{"id":78890,"date":"2025-08-28T14:14:15","date_gmt":"2025-08-28T13:14:15","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=78890"},"modified":"2025-08-28T14:14:15","modified_gmt":"2025-08-28T13:14:15","slug":"paul-francois-schira-jai-profondement-aime-la-martinique-et-jai-voulu-la-servir-avec-fidelite-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/paul-francois-schira-jai-profondement-aime-la-martinique-et-jai-voulu-la-servir-avec-fidelite-2\/","title":{"rendered":"Paul-Fran\u00e7ois Schira. \u00ab J\u2019ai profond\u00e9ment aim\u00e9 la Martinique et j\u2019ai voulu la servir avec fid\u00e9lit\u00e9 \u00bb"},"content":{"rendered":"<h2><strong>Apr\u00e8s deux ann\u00e9es pass\u00e9es en Martinique comme directeur de cabinet du pr\u00e9fet, Paul-Fran\u00e7ois Schira s\u2019appr\u00eate \u00e0 quitter son poste le 1er septembre 2025. Il livre un regard lucide, parfois inquiet, mais aussi profond\u00e9ment humain sur son exp\u00e9rience dans l\u2019\u00eele. Entre lutte contre le narcotrafic, gestion des \u00e9meutes li\u00e9es \u00e0 la vie ch\u00e8re, d\u00e9couverte intime du territoire et attachement personnel, il dresse un bilan contrast\u00e9 et riche d\u2019enseignements.<\/strong><\/h2>\n<blockquote>\n<h3><em>\u00ab La Martinique m\u2019a transform\u00e9 autant que je l\u2019ai servie : elle m\u2019a appris la patience dans l\u2019action et l\u2019humilit\u00e9 dans le regard port\u00e9 sur un territoire. \u00bb<\/em><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>D\u00e9couverte d\u2019un territoire au-del\u00e0 de la carte postale<\/strong><\/h2>\n<p>Arriv\u00e9 le 1er septembre 2023, Paul-Fran\u00e7ois Schira a imm\u00e9diatement \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la complexit\u00e9 de la Martinique. Comme beaucoup, il connaissait l\u2019image de l\u2019\u00eele renvoy\u00e9e en France hexagonale : celle de plages paradisiaques. Mais tr\u00e8s vite, il s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir \u00ab l\u2019autre visage \u00bb : les montagnes, les randonn\u00e9es, le nord Cara\u00efbe et le nord Atlantique, la richesse culturelle et intellectuelle, le go\u00fbt des mots, cette passion martiniquaise pour le d\u00e9bat et l\u2019\u00e9loquence.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai d\u00e9couvert un territoire avec toute sa richesse, ses malheurs, ses d\u00e9fis, mais aussi une incroyable vitalit\u00e9 \u00bb, explique-t-il. Les paysages l\u2019ont marqu\u00e9 : la Caravelle, la Montagne Pel\u00e9e, les pitons du Carbet. Mais plus encore, ce sont les \u00e9changes qui l\u2019ont nourri : discussions syndicales, d\u00e9bats publics, rencontres avec les intellectuels. \u00ab Il y a en Martinique un talent oratoire incroyable, une manipulation pr\u00e9cise et pleine d\u2019humour des mots, souvent agr\u00e9ment\u00e9e d\u2019un peu de cr\u00e9ole. M\u00eame sans tout comprendre, on saisit un sens, une image. C\u2019est fascinant. \u00bb<\/p>\n<h2><strong>La lutte contre le narcotrafic, priorit\u00e9 absolue et combat de longue haleine<\/strong><\/h2>\n<p>D\u00e8s son arriv\u00e9e en Martinique, Paul-Fran\u00e7ois Schira a trouv\u00e9 un dossier br\u00fblant pos\u00e9 sur son bureau : le narcotrafic. \u00ab C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une priorit\u00e9 quand je suis arriv\u00e9 en 2023, cela l\u2019est rest\u00e9 et m\u00eame renforc\u00e9 depuis \u00bb, insiste-t-il. Le gouvernement avait d\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9 un plan de renforcement des moyens d\u00e8s 2022, \u00e0 l\u2019initiative du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur G\u00e9rald Darmanin, mais la bataille ne fait que s\u2019intensifier.