{"id":76213,"date":"2025-07-03T10:17:52","date_gmt":"2025-07-03T09:17:52","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=76213"},"modified":"2025-07-03T21:36:49","modified_gmt":"2025-07-03T20:36:49","slug":"sully-cally-la-memoire-battante-artisan-artiste-militant-du-tambour-martiniquais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/sully-cally-la-memoire-battante-artisan-artiste-militant-du-tambour-martiniquais\/","title":{"rendered":"SULLY CALLY, la m\u00e9moire battante : artisan, artiste, militant du tambour martiniquais"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<h2><em>Le tambour n\u2019est pas un instrument mort. Il est vivant. Il pulse, il raconte, il unit. Tant qu\u2019on l\u2019entendra r\u00e9sonner, on saura d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. Et \u00e7a, c\u2019est inestimable.<\/em><\/h2>\n<\/blockquote>\n<h2>Dans un atelier en bois parfum\u00e9 aux senteurs de nature et de m\u00e9moire, un homme fa\u00e7onne des tambours comme d&rsquo;autres \u00e9crivent des po\u00e8mes ou construisent des cath\u00e9drales. SULLY CALLY, artiste martiniquais aux multiples vies, est devenu au fil du temps l\u2019un des rares facteurs de tambours de la Martinique. Apr\u00e8s une jeunesse marqu\u00e9e par la sc\u00e8ne, la musique, le cin\u00e9ma, les tourn\u00e9es culturelles et l\u2019\u00e9criture, il a choisi de revenir \u00e0 la mati\u00e8re premi\u00e8re : le bois. Plus qu\u2019un artisan, il est aujourd\u2019hui un t\u00e9moin, un passeur, un militant discret mais essentiel de la culture martiniquaise. Entretien avec un homme habit\u00e9 par la m\u00e9moire, l\u2019engagement et le tambour.<\/h2>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-76215 size-full alignleft\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/WhatsApp-Image-2025-07-01-at-09.05.08-e1751533980611.jpeg\" alt=\"\" width=\"360\" height=\"610\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/WhatsApp-Image-2025-07-01-at-09.05.08-e1751533980611.jpeg 360w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/WhatsApp-Image-2025-07-01-at-09.05.08-e1751533980611-150x254.jpeg 150w\" sizes=\"(max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><\/p>\n<p><strong>Votre vie a commenc\u00e9 loin du tambour. Quels ont \u00e9t\u00e9 vos premiers pas dans le monde artistique ?<\/strong><br \/>\nJe suis n\u00e9 dans un contexte simple, sans moyens, mais avec beaucoup d\u2019amour et d\u2019h\u00e9ritages invisibles. Tr\u00e8s jeune, je suis parti en France, comme beaucoup d\u2019Antillais \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Et c\u2019est l\u00e0, dans les ann\u00e9es 60 et 70, que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019art sous toutes ses formes : la musique, le th\u00e9\u00e2tre, la sc\u00e8ne. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 embarqu\u00e9 dans cette dynamique culturelle tr\u00e8s forte, o\u00f9 les Antillais en exil se retrouvaient pour cr\u00e9er, chanter, jouer, r\u00e9sister aussi, quelque part. J\u2019ai mont\u00e9 des groupes, particip\u00e9 \u00e0 des MJC, j\u2019ai m\u00eame jou\u00e9 dans des films et fait un peu de t\u00e9l\u00e9. J\u2019ai beaucoup voyag\u00e9, en France, en Guadeloupe, en Guyane, pour faire vivre notre culture.<\/p>\n<p><strong>Vous parlez souvent de cette \u00e9poque avec \u00e9motion. Qu\u2019est-ce qui vous a le plus marqu\u00e9 ?<\/strong><br \/>\nL\u2019\u00e9nergie. La fraternit\u00e9 aussi. On \u00e9tait peu, mais on croyait qu\u2019on pouvait tout faire. C\u2019\u00e9tait les d\u00e9buts des grands mouvements culturels afro-carib\u00e9ens en m\u00e9tropole. Je faisais partie d\u2019un groupe qui s\u2019appelait <em>Acacia<\/em>, on se produisait dans des lieux mythiques, \u00e0 l\u2019h\u00e9micycle Gaumont ou ailleurs. On dansait, on chantait, on parlait cr\u00e9ole sans honte. C\u2019\u00e9tait une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on construisait quelque chose. On avait des choses \u00e0 dire, \u00e0 revendiquer, \u00e0 transmettre. C\u2019est cette \u00e9poque qui m\u2019a form\u00e9, qui m\u2019a donn\u00e9 la force.<\/p>\n<p><strong>Et puis vous vous \u00eates tourn\u00e9 vers l\u2019\u00e9criture. Pourquoi ?