{"id":81349,"date":"2025-10-24T22:32:28","date_gmt":"2025-10-24T21:32:28","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=81349"},"modified":"2025-10-24T23:21:41","modified_gmt":"2025-10-24T22:21:41","slug":"en-haiti-dans-lenfer-des-gangs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/en-haiti-dans-lenfer-des-gangs\/","title":{"rendered":"En Ha\u00efti, dans l\u2019enfer des gangs"},"content":{"rendered":"<header class=\"article-header\">\n<div class=\"article-heading\">\n<h1 class=\"article-title\"><a class=\"article-source\" style=\"font-size: 14px\" href=\"https:\/\/apps.courrierinternational.com\/#article-box-source\" data-scroll=\"\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img decoding=\"async\" class=\"source-logo\" src=\"https:\/\/focus.courrierinternational.com\/64x64\/2022\/01\/31\/a6d864d_1643653454376-the-sunday-times.jpg\" alt=\"Logo\" width=\"32\" height=\"32\" \/><\/a><\/h1>\n<\/div>\n<\/header>\n<div class=\"article-content\">\n<div class=\"article-metas\">\n<div class=\"source-infos\">\n<div class=\"source-name\">The Sunday Times<\/div>\n<div class=\"source-lang\">Traduit de l\u2019anglais<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"article-infos\"><\/div>\n<\/div>\n<p class=\"article-lede\">Rares sont les journalistes occidentaux \u00e0 se rendre \u00e0 Port-au-Prince, la capitale d\u2019Ha\u00efti, depuis que les gangs y ont pris le pouvoir. La journaliste britannique Louise Callaghan, correspondante du quotidien \u201cThe Times\u201d pour les Am\u00e9riques, s\u2019y est rendue en ao\u00fbt dernier. Son r\u00e9cit est gla\u00e7ant.<\/p>\n<div class=\"article-text\">\n<p><span style=\"font-size: 14px\">Le jour de sa disparition, B\u00e9atrice portait l\u2019uniforme scolaire, une blouse jaune et un pantalon bleu. Ce matin-l\u00e0, sa m\u00e8re, Roseline, l\u2019a d\u00e9pos\u00e9e \u00e0 l\u2019arr\u00eat de bus et l\u2019a quitt\u00e9e en lui faisant un signe de la main.<\/span><\/p>\n<p>De retour chez elle, elle s\u2019est aper\u00e7ue que B\u00e9atrice avait oubli\u00e9 son argent de poche et elle a appel\u00e9 le directeur de l\u2019\u00e9cole pour lui demander de la laisser d\u00e9jeuner \u00e0 la cantine \u2013 qu\u2019elle r\u00e9glerait plus tard. Mais B\u00e9atrice n\u2019est pas venue \u00e0 l\u2019\u00e9cole, lui a-t-il r\u00e9pondu.<\/p>\n<div class=\"asset asset-read-more\">\n<div class=\"wrap\"><\/div>\n<\/div>\n<p>Elle avait \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e par les gangs qui contr\u00f4lent pratiquement toute la capitale, Port-au-Prince\u00a0: des adolescents et des jeunes gens affal\u00e9s sur des canap\u00e9s d\u00e9fonc\u00e9s \u00e0 chaque coin de rue, un fusil d\u2019assaut sur les genoux, qui imposent leur loi sur la ville depuis qu\u2019ils ont chass\u00e9 le gouvernement, en mars 2024. B\u00e9atrice avait 15\u00a0ans, aimait les math\u00e9matiques, et elle avait disparu.<\/p>\n<p>Roseline a appel\u00e9 ses amis, ratiss\u00e9 tout le quartier. Puis, elle a appris que le bus \u00e9tait tomb\u00e9 en panne avant d\u2019arriver \u00e0 l\u2019\u00e9cole. B\u00e9atrice attendait sur le trottoir avec les autres passagers lorsque des hommes masqu\u00e9s ont d\u00e9boul\u00e9 et l\u2019ont emmen\u00e9e. <em>\u201cJ\u2019ai cherch\u00e9 partout, j\u2019ai interrog\u00e9 tout le monde\u201d,<\/em> me raconte Roseline, 39\u00a0ans, r\u00e9fugi\u00e9e dans un foyer pour femmes de Port-au-Prince.<\/p>\n<h2 class=\"ci-subtitle\">Pauvret\u00e9, malnutrition et violence<\/h2>\n<p>Ha\u00efti est aujourd\u2019hui le pays le plus pauvre des Cara\u00efbes et d\u2019Am\u00e9rique latine. Son PIB par habitant est proche de celui du <a href=\"\/\/rubrique\/bangladesh?title=Bangladesh&amp;source=article_content\">Bangladesh<\/a>. La moiti\u00e9 de la population ne mange pas \u00e0 sa faim. Des centaines de milliers d\u2019enfants souffrent de malnutrition.<\/p>\n<div class=\"asset asset-image\" data-id=\"11148470\" data-position=\"center\" data-size=\"large\">\n<figure class=\"is-clickable\"><a role=\"link\" href=\"\/\/illustration?url=https%3A%2F%2Ffocus.courrierinternational.com%2F2025%2F09%2F16%2F0%2F0%2F2000%2F2134%2F%7B%7Bwidth%7D%7D%2F%7B%7Bheight%7D%7D%2F60%2F0%2Fda2f7ac_upload-1-t2xams41iaiq-baf1820-haiti-port-au-prince.png&amp;max_width=2000&amp;max_height=2134&amp;caption=Ha%C3%AFti%2C%20chiffres%20cl%C3%A9s.&amp;credits=SOURCES%20%3A%20LAROUSSE%2C%20FRANCE%20DIPLOMATIE.&amp;ratio=0.94\" aria-label=\"Agrandir l\u2019image\" data-pswp-src=\"https:\/\/focus.courrierinternational.com\/2025\/09\/16\/0\/0\/2000\/2134\/1280\/0\/60\/0\/da2f7ac_upload-1-t2xams41iaiq-baf1820-haiti-port-au-prince.png\" data-pswp-width=\"1280\" data-pswp-height=\"1366\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/focus.courrierinternational.com\/2025\/09\/16\/0\/0\/2000\/2134\/640\/0\/60\/0\/da2f7ac_upload-1-t2xams41iaiq-baf1820-haiti-port-au-prince.png\" alt=\"Ha\u00efti, chiffres cl\u00e9s.\" width=\"640\" height=\"683\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n<p>Dans la capitale, plus personne ne r\u00e9pond de rien\u00a0: il n\u2019y a plus personne aux commandes, plus personne pour remettre de l\u2019ordre. Les gangs r\u00e8gnent sans partage sur pratiquement tous les quartiers de Port-au-Prince et ses faubourgs, qui concentrent pr\u00e8s d\u2019un quart des 12\u00a0millions d\u2019habitants du pays.