<\/p>\n<p>Pour lui, la lutte contre la drogue est comparable \u00e0 un combat m\u00e9dical : \u00ab C\u2019est comme combattre un cancer. La premi\u00e8re \u00e9tape consiste \u00e0 passer un scanner pour localiser les m\u00e9tastases. Plus on investit dans les moyens d\u2019investigation, plus on d\u00e9couvre l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne. Et plus l\u2019image para\u00eet inqui\u00e9tante. Mais ce constat ne doit pas mener au d\u00e9couragement, bien au contraire : il faut conna\u00eetre l\u2019ennemi pour le combattre efficacement. \u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<h3><em>\u00ab Si je devais r\u00e9sumer ces deux ann\u00e9es en une image, ce serait celle d\u2019une yole : fragile et expos\u00e9e aux vents, mais qui avance gr\u00e2ce \u00e0 la force collective, la discipline et la solidarit\u00e9. \u00bb<\/em><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p>Concr\u00e8tement, cela signifie un travail quotidien d\u2019identification, de surveillance, d\u2019interception et de coop\u00e9ration entre tous les acteurs : police, gendarmerie, douane, services judiciaires. \u00ab Nous avons fait de r\u00e9els progr\u00e8s parce que tout le monde est d\u00e9sormais align\u00e9. Les forces de l\u2019ordre, le parquet, mais aussi les partenaires r\u00e9gionaux, et m\u00eame la soci\u00e9t\u00e9 martiniquaise elle-m\u00eame qui prend conscience que ce fl\u00e9au n\u2019est pas seulement un probl\u00e8me de Sainte-Lucie, d\u2019Ha\u00efti ou de Trinidad, mais bien une r\u00e9alit\u00e9 qui traverse et affecte la Martinique. \u00bb<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats sont l\u00e0, m\u00eame si le chemin est encore long. Chaque renforcement de la surveillance entra\u00eene de nouvelles d\u00e9couvertes, parfois massives, dans les cargaisons maritimes ou les tentatives de passage par l\u2019a\u00e9roport. Les trafics s\u2019adaptent, utilisent de nouvelles routes, mais l\u2019\u00c9tat a aussi renforc\u00e9 son arsenal : radars, drones de surveillance maritime, interceptions coordonn\u00e9es, op\u00e9rations de contr\u00f4le sur les c\u00f4tes et dans les ports. \u00ab On ne rendra jamais la Martinique totalement herm\u00e9tique. Napol\u00e9on lui-m\u00eame n\u2019a pas r\u00e9ussi avec son blocus continental ! Mais l\u2019objectif est de rendre le territoire le moins perm\u00e9able possible. \u00bb<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des saisies spectaculaires, le directeur de cabinet souligne surtout l\u2019importance du changement d\u2019\u00e9chelle dans la perception du probl\u00e8me. \u00ab Avant, beaucoup pensaient que c\u2019\u00e9tait un ph\u00e9nom\u00e8ne ext\u00e9rieur. Aujourd\u2019hui, on sait que c\u2019est aussi notre affaire. La soci\u00e9t\u00e9 martiniquaise prend conscience de la gravit\u00e9 de la situation, et cela change tout. Car cette prise de conscience est indispensable pour r\u00e9sister. \u00bb<\/p>\n<p>Pour Paul-Fran\u00e7ois Schira, c\u2019est l\u2019un des points de fiert\u00e9 de son passage : avoir contribu\u00e9 \u00e0 cette lutte, en mettant son \u00e9nergie et sa vision au service d\u2019un travail collectif de longue haleine. \u00ab Ce n\u2019est pas fini, bien s\u00fbr, et il y aura encore de grandes affaires \u00e0 venir. Mais nous avons progress\u00e9, et je suis fier d\u2019y avoir particip\u00e9. \u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<h3><em>\u00ab J\u2019aurais aim\u00e9 que nous parvenions \u00e0 montrer plus t\u00f4t que l\u2019\u00c9tat travaillait d\u00e9j\u00e0 sur des solutions