{"id":75964,"date":"2025-06-27T03:25:45","date_gmt":"2025-06-27T02:25:45","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=75964"},"modified":"2025-06-27T03:25:45","modified_gmt":"2025-06-27T02:25:45","slug":"litterature-kokliko-ou-lart-de-relier-les-imaginaires-caribeens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/litterature-kokliko-ou-lart-de-relier-les-imaginaires-caribeens\/","title":{"rendered":"LITERATURE. \u00abKokliko,\u00bb or the Art of Connecting Caribbean Imaginations"},"content":{"rendered":"<h2 data-start=\"199\" data-end=\"718\"><strong data-start=\"199\" data-end=\"717\">Dans cette lecture \u00e9rudite et sensible, Jean-Durosier Desrivi\u00e8res explore le roman <em data-start=\"284\" data-end=\"293\">Kokliko<\/em> de Rudy Rabathaly, paru en 2025. Il y d\u00e9voile une \u0153uvre singuli\u00e8re, qui unit les territoires, les langues et les m\u00e9moires de la Martinique et d\u2019Ha\u00efti dans un m\u00eame souffle po\u00e9tique et politique. Par-del\u00e0 les fronti\u00e8res, le roman tisse un dialogue cr\u00e9ole entre deux \u00eeles consanguines, c\u00e9l\u00e9brant leur oralit\u00e9, leur musique, leurs douleurs et leurs fables. Une contribution majeure \u00e0 la litt\u00e9rature intercr\u00e9ole contemporaine. Voici son texte :<\/strong><\/h2>\n<h1><strong><em>Kokliko\u00a0<\/em><\/strong><strong>: c\u00e9l\u00e9bration de deux terres consanguines<\/strong><\/h1>\n<p><strong><em>Une lecture du roman de Rudy Rabathaly<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Par Jean-Durosier Desrivi\u00e8res, \u00c9crivain, comparatiste et cr\u00e9oliste<\/em><\/strong><\/p>\n<p>En 2013, Rudy Rabathaly, ancien r\u00e9dacteur en chef du quotidien <em>France-Antilles<\/em> de Martinique, avait publi\u00e9 <em>Pawol anba fey<\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> (Paroles en sourdine) qui correspond au titre similaire de sa rubrique hebdomadaire qui a dur\u00e9 presque quinze ans. <em>Oliwon d\u2019imaginaire cr\u00e9ole<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup><strong>[2]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>, recueil de \u00ab\u00a0nouvelles et po\u00e9sies\u00a0\u00bb en fran\u00e7ais et en cr\u00e9ole, para\u00eet au courant de l\u2019ann\u00e9e 2024 et le roman <em>Kokliko<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup><strong>[3]<\/strong><\/sup><\/a><\/em> au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2025. Les textes minimalistes du premier ouvrage semblaient pr\u00e9parer le chemin pour les deux autres, repr\u00e9sentant ainsi un bilinguisme compos\u00e9 franco-cr\u00e9ole. Toutefois, le roman traverse les fronti\u00e8res linguistiques en s\u2019imposant comme une \u0153uvre de langue fran\u00e7aise-cr\u00e9ole et d\u2019expression cr\u00e9ole, arborant parfaitement une esth\u00e9tique intercr\u00e9ole. Car l\u2019histoire, que dis-je, les histoires des personnages, se d\u00e9roulent en plusieurs lieux, principalement sur deux territoires linguistiques de la Cara\u00efbe franco-cr\u00e9olophone \u2013 Martinique et Ha\u00efti.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, il para\u00eet n\u00e9cessaire de d\u00e9m\u00ealer la complexit\u00e9 des lieux et du temps de cette fiction\u00a0; de cerner les diff\u00e9rents aspects de l\u2019une des principales caract\u00e9ristiques de cette narration\u00a0: oralit\u00e9 et oraliture<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>\u00a0; de souligner cette c\u00e9l\u00e9bration des cultures carib\u00e9ennes dans ce roman qui fait la part belle \u00e0 la musique et \u00e0 la litt\u00e9rature ha\u00eftiennes. Aussi, il est de bon ton d\u2019\u00e9tablir la filiation entre l\u2019auteur de Kokliko et une cat\u00e9gorie d\u2019\u00e9crivains carib\u00e9ens, tels que Jacques Stephen Alexis (1922-1961), les auteurs de la cr\u00e9olit\u00e9, Monchoachi (1946) et Ren\u00e9 Philoct\u00e8te (1932-1995), qui ont mis\u00e9 sur la concorde carib\u00e9enne cr\u00e9ole.