{"id":81625,"date":"2025-10-31T09:43:08","date_gmt":"2025-10-31T08:43:08","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=81625"},"modified":"2025-11-03T10:36:25","modified_gmt":"2025-11-03T09:36:25","slug":"se-sentir-bien-dans-sa-peau-apres-un-cancer-la-reponse-de-nathalie-chillan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/se-sentir-bien-dans-sa-peau-apres-un-cancer-la-reponse-de-nathalie-chillan\/","title":{"rendered":"Feeling Good About Yourself After Cancer: Nathalie Chillan's Perspective"},"content":{"rendered":"<h3>Ce sont 260 nouveaux cas qui sont recens\u00e9s chaque ann\u00e9e en Martinique. C\u2019est la premi\u00e8re cause de mortalit\u00e9 par cancer chez les femmes martiniquaises avec pr\u00e8s de 60 d\u00e9c\u00e8s par an. Pourtant selon les chiffres de l\u2019ARS, les femmes peinent encore \u00e0 se faire d\u00e9pister. Le cancer du sein, Nathalie Chillan, pr\u00e9sidente de l\u2019association Ma T\u00e9t\u00e9 en a fait son cheval de bataille. Lors d\u2019Octobre rose mais \u00e9galement toute l\u2019ann\u00e9e, la Martiniquaise se mobilise pour la pr\u00e9vention.<\/h3>\n<p><strong>Pourquoi avez-vous cr\u00e9\u00e9 l\u2019association Ma T\u00e9t\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>Pour comprendre la cr\u00e9ation de l\u2019association, il faut remonter \u00e0 l\u2019ann\u00e9e 2013 o\u00f9 j\u2019ai un diagnostic du cancer du sein. J\u2019ai choisi de rester en Martinique me faire soigner. C\u2019est un cancer g\u00e9n\u00e9tique qui me fera avoir un parcours de soins avec une double mastectomie. Il y a un risque que le cancer revienne dans l\u2019autre sein. J\u2019ai reconstruit les deux seins en Martinique. Il y avait un fort risque qu\u2019il y ait un cancer des ovaires donc j\u2019ai fait le choix de retirer mes ovaires. De ce parcours de soins entre la MFME et l\u2019h\u00f4pital Clarac, j\u2019ai rencontr\u00e9 beaucoup de femmes, \u00ab des copines de chimio \u00bb. Mon parcours de soins entre la radioth\u00e9rapie et la chimioth\u00e9rapie, a dur\u00e9 entre d\u00e9cembre 2013 et juin 2014. Durant, ce temps nous \u00e9changions beaucoup mais je trouvais qu\u2019il manquait d&rsquo;informations, d\u2019\u00e9v\u00e9nements qui parlent du cancer du sein autrement. Je suis communicante\/journaliste \u00e0 la base. Alors, tout de suite, j\u2019ai r\u00e9dig\u00e9 un blog pour sensibiliser les femmes. Ce blog, je l\u2019ai appel\u00e9 Ma T\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>D\u2019o\u00f9 vient ce nom, Ma T\u00e9t\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>Je voulais mettre le mot t\u00e9t\u00e9 en cr\u00e9ole afin qu\u2019on s\u2019identifie au sein. Le mat\u00e9t\u00e9 est aussi un plat \u00e0 base de crabe. Mon p\u00e8re est guadeloup\u00e9en. Il y a aussi une r\u00e9f\u00e9rence au crabe en tant que cancer. C\u2019est aussi la bouillie que l\u2019on donne aux enfants. Quand on n\u2019a plus de sein, peut-\u00eatre que l\u2019on ne peut plus donner \u00e0 t\u00e9ter mais on peut donner du mat\u00e9t\u00e9. C\u2019est tout un jeu de mots.<\/p>\n<p><strong>Une fois le blog publi\u00e9 sur les r\u00e9seaux, que s\u2019est-il pass\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s le blog, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 avoir des \u00e9v\u00e9nements. J\u2019ai fait un documentaire dans la th\u00e9matique de se r\u00e9approprier son corps. Plein d\u2019amis sont venus au fur et \u00e0 mesure car ils ont vu que j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s investie dans ce projet. On m\u2019a alors sugg\u00e9r\u00e9 de cr\u00e9er une association, ce qui se fera en 2018.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi avoir choisi de rester en Martinique pour vous faire soigner ?<\/strong><\/p>\n<p>Je voulais \u00e0 tout prix continuer \u00e0 travailler. Je ne voulais pas que la maladie m\u2019impose de rester chez moi. Je suis fondamentalement convaincue que l\u2019entourage est tr\u00e8s important. J\u2019avais besoin d\u2019\u00eatre avec les membres de ma famille et mon compagnon. J\u2019ai confiance dans le plateau en Martinique.