{"id":74510,"date":"2025-05-17T14:35:40","date_gmt":"2025-05-17T13:35:40","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=74510"},"modified":"2025-05-17T14:41:45","modified_gmt":"2025-05-17T13:41:45","slug":"face-au-manque-dattractivite-de-nos-territoires-insulaires-comment-enrayer-lexode-une-tribune-de-jm-nol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/face-au-manque-dattractivite-de-nos-territoires-insulaires-comment-enrayer-lexode-une-tribune-de-jm-nol\/","title":{"rendered":"Given the lack of appeal of our island regions, how can we stem the exodus? An op-ed by JM. NOL"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14px\"><b>La question de l\u2019exode des jeunes et des forces vives de la Guadeloupe et de la Martinique est devenue un enjeu majeur pour l\u2019avenir de ces territoires insulaires. Face \u00e0 un manque d\u2019attractivit\u00e9 persistant, chaque ann\u00e9e voit partir des centaines de jeunes dipl\u00f4m\u00e9s, mais aussi des retrait\u00e9s, \u00e0 la recherche de meilleures perspectives ailleurs. Cette dynamique migratoire, loin d\u2019\u00eatre anodine, r\u00e9v\u00e8le de profondes failles \u00e9conomiques, sociales et culturelles. Comment inverser la tendance et redonner envie de vivre, d\u2019entreprendre et de s\u2019\u00e9panouir sur nos \u00eeles ? Cet article propose une analyse des causes de l\u2019exode et explore les pistes pour b\u00e2tir un avenir plus attractif et durable pour nos territoires.<\/b><\/span><\/p>\n<p><b>Une crise silencieuse mais profonde<\/b><\/p>\n<blockquote><p><em><b>Depuis plusieurs ann\u00e9es, la Guadeloupe et la Martinique font face \u00e0 une crise silencieuse mais profonde : l\u2019exode massif de leurs jeunes dipl\u00f4m\u00e9s ou non. Une fois leur bac en poche, ils quittent leur territoire pour poursuivre leurs \u00e9tudes en m\u00e9tropole, et ne reviennent que tr\u00e8s rarement. Si la tendance n\u2019est pas nouvelle, elle s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, corr\u00e9l\u00e9e avec un fait nouveau qui est le d\u00e9part des retrait\u00e9s, et tout cela alarme d\u00e9sormais les d\u00e9cideurs locaux comme les acteurs \u00e9conomiques. Car ce d\u00e9part est plus qu\u2019un simple ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire : il traduit un malaise syst\u00e9mique, et annonce une rupture g\u00e9n\u00e9rationnelle aux cons\u00e9quences \u00e9conomiques et soci\u00e9tales redoutables pour l\u2019avenir de ces territoires.<\/b><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><b>Un march\u00e9 de l\u2019emploi trop \u00e9troit et peu adapt\u00e9<\/b><\/p>\n<p>La premi\u00e8re raison de cette fuite est \u00e9conomique. Le march\u00e9 de l\u2019emploi local est trop \u00e9troit, peu dynamique, et souvent mal ajust\u00e9 aux comp\u00e9tences acquises par les jeunes Antillais. Les fonctions strat\u00e9giques sont rares, les salaires peu attractifs, les d\u00e9bouch\u00e9s limit\u00e9s. Ceux qui reviennent au pays apr\u00e8s des \u00e9tudes sup\u00e9rieures d\u00e9couvrent rapidement un mur d\u2019inad\u00e9quation entre leurs qualifications et les postes disponibles. Une jeune Guadeloup\u00e9enne, dipl\u00f4m\u00e9e en ing\u00e9nierie \u00e9nerg\u00e9tique, t\u00e9moigne : \u00ab Il n\u2019y avait rien ici qui corresponde \u00e0 mon profil. J\u2019ai d\u00fb repartir \u00e0 Lyon pour trouver un travail digne de mon dipl\u00f4me. \u00bb<\/p>\n<p><b>D\u00e9ficit de lien entre formation et r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique<\/b><\/p>\n<p>\u00c0 cette situation s\u2019ajoute un d\u00e9ficit de lien entre formation et r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique. Les universit\u00e9s et \u00e9tablissements d\u2019enseignement sup\u00e9rieur, bien que m\u00e9ritants, ne sont pas toujours en phase avec les besoins du tissu productif local. R\u00e9sultat : des jeunes form\u00e9s pour des m\u00e9tiers qui n\u2019existent pas sur place, ou peu. L\u2019offre \u00e9ducative locale souffre d\u2019un manque d\u2019anticipation, l\u00e0 o\u00f9 elle devrait \u00eatre un levier strat\u00e9gique de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p><b>Des conditions de vie peu attractives<\/b><\/p>\n<p>Mais le malaise va plus loin. Les conditions de vie jouent aussi un r\u00f4le d\u00e9terminant : difficult\u00e9 \u00e0 se loger, transports publics d\u00e9ficients, co\u00fbt de la vie \u00e9lev\u00e9, ins\u00e9curit\u00e9 croissante dans certains quartiers. \u00c0 cela s\u2019ajoute une d\u00e9connexion culturelle et sociale de plus en plus marqu\u00e9e. Car ce que redoutent beaucoup de jeunes Antillais form\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, ce n\u2019est pas seulement l\u2019absence d\u2019emploi. C\u2019est aussi l\u2019absence d\u2019un environnement culturel stimulant \u00e0 leur retour.<\/p>\n<p><b>Une fracture culturelle sous-estim\u00e9e<\/b><\/p>\n<p>Beaucoup de ceux qui ont \u00e9tudi\u00e9 et v\u00e9cu dans les grandes m\u00e9tropoles de France hexagonale \u2013 Paris, Lyon, Toulouse \u2013 ou \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s \u00e0 des milieux foisonnants d\u2019id\u00e9es, de d\u00e9bats, de spectacles, de lieux culturels, d\u2019\u00e9v\u00e9nements internationaux. Une fois rentr\u00e9s en Guadeloupe ou en Martinique, nombreux sont ceux qui ressentent un choc de r\u00e9gression sociale et culturelle. Certains essaient de s\u2019accrocher, mais au bout de quelques mois, peinent \u00e0 retrouver un rythme de vie \u00e9panouissant. L\u2019offre culturelle est per\u00e7ue comme pauvre, r\u00e9p\u00e9titive, cloisonn\u00e9e dans des cercles restreints, et domin\u00e9e par des logiques \u00e9v\u00e9nementielles sans profondeur. D\u2019autres n\u2019envisagent m\u00eame pas de revenir, anticipant un environnement qu\u2019ils jugent d\u2019avance trop restreint pour leurs aspirations.<\/p>\n<p><b>Sortir du carcan touristique : repenser l\u2019offre culturelle<\/b><\/p>\n<p>Cette fracture culturelle, aussi d\u00e9terminante que l\u2019emploi, est souvent sous-estim\u00e9e. Or, elle est d\u00e9cisive. On ne revient pas vivre sur un territoire o\u00f9 l\u2019on ne peut ni penser, ni cr\u00e9er, ni \u00e9voluer intellectuellement. Il est donc urgent de sortir du carcan du triptyque \u00ab\u00a0soleil, plage, bo\u00eete de nuit\u00a0\u00bb qui r\u00e9duit les Antilles \u00e0 une image fig\u00e9e, touristique, superficielle. Ce mod\u00e8le ne parle plus aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations. Il ne parle plus aux artistes, aux scientifiques, aux entrepreneurs cr\u00e9atifs. Il ne parle plus \u00e0 ceux qui veulent participer \u00e0 une dynamique de transformation.<\/p>\n<p><b>Besoins d\u2019infrastructures culturelles modernes et structurantes<\/b><\/p>\n<p>La Guadeloupe et la Martinique doivent se doter de v\u00e9ritables infrastructures culturelles modernes et structurantes. Des lieux de savoir, d\u2019exp\u00e9rimentation, de d\u00e9bat, de diffusion. Un mus\u00e9e d\u2019histoire carib\u00e9enne vivant et interactif, un centre de congr\u00e8s tourn\u00e9 vers la Cara\u00efbe et l\u2019international, une cit\u00e9 des sciences et des techniques inspir\u00e9e de la Villette \u00e0 Paris, un p\u00f4le de cr\u00e9ation audiovisuelle et num\u00e9rique, un centre d\u2019art contemporain ouvert sur le monde. Ces espaces doivent devenir des moteurs de rayonnement, mais aussi des lieux d\u2019ancrage pour les jeunes. Ils doivent permettre l\u2019\u00e9mergence d\u2019une culture locale vivante, contemporaine, critique, et ouverte sur la globalit\u00e9.<\/p>\n<p><b>Changer de mod\u00e8le \u00e9conomique pour retenir la jeunesse<\/b><\/p>\n<p>Ce renouveau culturel doit s\u2019inscrire dans un changement plus large de mod\u00e8le \u00e9conomique. Le tissu productif antillais reste domin\u00e9 par les logiques d\u2019importation, de distribution, et de services publics. Pour retenir sa jeunesse, il faut aller plus loin : r\u00e9industrialiser \u00e0 taille humaine, relancer la transformation agroalimentaire, investir dans les fili\u00e8res vertes, miser sur le num\u00e9rique, l\u2019\u00e9conomie bleue, l\u2019entrepreneuriat social. Autrement dit, donner un nouveau souffle \u00e0 l\u2019\u00e9conomie par la production locale de valeur. Cela n\u00e9cessite une volont\u00e9 politique forte, des incitations \u00e0 l\u2019investissement, une politique d\u2019accompagnement de la jeunesse, et surtout une vision claire de la place de la Guadeloupe et de la Martinique dans le monde contemporain.