{"id":71382,"date":"2025-03-10T10:20:47","date_gmt":"2025-03-10T09:20:47","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=71382"},"modified":"2025-03-10T11:38:24","modified_gmt":"2025-03-10T10:38:24","slug":"la-tradition-des-bwadjaks-symbole-de-resistance-ou-de-resilience-par-claire-emmanuelle-laguerre-phd","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/la-tradition-des-bwadjaks-symbole-de-resistance-ou-de-resilience-par-claire-emmanuelle-laguerre-phd\/","title":{"rendered":"La tradition des bwadjaks : symbole de r\u00e9sistance ou de r\u00e9silience ? Par Claire-Emmanuelle Laguerre, PhD."},"content":{"rendered":"<h2>Embl\u00e8me incontournable du carnaval martiniquais, la bwadjak est bien plus qu\u2019une simple voiture restaur\u00e9e pour d\u00e9filer. \u00c0 travers elle, <span style=\"color: #800000\">Claire-Emmanuelle Laguerre<\/span> met en lumi\u00e8re la capacit\u00e9 des Martiniquais \u00e0 r\u00e9sister, \u00e0 se r\u00e9inventer et \u00e0 affirmer leur identit\u00e9 culturelle face aux d\u00e9fis contemporains. H\u00e9ritage d\u2019une tradition populaire, elle incarne un v\u00e9ritable processus de r\u00e9silience collective, o\u00f9 l\u2019art, la m\u00e9moire et la transmission se m\u00ealent pour pr\u00e9server un patrimoine en constante \u00e9volution.<\/h2>\n<hr \/>\n<h2>Tout ce qui brille n\u2019est pas or.<\/h2>\n<h2>La tradition des bwadjaks : symbole de r\u00e9sistance ou de r\u00e9silience ?<\/h2>\n<p><em><strong>Claire-Emmanuelle Laguerre,<\/strong> PhD.Docteure en Neurosciences, enseignant-chercheur associ\u00e9e, psychologue clinicienne et directrice d\u2019\u00e9tablissements m\u00e9dico-sociaux<\/em><\/p>\n<p><em>Dans le cadre de ses travaux sur la r\u00e9silience collective, elle a choisi de mener une \u00e9tude participative \u00e0 la Martinique en p\u00e9riode de carnaval. Dans un aller vers l\u2019univers de la bwadjak, une vieille voiture restaur\u00e9e pour les festivit\u00e9s, la chercheure a tent\u00e9 de mettre en lumi\u00e8re les caract\u00e9ristiques de la r\u00e9silience martiniquaise en d\u00e9montrant l\u2019importance de la cr\u00e9ativit\u00e9 dans l\u2019\u00e9mancipation des \u00e2mes.<\/em><\/p>\n<p><strong>Les corps sont chauds, les corps sont bouillants<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les corps sont beaux, les corps sont mouvants<\/strong><\/p>\n<p>Alors s\u2019il est ais\u00e9 de penser au carnaval comme une f\u00eate, une f\u00eate fortement pl\u00e9biscit\u00e9e par le Martiniquais \u00e0 travers le continent (carnaval de Bordeaux, Toulouse et Montpellier sans parler de celui qui se d\u00e9roule en juillet \u00e0 Paris), il est moins ais\u00e9 de le penser comme \u00e9tant indispensable \u00e0 la survie de notre \u00catre, de notre Nous.<\/p>\n<p><strong>Les corps sont siwo, les corps sont chantants<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les corps sont kako, les corps sont dansants<\/strong><\/p>\n<p>Le carnaval appelle \u00e0 cette mise en musique. Il permet cette mise en mouvement. \u00c0 travers ces corps mouvant \u00e0 l\u2019unisson, il se laisse percevoir une harmonie des peuples.<\/p>\n<p>Le mouvement des corps permet d\u2019appr\u00e9cier les ressources des Martiniquais dans le sens o\u00f9 il transforme et symbolise. Le corps devient cet alli\u00e9 qui favorise l\u2019expression de soi et offre une mise en communication. C\u2019est ainsi que durant le vid\u00e9, nombreux sont ceux qui cherchent \u00e0 passer un message \u00e0 travers leurs costumes que ceux-ci soient modernes ou traditionnels. Bien des fois le peuple a \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9 dans sa verbalisation et le carnaval a \u00e9t\u00e9 et est le lieu par excellence pour lib\u00e9rer la parole. Une parole lib\u00e9ratrice, puissante et \u00e9mancipatrice puisqu\u2019elle se cr\u00e9e dans l\u2019unit\u00e9 et dans cette concertation tacite. Elle d\u00e9nonce et valorise. Elle vient rappeler le Nous.