{"id":72541,"date":"2025-04-07T13:05:19","date_gmt":"2025-04-07T12:05:19","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=72541"},"modified":"2025-04-07T13:47:57","modified_gmt":"2025-04-07T12:47:57","slug":"antilles-sortir-du-deni-construire-lavenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/antilles-sortir-du-deni-construire-lavenir\/","title":{"rendered":"Antilles : sortir du d\u00e9ni, construire l\u2019avenir"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<h1><em>\u00ab Nous avons le cul entre deux chaises depuis trop longtemps. \u00bb <\/em><span style=\"font-size: 14px;color: var(--c-contrast-800)\">Maurice Laouchez<\/span><\/h1>\n<\/blockquote>\n<h2>Il y a des voix qui portent parce qu\u2019elles ne crient pas. Des analyses qui marquent parce qu\u2019elles reposent sur l\u2019exp\u00e9rience, la coh\u00e9rence, la lucidit\u00e9. Celle de Maurice Laouchez,\u00a0invit\u00e9 de <span style=\"color: #800000\">Cyr Makosso, fondateur de Ziana TV<\/span>, la cha\u00eene de web-tv au coeur des diasporas, dans une \u00e9mission sp\u00e9ciale consacr\u00e9e aux Antilles, est de celles-l\u00e0. Ancien directeur de banque, intellectuel engag\u00e9, homme de m\u00e9dias et fin connaisseur des r\u00e9alit\u00e9s carib\u00e9ennes, Mr Laouchez s\u2019est pr\u00eat\u00e9 \u00e0 un long \u00e9change \u00e0 la fois politique, \u00e9conomique, social et g\u00e9opolitique.<\/h2>\n<h2>L\u2019entretien aborde trois grands volets : la visite du ministre Manuel Valls aux Antilles (et la question br\u00fblante de la vie ch\u00e8re), les enjeux s\u00e9curitaires (narcotrafic, violence, faillite de l\u2019\u00c9tat r\u00e9galien), puis la place des Antilles dans les rapports de force mondiaux, entre \u00e9conomie de guerre europ\u00e9enne, ascension de la Chine et politique agressive des \u00c9tats-Unis de Trump.<\/h2>\n<h2>Mais au-del\u00e0 de ces analyses contextuelles, il y a un fil rouge : la n\u00e9cessit\u00e9 pour les soci\u00e9t\u00e9s antillaises de cesser d\u2019accuser sans agir, de se plaindre sans construire, de revendiquer sans assumer. Avec fermet\u00e9, Maurice Laouchez d\u00e9fend une voie de la responsabilit\u00e9 collective, sans ang\u00e9lisme, mais avec foi en nos potentiels. Voici, point par point, cette parole forte.<\/h2>\n<h2>Plus qu\u2019un simple retour sur l\u2019actualit\u00e9, c\u2019est une plong\u00e9e dans les tr\u00e9fonds d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 complexe, confront\u00e9e \u00e0 ses contradictions et \u00e0 ses responsabilit\u00e9s.<\/h2>\n<h2><span style=\"color: #800000\">I. Une visite minist\u00e9rielle pour panser des plaies profondes<\/span><\/h2>\n<p>Manuel Valls, ancien Premier ministre devenu ministre de l\u2019Outre-mer, a effectu\u00e9 une visite dans les Antilles \u2014 en Guadeloupe et en Martinique \u2014 avec deux th\u00e8mes prioritaires : la vie ch\u00e8re et la s\u00e9curit\u00e9. Mais pour Maurice Laouchez, cette venue n\u2019a rien d\u2019exceptionnel. Elle s\u2019inscrit dans une longue s\u00e9rie de visites minist\u00e9rielles souvent symboliques, rarement suivies d\u2019effets durables.<\/p>\n<p>\u00ab Depuis 1958, les ministres de l\u2019Outre-mer restent en moyenne un an et demi en poste. Comment voulez-vous qu\u2019ils ma\u00eetrisent les dossiers de treize territoires en si peu de temps ? \u00bb<\/p>\n<p>Ce constat d\u2019inefficacit\u00e9 institutionnelle n\u2019est que le pr\u00e9lude \u00e0 une critique plus structurelle : derri\u00e8re la flamb\u00e9e des prix, les blocages \u00e9conomiques, les tensions sociales et les violences r\u00e9centes, c\u2019est un syst\u00e8me tout entier qui est en panne. Les \u00e9meutes de novembre, marqu\u00e9es par des incendies d\u2019entreprises, sont qualifi\u00e9es par Laouchez de \u00ab man\u0153uvre politicienne \u00bb, en lien avec les futures \u00e9lections locales.