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-75965\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1000610728.jpg\" alt=\"\" width=\"534\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1000610728.jpg 534w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1000610728-150x225.jpg 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1000610728-450x674.jpg 450w\" sizes=\"(max-width: 534px) 100vw, 534px\" \/><\/p>\n<h2><strong>I- Territoires et temps des histoires<\/strong><\/h2>\n<p>Une esp\u00e8ce de lecteurs voudrait que tout roman raconte une histoire. Or, m\u00eame le r\u00e9cit romanesque le plus simple donne plut\u00f4t lieu, le plus souvent, \u00e0 des histoires. En ce qui concerne l\u2019auteur de <em>Kokliko<\/em>, il \u00e9carte m\u00e9thodiquement toute simplicit\u00e9 pour nous pr\u00e9senter une histoire \u00e9clat\u00e9e ou des histoires entrem\u00eal\u00e9es, non d\u00e9pourvues de vraisemblance. Ici, le romancier met en sc\u00e8ne deux familles carib\u00e9ennes ayant chacune des parcours singuliers. Les principaux protagonistes sont, d\u2019abord, M\u00e9lanie, fille unique d\u2019Elmire, \u00e9lev\u00e9e par \u00c9l\u00e9odore sa \u00ab\u00a0tante-m\u00e8re\u00a0\u00bb, dans la campagne de la Martinique\u00a0; et Samson, fils de P\u00e9rinelle avec Fils-Aim\u00e9, vivant dans la campagne d\u2019Ha\u00efti. Le r\u00e9cit de vie de M\u00e9lanie met en lumi\u00e8re une lign\u00e9e de femmes qui confirme le caract\u00e8re matrifocal attribu\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 martiniquaise. Tandis que Samson est issu d\u2019une lign\u00e9e d\u2019hommes et de femmes du monde paysan marqu\u00e9s par les \u00e9preuves de l\u2019existence.<\/p>\n<p>Le lecteur, ignorant la topographie ha\u00eftienne, peut d\u00e9couvrir ais\u00e9ment les noms des lieux, v\u00e9rifiables sur une carte, des divers d\u00e9placements d\u2019un personnage comme Fils-Aim\u00e9, par exemple\u00a0: on le suit depuis Verettes, son lieu de naissance, jusqu\u2019\u00e0 Port-au-Prince (Delmas), en passant par Saint-Marc o\u00f9 il cherche et exerce de multiples m\u00e9tiers, et on s\u2019arr\u00eate \u00e0 Croix-des-Bouquets, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Trou D\u2019eau o\u00f9 il vit avec P\u00e9rinelle sa concubine, son beau-fils C\u00e9leste, son beau-p\u00e8re Papa Bo et son fils Samson.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 martiniquais, la chose para\u00eet plus complexe. Hurard-Simon Hort\u00e9gui, p\u00e8re naturel d\u2019\u00c9l\u00e9odore et d\u2019Elmire, travaille au Bassin de radoud \u00e0 Fort-de-France la semaine et, le weekend, m\u00e8ne sa vie matrimoniale \u00e0 Grand bourg. Ce lieu d\u00e9signe sans doute Rivi\u00e8re-Sal\u00e9e<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>, hant\u00e9 par tous les autres personnages principaux. Toutefois, Dorph\u00e9lie, tante et marraine d\u2019\u00c9l\u00e9odore, surnomm\u00e9e <em>Manz\u00e8 kaka poul<\/em> par Elmire, \u00e9voluera avec celle-ci au Havre (France). Quant \u00e0 M\u00e9lanie, mises \u00e0 part ses sorties \u00e0 Grand bourg et sa mission d\u2019achat de poisson \u00e0 l\u2019anse aux Grottes \u2013 suppos\u00e9e \u00eatre aux Anses-d\u2019Arlet, elle vit davantage avec \u00c9l\u00e9odore au Morne \u2013 peut-\u00eatre au Diamant, dans la maison l\u00e9gu\u00e9e par Dorph\u00e9lie \u00e0 sa filleule.<\/p>\n<p>Certes, il s\u2019agit de deux histoires parall\u00e8les qui finissent par s\u2019entrem\u00ealer quelque peu, au fil du temps, selon une perspective esth\u00e9tique. N\u00e9anmoins, il n\u2019existe aucune date, aucun rep\u00e8re temporel pr\u00e9cis correspondant au cadre spatial\u00a0: il y a donc un \u00e9clatement de la chronologie et de l\u2019espace, un brouillage de pistes, tant en territoire ha\u00eftien qu\u2019en territoire martiniquais, un chass\u00e9-crois\u00e9 entre retour en arri\u00e8re et projection dans le futur du r\u00e9cit. L\u2019auteur, en ce sens, met en danger le lecteur, en cassant les codes traditionnels du roman lin\u00e9aire ou classique.