{"id":75449,"date":"2025-06-10T22:07:58","date_gmt":"2025-06-10T21:07:58","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=75449"},"modified":"2025-06-10T22:26:57","modified_gmt":"2025-06-10T21:26:57","slug":"__trashed-24","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/__trashed-24\/","title":{"rendered":"Un appel au sursaut de l&rsquo;\u00e9lite antillaise, face \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 en qu\u00eate de sens et une jeunesse en crise aigu\u00eb !  Une tribune de JM.NOL"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: 14px\"><b>Une soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en perte de rep\u00e8res : fracture et anxi\u00e9t\u00e9 croissantes<\/b><\/span><\/p>\n<blockquote><p><b><i>D\u00e9civilisation, ensauvagement, barbares\u2026 Les mots ne manquent plus pour d\u00e9crire une soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en perte de rep\u00e8res. Signe d\u2019un climat de plus en plus anxiog\u00e8ne, ces termes, nagu\u00e8re r\u00e9serv\u00e9s aux analyses sombres de sociologues ou aux envol\u00e9es rh\u00e9toriques politiques, sont d\u00e9sormais prononc\u00e9s \u00e0 voix haute, sur les plateaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s comme au comptoir des caf\u00e9s. Une fracture s\u2019approfondit entre les g\u00e9n\u00e9rations, entre les promesses d\u2019hier et les d\u00e9sillusions d\u2019aujourd\u2019hui. Ce malaise prend une dimension mesurable avec de r\u00e9cents actes de violence impliquant des jeunes en Guadeloupe, en Martinique et en France hexagonale. Dans les murmures d\u00e9sabus\u00e9s de la jeunesse \u00a0r\u00e9sonne un cri silencieux, celui d\u2019un territoire \u00e0 la crois\u00e9e des chemins, tiraill\u00e9 entre d\u00e9sillusions profondes, violences end\u00e9miques et une soif tenace de sens. Derri\u00e8re les statistiques froides et les discours institutionnels, un malaise s\u2019installe, palpable, profond, et souvent ignor\u00e9 \u00e0 savoir la fin programm\u00e9e de l&rsquo;humanisme.<\/i><\/b><\/p><\/blockquote>\n<p><b>Un malaise national, une acuit\u00e9 singuli\u00e8re aux Antilles<\/b><\/p>\n<p>Ce malaise n\u2019est pas propre aux Antilles : il est le reflet amplifi\u00e9 d\u2019une crise nationale, voire occidentale, de laxisme \u00e9ducatif, de d\u00e9composition de la cellule familiale, de faillite de l&rsquo;\u00e9ducation nationale, de confiance dans les institutions, d&rsquo;absence de projet collectif, de pertes de rep\u00e8res. Mais en Guadeloupe et Martinique, il prend une acuit\u00e9 singuli\u00e8re, car il s\u2019incarne dans l&rsquo;\u00e9chec \u00e9ducatif de la famille d&rsquo;o\u00f9 une certaine forme de d\u00e9rive de la jeunesse que l\u2019on ne comprend plus, que l\u2019on caricature trop souvent, et dont l\u2019exasp\u00e9ration pourrait bien pr\u00e9figurer un effondrement d\u00e9mocratique plus large dans les prochaines ann\u00e9es, car c&rsquo;est pour l&rsquo;essentiel la d\u00e9composition de la cellule familiale et la d\u00e9construction des valeurs qui a m\u00e9tastas\u00e9 le corps social, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;impuissance de l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 endiguer ce ph\u00e9nom\u00e8ne de violence des jeunes, voire de m\u00eame pour les adultes. Et ne nous leurrons pas car ce ph\u00e9nom\u00e8ne sera amen\u00e9 \u00e0 s&rsquo;amplifier au fil des prochaines ann\u00e9es avec l&rsquo;Intelligence artificielle et la robotisation de l&rsquo;\u00e9conomie.