<br \/>\nCe Nous est pr\u00e9sent \u00e0 travers chaque acteur du carnaval.<\/p>\n<p><strong>Les esprits sont chauds, les esprits sont bouillants<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les esprits sont badauds, les esprits sont pr\u00e9sents<\/strong><\/p>\n<p>Le carnavalier martiniquais participe au d\u00e9fil\u00e9. Il joue un r\u00f4le cl\u00e9 dans cette mise en sc\u00e8ne \u00e0 ciel ouvert des affres de la vie. Il affirme un Nous se distinguant de l\u2019Autre par son authenticit\u00e9. Aucun autre carnaval ne permet \u00e0 la population de d\u00e9bouler dans le m\u00eame temps que les personnages embl\u00e9matiques d\u00e9filent. Ces derniers offrent un spectacle \u00e9poustouflant par leur ing\u00e9niosit\u00e9. Et d\u2019ing\u00e9nieux : les bwadjaks !<\/p>\n<p><strong>Les esprits sont autos, les esprits sont luminescents<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les esprits sont a b\u00f4, les esprits sont initiants<\/strong><\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-71384\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image1.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image1.jpeg 600w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image1-150x200.jpeg 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image1-450x600.jpeg 450w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image1-18x24.jpeg 18w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image1-27x36.jpeg 27w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image1-38x50.jpeg 38w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p>Un parcours initiatique s\u2019ouvre \u00e0 nous d\u00e8s lors que la d\u00e9cision de faire une bwadjak \u00e9merge. Une \u00e9pop\u00e9e qui r\u00e9v\u00e8le un aller vers, un d\u00e9passement de soi d\u2019autant plus lorsque les connaissances en mati\u00e8re de m\u00e9canique sont inconnues. M\u00e9connaissance du tuning, m\u00e9connaissance de l\u2019ing\u00e9nierie automobile mais une profonde admiration pour l\u2019art associ\u00e9e \u00e0 un chou\u00efa de dext\u00e9rit\u00e9 graphique. Et quand les \u00e9v\u00e9nements heureux et malheureux doivent \u00eatre ext\u00e9rioris\u00e9s en images pour une meilleure appr\u00e9hension de son environnement, quoi de mieux qu\u2019un projet \u00ab Fanm Jodi \u00bb, d\u00e9tournement satirique d\u2019un c\u00e9l\u00e8bre magazine hebdomadaire fran\u00e7ais. Le num\u00e9ro 2, \u00e0 l\u2019instar du premier, veut vivre sur chaque pan d\u2019une ancienne voiture avec un th\u00e8me pr\u00e9d\u00e9fini. En 2025, la Martinique brille de mille feux avec la mise en valeur de l\u2019artiste f\u00e9minine qui fait rayonner la Martinique \u00e0 travers le monde : Jocelyne B\u00e9roard. Tenant \u00e0 la main le flambeau olympien, elle allume le chaudron sur le Malecon et enflamme la bwadjak. Se d\u00e9voilent alors la beaut\u00e9 de l\u2019\u00eele avec sa Miss France et sa Montage Pel\u00e9e. Toutefois, les flammes peuvent \u00eatre ravageuses \u00e0 l\u2019instar de la flamb\u00e9e des prix ou encore des armes \u00e0 feu circulant sur notre territoire. Sur un m\u00eame v\u00e9hicule, la Martinique est racont\u00e9e. Chacun, en d\u00e9couvrant la bwadjak Fanm Jodi (cf. photos), peut se laisser toucher par une histoire. C\u2019est l\u00e0 la beaut\u00e9 de toutes les bwadjaks qui se veulent respectueuses de la tradition.