<\/p>\n<p>Toutefois, sur un plan global, plusieurs indices semblent indiquer que les histoires se situent \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la dictature des Duvalier p\u00e8re et fils (1957-1986) et au cours de quelques ann\u00e9es post-duvali\u00e9riennes. Malgr\u00e9 tout, l\u2019auteur s\u2019amuse \u00e0 tisser le r\u00e9cit de maints anachronismes troublants\u00a0: le terme \u00ab\u00a0<em>goudougoudou<\/em>\u00a0\u00bb (p. 83), qui d\u00e9signe le tremblement de terre du 12 janvier 2010 en Ha\u00efti, par exemple, est employ\u00e9 \u00e0 un moment r\u00e9cent de post-dictature. Aussi, le narrateur \u00e9voque des cas de kidnapping devenus \u00ab\u00a0l\u00e9gion\u00a0\u00bb (p. 116) avec les putschistes de la fin des ann\u00e9es 1980 (p. 118)\u00a0; or, ce ph\u00e9nom\u00e8ne ne prendra de l\u2019ampleur que longtemps apr\u00e8s cette p\u00e9riode. De m\u00eame, l\u2019expression \u00ab\u00a0banditisme l\u00e9galis\u00e9\u00a0\u00bb (p. 116) correspond plut\u00f4t aux exactions des sbires du pouvoir de Michel Martelly (2011-2016), autoproclam\u00e9 \u00ab\u00a0bandit l\u00e9gal\u00a0\u00bb longtemps avant son investiture \u00e0 la pr\u00e9sidence.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ces complexit\u00e9s de lieux et de temps, <em>Kokliko<\/em> doit s\u2019entendre comme un roman de langue franco-cr\u00e9ole et d\u2019expression cr\u00e9ole.<\/p>\n<h2><strong>II- Un roman de langue franco-cr\u00e9ole et d\u2019expression cr\u00e9ole<\/strong><\/h2>\n<p>Le roman de Rabathaly s\u2019inscrit pleinement dans ce que G\u00e9rard Dessons et Henri Meschonnic appellent \u00ab\u00a0l\u2019oralit\u00e9 maximale<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb\u00a0: il s\u2019agit de \u00ab\u00a0<em>l\u2019organisation du mouvement de la parole par un sujet<\/em><a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, plac\u00e9e dans un texte \u00e9crit, litt\u00e9raire, destin\u00e9 potentiellement \u00e0 \u00eatre mise en bouche, \u00e0 \u00eatre oralis\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment. Dans ce cas, sont associ\u00e9es, paroles \u00e9crites des narrateurs et paroles parl\u00e9es des personnages, sur fond de bilinguisme compos\u00e9 franco-cr\u00e9ole\u00a0: le romancier compose en m\u00eame temps, consciemment, une \u0153uvre litt\u00e9raire avec ses deux langues \u2013 fran\u00e7ais et cr\u00e9ole \u2013 qui s\u2019accordent en un m\u00eame lieu textuel. Cette pratique syst\u00e9matique du bilinguisme compos\u00e9 dans la cr\u00e9ation litt\u00e9raire peut \u00eatre observ\u00e9e chez des auteurs tels que Monchoachi, Han\u00e9tha V\u00e9t\u00e9-Congolo, Nicole Cage, et Max Rippon.<\/p>\n<p><em>Kokliko<\/em> est une parole polyphonique de langue franco-cr\u00e9ole et d\u2019expression cr\u00e9ole. Certes, le premier trait suppose \u00e9videmment le bilinguisme compos\u00e9 sus indiqu\u00e9. Le second trait caract\u00e9rise un texte \u00e9crit essentiellement en langue fran\u00e7aise ou cr\u00e9ole, mais se pr\u00e9sentant comme la manifestation d\u2019un monde cr\u00e9ole avec moult traces de cultures savante et\/ou populaire, avec de l\u2019imagerie et de l\u2019imaginaire cr\u00e9oles\u00a0: parlures, traditions, croyances, mythes et superstitions, mani\u00e8res de bouger, de souffrir et de jouir dans le monde cr\u00e9ole&#8230;<\/p>\n<p>Cette expression cr\u00e9ole traduisant \u00ab\u00a0l\u2019oralit\u00e9 maximale\u00a0\u00bb se manifeste dans le roman de Rabathaly \u00e0 travers, d\u2019abord, une langue de narration et de dialogue qui combine\u00a0: <strong>1)<\/strong> le fran\u00e7ais r\u00e9gional et hexagonal, \u00e0 la fois courant et soutenu, parfois recherch\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0les paroles <u>tournicotantes<\/u>\u00a0\u00bb (p. 57), \u00ab\u00a0une <u>parturition<\/u> sauvage\u00a0\u00bb (p. 89), \u00ab\u00a0une lancinante <u>sibilation<\/u>\u00a0\u00bb (p. 174), \u00ab\u00a0sa <u>sudation<\/u> journali\u00e8re\u00a0\u00bb (p. 263), etc.\u00a0; <strong>2)<\/strong> le fran\u00e7ais cr\u00e9olis\u00e9 sur le plan lexical et syntaxique\u00a0: \u00ab\u00a0un <u>ti-peu<\/u> moins vite\u00a0\u00bb (p. 21), \u00ab\u00a0laissait-on entendre <u>sous les feuilles<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a><\/u>\u00a0\u00bb (p. 16), \u00ab\u00a0le temps n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 <u>l\u2019heurosit\u00e9<\/u>\u00a0\u00bb (p. 165), \u00ab\u00a0elle \u00e9tait rest\u00e9e debout l\u00e0, \u00e0 <u>tenir une roche<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a><\/u>\u00a0\u00bb (p. 257), etc.