<\/p>\n<p>La police est diss\u00e9min\u00e9e sur les 10\u00a0% de la capitale encore sous contr\u00f4le gouvernemental, o\u00f9 elle gare ses v\u00e9hicules blind\u00e9s aux carrefours et tire \u00e0 vue sur les individus qu\u2019elle soup\u00e7onne d\u2019\u00eatre des membres d\u2019un groupe arm\u00e9.<\/p>\n<div class=\"asset asset-read-more\">\n<div class=\"wrap\"><\/div>\n<\/div>\n<p>Pour retrouver un disparu, il n\u2019y a pas d\u2019autre choix que de s\u2019adresser au chef de gang du quartier \u2013 une perspective qui terrifiait Roseline, mais elle a fini par s\u2019y r\u00e9soudre. Le ca\u00efd lui a assur\u00e9 qu\u2019il ferait tout ce qui serait en son pouvoir. Apr\u00e8s deux jours sans nouvelle, Roseline a pris le taureau par les cornes.<\/p>\n<h2 class=\"ci-subtitle\">Une colonie florissante<\/h2>\n<p>\u201cLa perle des Antilles\u201d. Ces mots figurent sur toutes les plaques d\u2019immatriculation des voitures et des motos qui asphyxient les rues de Port-au-Prince sous d\u2019\u00e9pais nuages de smog. <a href=\"\/\/article?id=%2Farticle%2Frevelations-christophe-colomb-etait-espagnol-et-juif-selon-une-nouvelle-etude-espagnole_223335&amp;source=article_content\">Christophe Colomb<\/a> a d\u00e9barqu\u00e9 sur l\u2019\u00eele en 1492, et l\u2019a baptis\u00e9e \u201cLa Espa\u00f1ola\u201d [\u201cL\u2019Espagnole\u201d], un nom ensuite latinis\u00e9 en \u201cHispaniola\u201d [\u201cLa petite Espagne\u201d]. La couronne espagnole comprend aussit\u00f4t que ce territoire est une corne d\u2019abondance et une porte d\u2019entr\u00e9e sur le Nouveau Monde, et le colonise.<\/p>\n<div class=\"asset asset-encadre asset-modal-235079\" data-id=\"235079\" data-position=\"right\">\n<div class=\"encadre-title\">L\u2019autrice \u2013 Louise Callaghan<\/div>\n<div class=\"encadre-content\">\n<div class=\"encadre-text\">\n<p>Install\u00e9e \u00e0 New York, Louise Callaghan est la correspondante du <em>Sunday Times<\/em> pour les Am\u00e9riques. Elle s\u2019est fait remarquer, alors qu\u2019elle \u00e9tait correspondante de cette m\u00eame publication au Moyen-Orient, pour la qualit\u00e9 des reportages qu\u2019elle a livr\u00e9s sur la crise des migrants \u00e0 Lesbos ou sur le si\u00e8ge de Mossoul, entre autres. Plusieurs fois prim\u00e9e, elle se distingue par son aptitude \u00e0 mettre l\u2019humain au premier plan, y compris dans les situations de crise ou de chaos.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Au XVII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, des boucaniers et des marchands fran\u00e7ais s\u2019installent progressivement sur la c\u00f4te ouest. Hispaniola est officiellement partag\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1697 [par le trait\u00e9 de Ryswick], lorsque l\u2019Espagne octroie \u00e0 la France le tiers occidental du territoire, qui prend le nom de Saint-Domingue, tandis que la partie orientale, Santo Domingo [l\u2019actuelle <a href=\"\/\/rubrique\/republique-dominicaine?title=R%C3%A9publique%20dominicaine&amp;source=article_content\">R\u00e9publique dominicaine<\/a>], reste sous domination espagnole.<\/p>\n<h2 class=\"ci-subtitle\">En 1804, un pays libre<\/h2>\n<p>\u00c0 la fin du XVIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, Saint-Domingue est la colonie la plus riche et la plus florissante du monde. Apr\u00e8s avoir r\u00e9duit en esclavage et an\u00e9anti la population autochtone taino par les maladies et les mauvais traitements, les grands propri\u00e9taires de plantations de canne \u00e0 sucre et de caf\u00e9 ont entrepris de faire venir des esclaves africains.<\/p>\n<p>\u00c0 mesure que ces derniers sont morts, ils en ont tout bonnement import\u00e9 d\u2019autres. Le travail de cette main-d\u2019\u0153uvre asservie rapporte d\u2019immenses richesses \u00e0 la monarchie fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>En 1791, les esclaves de Saint-Domingue se r\u00e9voltent contre leurs ma\u00eetres. Ainsi d\u00e9bute le plus grand soul\u00e8vement d\u2019esclaves depuis que Spartacus a d\u00e9fi\u00e9 la R\u00e9publique romaine. <a href=\"\/\/article?id=%2Farticle%2Fvu-des-etats-unis-toussaint-louverture-et-la-revolution-haitienne-grands-absents-des-manuels&amp;source=article_content\">Toussaint Louverture, ancien esclave promu lieutenant-g\u00e9n\u00e9ral<\/a>, remporte une s\u00e9rie de victoires militaires et prend possession de la colonie [arr\u00eat\u00e9, il meurt en d\u00e9tention en France, en 1803].<\/p>\n<div class=\"asset asset-read-more\">\n<div class=\"wrap\"><\/div>\n<\/div>\n<p>En 1804, Saint-Domingue proclame son ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de la France et devient un pays libre gouvern\u00e9 par d\u2019anciens esclaves. Jean-Jacques Dessalines, un r\u00e9volutionnaire qui devient bient\u00f4t le premier dirigeant du pays, redonne \u00e0 l\u2019\u00eele son nom taino, \u201cHa\u00efti\u201d [\u201cla montagne dans la mer\u201d ou \u201c\u00e2pre terre\u201d, selon les versions].<\/p>\n<p>L\u2019une de ses premi\u00e8res initiatives [avant son assassinat en 1806] est d\u2019ordonner le massacre des colons blancs, conduits dans la baie de Port-au-Prince o\u00f9 ils sont noy\u00e9s sous les yeux d\u2019\u00e9quipages de navires marchands \u00e9trangers. D\u2019autres sont d\u00e9capit\u00e9s ou transperc\u00e9s par les ba\u00efonnettes.