concr\u00e8tes contre la vie ch\u00e8re, car le manque de confiance est souvent plus destructeur que la crise elle-m\u00eame. \u00bb<\/em><\/h3>\n<\/blockquote>\n<h2><strong>La circulation des armes, un ph\u00e9nom\u00e8ne inqui\u00e9tant<\/strong><\/h2>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-78892\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/20250812_172121-2.jpg\" alt=\"\" width=\"360\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/20250812_172121-2.jpg 360w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/20250812_172121-2-150x333.jpg 150w\" sizes=\"(max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des stup\u00e9fiants, la prolif\u00e9ration des armes est devenue une source d\u2019inqui\u00e9tude croissante. \u00ab Il y a encore cinq ou six ans, on ne voyait pas autant d\u2019armes circuler. Aujourd\u2019hui, elles apparaissent dans des rivalit\u00e9s de bandes, mais aussi dans des conflits de voisinage ou m\u00eame sur la route. \u00bb<\/p>\n<p>Il raconte ce contr\u00f4le routier o\u00f9 un p\u00e8re de famille, accompagn\u00e9 de son \u00e9pouse et de ses enfants, transportait un revolver Taurus dans sa porti\u00e8re. \u00ab C\u2019est r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une logique dangereuse : banaliser l\u2019arme comme outil de protection. Cela cr\u00e9e un risque d\u2019escalade incontr\u00f4lable. \u00bb Plus grave encore, des fusils d\u2019assaut comme l\u2019AR-15 ou des kalachnikovs ont \u00e9t\u00e9 saisis lors des \u00e9meutes.<\/p>\n<p>Pour faire face, l\u2019\u00c9tat mise sur un renforcement des moyens : surveillance du littoral, drones maritimes, contr\u00f4le accru des ports et a\u00e9roports. \u00ab On ne rendra jamais l\u2019\u00eele totalement herm\u00e9tique, mais on doit r\u00e9duire au maximum les flux ill\u00e9gaux. \u00bb<\/p>\n<h2><strong>Vie ch\u00e8re et \u00e9meutes : un r\u00e9v\u00e9lateur des fragilit\u00e9s martiniquaises<\/strong><\/h2>\n<p>Si la lutte contre le narcotrafic a constitu\u00e9 la priorit\u00e9 s\u00e9curitaire, c\u2019est un autre sujet qui a profond\u00e9ment marqu\u00e9 le passage de Paul-Fran\u00e7ois Schira en Martinique : la vie ch\u00e8re. Une question r\u00e9currente dans l\u2019histoire sociale de l\u2019\u00eele, mais qui a pris une dimension dramatique avec les \u00e9meutes de 2024.<\/p>\n<p>\u00ab La probl\u00e9matique de la vie ch\u00e8re est loin d\u2019\u00eatre nouvelle \u00bb, rappelle-t-il. Depuis plusieurs d\u00e9cennies, le co\u00fbt des produits de consommation, la d\u00e9pendance aux importations et les in\u00e9galit\u00e9s avec l\u2019Hexagone nourrissent une col\u00e8re diffuse. Ce m\u00e9contentement a explos\u00e9, une nouvelle fois, en 2024, \u00e0 travers des manifestations d\u2019ampleur qui ont rapidement d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Pour le directeur de cabinet, l\u2019enjeu n\u2019\u00e9tait pas de nier la l\u00e9gitimit\u00e9 de la col\u00e8re. \u00ab Beaucoup de militants \u00e9taient sinc\u00e8res, de bonne foi, et souffrent r\u00e9ellement de la vie ch\u00e8re. Mais ce qui a \u00e9t\u00e9 dramatique, c\u2019est l\u2019\u00e9chec collectif des institutions \u00e0 transformer cette col\u00e8re en dialogue constructif. \u00bb<\/p>\n<p>Selon lui, la force de la R\u00e9publique r\u00e9side justement dans la capacit\u00e9 \u00e0 structurer le dialogue et \u00e0 canaliser les conflits \u00e0 travers ses institutions : Parlement, collectivit\u00e9s territoriales, associations, repr\u00e9sentation de l\u2019\u00c9tat. \u00ab Ce qui m\u2019a marqu\u00e9, c\u2019est que cette fois-ci, les institutions ont \u00e9t\u00e9 