{"id":76633,"date":"2025-07-11T23:15:10","date_gmt":"2025-07-11T22:15:10","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=76633"},"modified":"2025-07-11T23:15:10","modified_gmt":"2025-07-11T22:15:10","slug":"a-propos-de-lecovillage-de-ducos-une-tribune-de-larchitecte-gustavo-torres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/a-propos-de-lecovillage-de-ducos-une-tribune-de-larchitecte-gustavo-torres\/","title":{"rendered":"\u00c0 propos de \u00ab l\u2019\u00e9covillage \u00bb de Ducos. Une tribune de l&rsquo;architecte Gustavo Torr\u00e8s"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><em><b><span style=\"font-size: 14px\">\u2013 Et jusqu\u2019\u00e0 quand pensez-vous qu\u2019on peut continuer dans cet aller et venir de fous ?<\/span><span style=\"font-size: 14px\"><br \/>\n<\/span><\/b><\/em><\/p>\n<p><em><b>Florentino Ariza avait la r\u00e9ponse toute pr\u00eate depuis cinquante-trois ans, sept mois et huit jours avec ses nuits.<\/b><\/em><\/p>\n<p><em><b>Il dit alors : \u2013 Toute la vie.<\/b><\/em><\/p>\n<p><em><b>\u2014 Gabriel Garc\u00eda M\u00e1rquez, Cien a\u00f1os de soledad, 1967.<\/b><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab <strong>\u00c9covillage \u00bb : un doux euph\u00e9misme pour un vieux mod\u00e8le<\/strong><\/p>\n<p>Vous \u00eates encore l\u00e0, vous, \u00e0 b\u00e2tir des zones ? D\u00e9j\u00e0 pour la Galleria, on nous disait que c\u2019\u00e9tait \u00ab ma ville \u00e0 moi \u00bb\u2026 Il ne faut jamais oublier que les vautours avancent toujours masqu\u00e9s, usant d\u2019un vocabulaire convenable envelopp\u00e9 d\u2019euph\u00e9mismes flatteurs. Dire aujourd\u2019hui \u00ab \u00e9covillage \u00bb n\u2019est qu\u2019une \u00e9dulcoration malhonn\u00eate pour recommencer ce qu\u2019on fait et refait depuis soixante ans : une zone commerciale entour\u00e9e de parkings sur un terrain soi-disant vague.<\/p>\n<p><strong>60 ans d\u2019urbanisation \u00e0 l\u2019horizontale : un choix destructeur<\/strong><\/p>\n<p>Depuis l\u2019arriv\u00e9e des \u00ab architectes des colonies \u00bb dans les ann\u00e9es 1930 \u2014 envoy\u00e9s pour nous vendre le modernisme et le b\u00e9ton arm\u00e9 \u2014, puis apr\u00e8s-guerre avec la d\u00e9partementalisation, la Martinique subit passivement les injonctions spatiales de la m\u00e8re-polis. Nous avons particip\u00e9 au saccage sans piti\u00e9 du maigre territoire dont nous disposons. Notre entr\u00e9e volontaire dans l\u2019assimilation, cens\u00e9e nous sauver de la mis\u00e8re, nous a certes apport\u00e9 l\u2019opulence \u2014 si, si \u2014 mais la plus b\u00eate d\u2019entre toutes : celle de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation.<\/p>\n<p><strong>Le mythe de la modernit\u00e9 : b\u00e9ton, zonage et gaspillage<\/strong><\/p>\n<p>La modernit\u00e9 qui s\u2019en est suivie nous a apport\u00e9 son lot dogmatique pour l\u2019am\u00e9nagement de l\u2019espace, puis\u00e9 dans la Charte d\u2019Ath\u00e8nes de 1933 et les id\u00e9es simplistes de quelques architectes ma\u00eetres en communication. Habiter, travailler, se d\u00e9tendre : ces activit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9es les unes des autres, parqu\u00e9es dans des zones monoth\u00e9matiques reli\u00e9es par le r\u00e9seau sacr\u00e9 de la circulation automobile.<\/p>\n<p><strong>Un mod\u00e8le \u00e0 bout de souffle : inadapt\u00e9 \u00e0 un territoire fini<\/strong><\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le, infantile mais dominant depuis la reconstruction d\u2019apr\u00e8s-guerre, repose sur l\u2019id\u00e9e folle que l\u2019espace serait infini. Comme le mythe d\u2019une plan\u00e8te aux ressources in\u00e9puisables. Le r\u00e9sultat ? Des zones utilis\u00e9es un tiers du temps seulement, des infrastructures gaspill\u00e9es, des investissements dilapid\u00e9s. Pour un territoire de 1 000 km\u00b2, dont une large part est inconstructible, ce n\u2019est plus de la b\u00eatise, c\u2019est de l\u2019irresponsabilit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Trois mamelles et z\u00e9ro mixit\u00e9 : la trinit\u00e9 funeste du b\u00e2ti martiniquais<\/strong><\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 1960, nous anthropisons notre \u00eele \u00e0 l\u2019horizontale, nourris du lait des