{"id":83111,"date":"2025-12-01T10:25:44","date_gmt":"2025-12-01T09:25:44","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=83111"},"modified":"2025-12-01T10:25:44","modified_gmt":"2025-12-01T09:25:44","slug":"les-guerres-africaines-un-long-apres-coup-colonial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/les-guerres-africaines-un-long-apres-coup-colonial\/","title":{"rendered":"Wars in Africa: A Long-Lasting Legacy of Colonialism"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>Pourquoi continuer \u00e0 parler d\u2019esclavage et de colonisation alors que l\u2019Afrique est aujourd\u2019hui ravag\u00e9e par des guerres multiples, parfois d\u2019une extr\u00eame violence ? La question revient souvent, teint\u00e9e de lassitude, voire d\u2019agacement. Elle appelle pourtant une r\u00e9ponse simple : parce que nombre de ces conflits contemporains trouvent leurs racines dans cette histoire ancienne, violente et structurante.<\/p><\/blockquote>\n<p>Les guerres qui frappent aujourd\u2019hui le continent africain ne sont ni soudaines ni inexplicables. Elles s\u2019inscrivent dans un temps long fait de d\u00e9sorganisations profondes, de d\u00e9pendances construites et de ruptures impos\u00e9es. La traite n\u00e9gri\u00e8re puis la colonisation n\u2019ont pas seulement exploit\u00e9 des territoires : elles ont durablement boulevers\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s, d\u00e9truit des \u00e9quilibres politiques, fragilis\u00e9 des \u00e9conomies enti\u00e8res.<\/p>\n<blockquote><p>Avant l\u2019entreprise coloniale, l\u2019Afrique n\u2019\u00e9tait ni fig\u00e9e ni hors de l\u2019histoire. Elle comptait des royaumes, des empires, des r\u00e9seaux commerciaux, des autorit\u00e9s politiques, des m\u00e9canismes de r\u00e9gulation des conflits. La traite a transform\u00e9 des r\u00e9gions enti\u00e8res en zones de pr\u00e9dation permanente. La colonisation a fig\u00e9 des fronti\u00e8res arbitraires, construit des \u00c9tats sans coh\u00e9rence interne, d\u00e9truit les autorit\u00e9s traditionnelles, impos\u00e9 l\u2019administration \u00e0 la souverainet\u00e9 et la contrainte \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>Cet h\u00e9ritage continue de produire ses effets.<\/p><\/blockquote>\n<p>En R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, les minerais strat\u00e9giques alimentent des conflits quasi permanents. Au Sahel, des \u00c9tats fragilis\u00e9s par leur artificialit\u00e9 m\u00eame s\u2019effondrent sous le poids de la mis\u00e8re, du d\u00e9r\u00e8glement climatique et de la militarisation. Au Soudan, l\u2019\u00e9chec de l\u2019\u00c9tat h\u00e9rit\u00e9 de la colonisation a ouvert la voie \u00e0 un affrontement arm\u00e9 durable.<\/p>\n<blockquote><p>Le d\u00e9bat public parle de terrorisme, de coups d\u2019\u00c9tat, de chaos. Mais il rappelle rarement que ces territoires ont d\u2019abord \u00e9t\u00e9 d\u00e9sarticul\u00e9s, affaiblis et rendus d\u00e9pendants par l\u2019ordre colonial. L\u2019\u00e9conomie coloniale n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e pour permettre l\u2019autonomie ou le d\u00e9veloppement ; elle a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour extraire, exporter, alimenter les m\u00e9tropoles.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoute un autre fait souvent pass\u00e9 sous silence : les anciennes puissances coloniales ne se sont jamais r\u00e9ellement retir\u00e9es. Leur pr\u00e9sence a chang\u00e9 de visage, mais non de logique. Bases militaires, accords de s\u00e9curit\u00e9, d\u00e9pendances mon\u00e9taires, multinationales, zones d\u2019influence structurent toujours l\u2019espace africain. De nombreux conflits sont aussi devenus des th\u00e9\u00e2tres de rivalit\u00e9s entre puissances mondiales. Les guerres africaines sont, pour partie, des guerres par procuration.<\/p>\n<p>Faire abstraction de cette histoire revient \u00e0 renverser les responsabilit\u00e9s. Cela conduit \u00e0 faire porter aux peuples africains le poids de d\u00e9sordres dont ils n\u2019ont jamais fix\u00e9 les r\u00e8gles. Cela permet d\u2019expliquer la violence par la \u00ab culture \u00bb, quand elle rel\u00e8ve d\u2019abord d\u2019un syst\u00e8me mondial h\u00e9rit\u00e9 de rapports de domination anciens.<\/p>\n<blockquote><p>Dans les outre-mer fran\u00e7ais, cette lecture r\u00e9sonne avec une force particuli\u00e8re. L\u2019esclavage puis la colonisation y ont d\u00e9truit des soci\u00e9t\u00e9s, organis\u00e9 la d\u00e9pendance \u00e9conomique et install\u00e9 des in\u00e9galit\u00e9s structurelles qui persistent. Comprendre les conflits africains, c\u2019est aussi \u00e9clairer une part de nos propres fractures sociales, politiques et m\u00e9morielles.<\/p><\/blockquote>\n<p>La m\u00e9moire n\u2019est donc ni un luxe, ni une obsession. Elle constitue une n\u00e9cessit\u00e9 politique. On ne construit pas la paix sur l\u2019oubli. On ne r\u00e9pare pas ce que l\u2019on refuse de regarder.<\/p>\n<blockquote><p>Tant que l\u2019esclavage et la colonisation resteront rel\u00e9gu\u00e9s au rang d\u2019arri\u00e8re-plan historique, les guerres qu\u2019elles ont contribu\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner continueront d\u2019\u00eatre per\u00e7ues comme des fatalit\u00e9s.<\/p><\/blockquote>\n<p>Elles ne le sont pas.<\/p>\n<p>Elles sont l\u2019expression arm\u00e9e d\u2019une histoire non sold\u00e9e.<\/p>\n<p>Jean-Paul BLOIS<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Pourquoi continuer \u00e0 parler d\u2019esclavage et de colonisation alors que l\u2019Afrique est aujourd\u2019hui ravag\u00e9e par des guerres multiples, parfois d\u2019une extr\u00eame violence ? La question revient souvent, teint\u00e9e de lassitude, voire d\u2019agacement. 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