{"id":77778,"date":"2025-08-05T09:09:59","date_gmt":"2025-08-05T08:09:59","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=77778"},"modified":"2025-08-05T11:01:08","modified_gmt":"2025-08-05T10:01:08","slug":"le-commentaire-une-nouvelle-forme-litteraire-nee-aux-antilles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/le-commentaire-une-nouvelle-forme-litteraire-nee-aux-antilles\/","title":{"rendered":"The Commentary: A New Literary Form Born in the Caribbean?"},"content":{"rendered":"<p><b>Source ActuaLitt\u00e9<\/b><\/p>\n<p>Ancien doyen de la facult\u00e9 des lettres, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019Universit\u00e9 des Antilles et de la Guyane portait encore ce nom, Andr\u00e9 Claverie signe \u00e0 77 ans son premier livre sous le pseudonyme de P.S. Hoggar, chez l&rsquo;Harmattan. Entre journal intime, commentaire et m\u00e9ditation philosophique, l\u2019auteur est formel : il a invent\u00e9 un v\u00e9ritable \u00ab nouveau dispositif litt\u00e9raire \u00bb.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sent \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9dition <a href=\"https:\/\/actualitte.com\/article\/125258\/salons-festivals\/tous-creoles-un-nouveau-salon-litteraire-voit-le-jour-en-martinique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">du Festival litt\u00e9raire Tous Cr\u00e9oles<\/a>, le sp\u00e9cialiste de Saint-John Perse nous interpelle \u00bb : \u00ab J&rsquo;ai publi\u00e9 mon premier livre en juin, et il propose quelque chose de r\u00e9solument nouveau. \u00bb Intrigu\u00e9 par la promesse de nouveaut\u00e9, comme tout journaliste qui se respecte, on veut en savoir plus : \u00ab J\u2019ai voulu cr\u00e9er une forme qui d\u00e9passe les genres classiques \u00bb, explique-t-il. L\u2019ouvrage m\u00eale injonctions, aphorismes, confidences, pri\u00e8res, diatribes et \u00e9loges, et s\u2019articule autour d\u2019un dispositif pr\u00e9sent\u00e9 comme in\u00e9dit : le Commentaire.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur du livre, H\u00e9lo\u00efse, jeune Antillaise qui vit \u00e0 Paris, apprend qu\u2019il ne lui reste que quelques mois \u00e0 vivre. Elle entame alors l\u2019\u00e9criture d\u2019un journal adress\u00e9 \u00e0 sa s\u0153ur jumelle, \u00e0 la fois testament spirituel et t\u00e9moignage d\u2019amour.<\/p>\n<p>Trois livres en un<\/p>\n<p>Ce Commentaire d&rsquo;H\u00e9lo\u00efse prend trois formes : \u00ab Un journal au sens antique, espace de r\u00e9flexion et d\u2019introspection; une interpr\u00e9tation d\u2019un roman fictif, M\u00eame les poissons crient, dont la lecture agit comme un miroir; et une dissertation philo-po\u00e9tique, guid\u00e9e par une citation en exergue : \u00ab\u00a0Mais ce qui advient d&rsquo;abord est-il prioritaire (&#8230;) Fais advenir celle qu&rsquo;il faut que tu sois.\u00a0\u00bb \u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur s&rsquo;explique : \u00ab Dans son exil parisien, H\u00e9lo\u00efse trouve un \u00ab baume m\u00e9moriel \u00bb dans les souvenirs de son \u00eele. Mais ce retour int\u00e9rieur fait aussi ressurgir les blessures de l\u2019histoire, des traumas de la colonisation jusqu\u2019aux images obs\u00e9dantes de la cale d\u2019un navire n\u00e9grier, \u00e9cho aux \u0153uvres d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire et d\u2019\u00c9douard Glissant. Elle interroge ainsi son m\u00e9tissage, son ambivalence culturelle et ce qu\u2019elle nomme le \u00ab\u00a0surmoi g\u00e9n\u00e9rique des humains\u00a0\u00bb. \u00bb<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 mon dernier mot est travers\u00e9 par \u00ab un constat s\u00e9v\u00e8re sur notre \u00e9poque \u00bb, des mots m\u00eame d&rsquo;Andr\u00e9 Claverie. \u00c0 travers la voix d\u2019H\u00e9lo\u00efse, il d\u00e9nonce \u00ab l\u2019individualisme exacerb\u00e9 \u00bb, les \u00ab fausses rencontres sur les r\u00e9seaux sociaux \u00bb et cette \u00ab philosophie de l\u2019immanence qui privil\u00e9gie la physicalit\u00e9 et r\u00e9duit l\u2019\u00eatre \u00e0 un pion sur l\u2019\u00e9chiquier social \u00bb. \u00ab H\u00e9lo\u00efse, tout en luttant contre sa maladie, oppose \u00e0 cette d\u00e9sesp\u00e9rance ses anticorps psychologiques, nourris par l\u2019id\u00e9al, la