\u00a0; <strong>3)<\/strong> le cr\u00e9ole brut du point de vue (ortho)graphique\u00a0: \u00ab\u00a0mettre \u00e0 <em>lablanni<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><sup><strong>[10]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>\u00a0\u00bb (p. 9), \u00ab\u00a0feuilles col\u00e9es au <em>piyaj<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><sup><strong>[11]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>\u00a0\u00bb (p. 141), \u00ab\u00a0il ne ressemblait en rien \u00e0 un <em>chelb\u00e8<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\"><sup><strong>[12]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>\u00a0\u00bb (p. 208), etc.\u00a0; <strong>4)<\/strong> le cr\u00e9ole sugg\u00e9r\u00e9 par son rapprochement avec le fran\u00e7ais (ortho)graphique\u00a0: \u00ab\u00a0<u>chien-fer<\/u>\u00a0\u00bb \/ <em>chyen-f\u00e8<\/em> (p. 21), \u00ab\u00a0<u>gros-poil<\/u>\u00a0\u00bb \/ <em>gwopwel<\/em> (p. 58), \u00ab\u00a0se <u>gourmer<\/u>\u00a0\u00bb \/ <em>goumen<\/em> (p. 156), \u00ab\u00a0des <u>bacchanales<\/u>\u00a0\u00bb \/ <em>bakannal<\/em> (p. 182), \u00ab\u00a0<u>couler flouze<\/u>\u00a0\u00bb \/ <em>koul\u00e9 flouz<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><sup><strong>[13]<\/strong><\/sup><\/a><\/em> (p. 238).<\/p>\n<p>L\u2019expression cr\u00e9ole, s\u2019entend ensuite dans une langue aboutissant \u00e0 l\u2019intercr\u00e9ole, c\u2019est-\u00e0-dire le mixage des dires cr\u00e9oles martiniquais, ha\u00eftien et guadeloup\u00e9en. Quand le narrateur principal raconte le versant martiniquais du r\u00e9cit, il place dans la bouche des personnages le cr\u00e9ole du lieu\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Deredi moreng la ba ti manzel la soupl\u00e9<\/em>\u2026<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb (p. 95), ordonne Madame Hom\u00e8re \u00e0 un jeune matelot. Et quand il passe en terre ha\u00eftienne, les personnages se font entendre en ha\u00eftien\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Si ou tw\u00f2 f\u00e8b pou w genyen, bat d\u00e8y\u00e8 w<\/em>\u00a0!<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb (p. 20, 22, 66\u2026), r\u00e9p\u00e8te continuellement Papa Bo \u00e0 son petits-fils Samson. Le cr\u00e9ole guadeloup\u00e9en arrive dans le r\u00e9cit avec Justin, l\u2019unique \u00ab\u00a0amour pr\u00e9tendu\u00a0\u00bb d\u2019\u00c9l\u00e9odore\u00a0: il y a les \u00ab\u00a0<em>Awa<\/em>\u00a0!\u00a0\u00bb ponctuant la parole de ce personnage \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et le <em>bouladjel<\/em> et le <em>voumvap<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\"><sup><strong>[16]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>, les tambours <em>ka<\/em>, <em>boula<\/em> et <em>mak\u00e9<\/em>, \u00ab\u00a0dans <em>lawonn<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\"><sup><strong>[17]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>\u00a0\u00bb d\u2019une soir\u00e9e <em>l\u00e9w\u00f2z<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\"><sup><strong>[18]<\/strong><\/sup><\/a><\/em> (p. 108-111). Toutefois, l\u2019origine martiniquaise du narrateur principal se ressent \u00e0 la fois dans certains passages dialogu\u00e9s attribu\u00e9s aux personnages de Trou D\u2019eau et dans la globalit\u00e9 des passages narr\u00e9s pour dire les choses ha\u00eftiennes. Le lecteur la per\u00e7oit, par exemple, \u00e0 travers le champ lexical martiniquais pour d\u00e9signer le jeu de billes en Ha\u00efti\u00a0: <em>b\u00f2lof<\/em>, <em>larel<\/em> et <em>zig<\/em>, \u00e9quivalents de <em>bika<\/em>, <em>opa<\/em> et <em>t\u00e8k<\/em> en cr\u00e9ole ha\u00eftien (p. 19). Les trois termes signifiant successivement dans les deux dires cr\u00e9oles\u00a0: a) grosse bille, b) ligne de s\u00e9paration de l\u2019aire de jeu, c) le fait de projeter la bille, \u00e0 partir d\u2019un geste technique pr\u00e9cis entre pouce et index, en vue d\u2019atteindre celle de son concurrent.<\/p>\n<p>Plus qu\u2019un roman de langue franco-cr\u00e9ole et d\u2019expression cr\u00e9ole, <em>Kokliko<\/em> doit s\u2019entendre comme un grand conte.