvelles de po\u00e8tes qui ne sont pas pass\u00e9s par l&rsquo;\u00e9tude et l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;alexandrin, de l&rsquo;octosyllabe, du vers impair et du vers dit libre\u00a0\u00bb <\/em>et se sont mis \u00e0 <em>\u00ab\u00a0\u00e9crire directement&#8230; ce qui donne \u00e0 leur po\u00e9sie \u00ab\u00a0le ton de po\u00e9sie <strong>traduite<\/strong>&#8230;, cette forme <strong>d\u00e9nationalis\u00e9e<\/strong>, donnait au contenu humain en g\u00e9n\u00e9ral un habit cosmopolite\u00a0 <\/em>Ainsi<\/p>\n<blockquote>\n<h3><em>\u00a0\u00bb\u00a0 mont\u00e9s sur les exp\u00e9riences d&rsquo;autrui\u00a0\u00bb, <\/em>ces po\u00e8tes contemporains se trouvent <em>\u00ab\u00a0perdre<strong>, mais <\/strong><\/em><strong><em>perdre vraiment, <\/em><\/strong><em>sans la moindre place \u00e0 la trouvaille, le lien charnel, vivant avec la nation, ce qui est le g\u00e9nie m\u00eame de la langue prosodique, ce qui est par d\u00e9finition <strong>intraduisible <\/strong>dans une autre langue, et qui fait pr\u00e9cis\u00e9ment par l\u00e0 la grandeur <strong>nationale d&rsquo;une po\u00e9sie <\/strong>(30).<\/em><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p>L&rsquo;obsession \u00ab\u00a0nationale\u00a0\u00bb d&rsquo;Aragon est en radicale rupture avec celle du mouvement surr\u00e9aliste qu&rsquo;il a particip\u00e9 \u00e0 fonder (lors de la guerre du Rif en 1925, les surr\u00e9alistes avaient refus\u00e9 avec une extr\u00eame violence le \u00ab\u00a0patriotisme intellectuel\u00a0\u00bb). Elle est en rupture \u00e9galement avec l&rsquo;Aragon du <em>\u00ab Trait\u00e9 du style \u00bb <\/em>qui affirmait sa d\u00e9testation de l&rsquo;arm\u00e9e en proclamant <em>\u00ab\u00a0je ne porterai plus l&rsquo;uniforme fran\u00e7ais\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0je conchie l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise dans sa totalit\u00e9\u00a0\u00bb <\/em>; en rupture aussi avec celui qui \u00e9crivait, <em>\u00ab\u00a0la po\u00e9sie est par essence orageuse et chaque image doit produire un cataclysme\u00a0\u00bb <\/em>et voulait <em>\u00ab\u00a0entendre parler un langage de catapulte\u00a0 \u00e0 d\u00e9corner les <\/em><em>boeufs\u00a0\u00bb (31).<\/em><\/p>\n<p>Elle nous pose question dans le contexte politique o\u00f9 s&rsquo;inscrivent la publication du Journal d&rsquo;une po\u00e9sie nationale, la lettre de Ren\u00e9 Depestre, le po\u00e8me de C\u00e9saire et le d\u00e9bat ouvert pendant deux ans dans le milieu litt\u00e9raire francophone carib\u00e9en. Ce contexte politique est marqu\u00e9 par la guerre froide et par l&rsquo;\u00e9mergence des mouvements de lib\u00e9ration nationale dans les colonies de l&rsquo;Empire fran\u00e7ais. Si pour Aragon, priorit\u00e9 est donn\u00e9e dans le contexte de la guerre froide \u00e0 la <em>\u00ab\u00a0po\u00e9sie nationale\u00a0\u00bb, <\/em>instrument de r\u00e9sistance contre l&rsquo;ennemi majeur de l&rsquo;\u00e9poque, le pouvoir am\u00e9ricain et <em>\u00ab\u00a0l&rsquo;entreprise atlantique\u00a0\u00bb, <\/em>\u00e0 aucun moment les mouvements de d\u00e9colonisation et les questions pos\u00e9es par C\u00e9saire ne semblent interroger <strong><em>la dimension nationale <\/em><\/strong>(soulign\u00e9 par moi) de ce projet po\u00e9tique. Dans son article de 2004, Lucien Wasselin, situant ce contexte n&rsquo;en fait pas non plus mention, pas plus qu&rsquo;il n&rsquo;y mentionne le d\u00e9bat des po\u00e8tes francophones de la Cara\u00efbe.