mises de c\u00f4t\u00e9, marginalis\u00e9es par une minorit\u00e9 qui a choisi la violence plut\u00f4t que la n\u00e9gociation. \u00bb<\/p>\n<p>Lui qui dit n\u2019avoir \u00ab aucun probl\u00e8me avec la rue \u00bb \u2013 manifestation, d\u00e9fil\u00e9, protestation \u2013 insiste sur la fronti\u00e8re \u00e0 ne pas franchir : \u00ab La rue est l\u00e9gitime, mais la violence aveugle, la destruction de biens, l\u2019atteinte aux forces de l\u2019ordre ou aux citoyens, cela ne peut pas \u00eatre accept\u00e9. \u00bb Les souvenirs sont encore vifs : les incendies sur la route de Didier, les barrages enflamm\u00e9s, les chuchotements dans la nuit de ceux qui r\u00e9armaient les barricades, les tirs contre les policiers. \u00ab On se sentait parfois d\u00e9sign\u00e9s comme des ennemis. C\u2019est un sentiment difficile, mais qui a renforc\u00e9 notre d\u00e9termination. \u00bb<\/p>\n<p>Dans cette temp\u00eate, Paul-Fran\u00e7ois Schira garde la conviction que l\u2019\u00c9tat a tenu bon. \u00ab Notre r\u00f4le \u00e9tait de prot\u00e9ger les Martiniquais, leur droit \u00e0 circuler, \u00e0 vivre en s\u00e9curit\u00e9. Nous avons refus\u00e9 de c\u00e9der \u00e0 une logique de complaisance qui aurait consist\u00e9 \u00e0 dire : \u201cles barrages, ce n\u2019est pas si grave, les habitants sont habitu\u00e9s\u201d. C\u2019est une vision paternaliste et humiliante. Le pr\u00e9fet Jean-Christophe Bouvier a tenu une ligne ferme, que j\u2019ai soutenue. L\u2019honneur de l\u2019\u00c9tat \u00e9tait de dire : ici aussi, la loi s\u2019applique, et personne ne doit subir la violence impun\u00e9ment. \u00bb<\/p>\n<p>Mais si l\u2019\u00c9tat a r\u00e9sist\u00e9, le haut fonctionnaire exprime un regret : ne pas avoir su montrer \u00e0 temps que des solutions concr\u00e8tes \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en pr\u00e9paration. \u00ab Toutes les mesures inscrites dans le protocole du 16 octobre 2024 n\u2019\u00e9taient pas improvis\u00e9es : elles \u00e9taient travaill\u00e9es depuis des mois dans les instances de concertation. Mais nous n\u2019avons pas r\u00e9ussi \u00e0 rendre visible ce travail, \u00e0 rassurer les citoyens sur le fait que leurs pr\u00e9occupations \u00e9taient prises en compte. \u00bb<\/p>\n<p>Ce d\u00e9ficit de communication et de confiance a pes\u00e9 lourd. \u00ab Les militants sinc\u00e8res n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 entendus, ou pas suffisamment t\u00f4t. Cela a nourri un sentiment d\u2019abandon qui a permis aux extr\u00e9mistes de capter la col\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Il reste convaincu que la vie ch\u00e8re doit \u00eatre abord\u00e9e avec lucidit\u00e9, sans complaisance, mais sans amalgame avec la violence. \u00ab Le probl\u00e8me est r\u00e9el, il s\u2019explique par des raisons \u00e9conomiques parfois normales \u2013 co\u00fbts du transport, contraintes logistiques \u2013 et parfois par des d\u00e9rives qui doivent \u00eatre combattues par le droit. Mais jamais la violence ne peut \u00eatre la r\u00e9ponse. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pisode a laiss\u00e9 des blessures, mais aussi un enseignement : \u00ab La soci\u00e9t\u00e9 martiniquaise a montr\u00e9 une capacit\u00e9 de r\u00e9sistance et les institutions ont tenu le choc. Mais ce mod\u00e8le ne doit pas se r\u00e9p\u00e9ter trop souvent, car \u00e0 force de tension, la m\u00e9canique peut se briser. \u00bb<\/p>\n<h2><strong>Derri\u00e8re l\u2019homme de l\u2019\u00c9tat, l\u2019homme<\/strong><\/h2>\n<p>Si la fonction de directeur de cabinet l\u2019a confront\u00e9 aux crises, elle lui a aussi permis de go\u00fbter \u00e0 la vie martiniquaise : le Tour des Yoles, \u00ab v\u00e9ritable symbole de l\u2019esprit d\u2019\u00e9quipe et de la culture martiniquaise \u00bb, le carnaval, les moments festifs v\u00e9cus avec la population. \u00ab J\u2019ai trouv\u00e9 extraordinaire de voir \u00e0 quel point les Yoles passionnent toute l\u2019\u00eele. C\u2019est un art, une identit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Il retient aussi la gastronomie, la convivialit\u00e9, et ce m\u00e9lange unique de similitudes avec la France et de sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles fortes. \u00ab Cela a dilat\u00e9 mon amour pour mon pays, en me faisant d\u00e9couvrir des richesses insoup\u00e7onn\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<h2><strong>Souvenirs personnels et moments festifs : la Martinique au-del\u00e0 de la fonction<\/strong><\/h2>\n<p>Si ses deux ann\u00e9es de fonction ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par les crises et la tension, Paul-Fran\u00e7ois Schira retient aussi une autre Martinique, faite de rencontres, de f\u00eates populaires, de paysages \u00e0 couper le souffle et de chaleur humaine. \u00ab Au-del\u00e0 du travail, j\u2019ai d\u00e9couvert une terre profond\u00e9ment attachante, qui m\u2019a nourri et enrichi. \u00bb<\/p>\n<p>Il \u00e9voque avec un sourire ses randonn\u00e9es sur la Caravelle, la Montagne Pel\u00e9e et surtout les pitons du Carbet. \u00ab Ce sont des souvenirs inoubliables. Le nord de l\u2019\u00eele, qu\u2019il soit atlantique ou cara\u00efbe, m\u2019a conquis. Avec ma famille, nous sommes tomb\u00e9s amoureux de ces paysages, de la flore luxuriante, des villages de p\u00eacheurs et de l\u2019authenticit\u00e9 des habitants. \u00bb Pour lui, la Martinique ne se r\u00e9sume pas \u00e0 ses plages. \u00ab On parle toujours de la mer, mais ce qui m\u2019a le plus marqu\u00e9, c\u2019est la montagne, l\u2019int\u00e9rieur des terres. \u00bb<\/p>\n<p>Parmi les exp\u00e9riences culturelles, le <strong>Tour des Yoles<\/strong> occupe une place \u00e0 part. \u00ab C\u2019est extraordinaire de voir \u00e0 quel point ce sport incarne l\u2019identit\u00e9 martiniquaise. La m\u00e9canique m\u00eame de la yole est fascinante : il faut une condition physique exceptionnelle, une synchronisation parfaite, un esprit d\u2019\u00e9quipe absolu. Avec le pr\u00e9fet, nous nous \u00e9tions dit que s\u2019il devait y avoir un symbole de la Martinique, ce serait la yole. Elle repr\u00e9sente \u00e0 la fois une tradition unique au monde et un id\u00e9al de coop\u00e9ration et d\u2019unit\u00e9. \u00bb Les voiles multicolores, la ferveur populaire, les discussions passionn\u00e9es autour des \u00e9quipages l\u2019ont profond\u00e9ment marqu\u00e9. \u00ab On ne parle pas des yoles \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Tout le monde conna\u00eet les yoleurs, compare les performances, \u00e9change ses pronostics. C\u2019est un sujet s\u00e9rieux, f\u00e9d\u00e9rateur, qui rassemble toutes les g\u00e9n\u00e9rations. \u00bb<\/p>\n<p>Le carnaval a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 un moment fort de d\u00e9couverte. \u00ab C\u2019est une f\u00eate \u00e9bouriffante, pleine d\u2019\u00e9nergie et de joie. J\u2019ai vu des \u00e9lus, comme Catherine Conconne ou Didier Laguerre, se m\u00ealer \u00e0 la foule d\u00e9guis\u00e9s, et cela donnait une atmosph\u00e8re incroyable. \u00bb Il reconna\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 surpris par la libert\u00e9 des corps, les costumes tr\u00e8s d\u00e9nud\u00e9s, mais insiste sur le climat bon enfant. \u00ab Malgr\u00e9 les apparences, je n\u2019ai pas constat\u00e9 d\u2019agressions sexuelles, ce qui est remarquable. La f\u00eate se d\u00e9roule dans un esprit de convivialit\u00e9. \u00bb Il souligne toutefois une inqui\u00e9tude : l\u2019alcoolisation massive de certains tr\u00e8s jeunes, \u00ab des adolescentes de quinze ans retrouv\u00e9es inconscientes \u00bb, un ph\u00e9nom\u00e8ne pr\u00e9occupant pour les familles et les institutions.