<\/p>\n<p><strong>Quelles seront les th\u00e9matiques de cette ann\u00e9e 2025 pour animer Octobre rose ?<\/strong><\/p>\n<p>Nous allons mettre l\u2019accent sur l\u2019activit\u00e9 physique adapt\u00e9e parce que cela diminue le risque de r\u00e9cidive. Mais \u00e9galement sur le d\u00e9pistage organis\u00e9 entre 50 et 74 ans et pousser les femmes \u00e0 pratiquer l\u2019autopalpation. Dans 9 cas sur 10, on gu\u00e9rit du cancer du sein mais pour cela, il faut \u00eatre d\u00e9pist\u00e9 t\u00f4t. Beaucoup de femmes ont des a priori sur la douleur de la mammographie. Chaque femme est diff\u00e9rente. On essaie de d\u00e9dramatiser ce moment et d\u2019inciter les femmes \u00e0 y aller. L\u2019autopalpation peut \u00eatre un geste qui sauve. C\u2019est en faisant une autopalpation que j\u2019ai senti que j\u2019avais une boule. La femme doit pouvoir \u00e9couter son corps et se faire confiance.<\/p>\n<p><strong>Quelle est la place de l\u2019activit\u00e9 physique dans le parcours d\u2019une femme qui a eu un cancer du sein ?<\/strong><\/p>\n<p>Notre credo, c\u2019est de dire qu\u2019il y a une vie avant, pendant et apr\u00e8s le cancer. Avant, on est dans la phase d\u2019information et de pr\u00e9vention. Pendant, on va \u00eatre dans l\u2019accompagnement. Apr\u00e8s, on est dans un accompagnement pour que la r\u00e9cidive ne survienne et pour reprendre possession de ses moyens m\u00eame si on ne reprend pas \u00e0 100%.<\/p>\n<p><strong>Selon les chiffres de l\u2019ARS, en Martinique, les femmes sont moins touch\u00e9es par le d\u00e9pistage que dans l\u2019Hexagone. Pourquoi selon vous ?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut absolument qu\u2019on incite les femmes \u00e0 participer davantage au d\u00e9pistage. Mais elles ont peur d\u2019y aller, elles ont peur d\u2019avoir mal. \u00c7a circule beaucoup dans les milieux f\u00e9minins. En tant qu\u2019association, c\u2019est une peur qu\u2019on entend. On sent bien qu\u2019il y a une cristallisation sur cet examen mais cela vaut le coup d\u2019y aller. C\u2019est une fois tous les deux ans. Ce n\u2019est pas comme une chimio. Il vaut mieux \u00eatre dans la pr\u00e9vention. On est dans un syst\u00e8me fran\u00e7ais. L\u2019examen est gratuit. Il ne faut pas fouler aux\u00a0pieds les avantages que l\u2019on a, qui sont l\u00e0 aussi pour notre sant\u00e9. Il faut que cela fasse partie de la routine des femmes.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-81627 aligncenter\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/pink-ribbon-3715346_1280.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"533\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/pink-ribbon-3715346_1280.jpg 800w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/pink-ribbon-3715346_1280-150x100.jpg 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/pink-ribbon-3715346_1280-450x300.jpg 450w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/pink-ribbon-3715346_1280-768x512.jpg 768w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/pink-ribbon-3715346_1280-600x400.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n<p><strong>Les cons\u00e9quences du traitement du cancer du sein peuvent effrayer.<\/strong><\/p>\n<p>Oui, c\u2019est tr\u00e8s difficile. J\u2019ai retir\u00e9 les deux seins que j\u2019ai reconstruits mais ce n\u2019est pas forc\u00e9ment \u00e0 l\u2019identique et puis on vous a quand m\u00eame retir\u00e9 une partie de vous-m\u00eame. C\u2019est quelque chose sur lequel il faut faire un travail, sur lequel on peut \u00eatre accompagn\u00e9e par les associations ou des professionnels. Mais s\u2019il faut passer par l\u00e0 pour enrayer la maladie, il faut y aller. Cela reste un choix personnel. Ce n\u2019est pas parce que vous avez un diagnostic de cancer du sein que l\u2019on va forc\u00e9ment vous enlever le sein. Quand on a peur d\u2019avoir une ablation du sein, il faut d\u2019autant plus participer au d\u00e9pistage organis\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Comment une patiente peut-elle se retrouver en manque d\u2019information ?