{"id":76665,"date":"2025-07-12T18:12:28","date_gmt":"2025-07-12T17:12:28","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=76665"},"modified":"2025-07-12T18:12:28","modified_gmt":"2025-07-12T17:12:28","slug":"martinique-et-guadeloupe-produire-pour-vivre-produire-pour-faire-baisser-les-prix-un-regard-de-gdc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/martinique-et-guadeloupe-produire-pour-vivre-produire-pour-faire-baisser-les-prix-un-regard-de-gdc\/","title":{"rendered":"Martinique et Guadeloupe : produire pour vivre, produire pour faire baisser les prix  Un Regard de Gdc"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p><span style=\"font-size: 14px\"><b><i>L\u2019un des axes centraux du projet de loi contre la vie ch\u00e8re, pr\u00e9sent\u00e9 par le ministre des Outre-mer Manuel Valls, vise \u00e0 rompre avec la d\u00e9pendance aux importations et \u00e0 favoriser la production locale. Cette ambition marque un tournant. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les r\u00e9ponses apport\u00e9es aux surco\u00fbts en Outre-mer s\u2019articulaient autour de mesures correctrices telles que les aides au transport, les exon\u00e9rations fiscales ou les tentatives de r\u00e9gulation des prix. Mais ces dispositifs, souvent co\u00fbteux et peu efficaces sur le long terme, ne s\u2019attaquent pas aux causes structurelles du probl\u00e8me.<\/i><\/b><\/span><\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Lutter contre la vie ch\u00e8re par la production locale<\/strong><\/p>\n<p>La nouvelle strat\u00e9gie entend transformer la contrainte de la vie ch\u00e8re en un levier de relance productive. Il ne s\u2019agit plus de lisser artificiellement les prix pour prot\u00e9ger le pouvoir d\u2019achat, mais de renforcer les capacit\u00e9s de production locale, notamment dans les domaines agricole et agroalimentaire. Aujourd\u2019hui encore, les march\u00e9s de Martinique et de Guadeloupe sont largement domin\u00e9s par des produits import\u00e9s, standardis\u00e9s, souvent moins chers, alors que les produits locaux, moins comp\u00e9titifs, peinent \u00e0 s\u2019imposer.<\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable enjeu consiste \u00e0 structurer un appareil productif local capable de r\u00e9pondre \u00e0 la demande tout en \u00e9tant \u00e9conomiquement viable. Ce changement de paradigme \u2013 passer d\u2019une \u00e9conomie de comptoir \u00e0 une \u00e9conomie de production \u2013 n\u00e9cessite une mobilisation volontariste de moyens financiers, techniques et humains.<\/p>\n<p><strong>Un secteur agricole \u00e0 bout de souffle<\/strong><\/p>\n<p>La production locale de fruits et l\u00e9gumes repose majoritairement sur de petites exploitations familiales, dont la rentabilit\u00e9 est tr\u00e8s limit\u00e9e. Selon le r\u00e9f\u00e9rentiel technico-\u00e9conomique publi\u00e9 par Agrex Consulting en 2024, sur seize cultures \u00e9tudi\u00e9es, une seule permet \u00e0 l\u2019agriculteur d\u2019atteindre un revenu proche du SMIC, un seuil imm\u00e9diatement absorb\u00e9 par les charges d\u2019exploitation. La plupart des exploitations ne permettent ni \u00e9pargne, ni investissement, ni embauche. M\u00eame les exploitations de deux hectares, consid\u00e9r\u00e9es comme viables, terminent souvent l\u2019ann\u00e9e dans une situation d\u00e9ficitaire, contraintes \u00e0 un fonctionnement en mode survie. Ces r\u00e9sultats sont obtenus dans des conditions id\u00e9ales, sans prendre en compte les al\u00e9as climatiques, les maladies ou les interruptions d\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 cette pr\u00e9carit\u00e9 s\u2019ajoute un vieillissement pr\u00e9occupant de la profession.<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e2ge moyen des agriculteurs d\u00e9passe les cinquante ans et la faible rentabilit\u00e9 du secteur d\u00e9courage la rel\u00e8ve. Faute de moyens, de nombreux exploitants ne peuvent cultiver l\u2019ensemble de leur surface agricole utile, laissant des terres en friche. Le cercle vicieux se referme : pas de revenu, pas d\u2019investissement, pas de production.