trois mamelles de notre bo\u00eete \u00e0 outils : les lotissements, les zones (artisanales, commerciales, industrielles\u2026) et les cit\u00e9s HLM. Ce mod\u00e8le s\u2019est doubl\u00e9 d\u2019une sp\u00e9cialisation des op\u00e9rateurs : les uns font du collectif, les autres du pavillonnaire, d\u2019autres encore du commercial. Aucun ne pense ni ne pratique la mixit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Quand la ville savait encore penser la complexit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>La ville, depuis longtemps, avait pourtant su inventer la superposition des usages. Non seulement pour rentabiliser l\u2019espace et les investissements, mais surtout pour r\u00e9pondre \u00e0 la complexit\u00e9 sociale. Une coh\u00e9sion urbaine d\u00e9mantel\u00e9e par la bourgeoisie du XIXe si\u00e8cle, ses sulkys, ses ascenseurs et son go\u00fbt pour l\u2019entre-soi m\u00e9prisant.<\/p>\n<p><strong>Fort-de-France en exemple : la p\u00e9riph\u00e9rie a tu\u00e9 le centre<\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la propagande fait croire que le bonheur r\u00e9side dans une villa avec piscine, en lotissement. Mais c\u2019est un mensonge devenu intenable. Construire une nouvelle zone commerciale alors que le bourg se dess\u00e8che est de la paresse intellectuelle et de la cupidit\u00e9. Regardez Fort-de-France, vid\u00e9 de ses fonctions par l\u2019urbanisation p\u00e9riph\u00e9rique et les lotissements abscons.<\/p>\n<p><strong>L\u2019urbanisme individualiste contre la soci\u00e9t\u00e9 collective<\/strong><\/p>\n<p>Chaque zone sp\u00e9cialis\u00e9e, chaque lotissement isol\u00e9, chaque cit\u00e9 construite \u00ab au milieu de nulle part \u00bb est un assassin silencieux des bourgs. Et l\u2019isolement impos\u00e9 par ce mod\u00e8le encourage le d\u00e9litement social. Le vivre-ensemble se disloque dans cette organisation spatiale, miroir du mod\u00e8le consum\u00e9riste individualiste.<\/p>\n<p><strong>La d\u00e9mission des institutions d\u2019am\u00e9nagement<\/strong><\/p>\n<p>Quant \u00e0 la mairie, elle se cache derri\u00e8re la r\u00e9glementation\u2026 qu\u2019elle a elle-m\u00eame fa\u00e7onn\u00e9e. La DATAR ne nous envoie plus de plans annuels. Le SAR et le SMVM sont abandonn\u00e9s, les SCOT non suivis. Restent les PLU, externalis\u00e9s \u00e0 des bureaux d\u2019\u00e9tudes sans vision globale. Il n\u2019y a plus de pens\u00e9e partag\u00e9e, plus de coordination. Seulement des int\u00e9r\u00eats strictement municipaux.<\/p>\n<p><strong>Des maires au pied du mur : sortir de la logique micro-territoriale<\/strong><\/p>\n<p>La Martinique n\u2019a plus de structure politique globale. Son avenir est entre les mains de maires devenus roitelets de micro-territoires. Ils doivent sortir de cette satisfaction client\u00e9liste, \u00e9largir leur horizon, imaginer une vision commune de l\u2019espace insulaire.<\/p>\n<p><strong>Une nouvelle \u00e9thique de l\u2019espace : frugalit\u00e9, sobri\u00e9t\u00e9, mixit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Comme pour l\u2019exploitation des ressources naturelles, il est temps d\u2019arr\u00eater la fuite en avant. Il faut adopter une logique de sobri\u00e9t\u00e9, de frugalit\u00e9, de respect de l\u2019espace. Apprendre \u00e0 produire et consommer moins, mais mieux. Et cesser de vivre comme des enfants g\u00e2t\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9inventer la ville martiniquaise : verticale, plurielle, solidaire<\/strong><\/p>\n<p>Il nous faut r\u00e9inventer la ville : complexe, plurielle, ouverte. Cr\u00e9er des hangars pour les artisans, des galeries pour les commerces, des bureaux, mais les m\u00ealer \u00e0 des logements divers, des \u00e9coles, des espaces publics. Oser la verticalit\u00e9. Les op\u00e9rateurs devront s\u2019adapter. Mais nos enfants nous remercieront.<\/p>\n<p><b>Par Gustavo Torres, architecte<\/b><\/p>\n<p>(Les intertitres sont de la R\u00e9daction.)<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2013 Et jusqu\u2019\u00e0 quand pensez-vous qu\u2019on peut continuer dans cet aller et venir de fous ? Florentino Ariza avait la r\u00e9ponse toute pr\u00eate depuis cinquante-trois ans, sept mois et huit jours avec ses nuits. 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