<\/p>\n<p>La r\u00e9volution et les repr\u00e9sailles qui s\u2019ensuivent co\u00fbtent cher \u00e0 Ha\u00efti. L\u2019\u00eele se retrouve \u00e9conomiquement isol\u00e9e. La situation s\u2019aggrave encore quand, en 1825, la France envoie \u00e0 Port-au-Prince une force navale compos\u00e9e de 14\u00a0b\u00e2timents de guerre pour contraindre son ancienne colonie \u00e0 verser une indemnit\u00e9 exorbitante aux anciens propri\u00e9taires d\u2019esclaves [en \u00e9change de la reconnaissance de son ind\u00e9pendance].<\/p>\n<h2 class=\"ci-subtitle\">Au XX\u1d49\u00a0si\u00e8cle, le grand effondrement<\/h2>\n<p>Les autorit\u00e9s ha\u00eftiennes sont confront\u00e9es \u00e0 un dilemme\u00a0: payer ou engager une nouvelle guerre. Elles choisissent de payer. Selon les historiens, cette dette envers la France, qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 sold\u00e9e qu\u2019en 1947, est l\u2019une des raisons pour lesquelles Ha\u00efti se trouve dans la situation actuelle.<\/p>\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re qui coupe Hispaniola en deux, la R\u00e9publique dominicaine abrite aujourd\u2019hui des complexes h\u00f4teliers de luxe, accueille plus de dix\u00a0millions de touristes par an et affiche un PIB par habitant cinq fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui de son voisin.<\/p>\n<div class=\"asset asset-encadre asset-modal-235020\" data-id=\"235020\" data-position=\"right\">\n<div class=\"encadre-title\"><span class=\"strapline\">CHRONOLOGIE<\/span>7\u00a0\u00e9tapes vers l\u2019ab\u00eeme<\/div>\n<div class=\"encadre-content\">\n<div class=\"encadre-text\">\n<p><strong>1986. <\/strong>Chute de la dictature des Duvalier, au pouvoir depuis 1957, et espoir d\u2019un nouveau d\u00e9part. Une Constitution est adopt\u00e9e en 1987. Mais, jusqu\u2019en 1994, violences et coups d\u2019\u00c9tat se succ\u00e8dent.<\/p>\n<p><strong>1994.<\/strong> \u00c9lu en 1990, renvers\u00e9 et exil\u00e9 en 1991, Jean-Bertrand Aristide, un ancien pr\u00eatre, reprend la pr\u00e9sidence. La Constitution l\u2019emp\u00eachant d\u2019encha\u00eener deux mandats, il alterne au pouvoir avec Ren\u00e9 Pr\u00e9val, un partisan, mais d\u00e9\u00e7oit de plus en plus.<\/p>\n<p><strong>2004.<\/strong> Paris et Washington pr\u00e9cipitent un nouvel exil d\u2019Aristide, pour son inaction face \u00e0 <em>\u201cl\u2019urgence humanitaire\u201d.<\/em><\/p>\n<p><strong>2010.<\/strong> S\u00e9isme meurtrier puis \u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra.<\/p>\n<p><strong>2016.<\/strong> Ouragan d\u00e9vastateur.<\/p>\n<p><strong>2021.<\/strong> Le pr\u00e9sident Jovenel Mo\u00efse, \u00e9lu en 2017, est assassin\u00e9 sur fond de corruption et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 permanentes. Le Premier ministre, Ariel Henry, cens\u00e9 organiser des \u00e9lections, s\u2019accroche au pouvoir.<\/p>\n<p><strong>Mars 2024.<\/strong> \u201cBarbecue\u201d, l\u2019un des chefs des gangs qui r\u00e8gnent d\u00e9sormais sur Port-au-Prince, menace le pays de<em> \u201cguerre civile\u201d<\/em>si Ariel Henry ne d\u00e9missionne pas. Celui-ci obtemp\u00e8re. Instauration, le mois suivant, d\u2019un tr\u00e8s fragile Conseil pr\u00e9sidentiel de transition.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Un autre facteur du d\u00e9clin d\u2019Ha\u00efti tient indubitablement \u00e0 la corruption et la violence de ses dirigeants du XX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, depuis des dictateurs tels que Fran\u00e7ois Duvalier, surnomm\u00e9 \u201cPapa Doc\u201d, et son fils, <a href=\"\/\/article?id=%2Farticle%2F2014%2F10%2F06%2Fduvalier-mort-laissons-le-reposer-dans-son-insignifiance&amp;source=article_content\">Jean-Claude Duvalier<\/a>, dit \u201cB\u00e9b\u00e9 Doc\u201d, dont le r\u00e9gime [de 1957\u00a0\u00e0 1986] a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par un despotisme effr\u00e9n\u00e9 et une litanie de massacres, jusqu\u2019\u00e0 des p\u00e9riodes d\u2019instabilit\u00e9 politique \u00e9maill\u00e9es de coups d\u2019\u00c9tat et d\u2019\u00e9lections contest\u00e9es.<\/p>\n<p>Puis, le 12\u00a0janvier 2010, un s\u00e9isme de magnitude\u00a07 <a href=\"\/\/article?id=%2Farticle%2F2010%2F01%2F14%2Frequiem-pour-port-au-prince&amp;source=article_content\">ravage Port-au-Prince<\/a>, faisant au moins 100\u00a0000\u00a0morts [le gouvernement ha\u00eftien livre un bilan trois fois sup\u00e9rieur]. Plus de 1,3\u00a0million de personnes deviennent sans-abri.<\/p>\n<p>Au lendemain de la catastrophe, les Casques bleus de l\u2019ONU introduisent accidentellement une <a href=\"\/\/article?id=%2Farticle%2F2012%2F10%2F31%2Fl-onu-le-cholera-et-les-interets&amp;source=article_content\">\u00e9pid\u00e9mie d\u00e9vastatrice de chol\u00e9ra<\/a> en d\u00e9versant dans une rivi\u00e8re les eaux contamin\u00e9es d\u2019une fosse septique de leur base, d\u00e9cimant plus de 10\u00a0000\u00a0personnes. Des soldats de la paix \u00e9trangers et des employ\u00e9s d\u2019ONG sont accus\u00e9s d\u2019<a href=\"\/\/article?id=%2Farticle%2Forgies-sexuelles-haiti-long-oxfam-dans-la-tourmente&amp;source=article_content\">exploitation sexuelle<\/a> de femmes et d\u2019enfants ha\u00eftiens. Les Ha\u00eftiens y voient un nouvel exemple de violence coloniale et de racisme.<\/p>\n<div class=\"asset asset-read-more\">\n<div class=\"wrap\"><span class=\"read-more-label\">\u00c0 LIRE AUSSI\u00a0:<\/span> <span class=\"strapline\">D\u00e9cryptage.