<\/p>\n<p>De fa\u00e7on plus sp\u00e9cifique, ce personnage embl\u00e9matique du carnaval \u00e0 lui seul renvoie \u00e0 la dynamique collective de la Martinique. Nous pouvons y percevoir certains processus psychiques explicatifs du collectif. Si la transmission est encore pr\u00e9gnante favorisant le maintien de ces autos dans les parades de la capitale, il n\u2019en reste pas moins que son histoire et ses origines sont floues. Certains diront que ce sont les habitants des communes qui r\u00e9cup\u00e9raient de vieilles voitures pour se rendre au carnaval de la ville puis, une fois les festivit\u00e9s termin\u00e9es, ils les laissaient sur le bas-c\u00f4t\u00e9. D\u2019autres revendiqueront la paternit\u00e9 de ces v\u00e9hicules dans les quartiers populaires foyalais. La m\u00e9moire collective est ici fragile facilitant ainsi les attaques contre un symbole identitaire d\u2019une population ayant trouv\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, des ressources pour t\u00e9moigner de leur cr\u00e9ativit\u00e9 aussi bien artisanale qu\u2019artistique. Le t\u00e9moignage d\u2019une d\u00e9brouillardise martiniquaise. Celle qui d\u00e9range tant elle met en avant cette capacit\u00e9 \u00e0 faire en toute autonomie dans le respect des uns et des autres.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019il faut faire taire\u2026Taire ces moteurs qui grondent, taire ces personnes qui inventent, taire la cr\u00e9ation. Face \u00e0 cette menace du musellement, comme tout individu ou communaut\u00e9, le conducteur de la vieille auto a plusieurs choix : la r\u00e9signation, la r\u00e9sistance ou encore la r\u00e9silience.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-71385\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image3.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image3.jpeg 600w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image3-150x200.jpeg 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image3-450x600.jpeg 450w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image3-18x24.jpeg 18w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image3-27x36.jpeg 27w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image3-38x50.jpeg 38w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p>La r\u00e9signation ne peut pas \u00eatre ici mise en \u00e9vidence bien qu\u2019il serait tentant de d\u00e9velopper le concept d\u2019impuissance acquise (Peterson, Seligman, 1984) lorsqu\u2019il s\u2019agit de comprendre les dynamiques antillaises tant les tentatives de g\u00e9nocide culturel s\u2019observent. L\u2019impuissance acquise voudrait que le groupe, bien qu\u2019il ait les capacit\u00e9s \u00e0 agir et r\u00e9agir, n\u2019\u00e9prouve plus aucune vell\u00e9it\u00e9 \u00e0 faire valoir sa culture dans un environnement o\u00f9 les situations d\u2019injustice et de maltraitance institutionnelle se r\u00e9p\u00e8tent. Avec l\u2019exp\u00e9rience de la bwadjak, l\u2019injustice se m\u00eale \u00e0 la maltraitance lorsque les institutions ont du mal \u00e0 adapter les r\u00e8gles de s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re \u00e0 la coutume. La loi d\u2019assimilation continue ses incoh\u00e9rences favorisant la division au sein m\u00eame de la population qui adopte alors des comportements passifs ou hostiles. L\u2019hostilit\u00e9 est perceptible durant les mois pr\u00e9parant le carnaval lorsque certaines voitures \u00e0 pot d\u2019\u00e9chappement modifi\u00e9 