<\/p>\n<p>Quelle signification pouvons-nous donner \u00e0 ces silences ? Certes pas celle d&rsquo;une absence d&rsquo;int\u00e9r\u00eat ni de soutien r\u00e9el du Parti Communiste Fran\u00e7ais (PCF) aux peuples colonis\u00e9s. Parlant de son engagement au PCF dans une <em>interview \u00e0 L. Kesteloot (32<\/em>), C\u00e9saire rappelle d&rsquo;ailleurs que si nombre d&rsquo;intellectuels africains et antillais ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9duits apr\u00e8s guerre par le communisme, c&rsquo;est que <em>\u00ab\u00a0le communisme est \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque le seul \u00e0 d\u00e9fendre efficacement les Noirs, \u00e0 se scandaliser de leur situation, \u00e0 les consid\u00e9rer comme fr\u00e8res des prol\u00e9taires fran\u00e7ais ou russes, bref \u00e0 les traiter en hommes\u00a0\u00bb. <\/em>Si ces silences ont \u00e0 \u00eatre interrog\u00e9s, c&rsquo;est qu&rsquo;au-del\u00e0 de la soumission de L. Aragon aux priorit\u00e9s politiques du PCF, ils viennent selon moi r\u00e9v\u00e9ler chez les intellectuels de ce parti, un point de but\u00e9e (soulign\u00e9 plus haut) concernant la pens\u00e9e politique de la d\u00e9colonisation. Se soutenant d&rsquo;une vocation \u00e0 l&rsquo;universel, cette pens\u00e9e a maintenu sa vis\u00e9e d&rsquo;\u00e9mancipation politique dans une perspective d&rsquo;assimilation culturelle qui \u00e9crasait litt\u00e9ralement le particulier. D\u00e8s lors devenait inaudible l&rsquo;enjeu du d\u00e9bat engag\u00e9 par ceux qui, avec A. C\u00e9saire, se trouvaient dans la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;interroger la possibilit\u00e9 pour eux, francophones, n\u00e9s dans des soci\u00e9t\u00e9s structur\u00e9es par la colonisation, de pouvoir soutenir une position d&rsquo;\u00e9nonciation dans la langue fran\u00e7aise. C&rsquo;est en effet \u00e0 partir de l&rsquo;exp\u00e9rience particuli\u00e8re, <em>\u00ab\u00a0que cela compte d&rsquo;\u00eatre noir&#8230; Qu&rsquo;on n&rsquo;est pas noir impun\u00e9ment\u00a0\u00bb (A. C\u00e9saire)<\/em>, qu&rsquo;ils cherchent \u00e0 inscrire leur singularit\u00e9 pour prendre place dans l&rsquo;universel. <em>\u00ab\u00a0C&rsquo;est au niveau du particulier que toujours surgit ce qui pour nous est fonction universelle (33)\u00a0\u00bb. <\/em>Refuser ce trajet n\u00e9cessaire par le particulier serait r\u00e9p\u00e9ter pour ces \u00e9crivains l&rsquo;institutionnalisation de l&rsquo;oubli fabriqu\u00e9e par la R\u00e9publique et le silence de leurs familles sur l&rsquo;histoire de leurs anc\u00eatres. Un tel refus ne pouvait que maintenir les Antillais dans l&rsquo;impasse d&rsquo;une identification fond\u00e9e sur une tentative d&rsquo;assimilation culturelle, identification imaginaire qui les vouait \u00e0 \u00eatre des \u00ab\u00a0d\u00e9calcomanies\u00a0\u00bb de Fran\u00e7ais id\u00e9alis\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette question de l&rsquo;universel sera \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, l&rsquo;objet de violentes critiques que Frantz Fanon dans <em>\u00ab\u00a0Peau noire et masques blancs (34)\u00a0\u00bb <\/em>and <em>Aim\u00e9 C\u00e9saire, dans \u00ab Discours sur le colonialisme \u00bb (35)<\/em>, adresseront \u00e0 l&rsquo;ouvrage du psychanalyste <em>Octave Mannoni<\/em>, publi\u00e9 en 1950, <em>\u00ab Psychologie de la colonisation \u00bb. <\/em>En 1966, dans le texte <em>\u00ab The decolonisation of my self \u00bb (36), <\/em>Mannoni va faire retour pour la critiquer, sur la conception universaliste qu&rsquo;il avait soutenu comme solution \u00e0 l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 raciste colonial. Cette <em>\u00ab\u00a0solution universaliste\u00a0\u00bb <\/em>reconna\u00eet-il alors, est <em>\u00ab\u00a0une n\u00e9gation optimiste de la r\u00e9elle difficult\u00e9 de cet \u00e9nonc\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0conduit finalement \u00e0 dire que d&rsquo;\u00eatre un Noir