<\/span> En Ha\u00efti, plus de deux si\u00e8cles de corruption<\/div>\n<\/div>\n<p>Pendant ce temps, les dirigeants du pays continuent de d\u00e9tourner l\u2019argent public. Sur les milliards de dollars vers\u00e9s par les donateurs du monde entier aux organisations d\u2019aide internationale, seule une infime partie est inject\u00e9e dans l\u2019\u00e9conomie locale. Tous les ingr\u00e9dients de l\u2019effondrement de l\u2019\u00c9tat sont r\u00e9unis.<\/p>\n<h2 class=\"ci-subtitle\">En 2021, le pouvoir aux gangs<\/h2>\n<p>L\u2019\u00e9tincelle se produit dans la nuit du 6 au 7\u00a0juillet 2021, lorsque 28\u00a0mercenaires font irruption au domicile du pr\u00e9sident Jovenel Mo\u00efse [au pouvoir depuis 2017] <a href=\"\/\/article?id=%2Farticle%2Fenquete-assassinat-du-president-haitien-jovenel-moise-la-piste-du-trafic-de-drogue&amp;source=article_content\">et l\u2019assassinent<\/a>. Apr\u00e8s quoi, les bandes arm\u00e9es qui r\u00e9gnaient d\u00e9j\u00e0 en ma\u00eetres sur certains quartiers de la capitale, soutenues par d\u2019anciens politiciens et d\u2019autres encore en poste qui les utilisent pour servir leurs propres int\u00e9r\u00eats, s\u2019engouffrent dans la br\u00e8che. Les enl\u00e8vements se multiplient, ciblant notamment les fils et les filles de l\u2019\u00e9lite, kidnapp\u00e9s en pleine rue.<\/p>\n<div class=\"asset asset-read-more\">\n<div><\/div>\n<\/div>\n<p>En mars 2024, les gangs envahissent toute la ville, installent des barrages, lib\u00e8rent des milliers de d\u00e9tenus et paralysent la capitale. Une mission multinationale d\u2019appui \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, d\u00e9ploy\u00e9e pour aider l\u2019arm\u00e9e ha\u00eftienne \u00e0 contenir cette flamb\u00e9e de violence, se voit reprocher son inefficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, Port-au-Prince est en \u00e9tat de si\u00e8ge. On ne peut en sortir que par h\u00e9licopt\u00e8re ou en prenant l\u2019un des rares vols au d\u00e9part de l\u2019a\u00e9roport, \u00e9galement encercl\u00e9 par les gangs. La quasi-totalit\u00e9 de la population est prise dans la nasse.<\/p>\n<p>Les cadavres pourrissent dans la rue. Ruth Guillaune, dont le fils Richie a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par les gangs \u2013 ils l\u2019ont arr\u00eat\u00e9 un jour alors qu\u2019il roulait \u00e0 moto, l\u2019ont d\u00e9trouss\u00e9 et tu\u00e9 d\u2019une balle \u2013, raconte qu\u2019il lui a fallu une journ\u00e9e enti\u00e8re pour retrouver son corps. Entre-temps, des chiens errants l\u2019avaient \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9vor\u00e9.<\/p>\n<div class=\"asset asset-image\" data-id=\"11148237\" data-position=\"center\" data-size=\"x-large\">\n<figure class=\"is-clickable\"><a role=\"link\" href=\"\/\/illustration?url=https%3A%2F%2Ffocus.courrierinternational.com%2F2025%2F09%2F16%2F0%2F0%2F3000%2F1997%2F%7B%7Bwidth%7D%7D%2F%7B%7Bheight%7D%7D%2F60%2F0%2F72a0c08_upload-1-xmjfz6hhin3v-haiti-sunday-times-6jpg-js1008660471.jpg&amp;max_width=3000&amp;max_height=1997&amp;caption=Ruth%20Guillaune%20a%20perdu%20son%20fils%20a%C3%AEn%C3%A9%2C%20Richie%2C%20abattu%20alors%20qu%E2%80%99il%20circulait%20%C3%A0%20moto.&amp;credits=Photo%20Clarens%20Siffroy%2FThe%20Sunday%20Times%20Magazine%2F%C2%A9%20News%20Licensing%C2%A0&amp;ratio=1.5\" aria-label=\"Agrandir l\u2019image\" data-pswp-src=\"https:\/\/focus.courrierinternational.com\/2025\/09\/16\/0\/0\/3000\/1997\/2560\/0\/60\/0\/72a0c08_upload-1-xmjfz6hhin3v-haiti-sunday-times-6jpg-js1008660471.jpg\" data-pswp-width=\"2560\" data-pswp-height=\"1704\"><img decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/focus.courrierinternational.com\/2025\/09\/16\/0\/0\/3000\/1997\/1280\/0\/60\/0\/72a0c08_upload-1-xmjfz6hhin3v-haiti-sunday-times-6jpg-js1008660471.jpg\" alt=\"Ruth Guillaune a perdu son fils a\u00een\u00e9, Richie, abattu alors qu\u2019il circulait \u00e0 moto. \" width=\"1280\" height=\"852\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n<p>Elle est rest\u00e9e toute la journ\u00e9e accroupie aupr\u00e8s de lui, jetant des pierres aux chiens pour qu\u2019ils n\u2019ach\u00e8vent pas de le d\u00e9pecer, mais quand les secours sont arriv\u00e9s, ils ont refus\u00e9 de l\u2019emmener \u00e0 la morgue car il ne restait plus grand-chose de son corps \u2013\u00a0un morceau de m\u00e2choire et la majeure partie du torse et des jambes. Elle l\u2019a donc enterr\u00e9 sur place, dans la poussi\u00e8re. <em>\u201cIl \u00e9tait toujours \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s\u201d,<\/em> soupire-t-elle, assise par terre dans un camp de d\u00e9plac\u00e9s improvis\u00e9.<\/p>\n<h2 class=\"ci-subtitle\">Des ex\u00e9cutions arbitraires, abjectes<\/h2>\n<p>Les gangs exercent un pouvoir absolu. Des jeunes hommes arm\u00e9s de fusils d\u2019assaut, et certaines femmes, gardent leur poste de contr\u00f4le, un verre \u00e0 la main, la musique \u00e0 plein tube. Ils envoient des gar\u00e7ons leur chercher ceci ou cela, ordonnent aux filles de leur faire la cuisine et le m\u00e9nage, ou de leur nettoyer les ongles de mains et de pieds.<\/p>\n<p><em>\u201cChaque enfant a son r\u00f4le dans le groupe,<\/em> nous explique Jean, un travailleur humanitaire qui vit dans une zone contr\u00f4l\u00e9e par les gangs. <em>Certains sont l\u00e0 pour faire les courses, et des filles sont [sexuellement exploit\u00e9es], font la lessive et les manucures pour les hommes arm\u00e9s.