<\/p>\n<p><strong>Un syst\u00e8me d\u2019aides d\u00e9connect\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s du terrain<\/strong><\/p>\n<p>Les aides publiques cens\u00e9es soutenir l\u2019agriculture ultramarine, notamment les dispositifs europ\u00e9ens comme le POSEI ou le FEADER, ne b\u00e9n\u00e9ficient qu\u2019\u00e0 une minorit\u00e9 d\u2019exploitants. La majorit\u00e9 ne remplit pas les crit\u00e8res d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9, en particulier faute d\u2019\u00eatre int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 une Organisation de Producteurs reconnue. En Martinique, seules 7 000 tonnes de fruits et l\u00e9gumes sont officiellement comptabilis\u00e9es par la DAAF, alors que la production r\u00e9elle exc\u00e8de les 20 000 tonnes. Cette sous-estimation statistique entra\u00eene une r\u00e9duction m\u00e9canique des aides et une vision tronqu\u00e9e de la fili\u00e8re.<\/p>\n<p><b>Le cadre juridique actuel, bas\u00e9 sur un mod\u00e8le unique de reconnaissance des organisations de producteurs, est inadapt\u00e9 aux r\u00e9alit\u00e9s antillaises.<\/b><\/p>\n<p>Il exclut de nombreuses formes d\u2019organisation alternatives, mieux adapt\u00e9es au tissu agricole local. Cette rigidit\u00e9 emp\u00eache l\u2019\u00e9mergence de dynamiques collectives inclusives, fragilise la r\u00e9gularit\u00e9 des approvisionnements, et pousse la grande distribution \u00e0 s\u00e9curiser ses rayons par des importations, notamment depuis l\u2019Am\u00e9rique latine et les Cara\u00efbes hispaniques.<\/p>\n<p><b>Les unit\u00e9s de transformation agroalimentaire, bien que souvent financ\u00e9es par des fonds publics, peinent elles aussi \u00e0 trouver leur \u00e9quilibre \u00e9conomique. <\/b><\/p>\n<p>En cause, l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 de l\u2019approvisionnement, le co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 de la main-d\u2019\u0153uvre, et la faible taille du march\u00e9 local. Les volumes ne suffisent pas \u00e0 rentabiliser les \u00e9quipements, et les produits transform\u00e9s localement se retrouvent plus chers que les produits import\u00e9s, parfois venus de l\u2019autre bout du monde. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre contribue directement \u00e0 la vie ch\u00e8re.<\/p>\n<p><b>Revaloriser les aides et r\u00e9former le POSEI<\/b><\/p>\n<p>Le mod\u00e8le actuel ne permet pas aux petites et moyennes exploitations d\u2019acc\u00e9der aux aides indispensables \u00e0 leur survie. Le POSEI ne prend pas suffisamment en compte la diversit\u00e9 des formes d\u2019organisation ni les contraintes sp\u00e9cifiques des producteurs non int\u00e9gr\u00e9s dans les circuits officiels. L\u2019acc\u00e8s aux aides est r\u00e9serv\u00e9 aux structures disposant d\u2019une tr\u00e9sorerie ou d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019avance de fonds. Les pr\u00eats relais, th\u00e9oriquement disponibles, restent tr\u00e8s difficilement accessibles.<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me aggrave les in\u00e9galit\u00e9s entre exploitants, concentre les soutiens sur les plus structur\u00e9s, et renforce le sentiment d\u2019exclusion parmi ceux qui approvisionnent pourtant les march\u00e9s locaux. La r\u00e9vision du POSEI pr\u00e9vue pour 2027 devra imp\u00e9rativement introduire une plus grande souplesse dans la reconnaissance des groupements de producteurs, ainsi qu\u2019une meilleure prise en compte des r\u00e9alit\u00e9s de terrain.<\/p>\n<p><b>Mais dans l&rsquo;attente le gouvernement doit apporter une aide imm\u00e9diate \u00e0 ce secteur \u00e9conomique en p\u00e9ril\u00a0<\/b><\/p>\n<p>Une revalorisation rapide et significative des aides \u00e0 la fili\u00e8re fruits et l\u00e9gumes est urgente. Elle conditionne la survie \u00e9conomique des exploitations, la stabilit\u00e9 de l\u2019approvisionnement local, et la capacit\u00e9 des territoires \u00e0 ma\u00eetriser les prix. Sans cela, la lutte contre la vie ch\u00e8re restera un v\u0153u pieux.<\/p>\n<p><b>Vers un mod\u00e8le \u00e9conomique durable et autonome<\/b><\/p>\n<p>Le projet de loi contre la vie ch\u00e8re ne doit pas se limiter \u00e0 une r\u00e9ponse conjoncturelle. Il doit \u00eatre le point de d\u00e9part d\u2019une refonte structurelle de l\u2019\u00e9conomie agricole et alimentaire des Antilles fran\u00e7aises. Soutenir les exploitations sur la dur\u00e9e, faciliter leur acc\u00e8s au march\u00e9, d\u00e9velopper les fili\u00e8res de transformation locales : tels sont les chantiers \u00e0 engager d\u2019urgence.<\/p>\n<p>Cette transformation structurelle appelle des politiques ambitieuses, des outils adapt\u00e9s \u00e0 la taille des territoires, et un accompagnement technique permanent. Produire localement pour nourrir la population, contenir les prix, cr\u00e9er de l\u2019emploi et restaurer la souverainet\u00e9 alimentaire : tel est le socle d\u2019une politique efficace contre la vie ch\u00e8re en Martinique et en Guadeloupe.