cr\u00e9ation et la lecture \u00bb, explique l\u2019auteur. La d\u00e9couverte d\u2019un roman fictif, M\u00eame les poissons crient, pousse H\u00e9lo\u00efse \u00e0 m\u00e9diter sur \u00ab la belle chim\u00e8re de l\u2019humanit\u00e9 \u00bb, ce \u00ab nous constitu\u00e9 d\u2019une pluralit\u00e9 de je \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab P.S. Hoggar \u00bb s\u2019invite lui-m\u00eame dans le r\u00e9cit, mais non pas en tant que personne. \u00ab J\u2019introduis une pr\u00e9sence auctoriale, distincte de l\u2019\u00e9crivain social, une instance cr\u00e9atrice qui accompagne la narratrice \u00bb, assure-t-il. Cette figure fixe \u00ab la feuille de route dans le prologue, tire les le\u00e7ons dans l\u2019\u00e9pilogue, introduit chaque chapitre par un po\u00e8me et ponctue le texte d\u2019\u00e9pigrammes incisives \u00bb. Ce \u00ab surmoi litt\u00e9raire \u00bb, comme il le qualifie, devient un acteur discret mais essentiel du r\u00e9cit.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/actualitte.com\/article\/125363\/salons-festivals\/quitter-le-barreau-pour-l-edition-le-defi-de-catherine-marceline\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c0 LIRE &#8211; Quitter le barreau pour l\u2019\u00e9dition : le d\u00e9fi de Catherine Marceline<\/a><\/p>\n<p>\u00c9tudiant pr\u00e9coce, auteur tardif<\/p>\n<p>Un roman au dispositif totalement in\u00e9dit ou d&rsquo;une complexit\u00e9 exag\u00e9r\u00e9e, jugeront ceux qui se procureront le premier ouvrage de cette figure de l&rsquo;Universit\u00e9 des Antilles, en attendant, on peut lui demander : pourquoi avoir publi\u00e9 un premier livre aussi tardivement ? \u00ab Je suis de ceux qui ont du mal \u00e0 faire deux choses \u00e0 la fois \u00bb, nous r\u00e9pond-il, avec cette pointe de malice qui n\u2019exclut pas la franchise, et de pr\u00e9ciser : \u00ab Je m\u2019immergeais dans les \u0153uvres que j\u2019\u00e9tudiais, totalement absorb\u00e9, en me disant que le temps du bilan viendrait \u00e0 la retraite. \u00bb<\/p>\n<p>Il l&rsquo;a con\u00e7u comme un ouvrage de transmission \u00e0 sa fille, pour partager le bonheur de vivre, \u00ab ce que j\u2019ai ressenti. L\u2019acte d\u2019\u00e9criture, le plaisir que j\u2019ai eu \u00e0 inventer, \u00e0 travailler la langue, je le vois comme l\u2019essence m\u00eame de toute existence, peu importe ce que l\u2019on fait. L\u2019\u00e9criture peut donner l\u2019impulsion de vivre, et si l\u2019on jette mon livre ou tous les livres, que ce soit pour s\u2019ouvrir pleinement \u00e0 la vie, autrement. \u00bb<\/p>\n<p>Cet auteur tardif fut en revanche un \u00e9tudiant pr\u00e9coce : d\u00e9barqu\u00e9 aux Antilles \u00e0 23 ans, en 1971, le jeune agr\u00e9g\u00e9 de lettres classiques est nomm\u00e9 charg\u00e9 de cours, avec pour mission de former les professeurs de fran\u00e7ais pour les coll\u00e8ges : \u00ab J\u2019ai ainsi form\u00e9 des centaines d\u2019enseignants, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les agr\u00e9g\u00e9s \u00e9taient encore rares sur place. On m\u2019a confi\u00e9 ce poste que j\u2019ai occup\u00e9 pendant trois ans. \u00bb Il int\u00e8gre ensuite feu l&rsquo;Universit\u00e9 des Antilles et de la Guyane, fond\u00e9e en 1970 en tant que centre universitaire rattach\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Bordeaux.<\/p>\n<p>Il raconte : \u00ab J\u2019ai eu une chance invraisemblable dans mon d\u00e9partement des lettres, o\u00f9 nous n\u2019\u00e9tions que quatre ou cinq, de c\u00f4toyer deux personnalit\u00e9s remarquables : Roger Toumson, po\u00e8te et essayiste, figure majeure de la critique litt\u00e9raire antillaise, qui a contribu\u00e9 \u00e0 fonder la facult\u00e9 des lettres de Guadeloupe, et Jean Bernab\u00e9, linguiste de renom, cofondateur du GEREC-F (Groupe d\u2019\u00c9tudes et de Recherches en Espace Cr\u00e9olophone et Francophone) et sp\u00e9cialiste du cr\u00e9ole, dont le campus universitaire de Schoelcher en Martinique porte aujourd\u2019hui le nom. Ils n\u2019\u00e9taient pas beaucoup plus \u00e2g\u00e9s que moi, mais leur influence intellectuelle et humaine a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante. \u00bb<\/p>\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 doyen de la facult\u00e9 