<\/p>\n<h2><strong>III- Un roman tel un grand conte<\/strong><\/h2>\n<p>La grande parole du narrateur principal du roman de Rabathaly peut \u00eatre per\u00e7ue par le lecteur comme celle d\u2019un ma\u00eetre-conteur qui convoque d\u2019autres voix pour relayer la sienne, \u00e0 la mani\u00e8re des r\u00e9pondeurs du <em>b\u00e8l\u00e8<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\"><sup><strong>[19]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>. Ainsi, le conte se pr\u00e9sente, d\u2019abord, sous forme de motif, dans le cas de Fils-Aim\u00e9 dont le narrateur se contente de dire qu\u2019il raconte \u00e0 P\u00e9rinelle \u00ab\u00a0quelques contes de \u201c<em>Bouki et Malice<\/em>\u201d\u00a0\u00bb (p. 36) h\u00e9rit\u00e9s de Manman Belle-Lune, sa seconde m\u00e8re\u00a0; ou encore Jean-Dieu Baptiste, dit Batisto, jeune ha\u00eftiano-dominicain, g\u00e9niteur de M\u00e9lanie, racontant \u00e0 Elmire comment \u00ab\u00a0<em>Malice<\/em> arriva \u00e0 convaincre <em>Tonton Bouqui<\/em> de ne pas porter ses nouvelles chaussures pendant un long voyage \u00e0 travers des chemins sem\u00e9s de pierres tranchantes.\u00a0\u00bb (p. 74) Ensuite, viennent le conte effectif et le sens de sa transmission, appr\u00e9hend\u00e9s \u00e0 travers M\u00e9lanie qui \u00ab\u00a0repensa \u00e0 la fable de cette manman qui n\u2019en pouvait plus de son gar\u00e7on.\u00a0\u00bb (p. 197) Car ce conte qui compte pr\u00e8s de trois pages (p. 197-200), \u00ab\u00a0sa tante \u00c9l\u00e9odore l\u2019avait retenu de <em>Manz\u00e8 kaka poul<\/em> qui, elle, l\u2019avait \u00e9cout\u00e9 \u00e0 l\u2019orphelinat, au pied d\u2019une chaise longue, dans le creux de la robe-chasuble d\u2019une nonne.\u00a0\u00bb (p. 197)<\/p>\n<p>Arrive finalement notre conteur cr\u00e9ole des veill\u00e9es mortuaires ou des divertissements antillais, celui qui captive grands et petits, en parsemant des \u00e9toiles dans leurs yeux et projetant des ombres dans leurs pens\u00e9es, celui qui fait chanter le myst\u00e8re des mots obscurs en un <em>virer-langue<\/em> incroyable, avec une bouche parfois pleines d\u2019insolences. Il est dans le taxi-commune de Monsieur T\u00e9ram\u00e8ne et se nomme Monsieur Bernardin. Il s\u2019adresse ainsi \u00e0 M\u00e9lanie\u00a0: \u00ab\u00a0Mademoiselle, j\u2019ai la certitude que vous ruminez un emb\u00eatement. Un d\u00e9sagr\u00e9ment de mistigri qui bouleverse la lin\u00e9arit\u00e9 de vos convictions.\u00a0\u00bb (p. 242) Puis, sa parole devient le conte d\u2019un \u00ab\u00a0<em>ti-mons<\/em> [petit monstre], ce personnage diabolique con\u00e7u \u00e0 partir de l\u2019\u0153uf d\u2019une poule noire pondu le Vendredi saint et couv\u00e9 quarante jours durant, sous l\u2019aisselle de son concepteur.\u00a0\u00bb (p. 243) Puis, l\u2019on attend le \u00ab\u00a0Y\u00e9kra\u00a0!\u00a0\u00bb de <em>la cour<\/em> ou de l\u2019auditoire que constitue l\u2019ensemble des passagers en r\u00e9ponse au \u00ab\u00a0Y\u00e9kri\u00a0!\u00a0\u00bb de Monsieur Bernardin.<\/p>\n<h2><strong>IV- Un roman tel un haut chant de concorde<\/strong><\/h2>\n<p>Ce grand conte, compos\u00e9 de diverses voix, n\u2019est pas moins un haut chant baroque intercr\u00e9ole, m\u00ealant sacr\u00e9 et profane, tragique et comique. En outre, ne faudrait-il pas pr\u00e9ciser que le terme de ce titre cr\u00e9ole d\u00e9signe en Martinique la fleur de l\u2019hibiscus, appel\u00e9e <em>choublak<\/em> en Ha\u00efti\u00a0? Elle repr\u00e9sente dans le roman le symbole de l\u2019unit\u00e9 des protagonistes\u00a0: M\u00e9lanie, dite \u00ab\u00a0ti-Kokliko\u00a0\u00bb, h\u00e9rite de sa m\u00e8re son go\u00fbt pour cette fleur comme parure, mise en miroir, malgr\u00e9 elle peut-\u00eatre, avec \u00ab\u00a0le petit m\u00e9daillon\u00a0\u00bb de m\u00eame nature que porte Samson, son bien-aim\u00e9 sans doute r\u00e9el et imaginaire. Mais pour Samson, c\u2019est un h\u00e9ritage de sa m\u00e8re qui tenait \u00e0 ce qu\u2019il soit prot\u00e9g\u00e9 pour toujours par \u00ab\u00a0saint Joseph et <em>Brav Gede<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\"><sup><strong>[20]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>\u00a0\u00bb (p. 87), en accrochant \u00ab\u00a0cette fleur d\u2019argent au cou\u00a0\u00bb de son fils. Aussi, les trois \u00ab\u00a0k\u00a0\u00bb du mot disant la chose semblent traduire une certaine concorde carib\u00e9enne cr\u00e9ole \u2013 Konk\u00f2d Karayib Krey\u00f2l.