\u201d<\/em><\/p>\n<p>La violence est permanente, absurde. Il n\u2019y a aucune justice, ni personne pour r\u00e9pondre de quoi que ce soit. Les 6 et 7\u00a0d\u00e9cembre 2024, plus de 200\u00a0femmes et hommes \u00e2g\u00e9s qui habitaient le quartier de Wharf Jeremie, un quartier portuaire pass\u00e9 sous la coupe des gangs, ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s dans une tuerie orchestr\u00e9e par le \u201cchef\u201d du secteur, un certain Micanor Alt\u00e8s, dans le cadre de ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit comme une c\u00e9r\u00e9monie vaudoue.<\/p>\n<div class=\"asset asset-read-more\">\n<div class=\"wrap\"><span class=\"read-more-label\">\u00c0 LIRE AUSSI\u00a0:<\/span> <span class=\"strapline\">Violences.<\/span> Ha\u00efti\u00a0: un \u201cmassacre abject\u201d command\u00e9 par un chef de gang fait 184\u00a0morts<\/div>\n<\/div>\n<p>Le p\u00e8re de Mackenson Cang\u00e9 a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 la premi\u00e8re nuit. Il s\u2019appelait Marcel, avait 76\u00a0ans, \u00e9tait un fid\u00e8le de l\u2019\u00e9glise locale et une personnalit\u00e9 du quartier. Il \u00e9tait chez lui avec sa femme lorsque les gangs l\u2019ont emmen\u00e9, sans aucune explication.<\/p>\n<div class=\"asset asset-image\" data-id=\"11148235\" data-position=\"center\" data-size=\"x-large\">\n<figure class=\"is-clickable\"><a role=\"link\" href=\"\/\/illustration?url=https%3A%2F%2Ffocus.courrierinternational.com%2F2025%2F09%2F16%2F0%2F0%2F3000%2F2000%2F%7B%7Bwidth%7D%7D%2F%7B%7Bheight%7D%7D%2F60%2F0%2F76680df_upload-1-ciitgew5jjhz-sipa-shutterstock41240180-000001.jpg&amp;max_width=3000&amp;max_height=2000&amp;caption=Le%20quartier%20de%20Poste-Marchand%2C%20dans%20la%20banlieue%20de%20Port-au-Prince%2C%20le%2015%C2%A0d%C3%A9cembre%202024%2C%20apr%C3%A8s%20une%20attaque%20du%20gang%20de%20%E2%80%9CBarbecue%E2%80%9D.%20Des%20habitants%20ont%20%C3%A9t%C3%A9%20tu%C3%A9s%2C%20et%20des%20voitures%2C%20des%20maisons%20et%20des%20commerces%20incendi%C3%A9s.&amp;credits=Photo%20Patrice%20Noel%2FZUMA%2FSIPA%C2%A0&amp;ratio=1.5\" aria-label=\"Agrandir l\u2019image\" data-pswp-src=\"https:\/\/focus.courrierinternational.com\/2025\/09\/16\/0\/0\/3000\/2000\/2560\/0\/60\/0\/76680df_upload-1-ciitgew5jjhz-sipa-shutterstock41240180-000001.jpg\" data-pswp-width=\"2560\" data-pswp-height=\"1707\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/focus.courrierinternational.com\/2025\/09\/16\/0\/0\/3000\/2000\/1280\/0\/60\/0\/76680df_upload-1-ciitgew5jjhz-sipa-shutterstock41240180-000001.jpg\" alt=\"Le quartier de Poste-Marchand, dans la banlieue de Port-au-Prince, le 15\u00a0d\u00e9cembre 2024, apr\u00e8s une attaque du gang de \u201cBarbecue\u201d. Des habitants ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, et des voitures, des maisons et des commerces incendi\u00e9s.\" width=\"1280\" height=\"853\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n<p>Une rumeur s\u2019est par la suite r\u00e9pandue\u00a0: Micanor Alt\u00e8s avait ordonn\u00e9 de massacrer tous les pratiquants du vaudou qu\u2019il croyait responsables de la maladie de son jeune enfant. Ce que d\u00e9ment M. Cang\u00e9\u00a0: Micanor <em>\u201cvoulait simplement accomplir son propre sacrifice, et c\u2019est ce qu\u2019il a fait\u201d,<\/em> affirme-t-il, ajoutant\u00a0: <em>\u201cIl est toujours l\u00e0, et il continue de massacrer des gens.\u201d<\/em><\/p>\n<h2 class=\"ci-subtitle\">Pour les femmes, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 permanente<\/h2>\n<p>\u00c0 la clinique de M\u00e9decins sans fronti\u00e8res de Cit\u00e9 Soleil, [un immense bidonville] enti\u00e8rement contr\u00f4l\u00e9 par des gangs, Rose Charline Calixte, sage-femme, voit d\u00e9filer pratiquement tous les jours des femmes et des jeunes filles bris\u00e9es. Une gamine de 14\u00a0ans, enlev\u00e9e et s\u00e9questr\u00e9e plusieurs jours par les gangs, a subi des viols collectifs et son corps a \u00e9t\u00e9 tatou\u00e9 d\u2019insultes grossi\u00e8res.<\/p>\n<p><em>\u201cCes femmes sont \u00e0 la merci de ces gangs\u201d,<\/em> explique M<sup>me<\/sup>\u00a0Calixte. Elles sont viol\u00e9es partout \u2013 dans la rue, au march\u00e9, sur le chemin de l\u2019\u00e9cole. Comme beaucoup n\u2019ont aucun moyen de quitter leur quartier, ces abus se r\u00e9p\u00e8tent souvent. Environ un cinqui\u00e8me des victimes que la clinique re\u00e7oit sont des enfants.<\/p>\n<p>Pour Katia Hilaire, psychologue \u00e0 la Fondation Toya [une structure locale d\u2019aide aux femmes], ces viols ne sont pas seulement le produit d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sans loi. Ils rel\u00e8vent d\u2019une strat\u00e9gie, pour mieux prendre le contr\u00f4le d\u2019une zone et assujettir ses habitants.<\/p>\n<blockquote><p>\u201cQuand les gangs s\u2019emparent d\u2019un quartier, ils entrent dans les maisons, tuent les maris devant leurs femmes, puis battent et violent celles-ci. Les enfants assistent \u00e0 ces exactions \u2013 quand ils ne sont pas viol\u00e9s eux aussi, en particulier les petites filles.\u201d<\/p><\/blockquote>\n<p>Roseline a attendu deux jours que le chef du gang local lui dise o\u00f9 se trouvait sa fille. Au deuxi\u00e8me soir, n\u2019ayant toujours aucune nouvelle, elle s\u2019est rendue chez lui \u00e0 3\u00a0heures du matin et s\u2019est assise devant sa maison, bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 se suicider sur le pas de sa porte s\u2019il ne retrouvait pas B\u00e9atrice. Il est sorti \u00e0 8\u00a0heures. Elle l\u2019a suppli\u00e9. Il a pass\u00e9 un coup de fil. Puis un autre. Et un troisi\u00e8me. B\u00e9atrice \u00e9tait en vie et ses ravisseurs acceptaient de la rendre.