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #800000\">II. Vie ch\u00e8re : au-del\u00e0 du panier alimentaire, une crise multidimensionnelle<\/span><\/h2>\n<p>Sur le fond, le probl\u00e8me du pouvoir d\u2019achat n\u2019est pas nouveau. L\u2019\u00e9cart des prix entre l\u2019Hexagone et les Antilles, qui atteint jusqu\u2019\u00e0 47 % sur l\u2019alimentaire \u00e0 Saint-Martin et 42 % en Guadeloupe, est d\u00e9nonc\u00e9 avec force par les associations et relay\u00e9 par Manuel Valls. Mais Maurice Laouchez propose une lecture plus globale et moins \u00e9motionnelle :<\/p>\n<blockquote><p><strong><em>\u00ab L\u2019alimentation ne repr\u00e9sente que 15 % du budget d\u2019un foyer martiniquais. Le transport, le logement et l\u2019\u00e9nergie sont bien plus co\u00fbteux. \u00bb<\/em><\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Il invite \u00e0 prendre en compte d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments : la gratuit\u00e9 de l\u2019\u00e9cole, la couverture sant\u00e9, les allocations familiales, les aides sociales\u2026 Autant de filets de s\u00e9curit\u00e9 qui placent les Antilles bien au-dessus de nombreux pays de la Cara\u00efbe. Pourtant, cela ne suffit pas \u00e0 masquer le mal profond : le ch\u00f4mage, surtout chez les jeunes, et la d\u00e9sindustrialisation du territoire.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #800000\">III. Des responsables absents ou impuissants ?<\/span><\/h2>\n<p>Maurice Laouchez en appelle \u00e0 la responsabilit\u00e9 collective. Selon lui, ni les \u00e9lus, ni les chefs d\u2019entreprise, ni les citoyens n\u2019ont suffisamment \u0153uvr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9finition d\u2019un projet de d\u00e9veloppement coh\u00e9rent.<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab La loi pr\u00e9voit l\u2019\u00e9laboration de projets de d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social, culturel, environnemental. Nous ne l\u2019avons pas fait. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>La d\u00e9pendance aux importations, m\u00eame pour des produits de base comme les tomates ou le poisson, illustre un \u00e9chec strat\u00e9gique des d\u00e9cideurs locaux. Les acteurs \u00e9conomiques, notamment b\u00e9k\u00e9s, sont souvent d\u00e9sign\u00e9s comme boucs \u00e9missaires. Laouchez refuse cette caricature :<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab On ne peut pas leur demander de cr\u00e9er des emplois, puis leur reprocher de trop d\u00e9tenir. C\u2019est un paradoxe que nous devons r\u00e9soudre ensemble. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Il d\u00e9nonce \u00e9galement la faiblesse de l\u2019entrepreneuriat local, souvent min\u00e9 par des conflits internes ou des incapacit\u00e9s de gestion, rendant difficile toute alternative cr\u00e9dible aux groupes dominants.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #800000\">IV. S\u00e9curit\u00e9 et narcotrafic : l&rsquo;\u00c9tat d\u00e9pass\u00e9 ?<\/span><\/h2>\n<p>L\u2019autre volet majeur de la visite de Valls concerne la violence croissante li\u00e9e au trafic de drogue. Avec un taux d\u2019homicide de 9,4 pour 100 000 habitants en Guadeloupe, contre 1,5 en France m\u00e9tropolitaine, la situation est explosive.<\/p>\n<p><strong>Mais M. Laouchez reste sceptique :<\/strong><\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab L\u2019\u00c9tat promet, mais ne fait pas. Il n\u2019a pas les moyens. Il consacre ses budgets \u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, mais n\u00e9glige la justice, la police, la surveillance maritime. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Il r\u00e9clame une approche plus compl\u00e8te, incluant la production, la consommation, et non uniquement le trafic. Pour lui, le traitement de la question doit d\u00e9passer les fronti\u00e8res nationales et mobiliser une coop\u00e9ration internationale, notamment carib\u00e9enne.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #800000\">V. Une France affaiblie, face \u00e0 une Europe en mutation<\/span><\/h2>\n<p>Dans une s\u00e9quence dense et sans d\u00e9tours, Maurice Laouchez s\u2019attarde sur la position de la France dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui. Il dresse un constat : la France est une puissance affaiblie, qui cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment sa place dans un ordre international boulevers\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Un \u00c9tat en d\u00e9clin de puissance r\u00e9elle<\/strong><\/p>\n<p>Mr Laouchez le dit sans d\u00e9tour : la France, tout en continuant \u00e0 se penser comme une grande nation, n\u2019a plus les moyens de ses ambitions. Elle est confront\u00e9e \u00e0 un double dilemme :<\/p>\n<ul>\n<li>d\u2019une part, ses d\u00e9penses publiques explosent, en particulier pour financer des missions sociales (\u00e9ducation, sant\u00e9, retraites, allocations),<\/li>\n<li>d\u2019autre part, ses fonctions r\u00e9galiennes \u2014 justice, s\u00e9curit\u00e9, d\u00e9fense \u2014 sont en sous-effectif et sous-dot\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il rappelle un chiffre symbolique : le budget annuel de la justice est de 10 milliards d\u2019euros, soit sept fois moins que ce que la France verse en int\u00e9r\u00eats pour sa dette publique. Dans ces conditions, comment affronter les grands d\u00e9fis contemporains \u2014 terrorisme, cybermenaces, guerre informationnelle, criminalit\u00e9 transnationale \u2014 avec des moyens aussi faibles ?<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab L\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais n\u2019a plus les moyens de d\u00e9fendre ce qu\u2019il pr\u00e9tend vouloir incarner. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>L\u2019\u00e9conomie de guerre : une strat\u00e9gie illusoire<\/h3>\n<p>Face \u00e0 la guerre en Ukraine et aux tensions internationales croissantes, Emmanuel Macron a r\u00e9cemment \u00e9voqu\u00e9 l\u2019entr\u00e9e dans une \u00ab \u00e9conomie de guerre \u00bb, allant jusqu\u2019\u00e0 sugg\u00e9rer un recours \u00e0 l\u2019\u00e9pargne des Fran\u00e7ais via des eurobonds ou des lev\u00e9es de fonds massives.<\/p>\n<p><strong>Maurice Laouchez y voit une fuite en avant.<\/strong><\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab Comment demander \u00e0 des citoyens de financer une guerre, alors que l\u2019\u00e9cole s\u2019effondre, que les h\u00f4pitaux sont satur\u00e9s, et que la s\u00e9curit\u00e9 de base n\u2019est pas assur\u00e9e ? \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Pour lui, une telle orientation est irresponsable, \u00e0 la fois sur le plan \u00e9conomique (la dette publique atteint des sommets), politique (l\u2019opinion publique est divis\u00e9e), et constitutionnel : la guerre ne peut \u00eatre engag\u00e9e que par un vote du Parlement, selon l\u2019article 35 de la Constitution. Or, \u00e0 ce jour, aucun d\u00e9bat ni vote de cette nature n\u2019a eu lieu concernant la participation directe ou indirecte de la France \u00e0 un conflit militaire.<\/p>\n<p>Il d\u00e9nonce aussi une strat\u00e9gie de communication anxiog\u00e8ne, avec des campagnes gouvernementales qui pr\u00e9parent la population \u00e0 des \u00ab sc\u00e9narios de survie \u00bb ou des \u00ab consignes en cas de guerre \u00bb.<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab C\u2019est extr\u00eamement pr\u00e9occupant. Le pouvoir joue avec la peur sans donner de cap r\u00e9el. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>Une Europe en reconfiguration\u2026 sans la France ?<\/h3>\n<p>Pendant ce temps, l\u2019Union europ\u00e9enne tente de se repositionner comme acteur strat\u00e9gique. L\u2019Allemagne, l\u2019Italie, les pays baltes, la Pologne prennent des initiatives. La France, bien que leader historique, semble affaiblie dans son autorit\u00e9.<\/p>\n<p>Le projet d\u2019Europe de la D\u00e9fense, \u00e9voqu\u00e9 depuis plus de vingt ans, reste embryonnaire. Les \u00c9tats-membres sont divis\u00e9s, et les alliances se redessinent sans la France au centre : Japon, Australie, \u00c9tats-Unis, Ukraine forment de nouveaux blocs d\u2019influence, dans lesquels l\u2019Europe peine \u00e0 se faire entendre d\u2019une seule voix.<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab La voix de la France se veut forte, mais elle est souvent isol\u00e9e. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Maurice Laouchez rappelle que les grands projets europ\u00e9ens de souverainet\u00e9 industrielle, \u00e9nerg\u00e9tique ou num\u00e9rique sont tr\u00e8s loin d\u2019\u00eatre aboutis, et que la d\u00e9pendance \u00e0 des puissances ext\u00e9rieures (\u00c9tats-Unis, Chine, Russie) n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi forte.