{"id":75545,"date":"2025-06-13T11:42:21","date_gmt":"2025-06-13T10:42:21","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=75545"},"modified":"2025-06-13T11:45:17","modified_gmt":"2025-06-13T10:45:17","slug":"lagriculture-des-antilles-francaises-un-modele-herite-de-la-colonisation-a-lepreuve-du-xxie-siecle-une-tribune-de-gdc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/lagriculture-des-antilles-francaises-un-modele-herite-de-la-colonisation-a-lepreuve-du-xxie-siecle-une-tribune-de-gdc\/","title":{"rendered":"L\u2019agriculture des Antilles fran\u00e7aises : un mod\u00e8le h\u00e9rit\u00e9 de la colonisation \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du XXIe si\u00e8cle. Une tribune de Gdc"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>L\u2019histoire agricole des Antilles fran\u00e7aises est indissociable de la p\u00e9riode coloniale, qui a fa\u00e7onn\u00e9 un mod\u00e8le fond\u00e9 sur les cultures d\u2019exportation, d\u2019abord la canne \u00e0 sucre, puis la banane. D\u00e8s le XVIIe si\u00e8cle, l\u2019organisation des terres en \u00ab habitations \u00bb, vastes domaines exploit\u00e9s par une main-d\u2019\u0153uvre servile, a orient\u00e9 la production vers l\u2019alimentation des march\u00e9s europ\u00e9ens. Cette structuration a marginalis\u00e9 la polyculture vivri\u00e8re, pourtant pratiqu\u00e9e par une partie de la population locale, et concentr\u00e9 les ressources fonci\u00e8res et humaines sur l\u2019exportation de mati\u00e8res premi\u00e8res.<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><strong>De la canne \u00e0 sucre \u00e0 la banane : une \u00e9conomie sous d\u00e9pendance<\/strong><\/p>\n<p>La canne \u00e0 sucre s\u2019est impos\u00e9e comme le pilier de l\u2019\u00e9conomie insulaire, au point que le sucre servait de monnaie d\u2019\u00e9change dans les \u00eeles. \u00c0 partir du XXe si\u00e8cle, la banane a pris le relais, prolongeant la logique coloniale et contribuant \u00e0 la \u00ab bananisation \u00bb des Antilles. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme une r\u00e9ussite technique et politique, a toutefois renforc\u00e9 la d\u00e9pendance \u00e9conomique et sociale des territoires. Aujourd\u2019hui encore, la majorit\u00e9 des terres agricoles est consacr\u00e9e \u00e0 ces cultures d\u2019exportation, au d\u00e9triment de la diversification et de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n<p><strong>Le jardin cr\u00e9ole, entre r\u00e9silience et marginalisation<\/strong><\/p>\n<p>Face \u00e0 la domination des grandes plantations, les populations locales ont d\u00e9velopp\u00e9 des syst\u00e8mes agricoles alternatifs, dont le jardin cr\u00e9ole est l\u2019exemple le plus embl\u00e9matique. Fond\u00e9 sur la diversit\u00e9 des esp\u00e8ces et la polyculture, ce mod\u00e8le a longtemps permis aux familles rurales d\u2019assurer leur subsistance, de pr\u00e9server la biodiversit\u00e9 et de transmettre un savoir-faire agro\u00e9cologique. Mais la place du jardin cr\u00e9ole demeure marginale dans l\u2019\u00e9conomie agricole globale. Il ne suffit plus \u00e0 garantir l\u2019autosuffisance alimentaire, notamment face \u00e0 la croissance d\u00e9mographique et \u00e0 l\u2019\u00e9volution des modes de consommation.<\/p>\n<p><strong>Une d\u00e9pendance alimentaire structurelle<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019orientation historique vers l\u2019exportation a eu pour cons\u00e9quence une forte d\u00e9pendance aux importations alimentaires. Aujourd\u2019hui, pr\u00e8s de 80 % des produits consomm\u00e9s dans les Antilles sont import\u00e9s, exposant la population aux fluctuations des march\u00e9s mondiaux et aux risques de rupture d\u2019approvisionnement. La crise sanitaire a brutalement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 cette fragilit\u00e9, mettant en lumi\u00e8re la n\u00e9cessit\u00e9 de renforcer la souverainet\u00e9 alimentaire et de r\u00e9\u00e9quilibrer les priorit\u00e9s agricoles.<\/p>\n<p><strong>Des in\u00e9galit\u00e9s persistantes et des d\u00e9fis structurels<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la d\u00e9partementalisation et les \u00e9volutions politiques du XXe si\u00e8cle, la structure fonci\u00e8re et la logique d\u2019exploitation h\u00e9rit\u00e9es du pass\u00e9 colonial perdurent. Les grandes exploitations tourn\u00e9es vers l\u2019exportation coexistent avec une multitude de petites unit\u00e9s familiales, souvent cantonn\u00e9es \u00e0 la survie \u00e9conomique. Cette dualit\u00e9 freine l\u2019\u00e9mergence d\u2019une paysannerie dynamique et limite la capacit\u00e9 des territoires \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins alimentaires locaux. Les dispositifs d\u2019aide, tels que le POSEI, continuent de privil\u00e9gier les grandes fili\u00e8res d\u2019exportation, laissant la petite agriculture en marge des soutiens publics.