sont de sortie. Le sourd du quartier sait que le carnaval approche comme le villageois conna\u00eet l\u2019heure de la journ\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9coute des clochers d\u2019\u00e9glise. Certains qualifieront ces autos de \u00ab bwadjak mawon \u00bb en r\u00e9f\u00e9rence au marronnage mais cette qualification vient mettre \u00e0 mal l\u2019id\u00e9e juste de cette lutte pour la libert\u00e9. Le comportement hostile de ces voitures qui p\u00e9taradent vient plut\u00f4t rappeler le concept d\u2019amour anthropophage (Laguerre, 2024) dans le sens o\u00f9 elles nuisent davantage \u00e0 la qui\u00e9tude de la communaut\u00e9 qu\u2019elles en d\u00e9fendent la culture. Aussi, ces comportements hostiles conduisent \u00e0 une certaine invisibilit\u00e9 sociale dans le sens d\u2019une perte du Moi social. Ils sont per\u00e7us par les institutions comme ind\u00e9sirables ce qui les conforte dans leur processus d\u2019acculturation.<\/p>\n<p>Si le d\u00e9bat est n\u00e9cessaire pour l\u2019\u00e9volution des civilisations, la transmission culturelle l\u2019est tout autant car elle permet d\u2019asseoir des valeurs communes. Dans le contexte actuel, celle qui peut \u00eatre annihil\u00e9e prioritairement, en imposant des r\u00e8gles \u00e9loign\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9 (ex. un contr\u00f4le technique sans contre-visite de moins de trois pour tout v\u00e9hicule non modifi\u00e9), est celle du courage. Il faut bien du courage \u00e0 une communaut\u00e9 pour s\u2019affirmer dans un contexte d\u2019uniformisation et de mondialisation. Faire valoir ses sp\u00e9cificit\u00e9s demeure un d\u00e9fi qui consiste \u00e0 lever les peurs du rejet et de l\u2019abandon. D\u2019ailleurs, ce besoin de faire preuve de courage pour exprimer et s\u2019exprimer culturellement vient signifier v\u00e9ritablement un dysfonctionnement institutionnel.<\/p>\n<p>Pour sortir (ou ne pas y entrer) de cet amour anthropophage, le bwadjakeur a d\u00fb se r\u00e9inventer. Il conna\u00eet son importance \u00e9mancipatrice. Il sait le r\u00f4le cl\u00e9 qu\u2019il joue dans le processus de r\u00e9silience collective. Il ne se contente pas de r\u00e9sister \u00e0 la pression exerc\u00e9e pour faire dispara\u00eetre cette figure du carnaval. Il sait d\u00e9passer cette r\u00e9sistance en y ajoutant une dynamique adaptative favorisant la survie de son embl\u00e8me.<\/p>\n<p>La bwadjak permet ainsi de faire la distinction entre la r\u00e9sistance et la r\u00e9silience bien que la fronti\u00e8re soit t\u00e9nue. La r\u00e9silience est un processus. Dans celui-ci, la r\u00e9sistance est une des \u00e9tapes puisqu\u2019il s\u2019agit de faire face \u00e0 une situation stressante, de l\u2019encaisser et d\u2019y r\u00e9sister pour la surmonter. En l\u2019occurrence, la situation-probl\u00e8me \u00e0 laquelle la bwadjak est confront\u00e9e rel\u00e8ve d\u2019assauts contre la culture et la tradition. La question qui peut \u00eatre pos\u00e9e : la r\u00e9sistance est-elle n\u00e9cessaire et fructueuse dans ce contexte pr\u00e9cis ? L\u2019objectif soci\u00e9tal demeure la survie des figures embl\u00e9matiques du carnaval de la Martinique, la survie de la tradition avec un vaval calcin\u00e9 le mercredi des cendres, des chants d\u00e9nonciateurs et lib\u00e9rateurs, des d\u00e9boul\u00e9s accompagn\u00e9s de groupes \u00e0 pied. La mission carnaval de la ville Fort-de-France tente d\u2019\u0153uvrer dans ce sens en mettant en place un dispositif valorisant, entre autres, les bwadjaks notamment celles qui p\u00e9taradent.