<\/p>\n<p>Depuis trois jours, Roseline n\u2019avait rien mang\u00e9 et ne dormait plus. Elle est mont\u00e9e dans une voiture avec des membres du gang de son quartier, qui l\u2019ont emmen\u00e9e \u00e0 un point de rendez-vous. Ils ont attendu. Puis une voiture est arriv\u00e9e et un groupe d\u2019hommes a fait descendre B\u00e9atrice et l\u2019a jet\u00e9e sur la banquette \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa m\u00e8re. Son uniforme scolaire \u00e9tait couvert de sang, son cou profond\u00e9ment entaill\u00e9.<\/p>\n<h2 class=\"ci-subtitle\">Crise alimentaire, r\u00e9duction de l\u2019aide humanitaire<\/h2>\n<p>Les organisations humanitaires ont d\u00e9fini cinq phases pour mesurer l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire, des situations d\u2019insuffisance minimale jusqu\u2019aux situations aigu\u00ebs de famine. En Ha\u00efti, \u00e0 deux heures de vol de Miami, 2,1\u00a0millions de personnes, soit 18\u00a0% de la population, sont confront\u00e9es \u00e0 des niveaux de phase\u00a04 (urgence) et\u00a05 (famine).<\/p>\n<p>Nous avons rejoint l\u2019espace d\u2019un week-end les \u00e9quipes du Programme alimentaire mondial (PAM) qui distribuaient de l\u2019aide \u00e0 Port-au-Prince. Plus de 7\u00a0000\u00a0personnes faisaient la queue sous le soleil pour recevoir des sacs de riz, de haricots et de l\u2019huile. Il y a cinq\u00a0ans, la plupart n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 l\u00e0. La crise alimentaire en Ha\u00efti s\u2019est aggrav\u00e9e \u00e0 un rythme alarmant.<\/p>\n<p>L\u2019ONU a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019Ha\u00efti avait besoin de 900\u00a0millions de dollars (857\u00a0millions d\u2019euros) d\u2019aide pour 2025. \u00c0 ce jour, le pays n\u2019a re\u00e7u que 9\u00a0% de cette somme. L\u2019<a href=\"\/\/rubrique\/usaid?title=USAID&amp;source=article_content\">USAID <\/a>[l\u2019agence am\u00e9ricaine d\u2019aide au d\u00e9veloppement international] a effectu\u00e9 des coupes claires dans son budget et <a href=\"\/\/article?id=%2Farticle%2Fvu-de-l-etranger-fin-de-l-usaid-un-choc-planetaire_228970&amp;source=article_content\">d\u00e9mantel\u00e9 plusieurs projets sur ordre du pr\u00e9sident Trump<\/a>, mais l\u2019ensemble du syst\u00e8me humanitaire occidental r\u00e9duit \u00e9galement ses financements.<\/p>\n<p>Cela \u00e9tant, de plus en plus d\u2019Ha\u00eftiens estiment aujourd\u2019hui que ces injections d\u2019argent provenant de l\u2019\u00e9tranger ne changent rien. Depuis 2010, Ha\u00efti a re\u00e7u plus de 13\u00a0milliards de dollars [11\u00a0milliards d\u2019euros] d\u2019aide internationale. Aucune des 3\u00a0000\u00a0ONG pr\u00e9sentes dans le pays n\u2019a emp\u00each\u00e9 les gangs de prendre le pouvoir.<\/p>\n<div class=\"asset asset-read-more\">\n<div class=\"wrap\"><\/div>\n<\/div>\n<p>Plusieurs mois apr\u00e8s l\u2019enl\u00e8vement de B\u00e9atrice, Roseline et sa fille vivent dans un foyer pour femmes. Elles ne peuvent pas rentrer chez elles, car les ravisseurs pourraient revenir. <em>\u201cLa police ne contr\u00f4le rien\u201d,<\/em> d\u00e9plore Roseline. Depuis cet \u00e9v\u00e9nement, B\u00e9atrice ne parle pratiquement plus. Elle regarde dans le vide ou fait d\u00e9filer TikTok sur son t\u00e9l\u00e9phone. Il lui arrive de se r\u00e9veiller en hurlant.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019elle accepte de nous parler, avec sa m\u00e8re \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, elle confie ne pas se rappeler que ses violeurs aient dit quoi que ce soit. Elle se rappelle uniquement les cris des deux autres filles enlev\u00e9es avec elle, et ses suppliques pour voir sa m\u00e8re. Depuis l\u2019agression, elle est s\u00e9ropositive. Ni elle ni sa m\u00e8re ne pensent pouvoir un jour obtenir justice. <em>\u201cSi Dieu m\u2019en donnait le pouvoir, je les tuerais tous\u201d, <\/em>dit Roseline.<\/p>\n<h2 class=\"ci-subtitle\">Des mercenaires \u00e9trangers dans la capitale<\/h2>\n<p>Ce qui se rapproche le plus d\u2019un gouvernement en Ha\u00efti se trouve au sommet d\u2019une colline, dans la partie de la ville qui \u00e9chappe aux gangs. Derri\u00e8re les portes de la Villa d\u2019accueil [l\u2019un des si\u00e8ges du pouvoir ex\u00e9cutif], nous rencontrons Fritz Alphonse Jean, chef du Conseil pr\u00e9sidentiel de transition qui, techniquement, fait office de dirigeant d\u2019Ha\u00efti.<\/p>\n<p>M.\u00a0Jean, \u00e9conomiste et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re Premier ministre [de f\u00e9vrier \u00e0 mars 2016], a pris ses fonctions le 7\u00a0mars 2025. Pour lui, la violence qui r\u00e8gne aujourd\u2019hui en Ha\u00efti a \u00e9t\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment provoqu\u00e9e. <em>\u201cLe chaos dans lequel nous vivons ne vient pas de nulle part<\/em>, souligne-t-il. <em>C\u2019est quelque chose qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9.\u201d <\/em><\/p>\n<p>Au fil des d\u00e9cennies, poursuit-il, l\u2019\u00c9tat a \u00e9t\u00e9 pris en otage par des acteurs malveillants, notamment des hommes d\u2019affaires et des politiciens, qui ont soutenu les gangs (Fritz Jean a lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de corruption, ce qu\u2019il nie). Les gangs se sont enrichis et ont gagn\u00e9 du terrain gr\u00e2ce aux enl\u00e8vements et \u00e0 l\u2019extorsion, et ont fini par ne plus avoir besoin de leur soutien.