<\/p>\n<p><strong>La petite agriculture martiniquaise et guadeloup\u00e9enne \u00e0 l\u2019\u00e9preuve<\/strong><\/p>\n<p>En 2024, la petite agriculture demeure un pilier de la vie locale en Martinique et en Guadeloupe. Derri\u00e8re les chiffres de la production, ce sont des milliers d\u2019exploitations familiales, souvent inf\u00e9rieures \u00e0 cinq hectares, qui approvisionnent les march\u00e9s, fa\u00e7onnent les paysages et perp\u00e9tuent des pratiques h\u00e9rit\u00e9es de g\u00e9n\u00e9rations. Pourtant, ce mod\u00e8le fond\u00e9 sur la polyculture et la diversification traverse une crise profonde.<\/p>\n<p>L\u2019acc\u00e8s aux intrants de qualit\u00e9 reste difficile, la m\u00e9canisation est rare, et le morcellement des terres freine toute perspective de modernisation. La transmission des exploitations, entrav\u00e9e par l\u2019absence de titres fonciers clairs, s\u2019accompagne d\u2019un vieillissement marqu\u00e9 des agriculteurs. La rel\u00e8ve tarde \u00e0 \u00e9merger, d\u00e9courag\u00e9e par la pr\u00e9carit\u00e9 du m\u00e9tier et la faiblesse des revenus.<\/p>\n<p><strong>Des revenus fragiles et un acc\u00e8s limit\u00e9 aux aides<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9tudes r\u00e9centes montrent que sur seize cultures analys\u00e9es, une seule permet d\u2019atteindre \u00e0 peine le seuil du SMIC, et ce revenu s\u2019\u00e9vapore aussit\u00f4t dans les avances n\u00e9cessaires \u00e0 la prochaine campagne. M\u00eame les exploitations dites \u00ab viables \u00bb ne d\u00e9gagent qu\u2019un maigre exc\u00e9dent, absorb\u00e9 par les charges et les investissements. La moindre difficult\u00e9 \u2013 maladie, cyclone, accident \u2013 peut faire basculer une famille dans la pr\u00e9carit\u00e9. Les dispositifs d\u2019aide, souvent complexes et inadapt\u00e9s, laissent de nombreux agriculteurs sur le bord du chemin. L\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit bancaire est quasi inexistant, et les fonds europ\u00e9ens restent hors de port\u00e9e pour ceux qui ne disposent ni de tr\u00e9sorerie, ni de garanties pour faire l&rsquo;avance des d\u00e9penses qui sont ult\u00e9rieurement rembours\u00e9es<\/p>\n<p><strong>Un partage in\u00e9gal des soutiens publics<\/strong><\/p>\n<p>Le POSEI, principal outil de soutien \u00e0 l\u2019agriculture ultramarine, illustre cette in\u00e9galit\u00e9. En Martinique# et en Guadeloupe, entre 70 et 80 % des aides sont capt\u00e9es par les grandes fili\u00e8res d\u2019exportation, la banane et la canne \u00e0 sucre. La petite agriculture, pourtant majoritaire en nombre d\u2019exploitants, doit se contenter du reste, r\u00e9parti entre cultures vivri\u00e8res, fruits, l\u00e9gumes et \u00e9levage. Cette r\u00e9partition perp\u00e9tue la d\u00e9pendance des \u00e9conomies locales \u00e0 quelques fili\u00e8res, au d\u00e9triment de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et de la r\u00e9silience des territoires.<\/p>\n<p><strong>Vers une refondation du mod\u00e8le agricole<\/strong><\/p>\n<p>Face \u00e0 ces d\u00e9fis, la r\u00e9flexion sur l\u2019avenir agricole des Antilles doit s\u2019appuyer sur une analyse critique de l\u2019h\u00e9ritage colonial et sur une volont\u00e9 politique affirm\u00e9e de diversification. Il s\u2019agit de repenser l\u2019affectation des terres, de soutenir les fili\u00e8res locales et de garantir un acc\u00e8s \u00e9quitable aux ressources et aux aides publiques pour toutes les tailles d\u2019exploitation. Plusieurs responsables politiques, \u00e0 l\u2019image de Serge Letchimy en Martinique, plaident pour une r\u00e9forme du POSEI et la cr\u00e9ation d\u2019aides sp\u00e9cifiques ( aides en tenant compte des surfaces cultiv\u00e9es et non \u00a0de la production) pour la petite agriculture.<\/p>\n<blockquote><p><b>La survie de la petite agriculture antillaise d\u00e9pendra de la capacit\u00e9 collective \u00e0 repenser les priorit\u00e9s : accompagner la transmission, encourager l\u2019innovation, garantir des d\u00e9bouch\u00e9s r\u00e9mun\u00e9rateurs et assurer une juste r\u00e9partition des ressources. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 la souverainet\u00e9 alimentaire devient un enjeu strat\u00e9gique, o\u00f9 tous les moyens sont recherch\u00e9s pour lutter contre la chert\u00e9 de la vie, la petite agriculture de Martinique et de Guadeloupe m\u00e9rite un engagement politique fort, \u00e0 la hauteur des d\u00e9fis qu\u2019elle incarne.<\/b><\/p><\/blockquote>\n<p><b>G\u00e9rard Dorwling-Carter<\/b><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; L\u2019histoire agricole des Antilles fran\u00e7aises est indissociable de la p\u00e9riode coloniale, qui a fa\u00e7onn\u00e9 un mod\u00e8le fond\u00e9 sur les cultures d\u2019exportation, d\u2019abord la canne \u00e0 sucre, puis la banane. 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