des lettres des Antilles-Guyane entre 1981 et 1984. Durant son mandat, il a notamment cr\u00e9\u00e9 le deuxi\u00e8me cycle des lettres : \u00ab Jusqu\u2019alors, il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un premier cycle (DEUG), qui se faisait sous la tutelle de l\u2019universit\u00e9 de Bordeaux. Nous avons pu nous en \u00e9manciper, puis mettre en place nos propres licences, puis ma\u00eetrises, renfor\u00e7ant ainsi notre autonomie, pour laquelle nous nous \u00e9tions battus. \u00bb<\/p>\n<p>Son lien sensible avec les Antilles s\u2019est notamment transmis \u00e0 travers l\u2019\u0153uvre de Saint-John Perse, po\u00e8te guadeloup\u00e9en et prix Nobel de litt\u00e9rature 1960 : \u00ab J\u2019ai choisi de consacrer ma th\u00e8se de doctorat \u00e0 Saint-John Perse, soutenue \u00e0 la Sorbonne, en explorant sa po\u00e9sie sous l\u2019angle du \u00ab po\u00e8te de l\u2019enfance \u00bb \u2013 de son enfance cr\u00e9ole en Guadeloupe \u00e0 l\u2019expression sublim\u00e9e de cette \u00eele dans son \u0153uvre. En d\u00e9couvrant et en \u00e9tudiant ses textes, j\u2019ai trouv\u00e9 une po\u00e9sie de la nature et de l\u2019air, d\u2019une intensit\u00e9 rare, mais aussi une v\u00e9ritable philosophie. Dans ces vers, il exprimait avec une sensualit\u00e9 puissante les impressions v\u00e9cues, la beaut\u00e9 du monde, la joie d\u2019\u00eatre l\u00e0, au contact des choses et des \u00eatres. Une po\u00e9sie des \u00e9loges qui, pour moi, incarnait \u00e0 la fois la m\u00e9moire d\u2019un territoire et l\u2019universalit\u00e9 du souffle po\u00e9tique. \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/actualitte.com\/article\/125367\/salons-festivals\/emmanuel-de-reynal-il-y-a-des-pepites-dans-l-autoedition-martiniquaise\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c0 LIRE &#8211; Emmanuel de Reynal : \u201cIl y a des p\u00e9pites dans l\u2019auto\u00e9dition martiniquaise\u201d<\/a><\/p>\n<p>Et pour conclure, une belle anecdote avec une grande figure de la Martinique : \u00ab Aim\u00e9 C\u00e9saire m\u2019a accord\u00e9 le privil\u00e8ge rare d\u2019un entretien de pr\u00e8s de deux heures en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate. Il m\u2019avait notamment donn\u00e9 la d\u00e9finition d\u2019un mot rare qui m\u2019intriguait : v\u00e9rition, issu selon lui de verrere, \u00e9voque une sensation interne, li\u00e9e \u00e0 un geste et \u00e0 une rotation \u2013 \u00ab\u00a0tourner la langue dans la bouche\u00a0\u00bb \u2013 comme on le ferait en remuant un mets dans une cuill\u00e8re. Il la d\u00e9crivait comme une image symbolique de la Martinique : \u00ab\u00a0Une \u00eele o\u00f9 l\u2019on est dans une calebasse, tournant sur nous-m\u00eames comme des \u00eatres ali\u00e9n\u00e9s\u00a0\u00bb. Pour m\u2019en expliquer le sens, il avait mim\u00e9 ce geste, dont je me souviens encore. J\u2019en ai partag\u00e9 l\u2019explication \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un colloque et, chose amusante, cinquante ans plus tard, j\u2019ai d\u00e9couvert qu\u2019on en donnait encore le sens sur internet, en me citant.\u00bb<\/p>\n<p>Cr\u00e9dits photo : ActuaLitt\u00e9 (CC BY-SA 2.0)<\/p>\n<p>By <a href=\"https:\/\/actualitte.com\/auteurs\/221\/hocine-bouhadjera\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Hocine Bouhadjera<br \/>\n<\/a>Contact : hb@actualitte.com<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-77779\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_6068.jpeg\" alt=\"\" width=\"673\" height=\"170\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_6068.jpeg 673w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_6068-150x38.jpeg 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_6068-450x114.jpeg 450w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_6068-600x152.jpeg 600w\" sizes=\"(max-width: 673px) 100vw, 673px\" \/><\/p>\n<p>C<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Source ActuaLitt\u00e9 Ancien doyen de la facult\u00e9 des lettres, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019Universit\u00e9 des Antilles et de la Guyane portait encore ce nom, Andr\u00e9 Claverie signe \u00e0 77 ans son premier livre sous le pseudonyme de P.S. 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