<\/p>\n<div class=\"asset asset-read-more\">\n<div class=\"wrap\">\n<div>\n<div class=\"wrap\"><span class=\"read-more-label\">\u00c0<\/span><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Mais, affirme Fritz Jean, l\u2019\u00c9tat commence \u00e0 riposter \u2013 avec des appuis ext\u00e9rieurs. Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, plusieurs rapports ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que l\u2019\u00c9tat ha\u00eftien avait fait appel \u00e0 <a href=\"\/\/article?id=%2Farticle%2F2010%2F03%2F11%2Ferik-prince-ame-damnee-de-la-cia&amp;source=article_content\">Erik Prince<\/a> pour prot\u00e9ger son ultime bastion \u00e0 Port-au-Prince. Cet homme d\u2019affaires am\u00e9ricain et ancien membre des forces sp\u00e9ciales de l\u2019US\u00a0Navy s\u2019\u00e9tait fait remarquer \u00e0 l\u2019international par les exactions de <a href=\"\/\/article?id=%2Frevue-de-presse%2F2007%2F10%2F31%2Fquelle-responsabilite-pour-les-mercenaires-americains&amp;source=article_content\">sa soci\u00e9t\u00e9 militaire priv\u00e9e Blackwater<\/a>, qui avait notamment massacr\u00e9 des civils en Irak en 2007.<\/p>\n<p>Depuis, des mercenaires \u00e9trangers ont \u00e9t\u00e9 aper\u00e7us dans la capitale. La soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Erik Prince, Vectus Global, et d\u2019autres prestataires \u00e9trangers participent \u00e0 la protection des zones sous contr\u00f4le gouvernemental et ont annonc\u00e9 en ao\u00fbt [2025] qu\u2019ils s\u2019appr\u00eataient \u00e0 intensifier leurs op\u00e9rations afin de reprendre des territoires d\u00e9tenus par les gangs.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, ils ont \u00e9galement lanc\u00e9 des frappes de drones ciblant les chefs de gangs. S\u2019ils esp\u00e9raient les \u00e9liminer et leur reprendre leurs fiefs, ils n\u2019y sont pas parvenus. Les frappes de drones ont tu\u00e9 environ 300\u00a0personnes, dont des membres de gangs, mais aucun de leurs chefs.<\/p>\n<h2 class=\"ci-subtitle\">Rencontre avec le sinistre \u201cBarbecue\u201d<\/h2>\n<p>B\u00e9atrice a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e dans un quartier de Port-au-Prince pass\u00e9 sous la tutelle d\u2019un chef mafieux connu sous le nom de \u201cBarbecue\u201d \u2013 sans doute l\u2019homme le plus puissant de la capitale. Cet ancien policier, qui s\u2019appelle en r\u00e9alit\u00e9 Jimmy Ch\u00e9rizier, dirige la coalition de gangs Viv Ansanm [\u201cVivre ensemble\u201d], qui a \u00e9t\u00e9 officiellement d\u00e9sign\u00e9e comme organisation terroriste par le gouvernement am\u00e9ricain en mai dernier.<\/p>\n<div class=\"asset asset-image\" data-id=\"11148236\" data-position=\"center\" data-size=\"x-large\">\n<figure class=\"is-clickable\"><a role=\"link\" href=\"\/\/illustration?url=https%3A%2F%2Ffocus.courrierinternational.com%2F2025%2F09%2F16%2F0%2F0%2F3000%2F2000%2F%7B%7Bwidth%7D%7D%2F%7B%7Bheight%7D%7D%2F60%2F0%2Fe809cfc_upload-1-0uh8j0jkbbak-barbecue-sipa-barbecue-ap22857136-000001.jpg&amp;max_width=3000&amp;max_height=2000&amp;caption=Le%20chef%20de%20gang%20Jimmy%20Ch%C3%A9rizier%2C%20dit%20%E2%80%9CBarbecue%E2%80%9D%2C%20apr%C3%A8s%20un%20%C3%A9change%20avec%20des%20journalistes%2C%20%C3%A0%20Port-au%20Prince%2C%20le%205%C2%A0mars%202024.&amp;credits=Photo%20Odelyn%20Joseph%2FAP%20Photo%2FSIPA%C2%A0&amp;ratio=1.5\" aria-label=\"Agrandir l\u2019image\" data-pswp-src=\"https:\/\/focus.courrierinternational.com\/2025\/09\/16\/0\/0\/3000\/2000\/2560\/0\/60\/0\/e809cfc_upload-1-0uh8j0jkbbak-barbecue-sipa-barbecue-ap22857136-000001.jpg\" data-pswp-width=\"2560\" data-pswp-height=\"1707\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/focus.courrierinternational.com\/2025\/09\/16\/0\/0\/3000\/2000\/1280\/0\/60\/0\/e809cfc_upload-1-0uh8j0jkbbak-barbecue-sipa-barbecue-ap22857136-000001.jpg\" alt=\"Le chef de gang Jimmy Ch\u00e9rizier, dit \u201cBarbecue\u201d, apr\u00e8s un \u00e9change avec des journalistes, \u00e0 Port-au Prince, le 5\u00a0mars 2024. \" width=\"1280\" height=\"853\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n<p>\u201cBarbecue\u201d est aujourd\u2019hui un chef de guerre dont les hommes sont accus\u00e9s de perp\u00e9trer d\u2019innombrables viols et meurtres, et dont la t\u00eate est mise \u00e0 prix pour <a href=\"\/\/article?id=%2Farticle%2Fgangs-le-fbi-met-a-prix-la-tete-de-barbecue-le-chef-de-gang-le-plus-celebre-d-haiti_233947&amp;source=article_content\">5\u00a0millions de dollars [4,3\u00a0millions d\u2019euros] par le FBI<\/a>. Il a fait son autopromotion \u00e0 travers des interviews avec des journalistes et des influenceurs \u00e9trangers, se pr\u00e9sentant comme un r\u00e9volutionnaire dans la lign\u00e9e de Louverture et Dessalines.<\/p>\n<div class=\"asset asset-read-more\">\n<div class=\"wrap\"><\/div>\n<\/div>\n<p>Je n\u2019ai aucune intention de participer \u00e0 cette mascarade, mais je tiens \u00e0 voir de pr\u00e8s comment les gens vivent dans les zones qu\u2019il contr\u00f4le et \u00e0 l\u2019interroger en face-\u00e0-face sur les all\u00e9gations qui p\u00e8sent sur lui. C\u2019est ainsi qu\u2019un dimanche apr\u00e8s-midi, accompagn\u00e9e de Clarens Siffroy, un photographe ha\u00eftien, nous montons \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de deux motos qui franchissent tous les barrages policiers et nous conduisent \u00e0 tombeau ouvert dans le territoire du gang.