n&rsquo;a ni importance ni signification\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>La radicalit\u00e9 et la complexit\u00e9 des questions qui se posaient \u00e0 Aim\u00e9 C\u00e9saire \u00e0 travers son \u00e9criture po\u00e9tique, ne pouvaient pas se r\u00e9duire \u00e0 un projet de retour aux formes d&rsquo;une po\u00e9sie nationale. Dans ces ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9mergence des mouvements de d\u00e9colonisation (37), il \u00e9tait contraint de faire un bilan n\u00e9gatif douloureux de l&rsquo;assimilation sociale et \u00e9conomique promise par la loi de d\u00e9partementalisation des \u00ab\u00a0vieilles colonies\u00a0\u00bb dont il avait \u00e9t\u00e9 le rapporteur en 1946. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des acquis sociaux demand\u00e9e pour les nouveaux d\u00e9partements face \u00e0 l&rsquo;urgence de leur situation sociale marqu\u00e9e par l&rsquo;arbitraire colonial, n&rsquo;avait pas de r\u00e9alisation effective. Par ailleurs, ce qui avait \u00e9t\u00e9 m\u00e9sestim\u00e9 en 1946 face au r\u00e9el de la situation sociale et qui s&rsquo;\u00e9tait par la suite r\u00e9v\u00e9l\u00e9, c&rsquo;est que cette loi donnait consistance \u00e0 une <em>\u00ab\u00a0identification singuli\u00e8rement ambivalente sur fond de l&rsquo;image d&rsquo;une d\u00e9voration assimilante (38)\u00a0\u00bb. <\/em>C&rsquo;est, avec d&rsquo;autres reproches, l&rsquo;accusation d'\u00a0\u00bbassimilationnisme (39)\u00a0\u00bb qu&rsquo;il adressera \u00e0 ses camarades du Parti quand en 1956, il rendra publique sa d\u00e9mission du PCF. Parce que le projet po\u00e9tique de C\u00e9saire concerne la possibilit\u00e9 pour un sujet de trouver un lieu d&rsquo;\u00e9nonciation dans la langue, il subvertit les limites que propose la cat\u00e9gorie du national.<\/p>\n<p>Certaines expressions qui valorisent un trait identificatoire visible, rencontrent un \u00e9cho consensuel dans le discours social et politique en France. Ce discours veut faire croire qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0multicolore\u00a0\u00bb serait le signe d&rsquo;une int\u00e9gration sociale r\u00e9ussie de ceux dont les histoires singuli\u00e8res sont nou\u00e9es \u00e0 celle de la colonisation. Le succ\u00e8s de telles expressions nous indique la fascinante s\u00e9duction que peut exercer la jouissance scopique. Mais soyons attentifs \u00e0 ce que nous apprend la pratique de la psychanalyse dans le champ culturel antillais : le privil\u00e8ge donn\u00e9 dans le social \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment visible du corps est le signe d&rsquo;une d\u00e9gradation de la dimension symbolique du langage, dimension sans laquelle un humain ne peut soutenir son d\u00e9sir.<\/p>\n<p>Le po\u00e8me \u00e9crit en 1955 nous fait entendre que dans son rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de son d\u00e9sir, un sujet ne se soutient que du lieu o\u00f9 l&rsquo;harmonie d&rsquo;une langue d\u00e9faille. C&rsquo;est \u00e0 ce lieu d&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 radicale qu&rsquo;il s&rsquo;est acharn\u00e9 \u00e0 faire surgir au del\u00e0 des satisfactions des miroitements des images, que l&rsquo;\u0153uvre po\u00e9tique d&rsquo;Aim\u00e9 C\u00e9saire convoque chacun. Encore y a t-il \u00e0 se trouver pr\u00eat \u00e0 ne pas c\u00e9der sur son d\u00e9sir.