{"id":77907,"date":"2025-08-07T21:24:40","date_gmt":"2025-08-07T20:24:40","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=77907"},"modified":"2025-08-07T21:24:40","modified_gmt":"2025-08-07T20:24:40","slug":"violence-et-ensauvagement-de-la-societe-les-premisses-dun-regime-autoritaire-se-profilent-de-facon-ineluctable-en-france-tribune-de-jm-nol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/violence-et-ensauvagement-de-la-societe-les-premisses-dun-regime-autoritaire-se-profilent-de-facon-ineluctable-en-france-tribune-de-jm-nol\/","title":{"rendered":"Violence and the Deterioration of Society: The Prelude to an Authoritarian Regime Is Inevitable in France. Op-Ed by JM.NOL"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la d\u00e9rive : la violence comme sympt\u00f4me d\u2019un effondrement global<\/b><\/p>\n<blockquote><p><b><i>Dans une France travers\u00e9e par des vagues d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 toujours plus intenses, dans une soci\u00e9t\u00e9 qui semble se d\u00e9liter \u00e0 grande vitesse, avec une violence indicible et un d\u00e9veloppement irr\u00e9pressible du narco-trafic, l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019instauration d\u2019un r\u00e9gime autoritaire n\u2019est plus seulement une crainte lointaine, mais un sc\u00e9nario de plus en plus \u00e9voqu\u00e9 \u2014 parfois m\u00eame souhait\u00e9 \u2014 comme une r\u00e9ponse radicale \u00e0 un chaos politique et soci\u00e9tal per\u00e7u comme incontr\u00f4lable.<\/i><\/b><\/p><\/blockquote>\n<p><b>Les Antilles, laboratoire tragique d\u2019un d\u00e9sordre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9<\/b><\/p>\n<p>L\u2019actualit\u00e9 de la Guadeloupe offre un miroir grossissant de cette tendance. L\u00e0 o\u00f9 la violence s\u2019exprime avec une brutalit\u00e9 sans filtre, o\u00f9 la jeunesse bascule massivement dans la d\u00e9linquance et la criminalit\u00e9, o\u00f9 les institutions perdent pied, se lit en filigrane <b>l\u2019effondrement d\u2019un mod\u00e8le r\u00e9publicain fond\u00e9 sur la m\u00e9diation, la pr\u00e9vention et la coh\u00e9sion sociale<\/b>. Le cas guadeloup\u00e9en, loin d\u2019\u00eatre une singularit\u00e9 p\u00e9riph\u00e9rique, appara\u00eet d\u00e9sormais comme une illustration avanc\u00e9e de ce qui guette la France dans son ensemble.<\/p>\n<p><b>Chiffres alarmants et banalisation de la violence<\/b><\/p>\n<p>Les chiffres sont gla\u00e7ants et les faits s\u2019encha\u00eenent sans rel\u00e2che\u202f: plus de trente homicides en Guadeloupe et vingt en Martinique depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, des fusillades quasi quotidiennes, des r\u00e8glements de comptes impliquant de tr\u00e8s jeunes individus, et la <b>pr\u00e9sence inqui\u00e9tante de dizaines de milliers d\u2019armes \u00e0 feu en circulation.<\/b><\/p>\n<blockquote><p><em><b> Ces manifestations de violence ne rel\u00e8vent plus de la seule criminalit\u00e9 ordinaire\u202f; elles signent une transformation profonde du lien social, une perte totale de rep\u00e8res chez les jeunes, o\u00f9 la brutalit\u00e9 devient le seul langage compris et partag\u00e9.<\/b><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Le trafic de drogue, les \u00e9conomies parall\u00e8les, la glorification de la violence dans les imaginaires collectifs et les m\u00e9dias sociaux dessinent un paysage dans lequel l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique n\u2019a plus prise. <b>L\u2019\u00e9cole n\u2019\u00e9duque plus, <\/b>les familles sont fragilis\u00e9es, l\u2019\u00c9glise est inaudible, et les \u00e9lites politiques locales comme nationales semblent paralys\u00e9es par la peur de para\u00eetre r\u00e9pressives ou stigmatisantes.<\/p>\n<p><b>Perte des rep\u00e8res : quand l\u2019\u00c9tat, l\u2019\u00e9cole et la famille d\u00e9missionnent<\/b><\/p>\n<p>Cette \u00e9volution n\u2019est pas seulement le fruit de facteurs \u00e9conomiques, m\u00eame si la pr\u00e9carit\u00e9 chronique, le ch\u00f4mage de masse et les in\u00e9galit\u00e9s sociales cr\u00e9ent un terreau favorable. Elle trouve sa source dans un d\u00e9r\u00e8glement plus profond\u202f: <b>l\u2019effondrement des normes partag\u00e9es, la dissolution du cadre moral, la perte de toute transcendance dans une soci\u00e9t\u00e9 livr\u00e9e \u00e0 l\u2019individualisme absolu.