<\/strong><\/p>\n<p>Le m\u00e9decin est l\u00e0 pour gu\u00e9rir. Il va dire avec ses mots la maladie. Dans l\u2019association Ma T\u00e9t\u00e9, nous allons faire valider par l\u2019ARS, notre programme \u00c9ducation th\u00e9rapeutique du patient. Il accompagne le patient \u00e0 partir du diagnostic jusqu\u2019\u00e0 sa r\u00e9mission, voire apr\u00e8s. L\u2019objectif est de permettre au patient de bien comprendre ce qu\u2019il va vivre, notamment les effets de la chimioth\u00e9rapie et de la radioth\u00e9rapie sur le corps. Quand le m\u00e9decin explique, il le fait peut-\u00eatre avec des mots pas forc\u00e9ment intelligibles au moment o\u00f9 on les entend. On vient de vous dire que vous avez un cancer du sein et vous \u00eates encore dans le brouillard. J\u2019avais envie d\u2019apporter des infos autrement, par exemple des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre avec des com\u00e9diennes qui ont v\u00e9cu un cancer du sein. Il s\u2019agit de sortir du contexte mort et ablation et de parler simplement de probl\u00e9matique de femmes.<\/p>\n<p><strong>Comment expliquer cet \u00e9cart entre l\u2019enthousiasme autour d\u2019Octobre rose et le manque d\u2019int\u00e9r\u00eat pour le d\u00e9pistage ?<\/strong><\/p>\n<p>On aime la f\u00eate. Tout le monde veut participer \u00e0 Octobre rose. Nous intervenons dans des entreprises, dans les collectivit\u00e9s. Ce sont des b\u00e9n\u00e9voles qui t\u00e9moignent de leur v\u00e9cu. Pour beaucoup, l\u2019id\u00e9e est de contribuer \u00e0 la cause et c\u2019est une bonne chose. Nous intervenons beaucoup aussi dans les milieux scolaires. Il faut \u00e9duquer les jeunes femmes. Il n\u2019y a pas que les r\u00e8gles dans la vie ni le risque de tomber enceinte. Nous associons \u00e0 ce discours qu\u2019il faut prendre soin de ses seins et qu\u2019elles peuvent \u00eatre concern\u00e9es par le cancer du sein. J\u2019en parle aussi aux jeunes hommes afin qu\u2019ils soient en capacit\u00e9 d\u2019accompagner les femmes de leur vie quand elles seront malades que ce soit, sa s\u0153ur, sa m\u00e8re ou sa compagne. L\u2019id\u00e9e est de sensibiliser \u00e0 la maladie les jeunes femmes comme les hommes. Il ne faut pas sous-estimer la communication chez les jeunes.<\/p>\n<p><strong>Comment se r\u00e9approprier son corps apr\u00e8s la maladie ?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e, c\u2019est de dire que je prends le contr\u00f4le de mon corps, j\u2019en fais ce que je veux et j\u2019en fais quelque chose qui me pla\u00eet. C\u2019est d\u2019abord penser \u00e0 moi avant de penser \u00e0 l\u2019autre. Souvent, les femmes, une de leurs premi\u00e8res pr\u00e9occupations, c\u2019est \u00ab qu\u2019est-ce que mon mari va dire \u00bb ? Je leur dis : \u00ab Si vous n\u2019acceptez pas votre corps, votre mari ne peut pas l\u2019accepter. \u00bb Il faut s\u2019aimer et s\u2019accepter. Moi, \u00e0 partir du moment o\u00f9 j\u2019\u00e9tais bien avec mon corps, cela ne me d\u00e9rangeait pas de faire l\u2019amour, que mon compagnon voie mes seins. Il n\u2019y a pas de honte \u00e0 avoir eu un cancer. Il n\u2019y a pas de honte \u00e0 sauver sa vie en retirant ses seins. Si on ne fait pas la reconstruction, cela n\u2019a pas fait de moi une femme moins belle, moins intelligente, moins sexy. Il faut d\u00e9placer les curseurs.<\/p>\n<p><em>Interview by Laurianne Nomel<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce sont 260 nouveaux cas qui sont recens\u00e9s chaque ann\u00e9e en Martinique. C\u2019est la premi\u00e8re cause de mortalit\u00e9 par cancer chez les femmes martiniquaises avec pr\u00e8s de 60 d\u00e9c\u00e8s par an. Pourtant selon les chiffres de l\u2019ARS, les femmes peinent encore \u00e0 se faire d\u00e9pister. 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