<\/p>\n<p>Nous traversons d\u2019abord la zone morte, un terrain vague faisant office de zone frontali\u00e8re, boueux et jonch\u00e9 de lambeaux de sacs en plastique accroch\u00e9s aux ossatures de ce qui \u00e9tait autrefois des maisons. Nous roulons sur une grande mare de liquide rouge frais \u00e9tal\u00e9e sur un carrefour, les douilles vides cliquetant sous les roues. Puis nous p\u00e9n\u00e9trons dans le territoire de \u201cBarbecue\u201d.<\/p>\n<p>Le long d\u2019une route, nous apercevons une rang\u00e9e de maisons en parpaing de couleur pastel, pareilles \u00e0 celles de cartes postales des Cara\u00efbes. Ce sont des coquilles vides, qui n\u2019abritent plus qu\u2019une poign\u00e9e d\u2019adolescents arm\u00e9s de fusils d\u2019assaut. Les rues sont couvertes d\u2019ordures. Les gens se fraient un chemin entre les flaques d\u2019eau et les embouteillages. Enfin, nous arrivons dans le quartier de Saint-Martin.<\/p>\n<p>\u201cBarbecue\u201d n\u2019est pas encore arriv\u00e9 (<em>\u201cIl va se baigner\u201d*,<\/em> me dit-on), mais ses hommes sont l\u00e0, et ils sont ivres. L\u2019un d\u2019eux, qui, \u00e0 44\u00a0ans, est beaucoup plus \u00e2g\u00e9 que les autres, me propose une bouteille de Prestige, la bi\u00e8re locale. Je d\u00e9cline et il s\u2019en ouvre une avec le canon de son pistolet. Nous nous installons dans la carcasse abandonn\u00e9e d\u2019une clinique jadis financ\u00e9e par l\u2019USAID.<\/p>\n<p>Une demi-heure plus tard, une voiture arrive. \u201cBarbecue\u201d en sort, v\u00eatu d\u2019un treillis de couleur sable, et s\u2019assoit avec nous. Je l\u2019interroge en fran\u00e7ais, langue qu\u2019il parle couramment, et il me r\u00e9pond en cr\u00e9ole. Il se pr\u00e9sente comme le <em>\u201cpetit-fils\u201d<\/em> de Dessalines et m\u2019explique qu\u2019il m\u00e8ne un soul\u00e8vement des laiss\u00e9s-pour-compte d\u2019Ha\u00efti, qui luttent contre un \u00c9tat d\u00e9faillant gouvern\u00e9 par des \u00e9lites corrompues\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u201cNous sommes un groupe de jeunes gens et de jeunes femmes issus des plus pauvres parmi les pauvres, des pires parmi les pires, qui prenons les armes et luttons contre le syst\u00e8me\u201d.<\/p><\/blockquote>\n<p>Je l\u2019interroge sur B\u00e9atrice. <em>\u201cO\u00f9 a-t-elle \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e\u00a0?\u201d<\/em> me demande-t-il. <em>\u201cDans l\u2019une des zones que vous contr\u00f4lez.\u201d<\/em> Il voudrait davantage de d\u00e9tails, mais je me refuse \u00e0 lui en fournir, de peur que ses hommes ne l\u2019identifient et ne se vengent sur elle. Il me dit qu\u2019il a lui-m\u00eame une fille et qu\u2019en tant que p\u00e8re de famille il ne peut concevoir que ses hommes soient des violeurs. <em>\u201cJe ne dis pas qu\u2019elle ment\u201d,<\/em> poursuit-il, avant d\u2019ajouter\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u201cJe ne pr\u00e9tends pas que de tels actes n\u2019arrivent jamais, mais s\u2019ils se produisent, c\u2019est parce que je ne suis pas au courant.\u201d<\/p><\/blockquote>\n<p>Pendant que notre conversation se poursuit, les jeunes gens qu\u2019il a emmen\u00e9s avec lui filment l\u2019entretien avec leur t\u00e9l\u00e9phone, leur fusil d\u2019assaut appuy\u00e9 contre le mur. L\u2019un porte des lunettes de soleil Gucci et une flasque de rhum d\u00e9passe de sa poche arri\u00e8re. \u201cBarbecue\u201d affirme que rien ne prouve que ses combattants commettent des viols et des massacres.<\/p>\n<p>Je saisis la balle au bond\u00a0: <em>\u201cEt si je vous envoie les preuves, vous engagez-vous \u00e0 traduire en justice les responsables\u00a0?\u201d<\/em> <em>\u201cOui\u201d,<\/em> r\u00e9pond-il. Cinq\u00a0jours plus tard, je lui transmets par mail un fichier contenant tous les \u00e9l\u00e9ments que nous avons rassembl\u00e9s, d\u00e9montrant que ses hommes utilisent le viol comme arme de guerre. Je lui envoie \u00e9galement l\u2019histoire de B\u00e9atrice.<\/p>\n<p>J\u2019ai attendu. J\u2019attends toujours.<\/p>\n<p class=\"ci-reference\">* En fran\u00e7ais dans le texte.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"article-secondary\">\n<div class=\"article-authors-vo\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>The Sunday Times Traduit de l\u2019anglais Rares sont les journalistes occidentaux \u00e0 se rendre \u00e0 Port-au-Prince, la capitale d\u2019Ha\u00efti, depuis que les gangs y ont pris le pouvoir. La journaliste britannique Louise Callaghan, correspondante du quotidien \u201cThe Times\u201d pour les Am\u00e9riques, s\u2019y est rendue en ao\u00fbt dernier. Son r\u00e9cit est gla\u00e7ant. Le jour de sa<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":81381,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[1373],"tags":[],"class_list":["post-81349","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-caraibe"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81349","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81349"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81349\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/81381"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81349"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81349"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81349"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}