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\"><strong>Notes:<\/strong><\/span><\/p>\n<ul>\n<li>Aim\u00e9 C\u00e9saire, \u0152uvres compl\u00e8tes, D\u00e9sormeaux, Fort-de-France, 1976<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0Fous-t&rsquo;en Depestre ; laisse dire Aragon\u00a0\u00bb, in Actes du colloque , \u00ab\u00a0Love and Politics in the Cold War\u00a0\u00bb, New York, 2000<\/li>\n<li>Pr\u00e9sence africaine a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e en 1947 \u00e0 Paris par A. Diop ; Le comit\u00e9 de parrainage rassemble entre autres, Camus, C\u00e9saire, Gide, Leiris. C&rsquo;est d&rsquo;abord une revue litt\u00e9raire et culturelle qui deviendra ensuite maison d&rsquo;\u00e9dition.<\/li>\n<li>article de Lucien Wasselin , \u00ab\u00a0Po\u00e9sie nationale : la querelle Pierre Garnier -Louis Aragon\u00a0\u00bb in dossier de la revue Faites entrer l&rsquo;infini, n\u00b09, Juin 2005 &#8211; Publi\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet\u00a0\u00bb<\/li>\n<li>Wiltord : \u00ab\u00a0Un nom de couleur\u00a0\u00bb, Journ\u00e9es sur le patronyme &#8211; Association freudienne internationale, Mai 1991, Paris<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0Quand les mots ont manqu\u00e9 \u00e0 dire\u00a0\u00bb, in C\u00e9sure, revue de la convention psychanalytique, n\u00b0 \u00ab\u00a0Malaise dans notre civilisation\u00a0\u00bb, Mai 1993 &#8211; Paris<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0Diff\u00e9rences ethniques et subjectivation. Quelques r\u00e9flexions \u00e0 partir d&rsquo;une \u00ab\u00a0vieille\u00a0\u00bb colonisation\u00a0\u00bb, Intervention aux journ\u00e9es sur l&rsquo;exclusion &#8211; Association freudienne internationale Marseille, Mars 1999<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0\u00c0 partir du traumatisme\u00a0\u00bb, in De l&rsquo;esclavage aux r\u00e9parations &#8211; ouvrage collectif, Le comit\u00e9 devoir de m\u00e9moire Martinique, Ed. Karthala &#8211; Paris &#8211; 2000<\/li>\n<li>Lacan, L&rsquo;Objet de la psychanalyse, S\u00e9minaire 1965-1966, Paris, Publication hors commerce de l&rsquo;Association lacanienne internationale<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0Un po\u00e8te politique : Aim\u00e9 C\u00e9saire\u00a0\u00bb, Interview in Magazine litt\u00e9raire n\u00b0 34, Novembre 1969, Paris<\/li>\n<li>Brigitte Lemerer, Les deux Mo\u00efse, \u00c9cole de psychanalyse Sigmund Freud, Ed. \u00c9r\u00e8s, 1998, Paris<\/li>\n<li>Joseph Zobel, La rue Cases-N\u00e8gres, Pr\u00e9sence Africaine, 1974, Paris<\/li>\n<li>Jacques Derrida, Le monolinguisme de l&rsquo;autre Ou la proth\u00e8se d&rsquo;origine, Ed. Galil\u00e9e, 1996, Paris<\/li>\n<li>Esther Tellerman, \u00ab\u00a0Entre mangrove et chiens\u00a0\u00bb, Intervention au s\u00e9minaire de l&rsquo;Association Freudienne Internationale, 1996, Fort-de-France<\/li>\n<li>Aim\u00e9 C\u00e9saire, \u00ab\u00a0O\u00f9 que j&rsquo;aille je reste un n\u00e8gre d\u00e9racin\u00e9 des Antilles\u00a0\u00bb, Interview in Lire, n\u00b0, 1982, Paris.<\/li>\n<li>Aim\u00e9 C\u00e9saire, ibid<\/li>\n<li>Janine Altounian, L&rsquo;intraduisible, Deuil, m\u00e9moire, transmission, Dunod, 2005, Paris<\/li>\n<li>Marc Darmon, Essais pour une topologie lacanienne, Nouvelle \u00e9dition revue et augment\u00e9e, Ed. de l&rsquo;Association lacanienne internationale, 2004, Paris<\/li>\n<li>Esther Tellerman, cit\u00e9<\/li>\n<li>Aim\u00e9 C\u00e9saire, \u00ab\u00a0Po\u00e9sie et connaissance\u00a0\u00bb, Tropiques n\u00b0 12 &#8211; Janvier 1945, R\u00e9\u00e9dition Jean-Michel Place, 1994<\/li>\n<li>Lylian Kesteloot, Aim\u00e9 C\u00e9saire, Po\u00e8tes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, Ed. Seghers, 1962, Paris<\/li>\n<li>Aim\u00e9 C\u00e9saire, Interview in Magazine Litt\u00e9raire n\u00b034, Novembre 1969, Paris<\/li>\n<li>Jacques Lacan, Les structures freudiennes des psychoses, S\u00e9minaire 1955-1956, Publication hors commerce de l&rsquo;Association lacanienne internationale, Paris<\/li>\n<li>Aim\u00e9 C\u00e9saire, Cahier d&rsquo;un retour au pays natal, Pr\u00e9sence