<\/p>\n<p><b>La jeunesse antillaise, miroir grossissant des fractures contemporaines<\/b><\/p>\n<p>La France a perdu six places dans le dernier rapport mondial sur le bonheur, reculant au 33e rang, derri\u00e8re des pays que l\u2019on aurait jadis regard\u00e9s de haut. Ce simple indicateur symbolise un effondrement plus grave : celui d\u2019une nation \u2013 et de ses territoires \u2013 qui ne parvient plus \u00e0 r\u00eaver collectivement d&rsquo;efforts et d&rsquo;ascension sociale par le travail. Un tiers des Fran\u00e7ais envisage de s\u2019expatrier, non pas seulement par app\u00e2t du gain, mais par sentiment d\u2019impasse et c&rsquo;est encore pire aux Antilles vu le contexte d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. Cette fracture morale est d\u2019autant plus aigu\u00eb chez les jeunes, qui ressentent plus cruellement que jamais la dissonance entre les promesses sociales et la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue. En Guadeloupe et Martinique, cette jeunesse est le miroir grossissant des fractures contemporaines, oscillant entre conscience \u00e9clair\u00e9e des enjeux et d\u00e9senchantement<\/p>\n<p><b>Engagements r\u00e9invent\u00e9s et sentiment d\u2019invisibilit\u00e9<\/b><\/p>\n<p>Les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui ne sont pas moins engag\u00e9s que ceux d\u2019hier. Ils le sont autrement. Ils refusent les formes classiques de l&rsquo;engagement associatif et du militantisme pour leur pr\u00e9f\u00e9rer des engagements affinitaires, ponctuels, souvent num\u00e9riques. Les r\u00e9seaux sociaux deviennent les nouveaux forums, les hashtags les nouvelles banderoles, et les collectifs \u00e9ph\u00e9m\u00e8res les rempla\u00e7ants des partis fatigu\u00e9s. Ce n\u2019est pas un retrait, c\u2019est une r\u00e9invention. Mais cette r\u00e9invention se heurte \u00e0 des structures fig\u00e9es, \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 qui continue de valoriser des formes d\u2019engagement verticales, hi\u00e9rarchis\u00e9es, inadapt\u00e9es aux attentes de l\u2019\u00e9poque. R\u00e9sultat : un sentiment d\u2019invisibilit\u00e9, un d\u00e9sengagement institutionnel qui se traduit par une abstention \u00e9lectorale record et une fuite intellectuelle de nos cerveaux inqui\u00e9tante.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9carit\u00e9, d\u00e9sillusions et verrouillage du syst\u00e8me<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 ce d\u00e9sengagement s\u2019ajoute la pr\u00e9carit\u00e9 end\u00e9mique du march\u00e9 du travail local. Acc\u00e9der \u00e0 un emploi stable rel\u00e8ve de l\u2019exception, et les jeunes s\u2019usent dans des stages, des contrats courts, une attente perp\u00e9tuelle d\u2019une \u00ab\u00a0vraie vie\u00a0\u00bb sans cesse diff\u00e9r\u00e9e. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas marginal. Il est structurant. Il forge une g\u00e9n\u00e9ration qui doute de sa capacit\u00e9 \u00e0 infl\u00e9chir le cours des choses, qui ne croit plus dans les r\u00e9cits m\u00e9ritocratiques, et qui observe avec lucidit\u00e9 l\u2019inefficacit\u00e9 des mod\u00e8les propos\u00e9s. L\u2019entrepreneuriat, cens\u00e9 \u00eatre une voie d\u2019\u00e9mancipation, ne s\u00e9duit que marginalement. La jeunesse guadeloup\u00e9enne et martiniquaise se sait face \u00e0 un syst\u00e8me verrouill\u00e9, o\u00f9 les cl\u00e9s sont souvent ailleurs, parfois hors du territoire.