<\/p>\n<p>Une telle concorde peut rappeler, entre autres, la proposition de Jacques Stephen Alexis d\u2019une \u00ab\u00a0confluence culturelle zonale\u00a0\u00bb en r\u00e9gion Cara\u00efbe lors du Premier congr\u00e8s international des \u00e9crivains et des artistes noirs en 1956 \u00e0 Paris\u00a0; de m\u00eame que sa foi dans l\u2019usage pratique et intime des deux langues, \u00ab\u00a0le cr\u00e9ole et le fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, pour \u00ab\u00a0rendre compte litt\u00e9rairement de la r\u00e9alit\u00e9 vivante d&rsquo;Ha\u00efti<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. Elle peut aussi rappeler, au-del\u00e0 de leur projet esth\u00e9tique et id\u00e9ologique, l\u2019ambition d\u2019unit\u00e9 culturelle et linguistique des auteurs de <em>L\u2019\u00e9loge de la cr\u00e9olit\u00e9<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0la Cr\u00e9olit\u00e9 dessine l\u2019espoir d\u2019un premier regroupement possible au sein de l\u2019Archipel carib\u00e9en\u00a0: celui des peuples cr\u00e9olophones d\u2019Ha\u00efti, de Martinique, de Sainte-Lucie, de Dominique, de Guadeloupe et de Guyane.<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb Donc, Rabathaly s\u2019inscrit dans cette exceptionnelle g\u00e9n\u00e9alogie d\u00e9fendant les imaginaires po\u00e9tiques cr\u00e9oles, quand il se place d\u00e8s l\u2019\u00e9closion de son <em>Kokliko<\/em> sous l\u2019autorit\u00e9 du po\u00e8te ha\u00eftien Ren\u00e9 Philoct\u00e8te, avec en \u00e9pigraphe un po\u00e8me \u00e0 l\u2019intention des h\u00e9ros ha\u00eftiens de l\u2019ind\u00e9pendance\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Qui donc ira jeter des fleurs \/ au pont Rouge<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\"><strong>[23]<\/strong><\/a> \/ \u00e0 Verti\u00e8res<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\"><sup><strong>[24]<\/strong><\/sup><\/a> \/ au Champ de Mars<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\"><sup><strong>[25]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>\u00a0\u00bb (p. 7). L\u2019\u00e9pigraphe se relie \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9gie de M\u00e9lanie qui se lit comme une \u00e9pitaphe, en appel au premier des h\u00e9ros de la premi\u00e8re r\u00e9publique noire, \u00e0 savoir Jean-Jacques Dessalines, celant le roman\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Sous le Pont-rouge de sang. \/ Papa es ou tande mwen\u00a0? \/ Papa, puedes o\u00ecrme\u00a0? \/ Papa, m\u2019entends-tu\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb (p. 265)<\/p>\n<p>Dans les r\u00e9cits entrem\u00eal\u00e9s de Rabathaly, c\u2019est un <em>r\u00e9el ind\u00e9niable<\/em>, commun aux \u00ab\u00a0peuples de l\u2019oralit\u00e9\u00a0\u00bb de la Cara\u00efbe<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>, qui est d\u00e9crit. Au Bassin de radoub, Hurard-Simon Hort\u00e9gui, n\u00e9 pr\u00e8s de Bordeaux, \u00ab\u00a0d\u2019un p\u00e8re navigateur et d\u2019une m\u00e8re originaire de la Colombie cara\u00efbe\u00a0\u00bb, d\u00e9couvre d\u00e8s son arriv\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Brouhaha d\u2019identit\u00e9s multiples et de destins tellement entrecrois\u00e9s qui, chaque jour, lui ravivait les \u00e9vocations d\u2019enfance des chansonnettes de la mer des Cara\u00efbes.\u00a0\u00bb (p. 45) La musique et le chant, les motifs et les accords, envahissent cet univers romanesque, le transformant en une caisse de r\u00e9sonnances de divers sons et rythmes intercr\u00e9oles de la Cara\u00efbe. En ce sens, Guarenco, le martiniquais d\u2019ascendance indienne qui ne se s\u00e9pare \u00ab\u00a0quasiment jamais de sa radiocassette \u00e0 piles\u00a0\u00bb (p. 205), s\u2019affiche tel un chef d\u2019orchestre par excellence, adressant \u00ab\u00a0une taquinerie chant\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 un Samson \u00ab\u00a0m\u00e9dus\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0\u201c<em>Mwen pa moun isit mon capitaine, mwen s\u00e9 moun Jacmel<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\"><sup><strong>[27]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>\u2026\u201d, avant de siffler un air de Michel Desgrottes, puis un bol\u00e9ro de Garry French<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>, totalement anonymes \u00e0 Samson.