<\/p>\n<p>Mr Laouchez y voit un signal d\u2019alerte : sans r\u00e9forme structurelle, sans clarification des priorit\u00e9s, et sans mobilisation d\u00e9mocratique, la France pourrait devenir un acteur secondaire dans un monde qui change sans elle.<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab La guerre ne peut pas \u00eatre une strat\u00e9gie de communication ou de recentrage politique. Elle est une catastrophe pour une R\u00e9publique d\u00e9j\u00e0 en tension. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<h2><span style=\"color: #800000\">VI. Trump, ou l\u2019Am\u00e9rique d\u00e9complex\u00e9e<\/span><\/h2>\n<p>L\u2019analyse se poursuit avec les \u00c9tats-Unis de Trump. Pour Laouchez, son \u00e9lection r\u00e9sulte d\u2019un rejet massif des \u00e9lites politiques, \u00e9conomiques et financi\u00e8res, qui laissent les classes populaires sur le bord du chemin.<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab Le vote Trump, c\u2019est l\u2019exasp\u00e9ration. Comme en France avec le Rassemblement national. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Mais il insiste aussi sur la dimension raciste de sa politique, notamment envers les Afro-Am\u00e9ricains. Il observe un rel\u00e2chement des comportements racistes dans les entreprises, aux \u00c9tats-Unis comme en France, dans le sillage de cette rh\u00e9torique d\u00e9complex\u00e9e.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #800000\">VII. Quelle place pour les Antilles dans ce monde fractur\u00e9 ?<\/span><\/h2>\n<p>\u00c0 ce stade de l\u2019entretien, Maurice Laouchez \u00e9largit son propos. Il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019examiner les d\u00e9fis locaux ou les fautes de l\u2019\u00c9tat. Il s\u2019agit de repositionner les Antilles dans un monde profond\u00e9ment instable, soumis \u00e0 des tensions g\u00e9opolitiques, \u00e9conomiques, identitaires.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la recomposition brutale des rapports de force mondiaux \u2014 \u00e9mergence de la Chine, retour de la guerre en Europe, repli protectionniste des \u00c9tats-Unis, affaiblissement de l\u2019Union europ\u00e9enne \u2014, les soci\u00e9t\u00e9s antillaises ne peuvent plus faire comme si elles \u00e9taient \u00e0 l\u2019abri, prot\u00e9g\u00e9es par leur insularit\u00e9.<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab Nous sommes concern\u00e9s, que nous le voulions ou non. Parce que nous sommes noirs, parce que nous sommes fran\u00e7ais, parce que nous sommes \u00e0 la crois\u00e9e des mondes. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Mr Laouchez insiste sur un point : la proximit\u00e9 physique avec les \u00c9tats-Unis, notamment sous la pr\u00e9sidence de Trump, n\u2019est pas anodine. Il rapporte m\u00eame une inqui\u00e9tude personnelle : son propre fils, vivant \u00e0 Miami, sent monter un climat de d\u00e9fiance raciale, aliment\u00e9 par les discours politiques et l\u2019ambiance post-George Floyd. Le racisme latent devient socialement d\u00e9complex\u00e9.<\/p>\n<p>Il ajoute que cette lib\u00e9ration des pr\u00e9jug\u00e9s touche aussi la France : il \u00e9voque des proches dans la fonction publique ou le secteur bancaire, qui ressentent une banalisation des discriminations dans leur quotidien professionnel. Pour lui, c\u2019est un effet collat\u00e9ral du trumpisme, dont les ondes traversent l\u2019Atlantique.<\/p>\n<p><strong>Mais loin de c\u00e9der \u00e0 la peur, il en tire une invitation \u00e0 l\u2019action et \u00e0 la r\u00e9flexion.<\/strong><\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab Ce n\u2019est pas seulement aux \u00c9tats-Unis qu\u2019il faut \u00eatre vigilant. Nous devons nous demander ici : que faisons-nous de notre h\u00e9ritage, de nos souffrances, de notre culture ? \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Selon Maurice Laouchez, les Antilles, carrefour de m\u00e9tissages, creuset de douleurs et de luttes, poss\u00e8dent une richesse civilisationnelle et humaine unique. Or cette richesse reste sous-exploit\u00e9e, mal valoris\u00e9e, pas assez pens\u00e9e comme force strat\u00e9gique.<\/p>\n<h2>Il appelle \u00e0 une r\u00e9invention des mod\u00e8les : \u00e9conomique, \u00e9ducatif, culturel.