<\/p>\n<p><b>Des talents en attente de projets f\u00e9d\u00e9rateurs<\/b><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, ces territoires ne manquent ni de talents ni de ressources. Ils manquent de projets f\u00e9d\u00e9rateurs, d\u2019audace dans l\u2019am\u00e9nagement culturel, et d\u2019une capacit\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer leurs jeunes dans un futur d\u00e9sirable. Tant que ces derniers ne se reconna\u00eetront pas dans le paysage qu\u2019on leur propose, ils continueront de s\u2019en \u00e9loigner. Et c\u2019est l\u2019avenir m\u00eame de nos soci\u00e9t\u00e9s antillaises qui sera remis en question.<\/p>\n<p><b>Des dispositifs existants, mais insuffisants<\/b><\/p>\n<p>Certes, des dispositifs existent. Les \u00e9lus ont tent\u00e9 d\u2019enrayer l\u2019exode par des aides au retour, des primes \u00e0 l\u2019installation, ou encore des politiques d\u2019accompagnement \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019entreprise. Des programmes de formation ont \u00e9t\u00e9 mis en place, et certaines fili\u00e8res commencent \u00e0 se structurer. Mais ces mesures restent souvent techniques, fragment\u00e9es, court-termistes. Elles n\u2019agissent pas en profondeur sur ce qui pousse les jeunes \u00e0 partir ou \u00e0 ne pas revenir : le manque de perspectives de vie globale. Ce ne sont pas uniquement des emplois ou des subventions qu\u2019ils cherchent, mais un cadre de vie porteur de sens, un environnement culturel riche, une stimulation intellectuelle et une capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9panouir pleinement dans leur identit\u00e9 et leurs ambitions.<\/p>\n<p><b>Investir dans la culture, une urgence strat\u00e9gique<\/b><\/p>\n<p>Tant que la Guadeloupe et la Martinique resteront culturellement sous-\u00e9quip\u00e9es, r\u00e9duites \u00e0 des fonctions administratives et touristiques, tant qu\u2019elles ne proposeront pas de v\u00e9ritables lieux de pens\u00e9e, de cr\u00e9ation, de transmission et d\u2019innovation, le sentiment d\u2019\u00e9touffement ou de r\u00e9tr\u00e9cissement culturel persistera. Et avec lui, l\u2019id\u00e9e que l\u2019\u00e9panouissement individuel ne peut se construire qu\u2019ailleurs. C\u2019est pourquoi l\u2019investissement dans les infrastructures culturelles, scientifiques, \u00e9ducatives et intellectuelles n\u2019est plus un luxe ni un suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me : c\u2019est une urgence strat\u00e9gique. C\u2019est la seule voie pour transformer ces territoires en p\u00f4les attractifs non seulement pour leurs natifs, mais pour les talents du monde entier.<\/p>\n<p><b>Cr\u00e9er les conditions pour ne plus vouloir partir<\/b><\/p>\n<p>Redonner envie de revenir \u00e0 coup d&rsquo;aides financi\u00e8res et de subventions ne suffira pas. Il faut surtout cr\u00e9er les conditions pour ne plus vouloir partir ou repartir. Mais pour l&rsquo;instant, en l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses, nul doute que les jeunes g\u00e9n\u00e9rations de Guadeloupe et Martinique continueront \u00e0 s&rsquo;en aller en masse sans aucune perspective de retour.<\/p>\n<p><i><b>Jean Marie Nol, \u00e9conomiste<\/b><\/i><\/p>\n<p>\u2014<\/p>\n<p>N\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 ajuster les titres selon votre style ou \u00e0 me demander d\u2019autres suggestions !<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La question de l\u2019exode des jeunes et des forces vives de la Guadeloupe et de la Martinique est devenue un enjeu majeur pour l\u2019avenir de ces territoires insulaires. 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