\u00a0\u00bb (p. 206)<\/p>\n<p>Ici, l\u2019auteur souligne, \u00e0 juste titre, le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019un grand nombre de m\u00e9lomanes martiniquais, dot\u00e9s d\u2019une parfaite connaissance de maintes voix et formations musicales ha\u00eftiennes, beaucoup mieux que des ha\u00eftiens eux-m\u00eames vivant en Martinique. Bien que <em>Kokliko<\/em> fasse amplement l\u2019\u00e9loge des cultures carib\u00e9ennes, le lecteur ne peut s\u2019emp\u00eacher de relever que le romancier se pla\u00eet sp\u00e9cialement \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer la culture ha\u00eftienne de mani\u00e8re sensible, tant au niveau musical que litt\u00e9raire. Aussi boulimique et \u00e9clectique que soit M\u00e9lanie en mati\u00e8re de lecture, il ne demeure pas moins vrai que les \u00e9crivains ha\u00eftiens l\u2019emportent dans son c\u0153ur sur tant d\u2019autres, dans le roman. Ainsi, l\u2019on compte six \u0153uvres d\u2019Ha\u00efti \u2013 relues au moins deux fois par le personnage \u2013 contre une de Martinique et une de la R\u00e9union.<\/p>\n<p><strong>Coda<\/strong><\/p>\n<p><strong>Kokliko est un roman carib\u00e9en, voire am\u00e9ricain, riche de sa diversit\u00e9 langagi\u00e8re. Le bilinguisme compos\u00e9 franco-cr\u00e9ole qui le caract\u00e9rise s\u2019\u00e9loigne compl\u00e8tement du concept de diglossie. Car ailleurs, notamment dans Oliwon d\u2019imaginaire cr\u00e9ole, Rudy Rabahataly prouve les comp\u00e9tences et les performances linguistiques qui permettent de justifier nettement son bilinguisme par une pratique autonome et par une juste consid\u00e9ration de ses deux langues. Ici, dans le corps \u00e0 corps linguistique entre le fran\u00e7ais et le cr\u00e9ole, il y a c\u00e9l\u00e9bration de deux terres consanguines. C\u2019est aussi une vision et une esth\u00e9tique intercr\u00e9oles qui sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9es, pour habiter la terre en po\u00e9sie, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Monchoachi qui ouvre \u00ab\u00a0grand son lakou (sa clairi\u00e8re)\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0y accueillir r\u00e9sonner sous le ciel la musique de la terre, car il aura trouv\u00e9 le ton qui s\u2019y accorde et la mani\u00e8re d\u2019y mener vibrer sa voix.<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\"><sup>[29]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Pawol anba fey, Editions Jasor, 2013, 206 pages.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Oliwon d\u2019imaginaire cr\u00e9ole, K\u00e9ditions, 2024, 200 pages.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Kokliko, CARA\u00cfB\u00c9DITIONS, 2024, 272 pages.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Maximilien Laroche, La double sc\u00e8ne de la repr\u00e9sentation\u00a0: Oraliture et litt\u00e9rature dans la Cara\u00efbe, Montr\u00e9al, GRELCA, 1991, p. 15.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> La piste \u00e9clairante\u00a0: le lieu de l\u2019accident mortel de Hurard-Simon Hort\u00e9gui \u00e9voqu\u00e9 par le narrateur \u00e0 la page 49\u00a0: \u00ab\u00a0la ravine sous le pont de Ferral\u00a0\u00bb qui relie Petit bourg et Grand bourg, autrement nomm\u00e9 Rivi\u00e8re-Sal\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> G\u00e9rard Dessons et Henri Meschonnic, Trait\u00e9 du rythme. Des vers et des proses, Paris, Dunod, 1998, p. 45.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Ibid., p. 28.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> De l\u2019expression cr\u00e9ole anba f\u00e8y, signifiant en secret, en sourdine\u2026<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Poser un lapin \u00e0 quelqu\u2019un, en fran\u00e7ais exog\u00e8ne (de France)\u00a0; donner un poteau \u00e0 quelqu\u2019un, en cr\u00e9ole ha\u00eftien.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Linge mis \u00e0 s\u00e9cher au soleil en vue de son blanchiment\u00a0: la majorit\u00e9 des mots cr\u00e9oles ha\u00eftien, martiniquais et guadeloup\u00e9en, sont explicit\u00e9s en fran\u00e7ais par l\u2019auteur en notes de bas de page dans le roman. Je traduis ici ce qui me para\u00eet le plus n\u00e9cessaire et des expressions importantes dont la traduction n\u2019est pas toujours satisfaisante.