<\/strong><br \/>\nParce que je voulais documenter. L\u2019oral, c\u2019est bien, mais \u00e7a s\u2019efface. J\u2019ai vu trop de talents dispara\u00eetre sans laisser de trace. J\u2019ai donc d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9crire, pour rendre hommage. Mon premier livre est sorti en 1981. Ensuite, j\u2019ai r\u00e9\u00e9dit\u00e9 un autre sur la Martinique, puis j\u2019ai entrepris une grande \u0153uvre : raconter la vie de 119 musiciens antillais. Un travail immense, qui m\u2019a pris des ann\u00e9es. Mais c\u2019est important de nommer, de consigner, de dire qui a fait quoi. L\u2019histoire de notre musique, de nos artistes, ne doit pas \u00eatre oubli\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Et le tambour dans tout \u00e7a ? Comment est-il entr\u00e9 dans votre vie ?<\/strong><br \/>\nLe tambour \u00e9tait toujours l\u00e0, en fond sonore. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 en jouer au Groupe Accacia de la MJ C du Gros Morne puis \u00e0 Paris. Mais c\u2019est beaucoup plus tard, en revenant au pays, que j\u2019ai eu un d\u00e9clic. En fouillant dans les papiers de famille, j\u2019ai d\u00e9couvert que mes arri\u00e8re-grands-parents, mon grand-p\u00e8re, travaillaient le bois. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 un choc. Comme un appel. J\u2019ai compris que le bois, c\u2019\u00e9tait dans mon sang. Et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 fabriquer des tambours. Au d\u00e9but pour moi, puis pour les autres. Je me suis form\u00e9, j\u2019ai appris la tournure, les techniques de chauffe, les secrets du cintrage. Et peu \u00e0 peu, c\u2019est devenu mon m\u00e9tier.<\/p>\n<p><strong>Comment fabrique-t-on un tambour ?<\/strong><br \/>\nC\u2019est tout un art. Il faut choisir le bon bois, le travailler, le mouiller, le chauffer pour le courber. Il faut sentir la mati\u00e8re, la respecter. Un tambour, ce n\u2019est pas juste un cylindre avec une peau tendue dessus. C\u2019est une caisse de r\u00e9sonance, un corps vivant. Il y a toute une science derri\u00e8re, que j\u2019ai apprise en autodidacte, avec des livres, des essais, de l\u2019observation. Et aujourd\u2019hui, je suis capable de faire un tambour en trois ou quatre jours. Mais chaque pi\u00e8ce est unique. Je travaille avec des bois locaux, mais aussi avec des essences venues d\u2019ailleurs, comme le ch\u00eane. C\u2019est une combinaison de tradition, d\u2019innovation et de passion.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-76255\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/cally.jpeg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"673\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/cally.jpeg 800w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/cally-150x126.jpeg 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/cally-450x379.jpeg 450w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/cally-768x646.jpeg 768w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/cally-600x505.jpeg 600w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n<p><strong>Vous avez aussi un r\u00f4le important dans la structuration de la fili\u00e8re bois \u00e0 la Martinique\u2026<\/strong><br \/>\nOui. Je suis Vice pr\u00e9sident et Administrateur de Fibwa organisme mis en place pour relancer la fili\u00e8re du bois depuis 2 ans, et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 vice-pr\u00e9sident d\u2019une coop\u00e9rative autour du bois. C\u2019est important pour moi de ne pas \u00eatre seulement dans l\u2019atelier. Il faut structurer, partager, sensibiliser. Le bois, c\u2019est une ressource pr\u00e9cieuse ici. Mais il faut l\u2019exploiter intelligemment. Le tambour peut \u00eatre une vitrine pour cette fili\u00e8re. Une mani\u00e8re de relier nature, culture, \u00e9conomie.<\/p>\n<p><strong>Est-ce difficile de vivre de ce m\u00e9tier aujourd\u2019hui ?<\/strong><br \/>\nTr\u00e8s difficile. Il y a peu de d\u00e9bouch\u00e9s, peu de reconnaissance. Les institutions ne voient pas forc\u00e9ment l\u2019int\u00e9r\u00eat de soutenir ces savoir-faire. Et surtout, il n\u2019y a pas de rel\u00e8ve. Les jeunes ne s\u2019y int\u00e9ressent pas ou ne savent m\u00eame pas que ce m\u00e9tier existe. C\u2019est un m\u00e9tier exigeant, qui demande de la patience, de la pr\u00e9cision, de la force aussi. Moi, je le fais parce que j\u2019aime \u00e7a. Mais je suis inquiet. Si personne ne reprend, \u00e7a va dispara\u00eetre. Comme les mar\u00e9chaux-ferrants, comme les cordonniers. Un pan entier de notre culture va s\u2019\u00e9teindre.<\/p>\n<p><strong>Avez-vous form\u00e9 des personnes ?