<\/b><\/p>\n<p>Le triomphe d\u2019un lib\u00e9ralisme sans limite, la r\u00e9duction de l\u2019humain \u00e0 une simple variable \u00e9conomique, <b>l\u2019\u00e9viction du sacr\u00e9 comme fondement de la communaut\u00e9\u202f<\/b>: autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui ont progressivement min\u00e9 l\u2019id\u00e9e m\u00eame de vivre-ensemble. Une soci\u00e9t\u00e9 qui ne croit plus en rien, o\u00f9 chacun ne vit que pour lui-m\u00eame, o\u00f9 la r\u00e9ussite mat\u00e9rielle et individuelle devient la seule finalit\u00e9, ne peut produire que du d\u00e9sordre et de la violence. C\u2019est l\u00e0 le r\u00e9sultat de la mort du collectif.<\/p>\n<p><b>La tentation autoritaire : vers une soci\u00e9t\u00e9 de surveillance et de r\u00e9pression<\/b><\/p>\n<p>Dans ce contexte, la tentation autoritaire progresse. Elle ne s\u2019exprime pas toujours dans les discours officiels, mais elle habite de plus en plus les esprits. L\u2019opinion publique glisse insidieusement vers l\u2019acceptation, voire la <b>revendication, de solutions muscl\u00e9es\u202f: couvre-feux, \u00e9tat d\u2019urgence permanent, surveillance de masse, restriction des libert\u00e9s publiques, criminalisation accrue des comportements d\u00e9viants, durcissement des sanctions judiciaires.<\/b><\/p>\n<p>La jeunesse, per\u00e7ue comme ing\u00e9rable, devient un corps \u00e9tranger \u00e0 la nation, \u00e0 surveiller davantage qu\u2019\u00e0 \u00e9duquer. L\u2019\u00e9chec de l\u2019investissement \u00e9ducatif, social et culturel laisse place \u00e0 la logique de la r\u00e9pression. Ce glissement est d\u2019autant plus inqui\u00e9tant qu\u2019il se fait au nom d\u2019une efficacit\u00e9 imm\u00e9diate\u202f: restaurer l\u2019ordre, co\u00fbte que co\u00fbte.<\/p>\n<p><b>Une opinion publique en glissement silencieux vers l\u2019acceptation<\/b><\/p>\n<p>Des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour d\u00e9noncer cette d\u00e9rive. Le sociologue Ary Broussillon, dans une tribune r\u00e9cente, d\u00e9nonce le \u00ab\u202fsaupoudrage\u202f\u00bb des r\u00e9ponses institutionnelles, le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat structurel de l\u2019\u00c9tat pour la jeunesse guadeloup\u00e9enne, et pointe une responsabilit\u00e9 \u00e9tatique profonde dans l\u2019inaction, <b>voire la tol\u00e9rance implicite \u00e0 l\u2019\u00e9gard des trafics et de la circulation des armes.<\/b><\/p>\n<p>Mais cette lecture, bien que lucide sur certains points, rencontre une large hostilit\u00e9 dans l\u2019opinion. <i><b>Accuser l\u2019\u00c9tat sans regarder du c\u00f4t\u00e9 des familles, de la culture locale, de la d\u00e9mission parentale, des mod\u00e8les v\u00e9hicul\u00e9s par les r\u00e9seaux sociaux et la musique, revient pour beaucoup \u00e0 nier une partie de la r\u00e9alit\u00e9<\/b><\/i>. Et ce refus du diagnostic partag\u00e9 emp\u00eache toute r\u00e9ponse globale. La soci\u00e9t\u00e9 se contente de d\u00e9signer des coupables sans traiter les causes.<\/p>\n<p>De<b> la d\u00e9mocratie impuissante au r\u00eave d\u2019un ordre fort<\/b><\/p>\n<p>La violence actuelle n\u2019est plus un accident du syst\u00e8me, elle en devient le langage. Elle exprime \u00e0 la fois la d\u00e9sh\u00e9rence des institutions et l\u2019incapacit\u00e9 collective \u00e0 red\u00e9finir un horizon commun. Dans ce vide id\u00e9ologique, certains en appellent d\u00e9sormais \u00e0 une reprise en main brutale.<\/p>\n<p><b>La d\u00e9mocratie, per\u00e7ue comme molle, inefficace, impuissante, laisse place \u00e0 un imaginaire autoritaire. <\/b><\/p>\n<p>La s\u00e9curit\u00e9 devient la valeur supr\u00eame, surpassant toutes les autres, y compris la libert\u00e9. On pr\u00e9f\u00e8re un pouvoir fort \u00e0 un pouvoir juste. Et ce basculement n\u2019est pas propre \u00e0 la Guadeloupe. Il s\u2019observe partout en France, aliment\u00e9 par les faits divers, la peur, l\u2019exasp\u00e9ration, et l\u2019impression d\u2019un \u00c9tat d\u00e9bord\u00e9.<\/p>\n<p><b>Les le\u00e7ons de l\u2019Histoire : le retour cyclique du pouvoir autoritaire<\/b><\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019inscrit dans une s\u00e9quence historique plus large. \u00c0 chaque p\u00e9riode de d\u00e9cadence sociale correspond, t\u00f4t ou tard, une forme de r\u00e9armement autoritaire. Ce fut le cas dans d\u2019autres contextes\u202f: Rome apr\u00e8s la R\u00e9publique, l\u2019Allemagne apr\u00e8s Weimar, la Russie post-tsariste.