<\/h2>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab L\u2019Europe, les \u00c9tats-Unis, l\u2019Occident dans son ensemble sont dans une impasse. Leur mod\u00e8le d\u2019exploitation, de croissance \u00e0 tout prix, de domination militaire et financi\u00e8re a montr\u00e9 ses limites. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Et de poser une question puissante, presque proph\u00e9tique :<\/p>\n<blockquote><p><strong><em>\u00ab Est-ce que l\u2019heure de ceux qu\u2019on a toujours consid\u00e9r\u00e9s comme domin\u00e9s n\u2019est pas venue ? \u00bb<\/em><\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Il ne s\u2019agit pas d\u2019un revanchisme. Pas d\u2019un appel \u00e0 l\u2019inversion des r\u00f4les. Mais \u00e0 une prise de conscience collective : et si les cultures carib\u00e9ennes, les pens\u00e9es afrodescendantes, les soci\u00e9t\u00e9s m\u00e9tiss\u00e9es, \u00e9taient porteuses de solutions durables pour un monde qui vacille ?<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab Nous devons exceller chez nous. Mais aussi f\u00e9conder le monde avec ce que nous sommes. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Pour cela, il faut cesser de se r\u00e9duire \u00e0 des victimes, de qu\u00e9mander, de subir. Il faut construire. D\u00e9velopper des fili\u00e8res locales. Investir dans la recherche, la formation, l\u2019\u00e9ducation. Fonder un rapport apais\u00e9 avec l\u2019\u00c9tat, mais exigeant. Et surtout, reprendre confiance dans nos capacit\u00e9s.<\/p>\n<p>Les Antilles ne sont pas un appendice oubli\u00e9 de la R\u00e9publique. Elles peuvent \u00eatre une avant-garde. Si elles acceptent de regarder leur v\u00e9rit\u00e9 en face, et de se donner les moyens d\u2019inventer un autre avenir.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #800000\">VIII. Statut politique : l\u2019\u00e9ternel entre-deux<\/span><\/h2>\n<p>La question du statut politique est le point de tension le plus latent, mais aussi l\u2019un des plus structurants dans la trajectoire contemporaine des Antilles fran\u00e7aises. Et Maurice Laouchez ne l\u2019\u00e9lude pas. Bien au contraire, il y consacre une r\u00e9flexion directe, pr\u00e9cise et sans faux-semblant.<\/p>\n<p>Il commence par rappeler un fait souvent ignor\u00e9 ou occult\u00e9 dans le d\u00e9bat public : depuis 1946, date de la loi de d\u00e9partementalisation, les Antilles fran\u00e7aises \u2014 Guadeloupe, Martinique, Guyane \u2014 ont fait le choix explicite de rester dans le giron de la R\u00e9publique fran\u00e7aise. Et ce choix a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 \u00e0 chaque consultation, directe ou indirecte, \u00e9lectorale ou institutionnelle.<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab Les Martiniquais, comme les Guadeloup\u00e9ens, ont choisi la d\u00e9colonisation par l\u2019assimilation. Ils ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Mais ce choix, au fil du temps, a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une forme de contradiction politique permanente. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, la majorit\u00e9 de la population reste attach\u00e9e \u00e0 la France \u2014 pour des raisons historiques, \u00e9conomiques, culturelles, sociales. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les \u00e9lus les plus en vue sont souvent ceux qui pr\u00f4nent une forme d\u2019autonomie renforc\u00e9e, voire une sortie du syst\u00e8me fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">Mr Laouchez n\u2019accuse personne. Il constate. Il nomme cette situation une schizophr\u00e9nie politique collective :<\/span><\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab L\u2019\u00e9lecteur martiniquais dit qu\u2019il veut rester Fran\u00e7ais. Mais il envoie au pouvoir des dirigeants qui affirment vouloir plus d\u2019autonomie, voire l\u2019ind\u00e9pendance. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Le r\u00e9sultat est un flou strat\u00e9gique, une paralysie d\u00e9cisionnelle. Personne n\u2019ose trancher. L\u2019\u00c9tat temporise. Les collectivit\u00e9s naviguent entre revendications et attentes. Le citoyen se sent pris entre deux r\u00e9cits oppos\u00e9s.