<\/p>\n<blockquote><p><b><i>Ce combat passe par la reconnaissance de la valeur du travail agricole, souvent invisible et sous-r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, mais fondamental pour l\u2019avenir \u00e9conomique, social et \u00e9cologique des territoires ultramarins.<\/i><\/b><\/p><\/blockquote>\n<p><b>Les d\u00e9cisions annonc\u00e9es par le CIOM du 10 juillet 2025 concernant la lutte contre la vie ch\u00e8re en Outre-mer : <\/b><b>Trois d\u00e9crets pour agir imm\u00e9diatement<\/b><\/p>\n<p>Sans attendre l\u2019adoption du projet de loi contre la vie ch\u00e8re, le gouvernement a promulgu\u00e9 trois d\u00e9crets visant \u00e0 renforcer les m\u00e9canismes de r\u00e9gulation des prix. Les deux premiers concernent les observatoires des prix, des marges et des revenus (OPMR). Ils instituent un pr\u00e9sident nomm\u00e9 pour chaque territoire, prescrivent davantage d\u2019autonomie locale et introduisent des obligations de transparence ainsi que des consultations citoyennes\u00a0 . Le troisi\u00e8me d\u00e9cret am\u00e9liore et \u00e9tend le bouclier qualit\u00e9\u2011prix pour garantir une meilleure lisibilit\u00e9 et disponibilit\u00e9 des produits essentiels\u00a0 .<\/p>\n<p><b>Une circulaire pour renforcer la coordination locale<\/b><\/p>\n<p>Une circulaire a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e aux pr\u00e9fets pour \u00e9largir l\u2019application des boucliers qualit\u00e9\u2011prix \u00e0 de nouveaux produits et services, et pour renforcer les missions des OPMR. Elle impose \u00e9galement l\u2019organisation de conf\u00e9rences annuelles autour de la probl\u00e9matique de la vie ch\u00e8re, associant acteurs \u00e9conomiques, \u00e9lus et citoyens\u00a0 .<\/p>\n<p><b>Adapter les normes au contexte ultramarin<\/b><\/p>\n<p>Le CIOM a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019engager un travail visant \u00e0 adapter les normes europ\u00e9ennes aux r\u00e9alit\u00e9s des territoires ultramarins. L\u2019objectif est d\u2019assouplir certaines r\u00e8gles, notamment en mati\u00e8re de d\u00e9p\u00f4t de dossiers d\u2019aide, afin de tenir compte du contexte sp\u00e9cifique des zones \u00e9loign\u00e9es\u00a0 .<\/p>\n<p><b>Donc pour l&rsquo;instant, seules des mesures administrative et technique ont \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9es sans aucune annonce, portant sur le fond du d\u00e9bat.<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Adapter les normes au contexte ultramarin<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14px\"><b>Loi anti-vie ch\u00e8re et calendrier parlementaire<\/b><\/span><\/p>\n<p>Le projet de loi, con\u00e7u pour int\u00e9grer ces mesures structurelles, sera pr\u00e9sent\u00e9 au Conseil des ministres le 30 juillet. Il devrait \u00eatre inscrit \u00e0 l\u2019ordre du jour du S\u00e9nat \u00e0 la rentr\u00e9e parlementaire, \u00e0 la fin du mois de septembre.<\/p>\n<p><b>Vers une relance de la production locale<\/b><\/p>\n<p>Ce dispositif s\u2019inscrirait dans une perspective plus large que la seule ma\u00eetrise des prix. Il viserait \u00a0\u00e0 initier une relocalisation de la production et \u00e0 redynamiser les fili\u00e8res locales, dans une logique de d\u00e9veloppement \u00e9conomique durable. L\u2019objectif annonc\u00e9: \u00a0 rompre avec une \u00e9conomie de consommation sous perfusion et de restaurer les conditions d\u2019une production endog\u00e8ne et comp\u00e9titive.<\/p>\n<blockquote><p><b>Ce projet de loi annonc\u00e9 comme ambitieux devrait poser les bases d\u2019une politique publique recentr\u00e9e sur la transparence, la responsabilit\u00e9 territoriale et la relance de la production locale, pour lutter durablement contre la vie ch\u00e8re dans les Outre-mer.<\/b><\/p><\/blockquote>\n<p>Puissent\u00a0 nos\u00a0 parlementaire avoir l&rsquo;audace le courage et\u00a0 la t\u00e9nacit\u00e9 pour obtenir des r\u00e9sultats propres \u00e0 sortir les territoires fran\u00e7ais, de l&rsquo;outre-mer de la pr\u00e9carit\u00e9 et du mal d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p><b>G\u00e9rard Dorwling-Carter<\/b><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; L\u2019un des axes centraux du projet de loi contre la vie ch\u00e8re, pr\u00e9sent\u00e9 par le ministre des Outre-mer Manuel Valls, vise \u00e0 rompre avec la d\u00e9pendance aux importations et \u00e0 favoriser la production locale. 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