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> \u00ab\u00a0A la vol\u00e9e\u00a0\u00bb, selon l\u2019auteur.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Du cr\u00e9ole ha\u00eftien, signifiant \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9gant\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0bien mis\u00a0\u00bb\u2026<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Facile, ais\u00e9\u2026<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> \u00ab\u00a0Assouplissez la mur\u00e8ne pour la demoiselle, s\u2019il vous pla\u00eet\u2026\u00a0\u00bb, selon une note de l\u2019auteur.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Si tu es trop faible pour gagner, va-t\u2019en\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Le bouladjel est une polyrythmie de voix superpos\u00e9es, imitant des tambours qui font partie du gwoka guadeloup\u00e9en\u00a0: il est marqu\u00e9 par un \u00ab\u00a0va-et-vient\u00a0\u00bb appel\u00e9 voumvap en cr\u00e9ole.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Dans la ronde.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> \u00ab\u00a0Veill\u00e9es de danses et chants\u00a0\u00bb selon une note de l\u2019auteur.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a>Jean-Marc Terrine, La ronde des derniers ma\u00eetres du b\u00e8l\u00e8, HC \u00e9ditions, 2015. Dans le \u00ab\u00a0Glossaire\u00a0\u00bb \u00e0 la fin de l\u2019ouvrage\u00a0: \u00ab\u00a0expression artistique traditionnelle autour du chant, de la danse en quadrille et du tambour soutenu par des idiophones appel\u00e9s ti-bwa. Un genre que l\u2019on retrouve \u00e0 la Martinique, dans la r\u00e9gion de Sainte-Marie.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Gardien du cimeti\u00e8re qui entretient les \u00e2mes mortes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur et les \u00e2mes vivantes \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Jacques Stephen Alexis, Pr\u00e9sence Africaine, Sp\u00e9cial, N<sup>os<\/sup>8, 9 et 10, 1956, p. 258.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Jean Bernab\u00e9, Patrick Chamoiseau et Rapha\u00ebl Confiant, Eloge de la cr\u00e9olit\u00e9, Paris, Gallimard, 1989, p. 56.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> Lieu-dit de l\u2019assassinat de Jean-Jacques Dessalines, fondateur de la nation ha\u00eftienne.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Haut lieu historique, au nord d\u2019Ha\u00efti, rappelant la victoire finale contre l\u2019arm\u00e9e exp\u00e9ditionnaire de Napol\u00e9on Bonaparte \u00e0 Saint-Domingue par l\u2019arm\u00e9e indig\u00e8ne dirig\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral en chef Jean-Jacques Dessalines.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Grande place des h\u00e9ros de l\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 Port-au-Prince.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> E. Glissant, Le discours antillais, Paris, Gallimard, 1997, p. 728, 729.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> \u00ab\u00a0Je ne suis pas d\u2019ici mon capitaine, je suis de Jacmel\u2026\u00a0\u00bb, selon une note de l\u2019auteur.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> \u00ab\u00a0Chanteurs crooners ha\u00eftiens \u00e0 succ\u00e8s\u00a0\u00bb, selon une note de l\u2019auteur.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> Monchoachi, Retour \u00e0 la parole sauvage, Paris, Editions Lundimatin, 2023, p. 254.<\/em><\/p>\n<p data-start=\"720\" data-end=\"815\" data-is-last-node=\"\" data-is-only-node=\"\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans cette lecture \u00e9rudite et sensible, Jean-Durosier Desrivi\u00e8res explore le roman Kokliko de Rudy Rabathaly, paru en 2025. Il y d\u00e9voile une \u0153uvre singuli\u00e8re, qui unit les territoires, les langues et les m\u00e9moires de la Martinique et d\u2019Ha\u00efti dans un m\u00eame souffle po\u00e9tique et politique. 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