<\/p>\n<p><b>La mont\u00e9e de la violence : sympt\u00f4me d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en d\u00e9litement<\/b><\/p>\n<p>Et comme souvent, quand les canaux d\u2019expression se bouchent, c\u2019est la violence qui prend le relais. Le premier semestre 2025 en Guadeloupe et Martinique a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par une explosion de meurtres et d\u2019actes violents, dont une majorit\u00e9 par armes \u00e0 feu. Il ne s\u2019agit plus d\u2019une s\u00e9rie de faits divers, mais d\u2019un sympt\u00f4me d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 antillaise qui se d\u00e9fait de fa\u00e7on in\u00e9luctable. Derri\u00e8re cette flamb\u00e9e de violence se cachent des m\u00e9canismes profonds : d\u00e9liquescence de la famille, d\u00e9faut de discipline \u00e9ducative, d\u00e9scolarisation, ch\u00f4mage massif, absence de perspectives, invisibilit\u00e9 sociale, effondrement des rep\u00e8res culturels. La jeunesse qui bascule dans la violence n\u2019est pas n\u00e9e violente. Elle est le produit d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 trop laxiste et fractur\u00e9e qui a \u00e9chou\u00e9 \u00e0 lui proposer un horizon.<\/p>\n<p><b>Narcotrafic : une \u00e9conomie parall\u00e8le prosp\u00e8re<\/b><\/p>\n<p>Le narcotrafic s\u2019est install\u00e9 dans les interstices de ce vide. Il prosp\u00e8re sur la d\u00e9sesp\u00e9rance, sur l\u2019inertie des institutions, sur la d\u00e9sorganisation des services portuaires, douaniers, et judiciaires. L\u2019\u00e9conomie de la drogue est devenue un acteur \u00e9conomique de premier plan, g\u00e9n\u00e9rant une manne de 400 millions d\u2019euros par an rien qu&rsquo;en Martinique, bien au-del\u00e0 des circuits formels de production locale. Dans ce contexte, la lutte s\u00e9curitaire semble d\u00e9risoire si elle ne s\u2019inscrit pas dans un changement syst\u00e9mique. Les ports sont des passoires, les contr\u00f4les insuffisants, les moyens \u00e9parpill\u00e9s. La guerre contre les \u00ab\u00a0narcos\u00a0\u00bb ne peut \u00eatre gagn\u00e9e avec des armes administratives \u00e9mouss\u00e9es, ni avec des institutions qui ne parlent pas d\u2019une m\u00eame voix.<br \/>\n<span style=\"font-size: 14px\"><b>Une crise avant tout g\u00e9n\u00e9rationnelle<\/b><\/span><\/p>\n<p>Mais il serait erron\u00e9 de ne voir dans cette crise qu\u2019un affrontement entre policiers et d\u00e9linquants, entre soci\u00e9t\u00e9 civile et jeunes arm\u00e9s. La crise est avant tout g\u00e9n\u00e9rationnelle. Elle oppose un syst\u00e8me port\u00e9 par des \u00e9lites vieillissantes, souvent d\u00e9connect\u00e9es, \u00e0 une jeunesse \u00e9duqu\u00e9e mais exclue. L\u2019espace public, loin d\u2019\u00eatre un lieu d\u2019\u00e9mancipation, devient pour beaucoup un th\u00e9\u00e2tre de rel\u00e9gation. L\u2019\u00e9cole, l\u2019entreprise, les institutions ne valorisent pas la parole juv\u00e9nile. Elles la tol\u00e8rent, parfois, mais ne l\u2019\u00e9coutent pas. Le r\u00e9sultat est connu : d\u00e9saffection, radicalisation, exil.<\/p>\n<p><b>Entre d\u00e9sespoir et cr\u00e9ativit\u00e9 : la jeunesse cherche sa place<\/b><\/p>\n<p>Faut-il alors d\u00e9sesp\u00e9rer ? Non et oui. Car cette jeunesse n\u2019est pas indiff\u00e9rente. Elle cherche, invente, cr\u00e9e des espaces alternatifs. Les r\u00e9seaux sociaux sont satur\u00e9s de voix jeunes, de cris, de revendications, de projets. Mais ces voix souvent minoritaires restent trop souvent enferm\u00e9es dans des bulles num\u00e9riques, sans relais institutionnels. L\u2019absence de passerelles entre ces nouvelles formes d\u2019expression et les structures de pouvoir condamne les initiatives \u00e0 l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Et laisse le champ libre aux r\u00e9cits dominants de la violence, du d\u00e9sespoir, de la d\u00e9mission et du d\u00e9sengagement civique.