Africaine, r\u00e9\u00e9dition 2003, Paris<\/li>\n<li>Aim\u00e9 C\u00e9saire, Ren\u00e9 M\u00e9nil, in Le Rebelle, Revue du Centre C\u00e9sairien d&rsquo;Etudes et de Recherches n\u00b0 1, 1989, Martinique<\/li>\n<li>Ces vers du po\u00e8me original, publi\u00e9 dans la revue Pr\u00e9sence Africaine en 1956, ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s de l&rsquo;\u00e9dition des \u0153uvres compl\u00e8tes de C\u00e9saire (Ed. D\u00e9sormeaux, 1976, Martinique). Les modifications entre les deux versions sont donn\u00e9es dans Aim\u00e9 C\u00e9saire La Po\u00e9sie, Ed. \u00e9tablie par Daniel Maximin et Gilles Carpentier, Ed du Seuil, 1994, Paris.<\/li>\n<li>Ren\u00e9 Depestre, Lettre adress\u00e9e \u00e0 Charles Dobzynski, publi\u00e9e in Les Lettres Fran\u00e7aises n\u00b0 du 16-23 Juin 1955, Paris.<\/li>\n<li>Louis Aragon, Journal d&rsquo;une po\u00e9sie nationale, Seneuze, 1954, Lyon<\/li>\n<li>Cit\u00e9 par Lucien Wasselin, cit\u00e9<\/li>\n<li>Lucien Wasselin, cit\u00e9<\/li>\n<li>Les citations de ce passage et de celui qui suit sont extraites de : Louis Aragon, Journal d&rsquo;une po\u00e9sie nationale, Ed. Seneuze, 1954, Lyon<\/li>\n<li>Les mots en caract\u00e8res gras dans cette citation sont en italique dans le texte d&rsquo;Aragon.<\/li>\n<li>Louis Aragon, Trait\u00e9 du style, Ed. Gallimard, L&rsquo;Imaginaire, 1980, Paris.<\/li>\n<li>Lilian Kesteloot, cit\u00e9<\/li>\n<li>Jacques Lacan, L&rsquo;identification, S\u00e9minaire 1961-1962, \u00c9dition de l\u2019Association lacanienne internationale, Paris.<\/li>\n<li>Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, du Seuil, coll. Esprit, 1952, Paris.<\/li>\n<li>Aim\u00e9 C\u00e9saire, Discours sur le colonialisme (1955), in \u0152uvre historique et politique, T. 3 \u0152uvres compl\u00e8tes, Ed. D\u00e9sormeaux, 1976, Paris.<\/li>\n<li>Octave Mannoni, in Clefs pour l&rsquo;imaginaire ou l&rsquo;Autre sc\u00e8ne, Ed. Le Seuil, 1985, Paris &#8211; Publi\u00e9 en 1966, dans la revue Race, 1966, Londres.<\/li>\n<li>Tunisie (arrestation de Bourguiba), Indochine (capitulation de Dien-Bien-Ph\u00fb ), conf\u00e9rence de Bando\u00ebng&#8230;<\/li>\n<li>Jacques Lacan, S\u00e9minaire l&rsquo;Identification, cit\u00e9<\/li>\n<li>Aim\u00e9 C\u00e9saire, \u00ab\u00a0Lettre \u00e0 Maurice Thorez\u00a0\u00bb, in T. 3 , \u0152uvres Compl\u00e8tes, cit\u00e9<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong><em>Jeanne Wiltord, Psychiatre, psychanalyste 17 Avril 2008<\/em><\/strong><\/p>\n<div id=\"gtx-trans\" style=\"position: absolute;left: -8px;top: 10684.4px\">\n<div class=\"gtx-trans-icon\"><\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le texte qui suit intitul\u00e9 \u201cHabiter le pan d\u2019un grand d\u00e9sastre\u201d, \u00e9crit en 2008, Jeanne Wiltord, psychiatre et psychanalyste, explore les rapports complexes entre colonisation, langage et identit\u00e9. \u00c0 travers une analyse approfondie des \u0153uvres d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire et des d\u00e9bats litt\u00e9raires des ann\u00e9es 1950, elle met en lumi\u00e8re l\u2019impact psychologique et culturel de la m\u00e9moire<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":66964,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-66963","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66963","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66963"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66963\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/66964"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66963"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66963"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66963"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}