{"id":76603,"date":"2025-07-10T17:27:42","date_gmt":"2025-07-10T16:27:42","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=76603"},"modified":"2025-07-10T17:29:49","modified_gmt":"2025-07-10T16:29:49","slug":"outre-mer-changement-de-cap-strategique-ou-nouveau-paradigme-institutionnel-une-tribune-de-jm-nol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/outre-mer-changement-de-cap-strategique-ou-nouveau-paradigme-institutionnel-une-tribune-de-jm-nol\/","title":{"rendered":"Outre-mer : changement de cap strat\u00e9gique ou nouveau paradigme institutionnel ? Une tribune de JM.NOL"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><em><strong><span style=\"font-size: 14px\">La politique ultramarine fran\u00e7aise semble aujourd\u2019hui entrer dans une zone de turbulence annonciatrice d\u2019un basculement strat\u00e9gique majeur. Le gouvernement, \u00e0 travers des signaux faibles mais convergents, semble vouloir redessiner les contours de sa relation avec les territoires d\u2019outre-mer.<\/span><\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14px\">Sans les ultramarins<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14px\">Le Comit\u00e9 interminist\u00e9riel des Outre-mer (CIOM), pr\u00e9vu le 10 juillet 2025 \u00e0 Paris, se tiendra sans la pr\u00e9sence des \u00e9lus ultramarins, ce qui en dit long sur la nouvelle orientation que prend l\u2019ex\u00e9cutif. Derri\u00e8re le choix assum\u00e9 d\u2019un format restreint se profile une volont\u00e9 de reprise en main politique, \u00e9conomique, administrative, s\u00e9curitaire et budg\u00e9taire. Cette absence de dialogue direct avec les repr\u00e9sentants des territoires pourrait appara\u00eetre comme une entorse aux principes de concertation, mais en fait elle semble surtout r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019un changement de paradigme ou, \u00e0 tout le moins, d\u2019une inflexion strat\u00e9gique qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre analys\u00e9e. \u00a0 \u00a0<\/span>Ce changement de ton s\u2019inscrit dans un contexte o\u00f9 la Nouvelle-Cal\u00e9donie, laboratoire historique d\u2019exp\u00e9rimentations institutionnelles, traverse une crise politique et \u00e9conomique sans pr\u00e9c\u00e9dent. Les chiffres sont accablants : chute du PIB de 10 \u00e0 15 % en 2024, destruction de 13 000 emplois salari\u00e9s, effondrement de la production m\u00e9tallurgique, recul drastique de la consommation, de l\u2019activit\u00e9 bancaire, du tourisme, du BTP et m\u00eame de l\u2019offre hospitali\u00e8re. L\u2019\u00e9meute sociale s\u2019est ajout\u00e9e \u00e0 un mod\u00e8le \u00e9conomique d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9 par une trop forte d\u00e9pendance au nickel.<\/p>\n<p>Ce marasme \u00e9conomique et cette instabilit\u00e9 politique ont pouss\u00e9 l\u2019ex\u00e9cutif \u00e0 mettre sur la table une proposition in\u00e9dite : celle d\u2019un \u00c9tat associ\u00e9 \u00e0 la France, formule institutionnelle \u00e0 ce jour inexplor\u00e9e en droit fran\u00e7ais. Il ne fait gu\u00e8re de doute que cette tentative de red\u00e9finition des relations entre l\u2019\u00c9tat et un territoire autonome sert de toile de fond \u00e0 une r\u00e9vision plus large de la strat\u00e9gie outre-mer.<\/p>\n<p><b>Un signal clair aux Antilles et \u00e0 la Guyane<\/b><\/p>\n<p>D\u00e8s lors, comment ne pas voir dans ce virage cal\u00e9donien un signal adress\u00e9 aux autres territoires ultramarins, et notamment aux Antilles et \u00e0 la Guyane, o\u00f9 les revendications d\u2019autonomie reviennent avec insistance ? La d\u00e9cision d\u2019\u00e9carter les \u00e9lus du prochain CIOM peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une r\u00e9ponse anticip\u00e9e \u00e0 ces aspirations locales : \u00e9viter la tribune politique, contourner les discours symboliques, pour ne laisser place qu\u2019aux arbitrages techniques, minist\u00e9riels et budg\u00e9taires.<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>En somme, il s\u2019agirait plus de n\u00e9gocier des compromis institutionnels sur la base de revendications identitaires, et de rationaliser, dans une logique comptable et gestionnaire, l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat en Outre-mer.<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Une recentralisation silencieuse par la technocratie pr\u00e9fectorale ?<\/strong><\/p>\n<p>Le gouvernement, en se reposant d\u00e9sormais sur les pr\u00e9fets pour \u00e9laborer des propositions d\u2019adaptation des politiques publiques locales, semble vouloir court-circuiter les appareils politiques traditionnels. La m\u00e9thode peut s\u00e9duire par sa volont\u00e9 d\u2019efficacit\u00e9, mais elle pose une question d\u00e9mocratique centrale : l\u2019avenir des territoires peut-il se construire sans leurs repr\u00e9sentants ?<\/p>\n<p>Peut-on d\u00e9cider de la strat\u00e9gie ultramarine depuis Paris, en s\u2019affranchissant des d\u00e9bats locaux, m\u00eame si ceux-ci sont parfois min\u00e9s par des postures id\u00e9ologiques ou des oppositions st\u00e9riles notamment en Guyane ?<\/p>\n<p><strong>Le retour du \u201cqui paye d\u00e9cide\u201d ?