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sistances pourraient \u00eatre un levier communautaire face \u00e0 l\u2019inversion de la hi\u00e9rarchie des valeurs. En effet, il s\u2019agirait de pouvoir se d\u00e9tacher des influences ext\u00e9rieures, de s\u2019abstraire du bien chantant ou bien pensant le d\u00e9sordre, de poursuivre ce processus de r\u00e9silience collective bien amorc\u00e9 depuis l\u2019arriv\u00e9e du carnaval aux Antilles. D\u2019ailleurs, le g\u00e9nie du Martiniquais se retrouve ici, dans sa capacit\u00e9 \u00e0 faire de cet instrument colonial une v\u00e9ritable ressource \u00e9mancipatrice.<\/p>\n<p>La bwadjak ne r\u00e9siste pas. Elle vient signifier la capacit\u00e9 du Martiniquais \u00e0 rentrer dans un processus de r\u00e9silience. Sommairement, la r\u00e9silience permet le changement positif sans passer par les armes, la destruction. Elle garde sa force de r\u00e9sistance car il s\u2019agit de maintenir ses sp\u00e9cificit\u00e9s notamment culturelles tout en s\u2019adaptant au contexte qui ne cesse d\u2019\u00e9voluer.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-71386\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image0.jpeg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image0.jpeg 800w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image0-150x113.jpeg 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image0-450x338.jpeg 450w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image0-768x576.jpeg 768w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image0-24x18.jpeg 24w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image0-36x27.jpeg 36w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image0-67x50.jpeg 67w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/image0-600x450.jpeg 600w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n<p>La bwadjak vient rappeler que le Martiniquais est. Ce dernier, avec son auto d\u00e9cor\u00e9e et tun\u00e9e, trouve un espace de libert\u00e9 o\u00f9 il pense et se panse. Il vient se raconter et raconter l\u2019histoire collective. Il symbolise, sublime et donne du sens. Il parvient \u00e0 appr\u00e9cier la simplicit\u00e9 du quotidien en conduisant de vieilles automobiles. C\u2019est ainsi qu\u2019il vient tordre le cou au symbole du mat\u00e9rialisme par excellence. Au quotidien, la voiture renvoie \u00e0 cette exacerbation de l\u2019appartenance : \u00ab pa menyen loto mwen \u00bb accompagn\u00e9s de kou d\u2019zi\u00e9 si ce n\u2019est plus. Elle met en avant l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 qui freine les processus psychologiques adaptatifs (ex. gestion des \u00e9motions). La bwadjak quant \u00e0 elle, invite \u00e0 l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 puisqu\u2019elle offre la possibilit\u00e9 de parler de soi \u00e0 travers l\u2019art. Durant les d\u00e9fil\u00e9s des jours gras, les badauds sont happ\u00e9s par cette envie irr\u00e9pressible de monter sur le capot et le toit du v\u00e9hicule. Certains s\u2019amusent \u00e0 faire de l\u2019autostop. D\u2019autres profitent pour se rafra\u00eechir ou reposer les ampoules aux pieds. Le mat\u00e9rialisme laisse place \u00e0 l\u2019humanisme.<\/p>\n<p>La bwadjak favorise l\u2019\u00e9merveillement des petits et des grands. Elle interroge et fascine. Elle approuve la participation interg\u00e9n\u00e9rationnelle dans sa mise en beaut\u00e9. Lors de ses d\u00e9fil\u00e9s, elle accueille les manifestations de joie des spectateurs qui interpr\u00e8tent, d\u00e9crypte ce qu\u2019ils visualisent. L\u2019art demeure \u00e9mancipateur.