<\/p>\n<p>L\u2019histoire montre que l\u2019effondrement des rep\u00e8res pr\u00e9c\u00e8de souvent l\u2019installation d\u2019un ordre dur. La France n\u2019\u00e9chappera sans doute pas \u00e0 cette r\u00e8gle. Lorsque les fondations d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sont rong\u00e9es, que les \u00e9lites n\u2019ont plus de projet mobilisateur autre que l\u2019appel au vote aux extr\u00eames, que les citoyens se replient sur eux-m\u00eames, que la peur devient structurante, alors le pouvoir change de visage. Il se militarise, il se verticalise, il impose l\u2019ob\u00e9issance plut\u00f4t qu\u2019il ne suscite l\u2019adh\u00e9sion.<\/p>\n<p><b>Une transformation sans cap : vide id\u00e9ologique et repli individualiste<\/b><\/p>\n<p>La mutation \u00e9conomique et soci\u00e9tale en cours en France ne se limite pas \u00e0 des ajustements technologiques ou \u00e0 des \u00e9volutions des modes de production. Elle transforme en profondeur le lien social, elle reconfigure l\u2019identit\u00e9 collective, elle fracture les \u00e9quilibres anciens. Et cette transformation se fait sans boussole.<\/p>\n<p>L\u2019absence de vision, de projet national partag\u00e9, d\u2019id\u00e9al mobilisateur, laisse la voie ouverte \u00e0 toutes les d\u00e9rives. L\u2019obsession de l\u2019efficacit\u00e9, la toute-puissance du march\u00e9, la <b>disparition du sens du sacr\u00e9 <\/b>ont conduit \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 vide, atomis\u00e9e, o\u00f9 chacun ne vit plus que pour lui-m\u00eame. Et dans ce d\u00e9sert symbolique, la seule chose qui reste, c\u2019est la force. C\u2019est l\u00e0 exactement le sc\u00e9nario que l\u2019on observe actuellement aux \u00c9tats-Unis depuis l\u2019\u00e9lection de Donald Trump, et nul doute que cela va faire \u00e9cole dans le monde entier.<\/p>\n<p><b>Un autoritarisme \u00e0 visage d\u00e9mocratique : quand la force devient la norme<\/b><\/p>\n<p>La question n\u2019est donc plus de savoir si un r\u00e9gime autoritaire pourrait s\u2019imposer, mais \u00e0 quel rythme il va se mettre en place, et sous quelles formes. Car l\u2019autoritarisme moderne n\u2019a plus besoin de dictateurs en uniforme. Il avance masqu\u00e9, au nom de la protection, de l\u2019urgence, de la s\u00e9curit\u00e9. Il infiltre les institutions, les lois, les mentalit\u00e9s. Il se justifie par l\u2019impuissance d\u00e9mocratique. Et il se nourrit de la r\u00e9volution technologique avec l\u2019intelligence artificielle, ainsi que du consentement tacite d\u2019une population r\u00e9sign\u00e9e, fatigu\u00e9e, d\u00e9sillusionn\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce processus est d\u00e9j\u00e0 enclench\u00e9. Il ne reste qu\u2019\u00e0 savoir jusqu\u2019o\u00f9 il ira, et s\u2019il existe encore une force, un r\u00e9cit, un projet capable de l\u2019arr\u00eater. Mais un proverbe cr\u00e9ole bien de chez nous ne dit-il pas : <b>\u00ab Jou mal\u00e8 riv\u00e9, pani pran gad \u00bb (Il vaut mieux anticiper que subir la loi de la force dans l\u2019urgence).<\/b><\/p>\n<p><b>Jean Marie Nol \u2013 \u00e9conomiste et chroniqueur<\/b><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la d\u00e9rive : la violence comme sympt\u00f4me d\u2019un effondrement global Dans une France travers\u00e9e par des vagues d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 toujours plus intenses, dans une soci\u00e9t\u00e9 qui semble se d\u00e9liter \u00e0 grande vitesse, avec une violence indicible et un d\u00e9veloppement irr\u00e9pressible du narco-trafic, l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019instauration d\u2019un r\u00e9gime autoritaire n\u2019est plus seulement une<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":77908,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-77907","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77907","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77907"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77907\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/77908"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77907"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77907"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77907"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}