<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab Peut-\u00eatre faut-il consulter les Martiniquais, les Guadeloup\u00e9ens, une bonne fois pour toutes, sur leur volont\u00e9 r\u00e9elle. \u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>S\u2019il est probable que le non \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance l\u2019emporte largement, cette confirmation explicite permettrait alors de poser les bases d\u2019un partenariat mature avec l\u2019\u00c9tat, d\u00e9barrass\u00e9 des ambigu\u00eft\u00e9s, et fond\u00e9 sur une volont\u00e9 claire de co-construction.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas d\u2019une reddition, ni d\u2019un repli. Mais d\u2019un choix assum\u00e9. Et une fois ce choix r\u00e9affirm\u00e9, il faudra, selon lui, refonder le pacte r\u00e9publicain ultramarin :<\/p>\n<ul>\n<li>en renfor\u00e7ant les pouvoirs des collectivit\u00e9s sur les domaines utiles (\u00e9conomie, formation, environnement),<\/li>\n<li>en exigeant de l\u2019\u00c9tat un accompagnement \u00e9quitable, respectueux des sp\u00e9cificit\u00e9s locales,<br \/>\nmais surtout en mobilisant localement les intelligences, les talents, les initiatives, sans attendre tout de Paris.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Car pour Maurice Laouchez, l\u2019avenir des Antilles ne se jouera ni dans les cabinets minist\u00e9riels ni dans les slogans identitaires. Il se jouera dans la capacit\u00e9 \u00e0 construire ici, avec lucidit\u00e9 et courage, un d\u00e9veloppement adapt\u00e9 aux r\u00e9alit\u00e9s locales, mais ancr\u00e9 dans un cadre national clair.<\/p>\n<p>Il sugg\u00e8re une consultation populaire claire sur la question du statut. Selon lui, un non massif \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance permettrait d\u2019enclencher un nouveau partenariat avec l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, plus franc, plus lucide, plus productif.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #800000\">De la critique \u00e0 la co-construction<\/span><\/h2>\n<h2>Ce long \u00e9change diffus\u00e9 sur Ziana TV d\u00e9passe le simple exercice m\u00e9diatique. Il propose une lecture \u00e0 la fois critique, historique et prospective des enjeux antillais. Maurice Laouchez y incarne une pens\u00e9e rare : une parole libre, enracin\u00e9e dans l\u2019histoire, mais tourn\u00e9e vers l\u2019action et la responsabilit\u00e9.<\/h2>\n<h2>Son appel \u00e0 la co-construction d\u2019un projet global \u2014 \u00e9conomique, social, culturel, \u00e9cologique \u2014 r\u00e9sonne comme une urgence. Loin des simplismes, des stigmatisations, ou des slogans, il appelle \u00e0 un engagement collectif des citoyens, des \u00e9lus, des entreprises et de l\u2019\u00c9tat.<\/h2>\n<h2>Ce n\u2019est qu\u2019en travaillant ensemble, dans la clart\u00e9 et le respect mutuel, que les Antilles pourront sortir de l\u2019ombre des incertitudes et entrer dans une \u00e8re de fiert\u00e9, de justice et de d\u00e9veloppement partag\u00e9.<\/h2>\n<h1><span style=\"color: #800000\"><a style=\"color: #800000\" href=\"https:\/\/www.facebook.com\/share\/v\/1UGDg612Re\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Voir l&rsquo;\u00e9mission ICI<\/a><\/span><\/h1>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Nous avons le cul entre deux chaises depuis trop longtemps. \u00bb Maurice Laouchez Il y a des voix qui portent parce qu\u2019elles ne crient pas. Des analyses qui marquent parce qu\u2019elles reposent sur l\u2019exp\u00e9rience, la coh\u00e9rence, la lucidit\u00e9. Celle de Maurice Laouchez,\u00a0invit\u00e9 de Cyr Makosso, fondateur de Ziana TV, la cha\u00eene de web-tv au<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":72542,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-72541","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-actualite"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72541","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72541"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72541\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/72542"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72541"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72541"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72541"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}