<\/strong><\/p>\n<p>Derri\u00e8re la technocratie assum\u00e9e, se dessine peut-\u00eatre un retour masqu\u00e9 au principe du \u201cqui paye d\u00e9cide\u201d, vieil adage gaullien qui ressurgit d\u00e8s lors que les tensions budg\u00e9taires deviennent trop fortes. Dans un contexte o\u00f9 les finances publiques sont sous pression et o\u00f9 l\u2019\u00c9tat cherche \u00e0 rationaliser ses d\u00e9penses, les territoires ultramarins apparaissent comme des postes de co\u00fbts \u00e0 mieux contr\u00f4ler.<\/p>\n<p>Mais ce prisme comptable suffit-il \u00e0 expliquer le changement en cours ? Ne s\u2019agit-il pas aussi d\u2019un repositionnement politique, dict\u00e9 par la peur de voir d\u2019autres territoires demander une autonomie que l\u2019exemple cal\u00e9donien vient brutalement discr\u00e9diter ?<\/p>\n<p><b>L\u2019autonomie cal\u00e9donienne, contre-mod\u00e8le ou pr\u00e9texte ?<\/b><\/p>\n<p>Car si la Nouvelle-Cal\u00e9donie b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un statut d\u2019autonomie tr\u00e8s avanc\u00e9, presque \u00e9tatique, elle n\u2019en demeure pas moins tr\u00e8s vuln\u00e9rable, d\u00e9pendante \u00e9conomiquement, et expos\u00e9e \u00e0 une instabilit\u00e9 politique chronique. L\u2019effondrement \u00e9conomique de 2024, exacerb\u00e9 par les violences, agit comme un repoussoir pour toutes les autres collectivit\u00e9s tent\u00e9es par une autonomie renforc\u00e9e qui pourrait \u00e0 terme d\u00e9boucher sur l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>En cela, la Nouvelle-Cal\u00e9donie devient un exemple \u2014 ou plut\u00f4t un contre-exemple.<\/p>\n<p><b>Une hi\u00e9rarchie implicite entre expertise et d\u00e9mocratie<\/b><\/p>\n<p>Ce retournement de logique strat\u00e9gique pourrait bien red\u00e9finir durablement le rapport entre la R\u00e9publique et ses territoires ultramarins. Dans cette nouvelle configuration, l\u2019\u00c9tat entend reprendre la main, fixer les r\u00e8gles, cadrer les priorit\u00e9s, et dicter les feuilles de route dans le cadre d\u2019une \u00e9ventuelle \u00e9volution statutaire.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le des \u00e9lus locaux est renvoy\u00e9 \u00e0 plus tard, \u00e0 une consultation de la population \u201cdans la foul\u00e9e\u201d, comme l\u2019\u00e9crit Manuel Valls, ce qui en dit long sur la hi\u00e9rarchie implicite entre expertise administrative et volont\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p><strong>Une R\u00e9publique recentralis\u00e9e peut-elle encore convaincre ?<\/strong><\/p>\n<p>Mais \u00e0 vouloir contr\u00f4ler une autonomie depuis Paris, le gouvernement ne risque-t-il pas d\u2019alimenter un ressentiment durable dans les territoires ? Car ce changement de strat\u00e9gie, s\u2019il n\u2019est pas nomm\u00e9 comme tel, s\u2019il ne s\u2019accompagne pas d\u2019un v\u00e9ritable d\u00e9bat national sur la place des Outre-mer dans la R\u00e9publique, pourrait \u00eatre per\u00e7u comme une recentralisation autoritaire, dissimul\u00e9e derri\u00e8re une rh\u00e9torique d\u2019efficacit\u00e9.<\/p>\n<blockquote><p><em>La question demeure enti\u00e8re : s\u2019agit-il d\u2019un changement de paradigme, fond\u00e9 sur une nouvelle vision de la relation entre l\u2019\u00c9tat et les territoires ? Ou s\u2019agit-il simplement d\u2019un repli strat\u00e9gique, dict\u00e9 par la peur du pr\u00e9c\u00e9dent cal\u00e9donien et le besoin de reprendre la main sur des revendications jug\u00e9es trop d\u00e9stabilisatrices pour la coh\u00e9sion nationale ?<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Un d\u00e9bat fondamental pour l\u2019avenir de la R\u00e9publique<\/strong><\/p>\n<p>Dans l\u2019un ou l\u2019autre cas, ce qui se joue actuellement d\u00e9passe de loin le cadre du prochain CIOM. C\u2019est toute la question de l\u2019avenir institutionnel des Outre-mer qui est en suspens.<\/p>\n<p><strong>La France peut-elle encore se permettre de g\u00e9rer ses territoires \u00e9loign\u00e9s comme des dossiers administratifs<\/strong> ?<br \/>\nPeut-elle continuer \u00e0 leur imposer des solutions dans un contexte de changement statutaire qu\u2019elle appelle de ses v\u0153ux depuis l\u2019\u00e8re Sarkozy, sans les associer pleinement aux d\u00e9cisions ? Ou doit-elle, au contraire, accepter l\u2019id\u00e9e que ces territoires m\u00e9ritent une place sp\u00e9cifique, concert\u00e9e, dans le fonctionnement de la R\u00e9publique ?<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat reste ouvert, mais une chose est s\u00fbre : le temps de la simple gestion technocratique de l\u2019assimilation inh\u00e9rente \u00e0 la d\u00e9partementalisation touche \u00e0 ses limites.<\/p>\n<p><b>JM \u00a0NOL Pr\u00e9sident du cercle des \u00e9conomistes de la Guadeloupe \u00a0<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La politique ultramarine fran\u00e7aise semble aujourd\u2019hui entrer dans une zone de turbulence annonciatrice d\u2019un basculement strat\u00e9gique majeur. Le gouvernement, \u00e0 travers des signaux faibles mais convergents, semble vouloir redessiner les contours de sa relation avec les territoires d\u2019outre-mer. 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