<\/strong><br \/>\nOui, j\u2019ai aid\u00e9, conseill\u00e9, notamment Jean Charles Jupiter, qui a son atelier \u00e0 la maison du B\u00e8l\u00e8 \u00e0 Sainte-Marie, un jeune artisan tr\u00e8s prometteur qui a son atelier \u00e0 Bellefontaine. Mais il est quasiment seul. Il faudrait une vraie politique de formation, un soutien concret. J\u2019ai propos\u00e9 des choses. Mais souvent, on me regarde comme un dinosaure. Pourtant, ce que je fais est essentiel. Le tambour est un instrument de r\u00e9sistance, un outil identitaire. C\u2019est notre histoire qui r\u00e9sonne dedans.<\/p>\n<p><strong>Vous avez parfois des mots durs sur la situation culturelle en Martinique. Pourquoi ?<\/strong><br \/>\nParce que je suis lucide. On parle beaucoup de patrimoine, mais on ne fait pas grand-chose pour le pr\u00e9server. Il faudrait une politique culturelle forte, connect\u00e9e au r\u00e9el. Le tambour, ce n\u2019est pas folklorique. C\u2019est vital. S\u2019il dispara\u00eet, c\u2019est notre rapport au monde qui se fragilise. Et puis, soyons francs : il y a un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat. Si la Martinique \u00e9tait ind\u00e9pendante, peut-\u00eatre qu\u2019on d\u00e9fendrait davantage notre culture. L\u00e0, on subit. Et pendant ce temps, nos traditions se perdent.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-76256\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/sullycally3.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"452\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/sullycally3.jpg 800w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/sullycally3-150x85.jpg 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/sullycally3-450x254.jpg 450w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/sullycally3-768x434.jpg 768w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/sullycally3-600x339.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n<p><strong>Malgr\u00e9 cela, vous continuez avec passion.<\/strong><br \/>\nOui. Parce que c\u2019est ce qui me tient debout. J\u2019ai mont\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9, <strong>Manufacture Musicale des \u00celes<\/strong>, qui fait des livres, des disques, des tambours. Je fabrique, je cr\u00e9e, je transmets. Je ne peux pas m\u2019arr\u00eater. C\u2019est ma mission. Et puis j\u2019y crois. Je crois qu\u2019il y a encore des jeunes qui peuvent s\u2019int\u00e9resser, s\u2019engager. Il faut leur tendre la main, leur dire que c\u2019est possible.<\/p>\n<p><strong>Quel message aimeriez-vous faire passer \u00e0 cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration ?<\/strong><br \/>\nFaites quelque chose que vous aimez. \u00c9coutez vos anc\u00eatres. Touchez la mati\u00e8re. Prenez le temps d\u2019apprendre. Et surtout, soyez fiers de qui vous \u00eates. Le tambour n\u2019est pas un instrument mort. Il est vivant. Il pulse, il raconte, il unit. Tant qu\u2019on l\u2019entendra r\u00e9sonner, on saura d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. Et \u00e7a, c\u2019est inestimable.<\/p>\n<p><em>Reportage &#8211; Textes &amp; photos &#8211; Roland Dorival \/ Philippe Pied<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><em>*Fibois France est l\u2019association qui regroupe et f\u00e9d\u00e8re les <span class=\"has-inline-color has-dark-gray-color\">12<\/span><span class=\"has-inline-color has-green-color\">\u00a0<\/span><span class=\"has-inline-color has-dark-gray-color\">interprofessions r\u00e9gionales\u00a0<\/span>de la fili\u00e8re for\u00eat-bois.<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong><em>Interlocutrice privil\u00e9gi\u00e9e au niveau national, elle\u00a0<span class=\"has-inline-color has-dark-gray-color\">porte une parole commune<\/span>\u00a0aupr\u00e8s des pouvoirs publics et des partenaires nationaux.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Fibois France, le r\u00e9seau d\u2019interprofessions r\u00e9gionales de la fili\u00e8re for\u00eat-bois, a comme mission de d\u00e9velopper des actions interr\u00e9gionales li\u00e9es \u00e0 la for\u00eat et au mat\u00e9riau bois :<\/em><\/strong><\/p>\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong><em>En favorisant la\u00a0concertation et l\u2019\u00e9change\u00a0d\u2019informations entre les Fibois.<\/em><\/strong><\/li>\n<li><strong><em>En favorisant et\u00a0accompagnant la mise en place d\u2019outils, de services et d\u2019actions\u00a0dans un cadre local, r\u00e9gional, interr\u00e9gional.<\/em><\/strong><\/li>\n<li><strong><em>En\u00a0repr\u00e9sentant\u00a0les Fibois aupr\u00e8s des partenaires nationaux de la fili\u00e8re for\u00eat et bois.<\/em><\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le tambour n\u2019est pas un instrument mort. 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