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces grandes manifestations, il garde aussi en m\u00e9moire des moments plus confidentiels mais tout aussi marquants : les rallyes automobiles avec Simon Jean-Joseph, les f\u00eates patronales, les \u00e9changes improvis\u00e9s autour d\u2019un verre de rhum avec des intellectuels martiniquais de tous bords. \u00ab Ces discussions \u00e0 b\u00e2tons rompus, o\u00f9 chacun porte ses lunettes pour regarder le monde diff\u00e9remment, \u00e9taient fascinantes. Il y avait toujours de l\u2019humour, de la vivacit\u00e9, une s\u00e9duction dans le d\u00e9bat. On se taquinait, on se provoquait gentiment, mais toujours dans un esprit de jeu intellectuel. \u00bb<\/p>\n<p>Ce go\u00fbt des mots, il le place d\u2019ailleurs parmi ses plus grandes d\u00e9couvertes. \u00ab Les Martiniquais ont un rapport singulier au langage. Dans les dialogues sociaux avec les syndicats de police par exemple, j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 de v\u00e9ritables joutes oratoires, dr\u00f4les, inventives, d\u2019une pr\u00e9cision incroyable. M\u00eame quand le cr\u00e9ole m\u2019\u00e9chappait, je comprenais l\u2019esprit, comme un croquis qui s\u2019imprime dans le cerveau. \u00bb<\/p>\n<p>La gastronomie, enfin, a contribu\u00e9 \u00e0 forger cet attachement. \u00ab C\u2019est incroyable de voir \u00e0 quel point on mange bien ici. La cuisine martiniquaise est un m\u00e9lange unique de traditions fran\u00e7aises et de saveurs locales, et elle participe \u00e0 cette identit\u00e9 multiple. \u00bb<\/p>\n<p>Ces instants festifs, ces moments de partage, sont venus \u00e9quilibrer les \u00e9preuves plus sombres. \u00ab Oui, j\u2019ai v\u00e9cu des nuits d\u2019\u00e9meutes, des barrages en flammes, la tension des armes. Mais j\u2019ai aussi v\u00e9cu des randonn\u00e9es sublimes, des f\u00eates populaires, des \u00e9clats de rire dans les d\u00e9bats. C\u2019est ce m\u00e9lange qui m\u2019a profond\u00e9ment marqu\u00e9. \u00bb<\/p>\n<h2><strong>Et apr\u00e8s ?<\/strong><\/h2>\n<h3><strong>Le 1er septembre, Paul-Fran\u00e7ois Schira quittera son poste pour rejoindre le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, \u00e0 Paris, au sein de la Direction des libert\u00e9s publiques et des affaires juridiques. Il y travaillera sur les questions de la\u00efcit\u00e9 et de respect des valeurs r\u00e9publicaines, renouant avec sa formation initiale en droit.<\/strong><\/h3>\n<h3><strong>S\u2019il s\u2019\u00e9loigne de la Martinique professionnellement, il ne ferme pas la porte \u00e0 un retour, \u00ab ne serait-ce que pour revoir les amis, les coll\u00e8gues, et red\u00e9couvrir ce territoire qui m\u2019a tant enrichi \u00bb.<\/strong><\/h3>\n<p><em>Reportage Roland Dorival, Laurianne Nomel et Philippe Pied<\/em><\/p>\n<h3><\/h3>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s deux ann\u00e9es pass\u00e9es en Martinique comme directeur de cabinet du pr\u00e9fet, Paul-Fran\u00e7ois Schira s\u2019appr\u00eate \u00e0 quitter son poste le 1er septembre 2025. Il livre un regard lucide, parfois inquiet, mais aussi profond\u00e9ment humain sur son exp\u00e9rience dans l\u2019\u00eele. 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