<\/p>\n<p><b>Refonder le contrat civique et restaurer l\u2019autorit\u00e9<\/b><\/p>\n<p>Or, il est urgent de refonder le contrat civique en restaurant l&rsquo;autorit\u00e9. Il faut entendre, valoriser et int\u00e9grer cette parole jeune dans la d\u00e9finition des politiques publiques. Il faut aussi accepter de nommer les choses, sans d\u00e9tour. La musique dominante de la jeune g\u00e9n\u00e9ration, par exemple, n\u2019est pas neutre. Elle participe d\u2019un imaginaire collectif dans lequel le pouvoir, l\u2019argent, la transgression deviennent les seuls rep\u00e8res de r\u00e9ussite. Promouvoir une culture alternative, exigeante, ancr\u00e9e dans les r\u00e9alit\u00e9s des Antilles, n\u2019est pas un luxe. C\u2019est une urgence.<\/p>\n<p><b>L\u2019urgence d\u2019un nouveau cap pour les Antilles<\/b><\/p>\n<p>La Guadeloupe ne peut pas se contenter de d\u00e9battre \u00e9ternellement de son statut. Le d\u00e9bat sur l\u2019autonomie est l\u00e9gitime, mais il ne saurait \u00eatre une \u00e9chappatoire. Aucun changement institutionnel ne r\u00e9glera les fractures d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique \u00e0 bout de souffle, ni ne r\u00e9soudra la d\u00e9connexion entre les jeunes et le reste de la soci\u00e9t\u00e9. Bien au contraire, les choses vont s&rsquo;aggraver \u00e0 coup s\u00fbr avec un statut d&rsquo;autonomie politique. L\u2019urgence actuelle n\u2019est pas statutaire, elle est existentielle. Elle est dans la n\u00e9cessit\u00e9 de changer le mod\u00e8le \u00e9conomique, de reconstruire des bases productives, de former aux m\u00e9tiers de demain, de miser sur l\u2019intelligence collective, sur la transition num\u00e9rique et \u00e9cologique, sur une \u00e9conomie endog\u00e8ne viable et solidaire.<\/p>\n<p><b>Investir dans la jeunesse : une condition de survie d\u00e9mocratique<\/b><\/p>\n<p>L\u2019heure n\u2019est plus aux promesses vagues, mais aux engagements fermes. Investir dans la jeunesse n\u2019est plus un choix, c\u2019est une condition de survie d\u00e9mocratique. Il faut remettre de la coh\u00e9rence et de la fermet\u00e9 dans les politiques publiques, du courage dans les discours, de l\u2019humilit\u00e9 dans l\u2019action. Il ne s\u2019agit pas de faire revenir les jeunes dans les cases d\u2019hier, mais de construire avec eux les outils de demain.<\/p>\n<p><b>Conclusion : Un avenir \u00e0 construire ensemble<\/b><\/p>\n<p>Car ce n\u2019est pas seulement la jeunesse qui trahit la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 qui quelque part \u00e9choue \u00e0 l\u2019\u00e9couter, \u00e0 lui faire confiance, \u00e0 l\u2019accompagner. Si nous n\u2019y prenons garde, la fracture actuelle pourrait bien accoucher d\u2019un r\u00e9gime autoritaire, d\u2019un effondrement civique, d\u2019une violence encore plus syst\u00e9mique. Il n\u2019est peut \u00eatre pas trop tard, mais disons le sans fard, le ver est d\u00e9j\u00e0 dans le fruit. Alors il est plus que temps. Aujourd&rsquo;hui la Guadeloupe et la Martinique m\u00e9ritent mieux qu\u2019un slogan utopique. Elles m\u00e9ritent un cap. Un cap lucide, ambitieux, partag\u00e9. Un cap o\u00f9 chaque jeune saura qu\u2019il a un avenir ici-bas, et pas ailleurs.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand le vin est tir\u00e9 il faut le boire\u201d<\/p>\n<p>En un mot : il faut que le curseur aille jusqu&rsquo;au bout, avant de pouvoir achever ce qu&rsquo;on a commenc\u00e9 \u00e0 faire&#8230;<\/p>\n<p><b>Jean marie Nol<br \/>\n\u00c9conomiste et chroniqueur<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en perte de rep\u00e8res : fracture et anxi\u00e9t\u00e9 croissantes D\u00e9civilisation, ensauvagement, barbares\u2026 Les mots ne manquent plus pour d\u00e9crire une soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en perte de rep\u00e8res. 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