<\/p>\n<p>La bwadjak offre cette possibilit\u00e9 de cette mise en confiance. Elle appelle \u00e0 une constante adaptation. Elle mobilise les vertus de la patience. Une patience qui est de mise d\u00e8s le d\u00e9but de la pr\u00e9paration de la vieille voiture jusqu\u2019\u00e0 la conduite durant le d\u00e9fil\u00e9 des jours gras. Aucune planification des r\u00e9parations m\u00e9caniques ne fait face \u00e0 la fum\u00e9e blanche sortant du capot le jour du test de confirmer le samedi gras. Associ\u00e9e \u00e0 cette patience, une parfaite gestion \u00e9motionnelle garantit la r\u00e9ussite. Un calme devient n\u00e9cessaire lorsque les carnavaliers traversent sans crier gare ou\u00a0 lorsqu\u2019ils d\u00e9cident de surprendre sur le capot. La libert\u00e9 appelle \u00e0 la responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>La bwadjak permet d\u2019accepter la r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9preuves \u00e0 traverser. En acceptant cette r\u00e9alit\u00e9 aussi difficile soit-elle, un l\u00e2cher-prise s\u2019ouvre \u00e0 soi, d\u00e9livrant alors des capacit\u00e9s inexploit\u00e9es ou insoup\u00e7onn\u00e9es et des opportunit\u00e9s inattendues voire inesp\u00e9r\u00e9es. Elle s\u2019ouvre \u00e0 l\u2019humilit\u00e9 et au d\u00e9passement de soi.<\/p>\n<p>La bwadjak autorise d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 soi et aux autres. Elle convie \u00e0 un v\u00e9ritable esprit de partage. Partage de connaissances et de bons plans. Elle permet la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, l\u2019entraide et le d\u00e9sint\u00e9ressement. Elle favorise la rencontre d\u2019\u00e2mes. Sur sa route, la bwadjak croise un Claude, un Jonathan, un Eddy, un S\u00e9bastien ou encore un Gr\u00e9gory qui acceptent d\u2019embarquer \u00ab a b\u00f4 \u00bb . Un peu plus loin, elle est remorqu\u00e9e \u00e0 l\u2019aide d\u2019un Willem, d\u2019un Steve et d\u2019un Alain qui nourrissent la m\u00eame ambition, faire vivre la tradition martiniquaise.<\/p>\n<p><strong>Les \u00e2mes sont li\u00e9es, les \u00e2mes sont fraternelles<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les \u00e2mes sont mu\u00e9es, les \u00e2mes sont \u00e9ternelles<\/strong><\/p>\n<p>Et \u00e0 la veille du 100\u00e8me anniversaire de la naissance de Frantz Fanon, nous ne pouvons que reprendre sa conclusion : <em><strong>\u00ab\u00a0\u00d4 mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge\u00a0\u00bb.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Celle-ci r\u00e9sume parfaitement le parcours initiatique du Gran d\u00e9boul\u00e9 des jours gras\u2026corps, esprit, \u00e2me.<\/p>\n<h3><span style=\"text-decoration: underline\">References<\/span><\/h3>\n<ul>\n<li><em>Peterson, C., M.E.P. Seligman (1984). Casual explanations as a risk factor for depression: Theory and evidence. Psychological Review 91: 347-374.<\/em><\/li>\n<li><em>Laguerre, C-E. (2024). Entre mis\u00e8re et souffrance : la Martinique face \u00e0 ses libert\u00e9s inachev\u00e9es. Antilla : https:\/\/antilla-martinique.com\/entre-misere-et-souffrance-la-martinique-face-a-ses-libertes-inachevees\/<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Embl\u00e8me incontournable du carnaval martiniquais, la bwadjak est bien plus qu\u2019une simple voiture restaur\u00e9e pour d\u00e9filer. \u00c0 travers elle, Claire-Emmanuelle Laguerre met en lumi\u00e8re la capacit\u00e9 des Martiniquais \u00e0 r\u00e9sister, \u00e0 se r\u00e9inventer et \u00e0 affirmer leur identit\u00e9 culturelle face aux d\u00e9fis contemporains. 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